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De 300 à 2 000 : chez Movement, la fronde des abonnés prend de l’ampleur

il y a 7 minutes
4 min de lecture

Fin juin, plusieurs centaines de client·e·s de Movement se disaient prêt·e·s à geler leur abonnement pour soutenir les salarié·e·s syndiqué·e·s du groupe. Trois mois plus tard, Workers United affirme que leur nombre a explosé.


Climbing Workers United
© Climbing Workers United

Le 20 juin dernier, devant la salle Movement de San Francisco, une vingtaine de salarié·e·s et de soutiens distribuaient un drôle de formulaire aux grimpeur·se·s venu·e·s faire leur séance. Pas question, à ce stade, de leur demander de faire demi-tour. Simplement de prendre un engagement : si les travailleur·se·s le demandent un jour, accepteriez-vous de mettre temporairement votre abonnement en pause ? Au lendemain de l’action, un peu plus de 300 personnes avaient répondu oui. C’est ce que nous racontions alors dans les colonnes de Vertige Media, au moment où cette nouvelle campagne nationale commençait tout juste à prendre forme. Trois mois plus tard, changement d’échelle. Workers United, le syndicat qui accompagne les salarié·e·s de Movement, annonce désormais avoir dépassé les 2 000 promesses de gel d’abonnement.


Gel diplomatique


Pour l’instant, les 2 000 personnes concernées continuent donc de grimper et de payer leur abonnement. Le freeze pledge, littéralement une « promesse de gel », fonctionne davantage comme un préavis collectif que comme un boycott classique. Les signataires s’engagent à suspendre leur abonnement uniquement lorsque les salarié·e·s leur en donneront le signal, puis à le réactiver lorsque le syndicat estimera que Movement négocie de bonne foi. Une façon de construire un rapport de force avant même de l’utiliser.


D’autres procédures accusent l’entreprise d’avoir interrogé ou menacé des salarié·e·s impliqué·e·s dans l’organisation syndicale, modifié unilatéralement certaines conditions de travail ou refusé de transmettre des informations au syndicat

« J’en ai assez que l’argent de mon abonnement soit dépensé pour combattre les syndicats », explique dans le communiqué de Workers United Tippo Wang, abonné de Movement Harlem. Le reproche vise notamment les moyens engagés par l’entreprise dans ce conflit social. Movement est conseillé par le cabinet d’avocats Jackson Lewis, spécialisé dans le droit du travail côté employeurs et présent dans plusieurs procédures liées aux campagnes syndicales du groupe. En 2024, l’entreprise a également fait appel à LRI Consulting Services, une société qui accompagne notamment les employeurs confrontés à des tentatives de syndicalisation. Des déclarations déposées auprès du ministère américain du Travail font apparaître au moins 69 520 dollars versés cette année-là à deux consultant·e·s intervenant pour Movement.

Pour le syndicat, l’idée est simple : transformer une partie de la clientèle en levier économique dans un conflit qui dure désormais depuis plusieurs années. Movement compte plus de trente salles aux États-Unis. Depuis 2021, plus de 500 de ses salarié·e·s réparti·e·s dans dix établissements se sont syndiqué·e·s avec Workers United, selon l’organisation. À l’origine de ces mobilisations, les salarié·e·s évoquent notamment des salaires jugés trop faibles, un turnover important et des effectifs insuffisants. Dans plusieurs salles, s’y ajoutent des questions de sécurité et de conditions de travail : problèmes de ventilation ou de maintenance, manque de formation et équipements dégradés ont notamment été signalés ces derniers mois.


Mais aucun de ces établissements n’a encore signé de première convention collective. C’était déjà tout l’enjeu lorsque nous interrogions Aaron Vanek, organisateur de Climbing Workers United, en février dernier. Gagner une élection syndicale n’est qu’une première étape. Sans accord derrière, les améliorations concrètes sur les salaires, les effectifs, les congés ou les conditions de travail restent à négocier. Et c’est précisément là que les deux camps s’accusent désormais mutuellement de bloquer.


De USA Climbing à The North Face


Workers United reproche notamment à Movement de pratiquer le surface bargaining, c’est-à-dire de participer formellement aux discussions sans réelle intention d’aboutir à un accord. D’autres procédures accusent l’entreprise d’avoir interrogé ou menacé des salarié·e·s impliqué·e·s dans l’organisation syndicale, modifié unilatéralement certaines conditions de travail ou refusé de transmettre des informations au syndicat. À ce stade, ces différents griefs restent des accusations examinées par le NLRB (pour National Labor Relations Board, le Conseil national des relations de travail, nldr) et non des violations définitivement établies.


Désormais, ce sont directement les client·e·s qui pourraient entrer dans l’équation

Movement conteste cette présentation. En juillet, l'entreprise affirmait auprès du média américain Athletech News participer « de manière significative » aux différentes négociations et respecter le droit de ses salarié·e·s à choisir une représentation syndicale.

Depuis, le groupe a également porté le conflit devant le NLRB dans l’autre sens. Le 7 août, Movement a déposé deux nouvelles procédures contre différentes branches régionales de Workers United. Dans l’une, l’entreprise accuse notamment le syndicat de négociation de mauvaise foi. Dans l’autre, elle met en cause certaines pratiques liées aux piquets et à l’accès aux établissements. Ces dossiers sont eux aussi toujours ouverts.


L’affrontement ne se joue donc plus seulement autour d’une table de négociation. Ces derniers mois, les salarié·e·s ont déjà tenté d’entraîner d’autres acteurs de l’escalade dans leur bras de fer. Workers United a demandé à USA Climbing de ne plus organiser de compétitions dans des salles impliquées dans des conflits sociaux non résolus. En juillet, la mobilisation s’était également déplacée devant plusieurs magasins The North Face, partenaire commercial de Movement. Et désormais, ce sont directement les client·e·s qui pourraient entrer dans l’équation.

Deux mille promesses ne signifient évidemment pas deux mille abonnements suspendus demain matin. On ignore également quelle proportion de l’ensemble des client·e·s de Movement ces signataires représentent, mais la progression raconte quelque chose. En juin, cette campagne était encore une expérience. Quelques centaines de grimpeur·se·s acceptaient alors de prêter leur abonnement à une démonstration de force future. Trois mois plus tard, Workers United affirme avoir multiplié ce nombre par de six.

 
 

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