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- Le Sommet des dieux : du sommet au mythe, en accès libre
Faites chauffer le thé, coupez les notifications : Comme l'an dernier à la même date, Le Sommet des dieux est en libre accès sur France TV jusqu’au 22 février 2025 . Ce bijou d’animation signé Patrick Imbert, adapté du manga mythique de Jiro Taniguchi et du roman de Baku Yumemakura, plonge dans les abysses de l’obsession alpine. C’est beau, c’est brutal, et ça donne envie d’investir dans un bon duvet. © Le Sommet des dieux Un pari risqué qui touche au sommet Sorti en 2021, Le Sommet des dieux a raflé le César du meilleur film d’animation en 2022, confirmant ce qu’on pressentait déjà : l’histoire avait tout pour devenir une claque visuelle et émotionnelle. Réduire cinq tomes en un film d’1h30 relevait de la haute voltige, mais Patrick Imbert et son équipe s’en sont sortis avec les honneurs . Minimaliste mais percutant, le film ne s’embarrasse pas du superflu : une esthétique sobre, une tension qui monte comme une paroi verglacée et une immersion totale dans l’ivresse de la hauteur. Photographe, alpiniste et un mystère plus grand que l’Everest Katmandou, un troquet enfumé, une silhouette usée par les ans : Fukamachi, reporter japonais, croit tomber sur Habu Jôji, légende de l’alpinisme. Dans ses mains, un appareil photo qui pourrait révolutionner l’histoire : celui de George Mallory, peut-être le premier homme à avoir atteint l’Everest… avant de disparaître en 1924. Est-ce un mythe, une chimère ou la plus grande révélation de l’alpinisme ? La réponse est quelque part entre les falaises et la psyché humaine. Mallory et Irvine : Everest, 1924, dernière transmission Le 8 juin 1924, George Mallory et Andrew "Sandy" Irvine sont vus pour la dernière fois à quelques encablures du sommet de l’Everest, avant que les nuages ne les engloutissent. L'ont-ils atteint avant de disparaître ? Mystère. En 1999, une expédition retrouve le corps de Mallory à 8 156 mètres d’altitude, mais sans l’appareil photo Kodak qui pourrait enfin trancher la question. Depuis, la légende continue d’alimenter fantasmes et débats passionnés entre historiens et alpinistes. © Le Sommet des dieux Un film qui grimpe haut et cogne fort Avec ses plans d’une précision chirurgicale, son animation millimétrée et une bande-son signée Amine Bouhafa, qui oscille entre méditation et tension pure, Le Sommet des dieux capte l’essence du vide. Chaque scène respire la solitude et l’obsession. Tokyo vibre d’un bruit sourd et oppressant, l’Himalaya souffle un vent qui transperce l’écran. On grimpe avec eux, on doute avec eux, on suffoque avec eux. Un film qui met tout le monde d’accord ? Presque. De Le Monde à Écran Large , la presse s’est laissée emporter : « Une pure merveille », « Un choc esthétique et narratif ». Même Franceinfo Culture y va de son couplet : « Un style épuré, fidèle à Taniguchi, sublimant chaque sommet ». Bref, un sans-faute. Mais qu’on soit clair : ce n’est pas un film grand public. Pas de punchlines, pas de rebondissements hollywoodiens. Juste de la montagne, du silence et des hommes qui la regardent droit dans les yeux. Pourquoi vous devez voir Le Sommet des dieux ? Parce que c’est beau. Vraiment. Une masterclass visuelle. Parce que ça parle d’obsession. Celle qui pousse à aller toujours plus haut, toujours plus loin. Parce que c’est une claque. Pas celle qui fait mal, mais celle qui réveille. FAQ : Tout ce que vous vous demandez sur Le Sommet des dieux 📌 Fidèle au manga ou pas ? Oui et non. Le film capture l’âme du manga, tout en condensant certaines intrigues. Mais le souffle est là. 📌 Où voir Le Sommet des dieux en streaming ? Sur France TV, gratuitement, jusqu’au 22 février 2025. 📌 Mallory, premier sur l’Everest ou pas ? La vraie réponse ? Personne ne sait. Le film joue avec cette énigme sans la résoudre, et c’est aussi bien. 📌 C’est un film pour alpinistes uniquement ? Non, c’est un film pour ceux qui aiment les récits fous, les quêtes impossibles et la beauté brute. Grimpeur ou pas, vous allez vibrer. Vous avez jusqu’au 22 février 2025 pour plonger dans cette ascension hallucinée, gratuitement sur France TV. Un film qui vous laisse sur le flanc, comme après une grande voie trop engagée. Préparez-vous à l’ascension. Lien vers la vidéo complète.
