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- Sans grimpe en vacances : comment vaincre le FOMO vertical ?
Serviette, parasol et zéro falaise. Que vous soyez parti dans le calme plat ou que vous ne puissiez échapper à la famille pour toucher des prises, les congés d'été sont souvent la pire période pour un·e grimpeur·se. Votre téléphone vous envoie les journées de vos potes sur le caillou ? Bienvenue dans l'enfer du FOMO, ce mal du siècle qui transforme vos vacances en supplice psychologique. Heureusement, Vertige Media vous montre la voie. La seule qui vaille. Plus dure la vie (cc) Blake Cheek / Unsplash La scène se déroule chaque été, avec la régularité d'un métronome mal réglé. Vous êtes là, coincé entre la piscine gonflable des neveux et les discussions sur les impôts locaux de tonton Roger, quand votre smartphone vous balance une rafale de contenus qui piquent : vos copains de cordée qui enchaînent les longueurs dans les Calanques, cette grimpeuse que vous suivez qui pose devant l'Eiger, cette pote de votre salle qui vient de réaliser son 6c+ de rêve dans les Gorges du Verdon. Et vous ? Bah vous êtes en train de perfectionner votre technique de tartinage de crème solaire indice 50. FOMO dire comment faire Cette petite torture moderne a un nom : le FOMO, acronyme de « Fear of Missing Out » ou « peur de rater quelque chose », en VF. Théorisé par le psychologue Dan Herman en 2000, ce phénomène décrit cette angoisse particulière qui nous saisit toutes et tous quand nous avons l'impression que les autres vivent des expériences plus enrichissantes que les nôtres. Le FOMO repose sur un mécanisme psychologique bien documenté : la prévision affective. Comme l'explique la recherche en psychologie cognitive, notre cerveau anticipe le regret que nous pourrions ressentir en « ratant » une expérience, créant une anxiété bien réelle avant même que l'événement n'ait lieu. Dans le milieu de l'escalade, communauté hyper-connectée et passionnée, ce phénomène peut prendre des proportions particulièrement vertigineuses. Dit autrement, les grimpeurs et grimpeuses peuvent vite devenir cette tribu insupportable qui transforme chaque congé en quête existentielle de la prochaine prise. Laissant à celles et ceux qui vivent un calme plat sur une serviette mouillée, cette frustration 2.0 qui peut rendre zinzin. Bref, l'été peut être cette période bénie où tout le monde grimpe... sauf vous, coincé loin des falaises, probablement quelque part où le dénivelé le plus impressionnant est celui qui mène à la dune. L'impossibilité de toucher le rocher alors que votre fil Instagram ressemble à un catalogue de National Geographic peut vite vous pourrir votre été. Alors maintenant, respirez, allongez-vous près de la piscine parce que Vertige Media est là, avec une bouée et des brassards. Farniente gainée Commençons par le commencement : votre relation toxique avec les écrans. Fabien Olicard la connaît bien. Dans son ouvrage Votre temps est infini, le célèbre mentaliste français distingue plusieurs types de temps, dont le fameux « non-temps » : ces moments où vous scrollez machinalement sans rien en retirer, si ce n'est une bonne dose de frustration existentielle. Les neurosciences nous apprennent que cette consommation passive de contenu active les mêmes circuits de récompense que les addictions classiques, tout en nourrissant la comparaison sociale. Quand vous regardez cette story de votre pote qui attaque « Cheh, moi je suis là et pas toi » en 7c+, votre cerveau ne fait pas la différence entre sa réussite et votre échec supposé. La solution ? Transformer ce « non-temps » en « temps pour soi », spécifiquement orienté escalade. Suspensions sur poutre pour renforcer les doigts, travail des préhensions arquée et tendu, gainage et proprioception pour stabiliser le tronc... 15 minutes par jour suffisent selon tous les protocoles du monde, pour que votre FOMO vertical se transforme en entraînement optimal, et légitime les Spritz de la golden hour qui viendront derrière. D'autres recherches montrent que 6 semaines de travail proprioceptif améliorent significativement les performances. Ajoutez-y la visualisation mentale, technique validée par de nombreuses études en psychologie du sport : imaginez-vous réaliser vos mouvements, ressentez les prises, anticipez les séquences. Fermez les yeux. Imaginez-vous à la salle à la rentrée en train de mettre des buts à votre pote qui a soi-disant fait de la falaise tous les jours mais qui n'a en réalité poster que des latergram . Pression sociale et petits chevaux Sous ses airs de communauté bienveillante et nature-friendly , le milieu de l'escalade cultive parfois une pression sociale redoutable. Entre les récits d'exploits sur les réseaux, les projets toujours plus ambitieux et cette tendance à mesurer sa valeur à l'aune de sa cotation maximale, il peut être facile de se sentir largué. Cette pression sociale nous pousse à prendre des décisions non pas en fonction de nos envies réelles, mais de ce que nous pensons que les autres attendent de nous. En escalade, cela se traduit par cette petite voix qui murmure : « Si je ne grimpe pas pendant mes vacances, je vais me retrouver sur des vertes tout l'automne, mes copain·ines vont me corneriser, j'irais faire de l'auto-enrouleur comme une victime, je vais peut-être même devoir regarder les bêtas en QR code et finir par boire ma pinte d'IPA seul·e en écoutant les conseils d'un startupper qui vient de sortir une jaune » L'antidote ? Se poser cette question fondamentale avant chaque décision : « Suis-je guidé par l'envie ou par la peur ? » La recherche en psychologie positive montre que les décisions prises en cohérence avec nos valeurs profondes génèrent plus de satisfaction à long terme. Concrètement, cela signifie accepter que vos vacances en famille ont autant de valeur qu'un stage technique dans les Dolomites, que la récupération fait partie intégrante de la progression - les physiologistes parlent de « surcompensation » - et que votre légitimité de grimpeur ne se mesure pas à votre présence sur tous les spots à la mode. Alors relancez donc les dés, parce que vous allez la gagner cette partie de petits chevaux contre votre cousin sacrebleu ! La désescalade des champions Dernière étape de notre thérapie anti-FOMO : le changement de perspective. Les sciences cognitives nous enseignent que notre perception de la réalité est largement construite par le prisme à travers lequel nous l'observons. En psychologie positive, on appelle cela le « reframing » ou recadrage cognitif ( pas notre faute si les boss de la psychologie cognitive sont américains hein, ndlr ). Donc : au lieu de voir vos vacances comme une privation, considérez-les comme une opportunité. Les recherches en psychologie du sport montrent que les pauses dans la pratique permettent une récupération physique et mentale optimale. Le phénomène de « désentraînement » ne devient significatif qu'après plusieurs semaines d'arrêt complet. On va dire six, pour être hyper rassurant. Ces pauses peuvent nourrir votre pratique de manière inattendue : observation géologique de ces falaises contemplées depuis votre transat, micro-aventures locales avec ce bloc erratique ou cette via ferrata oubliée, projection mentale pour définir vos objectifs de rentrée et visualiser vos projets. Les neurosciences nous apprennent que la motivation intrinsèque est plus durable que celle liée aux récompenses externes. Vos vacances sans grimpe peuvent paradoxalement raviver cette flamme intérieure, cette envie pure qui vous a fait tomber raide dingue de la verticale. Après tout, combien de champion·nes ont arrêté la compèt pour revenir plus fort·es ? Vous n'êtes plus qu'un corps affalé de plus sur une plage, vous vous appelez Adam, Janja, Alex ou Oriane. Au final, le FOMO du ou de la grimpeur·se révèle une vérité inconfortable : notre époque transforme même la passion en performance anxiety (celui-là on était pas obligé, lol, ndlr) . Gageons qu'il est difficile de passer ses journées à l'horizontale quand on est accroc à la verticalité. Et pourtant, la science nous apprend que le vrai défi n'est donc pas de grimper coûte que coûte, mais de cultiver cette intelligence émotionnelle qui fait les grands athlètes : savoir quand pousser, quand récupérer, et surtout, comment préserver cette flamme qui nous réchauffe face au vide. Alors, feu ! Courez donc nous préparer cet apéro légendaire devant le coucher de soleil.
