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  • World Climbing : « Nos grimpeurs doivent combiner leur vie avec le sport d'élite »

    World Climbing vient de franchir le cap symbolique du million d'euros de prize money pour sa saison 2026. Une progression spectaculaire qui soulève autant de questions qu'elle n'apporte de réponses. On les a donc posées à Piero Rebaudengo, secrétaire général de la fédération internationale, qui raconte les coulisses de la décision, défend son modèle face aux ligues privées, et esquisse sa vision pour l'avenir de l'escalade de compétition. Et, attention, quelques révélations se glissent entre les lignes. Oriane Bertone, Janja Garnbret et Melissa Costanza © Nakajima/Timmerman/World Climbing. Vertige Media : Franchir le cap du million d'euros de prize money est un jalon symbolique que beaucoup ont salué. Comment la décision a-t-elle été prise ? Piero Rebaudengo : Elle a été prise en 2024, dans le cadre d'un plan visant à augmenter progressivement les prize money (qui désignent l’argent versé aux participants qui gagnent ou figurent parmi les meilleur·e·s, ndlr) – sur certaines compétitions, avec pour objectif d'atteindre ce niveau en 2026. C'est un besoin réel, et c'est aussi une façon de rester sur le marché. Nous avons beaucoup grandi, et cette croissance doit être mesurable. Le prize money des athlètes est l'un de ces indicateurs. Vertige Media : De quel marché parlez-vous précisément ? Piero Rebaudengo : Le marché de l'environnement sportif, des événements sportifs en général qui pèse des milliards d'euros. Il faut se rappeler qu'en 2020, proche de la période Covid, nous avons lancé un plan stratégique appelé « 2028 » qui se concentrait sur les compétitions et les événements. L'objectif était clair : augmenter le niveau de nos épreuves, accroître leur visibilité. Cela passe par plusieurs leviers : les prize money bien sûr, mais aussi le fait d'aller dans de grandes villes, en améliorant la mise en scène des compétitions. Personnellement, je suis satisfait des progrès accomplis. Si on regarde en arrière, vers 2019-2020, on peut mesurer le chemin parcouru : niveau des organisateur·rice·s, performances des athlètes, perception du public... on a atteint plusieurs de nos objectifs. Vertige Media : À quel enjeu spécifique cette décision d'augmenter le prize money répondait-elle ? Piero Rebaudengo : L'objectif premier, c'est évidemment de donner aux athlètes la possibilité de concourir tout en recevant une compensation raisonnable par rapport à la valeur qu'ils créent. Je ne veux pas parler de « travail » — le sport n'est pas tout à fait un travail dans le sens classique — mais d'une juste rémunération selon la valeur apportée. Il faut aussi prendre en compte les différences entre nos fédérations nationales : certaines couvrent les frais de voyage et d'hébergement de leurs athlètes, d'autres non, laissant les grimpeur·se·s payer de leur poche. C'est aussi quelque chose dont nous devons nous préoccuper. Piero Redaubengo en train d'écrire le futur © World Climbing Vertige Media : Beaucoup d'athlètes ne peuvent toujours pas vivre uniquement de l'escalade de compétition. En Allemagne, par exemple, des grimpeur·se·s ont lancé un appel aux dons en 2025 pour financer leurs déplacements. Comment cette augmentation change-t-elle cette réalité ? Piero Rebaudengo : C'est une réalité que nous connaissons. Mais au-delà de l'argent des primes, nous devons aussi instaurer des services concrets pour les athlètes. « Nous ne sommes pas encore un sport où les investisseurs font la queue devant notre porte. Cependant, cette porte est ouverte » Vertige Media : Justement, allez-vous établir des services minimaux obligatoires lors de chaque étape : remboursement d'hébergement garanti, repas, kiné sur place, bourses de voyage, etc. ? Piero Rebaudengo : C'est effectivement un objectif. Nous voulons augmenter le niveau et les standards de nos événements, et cela passe par de meilleurs services pour les athlètes. C'est un cercle vertueux : si nous augmentons le niveau d'organisation et les standards, cela exige plus des organisateur·rice·s, mais en retour ils reçoivent un meilleur événement qu'ils peuvent mieux valoriser localement. Vertige Media : Parlons financement. Comment cette hausse est-elle concrètement financée ? Piero Rebaudengo : Nous augmentons nos revenus via trois piliers : les droits médias, les droits de sponsoring et les droits événementiels liés au calendrier. En ce qui concerne les droits médias, nous avons de plus en plus de spectateurs sur nos compétitions. Je ne peux pas partager de chiffres précis, mais nous sommes satisfaits, tout comme nos partenaires (Eurosport/Discovery en Europe et Bilibili en Chine, ndlr). D'ailleurs, il y a un an et demi, nous avons négocié un nouveau contrat avec Discovery jusqu'à fin 2028, fondé sur une augmentation des revenus de notre côté. Nous sommes l'un des rares nouveaux sports à avoir obtenu une hausse de contrat. Vertige Media : Et du côté des sponsors ? Piero Rebaudengo : Nous en avons davantage, et ceux que nous avons déjà investissent plus. Jusqu'à présent, nous avions surtout des sponsors endémiques (qui appartiennent au même secteur que celui de l'escalade, ndlr) mais nous nous ouvrons maintenant aux sponsors généralistes et négocions avec différentes entreprises. Nous ne sommes pas encore un sport où les investisseurs font la queue devant notre porte. Cependant, cette porte est ouverte. Vertige Media : Ce triptyque — droits médias, sponsors, organisateur·rice·s locaux — est-il le modèle que vous souhaitez conserver pour l'avenir ? Piero Rebaudengo : Jusqu'en 2028 au moins. Mais nous sommes conscients que l'environnement du sport événementiel évolue constamment. Nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous devons réfléchir à la manière de proposer les mêmes disciplines avec des formats différents — c'est le cas de la vitesse à quatre couloirs, des épreuves par équipes, du bloc combiné. Nous ne sommes pas figés dans la tradition, même si elle reste un socle. « Un de nos objectifs est de proposer une étape à Paris plutôt qu'à Chamonix. C'est dommage que nous ne puissions pas proposer à nouveau l'escalade à Paris. Nous y travaillons, et je pense que cela arrivera tôt ou tard » Vertige Media : Vous évoquiez les « grandes villes ». Peut-on imaginer qu'en France, par exemple, une étape de Coupe du monde se déroule à Paris plutôt qu'à Chamonix ? Piero Rebaudengo : Oui, c'est l'un de nos objectifs. Nous travaillons étroitement avec la Fédération française pour y parvenir, car c'est un objectif commun. C'est aussi un objectif post-JO de Paris. C'est dommage que nous ne puissions pas proposer à nouveau l'escalade à Paris. Nous y travaillons, et je pense que cela arrivera tôt ou tard. Vertige Media : Certain·e·s organisateur·rice·s, comme en Suisse ou en République tchèque, font payer des billets. Est-ce un modèle que vous encouragez ? Piero Rebaudengo : C'est un processus que nous laissons à la liberté des organisateur·rice·s. Certain·e·s le font et en sont très satisfait·e·s. Personnellement, je suis en accord avec cette approche. Nous ne devons pas être pressés de le faire, mais nous ne devons pas non plus être timides sur ce sujet. Vertige Media : D'où vient le prestige d'un sport compétitif selon vous ? Piero Rebaudengo : Je pense qu'il vient des athlètes. Un·e jeune enfant va se rapprocher de l'escalade parce qu'il a vu Janja Garnbret remporter des médailles d'or aux Jeux olympiques. Cette force d'attraction par le modèle est bien plus puissante que d'avoir un million par événement en prize money. « Ils sont bien nos grimpeur·se·s : ils sont sympathiques, propres (sic) et passionné·e·s » Nous avons encore beaucoup de travail à faire avec les athlètes pour les embarquer avec nous. La NBA a un contrat avec tous les athlètes qui les oblige à prendre du temps pour être des modèles avec les écoles, les enfants, les spectateur·rice·s. C'est important. Nous sommes loin d'en être là, mais c'est un objectif. Parce qu'ils et elles sont bien, nos grimpeur·se·s : ils et elles sont sympathiques, propres (sic) et passionné·e·s. La plupart sont étudiant·e·s, ont un niveau intellectuel élevé. Ils et elles combinent leur vie avec le sport d'élite. Et c'est ça, le modèle. Piero le feu © World Climbing Vertige Media : Il existe aussi une ligue privée en escalade, la très récente Pro Climbing League, qui propose 10 000 livres au vainqueur sur un seul événement, avec prise en charge des frais pour les têtes d'affiche. Cette concurrence a-t-elle pesé dans votre décision d'augmenter les primes ? Piero Rebaudengo : Les compétiteur·rice·s sont nécessaires pour grandir et s'améliorer. Dans un monopole, vous ne progressez pas. Les performances de nos athlètes, et les nôtres, sont fléchées par l'objectif d'être champion·ne olympique. La Pro League est probablement loin d'être dans ce système. Nous pouvons aussi discuter avec eux. Vertige Media : Vous avez déjà eu des conversations ? Piero Rebaudengo : Oui, nous les voyons. Nous les surveillons, comme eux nous surveillent. On discute des performances, de la manière de rendre les athlètes plus heureux·se·s, plus en sécurité, mais aussi du calendrier des compétitions. Vertige Media : Les compétitions de paraclimbing auront-elles aussi un prize money garanti et public ? Piero Rebaudengo : Nous y travaillons. Nous travaillons à clarifier certaines choses avec le mouvement paraclimbing, notamment le nombre de classifications qui existent dans ce domaine. C'est aussi une approche culturelle. Nous voulons avoir des athlètes, nous cherchons la performance. Nous ne voulons pas nous inscrire dans une logique de bienveillance pure. C'est la raison pour laquelle nous sommes aux Jeux paralympiques. Il ne s'agit pas d'espérer que, parce qu'on a une personne en fauteuil roulant, elle fera de l'escalade. Nous devons connaître les besoins et les objectifs de chacun·e avant de les embarquer. « Je ne pense pas qu'on trouvera la prochaine Janja Garnbret dans la rue » Vertige Media : Si vous deviez vous projeter en 2030, quel scénario espéreriez-vous pour le circuit de World Climbing ? Piero Rebaudengo : Si j'avais une baguette magique, j'aimerais avoir des médailles supplémentaires à Brisbane (ville organisatrice des Jeux olympiques d'été de 2032, ndlr), avec une épreuve par équipes, une épreuve mixte par équipes, parce que c'est l'un des points clés pour pousser nos fédérations nationales à investir dans les athlètes. Une fédération nationale a besoin de plusieurs athlètes pour construire une dynamique de performance collective. Et si nous avons cette opportunité, elles seront amenées à payer et à prendre soin des athlètes en compétition. C'est un système vertueux parce qu'il fabrique des champion·ne·s. Alberto Tomba (surnommé « la Bomba », ce fut l'un des skieurs italiens les plus titrés de l'histoire, ndlr) n'était pas le produit d'une recherche de la Fédération italienne. C'était une star qui a émergé naturellement d'un système fédéral. Les stars n'émergent pas par hasard. Et je ne pense pas qu'on trouvera la prochaine Janja Garnbret dans la rue.