- 1988, l’année où l’escalade a décidé de grandir (ou de se vendre ?)
L’escalade a toujours eu un pied dans la marge, entre défi personnel et quête de liberté. Un sport de saltimbanques, un jeu de gamins perchés, une affaire de marginaux en lycra accrochés aux falaises. Alors quand l’idée d’en faire une discipline organisée, compétitive, formatée, a émergé, elle a évidemment divisé. En 1988, l’escalade vacille entre deux mondes : celui des grimpeurs qui jurent que l’adhérence, ça se teste sur du calcaire, et celui d’une génération prête à mettre des numéros sur les performances. Des sponsors à séduire, des règlements à poser, un circuit à structurer… Il faut choisir. La suite de cet article , écrit comme s’il avait été publié à l’époque, nous plonge dans cette année charnière. Quand tout était encore possible. © FFME Bercy, théâtre d’une révolution en marche Paris, Palais Omnisports de Bercy, 6 février 1988. Une falaise artificielle de 12 mètres de haut, dressée en plein centre de l’arène. Les spectateurs sont 3 500, venus voir l ’un des premiers grands événements de l’escalade de compétition . Pas un grain de magnésie en plein air, pas un bout de calcaire : ici, tout est contrôlé, cadré, formaté. Le spectacle se joue aussi ailleurs : trois heures de direct à la télévision, une première pour la discipline, qui tente de séduire. Sur la scène, Didier Raboutou s’élance, Jacky Godoffe a déjà été éliminé . En bas, Lynn Hill , Catherine Destivelle et Isabelle Patissier attendent leur tour, concentrées. Le mur est signé Jean-Marc Blanche, les voies ont été tracées par Antoine Le Menestrel et Fabrice Guillot. Pas question de voir les autres grimper : tout le monde est confiné dans les sous-sols de Bercy avant son passage . Un contrôle strict, inspiré des compétitions de gymnastique. L’enjeu est simple : prouver que l’escalade peut être un sport de compétition sérieux. La grimpe libre face aux règlements Les organisateurs veulent éviter les polémiques qui ont terni les compétitions précédentes : règlements flous, jury contesté, rumeurs de grimpeurs ayant repéré les voies à l’avance. À Bercy, fini l’impro. Les participants n’ont eu que quelques minutes la veille pour observer la paroi à l’œil et au toucher. « La compétition est une donnée encore toute neuve dans l'escalade, admet Jean-Marc Troussier, directeur sportif de l’épreuve. Les grimpeurs ne sont pas habitués à respecter un jury. Beaucoup se sont montrés réticents à l'égard de ces confrontations et ne voulaient pas entrer dans un circuit professionnel. » Cette méfiance se traduit par une absence remarquée : Patrick Edlinger , l’icône du Verdon, ne veut pas en entendre parler. La compétition a encore un goût amer pour certains. En 1985, des figures comme Patrick Berhault, Jean-Baptiste Tribout, Laurent Jacob, Catherine Destivelle ou encore Antoine Le Menestrel signaient le "Manifeste des 19", un texte rejetant l’idée même d’une escalade sous contrainte, encadrée par des règles et des classements. Deux ans plus tard, pourtant, certains d’entre eux sont là, au premier rang des compétitions naissantes , que ce soit sur le mur ou en coulisses. Un pied dans la contestation, un autre dans la construction de ce qui pourrait devenir une discipline à part entière. Patrick Berhault © Escalade Dévers Bercy cristallise ces tensions. D’un côté, ceux qui refusent d’y mettre les pieds, voyant dans la compétition une trahison de l’esprit