- Le bord de la terre : l'expo sur le vertige d'une montagne qui s'en va
À Poush, à quelques mètres seulement du bitume vibrant d’Aubervilliers, se cache une montagne imaginaire et poétique où l’art contemporain vient questionner les mythes du vertical. Alors que l’exposition Le bord de la terre touche à sa fin, il vous reste trois occasions de vivre cette ultime ascension artistique, à commencer par une nocturne festive et musicale ce mercredi 16 juillet. Sortez vos chaussures de randonnée et laissez-vous embarquer dans un récit en six chapitres où photographes, sculpteurs et performeurs vous guideront jusqu’à ce point précis où le sol disparaît, laissant place au vertige. © Simon Jung L’art, tout comme l’alpinisme, est souvent une histoire de limites : limites physiques, géographiques, mais surtout poétiques. À l’instar d’un grimpeur cherchant dans les hauteurs une forme d’absolu, les onze artistes réunis à Poush repoussent ici les frontières de notre imaginaire montagnard. Loin des clichés du sommet à conquérir, l’exposition Le bord de la terre propose de lire la montagne autrement. Chaque œuvre agit comme une prise sur la paroi verticale d’un récit collectif, invitant les visiteurs à avancer par étapes successives, du rêve romantique à la réalité tangible d’une nature en transformation. Un voyage aux confins de la montagne « Je vais en montagne parce que c’est là-haut qu’est arrivé le bord de la terre », écrivait l’auteur italien Erri De Luca. C’est cet esprit du bout du monde que l’exposition collective Le bord de la terre cherche à capturer. Présentée à Poush (Aubervilliers) depuis le 22 mai, cette expédition artistique touche à sa fin avec trois derniers rendez-vous à ne pas manquer cette semaine. Jusqu’au samedi 19 juillet 2025, les visiteurs – grimpeurs, montagnards de cœur ou simples curieux – sont invités à parcourir ce voyage sensible en six chapitres à travers l’imaginaire de la montagne. L’exposition déploie une scénographie ambitieuse occupant l’ensemble du bâtiment Le Rift de Poush, un terrain d’exploration artistique vertical et labyrinthique. Dès l’entrée, Le bord de la terre annonce la couleur : il s’agit d’arpenter la montagne comme on tournerait les pages d’un récit d’aventure. Six chapitres structurent le parcours, autant de tableaux vivants qui explorent la montagne sous différents versants, « du paysage romantique à l’objet d’étude ». On passe d’une vision onirique inspirée des grands peintres romantiques à la rencontre avec le Pic du midi, dans un film d'anticipation où des jeunes qui observent, depuis une nature préservée, autant nos maigres horizons que notre propre finitude. Et il suffit parfois d'un glaçon suspendu à un plan d'eau pour illustrer le caractère définitif d'un monde qui s'en va. Comme celui des glaciers suisses qu'on entoure d'immenses bâches pour les protéger de la fonte et dont le résultat photographiques donn l'impression qu'à défaut de les conserver, on les emporte dans des linceuls. Car Le bord de la terre n'élude pas les enjeux immédiats de nos sociétés. Elle nous place même devant des faits accomplis, et inéluctables, nous forçant à mesurer par l'art et la poésie, combien il est parfois absurde d'observer des montagnes qui se dressent alors que notre avenir se tasse. Bref, le changement climatique est là, partout, tout le temps. Et certaines performances haut-perchées paraissent bien moins folles que l'histoire tragique qu'il se cache derrière les oeuvres. Artistes en cordée : regards croisés sur la montagne Pour donner vie à ce récit collectif, les commissaires Simon Jung, Jeanne de La Masselière et Inès Massonie ont réuni onze artistes dont les œuvres dialoguent avec l’univers montagnard. Chacun en devient conteur et témoin, mêlant réalité et imaginaire. Téo Becher, Simon Boudvin, Julia Borderie & Éloïse Le Gallo, Claude Cattelain, Caroline Corbasson, Max Coulon, Antonin Detemple, Matthieu Gafsou, Julia Gault et Noémie Goudal composent ainsi un panorama d’une grande richesse. Chaque artiste apporte un point de vue singulier sur la montagne : paysages en mutation, verticalité, géologie en mouvement, frontières, perception, corps en effort. © Simon Jung Parmi les œuvres emblématiques, la série Soulèvements de Noémie Goudal réinvente la géologie à travers d'étonnantes illusions visuelles. Les échelles de Simon Boudvin symbolisent le franchissement des frontières naturelles. Claude Cattelain incarne la poésie du geste inutile à travers ses performances physiques. Matthieu Gafsou révèle les contradictions de nos pratiques touristiques, tandis que Julia Gault met en scène la précarité de toute verticalité. Le duo Julia Borderie & Éloïse Le Gallo questionne quant à lui la montagne comme espace vécu, traversé de récits et d’expériences humaines. Nocturne et dernières invitations Si cette aventure artistique touche à son terme, elle n’a pas dit son dernier mot. Mercredi 16 juillet, une nocturne spéciale est organisée à Poush pour célébrer la montagne jusqu’au bout de la nuit. Dès 17h, les commissaires proposeront une visite guidée gratuite pour partager les coulisses du projet. La soirée se prolongera en musique – de quoi faire vibrer le Rift aux sons inspirés par les sommets. Pour celles et ceux qui ne pourraient monter à bord de la nocturne, deux dernières sessions de rattrapage sont prévues : vendredi 18 et samedi 19 juillet (jour de clôture), aux horaires habituels d’ouverture de Poush (15h-19h). L’entrée est libre et gratuite. Avant que le sol ne se dérobe tout à fait – et que l’exposition ne ferme ses portes – venez vivre in situ cette dernière ascension imaginaire. Derniers jours pour découvrir "Le bord de la terre" à Poush , 153 avenue Jean-Jaurès, Aubervilliers (M° Quatre-Chemins). Ouvert vendredi 18 et samedi 19 juillet 2025, 15h-19h. Nocturne exceptionnelle le mercredi 16 juillet à partir de 17h (visite guidée suivie d’une soirée musicale). Entrée libre.
- Arkose s’empare d’Angers : expansion, franchise et escalade sous contrôle
Il y a quelques années, Arkose bousculait le paysage de l’escalade indoor avec un concept hybride : des salles de bloc au design brut, des bières artisanales en fin de session et une carte de restauration qui sent bon le marketing bien rodé. Aujourd’hui, la marque ne joue plus les trublions. Elle quadrille méthodiquement le territoire. Avec Angers dans le viseur, l’ancien Unicorn House va se transformer en 29ᵉ salle Arkose, dernière étape d’un déploiement sous franchise qui marque un virage stratégique pour le groupe. Entre appétit d’investisseurs, saturation des grandes métropoles et concentration du marché, cette ouverture est loin d’être anodine . De la conquête à la rentabilité : Arkose change d’ère Les temps changent pour Arkose. De start-up audacieuse à géant de l’escalade, l’entreprise née en 2013 a grandi à la vitesse de son ambition. Présente à Madrid et Bruxelles, la marque s’est solidement implantée en France, avec un modèle qui mixe franchise et développement en propre. En 2022, Arkose a lancé sa première salle en franchise à La Rochelle , en partenariat avec LE FIVE/4 PADEL, marquant une nouvelle phase de son expansion. Depuis, le groupe poursuit cette stratégie avec Angers, Dunkerque et Lens parmi les prochaines ouvertures prévues d’ici 2025-2026. Cette dynamique lui permet d’adapter son modèle aux spécificités locales tout en poursuivant une croissance agressive sur le marché des villes moyennes. Mais la croissance a un prix. Après une levée de fonds de 10 millions d’euros en 2018 , Arkose doit maintenant rendre des comptes aux investisseurs. La franchise devient alors une arme à double tranchant : permettre une expansion rapide tout en transférant le risque aux partenaires locaux . Une stratégie qui séduit, mais qui peut aussi diluer l’identité du groupe. À Angers, le choix du 331 avenue du Général Patton, ex-Unicorn House du Youtubeur VodK, est révélateur. Un grand espace déjà structuré, une clientèle urbaine en demande et un marché en pleine mutation. Angers, nouvelle pièce du puzzle Arkose L’arrivée d’Arkose au nord d’Angers, alors que Climb Up ancre déjà sa présence au sud, pourrait redistribuer les cartes. Reste à savoir si cette nouvelle concurrence profitera aux grimpeurs en stimulant l’offre locale, ou si elle amorce une lutte d’influence où l’un finira par absorber l’autre. Quoi qu’il en soit, les travaux sont lancés. L’ouverture est annoncée pour la rentrée 2025 , avec une surface qui ne couvrira que la moitié de l’ancien Unicorn House. Fidèle à son modèle, Arkose y ajoutera son restaurant labellisé Ecotable : une carte soignée, du bio, du local, et une promesse qui va au-delà de la grimpe. Le modèle Arkose : salle d’escalade ou business model rodé ? Arkose vend-il encore de l’escalade ou un mode de vie ? La question n’est pas nouvelle, mais elle prend un tour plus concret à mesure que la franchise se développe. Le groupe a fait de sa restauration un atout majeur. Ce n’est plus un simple café au fond de la salle, mais un pilier du modèle économique . Un restaurant soigné, une clientèle qui dépasse les grimpeurs, et une structure qui drague aussi bien les étudiants du campus que les jeunes actifs en quête de socialisation. Résultat : les murs d’escalade ne sont plus l’unique produit, ils deviennent un prétexte. Arkose façonne des lieux hybrides où l’on vient autant pour se détendre que pour grimper. Une vision qui séduit un nouveau public : des pratiquants qui voient l’escalade comme une alternative à la salle de sport, un moyen de bouger, de socialiser, sans nécessairement s’immerger dans la culture grimpe. Une approche qui démocratise la discipline, mais qui interroge les puristes sur l’évolution de son identité. Expansion sous contrôle ou dilution de l’identité ? Avec l’arrivée d’Arkose, Angers entre dans une dynamique déjà observée ailleurs : celle d’un marché où plusieurs grandes enseignes se disputent une clientèle jusqu’ici captée par un acteur unique. Si Climb Up et Arkose cohabitent déjà dans certaines villes, la question reste de savoir comment cette concurrence va remodeler l’offre angevine . À terme, le marché local peut-il absorber deux acteurs d’envergure, ou finira-t-il par en privilégier un ? Une chose est sûre : Arkose ne vient pas juste installer une salle. Il vient restructurer tout un écosystème. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade. Rectification le 7 août à 20h51 : Modification d'une information imprécise concernant la fréquentation de la salle Climb Up Angers, initialement fondée sur des témoignages informels, non vérifiables.
