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- Coupe du Monde IFSC 2025 : nouveau barème, nouveaux formats, nouvelle ère ?
La saison 2025 de la Coupe du Monde d’escalade va secouer les habitudes. L’IFSC a sorti son carnet de route et, au menu, quelques ajustements qui risquent de faire jaser. Nouvelle notation, remaniement des finales, recalibrage des demi-finales : l’ère du scratch et des tops à l’ancienne prend un petit coup de polish. Avec, en arrière-plan, une volonté affichée de rendre la discipline plus compréhensible, plus accessible, et— coïncidence ou pas —plus télégénique. Tour d’horizon des changements à venir. © David Pillet Bloc : Plus de monde, plus de points, moins de suspense ? D’abord, les demi-finales en bloc passent de 20 à 24 grimpeurs . Une réforme qui donne un peu plus d’air aux qualifications et ouvre la porte à quelques outsiders. L’argument officiel ? "Augmenter la diversité des nations représentées en finale." En coulisses, on comprend aussi que ça sert à équilibrer les formats avec la difficulté, qui alignera également 24 grimpeurs en demi-finale. Ensuite, les finales en bloc passent de 6 à 8 compétiteurs . Une harmonisation avec la difficulté qui n’a rien d’anecdotique : ça signifie plus de spectacle, mais aussi plus de chances pour les grimpeurs de s’incruster au sommet du tableau. Et plus d’athlètes en finale, c’est aussi plus de caméras qui s’agitent et plus de stories Instagram sur la diversité du circuit. Mais le gros morceau, c’est le changement radical du système de notation . Exit le décompte de tops, zones et essais façon vieille école. Désormais, place aux points, comme aux JO : 25 points pour un top 10 points pour une zone -0,1 point par essai supplémentaire Un flash, et c’est jackpot. Une grimpe propre et efficace permet de maximiser son score. Une grimpe hésitante, au contraire, ronge les points. Fini les tiebreaks alambiqués où l’on comptait les tentatives sur les zones, puis les tops, puis les zones à nouveau, puis la position du soleil à midi . Avec ce système, le classement devrait être limpide. Trop limpide ? La question que pose ce barème, c’est la place du suspense. La grimpe, ce n’est pas du patinage artistique, on ne donne pas des notes sur un enchaînement mais on compte des réussites. Là, on transforme une réussite en un score progressif, qui pourrait lisser les écarts entre les compétiteurs. Si un grimpeur s’arrache pour sortir un bloc difficile au bout de cinq essais, il marque 24,5 points. Celui qui le sort au premier en prend 25. Une demi-punition pour l’effort, une demi-récompense pour la persévérance. Reste à voir si ça tiendra la route en conditions réelles. Finales en bloc : un tapis roulant de grimpeurs Autre évolution, et pas des moindres : le format des finales change . Finie la procession solitaire où chaque athlète venait s’offrir sa parenthèse sous les projecteurs. Désormais, plusieurs grimpeurs évolueront simultanément sur scène . L’idée est simple : fluidifier le spectacle, éviter les temps morts, et "assurer un flux d’action continu" , dixit l’IFSC. Seuls le premier et le dernier grimpeur bénéficieront encore d’un passage individuel. Sur le papier, ça évite ces longues minutes de silence où l’on attend que le grimpeur suivant vienne se jeter sur le bloc. Dans la pratique, c’est une mini-révolution : les spectateurs sur place devront jongler entre plusieurs essais simultanés, et le livestream deviendra un ping-pong de plans serrés sur des grimpeurs en lutte . Un format à la "qualif", qui risque de diviser les puristes. Car si tout le monde grimpe en même temps, la tension d’un mano a mano sur le dernier bloc risque de disparaître. Pour l’instant, personne ne sait si ce sera un coup de génie ou un bordel visuel. Difficulté : Moins de place en demi, toujours autant en finale En parallèle, la discipline de la difficulté subit un petit régime minceur . Les demi-finales passent de 26 à 24 grimpeurs, sans qu’on sache très bien pourquoi (hormis l’alignement avec le bloc). Une coupe marginale, mais qui pourrait avoir son importance en fin de saison, là où les places en demi se jouent souvent à une prise près. En revanche, les finales ne bougent pas : on garde 8 grimpeurs et grimpeuses sur la voie ultime , comme d’habitude. Un statu quo qui montre que la difficulté a moins besoin de coups de peinture pour séduire. Un calendrier 2025 sous haute surveillance Toutes ces nouveautés seront mises à l’épreuve dès le 18 avril à Keqiao, en Chine , première étape d’une saison qui s’étendra jusqu’en septembre . Un crash-test grandeur nature pour voir si ces ajustements rendent effectivement la compétition plus fluide, plus claire et plus intense. Car au fond, ces réformes traduisent une ambition claire de l’IFSC : rendre l’escalade compétitive plus digeste pour les spectateurs extérieurs . Avec l’essor des JO, l’objectif est de simplifier les formats, harmoniser les disciplines et fluidifier les retransmissions . Quitte à perdre un peu du chaos organique qui faisait le sel des compétitions ? Les puristes grinceront des dents, les stratèges s’adapteront, et les grimpeurs, comme toujours, tenteront d’écrire l’histoire, point après point.
