top of page

FAIRE UNE RECHERCHE

1277 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Tribune : « Boycotter World Climbing, exclure Israël de la compétition »

    Vertige Media publie une tribune d'Andrew Bisharat, journaliste et grimpeur américain. D'origine palestinienne, il a également réalisé le film Resistance Climbing, plusieurs fois récompensé depuis sa sortie en 2022. Dans ce texte initialement publié sur Evening Sends en anglais, il parle de génocide, de la lâcheté de World Climbing, et de ce que le monde de l'escalade peut faire pour exclure Israël des compétitions. © David Pillet Il existe une forme particulière d'épuisement qui naît de regarder les gens trouver de nouvelles façons élaborées de ne rien faire. Pendant trois ans, j'ai regardé les gens ignorer un génocide. Je les ai regardés faire défiler des vidéos d'enfants tirés des décombres. Je les ai regardés pratiquer une acrobatie morale sophistiquée au nom d'une neutralité de façade, pendant que des bombes de mille kilos rasaient des hôpitaux et des infrastructures civiles avec la méthode d'une société convaincue qu'elle n'aurait jamais à répondre de sa dépravation vengeresse et de sa soif de sang. Tout aussi révoltant : la mauvaise foi avec laquelle toute critique d'Israël était assimilée à de l'antisémitisme, et l'injonction sociétale omniprésente à placer au centre du débat les sensibilités de certaines des personnes les plus privilégiées des États-Unis — les « vraies victimes », bien sûr. Des auditions au Congrès ont été consacrées à déterminer si le chant « du fleuve à la mer » (slogan scandé dans les manifestations de soutien à la Palestine, ndlr) rendait difficile la vie des étudiant·e·s sur les campus, pendant que la chair et le sang de vies palestiniennes innocentes étaient réduites en lambeaux, avec nos impôts et les bénédictions de Biden. Mais nous voici dans une nouvelle phase — peut-être encore plus exaspérante. Après le retour des otages et la mise en scène d'un « cessez-le-feu », il semblerait qu'une grande partie de la population se soit donné la permission de tourner la page. Pourtant, les bombes continuent de pleuvoir, et des Palestinien·ne·s continuent d'être exécuté·e·s, opprimé·e·s et chassé·e·s de leurs terres natales. « Ce qui a changé après le 7 octobre, ce n'est pas le comportement d'Israël. C'est la capacité du monde à détourner le regard. Nous avons regardé, en temps réel, en 4K, la destruction systématique de mon peuple » Ce que nous voyons désormais traduit quelque chose de plus insidieux : la fabrication de l'inévitable. La poussée discrète mais déterminée pour restaurer le statu quo d'avant le 7 octobre (la date du déclenchement d’une nouvelle phase très violente du conflit israélo‑palestinien, ndlr) — celui dans lequel Israël est traité comme une démocratie normale, ce qu'il n'est pas et n'a jamais été. Celui dans lequel Israël est considéré comme un membre légitime de la communauté internationale, un pays qui peut faire des choses normales et légitimes, comme participer à des compétitions internationales d'escalade. Je veux être clair sur un point : ce monde-là est révolu. Et il ne devrait jamais revenir. Le masque est tombé, et le remettre est impossible. Ce qui a changé après le 7 octobre, ce n'est pas le comportement d'Israël. C'est la capacité du monde à détourner le regard. Nous avons regardé, en temps réel, en 4K, la destruction systématique de mon peuple. Le massacre de centaines de milliers de Palestinien·ne·s, dont la majorité sont des femmes et des enfants, et qui ont tous et toutes le droit de se défendre contre leurs oppresseurs. L'arasement de 92 % des habitations à Gaza. Le ciblage d'hôpitaux, d'écoles, de journalistes et de travailleur·se·s humanitaires. La famine délibérée d'une population civile entière, et les tentatives répugnantes de prétendre que rien de tout cela n'est vrai — c'est juste un complot antisémite de plus pour pousser les gens à détester Israël. Le consensus parmi les plus grand·e·s spécialistes du génocide dans le monde, y compris les spécialistes de l'Holocauste, c'est qu'Israël commet un génocide. Point final. Pour les Palestinien·ne·s, l'insistance malhonnête de si nombreuses voix tentant de nier cette vérité est une douleur déshumanisante difficile à exprimer. Pour la plupart des gens honnêtes, cependant, il est parfaitement clair qu'Israël est un État génocidaire d'apartheid engagé dans une guerre messianique sur plusieurs fronts. Il est clair qu'il terrorise ses voisins, annexe illégalement des terres, et use de son emprise machiavélique sur le gouvernement américain pour agir en toute impunité — menant désormais une guerre d'agression totalement immorale et inutile contre l'Iran et commettant des actes de terrorisme au Liban. L'épuration ethnique du peuple palestinien par Israël recueille une pluralité de soutiens parmi les Israélien·ne·s, comme le montrent sondage après sondage. Alors que les médias occidentaux font tout pour occulter les crimes et la dépravation d'Israël, en Israël, tout se passe au grand jour. Des familles organisent des pique-niques aux abords de Gaza pour regarder tomber les bombes. Elles amènent leurs enfants devant des camions d'aide bloqués à l'entrée de Gaza et les laissent déchirer des sacs de farine. Les sionistes commettent un crime d'épuration ethnique, sous diverses formes et à différentes intensités, depuis plus d'un siècle. Ils ne montrent aucun signe d'arrêt — au contraire, ils ne font qu'escalader leur agression, trouvant de nouvelles façons dépravées de favoriser les pogroms en Cisjordanie au nom de la construction de leur colonie raciste et suprémaciste, édifiée sur une histoire falsifiée, par-dessus une population existante et enracinée. Ce n'est ni légal, ni moral, et nos institutions internationales sont censées exercer leur propre influence pour déclarer sans ambiguïté que le meurtre de masse est un crime. Aucune organisation qui aspire à une légitimité mondiale ne devrait accueillir l'emblème d'Israël, jouer son hymne national, et prétendre que tout va bien. Pourtant, World Climbing est parmi les nombreuses institutions qui espèrent désespérément tirer parti de l'inertie et de la prétendue inéluctabilité du projet politique sioniste. L'espoir est que nous puissions tous revenir au statu quo, qu'aucun membre d'aucun conseil d'administration n'ait à prendre de décisions difficiles qui risqueraient de froisser des susceptibilités — et encore moins de ternir l'estimée réputation de la « seule démocratie du Moyen-Orient ». Mais comme je l'ai dit : ce monde-là est révolu. Il est temps de se réveiller. Et il est temps que le monde de l'escalade signifie clairement à World Climbing que ce qu'ils espèrent voir disparaître ne disparaîtra pas. Je demande au monde de l'escalade de se joindre à moi, ainsi qu'à mes ami·e·s à travers le réseau mondial Climbers for Palestine, pour exiger que World Climbing interdise définitivement Israël des compétitions d'escalade. « Le fait est que l'on ne peut pas prétendre soutenir de manière significative la Palestinian Climbing Association en tant que fédération membre de World Climbing, tout en accueillant simultanément le pays qui opprime activement les grimpeur·se·s palestinien·ne·s » La marche du mouvement L'année dernière, j'ai écrit sur les raisons pour lesquelles World Climbing (anciennement l'IFSC, nda) devait bannir Israël des compétitions internationales d'escalade. L'argumentaire était construit en plusieurs couches. L'argument le plus simple était que la même organisation qui avait interdit, en quelques semaines, les athlètes russes et biélorusses après l'invasion de l'Ukraine et n'avait rien fait en réponse au génocide commis par Israël. Mais j'ai tenté d'aller au-delà de la comparaison avec la Russie, car l'exemple des sanctions sportives qui ont contribué à mettre fin à l'apartheid en Afrique du Sud me semble bien plus analogue et approprié à la situation présente. Le fait est que l'on ne peut pas prétendre soutenir de manière significative la Palestinian Climbing Association en tant que fédération membre de World Climbing, tout en accueillant simultanément le pays qui opprime activement les grimpeur·se·s palestinien·ne·s. Il faudrait ignorer que chaque couche de la société et du gouvernement israélien est absolument déterminée à rendre impossible le développement des athlètes palestinien·ne·s — alors que leurs falaises sont volées, qu'iels sont emprisonné·e·s sans procès équitable, et qu'iels vivent chaque jour sous l'un des systèmes d'oppression et d'apartheid les plus draconiens du monde. En novembre dernier, la Palestinian Climbing Association, avec la Jordan Climbing Federation, a soumis une demande au Conseil exécutif de World Climbing. Leur lettre exposait les faits : Les grimpeur·se·s palestinien·ne·s sont bloqué·e·s dans l'accès à leurs propres falaises par des checkpoints israéliens, l'expansion des colonies et les désignations de zones militaires. Des athlètes palestinien·ne·s ont été détenu·e·s plusieurs jours au pont Allenby (un pont frontalier clé sur le Jourdain, ndlr) en tentant de se rendre à des compétitions. Des grimpeur·se·s palestinien·ne·s — dont le réalisateur Abdullah Motan, que j'ai rencontré personnellement lors de mon voyage en Palestine — ont été emprisonné·e·s au titre de la politique israélienne de « détention administrative » : sans inculpation, sans procès, sans garanties judiciaires, renouvelable indéfiniment. La lettre cite des statuts spécifiques de World Climbing et des principes de la Charte olympique que la conduite d'Israël viole, et appelle à la suspension immédiate de l'Israel Climbing Association de toutes les compétitions, événements et activités. La majeure partie de ces arguments, et bien d'autres encore, est disponible sur BanIsraelFromIFSC.com. « Trois grimpeur·se·s palestinien·ne·s sont actuellement détenu·e·s en otage dans ces prisons, connues pour être des bastions de famine, de torture et de viol » La réponse de World Climbing a été d'une lâcheté absolue. Ils ont reconnu le « sérieux » des préoccupations soulevées. Ils ont noté les enjeux « humanitaires et éthiques plus larges ». Puis ils ont expliqué pourquoi ils ne pouvaient rien faire à ce sujet. L'évaluation du Conseil exécutif soutient que la suspension d'une fédération nationale exige une violation significative imputable à cette fédération elle-même, et non à l'État. Puisque les violations décrites sont des actions de l'État israélien et non de l'Israel Climbing Association, il n'existerait pas de fondement juridique suffisant pour une suspension. Ils ont également averti qu'agir sans ce fondement statutaire exposerait World Climbing à un « risque juridique et financier substantiel », notamment à un recours susceptible d'aboutir devant le Tribunal Arbitral du sport (TAS). Autrement dit : oui, Israël commet un génocide, pratique l'apartheid, et opprime une autre fédération membre… mais comme c'est l'État israélien — et non la fédération d'escalade israélienne — qui en est responsable, les mains de World Climbing sont liées. Le chas de l'aiguille par lequel tente de passer World Climbing est si étroit qu'il n'existe presque pas, et ils le savent. Vous n'avez pas besoin d'appuyer sur la gâchette pour être complice d'un crime. Et bien sûr, aucune de ces considérations ne les a empêchés de bannir la Russie — c'est précisément la raison pour laquelle cet argument sonne creux. Comme banisraelfromifsc.com le détaille abondamment, l'ILCA, la fédération israélienne d'escalade, est complice des crimes d'Israël. Elle encourage activement l'escalade sur les terres occupées, appose son logo sur des topos de sites volés, et soutient des grimpeur·se·s qui vivent dans des colonies illégales, lesquelles sont utilisées comme outil de l'État pour diviser et déposséder les Palestinien·ne·s, mais aussi, très concrètement, pour restreindre la liberté de mouvement et d'escalade des grimpeur·se·s palestinien·ne·s sur leurs propres terres. Une grimpeuse israélienne en Coupe du monde, Ayala Kerem, est soutenue par une entreprise complice d'épuration ethnique et d'oppression. Son compte Instagram liste le groupe Shikun & Binui parmi ses sponsors — une entreprise qui a littéralement construit l'enceinte autour de Gaza, construit les colonies qui volent les terres palestiniennes, et qui bâtit aujourd'hui l'infrastructure de recrutement militaire qui gère les soldats chargés de l'occupation. Certain·e·s grimpeur·se·s sont sponsorisé·e·s par des marques de vêtements qui font des efforts, même si elles n'atteignent pas tout à fait leurs objectifs de développement durable dans la fabrication de vestes imperméables. D'autres sont sponsorisé·e·s par des entreprises qui construisent l'infrastructure physique d'un projet d'épuration ethnique. Ce n'est pas la même chose. Ces dernières semaines, de nouvelles atrocités se sont produites. Le gouvernement israélien a très largement adopté une nouvelle loi instaurant la peine de mort après 30 jours pour les otages palestinien·ne·s accusé·e·s de meurtre par l'État. Rappelons encore une fois que dans ces prisons militaires israéliennes, les Palestinien·ne·s sont détenu·e·s en « détention administrative » : on ne leur permet pas de connaître les charges retenues contre eux et elles, et iels sont jugé·e·s par des tribunaux militaires, où iels sont condamné·e·s dans plus de 95 % des cas. À titre de comparaison : aucun citoyen israélien n'a été poursuivi pour avoir tué un civil palestinien en Cisjordanie occupée depuis 2020. Trois grimpeur·se·s palestinien·ne·s sont actuellement retenu·e·s en otage dans ces prisons, connues pour être des bastions de famine, de torture et de viol — par les armes et par les chiens —, ce que les Israélien·ne·s trouvent visiblement très drôle. Iels manifestent en masse pour défendre le droit de leurs soldats à violer des Palestinien·ne·s. Ces soldats — qui dissimulent leur visage parce qu'ils sont des lâches — sont célébrés dans les médias israéliens et reçus sur les plateaux de télévision. « En tant que communauté d'escalade, serait-ce trop demander à toutes celles et tous ceux qui lisent ces lignes que de rappeler que les cordes servent à grimper, pas à pendre ? Serait-ce trop demander à World Climbing que d'interdire qu'on hisse la bannière de ce culte génocidaire de la mort, qui utilise le symbole de notre sport — la corde — comme outil de meurtre de masse ? » Cette nouvelle loi sur la peine de mort par pendaison a vu des politiciens israéliens arborer des broches en forme de nœuds coulants dorés à leur boutonnière. « La corde est réservée aux Arabes », disent-ils. En tant que communauté d'escalade, serait-ce trop demander à toutes celles et tous ceux qui lisent ces lignes que de rappeler que les cordes servent à grimper, pas à pendre ? Serait-ce trop demander à World Climbing que d'interdire qu'on hisser la bannière de ce culte génocidaire de la mort, qui utilise le symbole de notre sport — la corde — comme outil de meurtre de masse ? Le Comité international olympique (CIO) a eu recours à des manœuvres lâches en refusant d'interdire Israël lors des deux derniers Jeux olympiques. World Climbing, qui s'est systématiquement abrité derrière le CIO sur cette question, fait de même. Comme je l'écrivais l'année dernière, il vaut la peine de rappeler que le CIO a utilisé ce raisonnement bien rodé pour retarder l'action contre l'apartheid en Afrique du Sud pendant des années. Puis, de nombreuses nations ont suffisamment fait pression en boycottant activement les événements sportifs. Ces boycotts ont joué un rôle déterminant pour mettre fin à l'apartheid. Ce précédent devrait donner aux grimpeur·se·s le courage et la conviction d'en faire autant. L'assemblée qui n'a pas eu lieu Nous étions prêts à porter ce combat directement à l'Assemblée générale de World Climbing, prévue ce mois-ci à Riyad, en Arabie saoudite. Les fédérations nationales ont le pouvoir de soumettre des motions formelles au vote, et nous avions prévu de déposer la nôtre par l'intermédiaire de la fédération espagnole et d'autres. Puis Israël et les États-Unis ont lancé une offensive militaire majeure contre l'Iran, frappant son élite dirigeante ainsi que sa population civile — avec notamment la mort de plus de 160 lycéennes dans une double frappe. Dans le chaos qui a suivi, World Climbing a annoncé l'annulation de l'Assemblée générale en présentiel à Riyad et son déplacement vers un sommet en ligne le 23 avril — où, a-t-il été précisé, seuls les points statutaires seraient traités. La session permettant un vote a été reportée à décembre 2026. Prenons un instant pour apprécier l'ironie. Le pays que nous cherchons à bannir des compétitions internationales d'escalade vient de déclencher une guerre régionale, ce qui a directement entraîné l'annulation de la réunion où notre motion aurait pu être soumise au vote. Et pendant que tout cela se déroulait, World Climbing a levé l'interdiction frappant les athlètes russes et biélorusses — l'interdiction même qui avait mis en évidence l'hypocrisie de l'organisation vis-à-vis d'Israël. La situation en Russie et en Ukraine n'est fonctionnellement pas différente de ce qu'elle était en mars 2022, au moment où l'interdiction avait été imposée. Mais avec une Assemblée générale à l'horizon où la comparaison avec la Russie allait devenir inconfortable, il était bien commode de neutraliser cette ligne d'attaque particulière. « World Climbing a encore le temps de faire ce qui est juste. S'ils le font, je serai le premier à les applaudir. Ce ne sera pas facile. Cela leur demandera de se démarquer du CIO, d'absorber des pressions politiques, et d'accepter que le sport ne peut pas être une zone sans conséquences pour les États génocidaires. Mais c'est exactement ce à quoi ressemble un leadership moral » Pourquoi boycotter World Climbing World Climbing n'a aucun appétit pour ce combat. Cela est évident depuis des années. Ils ne prendront aucune mesure de leur propre chef. Ils vont continuer à se cacher derrière le CIO, derrière des objections procédurales, derrière des engagements vagues envers la « neutralité » — qui n'est pas une neutralité du tout, mais un choix de normaliser un génocide. World Climbing a encore le temps de faire ce qui est juste. S'ils le font, je serai le premier à les applaudir. Ce ne sera pas facile. Cela leur demandera de se démarquer du CIO, d'absorber des pressions politiques, et d'accepter que le sport ne peut pas être une zone sans conséquences pour les États génocidaires. Mais c'est exactement ce à quoi ressemble un leadership moral. Toute institution qui s'est retrouvée du bon côté de l'Histoire a dû faire ce choix avant qu'il ne soit confortable — pas après. World Climbing possède une réelle opportunité de se distinguer de tous les autres organismes internationaux sans colonne vertébrale qui se sont cachés derrière la procédure et la neutralité pendant qu'un génocide se déroulait. Soyez l'organisation qui a dit : pas sur notre terrain. Pas sous notre bannière. Pas dans notre sport. Cela voudrait dire quelque chose, et je serais le premier à le dire. Voici ce que chacun·e peut faire dès maintenant : Manifestez pacifiquement. S'il y a une compétition World Climbing près de chez vous, allez-y. Apportez un drapeau palestinien, portez un keffieh, tenez une pancarte. Si Israël participe, l'événement n'est pas une compétition sportive neutre. C'est une tribune pour un État génocidaire d'apartheid qui tente de normaliser sa réputation et d'effacer ses crimes. Toute personne participant à cet événement contribue à effacer le crime de génocide. Montrez-vous pour les grimpeur·se·s palestinien·ne·s qui ne peuvent pas être là, et faites entendre votre présence et vos revendications. Ne regardez pas les événements World Climbing. Ne les partagez pas, ne leur donnez pas de clics et de vues. Les magazines et les sites web peuvent refuser de couvrir les résultats. Utilisez ces événements comme une occasion de vous exprimer en faveur de la Palestine. Ne participez pas. Athlètes : demandez-vous si vous souhaitez concourir aux côtés d'Israël. Je sais que c'est beaucoup demander. Les carrières sont courtes, et la pression pour rester silencieux·se est réelle. Les Jeux olympiques approchent. La licence athlète de World Climbing interdit littéralement toute prise de position politique, et l'administration Trump a clairement indiqué que la solidarité avec les Palestinien·ne·s pouvait valoir une interdiction d'entrée aux États-Unis. Les enjeux ne sont pas minces. Mais les sanctions sportives fonctionnent précisément parce qu'elles sont inconfortables. L'inconfort est le but. Pensez à Muhammad Ali, qui a sacrifié son titre et trois ans de sa carrière plutôt que de participer à une guerre injuste. Certain·e·s athlètes de premier plan prêtent leur voix à cette question. Suivez-les, soutenez-les, amplifiez leur parole. Contactez votre fédération nationale. USA Climbing. Le BMC (British Mountaineering Council, la fédération nationale anglaise, ndlr). Quelle que soit la fédération qui vous représente. Dites-leur que vous souhaitez qu'une motion soit déposée pour interdire Israël des événements World Climbing. C'est possible. Le mécanisme existe. Ce qui manque, c'est la pression de grimpeur·se·s comme vous. Le statu quo n'est pas inévitable. Le statu quo ne reviendra pas. Les grimpeur·se·s palestinien·ne·s méritent mieux qu'un sport qui détourne le regard pendant que leurs falaises sont volées et que leurs coéquipier·e·s sont jeté·e·s en cage. Le courage existe dans cette communauté — je l'ai vu sur le rocher. Il est temps de le montrer là où ça compte vraiment. Cette tribune a initialement été publiée sur Evening Sends, dont Andrew Bisharat est directeur de publication. Retrouvez ce texte en version originale ici.

