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- Procès d’Orpierre : deux encadrants du CAF condamnés après une chute mortelle
Orpierre, ses falaises baignées de soleil, son calcaire doré, son image de spot tranquille où les grimpeurs venus chercher la verticale croisent ceux venus chercher la sieste au pied des voies. Mais depuis la chute fatale de Camille, 16 ans, le 18 avril 2024, l’insouciance du lieu a vacillé. Le 3 juillet 2025, la justice a tranché : deux encadrants condamnés pour homicide involontaire. Et désormais, dans le petit monde associatif de la grimpe, la corde est devenue plus raide que jamais. La grimpe aime raconter ses belles histoires, ses dépassements de soi, ses sourires complices en relais et ses cris victorieux. Mais elle a aussi ses silences, lourds, douloureux, inconsolables. Camille, 16 ans, ne reviendra pas du stage organisé par le CAF de Roanne à Orpierre. À la barre du tribunal correctionnel de Gap, on a cherché ce qui avait dévissé : l’organisation, la vigilance, ou simplement l’attention portée à ce détail vital, mais banal, qu’est une longueur de corde. Derrière cette corde trop courte se cachent des questions trop longues, auxquelles les juges ont finalement répondu, sans concession. Deux ans de sursis après le drame d’Orpierre Plus d’un an après la tragédie, le tribunal correctionnel de Gap a finalement déroulé le fil des responsabilités. Ce 3 juillet 2025, deux anciens responsables du Club alpin français (CAF) de Roanne ont été condamnés à deux ans de prison avec sursis, reconnus coupables d’homicide involontaire par imprudence à la suite du décès de Camille, 16 ans. À cette peine s’ajoute une interdiction définitive d’encadrement sportif pour les condamnés, ainsi qu’une amende de 20 000 euros pour le club. Une sentence sévère, fidèle aux réquisitions du parquet, qui avait dès le 15 mai pointé les manquements dans l’organisation du stage. Les avocats avaient plaidé la relaxe, sans succès. Le drame s’est noué sur une falaise d’Orpierre, le 18 avril 2024. Ce village des Hautes-Alpes, habitué aux rires d’ados en chaussons et aux murmures concentrés des grimpeurs, n’avait jamais entendu un tel silence. Camille participait à un stage d’une dizaine de jours avec une vingtaine d’autres jeunes encadrés par huit bénévoles du CAF de Roanne. Alors qu’elle descendait d’une voie en rappel, tout a basculé : la corde, trop courte, a filé librement dans le vide. Polytraumatisée, Camille est évacuée vers le CHU de Grenoble, où elle décédera deux jours plus tard. Orpierre venait de perdre son équilibre, la grimpe associative, son innocence. Une corde trop courte, une vigilance trop lâche Les enquêteurs du PGHM n’ont pas mis longtemps à identifier la cause de l’accident : une corde trop courte pour la voie empruntée. 50 mètres au lieu des 80 nécessaires, voilà ce qui séparait Camille d’une descente en toute sécurité. Un manque aussi improbable que tragique, d’autant plus que la précaution élémentaire, celle que chaque grimpeur répète en formation sans même y réfléchir – un simple nœud au bout de la corde – n’avait pas été prise. Le brin a filé librement dans le dispositif d’assurage, transformant une descente anodine en chute mortelle. « Pour moi, la montagne, c’est devenu synonyme de mort » La mère de la victime, lors du procès Mais comment une erreur de ce type a-t-elle pu se glisser dans un stage encadré ? L’enquête dévoile un détail : deux cordes identiques, même couleur, même apparence, mais pas même longueur, étaient présentes sur place. Dans la confusion du moment, Camille et sa partenaire ont saisi le mauvais brin. Aucun encadrant n’a vérifié, aucun adulte n’a vu venir l’accident. Un procès sous tension, une responsabilité sous microscope Dix mois après la chute de Camille, le tribunal de Gap a ouvert, le 15 mai 2025, l’éprouvant procès du CAF de Roanne. À la barre, Jean-François Chadeyras, l’ex-président du club, et Philippe Diot, ancien responsable de la section escalade, mais aussi le club lui-même, en tant qu’organisateur. Dans une salle d’audience chargée d’émotion, le parquet n’a pas mâché ses mots, dénonçant des manquements graves : organisation défaillante, contrôle insuffisant, communication maladroite. Malgré la présence de huit moniteurs pour 21 jeunes, aucun dispositif n’a empêché l’accident. La responsabilité était au cœur des débats, décortiquée par les juges pour comprendre à quel moment précis la vigilance avait lâché prise. Moment fort du procès, la prise de parole des parents a figé la salle dans un silence pesant. « Si j’avais su qu’elle allait grimper en autonomie, jamais je ne leur aurais confié ma fille », a déclaré le père de Camille, cité par BFM DICI, dénonçant un encadrement qu'il jugeait défaillant. La mère, bouleversée, a ajouté : « Pour moi, la montagne, c’est devenu synonyme de mort ». Présents dans l’assistance, plusieurs représentants du monde montagnard, dont le maire d’Orpierre, ont rappelé d’une voix unanime que dans ce sport, la sécurité n’est pas une simple recommandation, mais une nécessité absolue. Verdict : encadrants coupables, sanctions inédites Le 3 juillet, le tribunal de Gap a fermé la parenthèse judiciaire d’Orpierre avec un jugement aussi attendu que sévère. Les juges ont clairement désigné les fautes des deux encadrants principaux : manque de prudence, absence de contrôle rigoureux, défaut flagrant de vigilance. Jean-François Chadeyras et Philippe Diot, reconnus coupables d’homicide involontaire, écopent chacun de deux ans de prison avec sursis. Mais au-delà du symbole pénal, c’est l’interdiction définitive d’exercer toute fonction d’encadrement sportif qui marque les esprits. Cette sanction, rare par sa fermeté, signifie pour eux une fin définitive à toute implication dans la formation, même bénévole, des grimpeurs. Le CAF de Roanne lui-même devra régler une amende de 20 000 euros. Si le club échappe à une suspension officielle, c’est sa crédibilité qui chute lourdement. Avant même le verdict judiciaire du 3 juillet 2025, les autorités administratives avaient déjà marqué le coup. Dès 2024, le Conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative (CDJSVA) de la Loire avait suspendu temporairement quatre bénévoles du CAF : deux pour un an, deux autres pour deux ans. Mais la préfecture de la Loire était allée plus loin, infligeant à ces mêmes quatre encadrants une interdiction exceptionnelle de 15 ans d'encadrement sportif. À l'époque, jamais le milieu associatif de la grimpe n'avait connu une telle sévérité administrative. À ces sanctions déjà lourdes s'ajoute désormais la décision judiciaire : une interdiction définitive d'encadrer pour les deux principaux responsables, Jean-François Chadeyras et Philippe Diot. Pour le CAF de Roanne, ces sanctions cumulées ont eu un effet dévastateur immédiat : perte d'adhérents, stages annulés, vie associative paralysée. Cette année-là, aucun stage n'a eu lieu. Par respect pour la mémoire de Camille, mais aussi sous le poids d'une vigilance devenue incontournable.
- Le tiers-lieu vertical : comment les salles d’escalade refont la ville
Oubliez le café du coin ou le bar branché. La nouvelle place du village urbain a des murs de cinq mètres de haut, des prises en résine, et sent la magnésie fraîche. Bienvenue dans la salle d’escalade moderne, cet étrange espace où grimper devient moins important qu'échanger, où l’on refait la société autant que son dernier bloc. Analyse d’un phénomène contemporain : le mur comme lieu de vie. Au début, la salle d’escalade, c’était un peu l’image triste du gymnase de collège : odeur douteuse, éclairage blafard, convivialité proche du néant. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, pousser la porte d’un espace de grimpe urbain ressemble davantage à entrer dans un club social cool. Sous les néons doux, entre une IPA brassée localement et un bloc rouge, des grimpeurs et grimpeuses connecté·e·s refont le monde, échangent des conseils autant que leurs derniers coups de cœur Netflix. Salles de sport ou nouveaux espaces hybrides ? Derrière leur image conviviale et décontractée, ces lieux interrogent profondément leur fonction sociale. L’ambiance rappelle d’ailleurs étrangement celle du café de quartier où tout le monde connaît votre prénom, sauf qu’ici on vous applaudit quand vous tombez – curieuse inversion des codes sociaux, avouons-le. Cette tendance, loin d’être anodine, résonne avec une idée chère aux sociologues : celle du tiers-lieu (ou troisième lieu, d’après l’expression originale third place) théorisé par l’Américain Ray Oldenburg. Au-delà du domicile (premier lieu) et du travail (deuxième lieu), il existerait une sorte de refuge informel, lieu de sociabilité libre et décontractée. Selon Antoine Burret, sociologue spécialiste du sujet, une salle d’escalade pourrait tout aussi bien remplir la fonction de tiers-lieu qu’une pharmacie, une bibliothèque ou même une place publique. Ce qui compte, c’est avant tout une atmosphère sociale authentique d’entraide, de solidarité et de partage. La grimpe indoor serait-elle devenue ce troisième lieu improbable du XXIe siècle ? Chaussons trop petits aux pieds et sociologues sous le bras, explorons cette hypothèse un peu farfelue… mais étrangement pertinente. Le tiers-lieu : entre idéal sociologique et réalité marketing Pour bien comprendre ce que Ray Oldenburg entend par tiers-lieu, imaginez le bistrot de quartier idéal : ambiance décontractée, zéro hiérarchie, tout le monde à égalité autour du zinc. Un lieu où parler politique, culture, météo ou chiffons relève du même plaisir simple : celui de faire société. Selon Oldenburg, ces espaces sont essentiels pour le lien social, l’engagement civique, et même (soyons fous) la démocratie locale. Rien que ça. Bref, des endroits où, sans avoir à le dire, on se sent tout simplement chez soi. « On veut être proche de tout le monde et finalement recréer des petites plages de village au sein de nos salles. C'est ce qu'on veut : des lieux à la croisée des genres où tout le monde se retrouve » Antoine Kharsa, directeur de Climbing District Jaurès Comment la salle d’escalade, temple supposé de l’effort individuel, a-t-elle pu glisser (avec élégance) vers cette définition quasi-utopique ? La réponse tient dans un subtil dosage d’ingrédients urbains modernes : design léché, cafés bios torréfiés dans le quartier, playlist lo-fi... À Paris, à Berlin, à Londres ou à Lyon, les salles branchées comme Climbing District ou Arkose ne s’y trompent pas : elles assument ouvertement leur statut hybride de lieux de vie avant d’être des salles de sport. On vient pour grimper, mais on reste pour discuter, boire un verre, flâner dans l’espace coworking ou regarder un film de montagne sur écran géant. D'ailleurs les gérants ne s'y trompent pas. Pour une émission de Radio Campus enregistrée chez Climbing Distrcit Jaurès en octobre 2023, Antoine Kharsa, directeur de la salle disait : « On s'intègre vachement dans la vie de quartier. Le "District" de "Climbing" n'y est pas pour rien. On veut être proche de tout le monde et finalement recréer des petites places de village au sein de nos salles. C'est ce qu'on veut : des lieux à la croisée des genres où tout le monde se retrouve ». Jean-Laurent Cassely, observateur attentif des modes de vie urbains et fondateur de Maison Cassely, rappelle pourtant qu'il ne suffit pas d'être un lieu hybride pour mériter pleinement le label de tiers-lieu : « Un lieu hybride ne devient pas automatiquement un tiers-lieu. Pour l’être réellement, il doit assurer un rôle communautaire authentique, au-delà de la dimension purement transactionnelle et commerciale. Une salle d’escalade ne peut pas simplement se décréter tiers-lieu par affichage marketing. » Le co-auteur de La France sous nos yeux rejoint ainsi la pensée d’Antoine Burret, sociologue spécialiste des tiers-lieux, qui souligne clairement que « si un espace est uniquement dédié à la consommation, il ne peut prétendre être un tiers-lieu. Celui-ci doit impliquer une dimension sociale authentique de partage et d’entraide, allant au-delà de la simple transaction commerciale ». Pour les nouveaux réseaux de salle branchée, l'escalade deviendrait même un prétexte. « On ne vend pas de la grimpe, on propose un lifestyle », confessent en toute décontraction certains gestionnaires. Au même micro de Radio Campus, Antoine Kharsa abonde : « Chez nous, l'escalade est une toile de fond. Ça reste note coeur de métier mais c'est au fond une seule des raisons qui vont venir les gens. Le bar, la restauration, les espaces de co-working... sont autant d'autres raisons que la grimpe qui encouragent les gens à oser pousser la porte de notre salle d'escalade ». Rituels et micro-sociétés verticales Cette dynamique sociale, la salle d’escalade la doit surtout à ses propres rituels. On ne grimpe pas seul, même lorsqu’on grimpe seul. Autour du tapis ou des canapés se créent spontanément de petites interactions délicieusement absurdes mais profondément humaines. Le fameux « Allez ! » scandé avec conviction à un.e inconnu.e pendu.e au bout des bras, le discret échange de magnésie (comme une amitié scellée dans la poudre blanche), ou l’indispensable « check du poing » après un bloc réussi... Autant de micro-rituels théorisés il y