- Eutrop : un bon son brut pour les grimpeurs
À 24 ans, Eutrop mène déjà plusieurs vies. Après des études d’ingénieur, il s’apprête à se lancer dans la vie active quelque part en Suisse auprès d'athlètes skieurs. Mais c’est à la scène que le Franco-Canadien commence à faire tourner son blaze dans le milieu de l’escalade. Alors qu’il vient de sortir un album avec son pote Clov, rencontre avec un DJ qui a sans doute le mieux compris comment amplifier le mouvement des grimpeur·ses sur le rocher. Eutrop en plein mix au Poush, à Aubervilliers, juillet 2025 © Vertige Media Vertige Media : Comment t'as découvert l'escalade ? Eutrop : J'ai découvert l'escalade il y a 6 ans, de manière plutôt sérieuse. C’est devenu mon sport n°1 et je m’y consacre trois à quatre fois par semaine. J’ai commencé à regarder des compèt’ et tout. Je pense que c’est parce que le nouveau style de grimpe m’a pas mal intéressé. J’adore les jetés, attraper des prises lointaines et difficiles. Quand j’étais plus petit, je grimpais toujours aux arbres. Parfois, je m’amusais à escalader la façade des écoles, mais bon, ça, j’en parle pas trop. Et puis, comme gamin j’étais tout le temps dehors, j’ai très vite commencé à grimper en extérieur. Quel kif. Ça me correspond bien. J’aime beaucoup les sports intenses où je peux me mettre dans des situations un peu dangereuses. Vertige Media : Tu aimes donc le vertige que représente l'escalade, dans le sens où c’est une activité qui peut flirter avec le danger ? Eutrop : Exactement. J'aime bien les trucs qui sont suffisamment intenses pour que je ressente des choses. Je fais aussi pas mal de parachutisme. Vertige Media : Et tu grimpes où, en général ? Eutrop : J’ai pas mal bougé en six ans. J’ai commencé en salles à Lyon et à Milan puis quand je me suis installé dans le Valais, en Suisse, je ne suis allé grimper que dans des blocs naturels. Là-bas, il y a des forêts qui ne sont pas trop fréquentées. Il y a 1000 ans, des chutes de pierre ont créé cet environnement incroyable où l’on se balade entre des gros blocs de cailloux sur lesquels on essaie de monter. Vertige Media : Tu arriverais à verbaliser la sensation de bien-être que te procure la grimpe ? Eutrop : Je ressens beaucoup de calme. Je pense que c’est lié à l’effort intense qu’on met dans la réalisation d’une voie. On le sent vraiment dans chaque mouvement. Qu’on soit parvenu en haut ou pas. C’est limite plus satisfaisant quand je n’y arrive pas d’ailleurs. Je me dis : « Tiens, ça je vais pouvoir le travailler, en faire un projet ». Tu rentres en concentration extrême. J’ai connu des moments un peu tristes dans ma vie. Et à chaque fois, l’escalade était vraiment le truc qui me faisait penser à autre chose. « Je voulais vraiment mélanger quelque chose d'un peu dur, qui tape fort, comme le caillou. Et en même temps, je voulais intégrer des petites notes planantes qui représenteraient davantage le mouvement que font les grimpeurs » Vertige Media : Tu as assez vite travaillé avec des marques comme Arc’teryx ou Karma8a en produisant la musique de leurs films. Quel genre de vibe retrouves-tu chez eux ? Eutrop : Je trouve qu’ils sont très détendus. Ils préfèrent vraiment travailler des relations personnelles plutôt que de s’échiner à aller chercher les gens cool ou d’autres qui pèsent. Ça donne une ambiance de travail hyper chill , où on bosse beaucoup entre potes. On s’amuse. C’est d’ailleurs un peu la vision de l’escalade que défend Karma8a et que je partage. On va grimper pour kiffer, pas pour faire du 8a. Même si j’aimerais beaucoup faire un 8a un jour ! On y va pour traîner entre potes, faire nos trucs, se donner des challenges bien à nous, que ce soit facile ou difficile. Vertige Media : En produisant la musique de plusieurs vidéos d'escalade, tu as dit que tu avais trouvé le type de son qui correspondait bien au flow du mouvement des grimpeurs pro. Est-ce que tu saurais définir ce type de son ? Eutrop : Oui, du moins à ma manière. En parlant à pas mal de grimpeurs pro, j’ai réalisé qu’ils étaient tous hyper calmes. C'est des gens qui aiment bien faire des mouvements lents. Il y a une sorte d'histoire planante dans tout ce qu'ils font. Tout en sachant qu'ils grimpent sur des cailloux durs. Je voulais donc vraiment mélanger cet esprit dans ma musique en produisant quelque chose d'un peu dur, qui tape fort, comme le caillou. Et en même temps, je voulais intégrer des claviers dans le fond, des petites notes planantes qui représenteraient davantage le mouvement que font les grimpeurs sur ces cailloux. Vertige Media : Et tout cela qualifie bien ta musique ? Eutrop : Alors, j’ai commencé par faire beaucoup de house. Des morceaux assez simples et répétitifs. Mais quand René ( Grincourt, co-fondateur de Karma8a, ndlr ) m’a demandé de produire du son pour des vidéos de grimpe , j’y ai vu un défi hyper intéressant et je me suis créé une sorte de deuxième identité. Je mélange désormais plein d’univers : de la techno, au hip-hop en passant par la house. © Vertige Media Vertige Media : Quel lien fais-tu entre la montagne et ta musique ? Eutrop : Je marche énormément en montagne, pour faire des sommets. Et je trouve que tu passes d’un processus long et un peu chiant parfois pour y arriver au kif instantané d’arriver en haut, d’avoir une vue etc. Tu as souffert mais ton plaisir décuplé te fait apprécier la montée a posteriori . Je dirais que c’est un peu la même chose avec ma musique où je commence généralement avec un seul élément répétitif. C’est juste un kick ou un clap . Puis on va monter crescendo jusqu’au pic, qui serait le drop dans la musique. Ensuite, c’est une redescente d’adrénaline. On rentre chez nous, quoi. Vertige Media : Qu’est-ce que la montagne convoque en termes d’inspiration chez toi ? Eutrop : J’ai grandi à Toronto, au Canada. Donc une très grosse ville. Mais une très grosse ville entourée de montagnes. J’ai donc vécu un peu entre les deux. On faisait beaucoup de sorties en nature avec mon père, du canoë tout ça. C’est la même chose entre le caillou et le mouvement. J’associe la ville à un côté un peu brut, un peu dur. Alors que pour moi, la montagne possède plutôt ce caractère planant, même si elle peut être un peu violente aussi, parfois. Écouter : Ananas Service d’Eutrop et Clov (2025)
- Chute mortelle à Amsterdam : la salle d'escalade condamnée pour négligence
Le 3 novembre 2023, une fête d’anniversaire pour enfants vire à la tragédie dans la célèbre salle Klimmuur Centraal, en plein cœur d’Amsterdam. Un garçon de 11 ans fait une chute mortelle de 14 mètres. Le verdict de la justice néerlandaise , rendu il y a quelques jours, met en lumière des failles inquiétantes dans l’encadrement des jeunes grimpeurs et soulève des questions brûlantes sur les pratiques sécuritaires en salles d’escalade. © Google Street View Amsterdam, Klimmuur Centraal. Des murs bariolés, le brouhaha joyeux des enfants, l’insouciance apparente d’une après-midi festive. Le décor était familier, rassurant même. Pourtant, ce jour-là, tout s’effondre brutalement. Une cascade de négligences et c’est le drame absolu : un enfant de 11 ans chute de 14 mètres. Il succombe à ses blessures quelques heures plus tard, à l’hôpital. Au-delà de la tragédie intime d’une famille dévastée, c’est tout un système de sécurité qui se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés. Une sécurité approximative et une surveillance inexistante Le rapport d’enquête est sans équivoque. L’enfant grimpait en moulinette, assuré par un parent accompagnateur novice. Mais le mousqueton, reliant la corde à son harnais, avait été mal fermé. Lorsqu’il se laisse aller en arrière pour redescendre, la corde se détache brutalement, provoquant sa chute. Une négligence tragique, qu’un contrôle minimal effectué par un instructeur aurait permis d’éviter sans difficulté. Le parquet pointe une absence totale de protocoles clairs, des moniteurs sans formation spécifique à l’encadrement d’enfants novices Pourtant, la réalité révélée par l’enquête fait froid dans le dos : après une initiation expresse d’à peine trente minutes, les moniteurs abandonnent le groupe à lui-même. Les quatre parents présents, totalement inexpérimentés, doivent alors improviser seuls la sécurité d’une dizaine d’enfants grimpant jusqu’à 15 mètres de haut. Aucun encadrant professionnel à proximité immédiate, personne pour repérer cette erreur d’assurage pourtant basique. Pour le parquet néerlandais, ce manque flagrant de supervision constitue la faute déterminante. Des poursuites pour homicide involontaire Dès septembre 2024, après une longue enquête, le parquet d’Amsterdam engage des poursuites pénales contre Klimmuur Amsterdam BV et ses deux dirigeants, accusés d’homicide involontaire par négligence. Parmi les griefs, le parquet pointe une absence totale de protocoles clairs, des moniteurs sans formation spécifique à l’encadrement d’enfants novices, sollicités par ailleurs pour assurer simultanément des tâches annexes incompatibles avec une surveillance rigoureuse. Plus grave encore, le parquet a relevé l’absence d’un protocole imposant systématiquement la vérification du harnais et du mousqueton avant chaque montée. En l’absence de cette norme, l’erreur — ici, un mousqueton mal fermé — n’avait quasiment aucune chance d’être détectée. Les procureurs dénoncent notamment une comparaison stupéfiante faite par les dirigeants, qui avaient décrit l’escalade comme « pas plus dangereuse que faire du vélo sans casque », une phrase révélatrice d’un état d’esprit jugé irresponsable. « Ce n’était pas un accident » : les parents face au tribunal Lors de l’audience tenue le 26 mai 2025, les parents du jeune garçon ont livré un témoignage bouleversant. La mère a raconté comment leur vie a été irrémédiablement brisée , parlant d’une « dévastation totale » et d’un « traumatisme profond ». Elle a surtout insisté sur le fait que pour elle, la mort de son fils était tout sauf accidentelle, résultat évident d’un système de sécurité fondamentalement défaillant. Le père, de son côté, a dénoncé l’attitude de Klimmuur après le drame. La rapidité avec laquelle la salle avait repris ses activités habituelles, notamment les fêtes d’anniversaires, sans remise en cause apparente de ses méthodes, lui est apparue comme une indifférence insoutenable, un « manque de respect évident » à la mémoire de son fils. Une condamnation symbolique, mais sans interdiction Le 20 juin 2025, le tribunal d’Amsterdam rend son jugement : Klimmuur Amsterdam BV et ses dirigeants sont reconnus coupables d’homicide involontaire par négligence. Les deux directeurs écopent chacun de 120 heures de travaux d’intérêt général. L’entreprise reçoit une amende de 60 000 euros, dont la moitié avec sursis, assortie d’une période probatoire de deux ans. Le tribunal impose également une indemnisation d’un peu plus de 167 000 euros pour la famille de la victime. En revanche, les juges n’ont pas suivi la demande du parquet qui réclamait l’interdiction totale pour Klimmuur d’organiser des anniversaires pendant dix ans . Une décision modérée, assumée par la justice comme suffisante pour pousser la salle à repenser profondément ses pratiques sans mettre fin à l’une de ses activités commerciales principales. Un électrochoc nécessaire pour tout un secteur ? Ce verdict dépasse largement les frontières néerlandaises et résonne particulièrement en France. Récemment, lors des grèves chez Climb Up, les salariés dénonçaient précisément le fait que du personnel d’accueil, sans formation particulière, était chargé de la sécurité des enfants dans les espaces dédiés. Cette question de la qualification des encadrants avait également été soulevée dans nos échanges récents avec Alain Carrière, président de la FFME, évoquant une proposition avortée de l’Union des Salles d’Escalade (UDSE) : celle de créer un diplôme simplifié de type « BAFA escalade » , inférieur au CQP actuel, destiné à gérer spécifiquement les anniversaires et les espaces de « fun climbing ». Une idée finalement abandonnée, ne correspondant pas aux attentes des clubs, qui réclamaient au contraire une formation plus poussée. Cette affaire tragique d’Amsterdam rappelle, de manière crue, l’urgence absolue de repenser sérieusement les standards de formation et de surveillance des enfants dans les salles d’escalade. Entre impératifs commerciaux et exigences sécuritaires, c’est désormais tout un secteur qui est sommé de sortir définitivement du flou. Car si grimper rime avec plaisir et autonomie, la sécurité, elle, ne peut jamais être laissée au hasard.
