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  • Everest sous surveillance : les drones dans la zone de la mort

    En 2024, un drone a franchi pour la première fois la barre des 8 000 mètres sur l’Everest . Une prouesse technologique dans la « zone de la mort », qui interroge moins sur ce sommet — déjà transformé en parc à thème vertical — que sur ce qu’elle autorise ailleurs. Car quand l’optimisation devient une évidence, c’est le contrat même de la montagne qui bascule. Et ce n’était qu’un début. Ce printemps, le gouvernement népalais pousse pour que ces engins deviennent partie intégrante de la logistique himalayenne . L’avenir des drones en haute altitude se joue là, maintenant, sur les pentes du toit du monde — entre efficacité assumée et inquiétude contenue. Une première dans la zone de la mort Ils filment là où les corps ne tiennent plus debout, là où les guides hésitent à monter, là où l’air s’effondre sous la pression. En mai 2024, un drone civil a dépassé les 8 300 mètres sur les pentes de l’Everest . L’engin, un DJI FlyCart 30 modifié pour résister aux températures extrêmes et à la pression atmosphérique délirante de cette zone, a été lancé depuis le camp de base avancé à 6 100 mètres, par une équipe népalaise en partenariat avec DJI, géant mondial du drone, et la société locale Airlift. Une fenêtre météo parfaite, des rotors qui tournent deux fois plus vite qu’en plaine, un survol complet de plusieurs zones critiques, des images HD, et retour à l’envoyeur sans casse : le test est concluant. Techniquement, c’est une première. Symboliquement, c’est un pas vers autre chose. L’Everest, déjà rationalisé L’objectif était clair : montrer qu’un drone peut opérer là où les hélicoptères échouent. Dans une montagne saturée, devenue vitrine touristique et laboratoire d’extrême, cette démonstration de force tombe presque sous le sens. Ce n’est plus un exploit. C’est une suite logique. L’Everest, déjà cartographié, sécurisé, marchandisé, est devenu le candidat idéal pour accueillir ce type d’innovation. Et il faut bien le reconnaître : la technologie ici ne fait que s’insérer dans un paysage déjà rationnalisé jusqu’à l’absurde . Une efficacité logistique indéniable Depuis plusieurs années, les autorités népalaises s’inquiètent de l’état du toit du monde. Chaque printemps, des centaines de grimpeurs — souvent très encadrés — s’y entassent par vagues. Et la montagne, elle, encaisse : tentes abandonnées, bouteilles d’oxygène vides, cordes fixes oubliées, déchets plastiques figés dans la glace. Lors des dernières campagnes de nettoyage, près de 11 tonnes ont été extraites. Les drones, dans ce contexte, permettent de cibler les zones les plus critiques, d’éviter les fouilles à l’aveugle, de planifier des expéditions de nettoyage plus efficaces. Ils peuvent aussi repérer des corps. Certains sont là depuis 1996. Figés, oubliés, puis soudain retrouvés. À mesure que la montagne se numérise, même les morts finissent par réintégrer le flux d’information.  Ce qui, autrefois, échappait à toute mesure est désormais localisable. Coordonnée. Comptabilisé. Soulager les sherpas, ou les surveiller ? Parmi les justifications avancées, celle-ci revient souvent : les drones permettraient de soulager les sherpas . Pas les grimpeurs, mais ceux qui rendent leur ascension possible. Ce sont eux qui montent l’oxygène, installent les camps, fixent les cordes, redescendent les bouteilles vides, parfois les cadavres. Ce sont eux qui prennent les risques, pas pour un exploit personnel, mais pour gagner leur vie. Sur l’Everest, le danger n’est pas un choix partagé. Certains grimpent pour se dépasser. D’autres pour payer le riz. Et tous affrontent le même vide. Oui, un drone peut alléger certaines charges. Mais il ne redistribue rien. Il ne rééquilibre pas les rôles. Il soulage ponctuellement, sans jamais toucher au modèle économique qui repose sur une main-d’œuvre invisible et exposée. Le drone n’est pas un remède. Il est une rustine. Et encore faut-il qu’il tienne. L’engin vole, oui. Mais à la moindre bourrasque, il reste cloué. Il transporte du matériel, mais pas grand-chose. Il soulage, mais n’inverse rien. C’est une amélioration marginale, pas une révolution. Un gadget sous conditions, pas une solution de fond. Et c’est là que l’ambiguïté devient inquiétude. Car ce qui ne fonctionne pas toujours pour alléger, fonctionne très bien pour surveiller.  Filmer. Suivre. Localiser. Organiser. On imagine mal un drone porter des caisses tous les jours à 8 000 mètres. On l’imagine très bien transmettre des coordonnées GPS toutes les dix secondes. De l’assistance au contrôle Ce que les autorités entrevoient déjà, c’est une montée en puissance du drone comme outil de gestion. Observation des files d’attente, surveillance des comportements à risque, suivi GPS des grimpeurs, anticipation des goulets d’étranglement : la montagne devient un circuit à modéliser. À terme, chaque permis d’ascension pourrait être couplé à un traceur. Sur l’Everest, le parcours est déjà figé. Ailleurs, ce type de surveillance pourrait rogner ce qu’il reste d’imprévu.  Big Brother ne regarde plus la télé, il balise les itinéraires. Ce n’est pas l’Everest le problème. C’est ce qu’il annonce C’est là que l’Everest, une fois de plus, joue son rôle de laboratoire. Ce drone qui plane à 8 300 mètres ne scandalise plus personne. Il ne transgresse rien, parce qu’il n’y a plus rien à transgresser.  Le sommet est déjà standardisé, déjà désacralisé. On y monte à la queue leu leu, on y prend des selfies, on y meurt parfois sans que personne ne le remarque. Dans ce contexte, cartographier les déchets ou rationaliser les flux n’est pas une hérésie : c’est presque une forme d’hygiène. Mais c’est précisément là que s’ouvre la vraie faille. Ce qui passe ici, sur cette montagne devenue produit , pourrait demain s’imposer ailleurs.  Dans des espaces moins domestiqués, moins visibles, encore porteurs d’une certaine idée du silence, du risque, de la liberté. L’alpinisme sous algorithme ? L’expérimentation de 2024 a été saluée un peu partout. National Geographic  y voit une avancée écologique. Outside Magazine  parle d’un tournant logistique pour l’Himalaya. Mais ce tournant ouvre des portes que l’on ne referme pas. Drones sur le K2. Surveillance du Lhotse. Missions de cartographie dans l’Himalaya indien. Usages touristiques, militaires, commerciaux. À mesure que les sommets deviennent des dashboards, on perd le vertige. L’économie de la mesure, ou le refus de l’optimisation totale C’est ici que Gilles Rotillon, économiste de l’environnement, nous tend une corde. Dans La leçon d’Aristote , il rappelle que pour le philosophe grec, l’économie n’était pas une science de l’accumulation, mais une pratique de la mesure. Penser la limite, c’était déjà penser la liberté. Ce que la montagne rappelait, jusqu’ici, c’est qu’il existait encore des lieux où l’incertitude avait droit de cité. Là où la Formule 1 réforme chaque accident, l’alpinisme engageait un contrat moral plus ancien, plus brut, où l’on acceptait que le tragique ne se résout pas toujours dans un tableau Excel. Mais avec les drones, ce contrat se recompose. Ce n’est plus l’alpiniste qui affronte le vide. C’est l’algorithme qui le mesure. La montagne était un miroir. Elle devient un écran. Et bientôt, peut-être, un tableau de bord.

  • Grimper sans piétiner : à Guadalajara, l’escalade cherche son point d’équilibre