de la grimpe. De l’autre, ceux qui acceptent d’y participer, parfois avec scepticisme, parfois avec ambition. Mais une autre fracture se dessine, plus subtile. Contrairement au modèle soviétique, où l’escalade s’est imposée comme une confrontation directe basée sur la vitesse , l’approche occidentale mise sur la technicité et l’adaptabilité. À Bercy, le mur de difficulté est conçu pour reproduire les subtilités du rocher, dans un équilibre fragile entre sport et tradition. Mais une autre bataille se joue ailleurs : celle du financement. L’escalade indoor ne sort pas de nulle part. Depuis quelques années, elle gagne du terrain : 130 murs d’escalade existent déjà en France, et le chiffre augmente. Les salles commencent à devenir des lieux de pratique à part entière, indépendants des falaises. En 1986 et 1987, Vaulx-en-Velin accueille les premières compétitions indoor françaises. En novembre 1987, Grenoble organise une autre épreuve, prémices d’un circuit régulier. Le vrai tournant vient en octobre 1987 : sous pression du ministère des Sports, la Fédération française de montagne (FFM) fusionne avec la Fédération française d’escalade (FFE). Naissance de la FFME . Objectif affiché : populariser la grimpe, équiper les villes et structurer la compétition. « Mais il ne faudrait surtout pas que tout cela devienne trop gros, trop vite » prévient Georges Daguenet, représentant d’Edelrid, inquiet de l’image que pourrait renvoyer l’escalade si une compétition tournait mal. Les chiffres, eux, grimpent déjà : 1 million de francs de budget à Thonon en 1987 1,2 million pour le Master de Bercy Les sponsors restent tout de même frileux. Les marques spécialisées (chaussons, cordes) soutiennent l’événement, mais les investisseurs grand public hésitent . Trop confidentiel. Trop risqué. Trop imprévisible. Et il y a une autre inquiétude : l’escalade peut-elle être un sport de spectacle ? « Imaginez un accident lors d’une compétition. Il n’en faudrait pas plus pour faire reculer un partenaire peu familiarisé avec le milieu, » glisse Georges Daguenet. 1988… et après ? Les ambitions sont là : Un championnat de France en 1988. Un circuit international en 1989. Une Coupe du monde envisagée pour 1990. Les Jeux Olympiques ? On en parle, mais peu y croient vraiment. « L'escalade ne remplira jamais un stade, » lâchent les sceptiques. « Il faut bien qu’on vive, » répondent les grimpeurs prêts à professionnaliser leur discipline. D’un côté, ceux qui rêvent de médailles et de reconnaissance. De l’autre, ceux qui voient dans cette standardisation une trahison. Trente-sept ans plus tard… Le pari a été tenu. L’escalade a basculé dans la compétition, avec ses circuits, ses champions et son économie . En 2021, elle a même fait son entrée aux Jeux Olympiques, concrétisant un rêve qui, en 1988, semblait encore lointain. Les murs d’escalade sont devenus omniprésents , ouvrant la pratique au plus grand nombre. Loin du Verdon et des bivouacs sous les surplombs, la grimpe s’est installée en ville , accessible en quelques stations de métro. Mais le débat n’a pas disparu. Il a juste changé de terrain. L’olympisme divise toujours, les compétitions privées bousculent les circuits officiels, et la place du rocher reste un sujet brûlant. L’escalade n’a pas trahi son histoire. Elle en a écrit une autre. Plus structurée, plus visible, mais toujours mouvante. Et une question reste en suspens : que veut-elle devenir demain ?