a plus d'un demi-siècle par le sociologue canadien Erving Goffman dans son ouvrage La Mise en scène de la vie quotidienne (The Presentation of Self in Everyday Life, 1959). Pour Goffman, toute interaction sociale s’apparente à une véritable dramaturgie où chacun·e joue subtilement son rôle, naviguant constamment entre solidarité, modestie affichée et fierté discrète. « Après le Covid, les gens cherchent à intensifier leur expérience physique et sociale. Les salles d’escalade offrent parfaitement cette dimension hybride, combinant sport, sociabilité informelle et convivialité urbaine retrouvée » Jean-Laurent Cassely Ainsi, chaque salle finit par se constituer une tribu d’habitués, ces regulars chers à Oldenburg qui donnent son âme au lieu. Ils et elles connaissent tous les recoins du mur, chaque bloc mythique, chaque membre du staff. Leur rôle, essentiel, consiste souvent à intégrer les nouveaux venus. La salle devient alors une sorte de joyeux carrefour social, où les rituels anodins facilitent l’inclusion. On grimpe, certes, mais surtout on parle, on plaisante, on s’encourage, on crée du lien. Si Goffman revenait aujourd’hui, il grimperait sans doute du 4a, mais il saisirait immédiatement ces codes subtils qui font toute l’âme des salles modernes. Hic et nunc Si le tiers-lieu lieu se définit avant tout par la convivialité, la présence physique et les échanges directs, alors la salle d’escalade moderne relève presque d’une forme de résistance subtile à la numérisation à outrance du quotidien. Là où nombre d’interactions contemporaines se passent désormais à travers un écran, la grimpe indoor, elle, impose un retour à l’immédiateté du contact. Jean-Laurent Cassely, note justement que cette tendance à la présence retrouvée a été amplifiée par la période post-Covid : « Après le Covid, les gens cherchent à intensifier leur expérience physique et sociale. Les salles d’escalade offrent parfaitement cette dimension hybride, combinant sport, sociabilité informelle et convivialité urbaine retrouvée. » Dans ce contexte, la salle devient un espace rare, où se reconnecter physiquement et spontanément aux autres prend tout son sens. Certes, le numérique est là, jamais loin, mais la convivialité réelle qui émerge spontanément autour d’un tapis de grimpe constitue une petite victoire discrète contre l’atomisation digitale. On n’a pas forcément besoin d’une story Instagram pour valider sa séance : ici, la validation se fait dans le sourire complice d’un partenaire d’escalade, dans les applaudissements spontanés après un bloc réussi ou dans les échanges informels au bar. « Avec l’hybridation des salles d'escalade (coworking, restauration, fitness, douches), on assiste nécessairement à une hausse des tarifs, renforçant potentiellement l’exclusion économique » Gilles Rotillon Peut-être la salle d’escalade est-elle justement ce troisième lieu précieux qui rappelle aux urbains ultra-connectés qu’on peut encore « faire société » sans obligatoirement « faire du social » en ligne. Une piqûre de rappel physique dans un monde numérique, une sorte de résistance douce mais ferme à l’injonction permanente du tout-écran. Quand le tiers lieu doit faire sa part Bien sûr, soyons honnêtes deux secondes : l’analogie a ses limites. Malgré leur apparente ouverture, ces salles restent souvent marquées par une certaine homogénéité socio-culturelle. Les jeunes urbains aisés, branchés, diplômés s’y retrouvent en masse, laissant parfois de côté les moins favorisés, les plus âgés ou simplement ceux qui ne maîtrisent pas les codes du lieu. Cette « gentrification verticale », même involontaire, questionne la notion d’accessibilité du tiers-lieu. Gilles Rotillon, économiste spécialiste des loisirs sportifs, rappelle justement qu’« avec l’hybridation des salles d'escalade (coworking, restauration, fitness, douches), on assiste nécessairement à une hausse des tarifs, renforçant potentiellement l’exclusion économique ». Peut-on alors vraiment parler d’un espace social ouvert quand l’accès coûte un abonnement mensuel pas si anodin ? Peut-on vanter la convivialité universelle quand on y croise surtout ses clones sociaux ? Autant de questions un brin piquantes que les salles d’escalade doivent affronter honnêtement si elles veulent assumer pleinement leur vocation sociale. Grimper pour mieux vivre ensemble ? Alors, les salles d’escalade, nouveau bistrot vertical ou simple effet de mode urbain ? La réponse est probablement entre les deux. Oui, elles recréent du lien social, favorisent l’entraide et la convivialité, et permettent de « faire société » autrement. Mais elles ne doivent pas oublier leurs limites, leurs paradoxes, leurs angles morts sociaux. En définitive, peut-être que l’avenir de la salle d’escalade comme tiers-lieu tient dans sa capacité à grimper tout en gardant les pieds sur terre : créer du lien sans exclure, jouer la convivialité sans tomber dans la caricature branchée, devenir un vrai lieu de vie sans oublier l’essence de la grimpe – le plaisir simple, partagé, vertical. Comme le rappelle Antoine Burret : « Certains bars-tabacs, commerces alimentaires ou de proximité ancrés dans leur quartier, parce qu’ils remplissent une fonction de service aux habitants et de lien social, peuvent prétendre au statut de tiers-lieu. Mais cette association n’a rien de systématique ». Une bonne manière de rappeler que rien n’est acquis, et qu’un tiers-lieu authentique ne se décrète pas : il se construit jour après jour. Après tout, grimper ensemble, c’est déjà commencer à vivre ensemble. Et ça, ça mérite bien une IPA ou une limonade à la sortie du mur. Santé.
- Mont Fuji 2025 : ascension sous haute surveillance
Pour gravir le célèbre volcan japonais cet été, il faudra désormais montrer patte blanche – et porte-monnaie. L’ouverture de la saison d’ascension 2025 s’accompagne de mesures inédites : droit d’accès, réservation obligatoire, couvre-feu nocturne et quota strict de randonneurs sur le sentier principal. Un tournant destiné à juguler le surtourisme qui menace ce site sacré, au prix d’une petite révolution dans les habitudes. Chaque été, c'est la même ruée : des foules impatientes convergent vers le mont Fuji pour décrocher leur part de sacré, leur tranche d'éternité au lever du soleil depuis le toit du Japon. Mais depuis le 1er juillet 2025, la montagne aux estampes mythiques se découvre soudain un air inédit de citadelle sous haute surveillance. Tourniquets mécaniques, guichets monnayant le rêve, et rangers scrutant d’un œil sévère les chaussures des prétendants : « Fuji-san » ne cache plus ses ambitions de sélection naturelle. Fini l'ère des promeneurs du dimanche débarquant en sandales, appareil photo en bandoulière et insouciance en poche. Place à une ascension cadrée, codifiée, presque aseptisée : un pèlerinage 2.0 où la quête spirituelle croise l'exigence bureaucratique. C’est comme si le volcan légendaire, saturé par ses propres admirateurs, avait décidé de filtrer ceux dignes de fouler sa cendre, histoire de rappeler que même au pays des estampes et du kawaii, l’élégance reste une affaire de discipline. Chronique d’une indigestion volcanique Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2013, le mont Fuji s’est retrouvé pris malgré lui dans un engrenage touristique, jusqu’à frôler l’asphyxie. La cinquième station Subaru, sorte de parking d’autoroute sacralisé servant de tremplin à l’ascension, accueillait déjà plus de 5 millions de visiteurs annuels en 2019, doublant sa fréquentation en seulement sept ans. Rien qu’en juillet 2023, près de 65 000 randonneurs ont touché le sommet, un pic inédit gonflé de 17 % par rapport à l’avant-pandémie. Mais sous cette avalanche de marcheurs compulsifs, la carte postale idyllique s’est vite effritée : embouteillages sur les sentiers, toilettes à la propreté douteuse, détritus semés comme autant d’offrandes indésirables sur les pentes sacrées. Même les réseaux sociaux, habituellement prompts à magnifier l’expérience, se sont émus devant l’état lamentable de certains points de passage. C’est surtout la pratique du « bullet climbing » qui a mis le feu aux poudres. Cette ascension express, souvent improvisée en pleine nuit sans halte en refuge ni véritable temps de repos, est devenue populaire auprès des touristes pressés de capturer le lever du soleil au sommet. Ce « bullet climbing » nocturne pose problème, moins par sa durée – environ 6 heures – que par l’impréparation fréquente des marcheurs occasionnels, qui sous-estiment les risques liés aux températures nocturnes et au mal aigu des montagnes. Ce qui entraîné une multiplication alarmante des interventions de secours : 61 opérations en 2023 rien que du côté de Shizuoka, en hausse de 50 % sur un an, la plupart pour hypothermie ou mal aigu des montagnes. Fin 2023, dépassé par l’afflux de touristes imprudents en short et tongs, un responsable local qualifiait sans détour la situation de « hors de contrôle », craignant ouvertement que les véritables montagnards désertent un sommet transformé en Disneyland vertical. « Pas de polaire ? Pas de Fuji ! » Même l’UNESCO avait mis la pression dès l’inscription du site, exigeant du Japon des actions concrètes contre ce surtourisme menaçant directement la préservation du volcan. Faute d’amélioration, le prestigieux label était susceptible de voler en éclats. Le message, longtemps ignoré, a finalement percuté les autorités japonaises après un été 2023 chaotique. Inspirées, ou plutôt effrayées, par le sort d’autres lieux mythiques submergés par les foules — du Machu Picchu péruvien aux plages thaïlandaises — elles ont finalement décidé de prendre des mesures radicales. À l’aube de la saison 2025, Fuji-san a donc décidé d’ouvrir les portes du sanctuaire au compte-gouttes, quitte à vexer au passage quelques adorateurs de son cône parfait. Fuji passe en mode VIP : quotas, réservations et couvre-feu au sommet Face à l’afflux chronique de pèlerins improvisés, les préfectures de Yamanashi et Shizuoka ont décidé de remettre un peu d’ordre sur le Fuji, avec une série de mesures à la fois strictes et ingénieuses. Première innovation : l’ascension devient officiellement payante. Terminé le temps des dons symboliques de 1 000 yens glissés nonchalamment dans une boîte rouillée. Désormais, c’est un droit d’entrée obligatoire de 4 000 yens (environ 25 €) qui attend chaque aspirant randonneur. Certes, on est loin du coût d’une expédition sur l’Everest, mais l’idée est symbolique. Deuxième mesure de taille : le plafonnement quotidien à 4 000 ascensions sur le sentier Yoshida, itinéraire vedette du versant nord. Pour entrer dans ce cercle restreint, une seule voie possible : réserver préalablement son créneau en ligne, en s’engageant par la même occasion à respecter un « contrat du randonneur », sorte de charte du parfait montagnard, incluant l’obligation de porter vêtements chauds, chaussures adéquates et bonne conduite. Les heureux élus reçoivent un QR code à présenter au point de contrôle ; quant aux retardataires, une maigre consolation : chaque jour, 1 000 places sont réservées aux moins prévoyants. Autant dire que ceux-là devront se lever tôt pour espérer décrocher leur place au soleil levant – sous peine de rester bredouille en bas du volcan, avec un souvenir amer et zéro selfie à la clé. Troisième nouveauté, véritable couvre-feu sur les pentes du Fuji. Pour décourager la pratique du « bullet climbing », les autorités ferment désormais l’accès au sentier dès 14h, jusqu’à 3h du matin, à tous ceux qui ne disposent pas d’une réservation en refuge d’altitude. Fini donc l’escapade improvisée en pleine nuit pour attraper la première lueur sur le cratère : la barrière du Fuji ne laisse désormais passer que les randonneurs prévoyants, dûment équipés et munis d’un lit réservé. Certes, les amateurs d’aventure spontanée en maugréeront, mais entre sauver quelques orteils gelés et sacrifier une poignée de romantismes mal placés, le choix des autorités est vite vu. Avec moins de passages, l’érosion des sols volcaniques fragiles devrait diminuer mécaniquement, tout comme la quantité de déchets à gérer sur les pentes sacrées. Enfin, histoire de muscler davantage le dispositif, des « Mt. Fuji rangers », gardiens officiels du volcan, veillent désormais scrupuleusement à l’entrée du sentier. Mission : vérifier les réservations, mais surtout l’équipement des candidats à l’ascension. Exit les tongs, les shorts fluos et autres débardeurs estivaux. Dorénavant, c’est veste chaude, chaussures adaptées et tenue sérieuse exigées. Le slogan pourrait presque être : « Pas de polaire ? Pas de Fuji ! ». En bons physionomistes du trek alpin, ces rangers pourront donc refouler sans sourciller les touristes trop légers pour affronter les rigueurs d’une montagne qu’on oublie trop vite être une montagne. Ces vigiles bienveillants, façon videurs des hauteurs, assurent également un rôle de pédagogues, rappelant aux visiteurs quelques règles élémentaires : interdiction formelle de camper hors des refuges, défense absolue d’allumer des feux sauvages et, évidemment, de semer ses déchets en chemin. À noter tout de même que ces règles strictes s’appliquent pour l’instant principalement au versant Yamanashi et à son sentier Yoshida. Du côté de Shizuoka, les trois