  • VerticalBase et SandwichBase de YY Vertical : la poutre d’escalade sans trou dans le mur

    YY Vertical, basée au cœur des Alpes françaises, s’est attaquée à un problème très banal mais très réel : comment installer une poutre d’escalade chez soi sans sortir la perceuse ni transformer la cloison en champ de mines. La marque propose deux supports qui se fixent sans trou, sans cheville, et sans tension diplomatique avec le bailleur. On a monté les deux systèmes à la maison et au bureau, sur porte aux dimensions capricieuses et cloison franchement suspecte, pour voir si la promesse tenait vraiment. VerticalBase de YY Vertical © Vertige Media Il y a une phrase qui revient chez à peu près tous les grimpeur·ses : « Il faudrait vraiment que je mette une poutre à la maison. » Juste derrière, la contre-attaque tombe presque toujours : « Oui mais je ne peux pas trouer les murs, le chambranle, la cloison en carton… » La poutre d’escalade, c’est à la fois le symbole de celles et ceux qui se mettent (enfin) à l’entraînement sérieux et le point de départ de longues négociations immobilières : perçage définitif, bricolage hasardeux, plâtre qui menace de se décrocher, discussion sans fin avec le bailleur ou avec la personne qui partage le salon. C’est exactement dans cette zone grise, entre bonne résolution sportive et peur très rationnelle d'abimer ses murs, que YY Vertical arrive avec deux supports de poutre sans perçage : VerticalBase et SandwichBase. Leur promesse est simple : permettre de s’entraîner vraiment, plusieurs fois par semaine, sans laisser la moindre trace sur la porte ni sur la cloison. Une poutre d’escalade sans percer La plupart des grimpeur·ses ont déjà croisé, quelque part, une poutre vissée au-dessus d’une porte, plantée directement dans une cloison qui n’avait rien demandé. Les supports YY Vertical prennent le problème à l’envers : plutôt que de s’attaquer au mur, ils s’appuient sur la porte et son encadrement. VerticalBase comme SandwichBase répondent à une même logique : faire tenir une poutre d’escalade par serrage et appui, pas par perçage. On sort du bricolage improvisé pour passer à un système pensé pour répartir la charge et empêcher les dégâts potentiels. Pour ce test, on a volontairement choisi deux configurations où l’on n’oserait pas forcément installer une poutre classique : À la maison, une porte intérieure large, avec moulures, tout sauf standard ; Au bureau, une cloison légère qui donne plutôt l’impression de sonner creux. Deux situations typiques où l’on se dit : « Si ça ne tient pas, ce n’est pas juste la poutre qui tombe, c’est le mur qui vient avec. » VerticalBase : apprivoiser la porte impossible La VerticalBase a ouvert le bal à la maison. Le cadre de porte est profond, surmonté de moulures : exactement le genre d’endroit où l’on renonce d’office à poser une poutre d’escalade. Rien n’est vraiment aux cotes standard, et l’idée de venir percer là-dedans est éliminée avant même d’avoir sorti la perceuse. C’est typiquement la configuration qui fait basculer le projet « poutre à la maison » dans la catégorie « plus tard », « quand on aura une porte plus classique », « dans le prochain appart ». VerticalBase de dos - YY Vertical © Vertige Media VerticalBase de dos - YY Vertical © Vertige Media La mise en place de la VerticalBase, elle, est étonnamment directe : on fixe la poutre, on ajuste la structure télescopique, on la cale contre le bord du cadre, on serre. Pas d’outil à aller chercher, pas de mesures savantes à la règle de maçon, pas de niveau à bulle dégainé pour l’occasion. En 30 secondes, la poutre d’escalade est en place, à une hauteur vraiment exploitable. La structure propose deux faces utilisables : la face avant pour la poutre d’escalade, la face arrière sur laquelle on peut venir fixer des prises. De quoi transformer la porte en mini-mur modulable, sans rien ajouter au mur lui-même. Le niveau à bulle intégré permet de vérifier l’horizontalité en un coup d’œil, sans sortir le moindre outil. Et comme la VerticalBase peut se positionner à peu près à n’importe quelle hauteur dans la porte, on peut facilement varier les exercices : tractions complètes, suspensions plus basses, travail technique à hauteur d’épaules, ou réglage en fonction de la taille de chacun·e. On l’a laissée là trois semaines, sans la ménager. Les séances s’enchaînent, tout le monde se pend dessus, on alterne suspensions, tractions et quelques mouvements plus dynamiques pour voir si quelque chose finit par bouger. Au moment de la déplacer, verdict très concret : aucune trace sur l’intérieur de la porte. Pas de marque de compression, pas de rayure, pas même ce petit éclat discret qu’on serait prêt à faire semblant de ne pas voir. SandwichBase au bureau : la cloison qui tenait à rester debout La SandwichBase, elle, a été envoyée en terrain un peu plus hostile : le bureau. Ou plutôt la cloison du bureau. Le genre de surface qui fait hésiter rien qu’au son qu’elle renvoie quand on tape dessus. C’est typiquement le mur sur lequel personne n’aurait l’idée de fixer une poutre de traction « à l’ancienne ». Rien que d’imaginer visser quelque chose de plus lourd qu’un cadre photo dedans, on voit déjà le morceau de mur se détacher net. SandwichBase de YY Vertical © Vertige Media SandwichBase de dos - YY Vertical © Vertige Media SandwichBase de dos - YY Vertical © Vertige Media C’est pourtant là qu’on a installé la SandwichBase. Le principe est différent de la VerticalBase : le support vient « sandwicher » la porte en prenant appui sur le chambranle. En clair, on ne tire pas sur la cloison, on s’appuie sur la structure de la porte pour reprendre les efforts. Ce qui implique tout de même d'avoir des réglettes ou moulures solides. À l’installation, le scepticisme est encore bien présent, d'autant que l'épaisseur de nos réglettes semblent en-dessous des 6mm recommandés. À l’usage, il s’évapore assez vite. La poutre d’escalade reste parfaitement stable, même quand on commence à y mettre de vraies charges : tractions, suspensions, mouvements un peu énergiques. La cloison ne se craque pas, le cadre ne se déforme pas, rien ne bouge. Surtout, la SandwichBase a un gros avantage pour un usage en entreprise ou dans une pièce polyvalente : elle s’enlève en quelques secondes. Quand on a besoin de fermer la porte, de recevoir quelqu’un dans un bureau qui ne ressemble pas immédiatement à un espace dédié au renforcement, on enlève le support avec la poutre, et la pièce redevient instantanément « normale ». Là encore, aucun dégât sur le chambranle ni sur le mur. Une poutre d’escalade à une hauteur… atteignable Il y a un point qu’aucune fiche produit ne met vraiment en avant, mais que ce test a remis au centre : la hauteur. Avant YY Vertical, une autre poutre était déjà installée, plus classiquement, au-dessus d’une porte de salle de bain. Placement logique sur le papier. Dans la pratique, elle n’est presque jamais utilisée. La raison est d’une simplicité désarmante : pour s’y pendre, il faut un escabeau. Le scénario était toujours le même : envie de faire deux suspensions, constat qu’il manque vingt centimètres, question « Il est où, l’escabeau ? », puis autre chose à faire, et la séance s’évapore. Un entraînement qui commence par une quête de matériel annexe a, en général, déjà perdu. Avec VerticalBase et SandwichBase, la poutre se retrouve à une hauteur « vivable » : assez haute pour se suspendre sans toucher le sol, assez basse pour l’attraper sans rien d’autre que ses mains. On passe devant, on se pend, on fait quelques exercices, et on continue sa journée. C’est probablement là que ces supports de poutre sans perçage creusent vraiment l’écart avec une installation fixe et trop haute : ils transforment la poutre d’escalade en outil d’entraînement du quotidien, pas en totem sportif perché au-dessus de la porte. VerticalBase ou SandwichBase : choisir son camp Au fil des semaines, les usages se sont clarifiés. La VerticalBase s’impose comme l’option polyvalente pour les intérieurs un peu compliqués : portes larges, moulures, cadres atypiques. Son système ajustable lui permet de trouver sa place là où les supports classiques capitulent vite. C’est le support qu’on imagine bien dans un appartement où l’on veut une vraie poutre d’entraînement… sans sacrifier les finitions. La SandwichBase, elle, a un profil plus « plug and play ». Elle est taillée pour une porte standard, un bureau ou une chambre où l’on veut pouvoir installer et retirer la poutre en un clin d’œil. C’est aussi la solution qui rassure les grimpeur·ses qui n’ont aucune envie de vérifier empiriquement la résistance de leur cloison : ici, l’effort passe par la porte, pas par le mur. En revanche, elle demande un point simple mais non négociable : un cadre de porte avec des réglettes/moulures structurelles, solides. Si ces moulures sont uniquement décoratives, ce ne sera pas suffisant. Dans les deux cas, le cœur de la promesse reste le même : une poutre d’escalade installée sans percer, qui ne bronche pas même quand on y envoie des tractions bien dynamiques, et un rapport nettement plus apaisé à la question « est-ce que je suis en train de fragiliser ma cloison ? ». Pour un·e grimpeur·se qui veut progresser sans transformer ses murs en terrain d’expérimentation, VerticalBase et SandwichBase cochent les cases essentielles : stabilité, absence de trous, murs intacts et séances de suspensions enfin régulières. VerticalBase est commercialisé au prix de 289€ et disponible ici. SandwichBase est commercialisé au prix de 189€ et disponible ici. Sponsorisé par YY Vertical.