- La Sportiva aux JO 2024 : Comment exister sans en avoir le droit
Douze médailles. Sept podiums. Les grimpeurs La Sportiva ont brillé à Paris 2024. Leurs chaussons étaient là. Leur sponsor, lui, devait se taire. Car aux Jeux Olympiques, une marque non partenaire n’existe pas. Pas un mot sur les podiums, pas un post de félicitations, pas même une image suggérant un lien avec l’événement. Une règle du jeu imposée par le CIO. Une règle que La Sportiva n’a pas contournée. Elle l’a jouée autrement. © La Sportiva Règle 40 : être là sans le dire Les athlètes grimpent pour l’or. Les marques, elles, jouent pour la visibilité. La Règle 40 de la Charte Olympique verrouille toute communication pour les sponsors non officiels pendant la période des Jeux. Du 18 juillet au 13 août 2024, il leur est interdit d’associer leur nom aux performances de leurs athlètes . Pensée pour protéger les sponsors olympiques, cette règle se heurte à la réalité des sports où l’élite repose sur des équipementiers techniques, absents des accords avec le CIO. En escalade, ce sont ces marques qui financent les entraînements, affinent les chaussons et ajustent les moindres détails des équipements. Mais quand vient l’heure du podium, elles disparaissent. © Consignes de communication - CIO Depuis Tokyo 2020, le CIO a lâché un peu de lest : les athlètes peuvent désormais remercier leurs sponsors, tant qu’ils ne mentionnent pas explicitement leur médaille ou leur participation aux Jeux. Un grimpeur peut écrire "Merci à mon sponsor pour son soutien", mais pas "Merci à mon sponsor, avec qui j’ai décroché l’or à Paris 2024." Un jeu d’équilibriste où chaque mot est une prise à négocier. Paris sans en parler : La Maison La Sportiva Si la Règle 40 empêche La Sportiva de s’afficher aux Jeux, elle ne l’empêche pas d’exister autour. Pendant toute la durée de Paris 2024, la marque installe La Maison La Sportiva , un espace éphémère en plein cœur de la capitale. Une maison, un pied dans Paris, l’autre en retrait. Workshops, tests de matériel, échanges avec les athlètes : tout sauf une communication officielle sur les Jeux. Pourtant, la scène est là, les sportifs aussi, et le public suit. Un coup double : offrir une vitrine sans enfreindre la règle. Et surtout, préparer l’après. Après les Jeux, l’empreinte Une fois l’embargo levé, les marques reprennent la parole. Mais comment exister sans sonner comme une marque qui débarque après la bataille ? Plutôt que d’inonder ses réseaux de chiffres et de podiums, La Sportiva grave le moment dans l’objet. À ses médaillés, elle remet un seul chausson – toujours le pied droit – conçu uniquement comme un trophée . Un Solution Comp ou un Cobra 4.99 , mais pas pour grimper. Un chausson qui ne verra jamais de mur, dont la seule fonction est d’incarner l’exploit. © La Sportiva © La Sportiva Personnalisé pour chaque athlète, il arbore les couleurs de son drapeau national et une inscription "merci". Sur la semelle, son classement est gravé, comme une signature sur un bloc parfait. Et parce qu’un trophée ne se donne pas dans une boîte en carton, chaque chausson repose dans un coffret en bois de Val di Fiemme , signé par Lorenzo Delladio, PDG de La Sportiva. Un fragment d’histoire. Un objet qui ne dit rien, mais qui veut tout dire. Un héritage ancré dans la compétition Si La Sportiva peut se permettre de jouer avec l’Histoire, c’est parce qu’elle y a déjà un pied bien ancré. Avant Paris, avant Tokyo, il y a eu Bardonecchia 1985. Quarante ans plus tôt, le SportRoccia marque les débuts de la compétition d’escalade en Europe. Ce jour-là, Stefan Glowacz l’emporte avec aux pieds des Mariacher , chaussons signés La Sportiva. Ce premier podium n’a pas seulement consacré Glowacz, il a aussi installé La Sportiva comme un acteur clé de la compétition. Quatre décennies plus tard, la marque est toujours là. Sept de ses athlètes ont décroché une médaille à Paris : Leonardo Veddriq (or Vitesse) Lijuan Deng (argent Vitesse) Sorato Anraku (argent Bloc & Lead) Brooke Raboutou (argent Bloc & Lead) Peng Wu (argent Vitesse) Jakob Schubert (bronze Bloc & Lead) Aleksandra Kalucka (bronze Vitesse) Aux pieds, les Solution Comp , Skwama et Cobra 4.99 . Sur le podium, l’héritage de quatre décennies d’innovation. Une stratégie qui inscrit La Sportiva dans l’histoire Pendant les Jeux, La Sportiva ne pouvait pas parler. Elle n’en avait pas besoin. Ses chaussons étaient là. Ses athlètes aussi. Sa présence était inscrite dans chaque prise tenue, chaque run parfait, chaque podium décroché. Après les Jeux, elle grave ce moment dans un trophée taillé pour la mémoire. Pas besoin de slogans, pas besoin de revendications. Les images, les objets et les souvenirs suffisent. Une présence calibrée, pensée pour exister sans publicité. Enfin… juste ce qu’il faut. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Interview : l’IFSC face au défi de la transition écologique