- Cairn : l’escalade en jeu vidéo atteint un nouveau sommet
Il y a presque un an, on vous parlait déjà de Cairn . À l’époque, c’était encore une silhouette dans la brume, une promesse d’ascension sans itinéraire défini. On savait juste que The Game Bakers , les artisans de Furi et Haven , travaillaient sur un jeu d’escalade qui voulait faire les choses autrement. Un an plus tard, l’horizon s’éclaircit : une démo est disponible, et l’expérience commence à se dévoiler . © The Game Bakers Et autant dire qu’on n’est pas sur une simple balade en falaise. Cairn ne veut pas juste être une simulation d’escalade, il veut faire ressentir ce que c’est que grimper . Avec tout ce que ça implique : l’effort, l’anticipation, l’incertitude. Loin des ascensions automatiques et des assistances invisibles, ici, chaque mouvement se joue à la main, au millimètre, avec une attention quasi obsessionnelle portée au placement du corps. Mais Cairn , ce n’est pas juste une question de prise. C’est aussi une question d’ambiance, de narration silencieuse et de survie dans un environnement qui ne vous veut ni du bien ni du mal – il est là, c’est à vous de vous en accommoder. Et si l’escalade est aussi belle dans Cairn , c’est qu’elle est passée entre les mains de Mathieu Bablet, maître en architectures impossibles et en décors vivants. Là-haut, seul.e L’histoire nous place dans la peau d’Aava, une grimpeuse dont la mission est simple sur le papier : atteindre un sommet encore jamais conquis. Mais ici, pas question d’avancer sans réfléchir. Cairn fait partie de ces jeux qui exigent de comprendre leur logique avant de pouvoir avancer . Chaque main, chaque pied doit être positionné à la main, en tenant compte de l’équilibre du corps et de la fatigue qui s’accumule. L’énergie n’est pas infinie, et la moindre erreur coûte cher. Chuter, ce n’est pas juste recommencer, c’est sentir que l’on a mal joué, que l’on a surestimé son endurance, sous-estimé une prise. © The Game Bakers Mais ce n’est pas tout : Cairn va plus loin en intégrant des mécaniques de survie . Parce que grimper, c’est aussi gérer son corps. Faim, soif, température corporelle… il faut composer avec ces paramètres sous peine de ne jamais voir le sommet. Ramasser des plantes, trouver de l’eau, économiser ses forces deviennent des enjeux aussi cruciaux que le placement des mains. Et quand la fatigue devient trop grande, il faut bivouaquer. Chercher un endroit sûr, monter sa tente, cuisiner ce qu’on a pu trouver, réparer son équipement. Un moment de répit avant de repartir vers l’inconnu, un dernier regard vers ce qui reste à gravir. L’empreinte de Mathieu Bablet S’il y a bien une chose qui distingue immédiatement Cairn , c’est son esthétique. Et pour cause : on retrouve derrière la direction artistique Mathieu Bablet , génie de la BD qui nous a déjà offert Shangri-La , Carbone & Silicium et Adrastée . Un artiste en pleine effervescence, dont le prochain album, Silent Jenny , est attendu pour août 2025. Son style, reconnaissable entre mille, habite chaque recoin du jeu. Les montagnes ne sont pas juste des blocs de roches inertes, elles ont une présence, une aura, un poids. Les ciels, souvent immenses, oscillent entre sérénité et menace sourde. Chaque détail semble réfléchi pour faire ressentir l’environnement, plutôt que simplement l’illustrer. © The Game Bakers Mathieu Bablet n’est pas du genre à faire dans le décor figé. Dans ses BD, les villes sont des personnages à part entière, les ruines racontent des histoires, chaque ligne a du sens. Dans Cairn , cette approche donne naissance à un univers immersif, où l’on grimpe autant pour atteindre le sommet que pour comprendre ce que ce lieu a à dire . Une démo pour s’échauffer Avec cette démo , Cairn nous laisse entrevoir ce qu’il a dans le ventre. Et le verdict est clair : c’est exigeant, mais gratifiant. On passe d’abord par une phase d’apprentissage dans une salle d’escalade , histoire d’assimiler les bases, avant d’être lâché sur une vraie paroi. Une heure de jeu qui donne déjà un aperçu du rythme, de la tension, et de ce qui nous attend. Pour l’instant, l’aspect survie est encore discret, mais on sent que le jeu ne va pas se contenter d’être un simple simulateur de grimpe. Les mécaniques de gestion des ressources et du bivouac laissent entrevoir un équilibre à trouver entre l’instinct de progression et la nécessité de se préserver. La date de sortie complète reste encore floue , mais une chose est sûre : Cairn est bien parti pour être l’expérience d’escalade la plus aboutie jamais vue en jeu vidéo. © The Game Bakers Dernière prise avant le sommet Alors, Cairn , sommet ou mirage ? Difficile à dire pour l’instant, mais ce qui est certain, c’est que The Game Bakers ont pris un risque. Celui de proposer un jeu qui ne fait aucune concession, qui demande du temps, de la patience et de la réflexion . On pourrait se demander si ce parti-pris séduira un large public. Mais après tout, Cairn n’est pas là pour plaire à tout le monde. Il est là pour parler aux passionnés, aux têtus, à celles et ceux qui savent que chaque ascension est une histoire en soi. La démo a ouvert la voie. Maintenant, on attend la suite. Parce que si ce que l’on a vu jusqu’ici est représentatif de l’expérience finale, alors Cairn pourrait bien marquer un vrai tournant dans la manière dont le jeu vidéo représente l’escalade. Et rien que pour ça, on est prêt à s’accrocher.
- FFCAM : Huit ans d’ascension, avant un nouveau sommet ?
Le 15 mars 2025, la FFCAM entre dans une nouvelle ère. À Chalon-sur-Saône, lors de son assemblée générale, la fédération tournera la page d’une présidence à trois têtes . Sylvie Guérin, Rémy Mullot et Nicolas Raynaud, qui a dirigé la FFCAM pendant huit ans avant d’opter pour une gouvernance partagée en 2023, ne se représenteront pas. Un moment charnière, alors que la montagne continue de muter sous l’effet du changement climatique, de l’évolution des pratiques et des dynamiques politiques. © FFCAM En huit ans, la fédération a pris de l’ampleur : plus de licenciés, plus de clubs, plus d’actions environnementales, plus de refuges rénovés . Mais cette montée en puissance s’est faite dans un équilibre précaire, entre gestion des flux en montagne, enjeux écologiques et réformes internes. L’heure est au bilan. Une fédé qui grimpe, mais jusqu’où ? On ne pourra pas leur reprocher d’avoir laissé la FFCAM végéter. Depuis 2017, la fédération a connu une croissance nette : +22 % de licenciés (115 000 en 2024). +23 % de clubs (445 aujourd’hui). +600 % de groupes féminins (21 en 2024 contre 3 en 2016). +102 % de mineurs inscrits. Les chiffres traduisent une dynamique réelle. La FFCAM a su séduire de nouveaux pratiquants, rajeunir son public et s’ouvrir à des profils plus variés . Un développement porté par un gros travail sur l’offre : des écoles de jeunes plus nombreuses, un accès facilité aux pratiques, et une mise en avant des initiatives locales à travers un maillage renforcé des clubs et des comités régionaux. Mais plus de monde en montagne, c’est aussi plus de défis à gérer. « On est pris en tenaille entre une montagne qui s’écroule en haut et prise d’assaut par le bas », résume Nicolas Raynaud. Car si la montagne attire, elle se transforme aussi sous l’effet du réchauffement climatique. La FFCAM a dû adapter son approche : sensibilisation, formation, encadrement… tout en jonglant avec la contradiction inhérente à la popularisation des pratiques outdoor : protéger sans interdire . © Jean-François Chabert Des refuges à rénover, et vite Un des chantiers majeurs de ces deux olympiades a été la rénovation des refuges. Enjeu patrimonial, mais surtout écologique et économique. Depuis 2017, la FFCAM a mené un plan décennal ambitieux pour moderniser ses infrastructures : 8 refuges totalement rénovés, dont le Col de la Vanoise et Temple Écrins. 