  • Refonte mobile : Un média, ça se lit aussi dès la page d’accueil

    Une règle s’est imposée sur le web : les lecteur·rice·s entrent par la fenêtre — une recherche Google, un lien sur les réseaux sociaux — rarement par la porte principale. Pourtant, en observant vos usages, une autre réalité s’est imposée : vous êtes de plus en plus nombreux·ses à passer par notre page d’accueil, particulièrement sur mobile. Il était temps de cesser de traiter cet espace comme un simple lieu de transit, pour lui redonner sa véritable fonction : celle d’une boussole éditoriale. © Vertige Media On a cru que cette vieille idée d’une page d’accueil reléguée au passé pouvait aussi s’appliquer à Vertige Media . Sans ce monde-là, la home page n’est alors qu’une façade symbolique. Sauf que le paysage numérique bascule. À l’heure où l’accès à l’information est de plus en plus dicté par les algorithmes capricieux des grandes plateformes, la page d’accueil redevient stratégique. Et par la même, notre territoire souverain. En analysant les habitudes de lecture sur Vertige Media , nous avons constaté qu’une part essentielle de notre lectorat — de manière écrasante depuis le mobile — vient expressément chercher cette vision d’ensemble. Vous ne cherchez pas seulement un contenu isolé : vous venez voir comment nous organisons l'actu, quels sujets nous mettons en lumière, et quels liens nous tissons entre eux. Sortir de l'empilement chronologique Il faut être lucide : jusqu’ici, notre version mobile ne rendait pas justice à cette attente. Elle remplissait sa fonction utilitaire : une longue liste d’articles qui s’apparentait à un flux chronologique continu. Elle permettait de cliquer, moins de comprendre. Or, une interface n’est jamais neutre. Nous avons donc repensé cette « porte d’entrée » en profondeur, avec trois convictions majeures. Relier plutôt que ranger : Un média n’est pas une simple addition de rubriques étanches. Ce qui fait la singularité de Vertige Media , ce sont les frottements entre les sujets : entre la société et la culture, entre l’analyse à froid et le décryptage à chaud. La nouvelle navigation transversale a été conçue pour refléter cette porosité et encourager les chemins de traverse. Faire cohabiter les tempos : Vertige Media  ne s’écrit plus uniquement en textes longs. Nos vidéos courtes, qui résument parfois des enjeux complexes en 90 secondes sur Instagram, trouvent désormais une place de choix sur le site. Il s’agissait d’acter que notre journalisme se déploie aujourd’hui sous plusieurs formes. Éclairer l’écosystème : Guides thématiques, enquêtes au long cours, articles de fond les plus consultés… Nous avons repensé les points d’accès pour que la page d’accueil devienne un outil de lecture à part entière. Ce type de refonte structurelle est souvent moins commenté qu’un grand format ou qu’une révélation. Pourtant, c’est un chantier tout aussi fondamental. Car la forme, c’est le fond qui remonte à la surface : repenser notre page d’accueil, c’est aussi affirmer la manière dont nous voulons exister face à vous. Nous vous invitons à parcourir ce nouvel espace. Si vous avez quelques minutes pour nous faire part de vos impressions — ce qui vous semble plus fluide, ce qui vous surprend, ou ce qui reste à affiner —, nous serons très attentif·ve·s à vos retours. Un média indépendant s’ajuste et s’affine grâce à l’exigence de celles et ceux qui le lisent.