    Il fut un temps pas si lointain où l’escalade restait une affaire discrète, presque confidentielle. Une pratique un peu marginale, habitée par celles et ceux qui passaient plus de temps à chercher une ligne juste qu’à chercher la lumière. On dormait dans des vans cabossés, on traînait dans les campings, on partageait des topos griffonnés à la main comme des trésors. La falaise était un terrain d’aventure, mais aussi un espace de silence, de lenteur, de patience. © Amegu Puis le monde s’est refermé, le temps d’un confinement mondial. Et à sa réouverture, l’appel du dehors s’est fait plus fort, plus bruyant, plus immédiat. Les sports de pleine nature, et parmi eux l’escalade, ont gagné en visibilité ce qu’ils ont perdu en secret. Les salles ont servi de sas d’entrée, les marques ont répondu à la demande, et très vite, ce qui relevait d’une culture s’est transformé en tendance.  La grimpe est devenue une activité à la mode, accessible, séduisante, partagée sur les réseaux et pratiquée en masse, souvent sans bagage technique, parfois sans repères. Et c’est là que le bât blesse. Car la falaise, elle, n’a pas changé.  Elle est restée ce qu’elle a toujours été : un milieu vivant, fragile, complexe, qui supporte mal l’accumulation sans régulation. À Guadalajara (en Espagne), dans certaines zones comme Patones ou Tamajón, cette tension est aujourd’hui visible à l’œil nu. Les sentiers s’élargissent. Le sol s’érode. Les oiseaux désertent. Les blocs résonnent d’échos nouveaux, plus mécaniques, moins attentifs. De la grimpe sans conscience au besoin de structure Ce n’est pas un procès contre les nouveaux venus. Ce n’est pas une ode aux anciens grimpeurs comme seuls gardiens légitimes du rocher. Ce qui est en jeu ici, c’est la manière dont une pratique change d’échelle sans changer de regard.  On passe du pan au rocher avec la même légèreté que l’on change de playlist. On reproduit, parfois sans le savoir, les logiques de la salle sur des environnements qui n’y sont pas préparés : consommation rapide, faible ancrage local, pratiques bruyantes, techniques approximatives. La question n’est pas tant de savoir si c’est bien ou mal, mais de reconnaître que cela a un coût. Et qu’à force de ne pas l’assumer, ce coût finit par retomber sur le vivant. Sur des espèces qui ne font pas de bruit, qui n’ont pas de comptes Instagram, et qui ont besoin de temps, d’espace, de calme. Face à cela, à Guadalajara, un collectif s’est structuré. Il s’appelle Amegu , acronyme sec pour une ambition patiente : construire un pont entre les grimpeurs et les gestionnaires d’espaces naturels. Réunissant des clubs de montagne, des associations environnementales, des biologistes, des ingénieurs forestiers, des ouvreurs, des pratiquants, Amegu n’est pas une réaction de principe, c’est une réponse de terrain. © Amegu De la donnée, pas des dogmes Leur approche n’est ni punitive, ni nostalgique. Elle part d’un constat simple : si l’on veut que l’escalade survive à son propre succès, il faut apprendre à la réguler autrement.  Pas en fermant tout, pas en interdisant de manière aveugle, mais en comprenant précisément ce qui se joue sur chaque site. Pour cela, Amegu a noué des partenariats avec deux universités – Rey Juan Carlos I et Grenade – et s’est lancé dans un travail inédit de recensement, d’observation et de cartographie. Où nichent les oiseaux rupestres ? Quels sont leurs cycles de reproduction ? Quelles sont les zones les plus fragiles ? Quelle pression une falaise peut-elle supporter ? Autant de questions qui, jusque-là, étaient laissées de côté au profit de l’intuition ou de la polémique. En produisant ces données, Amegu rend possible une discussion sérieuse avec les collectivités, les mairies, les gestionnaires d’espaces naturels. Il ne s’agit plus de négocier dans le vide, mais de proposer des modalités concrètes d’accès, adaptées aux périodes, aux espèces présentes, aux usages locaux. La falaise comme écosystème, pas comme décor Cette approche fine, souple, informée, permet d’imaginer ce qu’Amegu appelle une “régulation dynamique”  : une gestion des sites qui tienne compte des rythmes biologiques, des saisons, des années, et qui propose des alternatives à la fermeture brutale. On ne grimpe pas toute l’année partout. On évite certaines parois au printemps si des rapaces y nichent. On évalue l’impact réel de certaines techniques, comme le brossage intensif. Et surtout, on accepte que grimper, ce n’est pas neutre. Ce changement de regard est profond. Il suppose de sortir de la logique du droit d’accès pour entrer dans celle du dialogue avec le milieu . On ne parle plus seulement d’ouverture de voie, mais d’ouverture au vivant. On ne se contente plus de repérer les prises, on apprend à reconnaître les espèces. Ce n’est pas un renoncement, c’est une extension du champ de la pratique. © Amegu Transmettre ce que l’on touche Pour qu’un tel changement prenne racine, Amegu mise aussi sur la transmission.  Chaque sortie est pensée comme une opportunité pédagogique : on grimpe, mais on observe, on échange, on découvre. Des guides naturalistes accompagnent les groupes. On parle géologie, flore, faune, histoire locale. On discute des voies ouvertes, des zones à protéger, des erreurs à éviter. Et après la grimpe, il y a le village. Le bar. Le repas partagé. Parce que l’escalade, dans les zones rurales de Guadalajara, peut aussi être un levier économique.  Mais pour cela, encore faut-il que les grimpeurs ne se contentent pas de consommer la falaise comme un spot à part, déconnecté du territoire. Il faut qu’ils y laissent autre chose que de la gomme et des stories. Vers une écologie de la grimpe Ce que tente Amegu n’est pas spectaculaire. Il n’y a pas de grand soir. Juste un effort continu pour rendre la grimpe plus habitable – pour ceux qui la pratiquent, pour ceux qui y vivent, et pour ceux qui ne font que passer, ailes ouvertes ou racines profondes. Ce n’est pas une écologie punitive. C’est une écologie relationnelle.  Qui ne cherche pas à exclure, mais à inclure autrement. Qui ne sacralise pas la falaise, mais la reconnaît comme un milieu habité. Qui assume que l’escalade a une empreinte, mais qu’on peut en réduire l’impact, à condition d’en parler, de l’étudier, de la penser. À Guadalajara, ils essaient.  Avec méthode, avec conviction, sans certitudes rigides. Ils posent les bases d’une manière de grimper qui ne s’arrête pas à l’effort physique, mais qui intègre le lieu, l’histoire, le vivant. Ils proposent une autre forme d’engagement, moins spectaculaire mais plus durable. Et peut-être est-ce là le plus bel horizon de la grimpe : continuer à chercher l’équilibre, même quand on croit avoir atteint le sommet.

  • Grimpeurs volages : fin de l’amour exclusif en salle

    Il fut un temps – pas si lointain – où l’on grimpait dans la  salle. Une seule. Celle du quartier, de la ville, parfois à vingt bornes mais sans alternative. On y allait par habitude. Par nécessité. Par attachement, aussi. Une salle d’ancrage, avec ses ouvreurs familiers, ses murs qu’on connaissait par cœur, ses routines rassurantes. Ce temps n’a pas disparu. Il s’est dilué. Aujourd’hui, tout a changé. À Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Grenoble ou Lille, on peut choisir. Comparer. Zapper. D’un soir à l’autre, d’un créneau à l’autre. Le grimpeur moderne a appris à se déplacer, à moduler, à s’adapter à une offre devenue pléthorique.  Et ce glissement, d’un modèle de fidélité à un usage plus fragmenté, n’a rien d’anecdotique. Ce bouleversement dans la densité du réseau de salles, dans la facilité d’accès, a reconfiguré en profondeur la relation entre un grimpeur et “sa” salle. L’infidélité n’est plus une entorse au contrat : c’est la nouvelle norme. Les chiffres ne mentent pas Selon notre étude Qui sont les grimpeurs en France ? , menée auprès de plus de 15 000 grimpeurs, seuls 16,7 %  déclarent ne jamais fréquenter d’autres salles. Les autres ? Plus de 80 %  alternent, explorent, diversifient. La moitié d’entre eux changent de salle de temps en temps. Un tiers le font souvent. Ce n’est pas un effet de style ou un mouvement de panique. C’est une logique rationnelle, permise par l’environnement urbain, structurée par l’abondance de choix et les ouvertures géographiquement concurrentes. La fidélité ne s’est pas effondrée : elle s’est rendue inutile. Plus on pratique, moins on reste Le lien entre ancienneté et volatilité est limpide. Plus un grimpeur prend de la bouteille, plus il multiplie les murs. Parmi les pratiquants depuis moins d’un an , 42,5 %  déclarent ne fréquenter qu’une seule salle. C’est encore le temps de la découverte, du cocon, de l’habitude confortable. Mais cette fidélité initiale ne résiste pas longtemps à l’expérience. Elle s’effondre dès que le grimpeur franchit la barre des deux ans de pratique. Entre deux et cinq ans, seuls 11,8 %  restent fidèles à une salle unique. Et au-delà de cinq ans, moins d’un grimpeur sur dix . Ce qui se joue là, ce n’est pas le désamour : c’est l’exigence. On connaît mieux les ouvertures. On devient plus attentif à la fréquence de renouvellement. On a des préférences de style, de type de grimpe, d’ambiance. Et on sait que ce qu’on ne trouve plus ici, on le trouvera peut-être ailleurs. La diversification n’est pas une fuite, c’est une stratégie Ce n’est pas un abandon. C’est une manière d’optimiser sa pratique. On ne change pas de salle par trahison affective, mais parce qu’une autre propose une dalle plus inspirée, un toit plus exigeant, un créneau moins bondé, une salle de renforcement mieux foutue. Le grimpeur expérimenté devient tactique. Il panifie, teste, affine. Et la fidélité s’efface dans la recherche du meilleur terrain. L’âge complexifie le tableau Les trentenaires et quadragénaires sont ceux qui bougent le plus. 86,4 % de grimpeurs âgés de 25 à 44 ans fréquentent régulièrement plusieurs salles . Une logique souvent professionnelle : le travail dicte les horaires, la mobilité dicte les lieux, et l’escalade s’adapte. Chez les plus jeunes (15-24 ans), la situation est mixte. On découvre, on suit des amis, on bouge parfois, mais sans toujours avoir la liberté logistique de choisir. Quant aux plus de 65 ans, ils restent largement fidèles à leur structure principale : 40.9 %  n’en fréquentent qu’une. Pas forcément par conservatisme, mais parce qu’ils ont trouvé ce qui leur convient. Et qu’ils n’ont plus envie de perdre du temps à chercher ailleurs. L’accessibilité : la fidélité commence dans les transports La variable la plus décisive reste souvent la plus pragmatique. Parmi ceux qui jugent l’accessibilité de leur salle excellente, près de 20 % restent fidèles. Chez ceux qui la trouvent mauvaise, ce taux s’effondre à 5,7 % . Et plus de la moitié d’entre eux fréquentent plusieurs salles régulièrement. Il ne suffit pas d’avoir de bons blocs : encore faut-il y accéder sans galère.  Le métro bondé, le vélo de nuit, le bus qui passe toutes les 40 minutes… tout ça pèse. Et plus l’accès est difficile, plus le lien se distend. Une mutation imposée par le marché Mais au fond, peut-on encore parler de trahison ? Ce n’est pas le grimpeur qui a rompu le contrat de fidélité. C’est le marché qui en a modifié les termes. Dans les grandes agglomérations, on compte désormais parfois plus de cinq salles dans un rayon de 30 minutes . Le grimpeur urbain n’est plus captif. Il est en réseau. Arkose, Climb Up, Vertical’Art, Climbing District, Block’Out… la carte est dense, les formats variés, les identités plus ou moins marquées. Il y a des salles pour grimper vite, d’autres pour flâner, certaines pour s’entraîner, d’autres pour sociabiliser. Pourquoi rester fidèle à une seule, quand chacune semble répondre à un besoin spécifique, à un moment donné ? Une fidélité affective, pas exclusive Mais ce serait une erreur de croire que l’attachement a disparu. On peut fréquenter cinq salles, et se sentir chez soi dans une seule.  On peut zapper, tester, explorer… et revenir, encore et encore, dans ce lieu où l’on retrouve un rythme, des visages, une ambiance. La fidélité ne se mesure plus au nombre de visites. Elle se mesure à la place qu’une salle occupe dans l’esprit du grimpeur. Ce n’est plus une exclusivité, c’est une préférence flottante. Une loyauté discrète, mais réelle. Celle qu’on ressent quand, malgré toutes les options, on sait toujours laquelle on recommanderait en premier. Pour les salles : une nouvelle équation Dans ce contexte, vouloir retenir les grimpeurs à tout prix est un non-sens. Il faut accepter qu’ils partent… et faire en sorte qu’ils aient envie de revenir. La fidélité ne se décrète pas. Elle se construit. À coups de renouvellement d’ouvertures, de qualité d’accueil, d’identité forte, de services bien pensés, d’événements qui donnent envie de rester un peu plus longtemps après la séance. Le grimpeur moderne ne s’attache plus à une salle comme à une carte de fidélité. Il s’attache à ce qui vibre, à ce qui surprend, à ce qui l’appelle. Une fidélité mobile, exigeante, sincère Elle existe encore, cette fidélité. Mais elle ne se loge plus dans l’habitude. Elle naît du désir. Elle n’est plus acquise : elle se regagne chaque semaine. Elle n’est plus unique : elle se partage entre plusieurs lieux. Elle n’est plus tranquille : elle est attentive, critique, mouvante. Mais elle est là, encore. Et pour les salles, c’est à la fois un défi et une chance : car rien n’est plus précieux que le retour d’un grimpeur qui avait mille autres options, et qui revient.  Simplement parce qu’il en a envie. Téléchargez l’étude et creusez les chiffres Cet article n’est qu’un échantillon des enseignements que révèle notre étude sur les grimpeurs en France . Au-delà du portrait des néo-grimpeurs, elle explore qui sont les grimpeurs en France, où et comment ils pratiquent, ce qui influence leur fidélité à une salle, et comment évolue leur rapport à l’extérieur. Vous y trouverez aussi des analyses croisées  entre les différents profils de grimpeurs : Les différences de pratiques entre hommes et femmes Comment l’ancienneté influence la fréquence et la satisfaction Pourquoi certains restent fidèles à une salle et d’autres papillonnent Pour découvrir toutes ces tendances et leurs implications , il vous suffit de télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France . 📥 Télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France