3 chantiers en cours (Brèche de Roland, Sancy, Arrémoulit). 5 sites en phase d’études avancées. 2 projets abandonnés. Le nerf de la guerre : rendre ces structures plus autonomes énergétiquement, réduire leur impact et les adapter à l’évolution de la fréquentation. Mais entre financements aléatoires et complexité de rénovation en site isolé, le dossier reste sensible. Pour l’instant, l’effort est tangible, mais il reste du chemin à parcourir. © Jocelyn Chavy Structuration fédérale : l’ère du professionnalisme ? La gouvernance Raynaud a aussi marqué un tournant organisationnel. Loin d’être une simple association de bénévoles passionnés, la FFCAM a consolidé son fonctionnement avec : La création d’antennes régionales à Chambéry et Toulouse. Un recrutement accru de chargés de développement. La mise en place d’une équipe de direction salariée. Des évolutions qui traduisent un passage à une gestion plus professionnelle, dans un contexte où la fédération doit composer avec des enjeux institutionnels grandissants . En 2022, la FFCAM a décroché la délégation pour l’escalade sur glace. Un symbole : après des décennies à être perçue comme la fédération des alpinistes et randonneurs, elle s’est affirmée comme un acteur du sport structuré. Les liens avec la FFME et la FFS se sont renforcés, et la fédé s’est imposée comme un interlocuteur clé sur les politiques montagne. Mais cette reconnaissance a un prix : celui d’une place à défendre, dans un paysage fédéral en constante recomposition. Le passage de relais : continuité ou rupture ? La nouvelle équipe qui prendra les rênes en mars 2025 hérite d’une fédération en pleine expansion, mais qui doit encore prouver qu’elle peut assumer ses ambitions sans se heurter aux contradictions du secteur. Si ces dernières années ont permis de structurer l’offre et d’augmenter la base de pratiquants, les défis à venir ne seront pas plus simples : Quelle stratégie pour gérer l’afflux de pratiquants sans saturer les milieux naturels ? Comment poursuivre la modernisation des refuges sans alourdir la charge financière ? Jusqu’où aller dans la professionnalisation sans perdre l’âme associative ? Le bilan des huit dernières années est là : la FFCAM a pris du volume, structuré son action et consolidé son ancrage dans le paysage montagnard. Mais toute ascension a son point critique. À la prochaine équipe de savoir jusqu’où pousser l’altimètre, et à quel prix. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Un tirage pour grimpeurs : quand l’escalade se met au tarot
Vous pensiez que l’escalade était déjà un vaste terrain d’expérimentations spirituelles, entre flashs mystiques et chutes introspectives ? Attendez de voir ce que Daniel McNeil et Peggy Flavin vous réservent : un jeu de cartes pour grimpeurs qui mêle art, oracle et un soupçon d’auto-analyse existentielle . Le Skybound Traveler vient de se lancer sur Kickstarter, et autant vous prévenir tout de suite : ici, on ne parle pas de tirer au clou, mais de tirer les cartes. © Skybound Traveler Un tarot vertical, ou le destin en chaussons Daniel McNeil, écrivain et mentor, et Peggy Flavin , artiste et guide de haute montagne, ont passé des années à concocter un jeu de 52 cartes, chacune illustrant une facette de l’escalade. Le Crux , L’Assurage , Le Départ , Le Rappel … Chaque carte fonctionne comme un miroir de nos propres ascensions et descentes, que ce soit sur une paroi ou dans la vie . Le guide accompagnant le deck dissèque les symboles, questionne nos nerfs, nous invite à voir les nœuds bien serrés comme des métaphores de nos angoisses, et les prises franches comme des bouées d’espoir. Et soyons honnêtes : qui parmi nous n’a jamais senti, suspendu à une prise fuyante, que la vie elle-même tenait à un fil bien trop fin pour être honnête ? Oracle et grimpeurs : même combat Si ce Skybound Traveler parle aux grimpeurs, il ne s’arrête pas aux salles et aux falaises. McNeil l’assure : « Même ceux qui ne grimpent pas adorent ce jeu. Tout le monde sait ce que signifie atteindre un sommet. Tout le monde est déjà tombé . » Et c’est peut-être là la force de ce projet : rendre l’escalade accessible non pas par la gestuelle, mais par le symbole . Parce que finalement, la dalle et le doute, c’est un combat universel. Là où le jeu frappe fort, c’est dans sa capacité à mêler introspection et second degré. The Jug (la grosse prise qui sauve) interroge notre rapport à la sécurité et au lâcher-prise. The Knot (le nœud) joue avec la frontière entre attachement et entrave. The Dyno parle du grand saut, celui qu’on hésite à tenter, celui qui, s’il passe, ouvre la voie à autre chose. © Skybound Traveler Autrement dit, McNeil et Flavin ont réussi à encapsuler en un jeu de cartes ce que la grimpe nous murmure déjà sous les doigts : parfois, il faut se lancer sans savoir si ça va tenir. Un pari sur la communauté Comme toute bonne voie en dalle, le projet tient sur un équilibre précaire : celui du financement participatif. Objectif Kickstarter : 21 700 dollars , de quoi couvrir les frais de production, d’expédition et d’illustration. En gros, s’ils vendent 500 jeux, ils rentrent dans leurs frais. Et pour convaincre les contributeurs de serrer la prise (ou plutôt de sortir la carte bleue), ils ont tout prévu : 20 dollars pour un sticker et un marque-page illustré, 45 dollars pour précommander le jeu de cartes et son guide, et des packs plus costauds allant jusqu’à 299 dollars pour les collectionneurs, incluant des posters signés et une mention dans le guide. Et pour les grands princes, il est même possible de donner sans contrepartie, juste pour le plaisir de voir ce projet s’accrocher aux prises du réel. Si le tarot des grimpeurs trouve son public, McNeil espère le voir atterrir en boutique, et peut-être même ouvrir la voie à d’autres éditions. Parce que, après tout, l’escalade n’est pas qu’un sport, c’est une langue. Une syntaxe faite de tensions et de relâchements, de moments suspendus et d’impulsions soudaines . Ce jeu de cartes, en fin de compte, c’est un dictionnaire pour ceux qui veulent apprendre à la parler autrement. Alors, prêts à voir ce que les cartes vous réservent ? 🧗♂️✨ 📌 Kickstarter ouvert jusqu’au 4 avril : Skybound Traveler
- Kirby’s Lessons for Falling (in Love) : tomber amoureuse, tomber de haut, mais toujours se relever