  • Dean Potter : l'escalade mystique d'un grimpeur tourmenté

    Mort en 2015 dans un accident à Yosemite, Dean Potter reste une légende tourmentée de l'escalade. À tel point que la grande chaîne américaine HBO vient de lui consacrer une série événement en 4 épisodes. Entretien exclusif avec les réalisateurs Peter Mortimer et Nick Rosen qui révèlent l'homme derrière le mythe. © Andy Anderson 16 mai 2015. Dean Potter et Graham Hunt s'élancent de Taft Point, au-dessus de Yosemite Valley, en wingsuit. Ils tentent une ligne qui représente le sommet de l'extrême en base-jump : passer par The Notch, une encoche très étroite dans une crête rocheuse. C'est un chas dans une aiguille. Et le fil ne passera pas. Hunt percute une paroi latérale. Potter franchit l'encoche avant de s'écraser quelques mètres plus loin. Les deux hommes meurent sur le coup. « Une histoire si importante » Peter Mortimer et Nick Rosen ont filmé Dean Potter pendant des années. Grands admirateurs du personnage, ils décident de monter une petite vidéo hommage après sa mort. Avec leurs archives, ils parviennent à attirer l'intérêt d'un festival, puis celui d'Elizabeth Potter, la sœur de Dean qui contrôle sa succession. Au moment de passer les images, Mortimer et Rosen ne sont pas n'importe qui. Les deux compères sont même ce qui se fait de mieux aux États-Unis en matière de réalisation de films d'escalade. Réalisateurs de Valley Uprising ou encore The Alpinist, ils ne mettront pas longtemps à convaincre HBO de porter leur nouveau projet : une série de quatre épisodes sur une légende mystique de la grimpe. S'ensuivent trois années de post-production. « Sans aucun doute le projet le plus complexe, le plus challengeant de notre carrière », confie Peter Mortimer depuis le Colorado. « C'est une histoire si importante. On se devait de bien faire les choses. » À la sortie, Mortimer et Rosen proposent 4h de plongée intense dans la vie d'un des grimpeurs les plus tourmentés de sa génération. Disponible depuis le 14 avril dernier sur la plateforme HBO Max, la série intitulée The Dark Wizard tente d'éclairer les zones d'ombre d'un personnage énigmatique aux 1001 tours de passe-passe. Y sont-ils parvenus ? Surprise. « Pour moi, c'était le Kurt Cobain de l'escalade » Peter Mortimer, co-réalisateur de The Dark Wizard L'histoire de Dean Potter se raconte comme beaucoup de romans américains. Son passé trempe dans une enfance difficile qui le conduit vite à adopter une attitude rebelle. Le tout, à une époque où le trash est encore un des chromosomes de l'escalade libre des années 90. Le jeune Potter commence donc par grimper en fumant des buzz, prend des champis sur son portaledge et se pend dans le vide avec ses potes défoncés. « Pour moi, c'était un peu le Kurt Cobain de l'escalade, défend Peter Mortimer. Il représente alors une conception un peu passée de l'escalade mais aussi de la vie et de la société qui étaient juste plus sauvages, plus aventureuses, moins édulcorées. C'était juste une époque plus dingue qu'aujourd'hui. Et je pense que Dean Potter était la représentation iconique de cette époque. » © Dean Fildeman Parmi les nombreux chemins du parc du Yosemite qui accueille encore une foule de dirtbags, Dean Potter se taille tout de même un sacré palmarès. Celui qui prend parfois des airs de Zlatan Ibrahimovic tiendra longtemps le record d'escalade de vitesse du célèbre Nose d'El Capitan. Mais il inventera aussi le free-base — mélange de free solo et de base-jump — un style avec lequel il grimpera la face nord de l'Eiger. Highlines sans attache à 900 mètres du vide, base-jump... difficile d'affirmer que Dean Potter n'était qu'un grimpeur. « Il y a une différence entre l'identité et le personnage que Dean a personnellement construits, sa propre mythologie, et peut-être qui Dean était vraiment, théorise Nick Rosen. Clairement, Dean se voyait très tôt comme bien plus qu'un simple grimpeur. Il cherchait quelque chose de plus grand que le simple fait de grimper des rochers. » Pour le co-réalisateur de The Dark Wizard, l'escalade de Potter devient même « un outil pour affronter le risque, le danger, la menace de la mort... autant d'éléments qui lui permettaient d'accéder à une forme de paix psychique. » Dans la série, Dean Potter s'auto-proclame même « artiste de la performance », sorte d'avant-gardiste qui cherche autant à réaliser des exploits sportifs qu'à inventer une manière de transformer les disciplines. « Cela se voit beaucoup au début de sa carrière, poursuit Rosen. Même quand il n'est en compétition avec personne, il active un processus qui le pousse à puiser au fond de lui, à affronter ses démons et à en ressortir avec des idées à la fois géniales et complètement folles. » La carte du maraudeur Pour raconter Dean Potter, Peter Mortimer et Nick Rosen disposent de trois sources. Les archives filmées, d'abord : des centaines d'heures tournées par eux-mêmes et d'autres. Les interviews des proches, ensuite : ami·e·s, ex-compagnes, grimpeur·se·s qui l'ont côtoyé. Et puis il y a ces carnets de notes où Dean Potter se raconte comme dans un livre ouvert. À la fois journal intime et réceptacle d'idées azimutées, l'objet devient un trésor pour les réalisateurs puis assez naturellement, le fil rouge de la série. « Dans ses interviews, Dean construisait beaucoup sa propre mystique, explique Mortimer. Comme s'il ne voulait pas lever le voile. On avait déjà des interviews intimes avec ses amis mais les carnets, c'était le Dean qu'on ne pouvait pas avoir en entretien. Dedans, il y avait ses luttes, sa vulnérabilité, ses doutes. » « J'ai souvent pensé qu'il était incroyable. Et certaines fois, j'ai aussi pensé que c'était un tyran. C'était vraiment très stressant de travailler avec lui » Nick Rosen, co-réalisateur de The Dark Wizard. Dans beaucoup d'archives, Dean Potter s'affiche en complète opposition à cela. Face-caméra, ses ami·e·s en parlent souvent comme d'un « alpha silverback ». Comprendre : un mâle dominant. « C'était son personnage public, continue Nick Rosen. Avoir accès à ses carnets, c'était donc une manière de montrer au monde un autre type, celui qu'il n'aurait jamais pu raconter lui-même. Je pense que ça le rend aussi plus humain, plus touchant et plus facile à comprendre. » Car en réalité, la carrière du grimpeur du Yosemite est jalonnée de ruptures. En 2006, il grimpe clandestinement une arche naturelle protégée, la bien nommée Delicate Arch. Une « performance » qui choque l'opinion publique. À tel point qu'il perdra son sponsor, Patagonia, et par ricochet, sa femme, la grimpeuse Steph Davies. Six ans plus tard, alors qu'il vient de se mettre tous ses potes à dos, Dean Potter part en Chine traverser une highline au-dessus du vide. Retransmise en direct à la télévision, la performance doit lui rapporter 200 000 euros. Mal préparé, le funambule manque de tomber plusieurs fois, et s'en sort on-ne-sait-trop-comment avant d'éclater en sanglots au bout du rouleau. Largement documentée dans la série, la séquence est aussi symptomatique que palpitante. « J'ai souvent pensé qu'il était incroyable, livre Nick Rosen. Et certaines fois, j'ai aussi pensé que c'était un tyran. C'était vraiment très stressant de travailler avec lui. » Très amis avec Potter dans la vie, les réalisateurs ont dû mettre à distance ce lien, tout en jurant que la série n'est pas « personnelle ». « Notre job, c'était de raconter au monde qui était Dean Potter », posent-ils. Un super-ego contre Alex Honnold Dans leur travail, les auteurs de The Dark Wizard ont fait une large place à ce qui a en permanence rythmé l'existence et les projets de Dean Potter : son ego. Même si Peter Mortimer préfère choisir d'autres mots : « Dean avait cette motivation pour aller plus loin qu'aucun de nous n'irait, pour risquer sa vie, pour accomplir des choses incroyables ». Était-ce vraiment la motivation ? Ou une volonté d'expression libre ? Ou celle de vouloir être meilleur que les autres ? « Un peu tout ça », répond Mortimer. Une chose est sûre : cet ego ne se libérait jamais autant que quand quelqu'un d'autre le défiait. « Dean Potter aurait pu être un mentor pour Alex Honnold » Nick Rosen C'est ainsi que l'arrivée d'Alex Honnold dans le paysage du Yosemite change tout. À l'origine, tout oppose les deux personnalités. Potter est explosif, torturé, poétique et déjà auto-proclamé roi de la vallée. Honnold est alors un rookie mais il s'avère aussi talentueux, confiant, analytique. Considéré comme « un gros ringard » par Dean Potter et ses potes, le jeune soloïste va parvenir à dégoûter son idole de l'escalade en réalisant ses projets avant lui, et mieux que lui. Pour les réalisateurs, la série révèle aussi la psychologie d'Alex Honnold, qui peut être assez dur. Dans un des épisodes, Dean Potter lâche que son concurrent peut même être « un petit connard compétitif ». « Le problème n'était pas tant Alex que Dean lui-même, confirme Nick Rosen. Il avait cette incapacité à accepter que son ego était monstrueux. Il aurait pu s'effacer tranquillement et aurait même pu être un mentor pour Alex Honnold. » Vous pensez que ça va marcher ? © Heinz Zak Selon Peter Mortimer, « Dean a toujours cru qu'il était plus visionnaire qu'Alex. Il en parlait, ses amis en parlaient. Et je pense qu'il a toujours senti qu'il avait un dernier tour dans son sac. Mais finalement, il a réalisé qu'il vieillissait et qu'Alex devenait juste meilleur que lui. » Le sorcier noir finira par passer le flambeau au futur meilleur grimpeur en solo du monde. Reste que son ego était capable de transformer sa personnalité de bout en bout. « Parfois, je pense que ça lui a permis de faire de grandes choses, analyse Mortimer. Et d'autres fois, je pense que ça lui a été vraiment préjudiciable. Cet ego lui a fait perdre la trace de sa motivation pure. » Loin de l'hagiographie, The Dark Wizard entend se raconter comme « une histoire vraiment honnête » selon les termes des auteurs. « On voulait questionner la mythologie d'une figure légendaire », continue Nick Rosen. « Une histoire non racontée : l'histoire personnelle de Dean qui est à la fois vraiment héroïque mais aussi sombre et tragique. » Ce n'est pas la première fois que les réalisateurs sondent l'âme d'un personnage aux multiples facettes qui tente de chasser ses démons en prenant des risques inconsidérés. Dans The Alpinist, Nick Rosen et Peter Mortimer avaient déjà essayé de comprendre la quête du grimpeur canadien disparu, Marc-André Leclerc. « Ils ont juste vécu des vies incroyables qui étaient parfaitement fidèles à leur esprit, estime Peter Mortimer. Et je crois qu'aujourd'hui, je comprends pourquoi ce genre de gars fait ça. Cette capacité à accomplir ce que ton esprit t'appelle à faire... c'est très puissant. » Même si tout cela ne dure jamais très longtemps. De son enfance, Dean Potter n'a jamais confié guère plus que ses déménagements à répétition, sa solitude et ce rêve qu'il faisait inlassablement. Et qui semble aujourd'hui surréaliste. « Quand j’étais petit garçon, dit-il, mon tout premier souvenir est un rêve où je volais. Dans mon rêve, je vole, puis je tombe aussi. En grandissant, je me suis toujours demandé si ce n’était pas une sorte de prémonition de ma mort en chutant. » Coquin de sort. Voir : The Dark Wizard sur HBO Max (un épisode chaque semaine depuis le 14 avril)

  • La FFCAM instaure une éco-contribution obligatoire sur les licences FFCAM

    Face à la vulnérabilité croissante des massifs, la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) a voté l'intégration d'une éco-contribution à ses adhésions. Une décision qui doit permettre de financer la transition écologique d'une pratique aujourd'hui aux avant-postes du dérèglement climatique. La mesure prendra effet à partir de septembre 2026. Refuge de l'Aigle 1 © Thibaut Blais Fini le bénévolat environnemental à la carte. Réunie en assemblée générale à Bayonne le samedi 14 mars, la FFCAM a décidé de rendre obligatoire une contribution d'un euro, testée de manière facultative depuis 2025. Concrètement, dès la campagne d'adhésion de septembre 2026, chaque nouvel·le inscrit·e devra s'acquitter de cette somme. Seule exception : les moins de 24 ans, afin de ne pas pénaliser l'accès des jeunes aux sports d'altitude. La fédération espère ainsi lever près de 80 000 euros annuels. Une manne que Charles Van der Elst, président de la FFCAM, justifie par la nécessité de « donner à notre engagement environnemental des moyens dédiés et concrets », alors que l'alpinisme fait face à des bouleversements majeurs (fontes des glaciers, éboulements). Rouler moins, grimper mieux Dans l'immédiat, ce fonds inédit permettra de financer un poste salarié entièrement dédié à la responsabilité sociétale de la structure. L'enjeu se situe également sur le terrain de la pratique, dans la lignée de la « charte des 15 engagements écoresponsables » signée par la fédération en 2025. Les fonds soutiendront ainsi le « Brevet avenir montagne », un cursus visant à apprendre aux instructeur·rice·s à sensibiliser leur public à la fragilité des écosystèmes, à l'image de l'Écotour organisé dans le massif des Écrins l'été dernier. « Cette contribution va nous permettre de structurer nos actions et d’aider davantage nos clubs et comités qui le souhaitent à s’engager dans une démarche de redirection écologique », précise Hélène Constanty, vice-présidente environnement de la FFCAM. L'objectif est de soutenir les efforts des antennes locales sur le chemin de la transition, « notamment par la promotion des mobilités actives », un axe crucial sachant que la voiture individuelle représente aujourd'hui la part la plus importante du bilan carbone des sports de montagne. Des refuges au régime sec L'autre chantier titanesque visé par cette nouvelle rentrée financière concerne le patrimoine bâti. Avec la baisse de l'enneigement et l'assèchement estival des sources, la gestion des hébergements d'altitude devient un véritable casse-tête logistique. L'enveloppe récoltée permettra d'amplifier le programme « Refuges phares », récemment primé par l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA). Aujourd'hui déployé dans sept bâtiments, dont les refuges de Vénasque (Pyrénées) et de Nice (Mercantour), ce label transforme ces abris isolés en lieux d'éducation à l'environnement. La doctrine d'aménagement de la fédération est d'ailleurs contrainte d'évoluer pour limiter l'empreinte matérielle de ses infrastructures. Face à l'urgence, la FFCAM tourne définitivement le dos aux projets de démolition-reconstruction pour privilégier la stricte rénovation de l'existant. Au programme des prochaines années : recours systématique aux énergies renouvelables et installation de systèmes d'assainissement pour réduire la consommation d'eau au strict minimum.