L’escalade a cette image d’un sport ancré dans la nature, en harmonie avec la roche et les éléments. Une illusion tenace, quand on sait que le circuit de compétition repose sur des murs en contreplaqué, des prises en plastique et un ballet incessant de vols long-courriers. L’IFSC le sait, et veut visiblement prendre le virage de la durabilité avec un plan ambitieux, inspiré des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU . © David Pillet Sur le papier, l’idée est de réduire l’empreinte carbone du circuit, d’améliorer la parité, d’encourager la consommation responsable, de renforcer la sensibilisation du public et des athlètes, mais aussi de mieux prendre en compte la santé mentale des grimpeurs, notamment lors de leur transition post-compétition . L’intention est louable, mais à la lecture du nouveau plan de durabilité une question demeure : comment tout cela va-t-il se concrétiser ? Entre engagements fermes et déclarations d’intention, difficile de démêler ce qui relève du véritable tournant et ce qui reste au stade des bonnes résolutions. On a donc posé nos questions directement à l’IFSC. C’est Federico Ferro, responsable du développement durable, et Silvia Verdolini, directrice de la recherche et du développement, qui nous ont apporté des éléments de réponse, sous l’égide de Fabrizio Rossini, directeur de la communication. Décryptage. Un sommet à atteindre, mais une voie encore à équiper L’IFSC annonce des objectifs clairs de réduction des émissions : -15 % d’ici 2026, -50 % d’ici 2030 et la neutralité carbone en 2040 . Mais ces engagements se mesurent par rapport aux niveaux de 2022, sans que l’on sache précisément où en est la fédération aujourd’hui. On leur a demandé quelles actions concrètes allaient permettre d’y arriver. « Nous avons mis en place un ensemble de lignes directrices en matière de durabilité, applicables aux opérations externes et au personnel interne, spécifiquement conçues pour atteindre ces objectifs. Ces nouvelles lignes directrices seront officiellement lancées en avril 2025 lors de l’Assemblée générale (AG). » Des lignes directrices existeraient déjà, mais impossible d’en savoir plus. Est-ce une question de discrétion ou simplement parce que tout n’est pas encore complètement défini ? Difficile à dire. Ce flou pourrait aussi s’expliquer par un détail non négligeable : l a Sustainability Commission , censée structurer et suivre ces engagements, n’existe tout simplement pas encore . Il faudra attendre avril 2025 et l’Assemblée Générale pour voir si ces orientations prennent une forme plus concrète ou si elles restent suspendues dans le vide. © David Pillet « En attendant la formation de la nouvelle Commission, nous avons un groupe de travail actif composé du vice-président de l’IFSC Wolfgang Wabel, du directeur général Piero Rebaudengo, du responsable de la durabilité Federico Ferro, de la présidente de la Fédération estonienne d’escalade Kristiina Toots et du représentant des athlètes Campbell Harrison. Après l’Assemblée générale de l’IFSC, nous ouvrirons officiellement les candidatures à toutes les fédérations nationales membres pour constituer une Sustainability Commission à part entière. » Autrement dit, les décisions actuelles sont prises par un groupe restreint, sans consultation plus large des fédérations membres. Une gouvernance en transition qui explique sans doute pourquoi certaines réponses restent floues et pourquoi il faudra attendre l'AG de 2025 pour voir plus clair. L’IFSC assure néanmoins qu’elle pourra évaluer ses avancées grâce à des outils de calcul d’émissions carbone et produire un rapport de suivi . Mais là encore, aucune précision sur la fréquence de ces bilans ni sur leur accessibilité. Seront-ils publics ? Publieront-ils les émissions réelles des événements ? À ce stade, on reste dans le brouillard. Compensation carbone : un effort, mais sans détails En 2024, l’IFSC annonce avoir compensé 4 160 tonnes de CO₂ via la plateforme United Nations Carbon Offset pour un budget total de 10 000 €.Nous leur avons demandé quels projets étaient financés et selon quels