L’amour, c’est comme l’escalade : on s’y lance avec excitation, on s’accroche, on perd pied, on chute, on se fait mal… mais on recommence. Kirby’s Lessons for Falling (in Love) , la nouvelle BD de Laura Gao, est une histoire queer où la grimpe devient le miroir parfait des vertiges du cœur . Parce qu’on ne tombe jamais vraiment dans le vide, et que l’équilibre ne tient parfois qu’à un fil. Kirby Tan, grimpeuse hors pair, contrôle tout sur un mur. Elle sait où poser ses pieds, comment répartir son poids, quand relâcher la pression et quand serrer plus fort. Mais quand une blessure l’éjecte des compétitions, elle se retrouve parachutée dans le club de journalisme de son lycée, à gérer une rubrique de conseils amoureux aux côtés de Bex Santos, experte en cristaux et en compatibilités astrales. C’est absurde, c’est irrationnel, c’est tout ce que Kirby déteste… et pourtant, l’idée d’une alchimie entre elles commence à s’imposer. Mais aimer qui elle veut, ce n’est pas aussi simple que choisir une prise sur un mur d’escalade . Parce qu’il y a sa famille. Parce qu’il y a son éducation. Parce qu’il y a cette peur du regard des autres, du rejet, de la chute libre. Avec ce récit où la découverte de soi passe par le vertige du sport et du cœur , Laura Gao signe une BD à la fois intime et universelle, qui parle de force et de fragilité, de contrôle et d’abandon, de ces moments où l’on se retient et de ceux où l’on finit par lâcher prise. L’amour et l’escalade, une même école de la chute Laura Gao n’a pas choisi l’escalade au hasard. Ce sport, elle l’a découvert dans une période de sa vie où elle avait besoin d’un exutoire. Son premier roman graphique, Messy Roots , parlait déjà de quête identitaire et d’appartenance. Cette fois, elle pousse la métaphore encore plus loin : qu’est-ce que tomber signifie vraiment ? Dans une interview pour Climbing , elle explique : « En escalade, on tombe tout le temps. Mais on y retourne, encore et encore. Pourquoi ? Parce qu’on sait que la chute fait partie du jeu. Et je me suis dit : c’est pareil pour l’amour. Si tomber fait si mal, pourquoi on continue d’essayer ? » Kirby, son héroïne, est une grimpeuse au mental d’acier. Mais quand il s’agit d’émotions, c’est une autre histoire. Son attirance pour Bex est un terrain inconnu, glissant, instable. L’amour ne se calcule pas comme un enchaînement de mouvements sur une voie . Il surprend, il dérange, il remet tout en question. Et surtout, il se heurte à des murs invisibles : ceux qu’on érige autour de soi, et ceux que la société nous impose. Car au-delà de la romance, Kirby’s Lessons for Falling (in Love) raconte aussi une adolescence queer dans ce qu’elle a de plus complexe . Pas de coming-out grandiose ou de déclaration cathartique : juste une fille qui découvre, à son rythme, que l’amour qu’elle ressent ne rentre pas forcément dans les cases qu’on lui a données. Un regard queer, un regard neuf Laura Gao n’écrit pas une histoire où l’identité queer est un obstacle à surmonter. Elle l’écrit comme une réalité, une partie de la vie, avec ses incertitudes, ses hésitations, et cette sensation permanente d’être en équilibre instable. Dès l’annonce de son livre, elle était claire : « J’ai longtemps regretté le manque de médias queer pour les filles asiatiques. Alors je me suis dit : fuck it, je vais en écrire un. » Et ça se sent dans Kirby’s Lessons for Falling (in Love) . Kirby n’a pas de modèle à suivre, elle avance à tâtons, sans scénario préécrit. Comme tant d’autres avant elle, elle doit jongler entre son identité, son héritage culturel et ses propres désirs. Elle sait qu’aimer une fille, dans son entourage, ne sera pas sans conséquences . Son éducation religieuse, sa famille, son environnement… tout lui souffle qu’elle est sur une pente glissante. Et pourtant, comme en escalade, elle grimpe. Elle essaie. Elle chute. Elle remonte. Laura Gao ne cherche pas à faire de son héroïne un symbole. Elle en fait une ado, avec ses contradictions, ses maladresses, ses erreurs . Kirby ne sait pas toujours comment verbaliser ce qu’elle ressent. Elle est dure avec elle-même, comme beaucoup de jeunes athlètes qui ont appris à performer avant d’apprendre à écouter leur cœur. C’est là que l’escalade devient bien plus qu’un décor : c’est la structure même du récit. L’apprentissage de Kirby passe autant par ses bras fatigués sur une prise que par ses hésitations face à Bex. Chaque mouvement, chaque chute, chaque hésitation est une leçon de vie. Un roman graphique à la verticale Si la thématique queer est essentielle, la force de Kirby’s Lessons for Falling (in Love) réside aussi dans son esthétique. Laura Gao n’est pas qu’une autrice talentueuse, c’est aussi une illustratrice qui joue avec les contrastes. Son dessin en noir et blanc, relevé de touches de couleur bien senties , crée un rythme visuel qui oscille entre tension et envolée. Les scènes d’escalade sont cinématographiques, parfois presque abstraites : des corps suspendus, des mains crispées, des regards qui s’accrochent. On grimpe avec Kirby, on ressent ses doutes, ses déclics, sa peur du vide. Et quand elle chute, on chute avec elle. Mais au-delà du sport, ce sont les silences et les regards qui frappent. Laura Gao sait capturer ces petits moments où tout bascule : une hésitation, une main qui frôle une autre, un regard qui s’attarde une seconde de trop. C’est dans ces détails que le récit trouve sa force. Pourquoi il faut lire Kirby’s Lessons for Falling (in Love) ? Parce que c’est une BD qui parle de l’adolescence sans la simplifier. Parce que c’est une histoire queer qui refuse de tomber dans les clichés . Parce que c’est une leçon sur la chute et la remontée, qui parlera à tous ceux qui ont déjà aimé, douté, hésité. Parce que l’escalade n’a jamais été aussi bien dessinée. Parce que ça fait du bien de lire une histoire où on ne tombe jamais vraiment dans le vide. Que vous soyez grimpeur ou non, que vous ayez déjà pris un vol (au mur ou en amour), Kirby’s Lessons for Falling (in Love) est un livre qui marque. Laura Gao réussit là où beaucoup échouent : parler d’identité, de passion, de famille et d’amour avec sincérité, avec nuance, avec du style . Et surtout, elle nous rappelle une chose essentielle : tomber, ce n’est pas échouer. C’est juste la preuve qu’on a osé essayer. D'autres lectures recommandées Marion Poitevin : Toujours plus haute, toujours plus forte Joseph Vallot : un savant au sommet du Mont-Blanc et de son époque L’Arête de l’éternité – L’odyssée perchée de Sandy Allan
- Les grimpeurs du Kentucky rachètent leur falaise pour grimper en paix
La prochaine fois que l'on vous dit que l’escalade est un sport d’oisifs qui ne pensent qu’à leur prochaine sortie en falaise, vous pourrez répondre qu’au Kentucky, les grimpeurs achètent des hectares à coups de millions . 290 hectares précisément, soit de quoi faire rentrer 545 terrains de foot – ou, pour les amateurs de chiffres plus verticaux, 22 kilomètres de falaises. L’affaire du siècle (ou du siècle prochain) C’est la Red River Gorge Climbers' Coalition (RRGCC) qui vient de frapper fort : 1,7 million de dollars sur la table pour récupérer un bout d’ancienne réserve naturelle d’Ashland Wildlife Management Area. Pourquoi ? Parce qu’un site emblématique de la région, The Zoo , s’est vu barrer l’accès en début d’année, rappelant aux grimpeurs que sans titre de propriété, une falaise, aussi mythique soit-elle, peut leur glisser entre les doigts. Sauf que cette fois, pas question de rester les bras ballants. La RRGCC, avec le soutien du Access Fund , s’est mise en quête de sauver les meubles – ou plutôt les cailloux. Résultat : Cave Fork Recreational Preserve, le petit dernier des sites sous protection de l’organisation. Il rejoint les autres terrains déjà rachetés au fil des ans, portant le total à près de 1 700 hectares dédiés à l’escalade . À qui profite le crime ? D’abord aux grimpeurs, bien sûr. Les secteurs fraîchement acquis comptent des noms qui font frémir : Monster Wall , Devil’s Kitchen , Outer Space ou encore Corn Flake (une voie qui croustille sous la dent ?). Mais aussi aux amateurs de biodiversité, car la zone abrite quelques colocataires à protéger : des chauves-souris de Virginie , des chauves-souris de l’Indiana , et même un petit poisson rare du