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World Climbing : comment une motion unifiée a empêché le vote sur Israël, la Russie et la Biélorussie

Dernière mise à jour : il y a 11 heures

Ce jeudi 23 juillet, les fédérations nationales d'escalade devaient voter sur la suspension d'Israël, de la Russie et de la Biélorussie au sein de World Climbing. Mais selon nos informations, World Climbing a d'abord présenté aux fédérations le contenu de trois motions déposées entre le 2 et le 8 juillet par Chypre, les États-Unis et l'Australie, avant de les fusionner en une seule motion unifiée, soumise au vote et adoptée par l'Assemblée. Le vote nominatif prévu depuis des mois n'a donc pas eu lieu sous sa forme initiale.


Drapeau palestinien à Chamonix
© Climbers for Palestine

Depuis plusieurs mois, World Climbing se préparait à un scrutin sans précédent. Le 23 juillet, ses fédérations membres devaient se prononcer, par un vote anonyme et non contraignant, sur trois recommandations de suspension distinctes : celle de la fédération biélorusse, celle de la fédération russe et celle de la fédération israélienne. Un vote poussé notamment par l'Ukraine et par le collectif Climbers for Palestine, à l'issue d'une mobilisation de plusieurs mois que nous avons racontée en détail. Mais dans les jours précédant l'échéance, trois motions sont venues bousculer ce calendrier.



Trois motions et puis s'en va


Le 2 juillet 2026, World Climbing reçoit une motion de la Cyprus Mountaineering, Climbing and Orienteering Federation (CMCOF), signée par son président Pavlos Georgiades. Le texte demande explicitement à l'Assemblée Générale Extraordinaire de ce 23 juillet de « renoncer à procéder aux recommandations proposées concernant la suspension des Fédérations Nationales » et d'entériner comme position officielle la décision du comité exécutif de février, qui avait déjà levé la suspension de la Russie et de la Biélorussie. La motion s'appuie sur de récents amendements apportés à la Charte olympique, renforçant les principes de neutralité politique.

Six jours après, le 8 juillet (date butoir à laquelle World Climbing considérait les motions comme recevables, ndlr) : deux motions quasiment identiques arrivent, signées respectivement par USA Climbing (la fédération américaine d'escalade, sous la plume de son président Marc Norman, ndlr) et par la fédération australienne. Leur demande est plus radicale sur le plan procédural : remplacer purement et simplement les trois motions nominatives de l'ordre du jour par une motion unique, générique, ne citant aucun pays, recommandant au comité exécutif d'adopter un « cadre fondé sur des principes » pour toute décision future concernant la participation institutionnelle des fédérations nationales. Ce cadre n'oblige à rien : il précise que le comité exécutif « peut » suspendre une fédération s'il constate une violation des statuts, sans obligation d'agir dans un sens ou dans l'autre.

Ces deux documents ont pu être consultés par Vertige Media. Dans les deux cas, l'argument avancé est le même : aligner la gouvernance de World Climbing sur la Charte olympique récemment amendée, qui insiste sur la neutralité politique du sport, et éviter que l'Assemblée Générale ne devienne, selon les mots de la motion chypriote, « un forum de disputes géopolitiques plutôt qu'un lieu dédié au développement de l'escalade ».


Selon nos informations, plutôt que de faire voter séparément la motion chypriote et la motion commune américano-australienne, World Climbing a choisi de présenter d'abord leur contenu respectif aux fédérations membres, puis de les fusionner en une seule motion unifiée, soumise ensuite au vote de l'Assemblée. Cette motion unifiée a été adoptée.



Concrètement, cela signifie que le vote nominatif initialement prévu sur la suspension de la Biélorussie, de la Russie et d'Israël n'a pas eu lieu sous la forme annoncée depuis des mois : les fédérations membres ne se sont pas prononcées, pays par pays, sur une recommandation de suspension à l'attention du comité exécutif. À la place, elles ont validé un texte qui reconnaît la réintégration de la Russie et de la Biélorussie comme position actuelle de World Climbing, tout en posant un cadre de gouvernance générique et non nominatif pour l'avenir, qui laisse au seul comité exécutif la faculté, non l'obligation, de suspendre une fédération.


Toujours selon nos informations, World Climbing a en parallèle annoncé qu'indépendamment de l'issue de ce vote, le comité exécutif pourrait transmettre les accusations de violation des statuts visant les fédérations russe, biélorusse et israélienne à une commission disciplinaire, sans préciser à ce stade de laquelle il s'agirait. Cette annonce ouvre une voie alternative, potentiellement plus lente et moins publique, pour traiter les accusations documentées notamment par Climbers for Palestine.


« Oui. Je peux le dire là, maintenant. C'est sûr et certain. [...] Donc si c'est 50,5 %, on suivra »

Marco Scolaris, président de World Climbing, si le vote avait eu lieu

La surprise du chef


Le 10 juillet, soit deux jours après la réception des motions américaine et australienne, Marco Scolaris, président de World Climbing, nous accordait un entretien à Chamonix. Interrogé sur la fiabilité du vote à venir, il déclarait sans détour : « Oui. Je peux le dire là, maintenant. C'est sûr et certain. [...] Donc si c'est 50,5 %, on suivra. »

À ce moment de l'interview, ni la motion chypriote (reçue huit jours plus tôt) ni les motions américaine et australienne (reçues deux jours plus tôt, adressées nommément aux membres du comité exécutif dont il fait partie) n'ont été évoquées. Deux semaines plus tard, ce sont précisément ces motions, fusionnées en une seule, qui ont rendu son engagement caduc : sans vote nominatif, la question de savoir si le comité exécutif suivrait une recommandation à 50,5 % ne se pose plus. Selon nos informations, la motion unifiée a été adoptée par moins de 60% de voix.