  • Kalymnos : un mort et des questions vertigineuses

    Un grimpeur tchèque de 60 ans est mort le 27 mars 2026 à Kalymnos après la rupture successive de trois points d'ancrage sur une voie équipée en 2002. Un cas extrêmement rare qui interroge sur le modèle de rééquipement d'une des destinations les plus réputées au monde. Car entre exploitation des bénévoles, opacité financière et responsabilités diluées, l'accident révèle les failles d'un système sous tension maximale. Enquête sur un sacré sac de noeuds. Un équipeur à Kalymnos © Klara Stein Le 27 mars 2026, un grimpeur tchèque termine son ascension de St. Savvas, une voie en 7b+ du secteur baptisé « Jurassic Park », sur l'île grecque de Kalymnos. Arrivé au relais, il effectue sa manipulation et commence à descendre en moulinette pour retirer ses dégaines. Alors qu'il s'élance, les deux points du relais cèdent simultanément. Le choc se reporte sur le point d'assurage inférieur qui, à son tour, lâche. L'homme chute de quinze mètres et percute une vire. Conscient dans un premier temps, il est évacué plusieurs heures plus tard en raison de conditions d'accès difficiles. Il décèdera à l'hôpital des suites de ses blessures. Le pire accident possible L'annonce fait l'effet d'une bombe dans la communauté mondiale de l'escalade. Kalymnos n'est pas un spot marginal mais l'une des destinations majeures de l'escalade sportive dans le monde. Sur cette île grecque du Dodécanèse, entre 12 000 et 15 000 grimpeur·se·s viennent chaque année profiter d'environ 4 500 voies équipées, selon Aris Theodoropoulos, président de Rebolt Kalymnos et figure historique de l'équipement en Grèce. Quelques heures après l'accident, c'est cette même association qui, sur Instagram, publie un communiqué sur lequel on peut lire : « Le grimpeur n'a rien fait de mal. La principale cause semble avoir été une série de défaillances du matériel vieillissant ». L'association est en première ligne du rééquipement des voies d'escalade à Kalymnos. Depuis le drame, elle a annoncé l'inspection de toutes les voies équipées avant 2005 et la fermeture préventive de secteurs jugés suspects. Les réactions affluent du monde entier. Sur les réseaux sociaux, la femme du grimpeur décédé appelle à soutenir Rebolt Kalymnos. Très vite, l'urgence d'agir se traduit par un afflux de dons sans que son président puisse nous certifier les sommes en jeu. « C'est le pire accident auquel j'assiste en 50 ans d'escalade » Aris Theodoropoulos, équipeur grec et président de Rebolt Kalymnos Ce qu'il peut partager en revanche, c'est sa détresse. Contacté par Vertige Media, Aris Theodoropoulos commence par dire qu'il est « dévasté » par l'accident. Et pour cause, il s'est produit sur une voie qu'il a lui-même équipée, en 2002. « C'était l'une de mes premières voies à Kalymnos, continue-t-il, en visio depuis l'île. C'est le pire accident auquel j'assiste en 50 ans d'escalade. » Un accident mortel a déjà eu lieu sur l'île, lié à une erreur humaine. Mais celui de mars 2026 est inédit : jamais encore un relais n'y avait cédé de la sorte. Les goujons d'expansion utilisés à l'époque par Aris Theodoropoulos sont en inox 304, un alliage de 10 mm considéré comme standard au début des années 2000. Mais vingt-quatre ans plus tard, cet acier inoxydable s'est révélé inadapté à l'environnement marin de Kalymnos. « Le relais était complètement corrodé à l'intérieur du rocher. Même le meilleur acier inoxydable ne peut pas durer plus de 20 ans, ici », estime l'équipeur aujourd'hui. En faisant le tour des différents secteurs, le diagnostic est aujourd'hui sans appel : environ 1 000 voies équipées avant 2005 n'ont jamais été rééquipées. Ce qui fait que sur les 4 500 voies que compte l'île, près d'un quart du réseau pourrait mettre en danger quiconque s'y aventure. Alors, Rebolt Kalymnos recommande désormais d'éviter systématiquement ces lignes jusqu'à leur inspection complète. Et pendant ce temps-là, quinze secteurs sont envisagés pour une fermeture temporaire. Une solution en titane Face à ce constat, une solution technique semble faire consensus parmi les équipeurs locaux : le titane grade 2 associé à de la colle époxy, un matériau qui ne connaît pas la corrosion et dont la colle offre une garantie théorique de cent ans. Ce choix repose sur dix années d'études menées par l'UIAA (Union Internationale des Associations d'Alpinisme, ndlr), qui a actualisé en 2020 sa norme sur les ancrages après avoir documenté les différents types de corrosion affectant l'acier inoxydable en milieu marin. Le principal danger est la corrosion sous contrainte, un phénomène invisible à l'œil nu qui peut faire rompre un ancrage apparemment intact sous des charges très faibles. Autrement dit, un point qui semble sain en surface peut déjà avoir perdu ses propriétés mécaniques à l'intérieur du rocher. Un relais sur l'île de Kalymnos © Aris Theodoropoulos Aris Theodoropoulos sait bien tout cela. Et précise au bout du fil que c'est même un précédent thaïlandais qui fait désormais office de référence. « La seule solution, pas seulement pour Kalymnos mais pour toute la Méditerranée, c'est le titane », martèle le président de Rebolt Kalymnos. Problème : un seul fabricant - le Grec Peter Lappas - propose actuellement des ancrages certifiés contre la corrosion sous contrainte, selon les normes de l'UIAA. Contacté par Vertige Media, ce dernier ajoute que cet alliage nécessite beaucoup plus de travail pour le façonner et sort donc plus cher sur le marché. « Il faut compter 6 euros pour un point d'ancrage si l'on fait une grosse commande, détaille-t-il. Soit le double que pour de l'inox classique. » Une fois en main, le scellement chimique nécessite également un travail profond. « Et il faut savoir le faire, ajoute Aris Theodoropoulos. Notre besoin est moins d'avoir de l'aide que de pouvoir compter sur des équipeurs expérimentés et bien formés. » À ce rythme, le président de Rebolt Kalymnos estime qu'il faudra entre dix et quinze ans pour sécuriser l'ensemble de l'île. Au pied du mur Créée il y a un an et demi, Rebolt Kalymnos coordonne aujourd'hui une vingtaine de bénévoles et fonctionne presque exclusivement grâce aux dons. À ce jour, l'association dit avoir réalisé environ 50 000 euros de travaux. Un effort réel, mais dérisoire au regard de l'ampleur du chantier. « Nous allons de secteur en secteur. Cela nous prend entre 10 et 15 jours pour chaque secteur », précise Aris Theodoropoulos. « Nous recevons beaucoup de propositions, même depuis la France. Mais ce n'est pas simple de coordonner tout ça », reconnaît le président de l'association. Comment se fait-il qu'une des destinations de grimpe les plus réputées au monde fasse reposer son équipement et sa sécurité sur une poignée de bénévoles ? « Tout est amateur parce que personne n'a jamais reversé un centime dans la sécurité de l'activité » Claude Idoux, ancien ouvreur et équipeur à Kalymnos Plus que quiconque, un homme se répète inlassablement la question. Depuis qu'il s'est installé sur l'île, Claude Idoux s'est énormément investi dans l'ouverture, l'équipement, le rééquipement, le nettoyage et la sécurité de l'escalade à Kalymnos. Parti depuis, le Français laisse derrière lui un héritage immense : plus de 700 voies ouvertes, entre 80 et 100 maintenues par an et la création d'une « Rescue Team » bénévole. Selon lui, la mort du grimpeur tchèque aurait pu être évitée. « Dès 2013, en inspectant le secteur dans lequel Peter est tombé, j'avais alerté sur le fait que le coin était inaccessible en cas d'accident », confie-t-il à Vertige Media. Plusieurs témoignages confirment que le 27 mars dernier, la « Rescue Team » de Kalymnos aurait trop tardé à porter secours à la victime. Pour Claude Idoux, tout cela est symptomatique d'un dysfonctionnement majeur. « Tout est amateur parce que personne n'a jamais reversé un centime dans la sécurité de l'activité, affirme-t-il, amer. J'ai souvent eu l'impression de tout faire tout seul », continue celui qui souligne avoir investi 40 000 euros de sa poche en vingt ans passés sur l'île. Quand il débarque à Kalymnos en 2005, cet ancien transporteur quitte la France pour vivre pleinement sa passion de l'escalade. À l'époque, l'île est en passe de devenir l'un des spots majeurs de la grimpe internationale. Après qu'un Italien, Andre Di Bari, découvre puis débloque son potentiel à la fin des années 90, Kalymnos ne cesse d'accueillir des grimpeur·se·s. Peu à peu, le coin fera battre le coeur de l'escalade internationale avec comme point d'orgue le Kalymnos Climbing Festival qui dès 2010 attire des stars de la discipline. « Au départ, la municipalité a bien saisi l'opportunité, raconte Claude Idoux. Elle payait des équipeurs, fournissait du matériel, offrait des logements. » L'objectif est alors de créer une économie touristique sur une île en déclin dont le peu d'habitant·e·s vivaient d'un tourisme marginal et de la pêche à l'éponge. Aujourd'hui, toute l'économie locale ou presque vit de l'afflux des grimpeur·se·s, sans que cette richesse ne semble réellement ruisseler vers la maintenance des falaises ni vers les secours. À Massouri, le principal village, les rues alignent tavernes bondées, boutiques de matériel, bars et agences de location. Le business remplit les poches d'une myriade d'acteurs économiques. Et peu à peu, la municipalité se désengage. « Jusqu'à ne plus faire grand-chose », tacle Aris Theodoropoulos. « Et il y a pire, enchaîne Claude Idoux. Quand ils ont fait des trucs, ils l'ont fait sans concertation. Donc en faisant n'importe quoi. » « Comme nous le voyons depuis des années, si nous ne faisons rien et attendons quelque chose de la municipalité, nous allons mourir (sic) » Aris Theodoropoulos Les deux hommes, qui se connaissent bien, pointent du doigt la même illustration. En 2018, la municipalité de Kalymnos aurait reçu des fonds européens d'une valeur de 600 000 euros. Le périmètre ? Flou. Mais cet hiver, un chantier municipal a démarré pour rééquiper entre 150 et 300 voies, selon les sources. Problème : « Ils ne l'ont pas fait avec du titane mais avec de l'inox », déplore Aris Theodoropoulos. « C'est mettre un pansement sur une jambe de bois, lance quant à lui Claude Idoux. On a désormais toutes les informations pour savoir que le matériel qu'ils ont placé sera caduc dans quelques années ! » Le Français connaît bien la société en charge du chantier : « Le mec qui a pris ça, il vient d'Athènes, il y connaît que dalle ! Il n'a aucun historique. À tous les coups, il va rééquiper des voies qui n'ont même pas besoin de l'être. » Et Aris Theodoropoulos de conclure : « Officiellement, c'est eux les responsables. Ils sont en charge de l'escalade sur l'île. Mais comme nous le voyons depuis des années, si nous ne faisons rien et attendons quelque chose d'eux, nous allons mourir (sic) ». Contactée par Vertige Media, la municipalité n'a toujours pas répondu à nos sollicitations. Aris Theodoropoulos à Kalymnos © Simon Montmory D'argent et de sang En sortant du silence, Claude Idoux appelle désormais à la raison. Pour le grimpeur français, cela passe d'abord par le fait d'arrêter d'ouvrir de nouvelles voies et de se concentrer sur la sécurité de celles qui sont déjà en place. « Franchement, plus personne ne sait combien il y a de voies à Kalymnos, continue-t-il. Certains te disent 4500, d'autres plus de 5000... Cela ne sert à rien d'avoir plus de lignes si celles qui sont déjà là ne sont pas maintenues. » À moins que certains acteurs y aient intérêt. À commencer par Aris Theodoropoulos qui se retrouve à la fois président de Rebolt Kalymnos - dont la mission est de rééquiper — et propriétaire du topo, dont la valeur commerciale repose sur l'ajout de nouvelles lignes à chaque édition. Interrogé par Vertige Media, le grimpeur grec nous assure qu'une partie des revenus ruissellent bien vers son association, sans pour autant nous donner un montant exact. « Il faut que les acteurs économiques se bougent le cul. Ils profitent tous de l'escalade, et à un moment donné, il faut reverser de l'argent » Claude Idoux Selon Claude Idoux, ils sont très peu à Kalymnos à prendre en charge l'entretien des falaises de manière désintéressée. S'il ne jette pas la pierre à Aris Theodoropoulos, il n'aimerait pas être à sa place. « J'ai toujours préféré ma position à celle d'Aris parce que lui, il fait du pognon sur un travail bénévole », plaque le Français. Comme souvent après un accident mortel, chacun peut alors être tenté de renvoyer la responsabilité vers un autre. À Kalymnos, où les intérêts sont étroitement imbriqués, ce jeu de dilution devient presque facile. Pour Claude Idoux, la responsabilité est pourtant collective. Bien avant la mort du grimpeur tchèque, il militait déjà pour une équipe de secouristes professionnel·le·s ainsi que trois personnes responsables de la maintenance des voies à l'année. Seulement, cela a un coût. « Il faut que les acteurs économiques se bougent le cul, tonne le Français. Ils profitent tous de l'escalade, et à un moment donné, il faut reverser de l'argent. » L'ancien équipeur prolifique ne manque pas d'idées. Il a d'abord tenté, sans succès, de mettre en place un système de carte d'abonnement pour financer sa Rescue Team, il estime aujourd'hui qu'une taxe à l'arrivée tiendrait debout : « Les grimpeurs viennent tous en bateau depuis Kos. Bah, tu les attrapes à l'arrivée et tu leur fais payer une redevance. J'ai plein d'amis qui seraient prêts à payer. Quand j'apprends par un copain suisse qu'il paie 30 balles pour faire 4h d'escalade en salle... Ce serait le même tarif pour grimper dans un des endroits les plus beaux du monde, en toute sécurité. » Claude Idoux, ancien ouvreur et équipeur à Kalymnos © Claude Idoux Claude Idoux a des idées. Mais Claude Idoux est parti. Le Français a précipitamment quitté l'île en vendant tous ses actifs. Au bout du fil, il décrit un « pétage de câble » après une autre histoire dont il a été le héros. « J'ai dû porter secours à des jeunes qui s'étaient cartonnés en voiture. Personne n'est venu les secourir. Et pendant ce temps-là, t'as le maire de Kalymnos qui bouffait avec un ambassadeur du Japon. Je suis arrivé plein de sang dans le resto et je lui ai dit qu'il fallait arrêter les conneries. Là, j'ai compris qu'il n'y avait plus de volonté de leur part ». Quelques jours après, le Français s'envole et laisse derrière lui le même sac de noeuds, bien difficile à démêler. L'UIAA va pourtant s'y employer. Du 1er au 6 mai prochain, l'institution tiendra une réunion à Kalymnos. Prévue avant l'accident mais désormais chargée d'un autre poids, la rencontre verra donc la municipalité, Rebolt Kalymnos et l'équipe locale de secours se mettre autour de la table. Deux jours seront consacrés à une formation au rééquipement selon les normes internationales, tandis que les boulons de St. Savvas seront analysés en laboratoire. Pour Aris Theodoropoulos, cette rencontre représente un espoir : « J'espère que quelque chose de bien émergera de cela », pose-t-il laconiquement. En attendant, le doute s'installe déjà sur l'île. Des professionnel·le·s disent voir monter l'inquiétude chez leurs client·e·s, certain·e·s demandant désormais des garanties ou limitant leur pratique aux secteurs rééquipés en titane. L'accident du 27 mars 2026 a brutalement mis à nu l'équation kalymnienne : une municipalité responsable mais peu investie, un modèle économique dont les bénéfices ruissellent mal vers la sécurité, et des bénévoles débordés face à l'ampleur du chantier. La réunion de l'UIAA pourra-t-elle redistribuer les responsabilités ? À défaut, combien de temps faudra-t-il avant qu'un autre relais ne cède ? Les questions paraissent les mêmes. Sauf que cette fois-ci, après la mort d'un grimpeur, plus personne ne peut les ignorer.