autres voies (Subashiri, Gotemba et Fujinomiya) adoptent certes elles aussi le nouveau péage à partir du 10 juillet, mais restent pour le moment sans limitation journalière. Une générosité passagère, qui pourrait vite évoluer si les foules déboutées au nord venaient soudain à migrer massivement au sud. Quoi qu’il en soit, l’argent collecté via ce péage sera réinvesti dans l’amélioration des infrastructures d’accueil – entretien des sentiers, sanitaires, services d’assistance multilingues, voire dispositifs de secours renforcés – manière habile d’instituer un éco-péage en application directe du sacro-saint principe : « pollueur-payeur ». Le Fuji-san n’a peut-être pas dit son dernier mot, mais pour 2025, il a clairement décidé d’imposer ses propres règles du jeu. Entre régulation du tourisme et reconquête écologique Avec ces nouvelles mesures restrictives, la question n’est pas tant de savoir si le Fuji verra moins de monde cette année – c’est une évidence – mais de mesurer quelles en seront les conséquences concrètes. L’impact touristique immédiat paraît clair : un nombre de visiteurs réduit, c’est potentiellement moins de recettes pour les refuges et les commerces de la station, habitués jusqu'ici à profiter d’un flux quasi-ininterrompu de randonneurs. Mais ce calcul rapide pourrait cacher une dynamique plus subtile. Moins de visiteurs, certes, mais probablement mieux préparés, plus engagés, prêts à débourser davantage pour une expérience moins chaotique. Le pari des autorités est en somme celui d’un tourisme plus qualitatif, moins focalisé sur le volume que sur la valeur, où le plaisir de gravir le volcan mythique redeviendrait un luxe abordable mais non systématique. Côté environnement, le bilan s’annonce nettement positif. Avec moins de passages, l’érosion des sols volcaniques fragiles devrait diminuer mécaniquement, tout comme la quantité de déchets à gérer sur les pentes sacrées. L’argent récolté grâce au péage obligatoire offrira des ressources financières précieuses pour restaurer les infrastructures de manière durable, à commencer par la gestion des déchets, l’entretien des sentiers et des sanitaires enfin dignes d'un site classé par l’UNESCO. Sur le papier, ce mécanisme de « pollueur-payeur » semble taillé pour réconcilier fréquentation touristique et préservation environnementale. Si le mont Fuji fait aujourd’hui figure de pionnier involontaire dans la lutte contre le surtourisme, il est loin d’être le premier – et certainement pas le dernier – à tirer le signal d’alarme. Mais la réussite de ce modèle repose sur une inconnue majeure : sa mise en œuvre sur le terrain. Le dispositif de contrôle pourra-t-il tenir ses promesses face aux réalités pratiques et humaines ? Rangers et barrières suffiront-ils à maintenir efficacement le filtre ? Et surtout, comment gérer l’inévitable report de fréquentation vers d’autres itinéraires – en particulier ceux du versant sud (Shizuoka) qui, pour l’instant, restent sans quotas ? Si l’on voit apparaître une ruée sur ces sentiers alternatifs, les autorités locales devront rapidement réagir pour éviter que le problème ne se déplace simplement de quelques kilomètres. Le Fuji 2025 s’affiche donc comme une expérimentation grandeur nature, un laboratoire d’où pourrait émerger un nouveau modèle touristique, plus responsable, adapté aux réalités écologiques de notre époque. Son succès ou son échec apportera des enseignements précieux, bien au-delà des frontières japonaises, pour tous ceux qui tentent de résoudre l’équation complexe : comment préserver nos joyaux naturels sans les priver totalement de visiteurs ? En attendant, Fuji-san fait office de pionnier – malgré lui – dans une transition touristique dont le monde entier scrute désormais les résultats. Fuji-san et compagnie : l’époque des grands espaces en accès limité ? Si le mont Fuji fait aujourd’hui figure de pionnier involontaire dans la lutte contre le surtourisme, il est loin d’être le premier – et certainement pas le dernier – à tirer le signal d’alarme. Partout dans le monde, les sites naturels ou culturels emblématiques confrontés à une avalanche de visiteurs cherchent la parade idéale : quotas, billets réservés, tarifs gonflés, tout est bon pour endiguer le flot des foules. Prenez le Machu Picchu au Pérou, cette cité inca que des hordes de voyageurs impatients menaçaient littéralement de réduire en poussière. Pour sauver les pierres sacrées de l’érosion touristique, les autorités péruviennes ont imposé depuis quelques années une jauge très stricte, limitée à 5 600 visiteurs par jour en haute saison, répartis sur des créneaux horaires précis et obligatoirement accompagnés de guides agréés. Obtenir un billet relève désormais du parcours du combattant – mais à ce prix seulement la « cité perdue » pourra retrouver un semblant de sérénité. Le Pérou a compris, peut-être avant tout le monde, que pour éviter l’asphyxie d’un site exceptionnel, le ticket d’entrée se devait d'être exigeant, et pas seulement symbolique. En Italie, les Dolomites, patrimoine mondial de l’UNESCO prisé des instagrammeurs amateurs de turquoise parfait et de ciels limpides, sont entrées elles aussi en résistance. Face à des pics de fréquentation qui transformaient chaque été certaines vallées en embouteillage permanent, les autorités du Tyrol du Sud ont réagi dès 2023 en plafonnant carrément les nuitées au niveau de 2019 et en instaurant un gel total des nouvelles constructions touristiques. Certains sites-phare, comme l’incontournable lac de Braies, imposent désormais une réservation préalable obligatoire. Autant dire qu’on ne débarque plus dans les Alpes italiennes sur un coup de tête : là-bas aussi, la beauté naturelle se mérite désormais. Mais le cas le plus emblématique reste peut-être l’Everest, transformé ces dernières années en autoroute d’altitude où les prétendants à l’exploit s’entassent parfois tragiquement dans la fameuse « zone de la mort ». Après une photo virale en 2019 montrant une interminable file d’attente au sommet, le Népal tente timidement de reprendre la main. Depuis 2025, le permis d’ascension est passé de 11 000 à 15 000 $, et chaque candidat doit désormais prouver qu’il a déjà gravi un sommet de 7 000 mètres minimum. Malgré ces garde-fous, la saison 2025 affichait encore plus de 500 permis distribués, soit potentiellement 1 000 personnes sur une même pente en quelques semaines. La route vers une véritable régulation reste longue pour le toit du monde, tiraillé entre l'impératif de sécurité et la manne économique que représente le tourisme d’altitude. Ces exemples, du Machu Picchu aux Dolomites en passant par l’Himalaya, traduisent une tendance universelle : l’époque bénie où les sites naturels d’exception étaient librement accessibles à tous touche progressivement à sa fin. La régulation s’impose partout comme la seule voie raisonnable pour protéger un patrimoine mondial fragilisé par l’explosion du tourisme globalisé. Des temples indonésiens de Borobudur, où les prix ont quadruplé, à Venise, où l’on a déjà instauré un péage urbain, en passant par la plage thaïlandaise de Maya Bay, fermée plusieurs années pour cause de surfréquentation, la planète entière cherche à conjuguer fréquentation et préservation. Ainsi, le mont Fuji n’est finalement qu’un laboratoire parmi d’autres – mais sa réussite ou son échec auront valeur d’exemple. Si le Japon parvient à préserver son volcan sacré sans vider totalement ses pentes, la démonstration sera faite que tourisme contrôlé peut rimer avec plaisir retrouvé. Dans le cas contraire, si les effets pervers l’emportent, il faudra repenser la stratégie. En attendant, Fuji-san aura eu le mérite de rappeler une évidence : même à l’époque du selfie et du tourisme de masse, les sommets ne se conquièrent pas sans respect ni discipline. Comme le disait déjà le proverbe, « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». À gravir sans conscience, on abîme ce qu’on prétend aimer. Voilà sans doute le message le plus profond, caché derrière la nouvelle réglementation du plus célèbre volcan nippon.
- Fusillade à Memphis Rox : deux morts dans la salle d’escalade
Le dimanche 29 juin 2025, une fusillade éclate à Memphis Rox, salle d’escalade associative fondée par le réalisateur Tom Shadyac au cœur du quartier défavorisé de Soulsville, à South Memphis (Tennessee). Deux hommes perdent la vie, dont Jarmond Johnson, 25 ans, figure emblématique du lieu. Un drame qui ébranle toute une communauté et remet en question l’idée même du refuge face à la violence. © Walltopia Aucune paroi, aussi solide soit-elle, n’est capable d’arrêter la violence lorsqu’elle décide de franchir le seuil. Pas même celles de Memphis Rox, née en 2018 dans un ancien supermarché abandonné, rapidement devenue un symbole national d’inclusion et de résilience sociale. Ici, chacun grimpe selon ses moyens, grâce à un modèle économique inédit : « Payez ce que vous pouvez ». Le lieu, créé pour offrir aux jeunes du quartier une alternative à la rue, incarne une promesse forte : offrir à tous, sans distinction d’origine ou de revenus, un espace d’espoir et de dignité. Pourtant, ce dimanche après-midi vers 16h, la violence s’est invitée à l’entrée de la salle. Une dispute entre deux hommes dégénère subitement en fusillade, coûtant la vie à Jarmond Johnson et une autre victime non encore identifiée. La salle ferme immédiatement, les proches encaissent, la communauté tente de comprendre. Comment ce lieu pensé comme un sanctuaire social peut-il devenir en quelques secondes le théâtre d’un drame aussi brutal ? Que révèle cette tragédie sur une société où même les espaces de solidarité ne sont plus épargnés ? Voici ce que l’on sait aujourd’hui. Bilan et identités des victimes et du suspect Parmi les deux victimes figure Jarmond « Mond » Johnson, employé historique de Memphis Rox. Grimpeur investi, apprécié pour son engagement auprès des jeunes du quartier, Jarmond allait devenir père, ce qui rend son décès encore plus douloureux pour la communauté locale. À ce stade, les autorités n’ont pas encore communiqué l’identité de la seconde victime. Sur les lieux, la police a interpellé Farris Haley, âgé de 28 ans, accusé d’avoir tenté de dissimuler une arme utilisée durant l’altercation en la cachant dans un véhicule stationné à proximité. Haley a résisté activement au moment de son arrestation et reste en détention provisoire, dans l’attente d’être présenté devant un juge. Aucune charge directe liée aux tirs mortels ne pèse contre lui actuellement. Circonstances de l’altercation et déroulement des faits Selon les premiers éléments de l’enquête, tout commence par un échange tendu à l’entrée de Memphis Rox entre deux hommes se connaissant déjà. Rapidement, la dispute dégénère, laissant place à une fusillade aussi violente que soudaine, prenant totalement par surprise grimpeurs et employés présents à l’intérieur de la salle. L’un des protagonistes est tué sur place, l’autre décède peu après son transport à l’hôpital. Dans ces instants dramatiques, plusieurs témoignages évoquent des actes héroïques : Jarmond Johnson lui-même aurait tenté de protéger les personnes présentes, sacrifiant sa vie pour les autres. Des grimpeurs et membres du personnel sont également intervenus pour mettre à l’abri les témoins, reflétant la solidarité forte qui anime ce lieu. Enquête policière et déclarations officielles L’enquête ouverte par la police de Memphis (MPD) privilégie l’hypothèse d’un conflit d’ordre privé entre les deux victimes. Les enquêteurs écartent pour l’instant toute idée d’une attaque préméditée contre la salle elle-même, considérant l’événement comme un incident isolé ayant mal tourné. Les autorités s’appuient désormais sur les analyses balistiques et les images de vidéosurveillance, si disponibles, afin de déterminer précisément les responsabilités de chacun. Un appel à témoins est lancé pour toute information pouvant faire avancer les investigations. Fermeture temporaire et mesures de sécurité Dès le lendemain du drame, Memphis Rox annonce une fermeture provisoire d’au moins une semaine. Toutes les activités sportives et communautaires sont suspendues pour permettre aux équipes et à la communauté de vivre leur deuil et de gérer le traumatisme immédiat. La direction du lieu précise toutefois que cette fermeture est uniquement temporaire, réaffirmant son engagement envers la mission sociale initiée par Tom Shadyac en 2018. La fusillade interroge cependant sur l’efficacité des mesures de sécurité dans cet espace jusqu’alors considéré comme sûr. Des témoins ont confirmé qu’un gardien de sécurité était présent lors des faits et serait intervenu courageusement. Memphis Rox n’a pour l’heure pas annoncé officiellement de changements dans ses protocoles, mais il semble évident que l’incident pousse à repenser rapidement les dispositifs de sécurité, notamment concernant les contrôles à l’entrée et la surveillance interne. Au-delà des mesures techniques, la priorité immédiate du centre reste humaine : accompagner les familles touchées, préserver l’esprit solidaire et inclusif qui a toujours caractérisé Memphis Rox, et assurer que ce lieu emblématique puisse continuer à offrir un espace de dignité, malgré les blessures profondes infligées par ce drame.