Ce jeudi 23 juillet, quelques instants avant le début de l'Assemblée Générale Extraordinaire, Vertige Media a adressé à World Climbing une série de questions, en substance : Marco Scolaris avait-il personnellement pris connaissance des motions déposées par les États-Unis (8 juillet), l'Australie (8 juillet) et Chypre (2 juillet) avant notre interview du 10 juillet ? Le savait-il au moment de nous assurer que le comité exécutif suivrait toute recommandation de suspension atteignant 50,5 % des voix, et si oui, pourquoi ne pas l'avoir mentionné ? Ces motions ont-elles été jugées procéduralement recevables par le comité exécutif ou ses conseillers juridiques ? Y a-t-il eu des échanges entre le comité exécutif et les fédérations américaine, australienne ou chypriote sur le contenu de ces motions avant leur dépôt ?

À l'heure de la publication de cet article, World Climbing nous a répondu : « Nous sommes en train de tenir l'assemblée. Cela va prendre du temps ». Puis : « Nous publierons un communiqué dès que possible ».


Le communiqué officiel de World Climbing, publié tard dans la soirée du 23 juillet, confirme les informations de Vertige Media. Sur la commission de discipline, le texte de l'instance précise néanmoins que cette saisine ne concerne que l'ILCA (Israël) et la fédération russe, la Biélorussie n'étant pas visée par ce renvoi. Cette transmission ne présume d'aucune violation constatée et n'entraîne aucune conséquence immédiate.


Une présence du CIO qui pose question

Ce qui interroge se situe sur un autre point révelé par le communiqué. Le directeur des sports du Comité International Olympique (CIO), Pierre Ducrey, était présent lors de l'Assemblée Générale extraordinaire. Selon le communiqué, il est lui-même intervenu lors de la réunion pour exposer la position actuelle du CIO, « incluant les récents changements apportés à la Charte olympique concernant la neutralité politique et l'accès au sport international », selon les termes exacts du communiqué.

« Le rôle du CIO est d'appliquer la neutralité en toute circonstance, libre de toute pression gouvernementale, culturelle, sociétale ou économique »

Point de la nouvelle Charte olympique du CIO rappelé par le directeur des sports, Pierre Ducrey, lors de l'AG extraordinaire de World Climbing le 23 juillet


L'intervention de Pierre Ducrey n'est pas anodine. Nommé directeur des sports du CIO le 1er juillet 2025 en remplacement de Kit McConnell, il a présenté des amendements à la Charte olympique adoptés il y a à peine un mois, le 24 juin 2026, lors de la 146ᵉ session du CIO à Lausanne, dans le cadre du processus baptisée Fit for the Future. Parmi ces amendements figure l'ajout d'un nouveau paragraphe à la Règle 2 de la Charte, disposant que le rôle du CIO est « d'appliquer la neutralité en toute circonstance, libre de toute pression gouvernementale, culturelle, sociétale ou économique ».


L'arrivée de Pierre Ducrey à un poste clé pour l'avenir olympique de l'escalade a chamboulé World Climbing. C'est précisément ce qu'évoquait Marco Scolaris dans l'entretien qu'il nous a accordé le 10 juillet : « On a eu un moment difficile, avec le risque d'être rétrogradés en sport additionnel. Ce qui change considérablement la donne financière pour nous. » Difficile, dans ce contexte, de ne pas s'interroger sur le poids qu'a pu avoir la présence du directeur des sports du CIO, venu rappeler l'exigence de neutralité politique à une Assemblée appelée à voter, quelques minutes plus tard, sur la suspension de trois fédérations. Tout cela, alors que l'avenir olympique de l'escalade elle-même dépend directement des bonnes grâces du CIO pour Brisbane 2032. Rien n'indique une pression explicite ou une coordination entre le CIO et World Climbing sur l'issue précise du vote, mais l'incitation structurelle, elle, est difficile à ignorer.


Et maintenant ?


Pour l'Ukraine et pour Climbers for Palestine, dont la mobilisation a conduit à la convocation de cette Assemblée Générale Extraordinaire, l'issue de ce jeudi constitue un revers procédural. Le collectif, qui plaidait pour une suspension de la fédération israélienne fondée sur des violations documentées de ses obligations statutaires, se retrouve avec un cadre générique qui ne cite ni Israël, ni la Russie, ni la Biélorussie, et une possible transmission à une commission disciplinaire dont les contours, la composition et le calendrier restent, pour l'instant, inconnus.


Nous continuerons à documenter cette actualité dès que nous disposerons de réponses plus complètes de World Climbing, ou du communiqué de presse annoncé.


Cet article a été édité le 24/07/2026 à 12h27, suite à la publication du communiqué de presse officielle de World Climbing publié dans la soirée du 23/07/2026.
 
 

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