- Grimpe en extérieur, salles privées et addiction : le coût caché de l’escalade
Bleausard et ouvrier, Jean-Jacques Naëls grimpe, crée et répare des circuits. Face à l’explosion des salles privées et les tarifs qui y sont associés, il nous livre son regard sur le coût d’une discipline à laquelle il a consacré 50 ans de sa vie. Et attention, l’analyse risque de vous surprendre… © Erwan Mouton / Vertige Media Les tarifs des salles d’escalade paraissent chers. C’est aussi l’une des raisons qui laisse penser que la grimpe se gentrifie. La majorité d'entre elles affichent des prix d’abonnement à l’année situés entre 400 et 600 euros . Moi, ça ne m’étonne pas. En réalité, ça confirme juste que l’escalade est un sport de riche, comme on le disait déjà il y a cinquante ans. Le coût de la distinction L’escalade en salle commerciale aujourd’hui est irrémédiablement liée à l’histoire de la discipline. Quelques bâtisseur·e·s ont offert aux grimpeur·se·s la possibilité de grimper en ville grâce à une structure artificielle de leur invention. C’est d’ailleurs cette même invention qui permettra l’organisation des compétitions dites « officielles » d’escalade. Et comme cet équipement sportif spécifique s'est avéré rentable, cela a conduit les constructeur·e·s de murs d’escalade à en ouvrir de nombreux. Ce, en dépit du prix élevé de l’immobilier et du nombre d’emplois nécessaires à son fonctionnement. La nouvelle escalade commerciale a créé une distinction. Et cette distinction coûte cher à ceux qui n’en ont pas réellement les moyens. Dit autrement, quel que soit le « standing » espéré de la salle, la rentabilité semblait acquise d’avance, puisque sur une surface grande comme deux terrains de tennis, le promoteur propose d’occuper à loisir, quarante personnes. On venait de « créer » une activité sportive autonome et fidélisante. On accueillait dans les salles une clientèle instruite, dotée financièrement, qui venait du dehors... Cette clientèle cultivée a également beaucoup de temps libre. D’où le nombre élevé d’enseignants et d’étudiants qui pratiquent ce sport. Et comme chacun sait : le temps, c'est de l’argent. Au-delà du coût « obligé » relativement élevé pour pratiquer ce sport en salle - une entrée oscille entre 10 et 20 euros -, l’escalade devient spectaculairement chère si on ajoute le coût superflu de la distinction sociale et culturelle . Celui-ci est produit par l’imagerie de l’escalade et du/de la grimpeur·se fabriquée par les marchands. Les salles d'escalade « cocooning » offrent toutes les commodités confortables qui semblent gratuites alors que non, bien entendu . Faites le calcul : combien vous a coûté ce cookie et ces cafés d'après ou d'avant séance ? Et je ne parle pas de la bière artisanale post-douche... Se passer de superflu apparaît être une solution pour grimper moins cher. Cependant, les concepteur·e·s des salles d’escalade n’y ont aucun intérêt puisqu’ils/elles flèchent des personnes dont la motivation et le pouvoir d’achat permettent de consommer cette grimpe commerciale et marchande. L'ère de l'escalade réinventée Qui sont ces personnes ? Beaucoup sont de jeunes personnes « connectées » avec le monde entier. J’ai l’impression, que la résine des salles privées permet aux jeunes de pratiquer une escalade « réinventée ». Aujourd’hui, il est fréquent qu’on vienne en salle d’escalade s’amuser à grimper comme on va jouer au bowling entre ami·e·s. Ou mieux, on va en salle d’escalade comme on va en salle de musculation pour cultiver son corps. Corps qu’on utilise, à la place des haltères, en se suspendant à des prises placées de telle manière qu’elles obligent à des contorsions explosives favorisant la croissance harmonieuse des muscles. J’exagère à peine. En tout cas, l’escalade en salle, ce n’est plus le pis-aller d’autrefois, un équipement pour permettre l’entraînement et la découverte de l’escalade, comme le mur n’est plus le substitut du vrai rocher absent dans les villes. C’est une activité sportive en soi qui séduit des centaines de milliers de grimpeurs·ses en France… Il existe de multiples manières de vivre l’escalade et aucune n’est plus authentique que les autres. Elles sont seulement différentes La nouvelle escalade commerciale a créé une distinction. Et cette distinction coûte cher à ceux qui n’en ont pas réellement les moyens . Pourtant, je sais aussi que pour pratiquer l’escalade, il n’est pas nécessaire d’adopter le langage spécifique anglo-genre des branchés, de se vêtir comme les marques vous y invitent, d’acquérir tous les accessoires encombrants et sans réelle utilité qu’on nous propose… C’est donc une erreur de penser que les nouveaux grimpeurs·ses issu·e·s des classes sociales élevées s’approprient les usages, le langage, la manière d’être de la grimpe comme si auparavant ses codes appartenaient aux gens un peu rebelles d’une autre génération. Ça, c'est une sympathique image poétique d’un passé romancé. Il existe de multiples manières de vivre l’escalade et aucune n’est plus authentique que les autres. Elles sont seulement différentes. Le coût de l'addiction Mais en fin de compte, est-ce que l’escalade en salle privée est la façon la plus chère de vivre la discipline ? Posé autrement : quand on réside dans une grande ville, peut-on grimper gratuitement ou à bas prix avec le même degré de satisfaction qu’en salle commerciale ? Comme les sites naturels d’escalade sont en accès libre, on peut être tenté de penser que cela revient beaucoup moins cher de grimper dehors. Cela paraît vrai. Après tout, la grande particularité de l’escalade en salle par rapport à l’escalade de pleine nature, c’est qu’elle se pratique sur un terrain de jeu spécifiquement construit pour cela, ce qui implique un investissement coûteux au préalable. Pourtant si l’on place l’escalade en extérieur au regard des chiffres, on obtient un constat tout à fait différent. Je vous invite à calculer, comme moi ici, les frais réels produits par la passion de l’escalade. Je suis membre d’un club d’escalade dit populaire et je touche 2 100 euros par mois. Je grimpe essentiellement en extérieur, mais il me plaît d’aller de temps en temps en salle d’escalade faire du bloc ou de la voie. Comme je demeure en Essonne, je vais, comme beaucoup, à Bleau pour le bloc et, à l’occasion, en province pour pratiquer en falaises sportives situées plus ou moins loin. Que des terrains de jeu en accès libre ! Et cependant, je débourse 550 euros par an environ en essence rien que pour pratiquer le bloc de pleine nature. Comme je débourse par an autour de 800 euros pour grimper dans les falaises françaises - et je ne compte pas ma pratique d’été que je considère comme des frais de grandes vacances. De plus, il m’arrive souvent d’aller grimper en Grèce ou en Espagne, entre autres destinations à la mode qui me reviennent pour une semaine d’escalade au coût d’un an d’abonnement à un mur. Aussi, je ne compte là ni le matériel spécifique à renouveler de temps en temps, ni les chaussons d’escalade. Grosso modo, le coût total tourne à un mois de salaire par an, et cela depuis très longtemps. Vous ai-je étonné·e ? Je suis simplement le portrait-robot de la plupart de mes amis, dont certains avancent le chiffre de 4 000 euros par an pour l’ensemble de leurs activités sportives - et toujours sans compter les cordes fournies par la trésorerie du club. Bien entendu, tous ne peuvent pas suivre les plus riches de ces clubs « populaires », mais globalement, il y a peu de petits salaires dans ces structures. Face à ce constat, affirmons-le : non, l’escalade en mur commercial, souvent de haute qualité, n'est pas si onéreuse que ça. Et ce, par rapport aux services annexes qu’elles offrent et par rapport à ce que coûte l’escalade en extérieur d’une manière égrainée. Ce dont il faut prendre conscience c’est que, comme des tas d’activités culturelles, artistiques et sportives : l’escalade est un sport qui exige, lorsqu'elle devient une passion, qu’on y consacre beaucoup de temps et des sous. Appelons ça le coût de l’addiction.