  • La science de l'escalade face à son biais de genre

    Une méta-analyse publiée le 9 janvier 2026 dans la revue Frontiers in Sports and Active Living dresse un constat sévère sur la recherche scientifique en escalade de haut niveau : ses conclusions reposent massivement sur des données masculines. Sur un corpus de 246 études évaluant la performance, 66,5 % des participants sont des hommes, contre 22,7 % de femmes, et seules 34 publications proposent une véritable analyse comparative entre les sexes. Derrière un apparent vernis d'universalité, la science de la grimpe a donc, pendant des années, érigé la physiologie masculine en norme implicite. (cc) Simon Spieske / Unsplash L'enquête menée par Kaja Langer et son équipe se concentre spécifiquement sur les facteurs de performance chez des athlètes de niveau « avancé à élite », dans les disciplines du bloc, de la difficulté et de la vitesse. C’est précisément à ce niveau d'exigence, où l'optimisation de l'entraînement et la prévention médicale nécessitent une précision chirurgicale, que le déséquilibre statistique est le plus flagrant. Sur les 246 études retenues, 102 portent exclusivement sur des hommes, contre seulement 8 sur des femmes. Un phénomène systémique qui n'est pas nouveau : fin 2025, une étude dirigée par Danielle Lee soulignait déjà cette sous-représentation chronique des femmes dans la recherche sur l'escalade, tant du côté des cohortes testées que des équipes de recherche. Le mythe du corps universel Pendant longtemps, les sciences du sport ont extrapolé à l'ensemble des athlètes des conclusions tirées d'échantillons qui ne l'étaient pas. La démarche n'est pas nécessairement le fruit d'un choix conscient, mais ses conséquences sont concrètes. En testant majoritairement des sujets masculins, les données récoltées sur la force, l’endurance ou les temps de récupération décrivent avant tout des hommes. « Les femmes ne sont pas de simples hommes en miniature » Comme le rappellent les autrices de l'étude en pointant un « biais masculin évident », cette transposition trouve vite ses limites. La revue Frontiers le résume d'ailleurs par une formule lapidaire : « women are not simply small men » (les femmes ne sont pas de simples hommes en miniature). Une physiologie différente implique des réponses biomécaniques et métaboliques propres. Ce déficit de représentativité affecte directement les domaines les plus cruciaux de la préparation athlétique. Parmi les 34 études comparatives recensées, la littérature se révèle particulièrement pauvre sur des sujets clés : seules deux publications concernent l’entraînement et ses adaptations, deux portent sur la traumatologie et la santé mentale, et trois abordent les facteurs cognitifs et psychologiques. En clair, les données spécifiques aux femmes manquent précisément là où entraîneurs et médecins en ont le plus besoin. L'analyse des blessures illustre parfaitement cet enjeu. Les recherches existantes montrent que les grimpeuses souffrent davantage de pathologies touchant les épaules, le cou et la tête, tandis que les hommes sont plus exposés aux lésions des doigts, des coudes et des chevilles. Construire des protocoles de prévention uniquement sur la base de la traumatologie masculine occulte donc une part importante de la réalité clinique. L'objectif n'est pas de diviser la discipline en deux catégories étanches, mais de reconnaître que les déterminants de la performance et les zones de fragilité peuvent varier selon les sexes. Le coût du vide scientifique C’est probablement sur la question de la nutrition et de la disponibilité énergétique que le retard scientifique devient le plus préjudiciable. Dans un sport où le rapport poids/puissance est déterminant, les déficits énergétiques (notamment le syndrome RED-S) représentent un risque majeur pour la santé des athlètes. Or, les encadrements techniques manquent de repères validés pour adapter les charges d'entraînement et la diététique à la réalité des grimpeuses. Une revue de 2025 consacrée aux besoins nutritionnels dans l'escalade soulignait déjà un « manque flagrant de documentation » et l'absence de recommandations spécifiques dédiées aux femmes. Les rares données disponibles alertent pourtant sur l'acuité du problème : dans les cohortes étudiées, 80 % des grimpeuses n’atteignaient pas les apports journaliers recommandés en fer, et 30 % présentaient une carence martiale avérée. Au-delà des simples débats académiques, il est ici question d'organismes qui peinent à récupérer et encaissent l'entraînement avec une marge de sécurité réduite. C’est pour pallier ces lacunes méthodologiques que les lignes directrices internationales SAGER (Sex and Gender Equity in Research) encouragent la communauté scientifique à préciser rigoureusement la prise en compte du sexe et du genre dans les études. Elles rappellent que l'omission de cette dimension « limite la généralisation des résultats ». En définitive, cette vaste parution remet en cause l'illusion de neutralité de l'escalade de haut niveau. Elle rappelle qu'un sport, même lorsqu'il objective la performance par des métriques précises et un jargon technique (watts, force de préhension, cotations), n'est pas immunisé contre les biais de genre. L’enjeu pour la science sportive n’est plus seulement de soigner ses statistiques de parité, mais d'adopter une rigueur méthodologique indispensable : cesser, enfin, de confondre le corps le plus étudié avec le corps universel.

  • L'étrange présence de crash pads sur la tour de lancement d'une fusée Isar Aerospace

    Une image étrange a récemment circulé entre les sphères de l’escalade et du spatial : des crash pads Ocún, normalement destinés à amortir les chutes en bloc, étaient sanglés à la tour de lancement d’une fusée Spectrum d’Isar Aerospace. Mais que s'est-il passé ? © Isar Aerospace Le détail a immédiatement attiré l’œil des grimpeur·se·s, d’autant que la marque tchèque elle-même a semblé découvrir la scène presque en même temps que le reste d’internet. L’image a quelque chose de délicieusement absurde. Dans un décor de câbles, de métal et de procédures cryogéniques, on distingue clairement des crash pads Ocún fixés à la structure de lancement. Le genre d’objet que l’on s’attend à voir sous un bloc un peu haut, pas à proximité immédiate d’un lanceur orbital. La scène a notamment été repérée et commentée sur Reddit , où plusieurs internautes ont essayé d’en déduire la fonction à partir de la position des pads sur la tour. Ocún, de son côté, a joué la carte de la surprise amusée. Sur ses réseaux , la marque a expliqué que son crash pad Dominator s’était retrouvé sur la mission « Onward and Upward » d’Isar Aerospace, avec une formule qui laissait entendre qu’il ne s’agissait pas d’une opération prévue de leur côté : « On n'avait pas prévu ça… mais on est partants. » Faute de réponse officielle détaillée, l’hypothèse la plus crédible reste donc celle avancée par plusieurs observateurs en ligne : les pads auraient pu servir de protection là où certains éléments d’infrastructure, notamment liés aux connexions ou déconnexions rapides au moment du décollage, risquent de heurter la structure ou d’absorber un choc. Cela reste une supposition, pas un fait établi. Si cette image a autant circulé, c’est aussi parce qu’elle arrive dans un moment déjà assez chaotique pour Isar Aerospace. Le premier essai de sa fusée Spectrum, le 30 mars 2025, avait bien démarré : la fusée avait décollé depuis Andøya, en Norvège, avant que le vol ne soit stoppé une trentaine de secondes plus tard. Le lanceur était ensuite retombé en mer de façon maîtrisée. Malgré cela, l’entreprise avait présenté l’essai comme utile, car il avait permis de vérifier que le décollage fonctionnait et de récupérer des données pour la suite. La deuxième mission, baptisée « Onward and Upward », est plus importante. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de tester la fusée : Isar veut aussi valider une étape clé de son programme et envoyer une petite charge dans l’espace, avec cinq mini-satellites et une expérience à bord . Mais là encore, rien ne s’est déroulé comme prévu. Une première tentative, en janvier, a été annulée à cause d’un problème technique. Une autre, le 25 mars, a dû être interrompue à cause d’un bateau entré dans la zone de sécurité, puis d’un souci de température du carburant. Enfin, le 9 avril, l’entreprise a stoppé une nouvelle tentative pour vérifier une fuite sur un réservoir sous pression. Résultat : au moment où l’on écrit ces lignes, la mission n’a toujours pas décollé. C’est peut-être aussi pour cela que cette histoire de crash pads a pris une telle ampleur dans les communautés grimpe et spatial. Parce qu’elle fait se rencontrer deux mondes que tout semble opposer, mais que relie soudain un même objet de protection. Dans un cas, il amortit les erreurs du corps. Dans l’autre, il semble peut-être absorber une violence purement mécanique. Et il y a, dans ce télescopage entre culture du bloc et industrie du lanceur, quelque chose de presque trop beau pour n’être qu’un détail logistique.