- PEAK : des scouts en short au sommet des ventes
Quatre éclaireurs mal équipés, une montagne qui change tous les matins et une physique aussi instable que la météo alpine. Avec PEAK, jeu indépendant sorti de l’obscurité d'une game jam, les studios Aggro Crab et Landfall viennent d’atteindre le million de ventes en moins d’une semaine sur Steam, la célèbre plateforme de jeux vidéo PC. Retour analytique et pince-sans-rire sur un phénomène vidéoludique aussi inattendu que vertigineux. © PEAK Dans l'univers saturé du jeu vidéo, rares sont les titres capables d'émerger sans un budget colossal et une campagne marketing orchestrée à grand renfort d'affichage publicitaire. Pourtant, PEAK fait partie de ces raretés qui défient les lois habituelles du marché, transformant l'essai d'un mois de programmation intensive en un phénomène culturel immédiat. D’apparence légère et humoristique, ce jeu coopératif d’escalade porte en lui quelque chose de profondément révélateur : derrière l'absurdité manifeste d’une physique délirante et d’un gameplay chaotique, PEAK questionne nos rapports au collectif, au défi absurde, et à l'échec ludique comme moteur du plaisir partagé. Une genèse aussi improbable que sa physique PEAK n’aurait jamais dû exister ailleurs que dans les archives d’une obscure game jam, ces marathons créatifs où des développeurs s’enferment plusieurs jours pour créer un jeu de toutes pièces. C’est pourtant là, en février 2025 à Séoul, que le projet voit le jour, fruit d’une collaboration inattendue entre deux studios indépendants déjà connus pour leurs expérimentations ludiques audacieuses : Aggro Crab et Landfall . Sous le nom de Landcrab, les deux équipes fusionnent leurs expertises respectives pour imaginer un jeu dont le pitch, en apparence banal, cache en réalité une métaphore ludique savoureuse : quatre scouts en short, perdus sur une île mystérieuse, doivent atteindre un sommet qui semble à la fois proche et totalement inaccessible. Le résultat, annoncé discrètement en avril via un teaser sans prétention, s’est transformé en un véritable raz-de-marée à sa sortie officielle le 16 juin 2025 sur Steam, plateforme de référence pour les jeux vidéo PC indépendants. En quelques jours seulement, les ventes dépassent toutes les prévisions, propulsant les développeurs, incrédules mais ravis, dans un scénario digne des meilleures fables du jeu indépendant. Coopération ou l’art subtil d’échouer ensemble À première vue, PEAK semble avoir pris le contre-pied du réalisme prôné par les simulateurs de montagne traditionnels. Ici, la grimpe est à la fois absurde, maladroite, et incroyablement exigeante en termes de coopération. Chaque joueur incarne un éclaireur équipé sommairement, confronté à une physique du jeu volontairement instable, transformant chaque mouvement en une succession comique de chutes, glissades et autres embarras corporels. La mécanique du jeu force l'entraide : impossible d’avancer sans poser des cordes, tendre des mains virtuelles, attendre son camarade qui glisse inévitablement sur une méduse au mauvais endroit au mauvais moment. © PEAK En sous-texte, le jeu offre une lecture philosophique de l’échec : on échoue souvent, mais toujours ensemble, de manière collective et jubilatoire. L'individualisme y est immédiatement puni par l’apparition d’une créature mystérieuse venue des brumes pour rappeler sèchement que l’ascension est collective ou ne sera pas. Cette dimension réflexive est sans doute l’un des secrets de son succès immédiat auprès d’un public saturé de productions répétitives. Autre force majeure du jeu : sa rejouabilité quasi infinie. Chaque jour, PEAK génère une nouvelle carte, modifiant complètement la topographie de l'île. Le sommet reste le même objectif inatteignable, mais le chemin pour y arriver change du tout au tout. Cette variété quotidienne pousse les joueurs à revenir régulièrement, non pour vaincre définitivement la montagne, mais pour explorer sans cesse de nouvelles manières de « presque réussir ». Ce renouvellement constant et l'aspect communautaire (les joueurs se retrouvent souvent pour comparer les stratégies du jour) explique en partie l’addiction joyeuse que PEAK provoque chez ses adeptes. Un phénomène sans marketing mais pas sans raison Vendu environ 5 euros lors de son lancement, PEAK entre de plain-pied dans cette catégorie de jeux indépendants dont la réussite tient davantage au bouche-à-oreille et au streaming qu'à des campagnes publicitaires élaborées. Ce faible coût d’entrée combiné à une viralité naturelle sur les plateformes comme Twitch et YouTube a permis au jeu de toucher un public très large, dépassant les cercles habituels de joueurs expérimentés. Le phénomène rappelle les succès imprévus de Phasmophobia ou Lethal Company, jeux coopératifs dont le plaisir vient moins de l'excellence technique que des situations comiques ou effrayantes qu'ils produisent spontanément chez les joueurs. © PEAK Ce positionnement intelligent (mais probablement involontaire) a permis à PEAK de s’imposer comme une sorte de « must-have » ludique pour qui cherche à rire autant qu’à relever des défis absurdes entre amis. Derrière l’absurde, la rigueur discrète des correctifs Succès fulgurant oblige, PEAK a rapidement connu son lot de difficultés techniques. Très vite, l'équipe Landcrab a dû gérer un afflux massif de joueurs entraînant des bugs inattendus, notamment des crashs fréquents sur les cartes graphiques AMD dans certains environnements spécifiques du jeu. Réactifs, les développeurs ont publié dès la première semaine plusieurs patchs techniques (1.4a et 1.5a), stabilisant rapidement l'expérience tout en ajoutant des fonctionnalités réclamées par les joueurs : l'apparition d’un mode lobby privé et la possibilité d’abandonner dignement une partie mal engagée. Cette réactivité montre, au-delà de l’humour de façade, une véritable maîtrise technique et un respect attentif des retours communautaires. Le chaos apparent du jeu dissimule ainsi une gestion rigoureuse et professionnelle d'un succès aussi inattendu que mérité. Le sommet, et après ? Avec plus d'un million de ventes en quelques jours, PEAK se pose désormais en cas d'école du jeu indépendant contemporain : un produit culturel né spontanément, porté par un humour intelligent et une philosophie subtile de l’échec collectif. La question que se posent aujourd’hui Aggro Crab et Landfall est probablement la suivante : comment maintenir l’élan initial ? Comment transformer l'éphémère surprise en une ascension durable, voire en une saga vidéoludique ? Une chose est certaine : derrière ses scouts maladroits et ses chutes permanentes, PEAK a su toucher une corde sensible chez un public avide d’expériences authentiques, comiques, et en définitive profondément humaines. Reste à voir si ce coup d’éclat saura s’inscrire dans la durée ou si, comme ses joueurs, il devra recommencer sans fin l’ascension de son succès initial.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Chamonix : programme, horaires, streaming et prize money
Du 11 au 13 juillet 2025, la Coupe du monde IFSC débarque à Chamonix (France) pour sa traditionnelle étape phare combinant les disciplines vitesse et difficulté. Depuis le retrait de la date briançonnaise, c’est désormais la seule étape française au calendrier, rendant ce rendez-vous chamoniard encore plus attendu et prestigieux. L'événement aura lieu sur l’emblématique Place du Mont-Blanc, offrant aux athlètes et spectateurs un décor alpin unique au pied du Mont-Blanc. Voici toutes les infos pratiques pour suivre la compétition en direct : horaires précis, programme complet, streaming et prize money © David Pillet Où regarder Chamonix 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme toujours, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC, mais en France et en Europe, les finales seront restreintes à cause des droits exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est nécessaire pour suivre les finales en direct. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement sur Olympic Channel dès le lendemain. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo mais vous pourrez suivre les résultats en temps réel sur le site officiel de l’IFSC. © David Pillet Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Cracovie) Vendredi 11 juillet – Qualifications vitesse 18h45 à 20h15 : Qualifications vitesse femmes puis hommes (résultats live uniquement) Samedi 12 juillet – Qualifications difficulté & Finales vitesse 09h00 à 17h00 : Qualifications difficulté hommes et femmes (résultats live uniquement) 21h00 à 22h15 : Finales vitesse femmes et hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 13 juillet – Demi-finales & Finales difficulté 10h00 à 12h30 : Demi-finales difficulté hommes et femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 20h30 à 21h25 : Finale difficulté hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 21h25 à 22h20 : Finale difficulté femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Chamonix est classée « Basic » par l’IFSC. Voici la répartition des gains : 🥇 1er : 3 690 € 🥈 2e : 2 460 € 🥉 3e : 1 722 € 4e : 1 230 € 5e : 984 € 6e : 861 € 7e : 738 € 8e : 615 € Suivre Chamonix 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Chamonix 2025 Dates : du 11 au 13 juillet 2025, à Chamonix (France), disciplines vitesse et difficulté. Unique étape française au calendrier depuis le retrait de Briançon, très attendue par le public. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales restreintes sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Basic : jusqu’à 3 690 € pour les vainqueurs. Résultats en direct sur https://ifsc.results.info. Mi-juillet, tous les regards seront tournés vers Chamonix pour cette étape française désormais incontournable, véritable fête de l’escalade internationale au pied du Mont-Blanc. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.