  • Indonésie : l’évacuation d’un bébé en montagne relance le débat sur les limites de la passion parentale

    Le sauvetage d’une fillette de 18 mois, exposée au froid sur le mont Ungaran, a déclenché une vive polémique en Indonésie. Au-delà de l’émoi suscité par les images de l’intervention, l’incident a conduit les autorités médicales et la commission de protection de l’enfance à réclamer un encadrement plus clair des pratiques outdoor avec de très jeunes enfants. (cc) Omar Ramadan / Unsplash SEMARANG — Une vidéo virale, un bébé enveloppé dans une couverture de survie et des secouristes s’activant dans le brouillard humide d’une montagne javanaise. Ces images, tournées le samedi 11 avril 2026 sur les pentes du mont Ungaran, dans le district de Semarang, auraient pu se dissoudre dans le flux ordinaire des réseaux sociaux. Elles ont au contraire suffi à faire basculer un incident local dans un débat bien plus large sur l’âge, la responsabilité parentale et les limites de la pratique de la montagne avec de très jeunes enfants. Les faits, eux, restent relativement simples. Une famille, accompagnée de leur fillette de 1,5 an identifiée par l’initiale L., atteint le secteur du Puncak Bondolan vers 14 heures. La météo se dégrade alors brutalement, avec pluie et refroidissement rapide. Selon les premiers récits repris par la presse locale, l’enfant commence à présenter des signes d’hypothermie et doit être prise en charge par les secours avant d’être redescendue vivante. Si le pire a été évité, c’est aussi grâce à un concours de circonstances. Plusieurs médias locaux indiquent que des équipes de secours étaient déjà mobilisées sur place dans le cadre du Semarang Mountain Race 2026, une compétition de trail organisée ce week-end-là sur les mêmes pentes, ce qui a permis une intervention rapide. De l'incident à la prise de conscience Le gestionnaire du camp de base de Perantunan — l'un des points de départ officiels où les randonneur·se·s doivent s'enregistrer —, Dwi Purnomo, a ensuite apporté un récit plus nuancé, et aussi plus embarrassant. Selon lui, les parents avaient initialement expliqué ne pas vouloir forcément atteindre le sommet, mais seulement monter jusqu’aux postes 3 ou 4 (des abris intermédiaires balisant le sentier). Il affirme également qu’un désaccord serait apparu dans le couple lorsque le ciel a commencé à se charger : la mère a préféré faire demi-tour, tandis que le père a pris la décision de continuer l'ascension seul avec l’enfant. Cette séparation de la famille explique la suite du récit du gestionnaire. Tentant de relativiser la gravité de la situation, Dwi Purnomo a en effet affirmé que si la fillette pleurait au moment de son sauvetage, c’était surtout parce qu’elle était séparée de sa mère et réclamait de la retrouver, minimisant ainsi la thèse de l'hypothermie sévère. Mais cette ligne de défense s’accompagne d’un aveu important : l’enfant était mouillée, exposée au froid, et les secouristes ont bien dû utiliser une couverture de survie pour éviter une aggravation de son état. Dès le lundi 13 avril, l’Ikatan Dokter Anak Indonesia, l’association indonésienne de pédiatrie, prend publiquement la parole. Son message est limpide : un enfant n’est pas « un adulte en miniature », et les moins de 3 ans sont particulièrement vulnérables au froid, à l’humidité et à la perte rapide de chaleur corporelle, notamment lorsque les vêtements restent mouillés trop longtemps. L’organisation recommande donc une grande prudence, et insiste sur le fait que les tout-petits ne devraient pas être exposés à ce type d’environnement sans conditions strictement maîtrisées. Fin de la tolérance Le lendemain, la KPAI, la Commission indonésienne de protection de l’enfance, enfonce le clou. Sa commissaire Ai Rahmayanti estime que ce cas doit servir de leçon collective et appelle à réfléchir à des limites d’âge ainsi qu’à des standards plus clairs de protection pour les enfants sur les itinéraires de montagne. Autrement dit, le débat ne porte déjà plus seulement sur le comportement d’un couple, mais sur l’absence de règles suffisamment explicites là où la responsabilité parentale, seule, semble manifestement trop fragile. Le message a, au moins localement, été entendu. Le camp de base de Perantunan a annoncé un durcissement de ses règles d’accès. Jusqu’ici, il n’existait pas de seuil d’âge parfaitement fixé et les enfants pouvaient être autorisés à entamer l'ascension s’ils étaient accompagnés par leurs parents. Désormais, les balita, c’est-à-dire les tout-petits, ne sont plus admis, et l’âge minimal évoqué correspond à peu près à l’entrée à l’école primaire, toujours sous surveillance parentale.

  • Cap Thaurac : un guide pour entrer dans l’épaisseur d’un lieu

    À moins d’une heure de Montpellier et de Nîmes, le Thaurac rassemble sur un même périmètre falaise, grottes, sentiers, rivière et village. C’est cette densité-là, à la fois géographique, sensible et pratique, que Vertige Media et l’Office de tourisme Sud Cévennes ont voulu restituer avec Cap Thaurac, un guide gratuit pensé non comme une simple invitation au plein air, mais comme une manière plus juste d’entrer dans un territoire. © Sam Bié Il y a des massifs dont l’intérêt tient moins à leur ampleur qu’à leur concentration. À première vue, le Thaurac pourrait presque paraître modeste : un plateau calcaire, des falaises, une rivière, quelques chemins, un village au pied du relief. Mais c’est précisément cette échelle-là qui en fait la richesse. En peu d’espace, le Thaurac fait tenir plusieurs usages, plusieurs ambiances, plusieurs façons d’en faire l’expérience. On peut y grimper, marcher, entrer sous terre, pagayer, rouler, ou simplement y passer du temps. On peut surtout y éprouver cette sensation de bascule que l’on associe souvent à des destinations plus lointaines, alors qu’ici tout commence à portée de Montpellier et de Nîmes. C’est à partir de cette densité que nous avons imaginé Cap Thaurac, un guide que nous avons conçu avec l’Office de tourisme Sud Cévennes. L’idée n’était pas d’aligner des activités ni de faire du lieu un simple catalogue de bonnes raisons d’y aller. Elle était plutôt de restituer ce qui fait la singularité du lieu : sa capacité à accueillir plusieurs formes d’expérience. Le Thaurac est bien sûr un site de pratique. Mais c’est aussi un territoire, avec plusieurs façons d’y entrer, d’y circuler et d’en faire l’expérience. C’est cette diversité très concrète que le guide essaie de rendre lisible. L’escalade en constitue naturellement l’un des premiers points d’entrée. Le massif offre une vraie variété de profils, entre secteurs d’initiation, falaises d’école, couennes plus soutenues et grandes faces plus aériennes. Ce qui frappe surtout, c’est la coexistence possible de plusieurs pratiques. On peut venir y découvrir le rocher sans pression excessive, y reprendre ses marques, ou s’y engager un peu plus sérieusement. Cette pluralité donne au lieu une qualité assez précieuse : il n’impose pas une seule manière de grimper, et c’est sans doute aussi pour cela qu’il mérite d’être raconté autrement qu’à travers la seule logique du « spot ». Mais le Thaurac ne se lit pas uniquement à hauteur de falaise. Pour saisir ce qu’est vraiment ce massif, il faut aussi accepter d’en passer par d’autres portes. La Grotte des Demoiselles offre à ce titre un exemple particulièrement parlant — non parce qu’elle résumerait à elle seule le Thaurac, mais parce qu’elle en éclaire plusieurs dimensions à la fois. Elle rappelle d’abord que ce paysage est le produit d’une histoire géologique ancienne, bien antérieure à nos usages récréatifs. Elle montre aussi comment un relief devient, au fil du temps, un objet d’exploration, de récit, puis de visite. En ce sens, la grotte n’est pas une curiosité plaquée sur le massif ; elle aide plutôt à comprendre que le Thaurac est un territoire travaillé de longue date, par la nature autant que par les usages et les regards qui s’y sont succédé. Cette profondeur n’empêche pas le lieu d’être immédiatement praticable, bien au contraire. C’est même là une autre qualité du Thaurac : sa capacité à se prêter à des expériences diverses sans exiger une logistique disproportionnée. La via ferrata, la spéléologie, la randonnée, le canoë ou le VTT prolongent une même logique de découverte. Le massif n’invite pas seulement à pratiquer. Il donne aussi envie de prolonger, de circuler, de regarder un peu plus largement autour de la falaise. Ce n’est plus simplement un site où l’on passe : c’est un endroit où l’on peut s’attarder. Le guide a aussi un mérite assez concret : il ne laisse pas de côté la question de l’accès. Le Thaurac rappelle qu’une escapade en nature n’a pas toujours besoin de commencer par un long trajet ni par l’évidence de la voiture. Depuis Montpellier ou Nîmes, le massif reste relativement facile à rejoindre. Et cette donnée n’est pas seulement pratique, elle change aussi la manière de penser la sortie. Elle rend possible une autre idée de la sortie : plus proche, plus légère, moins dépendante d’une logistique lourde, sans pour autant rogner sur la qualité de l’expérience. Le guide cherche justement à donner des repères : pour situer le lieu, pour articuler les activités, pour penser les déplacements, pour comprendre un peu mieux ce que l’on a sous les yeux. Il essaie, modestement, de sortir d’une vision trop fonctionnelle du territoire, dans laquelle un site naturel ne vaudrait que par ce qu’il permet de cocher. Le Thaurac mérite mieux que cela. Il mérite qu’on le regarde comme un ensemble cohérent, où la falaise, la rivière, les grottes, les chemins et les villages alentour participent d’une même expérience. Reste enfin un point essentiel, que tout guide sur un site naturel devrait sans doute garder à l’esprit : un lieu n’existe pas seulement pour l’usage que nous en faisons. Le Thaurac est aussi un milieu vivant, avec ses fragilités, ses rythmes, ses contraintes et ses équilibres. Le raconter suppose donc de ne pas l’aborder comme un décor disponible à l’infini. C’est aussi dans cet esprit que ce guide a été pensé : non comme une injonction à la consommation de loisirs, mais comme une invitation à entrer dans un territoire avec un peu plus d’attention. Au fond, c’est peut-être cela que raconte le mieux le Thaurac. Non pas la promesse d’un grand ailleurs spectaculaire, mais celle d’un lieu suffisamment dense pour qu’on accepte d’y entrer plus lentement. Un lieu où l’on peut grimper, explorer, marcher, descendre sous terre ou suivre la rivière, sans jamais avoir tout à fait l’impression de changer de sujet. Cap Thaurac est disponible gratuitement dès maintenant ici. Sponsorisé par Sud Cévennes.