  • Kalymnos : le festival d’escalade qui n’a jamais lieu

    Petite île grecque du Dodécanèse, Kalymnos vit depuis 20 ans au rythme de ses falaises. Son festival d’escalade, disparu depuis 2019, devait revenir cet automne. Marché public attribué début septembre, 100 000 euros engagés, société organisatrice choisie… Et pourtant : aucune date, aucun programme, pas même une affiche. Un festival fantôme qui en dit long sur la dépendance relative d’un territoire à une niche touristique et sur les contradictions écologiques d’un évènement... renvoyé aux calendes grecques. © The North Face / Damiano Levati Kalymnos, c’est l’histoire d’une petite île qui a trouvé son salut dans le vide. Un rocher gris strié, des grimpeur·euses débarquant avec plus de cordes que de valises, et une réputation mondiale forgée en deux décennies. Chaque automne, quand les plages se vident et que les ferries s'évadent, l’île devient une des capitales éphémères de l’escalade sportive. Un festival de grimpe, né au tournant des années 2000, avait fini de colorier la carte postale : une grand-messe où se croisaient les pros sponsorisé·es et les amateur·rices en quête de mythes, entre tavernes bondées et workshops sur la discipline. Songes d'une nuit d'été À lui seul, le festival pouvait faire la pluie et le beau temps d'une année sur l'île. Kalymnos, surnommée « l'île aux éponges » en raison de son industrie jadis florissante de pêche à l'éponge a connu un déclin socio-économique violent. Des années après, l'escalade est devenue sa bouffée d'oxygène. À la fin des années 1990, des grimpeur·euses italiens et grec·ques équipent les premières voies. En vingt ans, Kalymnos devient un pèlerinage. Aujourd’hui, plus de 5000 voies réparties sur 70 sites tapissent ses falaises aux stalactites spectaculaires. Le Kalymnos Climbing Festival, quant à lui, naît en 2000. Dopé par le soutien de The North Face, il prend de l’ampleur dans les années 2010 qui y envoie grimpeur·euses starisé·es, caméras et budget marketing. Sa Grande Grotta s’illumine, Kalymnos s’affiche dans les magazines spécialisés et attire régulièrement des grimpeur·euses de renommée internationale. Au début des années 2010, on pouvait voir de grands noms de la discipline comme Alex Megos, Barbara Zangerl, Nina Caprez, Caroline Ciavaldini ou encore Jean-Baptiste Tribout crapahuter dans la douceur estivale-indienne du mercure grec. On y faisait des longueurs marathons au coucher de soleil, on admirait les pros depuis un bateau faire du deep water solo... La parenthèse semblait pouvoir durer une éternité. Car derrière une poignée de jours de fête, c'est tout un écosystème qui se hissait sur une année entière : magasin d'équipements, hôtels, restaurants... Déjà magnifié par son climat et ses rochers splendides, Kalymnos et son festival allaient alors définitivement se situer sur la carte de l'escalade mondiale. « Il n'y a pas une trace de la présence d'un quelconque festival sur l'île. Pas une affiche que ce soit dans les restos, les magasins de matos... Rien » Pascal Étienne, grimpeur et alpiniste français Il a fallu une pandémie pour que l'histoire s'arrête. Depuis le Covid, le Kalymnos Climbing Festival n'est jamais reparti. 2019 reste aujourd'hui comme la dernière édition officielle en date. En 2020, la municipalité de l'île annulait pour raisons sanitaires. En 2022, un retour « en grande pompe » fait pschitt à la dernière minute. Même chose l'année suivante. Mais cette fois, en 2025, c'est sûr. À la faveur de l'élection d'un nouveau maire, l'événement aura lieu en octobre prochain. Promesse tenue ? Rien n'est moins sûr. Un festival « dans les airs » Présent sur l'île depuis quelques jours, Pascal Etienne - grimpeur et alpiniste français - a décidé de s'accorder quelques jours paisibles sur les falaises de Kalymnos. Contacté par Vertige Media, il est formel : « Il n'y a pas une trace de la présence d'un quelconque festival sur l'île. Pas une affiche que ce soit dans les restos, les magasins de matos... Rien ». Étrange. Le 5 septembre dernier, la mairie a pourtant attribué à Proopsis Business Consultants S.A., société basée à Athènes, l’organisation du festival. Le montant ? 80 654 euros hors taxes. Une seule offre déposée. Le cahier des charges imposait que l’offre couvre l’ensemble du marché – de la logistique à la communication – excluant de fait les entreprises locales qui auraient pu se positionner sur des volets partiels. Kalymnos Polydrastikí S.A., l’entité qui avait organisé les précédentes éditions du festival, n’a même pas été sollicitée. Mais qu'importe, l'opération permettait à la municipalité de le dire haut et fort : le Kalymnos Climbing Festival revient. « L'entreprise qui organise le festival n'a rien à voir avec l'escalade. Et la municipalité ne fait rien pour la pratique. Selon moi, ils essaient de faire un truc à la dernière minute » Aris Theodoropoulos, grimpeur grec et organisateur des premières éditions du Kalymnos Climbing Festival Aris Theodoropoulos, est un grimpeur et alpiniste athénien. Il fait partie de ceux qui ont vu en premier le potentiel de l'île. C'est aussi lui qui a convaincu la municipalité d'investir dans l'escalade pour en faire une manne touristique. Principal instigateur de la première édition du festival, Theodoropoulos, n'est aujourd'hui plus impliqué dans son organisation. Contacté par Vertige Media, il confie : « Je n'ai plus rien à voir avec le festival. Ce que je sais, c'est qu'ils l'ont annoncé la semaine dernière et espèrent l'organiser le 17 octobre prochain ». La presse locale affirme que la signature du contrat entre la municipalité et la société organisatrice de l'événement est prévue fin septembre. « Un festival international exige des mois de préparation, une publicité ciblée et une coordination avec la communauté mondiale des grimpeurs. Si les dates restent inconnues, comment les intéressé·es peuvent-ils s’organiser ? », alerte Kalymnos News. « Nous sommes très déçus, reprend Aris Theodoropoulos. L'entreprise qui organise le festival n'a rien à voir avec l'escalade. Et la municipalité ne fait rien pour la pratique. Selon moi, ils essaient de faire un truc à la dernière minute. Mais même cela, je ne suis pas sûr qu'ils soient capables de le faire. » Pendant ce-temps là, la presse grecque parle d'un « festival dans les airs » : attribué, budgété mais sans dates, sans programme, sans communication. Autrement dit : invisible pour le reste du monde. Les critiques fusent : délai irréaliste, exclusion des acteurs locaux, opacité municipale. Les professionnel·les du tourisme, eux, restent suspendu·es à cette incertitude : hôtels, restos, magasins d’équipement ne peuvent rien planifier. Alors la presse s'interroge : « Pourquoi ces retards injustifiés ? Pourquoi l’absence d’une information minimale ? Va-t-il se perdre une année de plus, laissant derrière lui une chaîne d’occasions manquées ? » Réparer Kalymnos Kalymnos n’a ni plages glamour comme Mykonos, ni ruines antiques comme Rhodes. Elle a ses falaises. Les hôtels affichent des posters d’Adam Ondra, les tavernes rebaptisent leurs plats pour séduire les grimpeur·euses, les boutiques vendent des mousquetons et des cordes. Le festival n’était pas la clé de voûte de l’économie, mais il jouait un rôle stratégique : prolonger la saison, donner un coup de projecteur, nourrir le storytelling international. Kalymnos news souligne aussi que : « L’escalade n’est pas un produit touristique quelconque. C’est le pilier le plus solide du tourisme alternatif dont dispose l’île. » Et c’est bien là que le bât blesse : quand le festival piétine, c’est l’image globale de Kalymnos qui s’érode, au moment où d’autres spots grecs - Leonidio, Meteora - avancent leurs pions. « Kalymnos n'a pas besoin d'un festival d'escalade. Ce dont nous avons besoin, c'est de prendre soin de nos falaises » Aris Theodoropoulos, grimpeur grec et organisateur des premières éditions du Kalymnos Climbing Festival Également impliqué dans le développement de l'escalade à Leonidio (situé dans le Péloponnèse, ndlr), Aris Theodoropoulos, est affirmatif : « Kalymnos n'a pas besoin d'un festival d'escalade ». « Ce dont nous avons besoin, c'est de prendre soin de nos falaises, de nos équipements et des infrastructures que nous avons », continue-t-il. Pionnier de l'escalade en Grèce, le grimpeur a vu passer toutes les éditions du Kalymnos Climbing Festival. Il voit aussi passer des centaines et des centaines de grimpeurs·ses chaque année se masser au pied des voies qu'il a quasiment toutes équipées. « Le mois d'octobre, c'est encore la haute saison pour l'escalade sur l'île, poursuit-il. Cela ne sert à rien de faire un festival qui engorgera des voies qu'on a besoin de protéger. » Depuis qu'il n'est plus impliqué dans le festival, Aris Theodoropoulos, a emprunté une voie toute différente. Fini les évènements promotionnels, il s'agit désormais de protéger un site naturel d'exception. Alors, avec des grimpeur·ses et équipeur·ses passionné·e·s, il a monté le collectif international Rebold Kalymnos. Avec une mission : ré-équiper toutes les voies de l'île. « C'est un mouvement fait par des grimpeurs·ses, juste des grimpeur·ses, indique l'intéressé. Nous faisons un travail bénévole mais nécessaire. Je pense que c'est très important pour l'île. » Ironie du sort, Pascal Étienne nous indique que des affiches aux couleurs de Rebold Kalymnos sont nombreuses sur l'île. « Pour le coup, il y en a partout, affirme-t-il. C'est très bien fait. Il y a un QR code via lequel on peut directement payer pour alimenter les fonds du collectif. » Parmi le spectre d'un festival d'escalade fantôme, se dessine peut-être une partie de ce que la discipline est devenue. D'un côté, une municipalité associée à une entreprise qui ne connaissent rien à la grimpe mais qui tentent tant bien que mal d'organiser un événement promotionnel déchu. De l'autre, des grimpeur·se passionné.e·s qui s'échinent à sauvegarder bénévolement un site d'exception. Au milieu, une petite île qui concentre beaucoup de questions. Et qui n'est pas près de trouver les réponses.

  • Artemis II : l'escalade comme antichambre de l'espace pour Christina Koch

    Pour Christina Koch, le vide n’a pas attendu l’espace. Avant d’être associée à la mission lunaire Artemis II, l’Américaine se frottait déjà à une forme d’apesanteur, sur le rocher. Bien plus qu’un simple loisir, l’escalade a constitué pour elle une première école de la rigueur, du sang-froid et de la lecture du risque. Confidences sur une discipline qui, sans remplacer l’entraînement spatial, lui en a appris plusieurs fondamentaux. Christina Koch escalade © NASA Quand on pense à la formation des astronautes, l’imagerie populaire convoque d’emblée les centrifugeuses insoutenables ou les piscines géantes recréant l’apesanteur. Un face-à-face permanent entre le corps humain et la haute technologie. Mais au cœur de cet arsenal ultra-sophistiqué, une pratique bien plus terrestre affleure : la grimpe. Christina Koch l’affirme sans détour. Celle qui a pris part à Artemis II établit un lien direct entre le baudrier et la combinaison pressurisée. Au micro de la NASA , l’ingénieure de formation refuse de réduire l’escalade à une simple quête d’adrénaline. Sur le rocher, explique-t-elle en creux, on apprend à évoluer dans un environnement exigeant en s’appuyant sur la technique, le matériel, les procédures et la lucidité. Autant de réflexes précieux lorsque l’erreur, dans l’espace, change aussitôt de dimension. Le virus de la verticalité C’est sur les bancs de l’université d’État de Caroline du Nord que la future astronaute découvre l’escalade. « Ça avait l’air vraiment excitant, peut-être une manière d’aller dehors et de vivre un peu d’aventure », se souvient-elle. Si l’appel du dehors a servi de déclencheur, c’est la dimension plus analytique de la discipline qui finit par la captiver. Le matériel, la physique des systèmes, les logiques de sécurité, la confiance placée dans ce que l’on manipule comme dans la personne avec qui l’on grimpe. En évoquant les sorties extravéhiculaires autour de la Station spatiale internationale, Koch le dit elle-même : « Tout cela est très proche des concepts de l’escalade ». La formule n’a rien d’anecdotique. La paroi impose une attention continue, une compréhension fine de ce qui vous relie au vide, et une forme de calme appliqué qui dépasse largement la seule performance. La question qui sonde l'âme Ce bagage de grimpeuse a fini par compter jusque dans son recrutement par la NASA. Non pas comme un brevet d’héroïsme, mais comme un révélateur plus intime. Lors de son processus de sélection, Peggy Whitson, immense figure du programme spatial américain, lui pose une question simple , en apparence : avait-elle déjà eu peur en grimpant ? Christina Koch raconte avoir eu l’impression que la question allait droit au fond d’elle-même. Elle aurait pu chercher à donner la bonne réponse, à endosser le costume de la candidate inébranlable. Elle choisit l’inverse. Oui, elle a eu peur. Et c’est précisément là que quelque chose se joue. « C’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris à quel point il est important de transformer cette peur en concentration ». Tout est peut-être là. Face au risque, il n'existe ni déni, ni fascination mais une capacité à convertir l’émotion en attention. L’espace a longtemps semblé relever d’une préparation presque surhumaine, réservée à des corps et à des nerfs hors norme. À travers son parcours, Christina Koch ramène pourtant cette conquête à des fondamentaux prosaïques. Avant les procédures orbitales, les combinaisons et les trajectoires lunaires, il y a parfois une autre école du vide : celle qui apprend à rester précise, calme et lucide quand le corps comprend, avant l’esprit, qu’il ne tient qu’à peu de chose.

  • Laura Pineau : « J’ai décidé d’arrêter de montrer la Laura parfaite »