- La gentrification de l’escalade n’aura pas lieu
Bleausard et ouvrier, Jean-Jacques Naëls traîne cinquante ans d’escalade à grimper, créer et réparer des circuits. Face à la démocratisation d’un sport auquel il a consacré sa vie, il nous livre son regard sur l’évolution sociologique de la discipline. Persistance des clivages sociaux, escalade bichonnée, rejet de la gentrification… attention, ça risque de zipper. © Erwan Mouton / Vertige Media Je me présente, je suis Essonnien, j’ai plus de soixante-dix ans et ça fait un peu plus de cinquante ans que je pratique assidûment l’escalade. Il y a un demi-siècle, quand j’ai commencé l’escalade, c’était déjà une discipline préférentielle de la classe des « avantagés » de la société. Les grimpeurs lorsqu’ils pouvaient se permettre d’aller à « Cham » (Chamonix, ndlr) par exemple, prenaient une chambre dans un hôtel plus ou moins étoilé. Et ceux qui ne pouvaient pas dormaient à la belle étoile ou dans un camping bon marché, où on se lavait à l’eau froide. Deux salles, deux ambiances : le miroir de nos fractures sociales À l’époque, seuls 3% des adultes qui s’adonnaient à l’escalade étaient ouvriers. C’est à cause de cette réalité sociologique que l’on qualifiait alors l’escalade de sport de riche ou de sport bourgeois quand bien même on pouvait le pratiquer sans être précisément un bourgeois argenté ! Bon nombre de grimpeurs n’avaient pas de compte bien sonnant et trébuchant : les étudiants et les enseignants, les fonctionnaires et les employés ne roulaient pas sur l’or non plus. S'il est indéniable que c’est un sport culturellement et financièrement exigeant, ce n’est pas non plus pour cela un sport réservé, en soi. Dit autrement, l’escalade ce n’est pas le polo, l’équitation, le golf ou la Formule 1, et je vois mal comment elle peut le devenir. Ces disciplines nécessitent des investissements financiers considérables, tandis que l'escalade, même onéreuse, reste plus accessible. Il est aventureux de prétendre que l’escalade se gentrifie, sous prétexte que cela devient spectaculairement évident grâce aux salles d’escalade intentionnellement fastueuses, érigées qui plus est dans les quartiers où les grands ensembles n’existent pas Ce qui signifie, qu’aujourd’hui comme hier, il y a une certaine disparité socio-professionnelle et culturelle dans le milieu de l’escalade, comme il peut y en avoir dans les sports comme le tennis, connoté bourgeois. Sauf qu’avec les salles d’escalade, cette démarcation très claire entre les milieux des grimpeurs se voit davantage. C’est un peu comme les hôtels fortement étoilés dans certains quartiers. Je m’explique. La clientèle des salles d’escalade correspond au profil culturel et socio-professionnel de la population du secteur dans lequel elles sont implantées. Vous avez donc d’un côté des salles qui font bar avec terrasse garnie de transats. De l’autre, des salles avec une machine à sous pour se servir une boisson et des toilettes minimalistes. Deux salles, deux ambiances, qui ne s’adressent pas à la même population. Il est donc aventureux de prétendre que l’escalade se gentrifie, sous prétexte que cela devient spectaculairement évident grâce aux salles d’escalade intentionnellement fastueuses, érigées qui plus est dans les quartiers où les grands ensembles n’existent pas. Je comprends que l’on vienne à penser que l’escalade se gentrifie dans le sens qu’il y a vingt ans, les salles d’escalade opulentes et accessibles en métro n’existaient pas. Mais c’est quand même une affirmation hâtive. Il me semble qu’il est aisé de voir que le démarquage socio-économique est prescrit depuis toujours par notre société., Aussi, je ne vois pas pourquoi il y aurait lieu de s’étonner de ce démarquage alors même que l’escalade est devenue une activité qui compte. En effet, tout le monde sait cela : l’escalade en salle commerciale est une affaire d’entreprise et de chiffre d'affaires. Personne ne s’étonne qu’il faille s’acquitter d’un billet d’entrée pour grimper, comme personne ne se plaint qu’il faille payer pour regarder un film. En somme, tout le monde est d’accord pour payer un droit de voir, d’écouter ou de faire une activité, pourvu d’être satisfait. © Erwan Mouton / Vertige Media Les cinq étoiles de l’escalade cocooning De fait, la bonne question est sans doute celle-ci : que paye le grimpeur lorsqu’il se rend dans une salle d’escalade avec billet d’entrée ? On peut répondre qu’il paye ce qu’il est venu chercher. Bien souvent, pour les plus exigeants : il s’agit de l’escalade bichonnée, de l’escalade cocooning. En détail, le grimpeur paye pour un espace escalade cinq étoiles, car il n’y est pas rentré par hasard. Et chaque étoile possède sa spécificité. 🌟 La proximité : on y vient en métro, à pied, en vélo, et en trottinette... Rien à voir avec les embouteillages qu’il faut se taper quand on va grimper dehors, loin de la ville, voire très loin même. 🌟La sociabilité : on vous accueille d’entrée de jeu en ami, avec un sourire radieux, tutoiement et éventuellement une tape sur l'épaule. On fait tout pour que vous soyez à l’aise, que vous vous reconnaissiez avec les autres clients qui, en gros, vous réconfortent sur votre distinction : c’est l’effet de confrérie. 🌟 Le confort : l’athlète dispose de tous les équipements nécessaires pour ranger ses petites affaires, se toiletter et relaxer ses muscles. Mieux qu’à la maison ! 🌟Le désengagement aventureux : Une fois passée la porte d’entrée située juste avant l’espace bar et restauration, les aléas météorologiques du dehors n’y existent plus. Quand vous vous lancez, il y a souvent un ange gardien qui veille à vous rappeler à l’ordre si vous faites une erreur d’assurage, par exemple. Seuls ceux qui grimpent en tout terrain le savent : par rapport à l’escalade en extérieur, la prise de risque est par principe réduite. 🌟 Le cognitif simplifié : Comme l’environnement et les lignes d’escalade sont colorés pour être parfaitement discernables, cela facilite la prise de décision dans la composition des gestes à accomplir. Du moins, « la lecture » est plus évidente que sur les matériaux naturels ce qui incite à la paresse, à refuser même de se confronter aux exigences de l’escalade d’aventure. Et je parle là de vieux camarades qui finissent par ne grimper qu’en salle, car au moins là, ils parviennent à se maintenir dans un bon niveau de difficulté. C’est tout cela que le grimpeur moderne aime : grimper dans un cadre hôtelier étoilé. Et en effet, il vaut mieux être de la caste des CSP+ si l’on veut s’approprier les soi-disant codes culturels et sociaux de l’escalade. Il me semble que si ces salles d’escalade « cocooning » fonctionnent bien, c’est aussi parce que les privilégiés de notre société retrouvent la distinction sociale et culturelle qu’ils étaient venus chercher. Et s’ils s'y sentent comme chez eux, c’est parce que ces salles sont souvent conçues par des grimpeurs qui ont les mêmes codes culturels et sociaux. Ce n’est pas un petit luxe de pouvoir venir comme ça, tranquille, au milieu de l’après-midi dans une des salles d’escalade implantées non loin de chez soi ou de son boulot. La plupart de ces clients ont cette propension inconsciente à obéir aux codes de leur classe socio- professionnelle. C’est tout cela que le grimpeur moderne aime : grimper dans un cadre hôtelier étoilé. Et en effet, il vaut mieux être de la caste des CSP+ si l’on veut s’approprier les soi-disant codes culturels et sociaux de l’escalade. Des codes que bien des grimpeurs des années 80 et 90 ont beaucoup de peine à reconnaître quels que fussent leurs milieux socioprofessionnels. Je n’établis pas un jugement moral, je souhaite seulement dire comment mes yeux d’ouvrier voient ce beau monde dans lequel j’ai baigné, sans trop boire la tasse. Car entre nous, si seulement 3% des pratiquants réguliers sont ouvriers, aujourd’hui comme hier, c’est qu’il y a en cela une raison sociologique intéressante à étudier. Et surtout, une réalité qui pose que cette fameuse « gentrification » est une illusion temporaire.
- Cory Richards : le vertige bipolaire
Il est peut-être le meilleur alpiniste américain de tous les temps et pourtant ses exploits en montagne semblent désormais des anecdotes. Depuis qu’il s’est retiré du monde des expéditions, Cory Richards a raconté sa vie en altitude et ses troubles bipolaires dans un livre monumental. Un livre sur la santé mentale d’un type qui, à 44 ans, est allé très haut mais surtout très bas. Interview tout en profondeur. Cory Richards, pas vraiment sur le divan © Vertige Media Nous avons terminé la lecture de Les Brûlures de glace de Cory Richards la veille de notre rencontre avec l’auteur. Traduit en français par Charlie Buffet, le livre qui s’intitule The Color of Everything en anglais est paru l’an dernier aux États-Unis. Sa traduction française quant à elle est sortie le mois dernier en France aux éditions Paulsen. Au moment d’accueillir l’ancien alpiniste de 44 ans devenu conférencier et ambassadeur de la santé mentale, une question surgit : dans quel état sera-t-il ? Cory Richards s’est tellement livré sur plus de 400 pages qu’il est difficile de savoir par où commencer : ses internements en hôpital psychiatrique, sa tentative de suicide, ses épisodes mixtes qui le hantent encore, le deuil de ses compagnons de cordée, ses démons qui surgissent en altitude. Et voilà qu'il débarque, tout sourire, se lance dans des hugs et confie combien il est heureux de vivre une matinée ensoleillée à Paris pour la première fois de sa vie. Nous avons en face de nous le premier et le seul Américain à avoir gravi un sommet de 8000 mètres en hiver. En descendant, il échappera de très peu à une avalanche. Il en tirera un documentaire multi-récompensé, Cold, et l’autoportrait qu’il prendra juste après avoir sorti la tête de la neige fera le tour du monde. Pour autant, nous n’en parlerons pas dans l’interview, ou très peu. La conversation que nous avons eue est une réflexion profonde sur la condition humaine, la souffrance, la résilience et le sens. Cet entretien a « la couleur du tout ». Et forcément, c’est vertigineux. Vertige Media : Comment vas-tu aujourd'hui, Cory ? Comment te sens-tu dans cette période de ta vie ? Cory Richards : Mec, je vais très bien. Vraiment. Ce nouveau chapitre, cette nouvelle façon de tourner la page… Je pense que l'écriture du livre a beaucoup aidé. J’ai la sensation de revenir à la maison. J’éprouve un sentiment d'ancrage que je n'avais jamais ressenti. Un sentiment de paix, aussi. J’ai tellement réfléchi à ma condition que j’ai désormais accepté le fait que j’ai un corps qui a le droit d’être déprimé. Si je me sens bien, je me sens bien. Si je me sens mal, je me sens mal. Vertige Media : Cette paix que tu mentionnes, est-elle continue ? Cory Richards : Eh bien, je pense qu'il y a plusieurs façons de penser la bipolarité, qui est en quelque sorte le principal diagnostic que je porte. Je n'aime pas dire que je l'ai. Je porte la bipolarité. Je navigue avec. Je voyage à ses côtés. Quand on parvient à la gérer, c'est un superpouvoir. C'est absolument exceptionnel. La bipolarité vient évidemment avec ses complications, sa complexité. Donc est-ce que ça veut dire que je n'ai pas été déprimé par moments ? Bien sûr que si. 2025 a été hard. Ça a été très très hard. Mais ça ne veut pas dire que je ne vais pas bien. Il y a une différence entre être perturbé et ne pas aller bien. Je pense que j’ai été très perturbé cette année mais il y a toujours eu une partie de moi qui était en paix. 2025 a probablement été l'expérience la plus douloureuse de ma vie. Mais je ne suis pourtant pas descendu aussi bas que précédemment dans ma vie. J'ai été très, très bas. Je me suis retrouvé face contre terre mais je savais que j’allais « bien ». Avant, ces évènements-là m’auraient mis plus bas que terre, ils auraient complètement bousillé