  • Raúl Antón : « L'escalade est un outil philosophique ou inversement ? »

    Raúl Antón n'est pas un entraîneur d'escalade comme les autres. Ses cours visent autant la progression que l'introspection. Sans aucune prétention, ce penseur espagnol envoie chaque semaine un texte dans lequel il décortique un principe philosophique lié au monde de l'escalade. Ce sont plus de 500 personnes qui reçoivent cette « carte hebdomadaire » via WhatsApp. Rencontre avec un grimpeur pour qui l'escalade est un véritable laboratoire pour mieux se comprendre et repenser notre société. (cc) Riccardo Pitzalis / Unsplash Vertige Media : Comment en êtes-vous venu à mélanger la philosophie et l'escalade ? Raúl Antón : La philosophie, ce sont des lunettes à travers lesquelles on tente de comprendre le monde. Quand on étudie cette matière – ce qui est mon cas –, elle finit par s'immiscer dans tous les domaines de la vie : les relations amicales ou amoureuses, le travail et bien évidemment l'escalade. Chez moi, c'est inné. Chaque fois que je donne des cours, ils sont ponctués de notions philosophiques parce que c'est ma façon de parler et de penser. Vertige Media : L'escalade est alors un instrument pour parler de philosophie ? Raúl Antón : À l'entrée du temple d'Apollon, il est gravé la phrase « Connais-toi toi-même ». C'est la base de la pensée grecque pour comprendre le monde. La philosophie apparaît comme la connaissance générale et l'escalade comme un simple outil pratique. Néanmoins, prenons une notion telle que la mentalité de croissance qui consiste à se focaliser non pas sur l'objectif final, mais sur le processus pour atteindre ce but. Un·e grimpeur·se comprend rapidement cette idée parce qu'elle est inscrite dans son quotidien. Iel doit mettre 50 essais dans son projet avant de le réussir. Une fois le relais clippé, iel sait que ce qui a le plus de valeur, ce sont, en réalité, les deux semaines passées à tenter d'enchaîner cette voie et les objectifs intermédiaires fixés tout au long du processus. Dans ce cas-là, l'escalade est un outil philosophique ou inversement ? « Le·la grimpeur·se passe son temps à s'interroger sur la meilleure manière de gérer son esprit. Il existe peu de sports dans lesquels on reconnaît la peur, l'anxiété, les insécurités, mais aussi la force ou l'estime de soi, qui sont des concepts très philosophiques » Vertige Media : Peut-on dire la même chose de tous les sports ? Raúl Antón : Chaque personne doit apprendre à se connaître pour être un·e meilleur·e sportif·ve de la même manière que pour être un·e meilleur·e père ou mère, citoyen·ne ou politicien·ne. On peut donc parler de philosophie aussi bien dans le monde du football que dans celui du golf. Cependant, je pense que l'escalade a quelque chose de différent, quelque chose de magique. Vertige Media : Comment décririez-vous cette particularité ? Raúl Antón : Le mental joue un rôle fondamental dans notre activité. Si le·la grimpeur·se néglige cette partie, iel ne pourra pas progresser. Une personne qui souffre de vertige et ne travaille pas cet aspect ne pourra pas monter à plus de trois mètres. Le·la grimpeur·se passe son temps à s'interroger sur la meilleure manière de gérer son esprit. Il existe peu de sports dans lesquels on reconnaît la peur, l'anxiété, les insécurités, mais aussi la force ou l'estime de soi, qui sont des concepts très philosophiques. Sur un terrain de football, je peux cacher mon manque de confiance en moi à mes collègues. En escalade, si j'ai peur, je vais le vivre et le sentir, voire je vais transpirer et suffoquer pour faire ma voie. Je ne peux pas dissimuler ce sentiment. Vertige Media : On entend souvent dire que derrière l'escalade se cache une philosophie de vie. Êtes-vous d'accord avec ce terme ? Raúl Antón : Cette expression est très souvent utilisée à tort pour définir un style de vie. Les grimpeur·se·s font souvent des choix qui tournent autour de leur passion : trouver un emploi parfois précaire mais flexible afin d'avoir plus de liberté pour grimper. Il existe aussi cette idée du·de la sportif·ve qui voyage en fourgon et entame une conversation avec n'importe qui sur le parking d'un spot. Dans cet esprit, les grimpeur·se·s forment une grande tribu. Raúl Antón, en balade © courtoisie de Raúl Antón Vertige Media : Dans une de vos cartes, vous revenez justement sur l'idée de communauté. Pourquoi choisir de décortiquer cet élément ? Raúl Antón : C'est particulièrement vrai en escalade : les autres ne sont pas des rival·e·s, mais la condition qui rend cela possible. J'ai besoin de quelqu'un pour m'assurer ou me parer en bloc. Je suis en compétition avec moi-même indépendamment de ce que peuvent faire les autres. Et les autres sont celles et ceux qui vont prendre soin de moi pour que je puisse dépasser mes limites. C'est un sentiment à la fois fou et très sensé, mais aussi une valeur philosophique profondément contre-culturelle. Vertige Media : C'est-à-dire ? Raúl Antón : La société dans laquelle nous vivons nous pousse à rivaliser avec les autres. Que ce soit au travail, dans nos relations sociales, etc. C'est là l'essence même du capitalisme. L'escalade rompt avec cette logique dominante qui amène à considérer les autres comme des adversaires. De nombreux·ses grimpeur·se·s ont un niveau supérieur au mien. Voir Dani Andrada (grimpeur pro espagnol, ndlr) enchaîner son trentième 8c de l'année me motive à réussir mon premier bloc de cette difficulté. Cette compétition avec soi-même oblige à mieux se connaître et à travailler sur l'estime de soi, l'identité, la condition physique. Cela permet de devenir une personne plus forte et résiliente, et d'utiliser ces nouvelles capacités pour affronter aussi bien un projet, un entretien d'embauche ou le prochain rendez-vous Tinder.