    À 25 ans, Laura Pineau s'est imposée dans le gotha mondial de l'escalade en signant des performances monumentales sur les 12 derniers mois. Le fruit d'un travail titanesque pour une grimpeuse qui n'a jamais rien laissé au hasard, et qui a récemment décidé d'assumer ses fêlures. Portrait lézardé de « Mademoiselle Fissure ». Laura Pineau dans The Nose sur El Capitan, au Yosemite © Thibaut Marot Il faut la voir. Devant des centaines de personnes sur l’estrade du Grand Rex, voilà qu’elle ne lâche plus le micro. Elle harangue, traduit, relance, s’auto-répond, invite l’équipe du film à monter sur scène… Après un quart d’heure de questions, Laura Pineau a tout bonnement décidé de prendre le contrôle de l'événement. Censé distribuer la parole, le pauvre Cyril Salomon doit bien l’admettre : « La prochaine fois, c’est toi qui feras la MC de la soirée !  ». C’est comme ça. Le cofondateur de Montagne en Scène vient de rencontrer Laura Pineau en chair et en os. Et de se faire rouler dessus. The Crown Le public parisien, lui, vient d’assister à la première projection de The Queen Swing, un des films de la soirée qui retrace l’exploit qu’elle a réalisé avec la grimpeuse américaine Kate Kelleghan. Ensemble, entre le 6 et 7 le juin 2025, elles sont venues à bout de la légendaire Triple Crown ( El Capitan, Mount Watkins et Half Dome, ndlr ) en moins de 24h. Ce sont les trois faces les plus mythiques du parc national de Yosemite, en Californie. Soit 2 200 mètres de grimpe et 30 km de randonnée avalés en 23h et 36 minutes. Le grand public a souvent retenu son souffle pour savoir si les grimpeuses allaient parvenir au bout de leur projet. Alors, à la fin, The Queen Swing  a reçu un tonnerre d'applaudissements. Une célébration à la hauteur d’une performance inédite car jamais une cordée féminine n’était parvenue à effectuer une telle ascension en moins d’une journée. « J’ai toujours été comme ça, très extravertie. J’adore l’impro depuis toute petite, embarquer les gens autour de moi » Laura Pineau Le lendemain, dans un café de Paris situé en face du Grand Rex, il faudrait presque deviner que l’on se retrouve face à l’une des meilleures grimpeuses de la planète. Vêtue d’une veste technique, d’un jean, de chaussures d’approche et de grandes lunettes rondes, Laura Pineau n’a pas vraiment l’allure d’une showgirl . Il faut attendre qu’elle ouvre la bouche pour saisir l’énergie qui remplit le bar d’un débit en 280 bpm. « J’ai toujours été comme ça , très extravertie , explique-t-elle devant un cappuccino qui tremble.  J’adore l’impro depuis toute petite, embarquer les gens autour de moi. Et hier, tous mes proches étaient là. »  Galvanisée et pleine d’émotions, la jeune femme de 25 ans ne s’est donc pas fait prier pour prendre le lead . D’une part, pour camper le premier rôle d’un quart d’heure de célébrité inédit. D’autre part, pour contrebalancer ce que l’on aperçoit parfois à l’écran. À savoir cette « grimpeuse française inconnue  » qui répond à l’appel de Kate Kelleghan sur Instagram. L’Américaine, spécialiste du speed climbing , prend alors la Française sous son aile, la coache et lui apprend les rudiments de la grimpe de big walls  en temps record. « Et encore, tu n’as pas vu la première version du film où je passais clairement pour une débutante , reprend l’intéressée. On a un peu changé le cours de l’histoire parce que c’est quand même moi qui allais plus vite dans chaque voie à la fin et qui ai porté l’équipe, aussi. » À l’époque, Laura Pineau a déjà inscrit des réalisations majeures à son palmarès. Dans la communauté de la grimpe, elle est « Mademoiselle Fissure », une des meilleures spécialistes au monde de l’escalade en trad, qui suppose de grimper en posant soi-même ses protections. De cette façon, elle a notamment répété un 8b/8b+ dans la Valle dell’Orco, en Italie. Le genre de bagage qui lui permettra d’être de plus en plus à l’aise au Yosemite et qui montrera au fur et à mesure des 53 minutes de film que c’est bien elle qui porte le projet de la Triple Crown à bout de bras. « J’ai tout quitté pour faire ce film, affirme-t-elle en replaçant ses lunettes.  Quand on a commencé, j’ai dit à Kate : “Tu sais, moi j’ai lâché mon job pour faire ça. Là, on a huit mois d’entraînement pendant lesquels je vais vivre dans mon van sur mes économies”. » Déterminée à aller au bout, la Française a déjà dépêché son compatriote Thibaut Marot pour filmer et réaliser l’aventure. C’est elle qui financera une grosse moitié de la production, elle qui bossera la post-production avec l’équipe technique, elle qui refusera le soutien d’une boîte de production. Encore elle qui contactera Montagne en Scène pour le diffuser. « Je voulais qu’on contrôle la narration de l’histoire de bout en bout , explique-t-elle. Que ce film nous appartienne totalement. » Logique finalement, pour une personne qui toute sa vie, n’a jamais rien voulu laisser au hasard. Où est-ce qu’elle trouve toute cette énergie ? Laura Pineau grandit à Toulon auprès d’une mère commerciale et d’un père entrepreneur qui commencent à ne plus s’entendre. Dans un univers familial devenu « un peu chaotique », la jeune fille trace sa voie à partir de petites phrases. « Je me souviens que mes parents nous disaient beaucoup  : “Va jouer, t’es libre”. Puis juste après : “Par contre, ne revient pas pleurer”. Du coup, je ne pleure jamais. Je considère que si on te laisse cette liberté, tu ne peux pas t’en plaindre ensuite », confie-t-elle. Excellente élève et « ultra-sportive», elle développe plus tôt que ses camarades sa propre méthode de travail. « Tout le monde parlait de prépa , dit-elle. Mais moi, à 15 ans, j’avais déjà une méthode qui fonctionnait. Je pouvais rester à mon bureau 5h à bosser sans problème. Donc j’ai dit à ma mère : “Maman, dès que j’ai le bac, je pars de la maison”. » C’est comme ça qu’à 17 ans et demi, la Toulonnaise débarque à San Francisco, en école de commerce. Entre-temps, alors qu’elle fait plutôt de la boxe, elle découvre l’escalade de façon presque inopinée, par l’intermédiaire d’un grimpeur du coin – « Fred » – qu’elle ne reverra jamais. « On faisait du deep water solo, donc sans corde au-dessus de la mer. Ça m’a beaucoup plu. Il y avait un côté un peu mécanique. Je tombais, je recommençais. » Un petit 7c+ à Toulon, le sourire aux lèvres © Charlie Caille En débarquant aux États-Unis, Laura Pineau se rapproche des big walls  mais fréquente d’abord les salles. Elle étudie beaucoup, apprend une autre culture et fait ressortir son tempérament de bosseuse acharnée. Une anecdote en dit long : «  La première fois que je suis rentrée dans une salle de classe, tout le monde prenait le cours sur son ordinateur portable. Je n'avais jamais vu ça. Du coup, j’ai téléchargé un jeu qui me permettait de taper le plus rapidement possible sur mon clavier sans regarder les touches !  ». Tout se passe comme si la vie de Laura Pineau passait par des micro-objectifs : les études, l’anglais et l’escalade bien sûr. D’ailleurs, la Française prend du niveau et se retrouve enfin sur une grande voie de 150m, cornaquée par un ami américain. « C’était en trad en plus ! , continue la grimpeuse.  J’étais en seconde, je portais le gros sac qui frottait dans la fissure. J’ai cru que j’allais mourir. C’était horrible.  » Avec le trad, la jeune expat’ vit même une relation très tourmentée : « J’ai décidé de remettre le couvert en tête dans une voie facile. Je n’en garde pas un bon souvenir. J’étais morte de peur et depuis ce jour-là, je n’en ai plus jamais refait. » En 2020, beaucoup de jeunes se sont mis à imaginer leur avenir en regardant le plafond de leur chambre. Revenue à Toulon pour une année de césure, Laura Pineau rêve quant à elle d’El Capitan, sans doute la face la plus célèbre du monde avec ses 1000 mètres de haut. Ses idoles s’appellent alors Lynn Hill ou Babsy Zangerl. Ça ne fait désormais plus aucun doute : l’ancienne boxeuse sait que l’escalade fera partie de sa vie, d’une manière ou d’une autre. De retour outre-Atlantique et pour forcer le destin, la Française s’encorde au pur lifestyle  de la grimpeuse américaine : elle décide de vivre dans un van. À l’été 2022, Laura Pineau vient de terminer ses études et se pose à Red River Gorge, un des sites les plus emblématiques des États-Unis, situé au Kentucky. Employée à distance par une entreprise de valises, la grimpeuse passe le plus clair de son temps libre en nature à grimper. « Puis un jour, tous les dirtbags me disent qu’il faut aller à Ten Sleep, dans le Wyoming, pour un festival de grimpe , raconte-t-elle. J’ai pas réfléchi, je les ai suivis ». Lorsqu’elle démarre son van, elle ne sait pas encore que 1711 miles plus loin, une rencontre va changer sa vie. Un cadeau, le désert et des mains qui saignent «  Je vois cette fille que je ne connais pas. Je ne sais absolument pas qui c’est. Mais elle parle au micro de son expérience et c’est hyper touchant. Elle raconte qu’elle a été ouvreuse dans des salles avec des mecs horribles, qu’elle a dû se faire sa place. Et que pour y arriver, elle a grimpé dans des fissures.  » Installée dans une salle de projection de Ten Sleep, Laura Pineau est traversée par un sentiment profond. Et comme à chaque fois qu’elle sent une opportunité, la jeune femme décide de ne pas la laisser passer. « Je suis donc allée la voir et je lui ai proposé qu’on grimpe ensemble  », dit-elle. « Cette fille  », c’est Brittany Goris, une des meilleures grimpeuses du monde en trad qui n’est pas vraiment habituée à accueillir ce genre de sollicitations de la part d’une autre femme. Elle accepte. Et voilà que quelques mois après, Laura Pineau se retrouve à Moab, une sorte de désert de l’Utah, pour réapprendre le trad en compagnie d’une championne américaine. « Elle m’a tant appris, confie l’intéressée. Elle m’a laissé utiliser tout son matos, m’a transmis sa technique et m’a appris à gérer ma peur . C’est une des rencontres les plus déterminantes de ma carrière.  » « Je pense que je ne suis pas la plus intelligente mais je travaille comme une malade. Personne ne pourra me mettre la pression autant que je me la mets moi-même. Jamais. » Laura Pineau Grâce à Goris, la Toulonnaise redécouvre la fissure et tout le travail de sape que cela suppose. « C’est ce que j’ai le plus aimé : tout reprendre de zéro , continue-t-elle. Je trouve que c’est un cadeau magique de redevenir débutante, d’avoir de nouveau un monde à réapprendre.  » Dans la fissure, la grimpeuse voit aussi un cadeau de la nature : « Ça a été créé par elle, ça se voit. Quand on grimpe, c’est le truc le plus évident qui soit  ». Avec ses bleus et ses mains qui saignent, Laura Pineau trouve dans le fond des fissures une nouvelle affirmation de soi. Mais ce n’est pas la seule vocation qu’elle a rencontrée à Ten Sleep. Le même jour que le speech  de Brittany Goris, la Française a vu un film qui l’a bouleversé : Pretty Strong . « Quatre petits films sur des femmes qui réalisent des projets de grimpe ensemble , détaille Laura Pineau. C’était juste trop inspirant. À la fin, j’ai pleuré dix minutes d’émotion tellement ça m’avait touchée.  » Au sortir de la projection, elle se jure de faire pareil. Dit autrement : grimper des projets hyper costauds avec des partenaires féminines. Depuis, la carrière de Laura Pineau alterne entre productrice de film et grimpeuse pro. Grâce à la Triple Crown , elle s’est débarrassée de son job de commerciale et a accueilli quelques sponsors. Cette réalisation qui a « marqué l’histoire du Yosemite  » l’a fait changer de dimension. La Française a désormais une agente, Marine Thévenet. La reconnaissance qu’elle attendait ? «  Peut-être , dit-elle en cherchant la bonne réponse dans la fin de son cappuccino.  Je pense qu’à un moment, le travail paie toujours. Je pense que je ne suis pas la plus intelligente mais je travaille comme une malade. Personne ne pourra me mettre la pression autant que je me la mets moi-même. Jamais.  » Laura Pineau sur le Half-Dome © Thibaut Marot Ultra-grimpe Programmée pour performer – et pour que cela se sache –, Laura Pineau est souvent dépeinte comme « une machine » dans les médias. La grimpeuse vient de boucler un nouveau projet extrême avec Elsa Ponzo : grimper les 100 plus belles voies de Provence. Les stats ? Énormes. Près de 18 000 mètres de grimpe et 691 longueurs ingurgitées en 43 jours. De quoi planter un nouveau concept dans le landerneau de la haute performance verticale : « l’ultra-escalade ». C’est gros, c’est fort, mais ça mène à quoi ? En faisant tourner sa cuillère dans le fond de sa tasse, Laura Pineau philosophe désormais sur cette escalade permanente. Pour elle, il n’est plus question d’apparaître comme un engin qu’il suffit d’actionner pour grimper. « Après la Triple Crown, je me suis fait accompagner d’une coach mentale , confie-t-elle. C’est ma grand-mère qui a vu que je n’arrivais pas à clôturer le truc, à passer à autre chose.  » Avec sa coach, « la machine » apprend à s’excuser, à se laisser tranquille, à accepter sa vulnérabilité. « J’ai voulu arrêter de montrer la Laura parfaite  », affirme-t-elle. Six mois après la Triple Crown , en novembre 2025, Laura Pineau vient à bout de Wet Lycra Nightmare , l’un des big walls les plus déversants du Yosemite, coté 8b. C’est encore une première féminine. C’est encore un exploit. Sauf que cette fois-ci, dans le film qu’elle a produit, la grimpe décide d’afficher ses doutes et ses fêlures. Lors de l’avant-première au Salon de l’escalade de janvier dernier, « celle qui ne pleure jamais » a fondu en larmes après la projection. « Et vous n’êtes pas prêts pour celui sur les 100 voies de Provence  », rigole-t-elle. À 25 ans, l’athlète super active serait-elle en train de s'assagir ? Sans doute. Si l’énergie déborde encore, elle entend désormais irradier la génération qui vient. La grimpeuse va passer son DE ( diplôme d’État, pour être en capacité d’encadrer, ndlr ). « Pour transmettre  », confie-t-elle. Ses exploits, sa technique, sa force mais aussi ses échecs et ses questions. Après tout, quoi de plus normal pour « Mademoiselle Fissure » que de fendre l’armure ?