ma vie. Vertige Media : Pourquoi 2025 a été si dure ? Cory Richards : Oh, mec. Ça a commencé j’étais en vacances pour les fêtes de fin d’année à Hawaï avec ma compagne. Ma mère m'a dit que mon père était en train de mourir. Je suis donc rentré en précipitation dans le Montana et finalement, il n’est pas mort. On est donc rentré à Los Angeles et le lendemain, les incendies ont ravagé la ville. Neuf de mes amis les plus proches ont perdu leurs maisons. Ensuite, je me suis séparé de ma copine. Et j’ai immédiatement rencontré quelqu’un à qui j’ai vraiment donné mon coeur. D’une certaine façon, on peut dire que c’était mon premier grand amour. Puis ça s’est terminé, hyper vite. Et finalement, mon père est décédé. J’ai dû gérer un deuil, deux ruptures et la détresse de mes amis. « Ma conviction, c'est que quand on arrête d'essayer de changer ce que sont nos émotions et ce qu’elles nous disent, alors nous ne sommes plus en lutte. Et la lutte, c'est la perturbation, le vrai conflit intérieur » Vertige Media : Comment as-tu géré toutes les émotions liées à ces évènements ? Cory Richards : En leur donnant de la place. Je pense qu’il faut accueillir les émotions telles qu’elles sont. Ne pas essayer d'ouvrir son cœur s'il ne veut pas s'ouvrir, ne pas essayer d'être heureux quand on est triste. Ma conviction, c'est que quand on arrête d'essayer de changer ce que sont nos émotions et ce qu’elles nous disent, alors nous ne sommes plus en lutte. Et la lutte, c'est la perturbation, le vrai conflit intérieur. Il faut rendre acceptable le fait d’être triste. Cela fait partie de la vie. Je pense que chaque émotion est une forme d’expression différente de l’amour. Quand on est blessé, c’est une coupure dans l’amour que l’on ressent. Quand on est frustré, c’est juste parce qu’une partie de notre amour n’a pas pu s’exprimer. Tout est question d’amour. Vertige Media : Pourquoi as-tu écrit ce livre ? Cory Richards : Parce que je n'avais rien d'autre à faire. J'ai arrêté l'escalade en 2021 sur le Dhaulagiri quand j'ai eu un « épisode mixte ». Quand on ressent cela, on peut aller très haut et très bas dans laps de temps très court. Mon travail de photographe a commencé à ne plus être en accord avec qui je voulais être et ce que je voulais donner au monde. Sauf que j’avais vraiment fondé mon identité sur ces deux activités. Quand on me demandait ce que je faisais dans la vie, je répondais : « Je suis grimpeur et photographe ». Si j’arrête, je suis qui bordel ? © Vertige Media L'impulsion, le catalyseur, pour écrire le livre, c’était de me comprendre plus complètement. Et puis pendant que je l'écrivais, j'ai commencé à m’intéresser à la façon dont je racontais des histoires. Je me suis alors aperçu que je le faisais en position de victime. « Ceci m'est arrivé. C’est pour ça que je suis comme je suis »… À bien des égards, c’est une attitude qui génère beaucoup de reproches envers vous-même et vous laisse très peu de libre-arbitre. Alors, quand je me suis relu, j’ai tout foutu à la poubelle. J’ai compris que je ne voulais pas être prisonnier de ma propre histoire. J’ai commencé à considérer l’écriture de ce livre comme un service. Et c’est toujours le cas aujourd’hui : je vous donne l’histoire de ma vie pour que vous puissiez peut-être vous sentir moins seul·e dans la vôtre. J’ai donc commencé à écrire pour moi et j’ai fini par écrire pour les autres. Vertige Media : As-tu douté de ta légitimité à écrire ce livre si personnel ? Cory Richards : Avant que je commence vraiment à écrire, il y a eu des périodes où je me disais, je ne veux pas parler de moi. Je n’en pouvais plus de moi. Mais j'ai réalisé ensuite que quand je lis de bonnes mémoires, je ne pense jamais : « Oh, cette personne est tellement égocentrique, elle ne fait que parler d'elle-même ». Sans déconner. Ce sont ses mémoires ! Quand j’ai lu Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage de Maya Angelou, ou Scar Tissue d’Anthony Kiedis, je me suis jamais dit qu’ils étaient centré·e·s sur eux/elle-même. Ils racontent juste leur histoire. Et on se sent moins seul·e. « La communauté d'alpinistes ressent une certaine forme d’inconfort à se regarder soi-même. Il y a aussi encore beaucoup de machisme, de bravade. Il faut rester des durs » Vertige Media : Comment le livre a-t-il été reçu par tes proches ainsi que la communauté de grimpeurs et d’alpinistes ? Cory Richards : Mes proches l'ont adoré. Le monde de l’alpinisme et de l’escalade, en revanche, ça a été différent. Je crois que cette communauté ressent une certaine forme d’inconfort à se regarder soi-même. Il y a aussi encore beaucoup de machisme, de bravade. Et le fait de dévoiler sa vulnérabilité est encore peu accepté. Il faut rester des durs. Vertige Media : Comment tu l’expliques ? Cory Richards : Je pense que c'est une peur. Encore une fois, on entre ici en conflit avec sa sensibilité. Si on essaie de masquer cette sensibilité ou de prouver qu'elle n'existe pas, c’est juste parce qu’on a peur de s’y confronter. Ce n'est pas un jugement. Il n'y a rien de mal à ça. C'est très naturel. Quand nous sommes sensibles, la première chose que nous essayons de faire, c'est de l’être un peu moins. Le monde est sauvage, la vie est dure. Montrer sa vulnérabilité peut autant être positif que destructeur. La plupart des grimpeur·ses que je connais sont des personnes profondément sensibles mais ont juste du mal à le montrer. Vertige Media : On parle beaucoup de santé mentale ces derniers temps. Quel regard portes-tu sur cette attention médiatique ? Cory Richards : C’est vrai que la conversation autour de la santé mentale explose. Et je trouve que globalement, c’est positif. En revanche, sur les réseaux sociaux, vous avez maintenant tout un tas de psychologues de salon qui se diagnostiquent eux-mêmes, diagnostiquent les autres et y trouvent des façons de raconter le monde. Je trouve ça bien que les gens apprennent des choses sur leur traumatisme mais attention. Maintenant que nous participons toutes et tous à la conversation sur la santé mentale, que nous en avons adopté le langage, nous avons l’impression que nous sommes guéris. Articuler ce langage nous rend conscient de nos traumatismes. Cela nous donne un contexte intellectuel, mais cela n’apporte pas de guérison. Je regrette aussi l’idée que le traumatisme soit toujours lié à la victimisation. Quand quelque chose de terrible arrive à quelqu'un, cette personne devient une victime. La façon dont est traitée la santé mentale aujourd’hui fait que les gens restent bloqués dans cette position. « Regardez à quel point je suis victime de mon traumatisme. Je suis bipolaire, je suis dépressif, je suis anxieux. » Les gens ont tendance à penser que c’est la fin du voyage mais c’est juste le début d’une possible guérison. Vertige Media : Dans Les Brûlures de glace, tu écris que les seuls endroits où tu te sens normal sont les endroits qui ne sont pas normaux du tout. Peux-tu nous expliquer cette relation paradoxale entre ton mental et les environnements extrêmes ? Cory Richards : Tu sais, j’ai grandi dans un environnement très chaotique : j’ai lâché le lycée, j’ai été à la rue, je me suis retrouvé en hôpital psychiatrique… Il y avait de la violence partout. Je ne me sentais chez moi nulle part. Quand on est en mode survie, le système nerveux sympathique s’active. Le centre émotionnel de notre cerveau, l'amygdale, nous intime de nous battre, de fuir ou de nous figer face au danger. Si ce cortex préfrontal est trop sollicité, il peut diminuer à terme la pensée rationnelle et logique. En même temps, si vous avez connu beaucoup de chaos, il peut aussi favoriser une forme d’hypervigilance. Parce que vous avez l’habitude d’activer cet ensemble de compétences d’adaptation, votre mode survie devient ultra-performant. Dans des environnements extrêmes en montagne, ça devient vraiment, vraiment, utile. Mon système nerveux est devenu adapté à ces environnements de stress et de stimulus élevé. C'est ce que je veux dire quand j’écris que le seul endroit où je me sens normal, c’est là où rien n’est normal du tout. « Je n’aurais jamais pu faire les voies que j’ai réalisées sans ces troubles. Je n’aurais jamais eu autant besoin de me prouver quelque chose. Quelque part, mon diagnostic a permis de casser mes barrières mentales, d’aller au-delà de mes limites » Cela dit, il faut faire attention. On ne peut pas activer le système nerveux sympathique éternellement. Sinon, c’est le burn-out. Le problème, c’est que nous vivons à haute intensité de stress tous les jours. Nous n’avons pas besoin d’être à 8000 mètres d’altitude ou face à un ours en forêt. Le monde entier nous condamne à un très haut niveau de stimuli, même quand nous sommes assis à la terrasse d’un café. Parce que nous sommes collés à nos téléphones. Parce que les médias nous disent que tout est foutu. Parce que les réseaux sociaux nous disent que tout est foutu. Vertige Media : Ton trouble bipolaire a-t-il été un atout ou un danger en alpinisme ? Cory Richards : Quand je regarde en arrière, je suis persuadé que ce diagnostic de bipolarité, TDAH (Trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, ndlr), dépression, anxiété… Bref, toutes ces choses que j'ai vécues ont en fait été de formidables cadeaux. Ils m’ont permis de vivre une expérience plus large de l'émotion humaine. Ils ont considérablement étendu ma capacité à me connecter aux autres. Et puis considérant l’escalade, je pense que je n’aurais jamais pu faire les voies que j’ai réalisées sans ces troubles. Je n’aurais jamais eu autant besoin de me prouver quelque chose. Quelque part, mon diagnostic a permis de casser mes barrières mentales, d’aller au-delà de mes limites. Vertige Media : Est-ce que l'escalade et l'alpinisme t’ont aidé dans la guérison ? Cory Richards : Au début, incontestablement. Jusqu’à mes 19 ans, quand j’ai découvert la photographie, ces disciplines étaient de beaux réservoirs d’évolution et de compréhension de moi-même. C’était aussi un moyen d’expression. Après, je ne suis pas certain que « guérir » soit le bon mot. Elles m’ont plutôt permis de trouver de la stabilité. Elles ont été des moteurs de plein de choses jusqu’à ce qu’elles deviennent un plafond de verre. Je restais le même. Parce que je m’identifiais trop par l’escalade et l’alpinisme, j’ai fini par ne plus évoluer. Ce que je veux dire par là, c’est lorsqu’on trouve une source de guérison, on a tendance à trop s’en abreuver. C’est comme épuiser une fontaine. À force, la source se tarit. C’est alors le moment de changer. Mais mec… ça te laisse quand même des souvenirs incroyables. Juste à l’idée de penser à ce que ça fait de se réveiller sur le flanc de l’Everest, à 8000 mètres d’altitude ou au Gasherbrum 2… c’est ouf. Quand je ferme les yeux, je peux encore sentir le goût du métal dans l’eau. Des odeurs aussi : celle du carburant du Jetboil, du duvet, de l’humidité, de la sueur, de la moisissure. Celle de tes gants quand tu les enlèves après une longue journée… C’est tellement particulier. Et puis, quand tu ouvres ta tente et que tu vois le ciel. C’est juste… spécial. La vie en altitude est une vie amplifiée. La couverture du livre de Cory Richards © Vertige Media Vertige Media : La question qui revient tout le temps c’est pourquoi ? Pourquoi l’homme risque-t-il sa vie pour atteindre des sommets ? Cory Richards : Je pense qu'initialement, c'était une façon de chercher. Chercher une version plus complète de soi-même, de creuser et en quelque sorte de sonder les profondeurs de notre capacité, de notre compétence, de notre humanité. Qu'est-ce qui arrive quand je vais au bout de mes limites ? Quand j’accomplis certains sommets, plutôt que de ressentir de l’humilité, je remplace ça par de l’orgueil. Et parce que je l’ai fait, je vais en faire d’autres : je continue à chercher. J’ai adoré ça. Mais plus j’y réfléchis