Climbing District change de direction sur fond de difficultés financières
À partir du 3 octobre 2026, Julien Watry, directeur du fonds d’investissement Pléiade Venture, et Clément Lorin prendront la direction effective de Climbing District. Un changement de cap pour un groupe qui a doublé de taille en un an, au moment où le marché français des salles d’escalade ralentit et où sa situation financière s’est tendue.

Une page est en train de se tourner chez Climbing District. Selon plusieurs sources concordantes contactées par Vertige Media, les cofondateurs de l’entreprise créée en 2019 ne seront plus aux commandes opérationnelles à partir du 3 octobre. Ils resteront actionnaires et associés aux réflexions stratégiques, mais ne piloteront plus l’activité au quotidien. La nouvelle organisation marque aussi une implication plus directe de Pléiade Venture, l’un des principaux fonds présents au capital du groupe. Déjà présent au comité de surveillance, le fonds place désormais l’un de ses dirigeants à la tête de l’opérationnel de l’entreprise. Contactés, les cofondateurs n’ont pas souhaité commenter cette transition. De son côté, Julien Watry n’a pas non plus voulu s'exprimer sur cette séquence ni le mandat de la nouvelle équipe. Il explique vouloir consacrer son temps « à l’ensemble des équipes » et indique qu’il pourrait communiquer ultérieurement.
La loi du marché
Pour le réseau de salles d'escalade, ce changement intervient après deux années d’expansion accélérée. Fin 2023, Climbing District levait 10 millions d’euros auprès de Pléiade Venture et de son investisseur historique 123 Investment Managers, avec un objectif assumé : accélérer en France et se développer en Europe. En 2024, le groupe rachète UrbanWall à Milan, puis quatre salles à Londes, notamment celles des réseaux Stronghold et The Arch. Début 2025, l’enseigne revendique onze salles dans trois pays et explique avoir doublé de taille en un an. À l’époque, ses dirigeants assurent que les salles déjà ouvertes sont rentables dans leur exploitation quotidienne. L’argent levé doit donc d’abord servir à financer la croissance. Climbing District s’inscrit alors dans un mouvement qui traverse tout le secteur de l’escalade indoor : multiplication des ouvertures, arrivée de nouveaux investisseurs, rachats et constitution de grands réseaux.
En 2025, Climbing District SAS a enregistré 3,05 millions d’euros de pertes, contre 1,70 million l’année précédente. Dans le même temps, les sommes qu’elle doit encore rembourser à ses financeurs sont passées de 5,63 millions d’euros fin 2023 à 14,2 millions fin 2025
Depuis, le contexte du marché s’est nettement dégradé. Fin juillet, la holding Climb Up Investissements et plusieurs de ses sociétés d’exploitation ont été placées en redressement judiciaire, après plusieurs mois de baisse de fréquentation dans ses salles historiques. Le groupe avait déjà connu plusieurs mouvements à sa tête. François Charpy, ancien dirigeant de Quick et de Disneyland Paris recruté en 2025 pour transformer l’enseigne, a quitté ses fonctions de directeur général un peu plus d’un an après son arrivée. Jean-Luc Croset, lui aussi issu du retail, lui a succédé fin juin, quelques semaines avant l’ouverture de la procédure. Ailleurs, Vertical Art avait fermé sa salle lyonnaise en 2025, une salle Arkose à Lille avait également cessé son activité et le Climbing Mulhouse Center a plus récemment mis la clé sous la porte.
À ce jour, aucune procédure collective ni fermeture de salle n’a été annoncée au sein du groupe Climbing District. Les comptes de sa société centrale affichent néanmoins une situation financière tendue. Pour les lire correctement, il faut d’abord comprendre que toutes les salles françaises ne sont pas regroupées dans une seule société. Climbing District SAS chapeaute le groupe et exploite directement la salle des Batignolles, tandis que plusieurs autres établissements disposent de leur propre société d’exploitation. Ses comptes ne donnent donc pas le résultat de l’ensemble du réseau. En 2025, Climbing District SAS a enregistré 3,05 millions d’euros de pertes, contre 1,70 million l’année précédente. Dans le même temps, les sommes qu’elle doit encore rembourser à ses créanciers sont passées de 5,63 millions d’euros fin 2023 à 14,2 millions fin 2025.
C’est dans ce contexte que Pléiade Venture renforce son implication auprès de Climbing District. Un réseau qui fait d'ailleurs figure de cas assez atypique dans le portefeuille du fonds
Cela ne signifie pas nécessairement que les salles elles-mêmes perdent de l’argent. Un établissement peut être rentable dans son fonctionnement quotidien tandis que la société centrale supporte le coût du siège, des acquisitions, des ouvertures ou des intérêts liés aux emprunts. Les comptes de plusieurs filiales sont par ailleurs confidentiels. Parmis les rares données disponibles, la société qui exploite Pont-de-Neuilly a toutefois terminé 2025 avec une perte nette de 526 000 euros. On peut en revanche établir que la société centrale (Climbing District SAS) perd plus d'argent qu'il y a deux ans et s'est, dans le même temps, beaucoup plus endettée. Les données publiques ne permettent pas de savoir quelle part de cette dégradation tient aux salles elles-mêmes, au coût de l’expansion européenne ou plus largement à la structure du groupe.
De la bonne grimpe ?
C’est dans ce contexte que Pléiade Venture renforce son implication auprès de Climbing District. Un réseau qui fait d'ailleurs figure de cas assez atypique dans le portefeuille du fonds, davantage habitué aux entreprises technologiques comme Gatling, spécialiste des tests de performance web, Leviia, dans le cloud, TestWe, qui dématérialise les examens, ou encore smartTrade Technologies, éditeur de logiciels financiers. Une chaîne de salles d’escalade, avec ses loyers, ses travaux, ses équipes et ses investissements lourds, répond à des contraintes très différentes.
Pléiade revendique justement un accompagnement actif de ses participations et une logique de long terme. Voir l’un de ses directeurs passer du comité de surveillance à la direction opérationnelle de Climbing District marque malgré tout un changement d’échelle conséquent dans son engagement auprès du groupe.
Reste maintenant à savoir quelles missions ont été confiées à la nouvelle équipe dirigeante. Certaines salles pourraient-elles être fermées ou cédées si leur rentabilité est jugée insuffisante ? La réduction des coûts fait-elle partie de la feuille de route ? Les budgets du siège, du marketing, de l’événementiel ou du développement international seront-ils revus ? Les salarié·e·s pourraient-iels, elleux aussi, être concerné·e·s ? Le groupe aura-t-il besoin de nouveaux capitaux pour financer la suite ? À ce stade, Vertige Media n’a obtenu aucun élément permettant de répondre à ces questions.
Deux ans après avoir levé 10 millions d’euros pour accélérer son développement européen, Climbing District entre ainsi dans une phase bien différente. Après avoir grandi très vite, le groupe doit désormais trouver les moyens d'absorber cette croissance et de retrouver un modèle économiquement soutenable. Bref, de quoi s'accrocher.