Kentucky, le arrow darter , qui, lui aussi, aimerait bien ne pas finir écrasé sous du béton. Les fonds ont été réunis via un mélange de dons, prêts privés et subventions , avec notamment 600 000 dollars venant du Service des forêts des États-Unis et 350 000 dollars du programme de conservation des chauves-souris . Et si ça semble encore insuffisant, la RRGCC a déjà couvert plus de la moitié de sa dette. Et en France, on attend quoi ? Si acheter des falaises pour en garantir l’accès peut sembler un réflexe logique outre-Atlantique, l’idée fait encore figure d’OVNI en France. Ici, la plupart des sites de grimpe restent sous gestion publique ou sous convention avec des propriétaires privés. Mais ces conventions ne sont pas inébranlables et les dernières années ont montré qu'elles pouvaient voler en éclats, laissant des grimpeurs face à des interdictions soudaines et des sites orphelins. Derrière ces fermetures, plusieurs raisons : des problèmes de responsabilité juridique , des enjeux écologiques croissants, mais aussi parfois des conflits d’usage entre grimpeurs, randonneurs, chasseurs et collectivités locales. Des mairies, soucieuses de ne pas endosser les risques, préfèrent parfois mettre fin aux conventions plutôt que d’assurer la gestion des falaises sur leur territoire. La question qui fâche : et si on achetait nos falaises ? Le modèle américain pourrait-il s’exporter en France ? Rien n’est moins sûr. Si des fédérations ou associations de grimpeurs décidaient d’investir dans l’achat de terrains, elles devraient aussi assurer l’entretien, la mise en sécurité des sites et leur gestion à long terme , ce qui représente un défi financier et administratif conséquent. Pourtant, la logique est là : pourquoi dépendre d’acteurs tiers quand on pourrait posséder et gérer les sites nous-mêmes ? Si des grimpeurs du Kentucky parviennent à lever 1,7 million de dollars pour préserver leur terrain de jeu, la communauté française pourrait-elle en faire autant ? En attendant, du côté du Kentucky, les grimpeurs ont sécurisé leur terrain de jeu pour de bon . Ils pourront chuter en paix, en sachant que cette fois, personne ne viendra leur dire de plier bagage.
- Auto-enrouleurs TRUBLUE iQ rappelés : un risque de chute identifié
Risque de chute, blessure grave, rappel immédiat. Voilà ce qui résume l’alerte lancée par Head Rush Technologies, contraint de rappeler plusieurs centaines d’auto-enrouleurs TRUBLUE iQ et iQ+ après 109 signalements de dysfonctionnement et un accident ayant entraîné une fracture. Une faille critique : le mou qui tue L’auto-enrouleur, censé remonter sa sangle au fil de l’ascension et amortir une chute, ne rétracte parfois plus rien. Résultat : un grimpeur peut monter en pensant être assuré alors qu’il grimpe avec une corde molle. Et si ça lâche, c’est le sol qui arrête la chute. Les modèles concernés Sont rappelés tous les modèles suivants : TRUBLUE iQ LT (numéros de série iQ0041591 à iQ0044486) TRUBLUE iQ+LT (numéros de série iQP000401 à iQP000422) TRUBLUE iQ XL (numéros de série iQXL01283 à iQXL03425) TRUBLUE iQ+XL (numéros de série iQXLP0104 à iQXLP0215) Vendues entre mai 2023 et décembre 2024 sur le site de Head Rush Technologies, ces machines coûtaient entre 2 800 et 4 600 dollars. Si vous avez ces modèles en salle : stop immédiat Head Rush Technologies demande l’arrêt total de leur utilisation et leur retrait des voies. Un centre de service agréé doit être contacté pour organiser un renvoi et une mise à jour des pièces défectueuses, sans frais. Une piqûre de rappel sur la nécessité de redoubler de vigilance sur le matériel de sécurité. Source : United States Consumer Product Safety Commission Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Reel Rock en France : fin de voie pour un festival culte
Le Reel Rock Tour en France, c’est fini . Rideau, fin de la session, merci pour tout et à la prochaine. Sauf qu’il n’y aura pas de prochaine. Le festival de films d’escalade qui nous faisait vibrer une fois par an dans les salles obscures rejoint la longue liste des événements qui ont préféré troquer les projecteurs contre le streaming. Une disparition en plusieurs actes , entre mauvaise gestion, polémiques brûlantes et, surtout, une industrie du film d’aventure qui ne sait plus trop sur quelle prise se caler. © Seb Carniato Un festival qui se saborde à petit feu Reel Rock, c’était l’événement où l’on venait se prendre une claque visuelle en collectif. Des bras qui tétanisent en regardant une main tremblante chercher désespérément une réglette, des soupirs de soulagement quand un pied tient contre toute attente, des cris quand un jeté impossible passe par miracle. Une communion grimpeuse qui, chaque année, nous donnait envie de tout plaquer pour filer droit vers la falaise la plus proche. Mais voilà, les Américains ont décidé que les salles de cinéma, c’était so 2019 . Place à la VOD et aux abonnements mensuels. Dans le business model du 21e siècle, un spectateur en salle, c’est un spectateur qui paye une fois. Un abonné à une plateforme, c’est une rente. Et tant pis si l’essence même du festival – voir ces films collectivement, se nourrir des réactions du public, discuter dans le hall après la projection – passe à la trappe. En changeant la date de sortie de ses films et en réduisant à peau de chagrin le temps disponible pour organiser une tournée en salle , Reel Rock a petit à petit scié la branche sur laquelle il était assis. La France a tenté de s’accrocher avec une tournée à l’automne, puis une diffusion unique au printemps. Échec critique. Face à un public qui préférait mater les films depuis son canapé plutôt que de se déplacer pour une date unique, les organisateurs français ont dû lâcher la corde. Polémiques en série : la goutte de sueur en trop Si ce n’était qu’un problème de calendrier, peut-être que le Reel Rock Tour aurait pu survivre. Mais ces dernières années, le festival s’est aussi pris les pieds dans le tapis des polémiques . Exemple parfait : Death of Villains , un film qui met en avant Joe Kinder, grimpeur qui traîne une belle casserole derrière lui – une affaire de harcèlement envers Sasha DiGiulian , qui lui a coûté ses sponsors et sa réputation . Son grand retour à l’écran, accompagné de Kai Lightner, a fait grincer des dents : une plateforme qui met en avant l’éthique et l’aventure humaine ne devrait-elle pas être un peu plus regardante sur les figures qu’elle choisit de glorifier ? Autre dossier brûlant : The Cobra & The Heart , où l’on retrouvait Thomasina Pidgeon, qui a ouvertement défendu un homme condamné pour viol avant de se raviser en mode "oups, j’avais pas toutes les infos". Pas suffisant pour calmer les critiques, qui pointaient une absence totale de prise de position de Reel Rock face aux polémiques qui s’accumulaient. Face à ça, la maison-mère a choisi la stratégie du silence gêné et du "désolé si vous vous sentez offensés". Une communication molle qui, plutôt que de rassurer, a achevé d’agacer un public déjà méfiant. Reel Rock, ou l’art de perdre son public Le Reel Rock Tour en France ne s’éteint pas en héros. Pas de standing ovation, pas d’applaudissements nourris. Juste une fin de partie tristement prévisible. À force de rogner sur ce qui faisait son essence – la rencontre, la communauté, la magie du grand écran – et de ne jamais vraiment assumer ses choix éditoriaux, le festival s’est tiré une balle dans le pied. Ou plutôt, il a zippé sur un pied-main mal calé et s’est écrasé en bas du bloc.