  • Vertige Media x Pyrénicimes : quand Graou voyage dans le midi

    Du 25 au 30 novembre 2025, le Festival Pyrénicimes revient pour sa dix-septième édition à Pibrac, aux portes de Toulouse. Et pour l'occasion « Graou », le premier film de Vertige Media, a été sélectionné par le comité d'organisation et sera projeté le vendredi 29 novembre à 22h, suivi d'une table ronde avec l'équipe du média. Rétrospective d'une sacrée expédition en compagnie de son directeur, Philippe Caussade. Il y a des festivals qui existent parce qu'il le faut bien, et d'autres qui naissent d'une urgence. Pyrénicimes appartient à la seconde catégorie. En 2009, Philippe Caussade, grimpeur et membre du club Pibrac Rando Montagne, en Haute-Garonne (31), se retrouve parachuté au sein du comité départemental de la Fédération française de la montagne et de l'escalade. Le président de l'époque lance une idée à la cantonade : « J'aimerais bien qu'on crée une nuit de la montagne ou une fête de la montagne ». Philippe, amateur de reportages et de documentaires, se souvient alors d'un film qu'il n'a jamais pu voir à Toulouse : Au-delà des cimes de Catherine Destivelle, sorti la même année. « C'était un gros film, qui était passé dans les grandes salles. Mais sur Toulouse, il n'était passé que deux fois et personne ne l'avait vu », raconte-t-il. La grande Catherine L'idée germe rapidement. Pourquoi ne pas créer un petit festival de films de montagne ? Après tout, aux alentours de Toulouse qui se situe à 1h30 des Pyrénées, il n'y a pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout. Philippe Caussade connaît bien le conseil municipal de Pibrac. Il lui explique le projet. La municipalité met à disposition le théâtre, le gymnase. Tout est prêt. Reste à convaincre une tête d'affiche. « Je me souviens que j'ai appelé Catherine Destivelle, pensant que j'allais tomber sur un agent. Non seulement je l'ai eue directement mais en plus elle a accepté de venir », confie-t-il encore étonné quinze ans plus tard. Le théâtre affiche complet sur trois séances. Le festival est lancé. Ce qui aurait pu n'être qu'une soirée est devenu une institution locale. Dix-sept éditions plus tard, Pyrénicimes s'étale désormais sur six jours, du 25 au 30 novembre. Au programme : une avant-première de Le Chant des Forêts, le dernier film de Vincent Munier (le co-réalisateur de La Panthère des Neiges, ndlr), un spectacle visuel, un loto montagnard, un repas conté, des ciné-débats, des séances scolaires, un village avec des exposants, un salon photo nature. « Petit à petit, on a essayé de se renouveler », explique le directeur du comité d'organisation. Le salon photo nature, créé il y a quatre ans avec l'aide de son fils qui travaille à l'Office français de la biodiversité, a permis d'ouvrir « une fenêtre sur la nature, l'environnement ». Une quinzaine de photographes y exposent désormais leurs œuvres. « On s'est retrouvé à Pibrac au café, avec Patrick Edlinger, à parler de pêche. C'était irréel » Philippe Caussade, fondateur de Pyrénicimes Néanmoins, l'ADN du festival reste la même depuis le début : montrer des films, et surtout créer des rencontres. « On ne veut pas juste montrer des images. Notre moteur, c'est de rencontrer des gens. Des gens qui ont marqué l'histoire de la montagne », insiste Philippe Caussade. Pour la deuxième édition, ce dernier sait qu'il doit maintenir son niveau d'exigence en invitant une autre tête d'affiche. Ce sera une légende, celle de l'escalade française, en la personne de Patrick Edlinger. « C'est tout simplement ma plus belle rencontre sur le festival, confie le fondateur. Edlinger, quand on fait de l'escalade, c'est dingue. On s'est retrouvé à Pibrac au café, à parler de pêche. C'était irréel. » Graou et des cerfs à la jumelle Aujourd'hui, le festival tourne avec un comité d'organisation de treize bénévoles et peut compter sur plus de 120 personnes sur les deux jours de village. Le théâtre de Pibrac, qui peut accueillir 430 spectateurs, affiche complet depuis plusieurs années sur toutes les séances de ciné-débats. « On a beaucoup de fidèles », sourit Philippe. Mais au-delà des chiffres, c'est surtout une philosophie qui perdure : montrer autre chose que l'exploit, rendre la montagne accessible à toutes et tous. « Nous, ce qu'on veut faire passer comme message, c'est que l'aventure est à portée de toutes et tous et pas besoin d'aller en Patagonie ou à l'autre bout du monde pour se faire plaisir. On peut très bien aller dans les Pyrénées, faire un bivouac sur un sommet et observer des cerfs à la jumelle », résume Philippe. « Tu vois là-bas ? C'est Pibrac ! » © Vertige Media Cette volonté de démocratisation passe aussi par un travail important auprès de la jeunesse. Dans toutes les crèches et maternelles de la commune, un spectacle vivant de marionnettes sur le thème de la montagne et de la nature est proposé. Deux séances scolaires sont organisées chaque année, avec des ciné-débats adaptés. Le festival travaille également avec la maison des jeunes de Colomiers, emmenant des jeunes en difficulté à la montagne. « C'était il y a trois ans. Ils n'avaient jamais été à la montagne. Cette année, on a fait un bivouac. C'était magique », raconte Philippe. Cette année, le comité d'organisation a sélectionné Graou, le premier film de Vertige Media. Un moyen métrage de 30 minutes qui raconte l'histoire d'une rencontre entre les fondateurs du média et Bruno Clément, dit « Graou », figure légendaire de l'escalade du Verdon. Un grimpeur « mi-ours mi-lézard » qui vit depuis 35 ans dans les Gorges, reculé du monde, et qui est sans doute le meilleur équipeur de France. Le film mêle légendes locales, escalade pure, et une bonne dose de grand n'importe quoi. Surtout, il raconte l'histoire de deux types qui se lancent dans une aventure verticale en ne sachant pas vraiment dans quoi ils mettent les mains. Un peu comme Philippe en 2009, finalement. La projection aura lieu le vendredi 29 novembre à 22h au théâtre de Pibrac. Elle sera suivie d'une table ronde en présence de Matthieu Amaré, rédacteur en chef de Vertige Media, et Pierre-Gaël Pasquiou, directeur de la publication. L'occasion de discuter du projet, de la rencontre avec Graou, et plus largement de la façon dont on raconte l'escalade aujourd'hui. La rédaction couvrira l'ensemble d'un festival qui incarne très précisément ce que nous défendons depuis notre création : des récits qui vont au-delà de l'exploit, une montagne accessible, une transmission vers les jeunes générations, et surtout une vraie rencontre avec celles et ceux qui font vivre ces histoires. Pyrénicimes n'est pas un festival de plus sur le calendrier. C'est un événement porté par des passionné·es qui, depuis dix-sept ans, refusent de laisser la montagne aux sommets inaccessibles. Les Pyrénées, donc. Si on les voit bien depuis Pibrac, la légende raconte qu'il va pleuvoir le lendemain (disclaimer : la légende se vérifie à chaque fois, ndlr). Ces montagnes que l'on grimpe le weekend, celles qu'on transmet aux enfants qui n'y sont pas encore allés. Et si les sommets se racontaient aussi depuis une petite commune de Haute-Garonne ? C'est en tout cas le pari que fait Pyrénicimes depuis 2009. Et celui que nous choisissons d'accompagner. Toutes les informations et la billetterie sont disponibles sur le site du festival Pyrénicimes.