  • Escalade et intégration : une voie sans nation

    En 2022, Les Nageuses  inondait les écrans de larmes. Deux sœurs syriennes, une traversée à la nage, et une qualification olympique à la clé. Une histoire plus grande que le sport.  Depuis, le CIO a pérennisé l’idée : l’équipe olympique des réfugiés est devenue un symbole, une respiration au milieu du cynisme mondialisé. Afraa Mohammad © Le Cinoche Et l’escalade, dans tout ça ? Pour l’instant, rien. Pas une corde. Pas un nom. Mais ça pourrait changer. Pour la première fois, une grimpeuse sans nation pourrait rejoindre l’équipe des réfugiés aux JO de Los Angeles 2028. Son nom : Afraa Mohammad . À Paris, dans le cadre du Salon de l’Escalade , Vertige Media animait un programme dense de conférences sur deux jours. Parmi elles, une heure forte : celle qui réunissait trois voix engagées autour de la table.  Afraa donc, première athlète réfugiée officiellement soutenue par l’IFSC. Paola Gigliotti, membre honoraire de l’IFSC et engagée de longue date sur les questions humanitaires. Et Alain Carrière, président de la FFME . Objectif : parler sport. Mais surtout parler système. Et comprendre comment une grimpeuse apatride a décidé de ne pas rester au sol. « Je voulais juste grimper. Pas devenir un symbole. » Afraa ne s’est pas réveillée un matin avec l’envie de représenter les réfugiés du monde entier. Elle voulait juste respirer. Après un parcours à rallonge, une vie en exil, et quelques années de reconstruction, l’escalade est arrivée par hasard. « Une amie m’a offert dix entrées dans une salle. C’était après le covid. J’y suis allée, et j’ai accroché direct. » Mais pour comprendre son histoire, il faut repartir de loin. Née en Syrie, d’origine palestinienne, elle croit d’abord avoir la double nationalité. Jusqu’au jour où elle découvre, à 12 ans, qu’elle est officiellement « réfugiée permanente ». Traduction : tu peux être née ici, tu ne représenteras jamais ce pays.  Et quand on fait de la gym à haut niveau, ça coupe net. Fin des entraînements. Fin du rêve olympique. Elle s’accroche. S’engage dans la révolution syrienne. Obtient une bourse d’excellence. Arrive à Paris. Et c’est là que l’escalade la raccroche à quelque chose. Pas une ambition. Une survie. Paola Gigliotti © Le Cinoche Une grimpeuse hors cadre C’est Paola Gigliotti qui capte l’histoire. Une figure respectée, un brin rebelle, toujours là où on ne l’attend pas. Elle appelle le président de l’IFSC. « J’ai trouvé une grimpeuse réfugiée à Paris. Elle grimpe bien. Et elle a une histoire. » L’IFSC écoute. Et débloque une enveloppe symbolique : 1500 € pour un an. À Paris, ça couvre quoi ? Coach, matos, entraînements, compétitions ? À peine. Heureusement, Paola complète avec ses propres moyens. « Je ne suis pas riche. Mais j’ai donné ce que je pouvais. Parce que ce projet, ce n’est pas qu’une histoire de sport. C’est un enjeu humanitaire. » Pendant ce temps, Afraa s’accroche. Et grimpe. Tous les jours. Avant et après son job d’architecte. « Je m’entraîne de 6h à 9h. Puis je bosse. Puis je m’entraîne à nouveau le soir. » C’est pas une vie d’athlète pro. C’est une double journée sans pause, sans sponsor, sans filet. Matthieu Amaré et Afraa Mohammad © Le Cinoche Un projet plus grand qu’elle Elle le dit sans détour : elle grimpe pour elle, oui. Mais aussi pour celles et ceux qui viendront après. « Aujourd’hui, à 25 ans, je suis consciente que ce n’est pas l’âge pour construire une carrière professionnelle. Mais ce que je veux, c’est que cette question soit posée aujourd’hui, pour que la vraie athlète, qui a 8 ou 9 ans mais qui est aussi réfugiée, puisse venir et décrocher une médaille dans deux ou trois JO. » C’est là que l’histoire prend de l’ampleur. Avec le centre Primo Levi , Afraa monte un projet pour initier à l’escalade des réfugiés victimes de torture. Pas pour les faire performer. Pour leur offrir un moment de paix. Un ancrage. Un souffle. Elle devient, malgré elle, un modèle. Elle déteste ce mot. Mais il colle à ses semelles. « Si tu sponsorises un athlète réfugié, tu sponsorises une cause. » Le sport est-il politique ? La réponse est dans la question. Quand on naît apatride, qu’on s’entraîne à l’aube avant d’enchaîner huit heures de boulot, puis qu’on remet ça le soir, enfiler une paire de chaussons d'escalade devient plus qu’un geste sportif. C’est une manière de dire : je suis là. Afraa n’a pas encore sa place pour les JO. La bourse olympique complète — 1500 € par mois pendant deux ans — n’a pas encore été validée. La sélection officielle, elle, n’a même pas encore de critères. L’IFSC avance à petits pas. La FFME, de son côté, fait ce qu’elle peut, avec les moyens du bord. Mais l’essentiel est là : le projet existe, il a un nom, un visage, une histoire.  Et il oblige chacun à se positionner. Parce qu’on ne peut pas militer pour l’universalité du sport... sans se demander qui a réellement les moyens d’y accéder. Paola Gigliotti et Alain Carriere FFME © Le Cinoche Changer la narration À ceux qui se demandent pourquoi l’escalade reste un sport si peu accessible, Afraa répond sans détour. C’est une discipline chère. Fermée. Pas conçue pour les trajectoires comme la sienne. Alors elle pousse les murs. Elle crée des ponts. Et elle rappelle une évidence : la performance ne se mesure pas qu’en cotation. « Je n’ai pas vu mes parents depuis huit ans. Je suis seule en France. Et je sais que je ne suis pas une athlète élite. Mais j’avance, pour que d’autres puissent aller plus loin. » Elle avance pour elle. Mais aussi pour d’autres. Ceux qui n’ont pas de papiers, pas de coach, pas de club. Ceux qu’on ne voit jamais sur les podiums. Et qui, un jour, grimperont peut-être grâce à elle. Vous avez manqué la conférence ? Pas de panique. 📽️ Vidéo de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici .

  • Alex Honnold, seul face aux dieux du vide

    Il y a ceux qui partent en exploration, avec leur topo plastifié, leurs friends rutilants et leurs plans de vol chronométrés. Et puis il y a Alex Honnold . Lui ne projette pas, il improvise à l’échelle du mur. Il part tôt, grimpe sec, rentre avant le déjeuner. Quatre heures montre en main pour rejoindre à pied le canyon d’Oak Creek, avaler les dix longueurs de Gift of the Wind Gods  — une grande voie de 450 mètres, cotée 5.10d (environ 6b) — en solo intégral et à vue, puis redescendre sans se retourner. Le tout sans emphase. Ni esbroufe. Sur Instagram, il publie une poignée de photos sans prétention : un selfie vaguement cadré, quelques images prises à la volée, presque banales. On croirait un randonneur satisfait de son dimanche ou un grimpeur en moulinette sur une 5c des Calanques. Mais le texte, lui, remet les pendules à l’heure : « Quelques photos assez nulles d’une aventure récente dans Gift of the Wind Gods (450 m, 5.10d) sur le Mont Wilson. Je l’ai soloée à vue en explorant un éventuel enchaînement sur le Wilson. » © Alex Honnold Un solo intégral à vue, donc. Traduction : il ne connaissait pas la voie. Pas de repérage. Pas d’assureur. Rien que l’instinct, l’habitude, et ce sang-froid de moine zen dopé au grès. Pour n’importe qui d’autre, c’est une mauvaise idée. Pour Alex Honnold, c’est un bon mardi. Le silence des lignes secondaires Gift of the Wind Gods . Le genre de voie dont le nom évoque autant les éléments que les guides photocopiés des années 90. Une ligne peu connue, tapie dans l’ombre d’ Inti Watana  – la classique voisine . Moins starifiée, moins patinée, moins postée sur Insta. Mais visiblement, plus belle. « J’ai été vraiment impressionné par la qualité de l’escalade — c’est une magnifique voie, et je suis surpris qu’elle ne soit pas plus souvent parcourue. » Et comme pour planter le décor, Honnold ajoute : « Je pense que si on regarde bien, on peut apercevoir deux cordées sur Inti Watana à l’arrière-plan de mon selfie. Mais je crois que Gift était en fait une meilleure voie. » Pas d’envolée lyrique. Pas d’effet de manche. Juste une appréciation sobre, presque étonnée. Une façon de dire que, parfois, les trésors sont là où les projecteurs ne vont pas. © Alex Honnold Freerider ? Oui. Mais maintenant, autre chose. On pourrait s’arrêter là, mais pour les quelques lecteurs qui découvriraient le personnage, une piqûre de rappel : Alex Honnold, c’est ce type qui, en 2017, a grimpé Freerider  (7c+) sur El Capitan — 900 mètres de granit — sans corde . En solo intégral. Une performance à la limite du concevable, filmée dans Free Solo , documentaire multi-primé, Oscar du meilleur film en 2019. Mais justement : ce n’est plus ça qu’il cherche. Ce n’est plus la gloire, ni le récit. Ce sont les lignes perdues, les espaces vides, les gestes justes. Moins de spectacle. Plus de silence. Mont Wilson, caillou sacré pour grimpeurs lucides Le Mont Wilson n’est pas le premier sommet qu’on vous conseille sur CampToCamp. C’est le Red Rocks à l’état brut. Rocher parfois cassant, marches d’approche qui tirent, descentes qui demandent du flair, et voies longues comme un hiver sans soleil. C’est une montagne à contre-courant, où la grimpe n’est jamais donnée, et où l’engagement est la norme . Et Gift of the Wind Gods  n’échappe pas à la règle. Cotée modestement, mais avec ses pièges, ses passages fuyants, ses prises douteuses, et cette longueur – 450 mètres – qui ne tolère pas le relâchement. Un solo là-dedans ? C’est tout sauf un défi gratuit. C’est une négociation constante avec l’impermanence. © Alex Honnold Chronomètre interne Et comme s’il fallait encore ajouter une dimension à l’affaire, Honnold note, presque en passant : « J’ai fait l’aller-retour voiture-voie en quatre heures. Je crois que c’est mon record personnel pour une grosse voie sur le Wilson. » Voilà. Pas de tambours. Pas de trompettes. Juste une remarque glissée au passage. Une manière d’indiquer qu’il est venu, qu’il a vu, qu’il a bouclé ça plus vite qu’un entraînement fractionné. Une ligne, pas une leçon Alors bien sûr, certains tenteront de s’en inspirer. De décoder l’état d’esprit. De comprendre la prise de décision. Mais ce serait oublier l’essentiel : chez Alex Honnold, chaque solo est une expérience intérieure . Il ne cherche pas à impressionner. Il cherche à voir clair. Et à voir s’il est encore capable d’être là, pleinement là, quand il n’y a plus de marge. Plus d’échappatoire. Rien que la verticalité, et ce qu’on y découvre de soi. Et maintenant ? Il parle d’un « éventuel enchaînement sur le Wilson ». Traduction : ce n’est qu’un morceau. Un caillou posé dans une ligne plus longue, plus complexe, peut-être plus ambitieuse. On ne sait pas. Et c’est très bien ainsi. Car pendant que les autres planifient leurs stories, lui continue d’inventer sa pratique, seul, sans bruit, au bord du monde.

  • Financement du haut niveau en Allemagne : le DAV met les grimpeurs au pied du mur

    L’histoire commence comme une mauvaise blague : que se passe-t-il quand une fédération coupe les vivres et que les athlètes doivent passer le chapeau ?  Réponse : Alex Megos sort le mégaphone et lance un appel aux dons . Parce que l’équipe nationale allemande, laissée en roue libre par le Club Alpin Allemand (DAV), doit désormais financer elle-même une partie de sa saison. Une situation ubuesque pour un sport olympique, mais qui illustre un mal plus profond : l’escalade de haut niveau a un problème de sous, et ce n’est pas que l’Allemagne qui rame. © Jean Virt / IFSC Le DAV face à la réalité : serrer la vis ou casser la tirelire ? Depuis 2022, le DAV ne touche plus un centime de l’État pour financer ses compétiteurs. Seule au monde (ou presque), la fédération doit jongler avec ses propres fonds pour faire tourner la boutique. Sauf que 2024 a été une année faste en résultats, donc en invitations aux Coupes du Monde . Et qui dit plus de quotas, dit plus de déplacements, plus de frais, plus de galères. Deux choix s’offraient au DAV : N’envoyer que les meilleurs , ceux qui ont le plus de chances de briller, et serrer la vis sur les sélections. Envoyer un maximum d’athlètes , quitte à leur faire payer une partie de la note. La fédération a choisi la deuxième option, expliquant vouloir « donner leur chance » à un maximum de grimpeurs. Un choix qui sonne noble sur le papier… sauf qu’en pratique, ça veut dire que grimper en Coupe du Monde, c’est d’abord grimper un budget. L’équilibre instable : faire de la place ou faire des sacrifices ? L’argument du DAV se tient : il fallait trancher. Mais ce qui coince, c’est la formulation. « Nous faisons la meilleure offre possible dans le cadre donné » , explique la fédé. Autrement dit : c’est ça ou rien, débrouillez-vous. Sauf qu’une saison complète, c’est des milliers d’euros en billets d’avion, hôtels et autres frais de déplacement. Pour Alex Megos et ses coéquipiers, c’est simple : sans argent, pas de compétitions. Pas de compétitions, pas de carrière. Et là, on touche à une vérité qui pique : le haut niveau est en train de devenir un club privé, réservé à ceux qui peuvent se payer l’entrée. L’Allemagne en crise, mais pas que Ce que vit l’équipe allemande, la France le connaît déjà. La FFME n’a pas toujours les moyens d’envoyer tout le monde sur les étapes de Coupe du Monde, et certaines places restent vacantes faute de financement. Résultat : un vivier de grimpeurs prometteurs, mais des opportunités qui se jouent à l’épaisseur du portefeuille. Le problème, c’est que l’escalade ne se contente plus d’être un sport de passionnés. Elle est devenue une industrie , avec ses sponsors, ses prize money faméliques et son accès de plus en plus élitiste. Or, si les fédérations n’arrivent plus à suivre, qui peut encore se permettre de jouer le jeu ? Le DAV en pompier ou en architecte ? Pour l’instant, le DAV gère la crise avec un extincteur et un sourire crispé. La question, c’est jusqu’à quand.  Tant que les fédés ne trouvent pas de modèle économique viable, l’escalade de haut niveau restera une course d’obstacles… financiers. L’appel aux dons de Megos n’est pas qu’un SOS. C’est un symptôme , un signe que le système a des fissures. Et si la solution passe uniquement par la générosité du public, alors il y a urgence : soit on trouve une autre façon de financer le sport, soit on accepte que le talent ne suffira plus.