- Climb Up Aubervilliers : grève sur prises
Grève inédite chez Climb Up : une vingtaine de salariés de la salle d’Aubervilliers ont cessé le travail pour dénoncer des conditions qu’ils jugent dégradées. En cause : six licenciements controversés, une direction locale perçue comme hors-sol, et une absence de dialogue avec le siège. Le mouvement s’inscrit dans un climat tendu pour le secteur, en France comme à l’étranger. © Vertige Media Ce matin, devant la salle que Climb Up revendique comme la plus grande d’Europe, le calme inhabituel a quelque chose de paradoxal. Aucun cliquetis métallique, pas de rires nerveux devant un bloc rebelle, seulement le silence déterminé d'une vingtaine de salariés : ouvreurs, moniteurs, hôtes d'accueil. Sur le bitume glacé d'Aubervilliers, l'ambiance n'est pas à la conquête verticale mais à l'affirmation horizontale d'un collectif . Vertige Media était là pour comprendre les ressorts intimes d’un conflit qui raconte bien plus qu’une simple histoire de prises. « Cette grève, c'est parce qu'on n'a pas été écoutés » La phrase, prononcée par un ouvreur en CDI à Aubervilliers, pourrait résumer à elle seule le malaise. Mais c'est précisément parce que derrière elle s’empilent les récits, les griefs, et les demandes sans réponse, qu’elle résonne si fort. « On a essayé. On a tenté des discussions. Et la direction, notamment le directeur de la salle, a fermé toutes les portes. » À ses côtés, une hôtesse d’accueil en CDD abonde, voix fatiguée mais ferme : « On est traités comme des exécutants, pas comme des personnes. On demande juste de la considération. » Cette notion revient comme un leitmotiv chez les grévistes : malgré les multiples tentatives pour alerter sur les conditions de travail, les mails envoyés et les dialogues réclamés, rien ne bouge . Ou plutôt si : les portes se ferment une à une. © Vertige Media Des genoux, un siège, et une dignité Dans cette grève où les visages racontent autant que les mots, une salariée à l'accueil raconte son histoire comme une synthèse amère : « Ils m'ont flingué les genoux. J'ai dû pleurer, faire des recours, passer des IRM pour espérer juste avoir un siège. » Le siège, symbole dérisoire et essentiel, ne lui est arrivé que trop tard. La solution proposée par son directeur ? Une rupture conventionnelle : « On m'a toujours dit : si ton patron te propose une rupture co, c'est qu'il veut te dégager. » Elle quittera la salle la semaine suivante, mais sa présence ce matin-là témoigne d’un soutien sans faille à ceux qui restent. 42,20 euros : le prix d'une confiance brisée Ce qui a mis le feu aux poudres ? Six licenciements soudains, motivés par des faits que la direction qualifie de « vols », mais que les salariés contestent fermement . Selon plusieurs témoignages recueillis par Vertige Media, ces accusations porteraient en réalité sur des gestes commerciaux jugés anodins par les employés, comme des boissons offertes à la clientèle et non enregistrées dans le système. Une sanction vécue comme disproportionnée par les grévistes interrogés : « Certains étaient là depuis longtemps. Ils ont tout donné pour Climb Up. On les remercie comme ça, pour 42 euros. » Cette gestion brutale, vécue comme une violence gratuite, a mis le feu à des poudres déjà bien sèches. © Vertige Media Un management hors-sol Directeur de Climb Up Aubervilliers depuis décembre 2024, cristallise les tensions. Ancien responsable chez Kiloutou, il ne vient pas de l'escalade, ce qui en soi ne poserait pas de problème si cela ne nourrissait pas une forme d’incompréhension radicale avec ses équipes . Un moniteur le souligne avec ironie : « Ça fait deux mois qu'on se dit bonjour, mais il ne sait même pas qui je suis. Il ne sait même pas faire un assurage en cinq temps. » Sollicité sur place par Vertige Media, le directeur de la salle a refusé de répondre à nos questions . Un contraste avec la démarche du directeur de Climb Up Cergy, présent ce matin-là. Lui parle volontiers, tente une médiation : « À Cergy, il y a un dialogue constant. Ce n’est pas un modèle vertical, chaque salle a ses réalités. » Une manière de dire en creux qu’à Aubervilliers, le dialogue n’a pas pris racine. L'Amérique en miroir Hasard du calendrier ou symptôme global ? La même semaine, aux États-Unis, les ouvreurs de Touchstone Climbing, le principal réseau américain, déclenchaient eux aussi une grève sur des motifs très similaires : conditions de travail, salaires, reconnaissance. Comme à Aubervilliers, ils pointent du doigt un secteur en pleine croissance mais qui oublie parfois l’humain en chemin . « Ce n’est pas juste chez nous, confirme un moniteur. C’est profond. On sent que c'est général. » Le parallèle dit quelque chose de l’évolution d’un secteur qui s’est construit sur une promesse sportive, mais flirte désormais dangereusement avec la surchauffe économique. La rentabilité en tension : la racine du problème ? Le directeur de Climb Up Porte d'Italie ne le cache pas : économiquement, le contexte est délicat . Dettes héritées du Covid, concurrence accrue, marché saturé : « On est très endettés, la rentabilité n'est pas là. On doit faire très attention. » Cette précarité économique n’excuse rien, mais elle explique sans doute en partie le durcissement des méthodes, la pression commerciale accrue, comme la priorité mise sur le fun climbing, très lucratif mais aussi très critiqué pour les questions de sécurité : « On encadre des groupes d’enfants sans vraie formation. C’est dangereux, mais ça rapporte gros. » © Vertige Media Et maintenant, quel dialogue ? Si les grévistes tiennent à clarifier que ce n’est pas la guerre mais un appel urgent au dialogue , ils affirment aussi que leur détermination est entière. Ils réclament une reconnaissance simple, humaine, un traitement digne des conditions de travail, sans grandiloquence mais sans naïveté non plus. « On ne veut pas cramer la boîte. On veut juste qu’elle fonctionne mieux. Qu’on arrête de nous infantiliser. » Le mot « infantiliser » revient d’ailleurs souvent dans leurs propos, et sur les pancartes, comme pour dire que le conflit est moins économique ou salarial que profondément humain . En réclamant une discussion directe avec la direction du groupe, les grévistes veulent sortir d’une impasse devenue intenable : « Tant qu'on n’aura pas un vrai dialogue adulte, on ne s’arrêtera pas. » À Aubervilliers, ce matin-là, la parole a enfin été libérée. Il reste désormais à voir si elle sera écoutée, ou à défaut, si elle trouvera écho ailleurs. Car au-delà d’un conflit local, c’est la question même du modèle de croissance accélérée des salles d’escalade qui se pose ici . Les murs continuent de pousser, les hommes et les femmes qui les font vivre, eux, ont décidé de ne plus se taire.
- Accidents en salle d'escalade : ce que révèlent les statistiques allemandes
Un an pile après notre plongée dans les statistiques allemandes des accidents en salles d’escalade , le DAV et KLEVER nous livrent leur nouvelle édition. Derrière l'impression de stabilité des chiffres se cachent des subtilités que seule une lecture attentive peut révéler. De quoi remettre intelligemment en cause certaines de nos certitudes sécuritaires. © Erwan Mouton / Vertige Media La salle d’escalade, c’est l’endroit où le risque, censé rester à la porte, se faufile parfois par la fenêtre entre-ouverte de nos négligences. Derrière les tapis épais et les systèmes d’assurage certifiés se tient une réalité complexe : chaque année, plusieurs centaines de grimpeuses et grimpeurs se blessent sérieusement. C’est précisément pour éclairer cette réalité que le DAV et KLEVER, qui supervisent environ 250 salles allemandes (soit l’essentiel du parc indoor outre-Rhin), mènent leur enquête annuelle. Leur objectif ? Identifier précisément les causes des accidents pour mieux les anticiper et les minimiser. Comme un topo détaillé empêche de s’égarer dans une voie inconnue, ces chiffres nous rappellent intelligemment que la sécurité ne se nourrit jamais d’excès de confiance, mais bien d’une vigilance constante. Des chiffres stables qui masquent un changement de paradigme 218 accidents répertoriés en 2023, contre 210 en 2022. À première vue, la continuité pourrait laisser penser qu’il n’y a rien à voir, circulez. Sauf qu'en matière de sécurité, c’est dans les nuances que se jouent les révolutions silencieuses. Si le bloc reste le principal pourvoyeur d’accidents (71 % contre 76 % l’an passé), c’est du côté de l’escalade encordée que le curseur bouge discrètement vers le rouge, passant de 19 à 24 % des cas enregistrés. Un cocktail risqué où le nombre croissant de pratiquant.es se conjugue à un déficit évident de pédagogie sur la manière de tomber correctement © Vertige Media Là où l’affaire se corse vraiment, c’est au moment de redescendre. Les chutes au sol y grimpent nettement : 27 cas en 2023 contre 19 l’année dernière. Preuve, s’il en fallait une, que ce ne sont pas toujours les mouvements spectaculaires qui nous jouent des tours, mais bien ceux qui semblent tellement acquis qu’on oublie d’y penser. Rappel nécessaire que la routine, en escalade comme ailleurs, est l’antichambre du danger. Bloc : quand le matelas amortit tout, sauf les illusions Côté bloc, c’est toujours la chute sur tapis qui domine les débats : 85 % des blessures, un chiffre stable mais qui reste préoccupant dans le contexte actuel. Avec des ouvertures toujours plus spectaculaires, des blocs exigeant davantage de coordination et de mouvements dynamiques – ces fameux « jetés » appréciés autant par les plus confirmé.es que par celles et ceux qui cherchent l’effet visuel –, la maîtrise de l’art délicat de la chute devient cruciale. Plus la sécurité se fait automatique, plus la vigilance tend à disparaître À cette tendance s’ajoute l’afflux constant de néo-grimpeurs, souvent séduits par la promesse d’une pratique accessible et ludique, mais pas toujours bien préparés à gérer les chutes répétées qui l’accompagnent. Le résultat ? Un cocktail risqué où le nombre croissant de pratiquant.es se conjugue à un déficit évident de pédagogie sur la manière de tomber correctement. Auto-enrouleurs : quand la sécurité devient automatique, la vigilance décroche À propos d’équilibre subtil, l’exemple des auto-enrouleurs, ces dispositifs d’assurage automatique, mérite une mention spéciale. Comme en 2022, quatre incidents graves leur sont attribués cette année encore. Leur point commun tragique ? Oublier simplement de s’y accrocher avant de grimper. Le geste est banal, l’erreur ne l’est malheureusement pas. Cette répétition consternante révèle un paradoxe : plus la sécurité se fait automatique, plus la vigilance tend à disparaître. Alors, que faire ? Peut-être sortir enfin des sentiers battus et intégrer systématiquement des alertes visuelles ou sonores dans les dispositifs , histoire de rappeler aux distraits que les lois de la gravité, elles, n’oublient jamais personne. Derrière le matériel, toujours le facteur humain Les statistiques du rapport 2023 ne laissent planer aucun doute : matériel dernier cri ou pas, l’élément humain reste le pivot central des risques encourus. De l’assureur semi-automatique dernier modèle au vieux descendeur qui traîne au fond du sac, aucun système ne protège totalement d’une erreur de jugement, d’une évaluation hasardeuse ou d’une confiance excessive. Seules les blessures ayant nécessité l’intervention des secours sont prises en compte Pour bien saisir la subtilité du risque humain, rien ne vaut quelques exemples tirés directement du rapport allemand. Parmi les scénarios typiques, on trouve ainsi celui d’un assureur distrait par une corde vrillée. En voulant corriger ce problème, il ouvre son dispositif d'assurage : résultat, une grimpeuse chute depuis la 5e dégaine avec un freinage réduit, provoquant des tassements aux vertèbres cervicales et thoraciques. Autre cas révélateur : un grimpeur souhaite volontairement s’entraîner à la chute près du relais. L’assureuse, pensant qu’il veut simplement mousquetonner, donne trop de mou et ne bloque pas la corde immédiatement. Résultat, chute arrêtée à seulement 1 mètre du sol et collision. Enfin, exemple frappant d’un classique devenu presque banal : lors d’une descente à 3-4 mètres du sol, l’assureur actionne trop brutalement le levier du GriGri. Soulevé du sol par le poids du grimpeur, pourtant tenu fermement, il provoque une chute violente sur le dos, avec blessure lombaire à la clé. Une méthodologie précise mais imparfaite Un mot essentiel sur la méthodologie du rapport allemand : seules les blessures ayant nécessité l’intervention des secours sont prises en compte. Un choix qui garantit certes la fiabilité des données, mais laisse inévitablement de côté les nombreuses blessures mineures et incidents sans gravité apparente. Cette approche présente donc une limite : elle rend visibles les accidents spectaculaires mais invisibles ceux qui pourraient révéler des tendances à venir. En clair, le rapport est précis mais partiel, une photographie fidèle mais forcément incomplète de la réalité du risque en salle. Et si on apprenait des erreurs allemandes ? Ces chiffres d'outre-Rhin sont évidemment instructifs pour la France, qui connaît une croissance similaire de ses salles et de ses pratiquants. Mais au-delà de l’alerte statistique, ils nous rappellent surtout une évidence : en escalade comme dans toute pratique sportive, la sécurité n’est jamais acquise définitivement. Finalement, grimper n’est pas seulement un défi physique ou mental, c’est aussi et surtout un apprentissage constant de la gestion du risque. Un équilibre subtil entre audace et vigilance, où chaque prise attrapée et chaque mousqueton clippé devrait rappeler que l’art de grimper haut réside surtout dans celui de redescendre entier. À bon entendeur. Pour consulter les résultats détaillés de l'enquête annuelle, rendez-vous ici .