critères. « Nous allouons des ressources issues des contributions de nos organisateurs d’événements pour compenser les émissions, en veillant à ce que nos actions soient en accord avec nos valeurs et notre héritage. » « En tant que grimpeurs, nous entretenons un lien profond avec la nature, c’est pourquoi nous soutenons des projets qui reflètent notre engagement en faveur de l’environnement et du développement durable. Nos initiatives sélectionnées portent sur des projets d’énergies renouvelables, des efforts de reforestation et des programmes d’efficacité énergétique — des domaines clés qui contribuent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en favorisant une croissance durable. Ces projets ne se contentent pas de soutenir l’action climatique mondiale, ils résonnent aussi avec notre volonté de préserver l’environnement naturel. » Utiliser la plateforme de l’ONU est plutôt un bon point : ça garantit un minimum d’encadrement et ça évite le marché parallèle des crédits carbone plus que douteux. Mais la mention de la reforestation dans la réponse de l’IFSC mérite qu’on s’y attarde. Planter des arbres pour compenser du carbone, ça a un certain charme. Sur le papier. Mais dans la réalité, c’est une méthode bien moins efficace qu’elle en a l’air. Des études ont montré que les effets secondaires du boisement pourraient neutraliser jusqu'à 30 % des bénéfices attendus en matière de captation du carbone. Et surtout, un arbre met des décennies à stocker le CO₂, alors que les émissions d’un événement sont immédiates. Un différé qui fait toute la différence. Pour autant, il faut reconnaître que ce choix est moins critiquable que celui des crédits REDD+, ces programmes qui génèrent des crédits en échange de la simple préservation de forêts existantes, avec l’argument (très hypothétique) que sans eux, ces forêts auraient été rasées. Une enquête a révélé que 94 % de ces crédits étaient sans impact réel . © David Pillet Ceci étant dit, si ces compensations s’inscrivent dans une logique de transition vers une vraie réduction des émissions, elles ont du sens . Mais si elles ne sont qu’un moyen d’absorber des émissions qui auraient pu être évitées, elles restent une rustine sur une corde effilochée. Dans tous les cas, elles ne suffisent pas à elles seules à rendre le circuit plus durable . Le véritable enjeu se trouve désormais dans les actions futures de l’IFSC et leur capacité à réduire réellement leur empreinte carbone en amont, plutôt que de la compenser après coup. Voyages et compétitions : le train oui, mais pas obligatoire L'IFSC espère réduire de 50 % les émissions liées aux déplacements en optimisant les trajets et le calendrier . On leur a donc demandé si cette mesure allait être imposée ou si ça restait une simple incitation. « Notre politique privilégie les trajets en train pour les distances de moins de 500 km, aussi bien pour les officiels de l'IFSC que pour le personnel. Bien que nous ne puissions pas imposer cette exigence aux athlètes, nous la recommandons fortement comme une option de voyage plus durable. » « De plus, le calendrier des compétitions de l'IFSC est soigneusement conçu pour harmoniser les déplacements entre les événements, minimisant ainsi les longs trajets et réduisant les émissions globales. » Pour les athlètes, c’est clair : une simple suggestion, sans obligation . Pour les officiels et le personnel, la formulation laisse un doute. Privilégier ne veut pas dire imposer, et l’IFSC ne précise pas s’il s’agit d’une règle stricte ou d’une incitation forte . Quant au calendrier des compétitions , la réalité est plus nuancée que l'affirmation. La saison 2025 comporte toujours des déplacements intercontinentaux conséquents, avec des allers-retours entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Sud. Certes, des ajustements existent peut-être en coulisses, mais l’idée d’un circuit optimisé pour limiter l’empreinte carbone des voyages reste à relativiser . Concernant l’idée d’un plafond d’émissions par événement, l’IFSC adopte une posture plus prudente : « Les lignes directrices comprendront un ensemble de critères pour limiter l’empreinte environnementale des événements. Concernant l’instauration d’un plafond d’émissions, il est encore un peu tôt pour cela, mais c'est une idée que nous pourrions concrétiser à l’avenir. » On passe donc du simple volontariat à un hypothétique cadre futur, qui pourrait exister… Équilibre hommes-femmes : une trajectoire encore floue L’IFSC affiche une volonté d’atteindre