  • Ouray, Colorado : la glace et le fond

    Chaque hiver, les grimpeurs s’agglutinent dans les gorges d’Ouray comme les stalactites sur les parois. Leurs piolets tapent la glace à cadence régulière, et les voix résonnent entre les murs figés comme dans une cathédrale givrée. Tout ici semble naturel, voire immuable. Et pourtant, ce décor d’apparence éternelle est maintenu en vie par une tuyauterie fragile, un coup de froid opportun… et depuis peu, par une mine. Car à Ouray, la glace ne tombe plus du ciel depuis longtemps. Elle se fabrique. Elle s’anticipe, se dose, s’entretient. Elle dépend du bon alignement entre une météo suffisamment rude et une communauté suffisamment tenace. Et cette année, comme les précédentes, le froid est capricieux. L’eau, elle, devient un luxe. Alors le miracle hivernal du Colorado s’accroche comme il peut. À ses tuyaux, à ses bénévoles, et désormais à un acteur qu’on n’attendait pas dans cette équation : l’industrie minière. Oui, c’est une mine qui sauve la saison. L’eau, l’or de l’hiver Chaque saison, Ouray attire plus de 5 000 grimpeurs venus s’essayer à la cascade de glace version grandeur nature. Un parc géré à la main , creusé à coups de bras et de bon sens, où l’eau est projetée sur les parois pour geler pendant la nuit. Le froid fait office de sculpteur, et la communauté de main-d’œuvre. Résultat : une infrastructure givrée, unique au monde, qui génère près de 18 millions de dollars pour la commune . Le tout dans un village qui compte moins d’un millier d’habitants. Mais ces dernières années, la mécanique s’est grippée. Les réserves municipales d’eau sont à sec , et la météo a cessé de jouer le jeu. Moins de nuits froides, plus de tensions sur les lignes, et une impression croissante de danser sur une corde trop fine. Les grimpeurs s’agglutinent sur les mêmes voies, les accidents se multiplient, et le modèle craque par les coutures. Une alliance qui déroute C’est dans ce contexte que la mine est entrée dans le jeu. Ouray Silver Mines, vestige d’une époque où le métal coulait plus librement que l’eau, a proposé un accord simple : mettre à disposition des millions de litres d’eau pour un dollar symbolique . Une source souterraine, jusque-là inutilisée, désormais transformée en matière première de l’hiver. D’un côté, une entreprise minière qui cherche à redorer son image. De l’autre, un village qui lutte pour maintenir debout son miracle de glace. Un pacte de circonstance. Une alliance à contre-nature. Mais qui fonctionne. Grâce à cette nouvelle source, le parc peut éviter de pomper dans les réserves municipales. Il peut ouvrir plus de lignes, étaler les grimpeurs, soulager les zones les plus fréquentées. Et surtout : garder l’hiver en vie. -7°C ou rien Mais l’eau ne fait pas tout. Encore faut-il qu’elle gèle. Et pour ça, il faut plusieurs nuits d’affilée à -7°C. Or, même à 2 400 mètres d’altitude, ces fenêtres se raréfient . Il ne suffit plus de projeter l’eau : il faut savoir attendre, stocker, optimiser. La production de glace devient un art tactique , presque chirurgical. On guette la chute du mercure, on déclenche au bon moment, on mise sur la précision. C’est une bataille contre l’incertitude, où chaque degré compte, chaque nuit perdue pèse lourd. Dans ce contexte, le partenariat avec la mine offre une souplesse précieuse . Il ne garantit pas le gel, mais il permet de répondre à l’instant. D’agir vite quand les conditions s’ouvrent. Et d’éviter que tout le système ne se grippe à la moindre variation. Ce que ça raconte À première vue, l’histoire d’Ouray pourrait passer pour une anecdote locale, une curiosité hivernale de plus dans les Rocheuses. Mais elle dit beaucoup plus. Elle raconte ce que devient la montagne quand le climat se dérègle . Ce qu’il faut inventer pour maintenir en vie ce qui semblait autrefois évident. Et jusqu’où il faut parfois aller pour sauver un morceau de verticalité. Ce pacte entre une mine et un parc de glace n’est pas un conte de fées. Ce n’est pas un miracle écolo. C’est un bricolage de survie. Une manière de tenir encore un peu, avant que tout ne glisse. Ce qui tient encore debout À Ouray, on ne prie plus pour que la neige tombe. On fabrique l’hiver comme on entretient un vieux refuge : avec des rustines, des bouts de ficelle, et une bonne dose de conviction. La glace n’est pas un décor, c’est un chantier. Une ligne de vie fragile, tendue entre la roche, l’eau et le froid. Et si ça tient encore, ce n’est pas grâce à la météo, mais à ceux qui n’ont pas lâché l’affaire.

  • Escalade et déficience visuelle : à l’aveugle, mais pas à tâtons

    L’escalade, c’est d’abord une affaire de toucher. Un grain de roche qui râpe sous les doigts, un volume fuyant sous la paume, un bac rassurant qu’on cherche comme un interrupteur dans le noir. Alors pourquoi faudrait-il forcément voir pour grimper ? Ce weekend à Millau , une formation a été dispensée pour apprendre à mieux accompagner les grimpeurs déficients visuels. Parce qu’entre le mur et la chute, il y a une voix, un guide, un dialogue à construire pour que tout s’accroche et que rien ne tombe . Et si quelques clubs et fédérations commencent à poser des points d’assurage, l’accessibilité reste encore en mode ouverture. Anticiper pour mieux grimper : mode d’emploi Dans la grimpe, on dit souvent que tout se joue avant même de lever le pied du sol. C’est encore plus vrai pour les personnes déficientes visuelles. Baptiste Cruzel , entraîneur adjoint de l’équipe de France de para-escalade et ergothérapeute de formation, en a fait son cheval de bataille. À Millau, il a partagé son expertise avec une poignée de grimpeurs volontaires, bien décidés à ne plus grimper idiot . Baptiste Cruzel insiste sur l’importance de préparer en amont l’arrivée des grimpeurs déficients visuels : comment ils accèdent à la salle, comment ils s’y repèrent, comment on évite les obstacles dès leur arrivée. L’objectif, selon lui, est qu’ils deviennent autonomes le plus tôt possible, sans dépendre constamment d’un accompagnateur. Après un peu de théorie, la pratique : les participants ont été priés de grimper les yeux bandés, avec pour seul guide la voix d’un partenaire. Un exercice qui a remis tout le monde au niveau zéro. Un pied qui racle dans le vide, une main qui s’affole sur le mur, et soudain, on comprend mieux pourquoi des consignes claires valent mieux qu’un "vas-y, monte, c’est easy" . Un langage à inventer : la voix comme outil de grimpe Dans le para-escalade, la voix est bien plus qu’un simple soutien : c’est l’outil central du guidage . L’accompagnateur au sol doit traduire la voie en mots, donner les bonnes indications au bon moment, avec la bonne précision. Mais là où un coach peut dire à son grimpeur « vas-y, envoie à droite ! » , un autre peut détailler « prends l’inversée en trois heures, pousse fort sur ton pied gauche, transfert de poids et relance » . Le problème ? Il n’existe pas encore de vocabulaire standardisé . Chaque binôme crée son propre lexique, ses propres codes. Ce qui fonctionne dans une salle peut devenir incompréhensible ailleurs. « Aujourd’hui, chacun fait un peu à sa sauce » , explique un encadrant. « Certains décrivent la prise par son type (plat, arquée), d’autres par sa direction (droite, gauche), d’autres encore par l’horloge (trois heures, neuf heures). Et au final, il y a un vrai enjeu à harmoniser ces méthodes. » D’où l’idée d’instaurer un langage commun, des repères clairs et partagés . Certaines équipes et clubs commencent à travailler sur ces standards pour que l’accompagnement soit plus efficace et plus intuitif , quel que soit le lieu ou l’encadrant. Grimper en binôme : un apprentissage des deux côtés Accompagner un grimpeur déficient visuel, c’est généralement d’abord vouloir rendre service. Mais rapidement, c’est un travail à deux qui se met en place, où chacun progresse avec l’autre . Un constat que nous partage Thomas : « Quand j’ai commencé à guider un grimpeur malvoyant, je voyais ça comme un coup de main, un truc sympa à faire. Sauf qu’assez vite, c’est devenu un défi commun. Quand il réussit une voie, j’ai vraiment l’impression d’avoir réussi aussi. Et à l’inverse, quand il chute, je considère que c’est également un peu de ma faute parce que je n’ai pas donné les bonnes indications. » « Ce rôle de guide m’a aussi fait monter en niveau, j'ai appris à vraiment lire une voie, à anticiper chaque position, chaque mouvement. Là où avant je lisais rapido en cherchant juste à passer, j’ai compris l’intérêt de tout décrypter avant d’être dans une voie. » L’escalade devient un dialogue, une question de confiance totale entre celui qui grimpe et celui qui le guide. Une leçon aussi bien pour le grimpeur que pour l’accompagnateur. Les clubs et les fédérations s’équipent L’inclusivité en escalade n’est pas encore un standard, mais certaines structures commencent à poser les premières prises. La Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade ( FFME ) a notamment lancé plusieurs formations pour que les encadrants ne se retrouvent pas à improviser en bas du mur. Le Certificat de Spécialisation Escalade & Handicap , destiné aux moniteurs brevetés, vise à donner les bases techniques et pédagogiques pour encadrer des personnes en situation de handicap. La formation Initiateur Escalade & Handicap  pousse encore plus loin la réflexion en apprenant aux encadrants à adapter leurs méthodes, concevoir des parcours et accompagner des pratiquants avec des besoins spécifiques. L’objectif est clair : faire en sorte que chaque club, chaque salle, chaque moniteur  puisse proposer un accompagnement adapté sans se reposer uniquement sur quelques initiatives isolées. Dans cette dynamique, d’autres organismes se spécialisent dans la formation des paramédicaux et éducateurs, intégrant l’escalade dans une approche thérapeutique et sociale. De quoi donner une nouvelle dimension au sport, bien au-delà de la simple performance. Un sport encore en rodage Pour l’instant, les initiatives se multiplient, mais rien n’est encore systématique . Manque de formation, infrastructures pas toujours adaptées, absence de matériel dédié… La grimpe pour déficients visuels est en pleine montée, mais sans vraie prise d’appui. Mais la direction est tracée : permettre aux grimpeurs déficients visuels de gagner en autonomie , de ne plus dépendre systématiquement d’un accompagnateur et d’évoluer sur le mur avec la même liberté que n’importe quel autre grimpeur. L’escalade a longtemps été un sport de l’extrême. Il devient aujourd’hui un sport d’inclusion. Et si cette ouverture ne va pas aussi vite qu’un run en Coupe du monde, elle a au moins l’avantage de ne pas être qu’un simple effet de mode. Parce qu’au bout du compte, grimper, c’est avant tout savoir avancer.