- Escalade : la force au bout des doigts
Vos doigts craquent sur votre projet de grimpe ? Normal, ils portent tout le poids de vos ambitions ! Entre science et sueur, ce guide pratique vous dévoile les secrets pour muscler vos pinces sans les casser. Protocoles, pièges à éviter, progression... tout pour que la force soit enfin avec vous ! © David Pillet Si vous vous êtes penchés sur les facteurs de la performance en escalade vous vous êtes sans doute plié·e à cette vérité : la force des doigts est un pilier central. Et pas seulement pour tenir des arquées improbables dans le toit de votre projet. Il s’agit ici d’un véritable déterminant de la performance, validé par la recherche, notamme nt ici . Plus vos doigts sont forts, plus vous avez de chances de performer. Plus vous avez de force et plus vous réduisez le risque de blessure, comme le soulignait une autre étude, en 2016 . Néanmoins, attention, avant de se précipiter sur sa poutre il faut comprendre ce que l’on entraîne. Et respecter quelques principes. Des doigts et des devoirs Les muscles responsables de la flexion et de l’extension des doigts sont dits extrinsèques. Cela signifie qu’ils ne se situent pas au niveau des doigts mais à distance, en l’occurrence dans les avants bras. Conséquence majeure, les tendons qui permettent de transmettre la force produite par le muscle à nos doigts sont (très) longs. Ces tendons coulissent dans des gaines, guidés et maintenus par des structures appelées poulies (au niveau des doigts) et rétinaculum (au niveau du poignet). Ces structures sont très sollicitées en escalade, et leur intégrité est essentielle pour éviter les blessures. Du point de vue physiologique, les tendons ne s’adaptent pas aussi vite que les muscles. Leur activité métabolique est faible, leur vascularisation est réduite… Bref, comme le soulignen t une publication de 2010 , ils prennent leur temps. Dit autrement, si vous progressez trop vite en charge ou en intensité, ce ne sont pas vos muscles qui vous freineront, mais vos tendons. Et ils le feront sèchement puisque l’arrêt s’appelle : tendinopathies, ténosynovites ou ruptures de poulies. Côté biomécanique, toutes les préhensions ne se valent pas. Selon une étude de 2006 , une prise arquée met jusqu’à 36 fois plus de contrainte sur certaines poulies qu’une prise tendue. Il est donc logique, surtout dans un contexte d'entraînement de la force, de privilégier les préhensions tendues. Plus saines, moins traumatisantes. Pour autant, les préhensions arquées et semi-arquées ne sont pas à bannir : elles font partie du jeu, mais doivent être introduites progressivement. En escalade, les doigts travaillent majoritairement en isométrie. Cela signifie que le muscle développe une tension sans changer de longueur et sans qu’il n'y ait de déplacement. Lorsqu’on évalue un exercice pour les doigts, il ne faut donc pas se contenter du nombre de répétitions ou de l’intensité : la durée de chaque suspension est tout aussi importante. Autrement dit, le nombre de suspension que vous allez vous envoyer en séance est aussi important que leur durée. Et potentiellement, à la fin, il va falloir faire attention. Comment développer la force de ses doigts en toute sécurité ? Comme expliqué dans le premier article sur l’entraînement de la force , l’idée c’est de créer une tension maximale. Trois grandes méthodes permettent d’y parvenir : Méthodes des charges maximales Méthodes des charges non maximales mais en répétant les efforts Méthodes des charges non maximales mais à vitesse maximale. Néanmoins nous avions détaillés ces méthodes en précisant le nombre de répétitions. Cela n’est pas suffisant. Pour les doigts il faut également préciser la taille des prises et la durée des suspensions. Voici comment nous pouvons adapter ces méthodes. 🔴 Méthode 1 : Avec une charge maximale 🎯 Objectif : Générer une tension très élevée, proche de votre maximum (au moins 85% de votre 1RM) 📋 PROTOCOLE : SUSPENSIONS LESTÉES 🔧 Paramètres : Préhension : tendue ou semi-arquée Prise : 20 mm Lest : suffisant pour ne tenir que 5 à 10 secondes Répétitions : 2 à 4 Séries : 1 à 3 Repos : 3 min entre répétitions, 6-9 min entre séries ⚠️ Attention : Réservé aux grimpeurs entraînés. À éviter en reprise ou en période de fragilité tendineuse. 🟡 Méthode 2 : Avec charge non maximale et efforts répétés 🎯 Objectif : Charge plus modérée (70-80% du max) répétée plusieurs fois pour atteindre l'échec 📋 PROTOCOLE F80 (Devise et al. 2022) 🔧 Paramètres : Préhension : alternance tendue/semi-arquée Prise : 12 mm Lest : 80% du max Répétitions : 12 x 10 secondes de suspension Séries : 3 Repos : 6 secondes entre répétitions, 6 minutes entre séries ⚠️ Attention : Méthode très sollicitante. À utiliser avec prudence et recul. 🟢 Méthode 3 : charge non maximale et à vitesse maximale 🎯 Objectif : Solliciter la dimension nerveuse de la force 📋 PROTOCOLE : SAUTÉ-RATTRAPÉ 🔧 Paramètres : Exercice : Sauter pour saisir à 1 bras et maintenir 3 secondes Préhension : à adapter selon le niveau Prise : suffisamment bonne pour soutenir 3'' à un bras Répétitions : 3 à 5 par bras Séries : 1 à 3 Repos : 1'30-3' entre répétitions, 6-9' entre séries Les erreurs à éviter 🚫 Erreur n°1 : Mal se placer Quand on force fort, on oublie souvent la base : le placement. Épaules relâchées, doigts mal positionnés… Résultat : sur-sollicitation des structures fragiles. Quand vous faites vos suspensions, prenez le temps d’ engager les épaules et de placer vos doigts proprement sur la prise. 🚫 Erreur n°2 : Oublier les tendons Vos muscles iront plus vite que vos tendons. C’est un fait. Il est donc indispensable de passer par une phase préparatoire pour renforcer les structures passives avant d’entrer dans le vif du sujet Exemple de cycle préparatoire au développement de la force des doigts Avant de charger comme un mulet, pensez à construire des bases solides. Il faut viser une intensité d’effort comprise entre 5 et 6 sur 10. (10 correspondant à notre 100%) Autrement dit vous travaillez 2 mains sur la poutre et avec les pieds au sol pour vous délester 🔄 Étape 1 : 4 suspensions tendues (4 doigts) - 10'' + 10'' repos ⏱️ Repos : 3 min 🔄 Étape 2 : 4 suspensions tendues (3 doigts) - 10'' + 10'' repos ⏱️ Repos : 3 min 🔄 Étape 3 : 4 suspensions tendues (bi-doigt) - 6'' + 6'' repos ⏱️ Repos : 3 min 🔄 Étape 4 : 4 suspensions semi-arquées (4 doigts) - 10'' + 10'' repos © David Pillet Le côté obtus de la force La force des doigts est un facteur essentiel pour progresser. Vous pouvez même utiliser cet outil pour vérifier si votre niveau de force est en cohérence avec vos performances. Mais attention : la force seule ne fait pas le grimpeur. La performance en escalade est bien plus complexe et subtile. Les récentes réalisations de Brooke Raboutou ou Katie Lamb en sont la preuve : bien au-delà de leurs qualités physiques indéniables, elles ont su mobiliser un facteur clé de la performance : l’audace. Et sans cet engagement mental et technique, même une excellente condition physique — y compris une force des doigts très élevées— peut ne pas suffire. On peut tout à fait retrouver les mêmes dispositions chez les grimpeurs masculins qui mobilisent parfois beaucoup plus de technique que de force comme Romain Desgranges ou Simon Lorenzi . La technique, la tactique et le mental sont tout aussi essentiels. Il est pertinent d’associer le développement des qualités physique avec un développement technique. Surtout si on utilise des méthodes d’entraînement analytiques c’est-à-dire éloignées de l’acte de grimper. Et surtout, ne vous laissez pas berner par les promesses miracles du style « progressez en 12 semaines » . La réalité est que vos tendons mettront bien plus de temps à s’adapter. Une blessure peut ruiner des mois de travail. Alors prenez le temps, structurez votre progression, et soyez patients. Si vous manquez de force sur un mouvement, cherchez d’abord la solution technique. La force, elle, viendra avec un entraînement bien pensé. Force à vous !