  • Karma La Villette : le fabuleux destin de la FFME

    Alors que la FFME poursuit actuellement la construction de l’ouverture de sa deuxième salle d’escalade, Vertige Media a eu l’occasion de visiter le chantier en exclusivité. Dès 2016, il a fallu naviguer entre divers obstacles pour enfin pouvoir ériger un projet qui devrait voir le jour en octobre 2025, en plein cœur du Parc de la Villette. Visite guidée de Karma La Villette, une salle au destin (forcément) particulier. La future salle Karma La Villette en chantier, à Paris, juillet 2025 © Vertige Media Sur la façade métallique du bâtiment, une fresque colorée aux motifs géométriques tranche avec les structures industrielles du Parc de la Villette. Derrière cette enveloppe d'acier, résonne le ballet des perceuses et des nacelles élévatrices. Vincent Maratrat, directeur du développement à la FFME (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade, ndlr), pousse la porte vitrée de ce qui fut, à l’époque, un cinéma d’un nouveau genre. Cinéma et réalité sociale Entre simulateur de vol et salle de cinéma, le Cinaxe avait été présenté à son ouverture, en 1991, comme une petite révolution. Vingt-quatre ans après, c’en est une autre que nous fait visiter Vincent Maratrat. Sur ce millier de mètres carrés que compte le chantier, c’est donc une salle d’escalade qui devrait ouvrir ses portes en octobre 2025. Nom de code ? Karma. Comme celle, ouverte par la fédération, il y a dix ans à Fontainebleau. Cinq lettres qui orneront la nouvelle fresque colorée de l’entrée, grâce à la collaboration avec un artiste du cru. La FFME ne s’interdit rien. Et ça commence à se voir en traversant les portes vitrées de l’accueil qui devraient donner sur un comptoir en L. Le bar intérieur fera face à une terrasse en bois extérieure, sise au milieu des arbres du parc et loin de l'agitation urbaine. « Là, derrière, vous avez le canal. Deux ou trois transats, et puis on pourra même faire une plage », plaisante notre guide. L'entrée du chantier de Karma La Villette avec l'ancienne fresque colorée © Vertige Media Karma La Villette semble épouser à merveille l’esprit du temps. Le projet sera le premier, dans Paris intra-muros, à pouvoir offrir la pratique des trois disciplines olympiques de l’escalade sportive : le bloc, la difficulté mais aussi la vitesse. Un clin d'œil assez bienvenu aux prochains Jeux Olympiques de Los Angeles pour lesquels les trois disciplines seront enfin séparées. Forcément, c'est aussi un objectif pour le deuxième projet de salle de la FFME. Même si le mur de vitesse qui s’érige devant nous servira d’autres velléités. « La vitesse peut paraître nouvelle pour la communauté des grimpeurs, explique Vincent Maratrat. Mais je pense qu’elle permettra aussi à d’autres publics de venir à l’escalade plus traditionnelle par cette discipline. La vitesse plaît aux jeunes. Et c’est peut-être un bon moyen de faire venir les gamins des quartiers autour. » Plantés dans la salle de voie, d’immenses panneaux de bois dessinent les deux futurs couloirs de vitesse. Le membre de la FFME l’assure, il y aurait un buzzer et un chrono, « comme en compèt ». En faisant demi-tour sur nous-mêmes, c’est l’allure des charpentes qui impressionne. Leur aspect dessine déjà la forme des voies de difficultés, avec leur dévers. En tout, entre 65 et 70 lignes de cordes sont prévues sur des murs qui culminent à 12 mètres de hauteur. C’est d’ailleurs perchés sur leur nacelle que les employé·es du fabricant français de murs d’escalade, Pyramides, sont en train de poser les derniers panneaux de bois. À l’étage, l’espace bloc est plus intimiste. Ici, les murs sont déjà posés mais attendent encore leurs prises colorées. Avec leur blancheur éclatante, les parois donnent au lieu des allures de décor de science-fiction. Pourtant, dans quelques mois, c’est une diversité de publics bien réelle qui s'agrippera sur les prises de Karma La Villette. Au milieu de la future salle de voie © Vertige Media Quand la FFME fait le ménage En tant que superviseur principal du projet, Vincent Maratrat le sait mieux que personne : cette salle a bien failli ne jamais voir le jour. Ce projet, la FFME le caresse depuis 2016 au moment où le Parc de la Villette lance un premier appel à projet qui tombe en désuétude pour en relancer un autre, quatre ans plus tard. Cette fois-ci, le dossier de la fédération, empreint d’olympisme et de social, de la fédération ira au bout. Et passe donc devant ceux déposés par les gérants de salles privées. Et là, attention, gros clash. « Pourquoi la fédération se refuserait à faire de l’argent ? Le résultat qui est engendré sur la salle de Fontainebleau, et on espère celui de la salle de la Villette, sert les intérêts généraux de la fédération et participe au budget général » Vincent Maratrat, directeur du développement de la FFME La future salle de bloc à l'étage de Karma La Villette Fin 2021, l’Union Des Salles d’Escalade (UDSE), qui fédère 90% des établissements privés, publie un communiqué au vitriol contre ce qu’elle perçoit comme une concurrence déloyale. L'organisation dénonce l'usage présumé de financements publics, la confusion entre mission de service public et activité commerciale, évoquant même des recours juridiques et la création d'une fédération concurrente. « J'ai relu la lettre, il faut dire que c'était gratiné, pose Vincent Maratrat. Le ton n’était pas amical mais le fond, surtout, était erroné. » Au cœur de la polémique : le financement du projet. L'UDSE dénonce un montant de 3,35 millions d'euros garantis à 50% par la Ville de Paris, y voyant une subvention déguisée. Le directeur du développement de la FFME réfute fermement cette présentation. « On a commencé par utiliser les fonds propres de la Fédération, comme à Fontainebleau, confie-t-il. Après, oui, on a emprunté. 3,5 millions d’euros pour réaliser les travaux et payer les études. Mais la garantie accordée par la Ville de Paris dont parle l’UDSE, elle nous coûte aussi cher qu’un cautionnement bancaire. On la paie. Il n’y a donc pas de concurrence déloyale. » Au-delà du financement, l’UDSE accusait aussi la FFME de « sortir de son rôle » en venant préempter le terrain de jeux des salles marchandes. Sur ce point, Vincent Maratrat reprend les mots de son président, Alain Carrière en apostrophant : « Pourquoi la fédération se refuserait à faire de l’argent ? Le résultat qui est engendré sur la salle de Fontainebleau, et on espère celui de la salle de la Villette, sert les intérêts généraux de la fédération et participe au budget général ». C’est le karma Il faudrait 200 pratiquants par jour viennent grimper à Karma La Villette pour que le projet de la FFME soit à l’équilibre. Vincent Maratrat est confiant. Au-delà de l’offre de grimpe proposée, la localisation en plein cœur du Parc est idéale. L’offre et le confort du bar et de la restauration sont alléchants. Le ticket moyen se situera probablement sur les prix du marché, à savoir l’entrée unique à 15 euros et l’abonnement annuel autour des 500 euros (avec des réductions pour les licenciés et les clubs, ndlr). La salle sera ouverte entre 8h et minuit tous les jours, « avec potentiellement une matinée de fermeture ». Vincent Maratrat ne veut rien laisser au hasard. Emmenée par un duo à la direction, la future équipe de Karma La Villette bénéficiera d’installations neuves : que ce soit l’isolation du bâtiment, les sanitaires, les bureaux ou la centrale de traitement de l’air, devenue essentielle suite aux récentes informations sur la pollution des salles d’escalade indoor. « On a une première reçu une première offre à 50 000 euros par an pour le ménage, détaille Vincent Maratrat. On va aussi proposer un règlement strict sur l’utilisation de la magnésie. » Les charpentes en bois qui serviront de base aux prochains murs de voies © Vertige Media Entre les murs encore dénués de prises, le dernier projet de la FFME résonne comme une sacrée ambition pour une fédération sportive. « Il est certain que c’est un sujet qui a beaucoup d’enjeux, continue le directeur de développement. On sent que tout le monde est impliqué à n’importe quel poste fédéral. Mais au final, ce projet de salle reprend l’objectif premier de la FFME : développer l’escalade. » Désormais, entre les mouvements de nacelles, les bruits de perceuses et les cartons à porter, Karma La Villette attend sa crémaillère. Même avec les derniers tracas administratifs à surveiller, Vincent Maratrat est convaincu qu’il tiendra les délais d’octobre. Reste simplement à espérer un petit bonus, sur lequel le directeur du développement n’a pas la main. « On sera quelques semaines après les championnats du monde d’escalade. Si nos athlètes ramènent des médailles voire le titre, on les invitera à l’inauguration. Vous imaginez la fête ? » Il n’y a plus qu’à soigner son karma. Karma La Villette Ouverture prévue en octobre 2025 Paris, dans le 19ème ouverture, au coeur du Parc de la Villette Deux espaces de grimpe distincts avec du bloc, de la voie et de la vitesse Horaires de 8h à minuit tous les jours Restauration rapide sur place (planches) et débit de boissons Prix d'entrée aux alentours de 15 euros

  • Pourquoi la crise du service des forêts américain est une vraie plaie pour l'escalade

    Aux États-Unis, la restructuration massive et controversée du service des forêts (US Forest Service) provoque une onde de choc institutionnelle. Entre déménagement du siège, fermeture des bureaux régionaux et centralisation du pilotage, c’est tout l’écosystème de l’outdoor qui vacille. Pour les grimpeurs et les grimpeuses, locaux comme touristes, cette secousse administrative menace directement l’accès aux falaises, la gestion des sites et la continuité du travail de terrain. Décryptage. Little Cottonwood Canyon (cc) Patrick Hendry / Unsplash Le grès rouge de l’Utah, les fissures mythiques de l’Ouest américain ou les blocs disséminés dans les forêts du Colorado ont un point commun : une part considérable de ces terrains de jeu dépend de l’US Forest Service. Cette agence fédérale gère près de 193 millions d’acres de terres publiques, soit environ 78 millions d’hectares. Un empire forestier, minéral et récréatif qui traverse aujourd’hui une crise politique majeure, au moment même où la pression climatique et l’essor des usages récréatifs exigeraient au contraire de la stabilité, de la connaissance fine et des bras sur le terrain. Annoncée le 31 mars par l'administration Trump via le ministère de l'Agriculture (USDA), cette réorganisation radicale prévoit le transfert du siège de Washington vers Salt Lake City (Utah), la fermeture de l'ensemble des bureaux régionaux, et le passage à un modèle fondé sur quinze « directions d’État ». Parallèlement, la recherche sera centralisée sur un site unique à Fort Collins (Colorado). Officiellement, il s’agit de rapprocher le commandement des paysages concernés, de réduire les doublons administratifs et de simplifier la chaîne de décision. En langage administratif, cela s’appelle une réforme. En langage politique, cela ressemble surtout à une reprise en main brutale. « Déménagez ou démissionnez » : un ultimatum illégal ? Pour la National Federation of Federal Employees (NFFE), syndicat représentant 20 000 salarié·e·s de l’agence, le procédé n’a rien d’une rationalisation paisible. Son directeur exécutif, Steve Lenkart, estime que cette restructuration pourrait contrevenir aux dispositions budgétaires de l’année fiscale 2026, lesquelles interdisent l’usage de fonds fédéraux pour relocaliser des bureaux ou réorganiser de tels services. Le syndicat reproche également à la direction d’avoir pris de vitesse les instances représentatives du personnel, esquivant ainsi toute négociation sur les modalités d'une refonte aussi massive. En remplaçant des bureaux de proximité par des directions d’État ultra-centralisées, l’agence se coupe de cette intelligence de terrain. Sur le terrain, la manœuvre est vécue par une partie des agent·e·s comme un ultimatum à peine maquillé : s’adapter, plier bagage, ou démissionner. Des équipes historiquement implantées dans les territoires ruraux, au plus près des massifs qu’elles administrent, voient le centre de gravité de l’institution basculer vers des logiques plus verticales, plus urbaines et nettement plus politiques. Or, l’US Forest Service aborde ce virage en position de grande faiblesse. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’agence a déjà perdu plus d’un quart de ses effectifs à temps plein, dont près de 1 400 spécialistes de la lutte contre les incendies. Quelles conséquences pour l'escalade ? L'Access Fund, principale organisation américaine de défense de l’accès aux sites, rappelle qu’environ 30 % de l’escalade aux États-Unis se pratique dans les National Forests. Il ne s'agit pas d'une pratique marginale, mais bien d’un pan entier de la géographie de la grimpe. Ce que l’agence fédérale perd aujourd'hui en lisibilité et en capacité d’action se répercutera directement sur les falaises, les sentiers, les parkings et les autorisations. Quatre menaces majeures se dessinent pour la pratique : 1. L’usure lente des accès et des sentiers : C'est l'effet le plus visible. Un rapport interne, révélé par le Washington Post, montre que l’entretien des sentiers a chuté de 22 %, atteignant son seuil le plus critique depuis quinze ans. Pour les personnes qui grimpent, cela se traduit par des chemins d'accès envahis par la végétation, des marches d'approche escarpées et non sécurisées, ainsi qu'un risque accru d'érosion menaçant la viabilité géologique de certains secteurs. 2. L'ombre grandissante des mégafeux : Plus diffus, mais potentiellement dévastateur. D’après une récente analyse, les travaux de prévention du risque incendie ont chuté de 38 % en 2025 par rapport aux quatre années précédentes. L'Access Fund s'inquiète de la capacité réelle du Forest Service à combattre les grands feux, alors que l’Ouest américain sort d’un hiver sec. Pour les zones de grimpe, le scénario est connu : fermetures prolongées, infrastructures détruites et parois rendues inaccessibles pour des années. 3. L’embouteillage administratif : C'est un point capital, souvent ignoré du grand public : une politique d’accès ne se joue pas seulement dans les grandes déclarations, elle se joue aussi dans la paperasse. L'Access Fund rencontre déjà des difficultés à finaliser certains accords de partenariat (les business agreements) indispensables au déploiement de ses programmes d'aménagement. La fermeture des bureaux régionaux risque de paralyser le traitement des demandes d’autorisation. Un permis qui tarde, un accord qui s’enlise, un relais institutionnel qui disparaît, et c’est tout un chantier d'équipement ou de sécurisation qui reste au point mort. 4. La rupture du dialogue local : Le développement de l’escalade américaine repose sur une coordination patiente entre les associations locales, les instances nationales et les gestionnaires des terres publiques. C’est cet échange continu qui permet d’aménager un parking, de protéger une zone de nidification pour les rapaces, ou de calibrer l'équipement d’un site. En remplaçant des bureaux de proximité par des directions d’État ultra-centralisées, l’agence se coupe de cette intelligence de terrain. La communauté de la grimpe perd ainsi des interlocuteurs et des interlocutrices indispensables, capables d'appréhender les spécificités environnementales d'un massif. L'Access Fund souligne un dernier point, moins spectaculaire mais lourd de conséquences : la fermeture programmée de plus de 70 % des installations de recherche du Forest Service. Derrière ces coupes budgétaires, ce sont des données scientifiques précieuses sur les dynamiques écologiques, les maladies forestières et la gestion des flux récréatifs qui vont disparaître. Sans cette recherche de terrain, les futurs arbitrages entre exploitation forestière, conservation et accueil du public risquent de se faire à l'aveugle. Alors que les recours juridiques se multiplient pour tenter de geler cette restructuration, la saison outdoor s'ouvre dans un climat d'incertitude majeure. Entre des infrastructures d'accueil dégradées et un risque d'incendie exacerbé par le manque de personnel, la communauté grimpante risque, comme le redoutent les instances syndicales, de payer le prix fort de ce bras de fer institutionnel.