  • Les néo-grimpeurs en France : qui sont-ils vraiment ?

    Quand on a publié notre étude sur les grimpeurs en France , on s’attendait à ce qu’elle suscite de l’intérêt. Mais on ne va pas se mentir : on n’avait pas prévu un tel engouement. Les chiffres de téléchargement ont explosé, preuve que l’escalade intrigue autant qu’elle fascine. Alors, comme promis, on revient avec une série d’analyses pour creuser les données , aller au-delà des stats brutes et donner du relief à ce que racontent vraiment ces chiffres. Et pour ouvrir le bal, on s'attaque aux néo-grimpeurs  : ceux qui découvrent la grimpe, qui se demandent encore s’ils sont team chaussons serrés ou pantoufles, qui apprennent que la magnésie, ce n’est pas de la farine, et qui, parfois, finissent par se faire tatouer un mousqueton sur l’avant-bras. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Resteront-ils accrochés aux prises ou raccrocheront-ils les chaussons après six mois ? Le portrait-robot du néo-grimpeur L’escalade continue d’élargir son cercle d’adeptes. Mais à qui profite le crime ? L’âge d’or de l’escalade (littéralement) On est clairement sur un sport qui séduit les jeunes adultes, cette tranche d’âge où l’on a encore les genoux solides et la flexibilité pour se plier en deux sur un mouvement de compression absurde. Avant 15 ans, on grimpe aux arbres, après 35 ans, on fait du yoga pour débloquer son psoas. Mais la vraie différence avec les grimpeurs d’hier, c’est l’accès. L’escalade est partout  : salles en ville, mur dans le gymnase de la fac, pubs avec des grimpeurs en arrière-plan. Les JO de Paris 2024 amplifient le phénomène, et avec eux, la nouvelle génération des Mejdi Schalck, Oriane Bertone et autres vont deviennent des modèles, comme Janja Garnbret ou Adam Ondra avant eux. D’ailleurs, les salles surfent sur cet engouement . Les ouvertures explosent, les groupes grossissent : The Climbing Hangar  en Angleterre, Arkose  et Climb Up en France. La grimpe n’est plus une niche, c’est un marché. Un sport qui plaît aussi aux grimpeuses La statistique parle d’elle-même : l’époque où l’escalade était un bastion masculin est révolue. Aujourd’hui, l’image du grimpeur, c’est autant une Janja Garnbret qui éclate les finales en compétition qu’une Oriane Bertone qui danse sur les blocs. Et sur les tapis de réception, on voit aussi de plus en plus de grimpeuses qui grimpent … entre elles , signe que la dynamique évolue. De l'essai à l’addiction : à quelle fréquence grimpent-ils ? Les chiffres sont clairs : les néo-grimpeurs ne sont pas juste des touristes de la grimpe, ils s’ancrent vite dans la pratique . Si l'on prend l’ensemble des grimpeurs pratiquant depuis moins de 2 ans, leur engagement sur une semaine est déjà bien installé : On est donc loin de l'effet de mode. Grimper devient un réflexe, une routine, voire un besoin. Et plus on grimpe, plus on grimpe Si l’on regarde l’évolution entre ceux qui pratiquent depuis moins d’un an et ceux qui ont 1 à 2 ans d’expérience , la tendance est limpide : Les occasionnels (moins d’une fois par semaine) passent de 26,5 % à 15,2 %. Les grimpeurs réguliers (2 fois par semaine) deviennent majoritaires avec 30,5 %. Ceux qui grimpent plus de trois fois par semaine passent à 10,4 %. Autrement dit, plus on grimpe, plus on veut grimper.  On veut cocher des blocs, améliorer son pied gauche, sortir ce foutu 6B dalle qui glisse même en chaussons neufs. Fidèles à leur salle, ou explorateurs ? Le lien entre un grimpeur et sa salle , c’est un peu comme une relation amoureuse : certains sont fidèles, d’autres papillonnent. 52,5 % des néo-grimpeurs testent d’autres salles de temps en temps , par curiosité, pour varier les ouvertures ou suivre des amis. 30,1 % restent attachés à une seule salle , preuve qu’un bon cadre (accueil, ouvertures, ambiance) peut fidéliser sur le long terme. 17,4 % changent de salle régulièrement , confirmant qu’une partie des grimpeurs cherchent constamment de nouveaux défis. Les salles qui réussissent à créer un véritable attachement communautaire (événements, coaching, abonnements flexibles) ont donc une carte à jouer pour garder leurs pratiquants sur le long terme. Ce que veulent les néo-grimpeurs : attentes et points de friction Quand on pousse la porte d’une salle pour la première fois, qu’est-ce qui fait qu’on y revient ? L’accueil ? L’ambiance ? La qualité des ouvertures ? Pour les néo-grimpeurs, certains critères font toute la différence. Les points les plus valorisés Si les néo-grimpeurs reviennent séance après séance, ce n’est pas juste pour leurs chaussons tout neufs. Certains éléments pèsent lourd dans leur engagement : Ambiance générale : 4,80/5  🏠 → L’escalade, c’est une communauté avant tout. Une bonne énergie sur les tapis, un staff accueillant et des partenaires de grimpe motivants, c’est un critère clé. Qualité de l’accueil : 4,81/5  👥 → Se sentir bien accompagné dès les premières sessions joue énormément sur la fidélisation. Qualité des ouvertures : 4,70/5  🔧 → Un bon mix entre plaisir et challenge, avec des blocs qui donnent envie de revenir essayer "juste une dernière fois". Rapport qualité/prix : 4,53/5  💰 → Tant que l’offre suit, le tarif passe au second plan. Accessibilité (transports, parking) : 4,48/5  🚆 → Pratique, mais pas forcément décisif si le reste est au rendez-vous. Les petits trucs qui agacent (mais pas trop) Même si la satisfaction globale est très élevée (4,74/5) , il y a toujours des axes d’amélioration : Propreté des salles : 4,59/5  🧼 → Un point souvent relevé, notamment sur les vestiaires et sanitaires. Fréquence du renouvellement des ouvertures : 4,62/5  🔄 → Les grimpeurs veulent du neuf, et une salle qui tarde trop à changer ses blocs risque de voir ses habitués partir voir ailleurs. L’extérieur : un cap que tous ne franchissent pas Ah, l’appel du rocher... Il fait rêver, il nourrit les fantasmes, il pousse certains à investir dans des dégaines qu’ils n’utiliseront jamais. Mais dans la réalité, le passage de la salle à l’extérieur ne se fait pas en un claquement de doigts . Si certains grimpeurs débarquent en salle avec déjà l’envie de grimper en falaise , la majorité découvre d’abord l’escalade comme une pratique indoor , avec des codes bien différents de la grimpe en extérieur. Le crash-pad remplace le tapis, les prises colorées laissent place aux plats aléatoires du rocher, et les cotations… n’en parlons pas. Une majorité reste en salle la première année La salle, c’est le point d’entrée naturel  pour la plupart des néo-grimpeurs. Accessibilité, confort, sécurité, météo contrôlée, bières à la fin de la session…  tout pousse à sédentariser la pratique dans un environnement urbain et maîtrisé. Autrement dit, une immense majorité (93 %) des nouveaux grimpeurs n’ont pas encore fait de l’extérieur une pratique régulière . Mais l’évolution des chiffres montre que le rocher finit par attirer une partie d’entre eux , une fois qu’ils prennent confiance en leurs capacités et qu’ils trouvent le bon entourage pour les accompagner. Après un an, la transition commence Grimper dehors, ça ne s’improvise pas.  Contrairement à la salle, où un abonnement et une paire de chaussons suffisent, passer à l’extérieur nécessite plus d’investissement  : connaître les sites, comprendre les règles de sécurité, trouver du matériel, et parfois, affronter la peur du vide ou des chutes. C’est pourquoi les néo-grimpeurs pratiquant depuis moins d’un an sont encore très attachés à l’indoor  : 65,2 % ne grimpent jamais dehors. 32,6 % y vont parfois, mais restent avant tout des grimpeurs de salle. Seuls 2,2 % s’y rendent régulièrement. Mais après un an, on observe une évolution significative  : La part de ceux qui ne vont jamais dehors chute à 38,6 %. Ceux qui grimpent occasionnellement en extérieur deviennent majoritaires (50,6 %). Les grimpeurs réguliers en extérieur passent de 2,2 % à 10,8 %. Ce basculement montre que le passage au rocher se fait progressivement , souvent sous l’impulsion de nouvelles rencontres, de stages, ou d’un groupe de grimpeurs plus expérimentés  qui ouvrent la voie. Les 45+ : passagers clandestins ou futurs fidèles ? Un chiffre intrigue : les plus de 45 ans représentent 8,9 % des débutants, mais chutent à 4,1 % après un an . Deux lectures possibles : Un taux d’abandon plus élevé  : contraintes physiques, manque d’accompagnement, ambiance trop “jeunesse urbaine” ? Un effet de rattrapage  : les 45+ découvrent l’escalade plus tardivement et sont proportionnellement plus nombreux à s’y mettre, ce qui gonfle artificiellement leur part parmi les débutants. Si la première hypothèse se confirme, ça pose une vraie question sur l’accessibilité de l’escalade pour un public plus âgé . La grimpe indoor pourrait pourtant être une alternative au fitness classique pour travailler la force, la mobilité et l’équilibre . À voir si les salles d’escalade tentent de capter ce public avec des offres plus adaptées  (coaching senior, formats loisir, matériel spécifique...), comme le font déjà certains acteurs du sport-santé. Téléchargez l’étude et creusez les chiffres Cet article n’est qu’un échantillon des enseignements que révèle notre étude sur les grimpeurs en France . Au-delà du portrait des néo-grimpeurs, elle explore qui sont les grimpeurs en France, où et comment ils pratiquent, ce qui influence leur fidélité à une salle, et comment évolue leur rapport à l’extérieur. Vous y trouverez aussi des analyses croisées  entre les différents profils de grimpeurs : Les différences de pratiques entre hommes et femmes Comment l’ancienneté influence la fréquence et la satisfaction Pourquoi certains restent fidèles à une salle et d’autres papillonnent Pour découvrir toutes ces tendances et leurs implications , il vous suffit de télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France . 📥 Télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France