  • USA Climbing : les athlètes montent au front pour défendre leur futur centre national

    Accusé d'être trop commercial par une partie des salles privées, le futur National Training Center de Salt Lake City divise. Face à la polémique, la commission des athlètes de USA Climbing  brise enfin le silence. Entre lettre ouverte et confidences à Vertige Media , les grimpeur·se·s font bloc : cet équipement est vital pour structurer la filière et propulser l'escalade américaine au sommet. Coupe du monde d'escalade à Chamonix © David Pillet Jusqu'à présent, le dialogue de sourds autour du futur National Training Center (NTC) brillait par son casting  incomplet. Sur le ring  : des exploitant·e·s de salles privées vent debout contre un projet jugé trop mercantile pour une fédération , face à une instance ( USA Climbing ) vantant un modèle hybride mêlant haute performance, accueil du public, événementiel et viabilité économique. Au milieu de ces tirs croisés, les principal·e·s intéressé·e·s brillaient par leur absence. C'est désormais de l'histoire ancienne. Par la voix de sa commission présidée par Danny Popowski, les athlètes américain·e·s ont tranché. Le ton, déployé dans une lettre ouverte puis détaillé lors d'un échange avec Vertige Media , se veut catégorique. Le NTC n'est pas un caprice, c'est une urgence. Il s'agit d'un outil « nécessaire pour rendre les États-Unis plus compétitifs sur la scène internationale, disposer d’une scène dédiée pour les événements, et offrir des opportunités d’éducation et de développement à notre communauté élargie » . Le constat va même plus loin : cet écrin est perçu comme « fondamental pour le développement des athlètes et pour la croissance continue de l’escalade de compétition aux États-Unis » . L'objectif de cette sortie médiatique ? Moins d'apporter un simple soutien institutionnel que d'imposer un recadrage sémantique. Oubliez l'image d'une énième salle d'escalade venant saturer le marché de l'Utah. Pour les sportif·ve·s, ce centre vient surtout combler un vide infrastructurel béant, palliant des années de « système D » . Sortir du garage C'est le cœur du réacteur de leur plaidoyer. Derrière les médailles et les podiums, la réalité du haut niveau américain repose encore largement sur le bricolage. Le document rappelle froidement que l'élite a performé jusqu'ici « sans installation permanente, conçue spécifiquement pour l’entraînement » . La formule qui suit claque comme un aveu de précarité : pour s'entraîner, l'escouade américaine s'en est remise à « des créneaux empruntés dans des salles, des installations temporaires dans des entrepôts et leur propre débrouillardise » . Au micro de Vertige Media , un·e porte-parole de la commission enfonce le clou. Si les salles privées ont historiquement porté l'escalade outre-Atlantique, elles « ne sont pas conçues pour reproduire de manière cohérente les environnements des compétitions internationales » . L'inventaire des lacunes est aussi précis qu'implacable : inclinaisons inadaptées, renouvellement insuffisant des voies, scénographies au rabais. Aujourd'hui encore, des sélectifs ou des championnats nationaux se tiennent sur des structures déconnectées des standards mondiaux. Murs de difficulté manquant cruellement de dévers, murs de bloc avares en diversité d'angles, « notamment sur les dalles » , sans parler du déficit chronique d'infrastructures en vitesse. Sur ce dernier point, l'accès à des murs à quatre couloirs reste « extrêmement limité » , un comble à l'heure où la discipline se réinvente à l'international . « Le NTC n’est pas conçu pour remplir la même fonction qu’une salle commerciale classique » Danny Popowski, président de la commission des athlètes américain·e·s En creux, cette montée au créneau illustre un véritable choc des visions. Là où les acteurs privés dénoncent une dérive marchande, les athlètes, eux, déplorent une carence historique. Il manquait aux États-Unis un véritable sanctuaire capable d'absorber de manière durable les exigences techniques, logistiques et symboliques de l'hyper-performance. Usine à champions C'est avec cet argumentaire que les grimpeur·se·s tentent de désamorcer la fronde du privé. Le NTC accueillera du public, certes. Mais de là à le qualifier de complexe commercial ordinaire, il y a un gouffre qu'ils refusent de franchir. « La priorité principale, c’est l’escalade de compétition » , certifie la commission. Exit  l'optimisation de l'espace à outrance : le terrain sera « plus spécialisé, moins dense et fréquemment renouvelé » , incluant des zones entières privatisables de longues semaines pour l'élite ou l'événementiel. Le couperet tombe : « Il n’est pas conçu pour remplir la même fonction qu’une salle commerciale classique » . « En tant qu’athlètes, nous voulons simplement voir ce projet mené d’une manière qui renforce la confiance dans l’ensemble du sport » Danny Popowski, président de la commission des athlètes américain·e·s La ligne de défense est claire : interdiction de voir le NTC comme un gymnase lambda sous stéroïdes fédéraux. Il s'agit d'un laboratoire de performance doté d'une vitrine grand public. Toutefois, pas question d'en faire une tour d'ivoire pour autant. « Il est important, de notre point de vue, que ce ne soit pas simplement une installation fermée, réservée à l’équipe nationale » , précisent les signataires. Une évidence culturelle dans un pays où l'escalade s'est massifiée par l'ouverture, exigeant qu'un chantier de cette envergure porte en lui « ce même standard d’accessibilité et d’ouverture » . L'argument dépasse la pirouette politique pour toucher à la philosophie sportive américaine. Plutôt qu'un bunker élitiste, le centre se rêve en hub . Un carrefour où se croiseraient prodiges en devenir, technicien·ne·s, ouvreur·se·s, spécialistes de la para-escalade et grimpeur·se·s amateur·rice·s. La lettre évoque d'ailleurs une multitude de passerelles : sessions de détection, espaces de formation pour les coach·e·s, consolidation de la filière... Bref, une usine à champion·ne·s doublée d'un centre névralgique pour la communauté. Une promesse vaste qui rend l'enveloppe budgétaire politiquement plus digeste. L'éléphant dans la salle C'est pourtant sur ce terrain que le plaidoyer des sportif·ve·s trouve sa limite la plus évidente. Car le courroux des gérant·e·s privés n'a jamais véritablement visé l'utilité sportive du projet, mais bien son modèle économique hybride venant chasser sur leurs terres. Sur ce terrain miné, la parade des athlètes s'avère bien fragile. Interrogée sur la fine frontière entre soutenabilité fédérale et concurrence directe, la commission botte en touche avec un laconique : « Pas de commentaire » . Un silence qui pèse. S'il n'invalide pas la légitimité de leurs revendications, il confirme que les athlètes n'ont pas pour vocation d'éteindre l'incendie financier. La lettre ouverte ne s'en cache pas, concédant que l'équipe n'est « pas en position de parler de projections économiques ou de modèles d’exploitation » . Leur seule expertise revendiquée reste la pertinence de l'outil pour forger la performance et structurer le calendrier. En clair : à chacun son métier. La grogne du privé n'est pas balayée, mais le message est passé : ne sacrifiez pas notre outil de travail sur l'autel de vos querelles comptables. « Du point de vue des athlètes, cela semble plus complémentaire que concurrentiel » Danny Popowski, président de la commission des athlètes américain·e·s Sur la délicate question de la gouvernance, les grimpeur·se·s se font un peu plus disert·e·s, bien que prudent·e·s. USA Climbing  peut-elle être juge et partie en gérant un site ouvert au public ? La commission brandit la carte Momentum . Le fait que cette enseigne privée ait été désignée comme opérateur du NTC constitue « une étape importante »  pour apaiser les craintes. Confier les clés à un gestionnaire aguerri était, à leur compréhension, « la manière responsable de mettre le NTC en état de fonctionnement » . Une façon habile de déplacer le curseur. L'externalisation agirait comme un pare-feu, conditionné toutefois à une méthode irréprochable. « La transparence et la poursuite de l’engagement avec la communauté vont compter » , insistent-ils, avant de lâcher le maître-mot de leur intervention : « En tant qu’athlètes, nous voulons simplement voir ce projet mené d’une manière qui renforce la confiance dans l’ensemble du sport » . Et pour cause : la confiance est précisément le ciment qui menace de s'effriter dès lors qu'une fédération troque son sifflet d'arbitre pour une position d'acteur économique. Attention toutefois à ne pas y voir un chèque en blanc. Si l'adhésion au NTC est jugée « fort[e] »  au sein de l'équipe et les retours de la commission « massivement positifs » , des inquiétudes persistent. La principale ? Le spectre d'une centralisation excessive des ressources sur Salt Lake City au détriment du reste du pays. Cette nuance sauve la commission du procès en communication institutionnelle dictée par la fédération. Les grimpeur·se·s l'assurent : les doutes émis autour du projet ne doivent pas torpiller le centre, mais forcer ses concepteur·rice·s à penser sa gouvernance et son utilité bien au-delà de l'Utah. Quant aux accusations de concurrence déloyale, l'équipe oppose la théorie du ruissellement sportif. Selon eux, l'essor de la visibilité du haut niveau finira inévitablement par irriguer la base. « Du point de vue des athlètes, cela semble plus complémentaire que concurrentiel » , estiment-ils. Le pari est assumé : un NTC rutilant attirera de gros événements, générera de l'exposition, séduira de nouveaux pratiquant·e·s... qui finiront par pousser la porte des salles locales. Une vision optimiste qui a le mérite d'exposer clairement la logique du projet. Finalement, cette sortie médiatique ne règle pas le fond du conflit, mais elle en modifie profondément la narration. Là où la fronde des exploitant·e·s dépeignait le NTC comme une aberration économique, les athlètes rappellent qu'il est d'abord le symptôme d'une carence sportive. Une légitimité de terrain qu'aucune FAQ fédérale n'aurait pu incarner. Ces grimpeur·se·s, qui ont usé leurs chaussons dans la débrouille, militent pour que la prochaine génération n'ait plus à le faire. La conclusion de leur lettre sonne d'ailleurs comme un passage de relais : « Le National Training Center, c’est ce même type d’investissement, cette fois inscrit dans la durée par USA Climbing, d’une manière que nous n’aurions jamais imaginée en grandissant, et mis à la disposition de chaque athlète qui viendra après nous ». Reste que la parole des athlètes a ses limites. S'il empêche désormais de caricaturer le NTC en simple opération immobilière, il ne répond pas à l'équation fondatrice de ce dossier : comment une fédération peut-elle muscler ses infrastructures sans vampiriser les acteurs privés qui ont bâti son succès ? Le dossier est donc loin d'être refermé. Mais le duel initial entre une fédération ambitieuse et des gérant·e·s anxieux·ses s'est transformé en un match à trois. Désormais, sur le même mur, s'entrechoquent les rationalités des gestionnaires, la réalité du marché et les impératifs des sportif·ve·s. Et comme souvent dans ce genre de bras de fer, tout le monde a un peu raison... mais pas au même endroit.

  • La Sportiva revient en France avec son Climb World Tour 2026

    Entre salles urbaines, van itinérant, figures fortes de la grimpe et détour assumé par les racines outdoor de la discipline, le Climb World Tour 2026 de La Sportiva souhaite faire un peu plus qu’une tournée de marque. Pour cette maison familiale née dans les Dolomites en 1928, l’enjeu est clair : remettre du lien là où l’escalade contemporaine a parfois tendance à compartimenter ses mondes. © La Sportiva Dans l’escalade, le mot « communauté » sert parfois de décoration un peu commode. On l’agite facilement, on l’imprime sur des visuels, puis chacun rentre chez soi. La proposition de La Sportiva tente d'offrir autre chose. Avec son Climb World Tour 2026 , la marque italienne relance sa tournée en misant sur un format « on the road », porté par un van habillé aux couleurs du projet, une série d’étapes européennes et quelques-un·e·s de ses athlètes les plus identifié·e·s, de Caroline Ciavaldini à James Pearson en passant par Brooke Raboutou, Siebe Vanhee, Klaas Willems et Lara Neumeier. La route, pas le décor Ce tour n’arrive pas de nulle part. Chez La Sportiva , l’idée de sortir la marque du simple rapport produit-client existe déjà depuis plusieurs années. En 2022, la maison avait lancé « Climb Europe », un projet déployé dans 14 pays et 71 salles, au point que l’entreprise présente elle-même cette séquence comme la matrice de ce qui est devenu ensuite le Climb World Tour . Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de rajouter quelques dates dans un calendrier bien rempli, mais de construire un dispositif où la circulation, les lieux et les rencontres font partie du récit. © La Sportiva La nouveauté de l’édition 2026 tient justement dans cette grammaire de la route. Turin, Paris, Bruxelles, Stockholm, Munich, Vienne : le parcours relie des salles de référence pour la grimpe urbaine tout en ménageant, entre deux étapes, des respirations plus franchement tournées vers les terrains outdoor qui ont façonné l’imaginaire de la marque. L’idée est simple sur le papier, mais assez juste dans ce qu’elle raconte de l’époque : une escalade qui grossit dans les salles, sans avoir tout à fait envie de couper le fil qui la relie au rocher. Paris prend la prise En France, l’étape parisienne est annoncée les 13 et 14 avril à Climb Up Paris Porte d’Italie . Le choix du lieu n’est pas anodin. La salle met en avant ses 4 000 m² et se présente sur son site comme la plus grande salle de blocs et voies de la capitale. ce qui en fait un décor cohérent pour accueillir une tournée qui veut justement faire dialoguer ampleur populaire, pratique urbaine et culture grimpe. Sur place, le programme annoncé mélange test produit, défi technique autour des appuis avec la « Footholds Challenge », sessions grimpe l’après-midi et temps d’échange en soirée avec les athlètes. Il faut évidemment voir dans cette tournée un outil de visibilité pour la marque. Mais l’intérêt du projet tient au fait qu’il ne s’y réduit pas complètement. La mise en avant de la Skwama Lite va d’ailleurs dans ce sens. Avec ce modèle pensé pour des grimpeur·se·s intermédiaires, doté d’une cambrure modérée, d’un avant-pied plus généreux et d’une semelle FriXion® Black de 4 mm, La Sportiva ne parle pas seulement à la vitrine de la performance pure. Elle s’adresse aussi à cette immense zone grise, beaucoup plus nombreuse, composée de pratiquant·e·s qui veulent progresser sans transformer chaque séance en acte de contrition podologique. Et c’est peut-être là que le Climb World Tour touche juste : dans sa manière de prendre au sérieux une grimpe contemporaine plus large, plus mobile, plus mélangée, sans renoncer tout à fait à l’idée que cette culture a une histoire. Toutes les informations et inscriptions sont à retrouver sur le site officiel. Sponsorisé par La Sportiva.