- Quand le débat sur le voile quitte les terrains et envahit les tribunes
Un simple vote, et voilà le Sénat propulsé en plein tournoi de joutes verbales. Le 18 février, la chambre haute a adopté une proposition de loi interdisant les signes religieux ostensibles dans les compétitions sportives. Officiellement, il s'agit de "préserver la neutralité des terrains". Officieusement, c’est un coup de pied bien placé dans un nid de frelons. Car avant même le scrutin, l’opposition était déjà montée au filet. Deux tribunes, deux fronts : d’un côté, des associations et personnalités dénoncent une loi discriminatoire et contraire aux principes du sport. De l’autre, des collectifs sportifs engagés refusent de voir leurs coéquipières exclues et appellent à une mobilisation plus large. Une tribune qui sonne comme un avertissement Le premier pavé dans la mare est signé Amnesty International , l’Anestaps et Basket Pour Toutes , entre autres. Publiée sur Le Nouvel Obs , la tribune rappelle un point clé : selon l’Observatoire de la Laïcité, la neutralité ne s’applique qu’à l’État, pas aux citoyennes venues jouer un cinq contre cinq ou s’élancer sur une piste d’athlétisme. Les signataires dénoncent une loi qui ne fait qu’ajouter des obstacles aux femmes déjà sous-représentées dans le sport. "Interdire le voile, c’est restreindre l’accès au sport, précariser des clubs, briser des vocations." En clair : on prend la laïcité comme prétexte et on saborde l’objectif officiel de féminisation du sport. La tribune souligne aussi l’exception française. Aux JO de Paris, la France était la seule à interdire le hijab à ses athlètes. Un choix qui tranche avec la position du Comité international olympique, de la FIFA et des Nations unies, qui eux autorisent le couvre-chef sportif. Deuxième tribune, changement de ton Là où la première tribune joue la carte de l’argumentaire construit, la seconde, publiée par Les Dégommeuses , appelle à une opposition frontale . "Non à l’islamophobie dans le sport" : pas de pincettes, pas de nuances, mais une ligne claire. La proposition de loi est qualifiée de "liberticide", d’"obsession islamophobe", et d’un énième prétexte pour exclure une partie des sportives. L’appel est plus direct : banderoles, prises de position, refus de jouer sans ses coéquipières voilées… L’idée, c’est que l’opposition ne se limite pas aux pétitions et aux coups de gueule sur Twitter, mais se ressente directement sur le terrain. Dans les vestiaires, sur les terrains d’entraînement, dans les tournois amateurs. Et l’escalade dans tout ça ? Si certaines fédérations oscillent entre la prudence et le silence radio, la FSGT, elle, a pris position. Lors de sa dernière assemblée régionale parisienne dédiée à l’activité montagne-escalade, elle a voté contre toute interdiction du voile en compétition . Un choix en cohérence avec son ADN : celui d’un sport populaire, inclusif, où l’on grimpe sans exclure. Ce n’est donc pas un hasard si Céline Machado, co-présidente de la FSGT, figure parmi les signataires de la tribune publiée sur le site du Nouvel Obs . Dans le camp des opposants à cette loi, la FSGT n'est pas qu’un simple spectateur du débat : elle en incarne l’un des contrepoids les plus nets, s’alignant sur une vision du sport comme espace d’émancipation plutôt que de restriction. Pourtant, ce positionnement n’est pas forcément partagé par l’ensemble du monde vertical. Si la FFME reste muette sur le sujet, certaines salles privées invoquent des raisons de sécurité pour refuser le voile. Un flou qui, jusque-là, permettait à l’escalade d’échapper aux polémiques. Mais avec un débat qui se radicalise et une loi qui risque d’être adoptée, la discipline pourra-t-elle encore s’en tenir à cette neutralité de façade ? Dans un climat où chaque fédération doit choisir son camp, la ligne de crête devient de plus en plus fine. Le match continue Le texte doit encore être examiné par l’Assemblée nationale. Mais une chose est sûre : le sport, cet éternel terrain de jeu, est devenu un terrain de lutte . Et dans cette partie où la ligne entre laïcité et discrimination est de plus en plus floue, il y aura forcément des chutes.