  • Escalade et biodiversité : cohabiter ou coloniser ?

    L’escalade et la nature, c’est un vieux couple. Celui qui passe son temps dehors, qui connaît chaque recoin de son terrain de jeu, et qui se vante de ne pas être comme les autres. Nous, on ne fait pas du sport dans une boîte en béton, on grimpe dans un sanctuaire. Jolie histoire. Sauf qu’à force de vouloir "vivre en harmonie avec la nature", le grimpeur a fini par s’y installer. Puis par l’envahir. À Fontainebleau, à Céüse, dans les Calanques, il n’est plus un invité. Il est devenu le squatteur bruyant qui raye les murs et salit le tapis . Eline Le Menestrel et Nolwen Berthier © Le Cinoche Alors, comment cohabiter avec la biodiversité sans lui marcher dessus ? C’était l’un des débats du Salon de l’Escalade , organisé par Vertige Media. Un sujet qui fâche, mais qui ne pouvait plus être évité. Gaétane Potard , ancienne ingénieure agro-environnement, aujourd’hui directrice d’un club FFME et militante pour une escalade plus responsable. Eline Le Menestrel , grimpeuse pro et activiste, qui tente d’intégrer la question écologique jusque dans la notion même de performance. Nolwen Berthier , ex-compétitrice de haut niveau et consultante en transition environnementale. Trois voix, un même constat : l’escalade a un problème avec son terrain de jeu. Pierre-Gaël Pasquiou, fondateur de Vertige Media et animateur de la conférence, a lancé le débat sans détour : « L’escalade est en plein boom. On ne s’est jamais autant entassés dans les salles, et de plus en plus de grimpeurs débarquent en falaise avec une approche… disons… inspirée de l’indoor. » Autrement dit, des milliers de pratiquants débarquent en falaise avec le mode d’emploi du bloc urbain. Sauf qu’en falaise, il n’y a personne pour passer le balai et brosser les dégâts. Comment cohabiter avec les biodiversité © Le Cinoche Fontainebleau : laboratoire du chaos Fontainebleau, c’est le parfait exemple de ce que produit une fréquentation exponentielle sur un écosystème fragile . Gaétane Potard, qui connaît la forêt comme sa poche, ne mâche pas ses mots : « On ne voit plus que du sable et de la poussière sur certains spots. Les sols sont morts, littéralement. Plus un insecte, plus un brin de mousse. » Les landes à callune, autrefois couvertes de bruyères et abritant une faune invisible mais essentielle, disparaissent sous la pression humaine. Avec elles, des espèces entières : « Avant, Fontainebleau accueillait des oiseaux diurnes. Aujourd’hui, ils ont disparu. Tous les mammifères sont devenus nocturnes. » Le pire ? Ce n’est même pas de la mauvaise volonté . Juste une méconnaissance des conséquences. Alors, comment limiter la casse ? ✔️ Rester sur les sentiers , au lieu d’improviser des raccourcis qui lacèrent la végétation. ✔️ Ne pas grimper de nuit , sous peine de foutre en l’air le dernier refuge des espèces locales. ✔️ Éviter les sites sensibles en période de reproduction  ( spoiler : printemps = nidification ). Mais sensibiliser un grimpeur absorbé par sa perf , c’est plus dur que de vendre un topo sans photos. « La nature n’est pas un terrain de jeu » L’une des grandes idées qui ressort de la conférence, c’est que les grimpeurs ont perdu leur lien réel avec la nature . Eline Le Menestrel l’explique : « Quand on vit en ville, on a l’impression que ce qui rend notre vie possible, c’est notre espace à nous. Quand on doit manger, on va acheter à manger dans un supermarché qui est tenu par des humains. On pense aux agriculteurs, qui sont des humains. Quand on a besoin de se loger, on habite dans un immeuble construit par des humains. Mais en réalité, tout part d’un écosystème vivant qui nous dépasse. » Sauf que la réalité est toute autre : « Ce qui rend la planète habitable, c’est pas du tout notre espèce. Tout part du fait qu’il y a des organismes, les végétaux, qui sont capables de transformer l’énergie du soleil en matière organique. À partir de là, c’est le début de la chaîne trophique. » Autrement dit, la nature n’a pas besoin de nous, c’est nous qui avons besoin d’elle. Changer de regard, ça passe par deux déclics : ✔️ L’émerveillement  : prendre le temps d’observer ce qui nous entoure, pas juste les prises. ✔️ L’information  : checker les restrictions avant d’aller sur un site ( biodiv’sports existe, utilisez-le). Et si la performance passait aussi par ça ? Gaétane Potard et Pierre-Gaël Pasquiou © Le Cinoche Les salles d’escalade : hors-sol ou alliées ? Si environ 2/3 des grimpeurs de salle finissent par mettre un pied dehors , les structures indoor ont un rôle clé à jouer. Gaétane Potard le dit sans détour : « Au début, les salles répondaient que ce n’était pas leur problème. Que leur job, c’était juste de louer des murs. Mais vu que leurs clients finissent par grimper dehors, elles ne peuvent plus faire comme si elles n’avaient aucune responsabilité. » Alors, qu’attendre d’elles ? 👉 Intégrer des messages pédagogiques dès l’initiation. 👉 Former aux bon réflexes en extérieur , histoire que les grimpeurs ne se comportent pas en consommateurs passifs en falaise. 👉 Mettre en avant d’autres récits , pas seulement ceux de la performance brute. L’escalade doit-elle rester un sport où seuls les cotations comptent ? Nolwen Berthier propose un autre regard : « Réussir, ce n’est pas forcément cocher un 8a. Ça peut être apprécier un site, grimper différemment, respecter un écosystème. » À méditer. Et maintenant ? Si l’escalade veut continuer à exister en extérieur, elle doit apprendre à composer avec son environnement . Alors, voici cinq prises de conscience  pour ne pas grimper en mode bulldozer : ✔️ Arrêter de réduire l’écologie au carbone  : il n’y a pas que le CO2, la biodiversité compte aussi. ✔️ Observer avant d’agir  : voir la forêt comme un habitat, pas un simple spot d’entraînement. ✔️ Accepter des contraintes  : parfois, il faut juste renoncer à grimper sur certains secteurs. ✔️ Exiger plus des salles et des marques  : elles ont une responsabilité dans l’éducation des pratiquants. ✔️ Changer la narration  : mettre en avant des histoires qui valorisent autre chose que la cotation pure. Et si on revoyait la notion de « réussite »  en escalade ? Parce qu’un 8a à tout prix, sur un site mort, ça n’a pas vraiment de sens. Vous avez manqué la conférence ? Pas de panique. 📽️ Vidéo de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici .

  • Micka Mawem et Chris Sharma : Un duo improbable sur « Le Blond »

    Batman et Robin, Astérix et Obélix, Adam Ondra et les cris d’outre-tombe. Certains duos coulent de source . D’autres, franchement moins. D’un côté, Micka Mawem, félin bondissant nourri aux compètes et aux shakers de protéines, où tout se joue en dix mouvements. De l’autre, Chris Sharma, maître du caillou, philosophe du flow, plus du genre à se faire pincer pour un joint la veille d’une compète que pour un excès de créatine. Rien ne les prédestinait à grimper côte à côte, et encore moins à s’acharner sur un monstre sans nom, une ligne dont même Sharma ne connaît la cotation exacte. Et pourtant, les voilà suspendus sur « Le Blond », une voie aussi mythique qu’invaincue, quelque part sur le calcaire d’Oliana. Un héritage sur prise Les grimpeurs ont parfois la mémoire courte, mais pas Chris Sharma. En 2012, il équipe « Le Blond », juste après la disparition de Patrick Edlinger , pionnier de l’escalade libre, icône du solo intégral et des cheveux au vent. Un hommage en forme de mur, une pierre angulaire plantée dans le paysage vertical. Une décennie plus tard, toujours aucun enchaînement. Et qui débarque pour poser les doigts sur ce bout d’histoire ? Micka Mawem, un pur jus du bloc, enfant du plastique et des volumes vissés. L’ironie est belle. Micka Mawem débarque sur la planète falaise Pour Micka Mawem, la falaise, c’est un monde parallèle. Pas qu’il n’ait jamais mis un chausson dehors, mais il n’a jamais eu l’endurance d’y traîner longtemps. Son terrain de jeu, c’est la compète, l’instantanéité, la force brute condensée en quelques essais . Son dernier gros run en falaise ? Un 8b+, il y a un bail. Là, on parle d’un potentiel 9c. Mais plutôt que d’arriver en touriste, Micka Mawem fait ce qu’il fait de mieux : décortiquer, analyser, comprendre. Parce que « Le Blond », ce n’est pas juste une voie dure. C’est une aberration biomécanique . Un calvaire de continuité où chaque section semble penser que tu es déjà mort. Et surtout, un passage-clé totalement absurde : le Scorpion. Un pas de bloc coincé dans un marathon de grimpe. Un pivot dans le vide, une réglette invisible, et un timing à rendre fou un robot japonais. Impossible à lire, illogique à exécuter. Et pourtant, il faut bien y aller. Chris Sharma, toujours en quête d’un sommet flou Pendant que Micka Mawem découvre les joies du combat en falaise, Chris Sharma, lui, redécouvre son propre projet. Il l’a équipé, essayé, laissé de côté, repris. Il sait qu’il peut le faire, mais il ne l’a jamais fait. Pas par manque de force. Pas par manque de technique. Mais parce qu’à ce niveau, ce n’est plus une question de physique. C’est une affaire de tête. Chris Sharma ne cherche plus à prouver qu’il est encore capable. Il veut se mesurer à la voie, pas à lui-même. Il sait que la performance n’est plus une finalité, mais un processus. Et là, avec Micka Mawem, quelque chose change. D’Oliana à Barcelone : hacking de mouvement Après une journée à saigner sur le caillou, Micka Mawem et Chris Sharma déplacent le combat. Direction Sharma Climbing à Barcelone, où ils entreprennent de disséquer le Scorpion en laboratoire . En falaise, chaque essai coûte cher : l’énergie, la peau, l’engagement. En salle, on répète jusqu’à l’obsession, sans contrainte, sans conséquence. Micka Mawem passe en mode ingénieur du bloc. Il teste, ajuste, cherche une faille dans l’impossible. Un pied un peu plus haut ? Un angle plus tranché ? Une relance plus directe ? Il ne s’agit pas de tricher la difficulté, mais de la comprendre. Chris Sharma, lui, observe et teste. Lui qui a toujours grimpé à l’instinct se retrouve à intellectualiser son propre projet. Et mine de rien, ça fait une différence. Deux grimpeurs, un même vertige Ils sont venus pour comprendre. Micka Mawem, avec son regard neuf et ses réflexes de compétiteur, dissèque la voie comme un problème à résoudre. Chris Sharma, lui, accepte de prendre du recul, de questionner son propre processus. Deux grimpeurs que tout oppose mais qu’un même objectif réunit : décoder l’impossible. Un défi que Thibaud Herr a suivi de près, caméra en main, capturant chaque tentative, chaque doute, chaque fulgurance. Parce que derrière l’escalade, il y a aussi cette science du détail, ce jeu d’ajustements millimétrés qui sépare l’échec du succès. Quant à « Le Blond » ? Toujours impassible, comme une énigme qui attend son dénouement. Le premier qui viendra à bout de cette histoire devra parler sa langue, pas l’inverse.

  • FFCAM : Passage de relais et nouveau cap avec Charles Van der Elst

    Le 7 mars dernier, nous faisions le bilan de huit années d’ascension pour la FFCAM . Une fédération en pleine croissance, plus de licenciés, plus de clubs, plus d’actions environnementales, mais aussi des défis structurels et écologiques de plus en plus pressants. Le 16 mars, à Chalon-sur-Saône, ce cycle s’est refermé avec l’élection de Charles Van der Elst à la présidence. Ce passage de témoin s’inscrit dans une continuité assumée, mais avec des ajustements notables . Reste à voir si la trajectoire imprimée ces dernières années pourra se maintenir face aux tensions entre essor des pratiques et nécessité d’adaptation à un environnement en mutation. © Michel Blecic Un profil ancré dans la montagne et l’engagement associatif Charles Van der Elst n’a rien du dirigeant parachuté. Président du Club alpin d’Île-de-France et vice-président de la Commission fédérale alpinisme , il connaît la maison. Son parcours, pourtant, a pris quelques détours. Né en Isère, il découvre la montagne très jeune dans la Chartreuse, avant de se tourner vers la musique et de s’installer à Paris pour une carrière de producteur et d’ingénieur du son. Le déclic viendra bien plus tard, lors d’un voyage au Népal. De retour en France, il pousse la porte du Club alpin, passe ses brevets de moniteur escalade et cascade de glace, s’immerge dans l’alpinisme et s’engage dans la structuration fédérale. Son élection s’inscrit donc dans une logique de montée en responsabilité progressive, avec une approche qui veut concilier terrain et vision stratégique. « C’est l’aboutissement d’un an de travail : la plus longue approche que j’ai jamais faite pour la montagne ! Maintenant, nous sommes en face de la paroi. L’équipe précédente nous laisse une fédération en ordre de marche, mais nous avons beaucoup à faire pour avancer sur les priorités environnementales et sociétales que la fédération s’est fixées. » Un programme qui prolonge l’existant, en poussant plus loin l’écologie et la gouvernance Avec 60 % des voix face à la liste concurrente menée par Bertrand Faraut, Charles Van der Elst a convaincu avec un projet intitulé "L’engagement Club alpin, cap 2030 !". Son programme ne tranche pas radicalement avec la ligne de son prédécesseur , mais il veut l'affiner et l’adapter aux nouveaux défis. Les axes stratégiques du mandat ? Gouvernance plus collaborative  : décloisonner la prise de décision, donner plus de place aux clubs. Engagement écologique renforcé  : création d’une contribution environnementale pour les licenciés, structuration d’un 3ᵉ congrès fédéral sur l’écologie et l’éthique. Accessibilité et inclusion  : accent sur les jeunes, les publics éloignés et les personnes en situation de handicap. Sécurité et prévention  : réactivation de la Commission fédérale sécurité et prévention avec une base d’analyse des incidents et accidents. Renforcement de la vie associative  : statut officiel de "bénévole fédéral", simplification administrative, accompagnement numérique des clubs. Gestion et rénovation des refuges  : lancement du plan Transition 2050, dans la continuité du programme actuel. © Michel Blecic La grande question : jusqu’où pousser l’ambition écologique ? Dans notre article du 7 mars, nous posions une question clé : comment gérer l’afflux croissant de pratiquants sans saturer les milieux naturels ? Sous la présidence Raynaud, la FFCAM a cherché un équilibre entre développement et régulation des usages. La fédération a pris des positions de plus en plus affirmées sur les sujets environnementaux, sans pour autant opter pour une ligne radicale. L’approche de Van der Elst s’inscrit dans cette continuité, mais avec une montée en puissance assumée. « Je souhaite faire évoluer l’organisation de la fédération et engager les changements de paradigmes nécessaires sur l’environnement et la sécurité, face au contexte environnemental et sociétal actuel. Ces actions ne sont pas en rupture, mais s’inscrivent dans une évolution logique de la FFCAM. » L’introduction d’une contribution environnementale pour les licenciés est une mesure inédite qui risque de faire débat. Tout comme l’organisation d’un congrès fédéral sur l’engagement écologique et éthique, qui pourrait marquer une inflexion plus nette de la politique fédérale. Refuges, structuration fédérale, engagement bénévole : la ligne de crête La rénovation des refuges reste un chantier clé. Le plan Transition 2050 vise à prolonger les efforts entrepris ces dernières années pour moderniser et rendre les infrastructures plus durables . La structuration fédérale amorcée sous Raynaud, avec une professionnalisation accrue et un ancrage institutionnel renforcé, ne sera pas remise en cause. Mais la question de l’équilibre entre professionnalisation et engagement associatif reste posée. La création d’un statut officiel de bénévole fédéral est un signal intéressant, qui pourrait répondre à une des tensions centrales des dernières années : comment valoriser ceux qui font vivre les clubs sans transformer la fédération en une machine administrative trop lourde ? Un mandat sous haute surveillance L’héritage du mandat précédent est clair : une fédération qui a grossi, qui s’est structurée, qui s’est imposée comme un acteur majeur du paysage montagnard. Mais l’expansion a un prix. Charles Van der Elst et son équipe devront composer avec les contradictions du secteur : favoriser l’accès tout en protégeant les espaces, professionnaliser sans dénaturer l’ADN associatif, structurer l’engagement bénévole sans le bureaucratiser. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

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