  • Genre, politique et performance : l'escalade brise le mythe de la testostérone

    La testostérone est loin d'être une simple molécule. Largement instrumentalisée, elle se retrouve au cœur d'exclusions, de polémiques et de pas mal de contradictions. Dans sa première enquête vidéo, Vertige Media décrypte la façon dont la testostérone est devenue un levier politique dans le sport, et comment l'escalade révèle les failles du système. Janja Garnbret domine l'escalade mondiale comme personne avant elle. Doublement médaillée olympique, multi-championne du monde, la Slovène de 26 ans est considérée comme la meilleure grimpeuse de tous les temps. Une question revient pourtant sans cesse : pourrait-elle battre les hommes ? Dans l'escalade, où l'écart de performance entre les genres est quasi inexistant, cette interrogation révèle bien plus qu'une simple curiosité sportive. Selon l'étude du chercheur Collin Carroll de Columbia University, l'escalade serait le seul sport où cet écart est si mince, presque imperceptible. En difficulté, le record féminin de Brooke Raboutou culmine à 9b+, contre 9c pour les hommes. En bloc, les femmes grimpent jusqu'à 8C+, les hommes à 9A, soit un tout petit niveau de plus. Des différences infinitésimales comparées aux autres disciplines sportives, où les écarts atteignent 10 à 30%, d'après la fédération internationale World Athletics. Derrière ces chiffres se cache une molécule devenue symbole : la testostérone. Cette hormone anabolisante, qui favorise le développement musculaire et la force physique, est souvent présentée comme l'explication ultime des différences de performance entre hommes et femmes. Dans la plupart des sports, elle joue effectivement un rôle déterminant. Mais l'escalade raconte une autre histoire. Les grimpeuses possèdent des atouts que la seule testostérone ne peut expliquer : un meilleur ratio poids/force, une souplesse accrue liée aux hormones « féminines », une endurance musculaire supérieure grâce à une répartition différente des fibres musculaires. La performance en escalade est multifactorielle, et la testostérone n'y règne pas en maître absolu. Pourtant, cette molécule est devenue un champ de bataille politique. L'affaire Imane Khelif aux JO de Paris 2024, l'Executive Order signé par Donald Trump en février 2025 excluant les femmes transgenres des compétitions américaines, l'annonce du CIO de rétablir les tests génétiques de féminité et, plus récemment, d'exclure les sportives transgenres des épreuves olympiques féminines pour les JO de 2028 montrent une chose : la testostérone n'est plus une simple donnée biologique, c'est un levier de pouvoir. En escalade, où USA Climbing a dû se plier à la directive américaine d'exclusion, l'absurdité du système saute aux yeux. Comment justifier l'exclusion de grimpeuses trans dans un sport où l'avantage hormonal est marginal ? Où les femmes cisgenres dominent déjà avec des performances frôlant celles des hommes ? Entre science instrumentalisée, discrimination assumée et questionnements éthiques, la testostérone révèle surtout la façon dont le sport devient le terrain d'idéologies qui dépassent largement le cadre sportif. L'escalade, par son exception, met en lumière les failles d'un système qui mesure la « féminité » à l'aune d'un chiffre. C'est tout le sel de notre vidéo-enquête, à découvrir dès à présent sur notre chaîne YouTube .

  • Pyrénées Magazine : reportage au pic d’un pari éditorial

    Un an après avoir échappé à la disparition, Pyrénées Magazine incarne le pari d'un modèle coopératif de presse de territoire : ancrer l'indépendance éditoriale dans un écosystème d'acteurs locaux tout en préservant une ligne généraliste sur un massif entier. Entre héritage du pyrénéisme et pragmatisme économique, le titre teste la viabilité d'une promesse : raconter les Pyrénées sans les vendre. Reportage en pente douce. L'équipe de Pyrénées Magazine au complet © Jc Milhet Il faut croire que les clichés ont la vie dure. En tout cas, la photographie que rend le centre-ville de Toulouse par un vendredi après-midi ensoleillé n’est pas floue : la vie de bureau s’est arrêtée à 16h30. En mars, le soleil tape déjà fort sur les briquettes de la place Saint-Aubin, rendant les visages de celles et ceux qui bénéficient de la semaine de 4 jours et demi aussi roses que la ville. C’est en pénétrant dans « La cité de la RSE et de l’impact », où Pyrénées Magazine a installé sa rédaction, que je me rends définitivement compte qu’à cette heure-ci, plus personne ne marche à l’ombre dans la cité de Nougaro. Lorsque la directrice artistique du journal, Nathalie Cantaloube, reçoit pour faire le tour du propriétaire, seule la machine à café fait clignoter un signe de vie. L’ancien garage automobile reconverti en espace de co-working est désert. Il faut alors monter quelques marches pour réaliser qu’une lumière est bel et bien restée allumée. Là, dans un bureau d’une petite trentaine de mètres carrés, deux personnes s’affairent à déconstruire les clichés paresseux. Florence Gares, rédactrice en chef du titre et Marie Grenier, son adjointe, peaufinent les dernières touches d’une nouvelle parution. Le moment que choisit Christophe Agnus pour débarquer dans la pièce comme dans une sitcom. Son mètre quatre-vingt-dix pourrait le faire entrer dans le gabarit - cliché – des gaillards du sud-ouest. Pourtant, notre homme avoue tout sourire qu’il vient du Finistère. Cet ancien grand reporter, passé par Le Télégramme et L’Express , a descendu l’Hexagone pour diriger la rédaction de Pyrénées Magazine . Et la relancer. Car la petite équipe revient de loin.  Ascensionner, sentir, écrire Depuis le 31 mai 2025, le journal pyrénéen s’est relancé en coopérative. Lâché par son ancienne maison-mère, Bayard, les salarié·e·s se sont réorganisé·e·s autour d’une SCIC ( Société Coopérative d’Intérêt Collectif, ndlr ). Désormais toutes et tous sont installé·e·s autour de la table de la rédaction. L’assiette du pape qui fume un joint sur l’étagère aux côtés du trophée d’un prix journalistique incarne à la fois la liberté et le départ de feu de l’initiative. Marie Grenier a reçu le prix Varenne pour un reportage dans une école de parapente qui permet aux personnes valides et handicapées de se former au vol libre. Un sujet qui, selon la rédactrice en chef, incarne parfaitement la ligne éditoriale du magazine. « On est catalogué comme un mag spécialisé , commence Florence Gares. Mais pour nous, on est généraliste. » « À part la politique politicienne et les faits divers, on s’intéresse à tout » , renchérit Marie Grenier . En atteste le dernier numéro en kiosque. Porté par une Une consacrée au chemin de Compostelle, les pages intérieures couvrent tour à tour un dossier sur la bataille de l’eau, le sauvetage du porc noir de Bigorre ou un festival des fiertés LGBTQIA+ dans la province basque de la Soule. Autant de sujets qui ne spécialisent finalement la revue bimestrielle que sur un territoire de prédilection, aussi diversifié qu’une chaîne aux mille reliefs.  « Dans 100 ans on dira peut-être que Pyrénées Magazine fait partie de la bibliothèque pyrénéiste » Florence Gares, rédactrice en chef Florences Gares et Christophe Agnus dans les locaux de la rédaction de Pyrénées Magazine © Vertige Media Poser la question de l’identité pyrénéenne vous conduit immédiatement à lancer un exercice polyphonique. Tout à coup, c’est l’ensemble de l’équipe qui recouvre mezzo-forte la définition de son·sa voisin·e. Les qualificatifs pleuvent : « Diversifiée », « Riche », « Multiculturelle »… Mais très vite, le dénominateur commun se cale sur une comparaison avec les Alpes. Selon l’équipe, les Pyrénées seraient « plus douces, plus naturelles, plus sauvages  », « moins équipées, moins industrialisées, moins chères  ». L’opposition est une occasion d’installer le pyrénéisme dans la conversation, cette manière d’habiter la montagne, définie par Henri Beraldi, écrivain de la fin du 19ème siècle. « En réalité, cela vient de plus loin , corrige Florence Gares. C’est Louis Ramond de Carbonnières, un scientifique parisien débarqué dans les Pyrénées pour faire de la botanique, qui a amorcé cette réflexion. En découvrant les fleurs de montagne, il s’est mis à adorer marcher, à "ascensionner", comme il aimait dire. » De cette passion, naîtra un triptyque qui reste aujourd’hui l’une des meilleures façons de définir le pyrénéisme : « Ascensionner, sentir, écrire ». Le concept charrie alors l’expérience d’autres hommes, comme Henry Russel ou Franz Schrader, qui conquièrent des sommets en leur donnant parfois leur nom. « En réalité, ils faisaient comme les autres alpinistes , reprend Florence Gares en souriant. Mais ils se distinguaient par la transmission de l’écrit et une exploration plus lente que l’alpinisme.  » Pyrénées Magazine porte-t-il alors le pyrénéisme en héritage ? «  Pas vraiment  », répond la rédactrice en chef avec une légère moue. Selon elle, le terme circule moins. « Les Pyrénéen·ne·s d’aujourd’hui n’aiment pas trop s’en revendiquer. Les jeunes affirment faire de l’alpinisme. La culture de l’écrit se perd, aussi. »  Avant de rajouter :  « Mais qui sait, dans 100 ans on dira peut-être que Pyrénées Magazine fait partie de la bibliothèque pyrénéiste  ». Sauvé·e·s par le gang Une chose est sûre : l’histoire de la création du magazine fait écho à cet esprit d’exploration curieuse. Lorsqu'en 1989, Patrice Amen, fondateur de Milan Presse, décide de lancer sa nouvelle revue, c’est quasiment la première du genre. « Il existait peut-être une presse de territoire en Bretagne, mais elle fait partie des pionnières , confirme Florence Gares. Ce qui est drôle, c’est que Patrice adorait les Pyrénées, mais il n’y connaissait pas grand-chose. Il y emmenait ses enfants pour leur montrer les pics en inventant des noms. Il disait : "Ça c’est le Pic Trucmuche". Alors que pas du tout ! ». Franc-tireur, Amen lance Pyrénées Magazine sur un coin de table. Pour combler ses lacunes, le patron de presse s’entoure de têtes pensantes du massif. L’alpiniste et aumônier Louis Audoubert, le guide de haute montagne Patrice de Bellefon ou le géographe Georges Bertrand viennent garnir les pages de leurs sciences. « On pouvait avoir des articles de 20 pages dans les premiers numéros » , remet Florence Gares. Un peu trop pour Jean-Paul Bobin, qui débarque pour diriger la rédaction au milieu des années 90, en opérant un véritable virage journalistique. Pyrénées Magazine randonne et atteint son prime quelques années après, en attirant plus de 27 000 abonné·e·s. En 2004, Milan Presse est racheté par son grand concurrent, Bayard. La revue avec. Le loup dans la bergerie ? « Je venais d'être nommée à la rédaction en chef, confie Florence Gares qui a intégré le journal en 1999. J’ai senti une grosse crainte au départ mais jamais le groupe ne nous a dit quoi que ce soit.  » Jusqu’en 2024 où le message tient en deux mots : « Au revoir  ». « On a tous rajouté plein de métiers à nos jobs, explique Nathalie Cantaloube. L’enjeu, désormais c’est de tout mener de front » Nathalie Cantaloube, directrice artistique Fin 2023, Bayard décide d’arrêter ses titres du pôle « Nature et Territoire », fragilisés par des années de tensions économiques. Pour tout un écosystème pyrénéen, il est hors de question de laisser tomber une institution éditoriale vieille de 36 ans. Alors un projet de reprise prend forme dans les Hautes-Pyrénées, autour de Vincent Fonvieille, président de l’association Agora Pyrénées, qui est adossé à un réseau d’acteur·ice·s du massif. Après l’équivalent d’une année de tractations, la SCIC M’Pyrénées est constituée le 4 septembre 2024, à Tarbes. C’est elle qui sauvera Pyrénées Magazine . « Vincent voulait faire un projet collectif en associant le maximum de gens », raconte Christophe Agnus qui se retrouve premier de cordée. La SCIC regroupe alors cinq types de sociétaires : salarié·e·s, lecteur·ice·s, particulier·e·s et associations, entreprises et collectivités. Chaque groupe pèse 20% des votes en assemblée générale. Les bénéfices ne sont pas distribués mais réinvestis dans la pérennité du titre. « Honnêtement, d’un point de vue capitalistique, ce n’est pas la solution la plus simple, avoue le directeur général. Cela freine tous·te·s les investisseur·e·s traditionnel·le·s. Et on fait un pari sur l’envie de participer à un projet. » L’équipe salariée est conservée dans sa quasi-intégralité. Et s’embarque dans l’aventure avec une promesse de capital de départ fixé à 200 000 euros, qu’elle mettra un an à récupérer. L’objectif est d’en récolter 150 000 de plus pour combler les pertes cumulées du magazine jusqu'à l'équilibre. À ce jour, iels sont 240 sociétaires à avoir embrassé le pari. Régions Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, lecteur·ice·s fidèles, communautés de communes, parc naturel, associations… tout un écosystème lié à « l’épine dorsale de la Péninsule Ibérique » © Vertige Media Inversion des courbes et petits bras musclés Si le défi financier est raide, relancer un journal ne se résume pas à lever de l’argent. Il faut rebâtir. « Il a fallu tout reprendre de zéro » , pose Christophe Agnus. Basculer les abonnements, construire un site Internet, reprendre la fabrication, la production et le développement du magazine. Autour de la table, tout le monde gonfle les joues. «  On a tous rajouté plein de métiers à nos jobs , explique Nathalie Cantaloube. L’enjeu, désormais c’est de tout mener de front. » Après près d’un an de reprise, les efforts consentis sur la qualité du papier ou la communication ont d’ores et déjà payé. « La diffusion en kiosque est en hausse de 5% et nous avons augmenté le nombre d’abonné·e·s de 20% , assure le directeur général qui en revendique désormais 6 000. On est content, on a inversé toutes les courbes qui étaient en baisse.  » Reste à dépasser l’effet, souvent éphémère, du neuf. Surtout que l’expédition est loin d’être terminée. Pour rester sereine, l’équipe devra encore convaincre 4 000 abonné·e·s. C’est le sens d’ une campagne Ulule en cours . Ce n’est pas celui de l’histoire qui montre que les rares titres de presse relancés en coopérative ont dévissé. Nice-Matin ou le quotidien La Marseillaise ont respectivement été rachetés et placés en redressement judiciaire. Mais encore une fois, l’équipe de Pyrénées Magazine invoque la puissance de l’héritage. « On a encore des abonné·e·s de la première heure , souligne Florence Gares. La durée moyenne d’un abonnement chez nous, c’est 8 ans. C’est énorme pour un journal. » « Un journal qui a culminé à 27 000 abonné·e·s à sa meilleure époque , rappelle Christophe Agnus. Ça montre que nos objectifs ne sont pas délirants.  » Il reste encore quelques semaines pour savoir si la nouvelle campagne parviendra à installer son campement à une plus haute altitude. La prochaine étape leur permettrait de souffler, en continuant de solliciter la trentaine de contributeur·ice·s indépendant·e·s autour du magazine. Et, allez, de s’offrir une nouvelle recrue pour jongler avec les impératifs du digital. « On a lancé une newsletter mais j’aimerais aller plus loin sur le site Internet et les réseaux sociaux , ambitionne Christophe Agnus. On verra, pour l’instant, on y va seul·e·s, avec nos petits bras musclés. » Ascensionner, sentir, écrire. Même s’il est désuet, le triptyque pyrénéiste semble finalement bien convenir au défi qui se dresse encore devant Pyrénées Magazine . Quoi qu’il en soit, dans la sombre plaine de l’ open-space qui ne résonne plus que des verres qui s’entrechoquent dehors, la rédaction n’a toujours pas éteint la lumière.

bottom of page