- MONOLITHE : l’escalade urbaine, version roche brute
L’escalade en ville, mais sans plastique ni résine. C’est l’idée, toute simple mais terriblement audacieuse, de MONOLITHE , une startup lorraine qui veut remettre du minéral dans nos vies citadines. Pendant que les salles privées se multiplient et transforment la grimpe en produit de consommation, MONOLITHE choisit de ramener la nature en plein cœur des villes , sans barrières, sans abonnement, sans mur d’OSB qui sent le neuf. Juste des blocs de roche, du vrai, posés dans l’espace public. © Monolithe Le projet a déjà commencé à faire du bruit, attirant à la fois les institutions publiques, les promoteurs et des figures de l’escalade comme Mickaël Mawem , champion du monde de bloc 2023 , qui voit en MONOLITHE une vraie alternative pour diversifier la pratique. Mais est-ce que l’idée est viable ? Peut-on vraiment concilier ville et nature sans dénaturer l’une ou l’autre ? On est allés voir ce qu’il y avait derrière ces monolithes urbains. Repartir de la roche : un manifeste contre la grimpe en boîte L’histoire de MONOLITHE commence en Lorraine, entre Nancy et Metz, là où l’urbanisation progresse sans faire trop de vagues, mais où les infrastructures sportives peinent à suivre le rythme. Théau Réveille et Victor Jacquet , les deux co-fondateurs, se connaissent depuis la crèche. Ils ont grandi ensemble, sont tombés dans l’escalade à Majorque (oui, ça pose une enfance), et ont fini par monter leur boîte en décembre 2023. Leur constat : l’escalade en salle a explosé , avec plus de 300 salles privées en France , soit trois fois plus qu’il y a 15 ans . Un boom alimenté par l’entrée de la discipline aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2021 , puis par son doublement aux JO de Paris 2024 . Mais derrière ce succès, une réalité moins reluisante : Un impact environnemental déplorable, avec 7 millions de prises d’escalade jetées chaque année en Europe , dont 80% non recyclables . Des coûts d’accès élevés , avec des entrées qui flirtent avec les 15 € la session en moyenne. Une artificialisation croissante , qui éloigne les grimpeurs du contact avec la roche et du geste naturel. MONOLITHE refuse cette tendance . Plutôt que d’empiler des panneaux de bois et des prises en plastique, la startup propose des blocs de carrière réutilisés , taillés et installés dans des lieux urbains. Pas de prises, pas de murs, pas de toits, juste de la roche et un s ol amortissant pour éviter les réceptions trop brutales. L’objectif ? Reconnecter la ville avec la nature, tout en offrant une escalade gratuite et accessible à tous, sans les contraintes des salles privées. © Monolithe Un défi logistique à la hauteur Installer des monolithes en ville, ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Chaque bloc pèse entre 20 et 25 tonnes , une belle pièce à manipuler quand on doit la poser sur une dalle urbaine. MONOLITHE a donc dû relever plusieurs défis : Le choix des roches : les blocs sont sélectionnés parmi les déchets de carrière, évitant ainsi l’extraction supplémentaire et l’impact carbone associé. Le transport et l’installation : déplacer une masse pareille en zone urbaine, ça se pense. MONOLITHE travaille avec des bureaux d’études pour assurer la stabilité des structures et leur conformité aux normes de sécurité des aires de jeux (EN1176) et SAE (NF EN 12572-2). L’ouverture des parcours : ce ne sont pas juste des cailloux posés au hasard. Des grimpeurs professionnels collaborent avec MONOLITHE pour tailler des blocs et proposer des lignes cohérentes, adaptées à différents niveaux. Le premier prototype a été installé à Bliiida , l’incubateur messin dédié aux innovations urbaines. Une phase de test grandeur nature qui a permis d’ajuster certains détails et de séduire les premières collectivités locales. Un modèle taillé pour séduire les villes Car ce sont bien les municipalités et les aménageurs urbains qui sont la cible principale de MONOLITHE. Avec l’explosion des infrastructures sportives publiques et l’évolution des normes environnementales, les villes cherchent des alternatives aux équipements classiques , souvent coûteux en entretien et peu durables. Les arguments de MONOLITHE ? Pas d’abonnement, pas de gestion privée , ce qui en fait un projet attractif pour les villes qui veulent encourager le sport en libre accès. Un coût maîtrisé , avec une estimation de 50 000 à 100 000 € HT pour une installation de 1 à 3 monolithes et leurs parcours associés. Une intégration paysagère qui s’aligne sur les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) , désormais prioritaires dans l’urbanisme. Et ça fonctionne : Plusieurs projets en Lorraine et au Luxembourg sont déjà en discussion avec MONOLITHE pour installer des infrastructures définitives sur leurs territoires. D’autres villes, comme Pau, ont déjà intégré des structures d’escalade en libre accès dans leurs aménagements publics, preuve que la tendance prend de l’ampleur. Vers une escalade plus libre et plus durable ? Le projet MONOLITHE s’inscrit dans une transformation plus large du paysage de l’escalade. Alors que les salles privées tendent à standardiser les expériences , des alternatives émergent pour remettre la roche au cœur de la pratique . L’impact environnemental reste l’un des arguments les plus forts : une étude réalisée sur l’empreinte carbone des SAE (Salles d’Escalade Artificielles) montre que les infrastructures en intérieur ont un impact 7 fois supérieur à celles en extérieur (source : Agence Internationale de l'Énergie). En proposant une alternative sans entretien , avec une durée de vie quasi infinie , MONOLITHE pourrait bien séduire un public en quête d’authenticité . Reste à voir si le modèle économique tiendra la route à long terme, et si les villes oseront suivre cette voie plutôt que de continuer à investir dans des infrastructures classiques. © Monolithe L’avenir de MONOLITHE : entre tests et développement L’entreprise a de grandes ambitions pour 2026 : Six projets vendus , dont quatre livrés . Un salarié recruté pour structurer l’entreprise. Une présence renforcée dans les événements urbains , avec une participation au ChangeNow 2025 , le sommet de l’innovation durable au Grand Palais. L’appui de figures comme Mickaël Mawem ajoute une caution sportive au projet, et pourrait bien faire bouger les lignes auprès des décideurs. MONOLITHE veut prouver qu’il est possible de pratiquer l’escalade en ville sans artificialiser davantage l’espace urbain . Un pari audacieux, qui s’inscrit dans une dynamique globale de reconnexion à la nature et de réappropriation de l’espace public par le sport . Alors, future révolution urbaine ou simple caillou dans la mare ? Réponse dans les prochaines années.
- L’escalade peut-elle sauver les centres commerciaux ?