et plus je trouve qu’il y a une différence entre chercher, et être curieux. Je pensais à ça l’autre jour, et j’ai ouvert une note. Chercher, c’est sans fin. La curiosité, elle, est sans limite. Chercher c’est chercher une réponse. La curiosité quant à elle, ne demande même pas de réponse. Si vous êtes curieux par rapport à vous-même, le voyage est amusant et sans fin. Si vous cherchez simplement une réponse, le voyage sera une corvée. Vertige Media : Il y a cette réponse célèbre de George Mallory quand on lui demandait pourquoi il voulait gravir l’Everest : « Because it’s there »… Cory Richards : La réponse est tellement simple… Si simple qu’on a envie de lui poser à nouveau la question : « Oui mais pourquoi ? Qu’est-ce qui motive ton désir : essayer d’y trouver quelque chose ou est-ce seulement un endroit qui t’intrigue ? ». La première option est ludique. La deuxième est forcée, en quelque sorte. Je pense que l’exploration fait partie de la nature humaine. Ça a toujours fait partie de notre histoire. Nos ancêtres pensaient que par-delà les montagnes, le monde se terminait. Dans les contes, c’est là que vivaient les dragons, les monstres voire le diable. Et un beau jour quelqu’un d’un peu fou a dû se dire : « Et puis merde, allons-y ! ». Qu’est-ce qu’ils ont trouvé ? Des montagnes, juste des montagnes. Les dragons, les monstres, tout ça, c’était dans la tête. « Parce que lorsqu’on ne se comporte pas bien, cela peut être facile de se ranger derrière ces troubles psychologiques. En revanche, cela est très différent d’avouer que nous sommes en crise et que pour notre bien-être, nous avons besoin de partir. Ça, ce n’est pas se cacher. C’est prendre soin de soi » Vertige Media : Dans le livre, tu expliques que des compagnons de cordée t’ont reproché d’utiliser ta bipolarité comme excuse pour fuir certaines situations. Comment navigues-tu entre ta responsabilité personnelle en tant qu’ambassadeur de la santé mentale et la reconnaissance de tes vulnérabilités ? Cory Richards : C’est une super question parce qu’elle est complexe. Je me suis beaucoup interrogé là-dessus. Parce que lorsqu’on ne se comporte pas bien, cela peut être facile de se ranger derrière ces troubles psychologiques. En revanche, cela est très différent d’avouer que nous sommes en crise et que pour notre bien-être, nous avons besoin de partir. Ça, ce n’est pas se cacher. C’est prendre soin de soi. Ce serait tout aussi facile de pointer Simon Biles du doigt quand elle a décidé de ne pas disputer les Jeux Olympiques (la gymnaste américaine a soudainement décidé de se retirer des épreuves par équipe aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 en annonçant vouloir préserver sa santé mentale, ndlr). Beaucoup de monde a dit qu’elle fuyait ses responsabilités. C’est des conneries ! Au contraire, elle a pris toutes ses responsabilités. Ce qu’il s’est passé avec Topo et Tommy, les compagnons de cordée que tu mentionnes, c’est que j’ai quitté un tournage que l’on préparait depuis des mois pour prendre soin de moi. Je ne pouvais rien faire d’autre, et j’ai assumé mes responsabilités. J’ai pris cette décision pour aussi protéger l’équipe parce que si je restais dans cet état là, ça allait être dangereux pour tout le monde. Je comprends qu’ils aient pu mal le prendre. Mais dans ces moments-là, il faut savoir développer son libre-arbitre. Vertige Media : Quand on est alpiniste de haut niveau, on est aussi confronté à la mort. Beaucoup de tes amis sont décédés en montagne. Comment as-tu géré cela ? Cory Richards : La mort, en général, est très perturbante parce qu'elle exige une confrontation avec notre finitude. En alpinisme, une sorte d’engourdissement se produit à partir du moment où tu acceptes le fait que la mort fait partie du jeu. Face à elle, je me suis souvent dit : « Eh bien, c’est comme ça ». Je ne me suis pas vraiment permis d’être touché par mes émotions. Ce n’est ni bien ni mal. Encore une fois, on ne peut pas apposer un jugement de valeur. Je pense que d’une certaine manière, j’ai ignoré le truc. De manière plus générale, l’alpinisme a un coût : celui de mourir, potentiellement. Quiconque ose se tenir sur un sommet à plus de 8000 mètres doit le savoir. Vertige Media : Tu déconstruis aussi le mythe du héros d'aventure tout en reconnaissant que tes expériences extrêmes t’ont effectivement transformé. N’y vois-tu pas un paradoxe ? Cory Richards : Je vais faire une analogie photographique. À mesure que j’écrivais le livre, je dézoomais. J’ai commencé avec un objectif, puis j’ai changé. Et à chaque fois, je mettais un objectif un peu plus large. À force de prendre du recul, je me suis aperçu que des épisodes de ma vie qui me semblaient si formateurs étaient en réalité devenus des trucs pas si importants. J’ai vécu plein de trucs. Plein de trucs hard que tu as lu : l’hôpital psychiatrique, la perte de proches, une tentative de suicide, des ruptures… L’écriture du livre a duré des années et j’ai pris le temps à la fin de choisir ce que j’allais raconter. L’histoire que je voulais écrire. Est-ce une histoire d'espoir et d’émancipation, ou est-ce une histoire de victimisation et de honte ? Le vrai truc que j’ai appris à la fin, c’est ça : j’ai la maîtrise de mon histoire. Je ne peux pas contrôler ce qui m’arrive dans la vie mais je peux contrôler mon histoire. Vertige Media : Tu es conférencier et désormais ambassadeur de la santé mentale aux États-Unis. Tu es à l’aise avec cette nouvelle vie que ce livre a provoquée ? Cory Richards : En vrai, je vis ma meilleure vie. Parce que je pense que la plus grande chose qu'on puisse offrir, c'est le service. Et si notre histoire peut se mettre au service des autres, alors je crois que c'est notre responsabilité de la raconter. C’est d’ailleurs ce qu’on fait dans nos relations : amicale, amoureuse… On raconte un truc difficile à nos proches et soudain, ils se sentent moins seuls. Donc si mon histoire peut amplifier la sensibilisation, la curiosité, l'accès, l'excitation et la compassion autour de la santé mentale, c'est là que je dois être. À cent pour cent. Et tu sais, j’ai la sensation d’avoir réussi à renverser « ma » santé mentale. Je sens que je suis parvenu à construire un nouveau narratif, à embrasser mes troubles non pas comme des blessures mais comme des cadeaux. J’ai 44 ans et je me sens enfin comme à la maison. C’est comme si on me disait pour la première fois : « Oh bienvenue chez toi, mon pote ». Je suis revenu. Et ça, putain, c’est génial. Retrouvez l'interview complète en vidéo : Lire : Les Brûlures de glace de Cory Richards (Editions Paulsen, 2025)
- Grimper à 72 ans : Ian Elliott, ou comment durer
Dans IAN, court-métrage du réalisateur australien Matt Raimondo, on suit Ian Elliott, 72 ans, grimpeur discret et méthodique qui continue d’enchaîner des voies en 7a comme on entretient une langue oubliée. Pas pour battre un record, mais pour continuer à penser avec son corps. Le film ne cherche pas l’exploit, ni l’émotion facile : il capte autre chose, plus rare — une intelligence du geste, une persistance du lien au monde, une forme de résistance douce à l’idée que vieillir, c’est cesser. On s’attend à ce que l’escalade vieillisse mal. À ce que les corps trop expérimentés décrochent, que les plus de cinquante ans migrent vers la randonnée, les nœuds de chaise, les récits de jeunesse. L’imaginaire vertical valorise la progression, la précocité, la puissance. Ce qu’il valorise rarement, c’est la continuité. Dans IAN, c’est pourtant elle qui occupe tout l’espace : celui d’un homme qui grimpe depuis ses cinquante ans passés, sans jamais avoir été jeune prodige ni performer hors normes. Ian Elliott ne cherche ni à ralentir le temps, ni à le nier. Il l’habite. Et c’est là que réside toute la force de ce court film : dans ce qu’il dit d’un rapport au vieillissement qui ne relève ni de la nostalgie, ni de la revanche, mais d’une politique de la présence. Commencer tard, sans rattraper Ian Elliott a découvert l’escalade après 50 ans. Pas par défi, mais parce que c’était là. Un club de randonnée, des sorties canyoning, puis le besoin de continuer, même après que sa compagne ait dû lever le pied. « Je montais à six ou huit mètres du sol et je me disais : qu’est-ce que je fous là ? Remettez-moi sur la terre ferme. » Il n’y avait pas de rêve enfoui, pas d’obsession. Seulement l’envie de rester dehors, de garder un lien avec un monde concret, minéral, exigeant. « Ce n’était pas une obsession. Juste un désir d’être dehors », dit-il sans emphase. La grimpe n’est pas venue combler un vide, elle s’est simplement greffée à une trajectoire de vie faite d’exploration géologique et de rapport physique au terrain. Et depuis, il grimpe plusieurs fois par semaine. « Parfois je me réveille avec des douleurs. Mais une fois que je suis sur le rocher, je ne pense plus à ça. Je pense juste au mouvement suivant » Le cœur du film est ancré à Coolum Cave, une arche volcanique située sur la Sunshine Coast (Australie), à quelques centaines de mètres à peine de l’océan Pacifique. Enclavée dans le flanc sud-est du Mount Coolum — une intrusion magmatique massive et solitaire —, la grotte est devenue en vingt ans un repaire d’acharnés, un laboratoire vertical pour grimpeurs techniques et obstinés. L’endroit est connu pour ses lignes en dévers continu, son absence de repos, sa brutalité. « Tu ne vois pas ce genre de formations ailleurs dans le monde », commente Elliott, dans un mélange d’étonnement et d’analyse terrain. C’est là qu’il a enchaîné Screaming Insanity (5.12a/26, soit 7a+ en cotation française), mais aussi une 28 australienne (5.12d, équivalent 7c), juste avant ses 70 ans. Ce ne sont pas des performances isolées. Elles s’inscrivent dans une routine. « Si tu veux atteindre quelque chose, faut t’y mettre. Rien ne vient tout seul ». Pas de miracle, pas de génétique hors norme. Juste du travail, une capacité à répéter, à sentir, à adapter. Vivre contre le bruit Le plus frappant chez Ian Elliott, c’est sa manière de ne pas chercher à exister pour les autres. Pas de compte Instagram, pas de sponsor. Pas même de posture. « Je n’ai jamais pensé que l’escalade, c’était pour prouver quelque chose aux autres. Je grimpe pour moi ». Pas par défi, mais par cohérence. Parce que l’escalade, à cet âge, n’est plus un sport : c’est un cadre. Un moyen de structurer la semaine, de garder un corps disponible, de maintenir une attention. « Parfois je me réveille avec des douleurs. Mais une fois que je suis sur le rocher, je ne pense plus à ça. Je pense juste au mouvement suivant ». C’est une ascèse, au sens propre. Ni spectaculaire ni contemplative. Une manière d’habiter un corps vieillissant sans se résigner à l’abandon ni tomber dans le sur-compensatoire. « Tu ne sais pas combien de temps tu peux encore grimper à ce niveau… jusqu’à ce que tu ne puisses plus » Dans un monde saturé d’accélération, de jeunes grimpeurs en 9a+ à 15 ans, de records de vitesse brandis comme accomplissements absolus, Elliott représente une dissonance. Il ne refuse pas la modernité. Il grimpe sur des points, sur des lignes dures. Mais il le fait à sa manière : lentement, régulièrement, méthodiquement. IAN capte cette dissonance avec finesse. Le film évite les effets. Il observe, il accompagne. Il montre une forme de rapport au rocher qui ne cherche pas à dominer, mais à s’accorder. Et ce faisant, il déplace le centre de gravité de ce qu’on appelle « la performance ». « Tu ne sais pas combien de temps tu peux encore grimper à ce niveau… jusqu’à ce que tu ne puisses plus. Et si tu continues à grimper, à t’entraîner… combien de temps tu peux encore y arriver ? » La phrase est lancée sans pathos. Elle suspend le film sur une ouverture, pas une conclusion. IAN c’est un moment de lucidité. Un rappel que ce qui compte, ce n’est pas d’aller plus haut. C’est d’être encore là.