- Des grimpeurs montent au créneau pour sauver les chauves-souris
Pendant que le monde regarde ailleurs, un discret champignon colonise les museaux des chauves-souris nord-américaines, condamnant ces petits mammifères à une mort lente et implacable. Alors que ce « syndrome du nez blanc » vient d'atteindre les mythiques parois du parc national des Rocky Mountains, des grimpeurs prennent de la hauteur et tendent la main aux scientifiques pour tenter d’enrayer le massacre. Récit d’une improbable alliance verticale. © Graham Holtshausen Ils passent leurs journées à tutoyer les sommets, accrochés à des fissures inaccessibles aux simples mortels. Et voilà que ces passionné.e·s du vide découvrent, au détour d’un surplomb, d’étranges colocataires : des chauves-souris menacées par un mal silencieux, le syndrome du nez blanc . Ce parasite mortel, arrivé récemment dans le Colorado, est devenu le cauchemar des biologistes. Alors, devant l’urgence, les grimpeurs du programme Climbers for Bat Conservation se muent en précieux lanceurs d’alerte, transformant leurs escalades en opérations scientifiques pour tenter de sauver ces mammifères essentiels à l’équilibre des écosystèmes. « Chauve qui peut » dans les Rocheuses Le syndrome du nez blanc doit son nom à la moisissure blanchâtre qui pousse sur le museau et les ailes des chauves-souris infectées. Causé par le champignon Pseudogymnoascus destructans (surnommé Pd ), il prolifère dans les endroits froids et humides prisés par les chauves-souris pour hiberner – notamment les grottes profondes, les fissures et autres refuges rocheux souterrains. Le parasite agit comme un véritable vampire énergétique : il réveille ses victimes en plein hiver, les déshydrate et les pousse à chercher désespérément de la nourriture hors saison. Faute d’insectes à se mettre sous la dent en hiver, ces petites créatures finissent par mourir de faim. Depuis son émergence en 2006 dans l’État de New York , cette maladie fongique a déjà été tenue responsable de la mort de plus de six millions de chauves-souris en Amérique du Nord – un chiffre vertigineux qui menace de déséquilibrer les écosystèmes. Rocky Mountain National Park (RMNP) abrite neuf espèces de chauves-souris connues, sur les 19 recensées dans tout le Colorado. Toutes jouent un rôle important dans leur milieu : puisqu'elles se nourrissent d’insectes comme les moustiques, contribuant à en réguler les populations. Certaines interviennent même dans la pollinisation de plantes locales, preuve que ces mammifères volants ne sont pas de simples créatures nocturnes effrayantes, mais bien des acteurs écologiques clés. Bien qu’il hésite à employer le terme d’« espèce clé de voûte », le biologiste Robert Schorr admet que l’importance des chauves-souris dans l’écosystème n’en est « pas loin ». Autant dire que l’apparition du syndrome du nez blanc dans le parc fait craindre des dégâts considérables sur la biodiversité locale. La confirmation officielle, le 26 juin 2025, de la présence du champignon sur trois chauves-souris retrouvées mortes dans le parc a sonné l’alarme © Joe Dudeck Cette découverte n’a pas vraiment surpris les spécialistes, car le champignon Pd responsable de la maladie avait été détecté dans le parc l’année précédente. En effet, dès 2024, des analyses de routine avaient révélé des traces du parasite sur des chauves-souris du secteur – signe précurseur de l’infection à venir. À l’échelle de l’État, le Colorado a enregistré son premier cas avéré de syndrome du nez blanc en 2022, dans le sud-est du territoire. Le mal gagne donc du terrain vers l’Ouest : après avoir touché le comté de Larimer (au nord du Colorado), il a désormais atteint le comté de Grand, de l’autre côté de la chaîne continentale. « Nos informations sur la dispersion du champignon arrivent lentement et au compte-gouttes, car il sévit souvent dans des zones où il est difficile d’accéder aux chauves-souris » explique Schorr, frustré par l’élusivité de ces créatures. Autrement dit, le champignon pourrait être présent dans bien d’autres recoins des Rocheuses sans qu’on le sache, faute de pouvoir y capturer et tester des chauves-souris. Notons que cette maladie, aussi dramatique soit-elle pour la gent chauve-souris, ne présente aucun danger pour l’homme. Toutefois, l’Homme peut devenir un vecteur involontaire en transportant des spores de Pd sur ses vêtements, ses chaussures ou son matériel. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines grottes touristiques ont été préventivement fermées par le passé, afin d’éviter que des visiteurs bien intentionnés ne dispersent le champignon d’un site à un autre. Le parc national des Montagnes Rocheuses, lui, ne compte heureusement aucune grotte majeure en son sein – ses chauves-souris hibernent plutôt dans de petites cavités isolées ou migrent vers le sud. Ce facteur pourrait limiter les dégâts. Néanmoins, seul l’avenir dira comment évolueront les populations de chiroptères dans la région, et les chercheurs demeurent en alerte. Des grimpeurs à la rescousse de la science Comment étudier une maladie qui frappe des animaux discrets, nocturnes, nichés haut dans des falaises inaccessibles ? C’est le défi qu’a décidé de relever Robert Schorr, zoologiste au Colorado Natural Heritage Program (Université d’État du Colorado). Sa botte secrète : mobiliser une armée de volontaires aguerris aux parois vertigineuses. En 2014, Schorr a cofondé Climbers for Bat Conservation (CBC), un programme de science participative qui fait appel aux grimpeurs du monde entier pour signaler la présence de chauves-souris sur les sites d’escalade. L’idée lui est venue en constatant que les grimpeurs sont souvent les seuls humains à partager le terrain de jeu des chauves-souris. « Les grimpeurs sont à peu près le seul groupe de loisirs à voir des chauves-souris là où elles se perchent naturellement, confie Schorr. Ils les trouvent dans les fissures qu’elles choisissent, à des hauteurs vertigineuses. Moi qui étudie les chauves-souris, je n’ai quasiment jamais l’occasion de les observer ainsi ! » En effet, muni de cordes et d’un casque, un passionné d’escalade peut atteindre des crevasses insoupçonnées sur une falaise et y découvrir une colonie endormie – un spectacle qu’aucun biologiste cloué au sol ne pourrait admirer. Depuis son lancement, l’initiative Climbers for Bat Conservation a dépassé toutes les attentes. © Andrew Shelley Au fil des années, son réseau de sentinelles bénévoles s’est étendu bien au-delà des Rocheuses. Désormais, les remontées de terrain affluent des quatre coins du globe : près de 400 signalements ont déjà été transmis, provenant non seulement du Colorado mais aussi d’endroits aussi divers que le Kenya, la Bulgarie ou l’Italie. Ces contributions fournissent aux scientifiques une mine d’informations inédites sur l’écologie des chauves-souris. Grâce aux yeux perçants des grimpeurs, les biologistes commencent à comprendre comment ces mammifères utilisent les systèmes de fissures dans les falaises, quelles parois elles privilégient, à quelles altitudes… Autant de données précieuses qui aident à anticiper l’impact du syndrome du nez blanc sur les différentes colonies, et peut-être à atténuer sa progression. Participer à cette aventure scientifique ne requiert ni diplôme en biologie ni inscription officielle. Tout grimpeur curieux peut apporter sa pierre à l’édifice de la conservation. La procédure est simple : si, au détour d’une voie, vous tombez sur des chauves-souris endormies dans une fissure, il suffit de se rendre sur le site web de Climbers for Bat Conservation et de cliquer sur « Submit a Sighting » (Signaler une observation) Un petit formulaire vous invite à décrire le lieu, la taille de la colonie, éventuellement l’orientation de la paroi, et à joindre une photo souvenir de vos colocataires à fourrure. Ces informations seront transmises à l'équipe de chercheurs. Et pour vous remercier d’avoir joué les éclaireurs des cimes, le programme vous enverra même un t-shirt gratuit estampillé chauve-souris – la classe, non ? Pas de fermeture des sites, mais vigilance de rigueur L’apparition du syndrome du nez blanc fait craindre le pire pour les chauves-souris, mais pas question de crier « chauve qui peut » et d’interdire aux grimpeurs d’aller tutoyer les falaises. Contrairement à d’autres maladies invasives, ce champignon n’entraîne généralement pas de fermeture massive des grottes ou des sites d’escalade. Robert Schorr cite bien quelques exemples isolés de cavernes temporairement bouclées par précaution – Mallory Cave , près de Boulder, a ainsi été grillagée plusieurs années afin de protéger les chauves-souris qui y vivent. Cependant, ces mesures restent rares et exceptionnelles, le National Park Service n'a d'ailleurs annoncé aucune fermeture de secteur d’escalade suite à la confirmation de la maladie. Les gestionnaires du parc comptent sur la responsabilité de chacun pour limiter les risques de contagion. Ils demandent aux visiteurs de s’abstenir de toucher les chauves-souris – qu’elles soient vivantes ou mortes – et de signaler immédiatement aux rangers la présence de toute chauve-souris trouvée morte au sol. Il est également impératif de désinfecter soigneusement son équipement (vêtements, chaussures, cordes, etc.) avant de repartir vers d’autres sites, afin de ne pas transporter le champignon. Seul le temps dira si ces mammifères volants réussiront à survivre à l’assaut du champignon destructeur. En attendant, si vous partez grimper du côté de Rocky Mountain et que vous croisez, blotties dans une fissure, une petite famille de chauves-souris, surtout ne dérangez pas ces dames de la nuit – signalez plutôt votre observation à Climbers for Bat Conservation . Ce simple geste de science citoyenne sera d’une aide précieuse pour les biologistes, et il contribuera peut-être à sauver ces espèces en péril. .