Les galeries vides, les devantures condamnées, les escalators à l’arrêt… Dans de nombreux centres commerciaux, l’ambiance oscille entre le décor d’un film post-apocalyptique et un musée du retail en déclin. Face à l’essor du e-commerce et au changement des habitudes de consommation, ces temples de la surconsommation des années 90 et 2000 peinent à trouver un second souffle. Aux États-Unis, le phénomène des « zombie malls » se propage . Le taux de vacance des centres commerciaux y est 110 % plus élevé que celui du commerce de détail en général. Certains promoteurs cherchent alors une issue de secours : troquer les boutiques désertées contre des lieux d’expérience . Et parmi les alternatives émergentes, l’escalade commence à se faire une place. Des food courts transformés en salles d’escalade Outre-Atlantique, plusieurs centres commerciaux ont amorcé ce virage. À Westbury, dans l’État de New York, le Samanea Mall a converti son ancien food court en une salle d’escalade de 15 mètres de haut, exploitée par Gravity Vault . Trois mois après son ouverture, le verdict est sans appel : la salle est devenue un point d’attraction majeur du centre. « C’est agréable de voir que cet endroit n’a pas été oublié. Il fait de son mieux pour s’adapter aux temps modernes. » Liam Bello, directeur adjoint de Gravity Vault Le pari est gagnant : plutôt que de sombrer dans l’abandon, les espaces vacants du centre se réinventent. Terrains de pickleball, parc d’aventure, golf virtuel … Autant de loisirs qui transforment le centre commercial en destination plutôt qu’en simple galerie marchande. Et l’exemple de Westbury est loin d’être isolé. Selon l’ Urban Land , près de la moitié des centres commerciaux aux États-Unis intègrent désormais des expériences non traditionnelles pour attirer du public. Un virage plus que nécessaire quand on sait que, selon une étude de Capital One, 87 % des grands centres commerciaux pourraient disparaître d’ici dix ans , incapables de s’adapter à l’essor du e-commerce. L’escalade, un modèle viable pour la France ? En France, la dynamique reste timide, mais elle n’est pas inexistante. Plusieurs acteurs ont flairé le potentiel de ces espaces sous-exploités . Altissimo et Hapik par exemple, multiplient les implantations au sein de centres commerciaux à travers la France. À Montpellier, le centre Odysseum accueille une salle Altissimo , tandis que le Westfield Carré Sénart en région parisienne héberge une salle Hapik, tout comme Westfield La Part-Dieu ou encore SQY Ouest à Montigny-le-Bretonneux. L’expérience est poussée encore plus loin avec le complexe Climb Up à Lyon Confluence , qui possède l’un des plus hauts murs d’escalade indoor de France, atteignant 22 mètres de haut. L’arrivée de salles d’escalade dans ces espaces ne doit rien au hasard. Là où certaines boutiques traditionnelles peinent à survivre, l’escalade offre une nouvelle dynamique. Ces salles génèrent un flux de visiteurs qui passent plusieurs heures sur place , favorisant la consommation dans les restaurants et commerces alentour. « Pour que ces centres commerciaux fonctionnent, ils doivent devenir des lieux d’expérience. Ce n’est plus seulement une question de shopping, mais de loisirs et de convivialité. » Parag Amin, avocat spécialisé en droit des affaires Une opportunité pour les salles d’escalade indoor ? Si les centres commerciaux doivent se réinventer, les salles d’escalade pourraient bien y trouver une opportunité stratégique. Le modèle présente plusieurs avantages : ✅ Des espaces déjà construits , avec de hauts volumes sous plafond idéaux pour l’installation de structures de grimpe. ✅ Une accessibilité optimisée , avec parkings et transports en commun à proximité. ✅ Une diversification des revenus , en attirant des publics variés (familles, enfants, grimpeurs urbains). La question est désormais de savoir si d’autres exploitants de salles d’escalade franchiront le pas. Le nerf de la guerre ? Les conditions économiques. L’équation repose sur la négociation des loyers , la capacité des centres commerciaux à investir dans leur reconversion , et l’adéquation de ces nouveaux espaces avec les attentes des grimpeurs . Mais une chose est sûre : entre les rideaux baissés et les surfaces inoccupées, l’escalade pourrait bien être une clé pour éviter la chute définitive des centres commerciaux . Plutôt que d’abandonner ces temples du commerce à leur déclin, pourquoi ne pas les transformer en terrains de jeu vertical ? Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Vertige Media sur le mur : interview perchée avec A Bloc
Il y a les interviews où l’on s’installe confortablement, bien calé sur sa chaise, en enfilant des réponses comme des perles. Et puis il y a celles où l’on parle en transpirant, entre deux essais, avec une caméra qui capte autant les mots que les grimaces. "Grimper avec", la série d’Amaël, alias A Bloc , entre sans hésiter dans cette catégorie. Le principe ? Une session, une discussion, des ratés, des rires, un peu de sueur. À chaque épisode, Amaël part à la rencontre de grimpeuses et grimpeurs, histoire de leur faire parler escalade tout en leur collant un défi sur le mur. Une façon d’échanger où l’on ne triche pas : pas de pose étudiée, pas de phrase révisée, juste l’instant et le grain de voix qui tremble un peu quand l’équilibre part en vrille. Quand il m’a proposé de me prêter au jeu, on a calé ça à Blocoast, Hossegor, en mai dernier. Une salle de bloc cool, une lumière douce, et une bonne occasion d’aller titiller un peu l’essence même de Vertige Media. Vertige Media : grimper, oui. Suivre les lignes, non. Entre deux blocs (et quelques ratés), on a discuté de comment je me suis retrouvé dans l’escalade , presque par accident. Une salle qui ouvre en bas de chez moi, un baudrier qu’on me tend, une séance, et puis une autre, et puis une addiction. Une déconnexion totale qui, dans un monde où les notifications t’arrachent à toi-même toutes les trente secondes, a des allures de miracle. Et de fil en aiguille, Vertige Media est né. Pas pour courir après les perfs, pas pour raconter les derniers 9a+ claqués entre deux tapas, mais pour creuser là où personne ne creuse , pour raconter les histoires de celles et ceux qui grimpent sans podium. Des trajectoires de vie qui croisent les prises, des murs qui ne sont pas que des chiffres, et des sujets que personne ne veut toucher mais qui s’accrochent comme de la magnésie sur un jean noir. L’escalade, c’est aussi ça : un ex-toxicomane qui emmène ses gamins en falaise pour se reconstruire, des falaises que l'on ferme sous couvert d’écologie, une culture qui mute sous les spots des salles indoor. Et ça, c’est ce que Vertige Media raconte. Le bloc moderne, sport ou spectacle ? Amaël, en bon hôte, me pousse aussi à prendre position sur l’évolution de l’escalade . Les blocs modernes qui flirtent avec le parkour ? L’auto-enrouleur qui démocratise mais hérisse les puristes ? L’indoor qui s’éloigne chaque jour un peu plus de l’outdoor ? Ce sont les questions qui fâchent. Là-dessus, je reste campé sur mes appuis : l’évolution est un fait, pas une opinion. Le bloc en salle devient un show, et c’est normal : les compets doivent être télégéniques, spectaculaires, digestes pour un public qui ne grimpe pas. Les auto-enrouleurs permettent de sauter l’étape des manips et d’accéder direct au jeu. Pas un problème, juste un outil. Ceux qui restent attachés à l’essence originelle de la grimpe trouveront toujours leur compte sur du granit abrasif ou dans un dièdre teigneux. Tant mieux. L’important, c’est que chacun trouve son mur. Un grand écart entre passion et business Bien sûr, on parle aussi de la place de Vertige Media dans le paysage de l’escalade. Moins de performances, plus de récits. Moins de cotations, plus d’angles. Le journalisme de grimpe, ce n’est pas que raconter qui a enchaîné quoi, c’est aussi parler de ce que l’escalade devient, des trajectoires qu’elle dessine, des paradoxes qu’elle traîne. Et puis, soyons honnêtes, ce n’est pas non plus un Eldorado économique. Lancer un média sur un sport de niche, c’est accepter que les journées fassent 25 heures et que la passion tienne parfois lieu de salaire. Ça demande du temps, du boulot et un peu de ce masochisme propre aux grimpeurs : aimer recommencer mille fois un mouvement sans savoir si, cette fois, ça passera. Mais comme dans une voie un peu trop dure où t’as aucune raison d’aller, on s’accroche, on essaye, on tombe, et parfois, on enchaîne. Merci Amaël, merci Blocoast, et bonne grimpe !