  • Tragédie à Montserrat : deux grimpeurs tués par un éboulement

    Un détachement rocheux a coûté la vie à deux grimpeur·se·s de 30 ans, samedi 11 avril, dans le Parc naturel de la montagne de Montserrat (Catalogne). Situé à une cinquantaine de kilomètres de Barcelone, ce massif est une destination historique et très prisée. Alors que les autorités ont condamné l'accès à plusieurs voies d'escalade, l'enquête géologique se poursuit. Monserrat, Espagne (cc) Corentin Largeron / Unsplash L'alerte a été donnée en fin d'après-midi. Samedi 11 avril, vers 16h30, une tierce personne a découvert deux grimpeur·se·s gisant inconscient·e·s au pied d'une paroi du secteur Columpi, à proximité du parking de Can Jorba (sur la commune d'El Bruc, versant sud du massif). Dépêché·e·s sur place, les Bombers de la Generalitat (le corps des pompiers de la région autonome de Catalogne), le Système d'Urgences Médicales (SEM, l'équivalent local du Samu) et plusieurs hélicoptères sont intervenus après un détachement rocheux. Les deux victimes, un homme et une femme âgé·e·s de 30 ans, souffraient de traumatismes crâniens sévères. L'une d'elles, retrouvée en arrêt cardio-respiratoire, a dû être réanimée sur les lieux avant son héliportage. Le pronostic vital des deux grimpeur·se·s était alors très sombre. L'homme, admis à l'hôpital universitaire de Vall d'Hebron (Barcelone), a succombé à ses blessures dimanche. La femme, prise en charge à l'hôpital de Bellvitge (dans la métropole barcelonaise), est décédée dans la nuit de lundi à mardi, une information confirmée le 14 avril par son entourage familial. L'instabilité de la roche en cause Si les autorités n'ont pas encore communiqué le nom précis de la voie empruntée par la cordée, l'origine de l'accident ne fait aucun doute : il s'agit d'un éboulement naturel important. Le massif de Montserrat est en effet célèbre pour ses immenses monolithes de conglomérat, une roche sédimentaire parfois sujette à l'érosion. Les premiers constats écartent d'emblée une défaillance du matériel d'escalade ou des points d'ancrage. Les circonstances exactes du drame restent toutefois à affiner. Selon des sources familiales citées par le quotidien catalan La Vanguardia , les deux trentenaires faisaient partie d'un groupe de sept grimpeur·se·s. Les deux alpinistes auraient été mortellement touché·e·s par la chute de pierres alors que le groupe avait terminé son ascension et rangeait son équipement au pied de la falaise. Afin de comprendre la dynamique de cet effondrement, l'Institut Cartogràfic i Geològic de Catalunya (ICGC) a mené ces derniers jours plusieurs vols de reconnaissance par drone. Ces inspections doivent permettre d'identifier le point de rupture exact et d'évaluer le risque de nouveaux décrochements (facteur météorologique, fragilité géologique structurelle, etc.). Cinq voies fermées, un déséquipement imminent En réponse à ce drame et face à un environnement décrit comme « très instable », le Patronat de la Muntanya de Montserrat – l'organisme public gestionnaire du site – a immédiatement réagi . De nombreux blocs et fragments de roche restent en effet en équilibre précaire dans le couloir et sur la partie supérieure de la paroi. Par mesure de sécurité, cinq voies d'escalade du secteur Columpi ont été fermées et balisées : Lady Sue , La Gordi , Del Xavi , La Fàcil  et De la Marta . Selon les informations de la chaîne régionale 3Cat , la direction du parc envisage désormais un déséquipement définitif de ces cinq itinéraires dans un délai d'une semaine à dix jours.

  • Cairn prolonge son ascension avec une première extension gratuite cet été

    Trois mois après sa sortie, Cairn  confirme qu’il n’avait rien d’un simple coup d’éclat. The Game Bakers vient d’annoncer une première extension gratuite attendue cet été. Avec de nouvelles zones, de nouveaux défis et un détour par la grimpe au-dessus de l’eau, le studio prolonge l’expérience sans renier ce qui faisait déjà la force du jeu. © Cairn Il y a des jeux qui brûlent très vite leur promesse. Cairn , lui, semble plutôt décidé à creuser la sienne. Le studio français The Game Bakers a annoncé , le 9 avril, l’arrivée cet été de « On the Trail: Deep Water », une première extension téléchargeable gratuite — ce que l’univers du jeu vidéo appelle un DLC, pour downloadable content  — sur PC et PlayStation 5. Au programme : trois nouvelles zones, de nouveaux passages à déchiffrer, et surtout l’introduction du deep water soloing , autrement dit de la grimpe au-dessus de l’eau. Une manière de déplacer légèrement le décor et l’imaginaire du jeu, sans en assouplir la logique. On pourra tomber, certes, mais pas n’importe comment : ici encore, il faudra lire la paroi, choisir ses appuis, gérer son effort. L’annonce n’a rien d’accessoire. The Game Bakers n’a pas communiqué de total précis de téléchargements, mais Cairn  a déjà dépassé les 500 000 copies vendues au printemps 2026 . De quoi confirmer que le jeu n’a pas été reçu comme une simple curiosité bien ficelée, mais comme une proposition capable de durer. Et ce n’est pas tout à fait un hasard. Dès sa sortie, Cairn  s’était distingué par sa manière de traiter l’escalade autrement que comme un décor de danger ou un prétexte à héroïsation. Comme nous l’écrivions déjà dans « Cairn : pourquoi c’est une très bonne nouvelle pour l’escalade », le jeu ne cherche pas seulement à impressionner. Il restitue quelque chose de plus fin : la lecture d’une paroi, la gestion de l’effort, la fatigue qui s’installe, la suite de microdécisions qui font qu’une ascension tient — ou non. C’est sans doute là que cette extension paraît cohérente. Elle ne vient pas greffer artificiellement du contenu sur un titre déjà rentable. Elle ouvre plutôt une nouvelle variation autour de la même idée : grimper, ce n’est jamais simplement avancer, c’est interpréter. Le choix d’un environnement plus aquatique, plus lumineux, presque plus estival, ne ressemble donc pas à une fantaisie. Il donne au jeu une autre respiration, sans le faire sortir de sa ligne. Il faudra évidemment voir ce que ces nouvelles zones ont réellement à offrir. Mais une chose est déjà sûre : à l’heure où l’escalade continue souvent d’être vendue au grand public par le seul prisme du vide et du frisson, Cairn  persiste dans une voie plus subtile. Son sujet n’est pas de faire peur. Son sujet, c’est de faire sentir ce que grimper veut dire.

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