- À Nancy, la sécurité verticale change de dimension
Ce matin, Climb Up Nancy devient officiellement la première salle d’escalade à installer le dispositif de sécurité B.A.S.S. ( Boîtier d’Alerte et de Sécurité des Salles ) , développé par les frères Mawem. L’occasion pour Vertige Media de s'entretenir avec Mathieu Lequerre, directeur de la salle, et avec Mickaël Mawem, cofondateur de MBS Industry sur une innovation qui pourrait bien révolutionner la sécurité du sport. Dispositif B.A.S.S installé à Climb Up Nancy © MBS Grimper sans s’attacher est officiellement devenu has-been . Pendant que certains continuent de garnir leurs murs d’immenses drapeaux criant silencieusement « Ne grimpe pas sans t’être attaché », à Nancy, une salle a choisi de prendre une longueur d’avance sur la gravité. Climb Up Nancy ouvre ainsi la voie en devenant la première structure en France équipée du dispositif B.A.S.S., imaginé par les frères Mawem ( oui, ceux-là mêmes dont l’un est champion du monde de bloc, Mickaël, et l’autre spécialiste de la vitesse, Bassa, ndlr ). Et ce n’est qu’un début : à l’automne prochain arrivera aussi C.A.M.I., le tout premier enrouleur motorisé — que beaucoup connaissent encore sous le nom de « Footing Vertical ». Un double saut technologique pour grimper mieux, en tout sécurité, et surtout de manière plus inclusive. B.A.S.S. : le bruit qui sauve Si le nom sonne comme un groupe d'électro, l’acronyme B.A.S.S. cache en réalité une rigueur assumée : le « Boîtier d’Alerte et de Sécurité des Salles ». Son rôle ? Empêcher, à grands renforts de décibels stridents, les grimpeuses et grimpeurs tête-en-l’air (ou simplement fatigués) d’oublier de s’attacher avant leur ascension. « Un accident, c’est un accident de trop. Aujourd’hui, la question n’est plus de convaincre mais de se demander : est-ce que je peux vraiment me permettre ça chez moi ? La réponse est non » Mickaël Mawem « C’est cool, c’est une bonne idée, et surtout, ça tombe à point nommé », explique Mathieu Lequerre, directeur de Climb Up Nancy. Lui qui n’a jamais connu d’accident dans sa salle avoue pourtant être hanté par les récits venus d’ailleurs : « Toujours les mêmes histoires, toujours le même oubli. Quelqu’un commence à grimper sans s’attacher et chute lourdement. On avait anticipé ce risque avec nos drapeaux, mais il restait toujours un angle mort ». Un angle mort illustré tragiquement par l’accident récent survenu à Climb Up Lyon , où un grimpeur parti d’une voie voisine a fini au sol, loin de toute signalétique préventive. Dispositif B.A.S.S installé à Climb Up Nancy © MBS Face à cela, Mickaël Mawem, cofondateur de MBS Industry, ne laisse planer aucun doute : « Un accident, c’est un accident de trop. Aujourd’hui, la question n’est plus de convaincre mais de se demander : est-ce que je peux vraiment me permettre ça chez moi ? La réponse est non. » Il précise, non sans une pointe d’ironie : « On dépense des centaines d’euros tous les deux ans pour remplacer ces fameux drapeaux sur enrouleurs. Là, on a enfin une solution durable, fiable et intelligente ». Intelligente, car le dispositif B.A.S.S. n’est pas qu’un simple rappel à l’ordre : il permet aussi de surveiller l’usure du matériel, de compter les passages et même d’alerter à distance. Un genre de Big Brother bienveillant qui, pour une fois, fait l'unanimité. C.A.M.I., l’autre révolution verticale Si le B.A.S.S. fait la chasse à l’inattention, C.A.M.I. (également appelé « Footing Vertical » sur le terrain, selon les supports de communication) est là pour ouvrir les portes à ceux pour qui l’escalade rimait jusque-là avec « pas pour moi ». Ce premier enrouleur motorisé du marché permet de délester jusqu’à 100 % du poids d’un grimpeur pendant son ascension. Un genre d’assistance électrique façon vélo, mais en version verticale. Pour Mathieu Lequerre, pas de doute possible : « C’est avant tout un outil pensé pour les personnes en situation de handicap, pour tous ceux dont le corps freine l’envie de grimper. ». Il illustre son propos en nous partageant l’histoire d’un homme en fauteuil roulant récemment venu à la salle, frustré de ne pas avoir pu grimper faute d’équipement adapté. « On attend impatiemment l’arrivée du dispositif pour le rappeler », ajoute Mathieu, soulignant l’urgence d’un sport qui se prétend accessible mais peine parfois à joindre l’acte à la parole. Ouvrir la voie sans tomber dans le vide Avec ces deux innovations installées en exclusivité nationale, la salle de Nancy joue pleinement son rôle de pionnière. Le choix de louer le matériel plutôt que de l’acheter directement permet certes à la salle de tester ces nouveautés sans prise de risque démesurée. Cela dit, l’essentiel est ailleurs : la voie d’une escalade plus sûre et inclusive est désormais ouverte. En donnant l’exemple, la salle nancéienne pose les fondations d’une escalade moderne, ouverte, et franchement plus rassurante. « On relaiera d’abord la communication officielle des frères Mawem, car ils connaissent mieux que personne leurs produits », admet humblement Mathieu Lequerre. Mais en réalité, Climb Up Nancy n’aura pas besoin d’en faire trop pour que le message passe : la simple présence du B.A.S.S. fera office de prise de conscience sonore permanente, rappelant que l’époque où la sécurité était un luxe est définitivement révolue. Quant au dispositif C.A.M.I., il promet une grimpe inclusive nouvelle génération. Là où certains voient encore un système réservé à quelques-uns, les plus visionnaires anticipent déjà l’escalade de demain : une grimpe où le plaisir prendra définitivement le pas sur la performance à tout prix, où monter ne rimera plus nécessairement avec souffrir, et où chacun pourra choisir d’alléger sa peine à volonté.
- Vuarnet GLACIER 02 : que la montagne est belle
Certaines lunettes protègent simplement vos yeux, d'autres redéfinissent votre façon de percevoir le monde. Pas de doute, les Vuarnet Glacier 02 font partie de celles-là. Avec leur verre Eclipse inédit et leur monture mêlant titane et acétate, elles annoncent une nouvelle expérience visuelle en haute montagne. On les a mises à l'épreuve à Chamonix, pour juger sur pièce. Et en prendre plein la vue. © Vertige Media Le poids de la qualité Dès la première prise en main, impossible de rater le message : ces lunettes ont une légèreté surprenante. À 52 grammes tout équipé, le Glacier 02 joue dans une autre catégorie. Cette sensation de densité maîtrisée dans la main, c'est la signature du mariage entre bêta-titane japonais et acétate haut de gamme. Quand vous les posez sur votre nez, vous sentez tout de suite que vous n'avez pas affaire à de la camelote. La monture combinée est épaisse, agréable au toucher, et se pose naturellement sur la tête. Les protections en cuir amovibles ajoutent une touche d'authenticité qui rappelle l'héritage montagnard de la marque. Fini les lunettes qui glissent au premier mouvement brusque ou qui marquent désagréablement les tempes après une journée de grande voie. Une vision qui change la donne Mais le véritable tour de force, c'est ce verre Eclipse. Sa teinte particulière transforme littéralement votre perception du monde extérieur. Même par temps gris, même quand la météo hésite entre crachin et éclaircie, ces lunettes illuminent votre journée. C'est troublant au début : on a l'impression que quelqu'un a subitement monté la luminosité du paysage. Avec sa catégorie 4 et sa filtration à 95% de la lumière visible, ce verre est conçu pour les conditions extrêmes. En pratique, il gère parfaitement les environnements glaciaires où la réverbération peut devenir aveuglante. Résultat : une vision équilibrée qui évite les contrastes brutaux qui fatiguent l'œil en haute altitude. Protection maximale, confort optimal Les visières latérales en bio-acétate de 8 mm créent une véritable bulle de protection autour de vos yeux. Cette sensation de plénitude visuelle, d'être dans son cocon, change complètement l'expérience en altitude. Fini les larmoiements dus au vent ou les plissements d'yeux face au soleil rasant. Les protections latérales et le protège-nez amovibles en cuir permettent d'adapter la protection selon les conditions : montés pour l'alpinisme glaciaire, retirés pour l'escalade en falaise. Un détail qui fait toute la différence quand vous passez de l'approche glaciaire au rocher ensoleillé. Testées à l'épreuve du mouvement Question tenue, les Glacier 02 sont irréprochables. Que ce soit en escalade dans les mouvements les plus dynamiques ou en VTT sur les singles les plus techniques, elles ne bougent pas d'un millimètre. Le cordon amovible en cuir n'est pas un gadget : il sauve vraiment la mise quand l'adrénaline monte et que vos gestes deviennent moins précis. Les embouts de branches réglables permettent un ajustement fin, essentiel quand vous portez un casque ou que vous alternez entre bonnet et tête nue selon les conditions. Les plaquettes de nez en PVC avec la signature « V Sur Ski » rappellent discrètement l'héritage olympique de la marque. Le revers de la médaille Soyons honnêtes : 540€ pour des lunettes de soleil, ça pique sérieusement. Même si la qualité de fabrication japonaise et la technologie des verres minéraux français justifient en partie ce prix, il faut avoir les moyens de ses ambitions alpines. Autre point d'attention : le verre catégorie 4 peut sembler trop sombre pour certaines utilisations. En falaise par temps couvert, vous pourriez vous sentir un peu dans le noir. Ces lunettes sont vraiment pensées pour les conditions de luminosité extrême. Verdict : du haut de gamme qui assume Les Vuarnet Glacier 02 ne cherchent pas à plaire à tout le monde. C'est du matériel technique haut de gamme, pensé pour ceux qui passent vraiment du temps en haute montagne. Elles s'adressent aux alpinistes, aux glaciéristes, aux skieurs de haute route - bref, à tous ceux pour qui la protection oculaire catégorie 4 n'est pas une option mais une nécessité. La qualité de vision est exceptionnelle, la protection maximale, et la fabrication irréprochable. Si vous cherchez des lunettes pour épater sur la terrasse du café, passez votre chemin. Si vous voulez du matériel fiable pour vos sorties glaciaires sérieuses, vous avez trouvé. Une belle piqûre de rappel : certaines marques cultivent encore un savoir-faire technique sans concessions, à l’écart des tendances passagères. Fiche technique Modèle : Glacier O2 Eclipse Verre : Minéral français, catégorie 4 Protection : 100% UV, 96% infrarouge, 95% lumière visible, 97% lumière bleue Monture : Acétate et bêta-titane combinés Protections : Visières latérales bio-acétate 8mm, protections cuir amovibles Poids : 52g (équipement complet) Fabrication : Japon (monture) / France (verres) Taille : Medium (46,7 x 22 x 52 x 145 mm) Prix : 540€ Idéales pour : Alpinisme glaciaire, ski de haute route, conditions de luminosité extrême Ce test n'a pas été rémunéré.












