Aux États-Unis, le conflit chez Movement gagne les magasins The North Face
- Pierre-Gaël Pasquiou

- 12 juil.
- 3 min de lecture
Des salarié·e·s de Movement Gyms et leurs soutiens doivent se rassembler ce lundi 13 juillet devant dix magasins The North Face aux États-Unis. Leur objectif : obtenir de la marque qu’elle rompe son partenariat avec la plus grande chaîne de salles d’escalade du pays, accusée de pratiques antisyndicales et de blocage des négociations.

Le bras de fer social qui oppose Movement Gyms à une partie de ses salarié·e·s change une nouvelle fois d’échelle. Après avoir organisé des piquets de mobilisation devant les salles et demandé aux abonné·e·s de se préparer à geler leur abonnement, Climbing Workers United porte désormais la contestation chez l’un des principaux partenaires commerciaux de l’enseigne : The North Face.
À midi, heure locale, des salarié·e·s de Movement, des membres de Workers United et des client·e·s doivent se réunir devant dix magasins The North Face situés à Chicago, New York, Brooklyn, dans le New Jersey, en Pennsylvanie, en Virginie et en Californie. Les organisateur·ice·s prévoient notamment de proposer aux passant·e·s de signer des lettres adressées aux responsables des boutiques et d’envoyer des messages à la direction de la marque.
« Un partenariat avec une entreprise qui viole les droits de ses salarié·e·s contredit les valeurs de The North Face et de VF Corp. — et doit prendre fin », affirme le communiqué diffusé par Workers United. Le syndicat demande plus précisément la suspension de cette collaboration tant que Movement n’aura pas, selon ses termes, cessé ses pratiques antisyndicales et engagé des négociations de bonne foi avec les équipes syndiquées.
L’action intervient cinq jours avant le Global Climbing Day, organisé le 18 juillet conjointement par The North Face et Movement. À cette occasion, l’ensemble des salles de la chaîne propose une journée gratuite d’escalade, avec prêt de matériel et cours accessibles sans frais. The North Face est également partenaire d’autres événements et compétitions organisés dans les établissements Movement.
En ciblant directement la marque, les syndicats entendent mettre en lumière ce qu’ils présentent comme une contradiction avec les engagements publics de sa maison mère, VF Corporation. Le groupe, également propriétaire de Vans, Timberland ou encore Smartwool, affirme soutenir « le droit des travailleur·se·s à se syndiquer librement et à exercer ce droit sans représailles de leur employeur ».
« Si The North Face et VF croient aux droits des travailleur·se·s et aux droits humains, elles doivent mettre fin à ce partenariat avec Movement tant que l’entreprise n’aura pas cessé ses pratiques antisyndicales et commencé à négocier de bonne foi avec ses salarié·e·s syndiqué·e·s », poursuit Workers United.
Lynne Fox, présidente de Workers United, indique avoir écrit aux directions de VF Corporation et de The North Face afin de demander une rencontre. Selon le communiqué syndical, aucun rendez-vous n’avait encore été programmé à la veille des rassemblements.
Cette nouvelle offensive s’inscrit dans un conflit engagé depuis plusieurs années. En novembre 2021, les équipes de Movement Crystal City, en Virginie, étaient devenues les premières d’une salle d’escalade privée américaine à voter en faveur d’un syndicat. Depuis la fin de l’année 2024, les salarié·e·s de dix autres établissements Movement ont rejoint Climbing Workers United. Aucun de ces sites n’avait cependant encore obtenu de convention collective fin juin. Des procédures pour pratiques déloyales, portant notamment sur des accusations de modifications unilatérales des conditions de travail et de négociations de mauvaise foi, ont par ailleurs été déposées devant le National Labor Relations Board, l’autorité fédérale chargée du droit du travail.
Selon Climbing Workers United, plus de 500 salarié·e·s de Movement sont aujourd’hui syndiqué·e·s. À l’échelle du secteur, l’organisation revendique désormais plus de 1 300 membres dans 32 salles américaines. La mobilisation du 13 juillet n’est donc pas une grève, mais elle marque une nouvelle évolution de la stratégie syndicale : après la direction et la clientèle de Movement, ce sont désormais les partenaires économiques de la chaîne qui sont appelés à prendre position.