- Rando Bivouac dans les Alpes : deux femmes prennent la tangente (et vous y emmènent)
Dans un paysage éditorial saturé de guides formatés, Rando Bivouac dans les Alpes détonne par son mélange rafraîchissant de poésie pratique et d’audace tranquille. Aux manettes, deux femmes décidées à secouer les habitudes : Clara Ferrand à l’écriture, Clémence Polge aux crayons. Résultat ? Un livre qu’on prête volontiers... et qu’on ne revoit jamais. © Vertige Media Dormir dehors a toujours été plus qu’une simple affaire de duvet ou de sardines bien plantées. C’est avant tout un état d’esprit, une invitation permanente à lâcher prise, à s’autoriser des micro-aventures loin des contraintes d’un quotidien trop sagement cadré. Mais pour franchir le pas sans encombres, encore faut-il savoir comment s’y prendre. Clara Ferrand et Clémence Polge, rencontrées pour l’occasion, nous livrent justement avec leur guide une méthode lumineuse et élégamment décalée pour que bivouaquer devienne (presque) un jeu d'enfant. Les coulisses d’une aventure à quatre mains À la base du projet, il y a Clara Ferrand, randonneuse expérimentée, habituée à bivouaquer aux quatre coins des Alpes. L’idée d'un livre germe longtemps dans son esprit avant de rencontrer des imprévus éditoriaux, comme elle nous l’a confié : « J’avais commencé avec une autre maison d’édition mais arrêté parce que c’était un moment compliqué. Puis Glénat est arrivé pile au bon moment avec exactement le projet dont je rêvais ». Parfois, l’alignement des planètes n’est donc pas qu’une expression galvaudée. Clara sait dès le départ qu’elle souhaite travailler avec une illustratrice, et son choix se porte naturellement sur Clémence Polge, avec qui elle échange depuis quelques années. Clémence, elle-même auteure d’un livre sur la vie en van, se souvient précisément de leur rencontre : « On se suivait sur les réseaux, Clara est venue à une de mes dédicaces à Paris, et puis tout s’est accéléré quand on a organisé un week-end improvisé en Camargue avec une autre amie. Là, le courant est passé immédiatement ». Dessiner pour éviter les galères Quand Clémence, ancienne architecte et illustratrice voyageuse, reçoit la liste très précise des éléments techniques à illustrer, elle jubile. Avec son trait précis et élégant, elle se charge de transformer des détails en apparence insignifiants en véritables clés pratiques. « Clara m’a envoyé tout ce qu’elle voulait expliquer de façon claire : planter une tente, réparer un arceau, répartir le poids du sac pour éviter de se faire mal au dos... C’était exactement mon truc, structurer visuellement ces explications ». Le résultat donne au guide une lisibilité limpide qui fait mouche immédiatement. Une méthode rigoureuse qui apporte au guide sa lisibilité limpide. « La force des choses fait que ce livre parlera particulièrement aux femmes, même si je ne voulais pas spécialement en faire un ouvrage féministe au sens revendicatif » En échangeant avec Clara, on comprend pourtant que l'aventure du bivouac réserve toujours quelques imprévus qui, eux, n’ont pas forcément trouvé leur place dans le livre. Elle nous raconte en riant : « Les galères les plus mémorables, bizarrement, n’étaient pas dans les Alpes mais plutôt en Norvège ou en Écosse. Et puis il y a eu ce renard particulièrement tenace qui m’a attaquée en solo dans le Mercantour ! ». On aurait volontiers lu ce chapitre bonus, mais l'anecdote reste finalement un plaisir réservé à ceux qui ont la chance d’échanger avec Clara elle-même. Féministe sans le vouloir vraiment ? Quand on interroge Clara sur le caractère féminin de son livre, elle répond en souriant : « La force des choses fait que ce livre parlera particulièrement aux femmes, même si je ne voulais pas spécialement en faire un ouvrage féministe au sens revendicatif ». Et pourtant, la démarche est évidente : autour d’elle, Clara a réuni exclusivement des femmes, de l’éditrice à l’illustratrice en passant par la correctrice – « ma voisine, une ancienne prof de français ». Une équipe 100 % féminine pour un résultat où la clarté du propos se double d'une invitation implicite aux femmes à franchir le pas. De son côté, Clémence, particulièrement émue au moment de recevoir le livre fini, ajoute avec sincérité : « Quand je l’ai reçu ce matin, j’ai versé ma petite larme. Pas seulement parce que je l’ai illustré, mais parce que nos deux noms étaient associés à ce projet qui tenait vraiment à cœur à Clara ». Le livre que vous ne reverrez jamais (et c’est tant mieux) Ce qui frappe enfin avec Rando Bivouac dans les Alpes, c’est cette manière unique d’être à la fois très précis techniquement et incroyablement stimulant. Le bouquin est tellement agréable à parcourir qu’on le prête volontiers, certain de faire plaisir. Mais ne vous faites aucune illusion, vous ne le reverrez pas. Croyez-en l’expérience de votre serviteur, à qui une amie ne l’a jamais rendu. Un rapt éditorial qui vaut toutes les critiques littéraires du monde. Clara Ferrand et Clémence Polge ont réussi un petit miracle : créer un guide intelligent et pratique, tout en incitant subtilement les lecteurs à oser l’aventure. Preuve qu’en littérature comme en bivouac, prendre la tangente est toujours une bonne idée. Disponible en libraire ou juste ici.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Cracovie : programme, horaires, streaming et prize money
Les 5 et 6 juillet 2025, après l'étape d’Innsbruck, la Coupe du monde IFSC fait escale à Cracovie (Pologne) pour une compétition entièrement dédiée à la vitesse. Cet événement aura lieu sur la célèbre place centrale, le Rynek Główny, garantissant un spectacle exceptionnel au cœur historique de la ville. Voici comment suivre l'événement depuis la France : horaires, streaming, programme précis et détails sur le prize money. © Lena Drapella / IFSC Où regarder Cracovie 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme chaque étape, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC. Cependant, les finales seront bloquées en France et en Europe à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est nécessaire pour suivre en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel, sans contrainte d’abonnement ou de restriction géographique. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo mais vous pourrez suivre les résultats en temps réel sur le site officiel de l’IFSC. © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Cracovie) Samedi 5 juillet – Qualifications vitesse 12h00 : Qualifications vitesse femmes puis hommes (résultats live uniquement) Dimanche 6 juillet – Finales vitesse 12h00 : Finales vitesse femmes et hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape de Cracovie est classée « Basic » par l’IFSC, voici la répartition des gains pour les finalistes : 🥇 1er : 3 690 € 🥈 2e : 2 460 € 🥉 3e : 1 722 € 4e : 1 230 € 5e : 984 € 6e : 861 € 7e : 738 € 8e : 615 € Suivre Cracovie 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Innsbruck 2025 Dates : 5 et 6 juillet 2025, à Cracovie (Pologne), discipline vitesse uniquement. Compétition en plein cœur de la ville, sur le célèbre Grand Square. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Basic : jusqu’à 3 690 € pour les vainqueurs. Résultats en direct sur https://ifsc.results.info. Début juillet, Cracovie offre aux athlètes et au public un spectacle sportif unique au cœur d'un décor historique d'exception. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.
- CWA Summit 2025 : l’escalade indoor atteint-elle l’âge de raison ?
Salt Lake City, temple éphémère de l’escalade indoor, accueillait du 14 au 18 avril le CWA Summit 2025. Le sommet ? On devrait plutôt dire la messe annuelle d’une industrie qui, désormais, cherche moins à tutoyer les cieux qu’à garder les pieds sur terre. Car suite aux années à courir après les levées de fonds comme un ado avec son premier crush, voilà que le secteur fait face à un véritable coup de mou. Maturité ou crise de croissance ? Bienvenue dans l'âge ingrat de la grimpe en salle. © CWA Summit Cette année, le gigantesque Salt Palace Convention Center ressemblait davantage à un cabinet de psychanalyse géant qu’à un showroom tapageur. Et pour cause : en 2025, l’escalade indoor découvre qu'elle n’est plus tout à fait l'enfant prodige du loisir urbain, mais pas encore totalement adulte non plus. La preuve, par les chiffres d'abord : une baisse de fréquentation de 7 % par rapport à l’année précédente. Par les impressions, ensuite : des exposants internationaux boudeurs pour cause de guerres commerciales absurdes, et des visages crispés devant l'incertitude économique ambiante. Entre high-tech et retour aux fondamentaux Pourtant, pas de quoi dramatiser outre mesure : près de 100 exposants, un record pour le CWA, et toujours une ambiance qui oscille entre festival geek et conférence TED. Mention spéciale au nouveau « Connect Pass », astuce marketing bien trouvée qui permettait aux visiteurs pressés de venir tâter les dernières prises connectées ou déguster un café bio entre deux PowerPoint sur l’avenir du métier d’ouvreur. Bref, un événement certes un peu moins flamboyant, mais résolument plus conscient de ses propres limites. Et à l'image du marché : vibrant mais lucide. Côté innovations, Walltopia a fait sensation avec son « Quantum Board », mur interactif aux prises lumineuses dignes d’une installation d'art contemporain. Ou comment transformer la grimpe en chorégraphie LED pour grimpeurs branchés (littéralement). On retiendra aussi leur dispositif « SmartGate », une alarme intelligente censée empêcher les accidents d’auto-assurage. Autrement dit, plus question d’oublier de s’attacher : la sécurité sera geek ou ne sera pas. « Pour la première fois, l'industrie de l'escalade faiblit » Matt Roberts, économiste AVA Volumes, quant à elle, dévoilait des volumes aux textures si sophistiquées qu'on aurait pu croire à une œuvre de street art. L'innovation se joue donc aussi dans l’esthétique, preuve que l’industrie cherche désormais à séduire des grimpeurs devenus exigeants. La « grimpe plaisir » est-elle en train de devenir une grimpe « plaisir des yeux » ? Affaire à suivre. Powerpoint, crocs et cordon bleu-frites. Une vraie vie d'ado. © CWA Summit La croissance fait du bloc Mais le vrai crux du sommet, c’était surtout l’économie. Lors d’une session où les participants auraient volontiers troqué leur magnésie pour du Xanax, l’économiste Dr. Matt Roberts a résumé la situation pour Climbing Business Journal avec une lucidité implacable : « Pour la première fois, l'industrie faiblit ». Traduction : finie l’époque bénie des croissances à deux chiffres et des business plans écrits sur un coin de nappe. Entre inflation galopante, hausse des coûts et incertitudes politiques, le secteur découvre les joies du management rigoureux. On est ainsi passé d’un enthousiasme quasi messianique - « L’escalade pour tous, partout ! » - à une gestion précautionneuse des coûts. Le mantra du jour : « moins ouvrir pour mieux gérer ». Pourtant, comme tout adolescent confronté à sa première désillusion, l'industrie reste optimiste, presque par principe. « On revient aux fondamentaux : mieux gérer, contrôler les coûts. Pas de panique », rassure Garnet Moore, directeur exécutif de CWA, toujours pour Climbing Business Journal, jouant le rôle du psy rassurant face aux angoisses existentielles du secteur. Professionnalisation : fini les amateurs ? Autre signe de cette entrée dans l’âge adulte : la professionnalisation accélérée du métier. Le CWA présentait ainsi une série de nouvelles certifications officielles pour moniteurs et ouvreurs, histoire de dire adieu aux improvisations d'autrefois. La traditionnelle table ronde des ouvreurs, connue pour ses empoignades homériques et ses coups de gueule mémorables, s’est cette année étrangement civilisée. Le débat est devenu technique, mature, presque ennuyeux. On a parlé assurances, mutualisation des ressources et formation continue. À croire que les ouvreurs, eux aussi, sont passés à autre chose. Finis les punks de la grimpe, place aux professionnels responsables ? « La bière gratuite ne suffit plus à attirer les grimpeurs. Alors, quel est le nouveau "free beer" ? » Jeffery Bowling, directeur créatif chez Touchstone Climbing. Sans doute un meeting sur les OKR et la méthode agile © CWA Summit Mais si l’industrie se veut désormais sérieuse, elle reste attachée à ses valeurs d’ouverture (sans jeu de mots) et d’inclusion. La place des femmes dans l’escalade a été au centre d’une « Fireside Chat » aussi chaleureuse que nécessaire, où l’on a constaté avec joie que les mentalités progressent réellement. Même chose côté prévention des abus et sécurité psychologique dans les salles, thèmes jusque-là peu abordés, mais devenus cruciaux avec la popularité croissante du sport auprès des plus jeunes. Bref, derrière l’humour de façade et les sourires forcés des conférences, on sentait une véritable envie de changer la donne. Et après ? L’escalade indoor entre dans l’âge critique Au terme de ce sommet 2025, il serait tentant de conclure à une crise passagère. En réalité, le secteur fait juste son entrée dans l’âge critique : celui où il doit accepter de devenir mature tout en conservant une part de ce qui fait son charme. Pour Jeffery Bowling, directeur créatif chez Touchstone Climbing, la question centrale reste finalement assez simple : « La bière gratuite ne suffit plus à attirer les grimpeurs. Alors, quel est le nouveau "free beer" ? » Réponse ironique de Matt Roberts, digne d'un sketch de France Inter : « Franchement ? Les Capri Sun ». On y est : la grimpe indoor n’est plus ce loisir underground qui attirait les rebelles des villes. Aujourd'hui, ce sont les familles, les urbains, les entreprises qui envahissent les salles. Le vrai défi, désormais, sera d'éviter l'embourgeoisement, tout en restant suffisamment cool pour garder son ADN intact. Bref, l’escalade indoor ne vit pas sa fin, mais plutôt la fin de son enfance. Le secteur découvre les responsabilités, les contraintes, les budgets serrés. Et ce n’est finalement pas plus mal : après tout, grandir ne signifie pas forcément vieillir. À condition, bien sûr, de ne jamais oublier d’où l’on vient.