une représentation équilibrée entre hommes et femmes d’ici 2028 . Quand on leur demande quelles mesures concrètes sont mises en place, voici leur réponse : « L’IFSC a rejoint le programme Women Lead Sport, qui a accompagné 24 femmes de 21 pays, ainsi que le programme WISH. Nos statuts prévoient plusieurs mesures pour favoriser la parité, notamment l’article 10.3.5, qui encourage les fédérations nationales à envoyer des délégations mixtes à l’Assemblée Générale. » Des incitations, donc, mais pas de contrainte réelle. L’IFSC rappelle également un autre engagement dans ses statuts : « Atteindre une représentation équilibrée des hommes et des femmes à travers l’organisation, des officiels aux entraîneurs, en passant par les commissions, d’ici Los Angeles 2028. » Cet engagement marque une formalisation de l’objectif, mais l’IFSC va plus loin en insistant sur un historique égalitaire : « Depuis le début, l’escalade sportive a garanti une égalité des récompenses entre hommes et femmes et a toujours eu une participation similaire entre les deux sexes en compétition. » Cette version des faits est séduisante, mais elle gomme des réalités moins flatteuses. L’histoire de l’escalade compétitive n’a pas toujours été aussi égalitaire qu’elle le prétend . Certes, aujourd’hui, la parité en compétition est bien ancrée, mais cela n’a pas toujours été une évidence. Historiquement, des figures emblématiques comme Lynn Hill ont dû lutter pour obtenir l’égalité des prix . © David Pillet Côté rôles techniques, l’IFSC met en avant un plan de développement des officiels, ainsi que sa participation à des programmes comme Women Lead Sport et WISH , destinés à former et accompagner les femmes dans des rôles d’encadrement. Si la trajectoire vers 2028 est affichée, les moyens pour y parvenir restent encore flous. À ce stade, l’IFSC mise davantage sur des incitations et des recommandations que sur des mécanismes contraignants pour accélérer le changement. Est-ce que cette dynamique suffira à faire évoluer durablement la représentation des femmes dans les rôles clés du circuit ? Impossible à dire pour l’instant, mais au moins, la direction est posée . Un plan… en suspens L’IFSC a posé des ambitions claires : réduire son empreinte carbone, favoriser la parité, encourager une consommation plus responsable. Mais à la lecture des réponses, un point saute aux yeux : le comité chargé de mettre en œuvre ces engagements… n’existe pas encore. En attendant sa création après l’Assemblée Générale 2025, les décisions sont entre les mains d’un groupe de travail restreint. Les actions concrètes sont encore floues, et les mesures contraignantes quasi inexistantes. L’IFSC a donc bien un plan. Reste à savoir s’il trouvera les prises pour l’exécuter ou s’il restera un topo ambitieux, mais inachevé.
- La règle inconnue des compétitions privées d’escalade
Sous les projecteurs de la compétition, l’escalade abandonne un peu de sa liberté. Dans cet univers, chaque épreuve se plie aux exigences du Code du sport — un cadre réglementaire strict, équivalent sportif du Code du travail. Pourtant, un contraste flagrant apparaît : d’un côté, des organisateurs de compétitions privées souvent peu informés des règles qui les encadrent ; de l’autre, la FFME, qui semble peu encline à les faire appliquer . Selon la législation, toute compétition offrant des récompenses supérieures à 3000 euros doit obtenir l’approbation de la fédération — sous peine d’une amende pouvant atteindre 15 000 euros . Une règle inconnue, un contrôle absent : tout semble se passer comme si chacun fermait les yeux. Nous avons donc cherché à comprendre pourquoi. © Guillaume Dupré La réglementation au-delà des prises Interrogez les organisateurs de compétitions privées, et le vide d’information sur cette exigence saute aux yeux. Pour eux, la FFME n’est ni un repère ni un allié — mais au mieux un spectre éloigné. Alain Carrière, président de la fédération avec qui nous avons échangé à ce sujet, le reconnaît sans détour : « La très grande majorité des organisateurs de compétitions privées n’ont effectivement pas conscience de cette règle. Et à ce jour, nous ne sensibilisons pas particulièrement les acteurs sur ce sujet. » Une déclaration qui, en creux, révèle une fédération peu encline à imposer son carcan réglementaire sur des événements privés qui se voudraient plus audacieux dans leurs dotations, là où les compétitions officielles, elles, plafonnent les récompenses selon leurs capacités financières. Prenons le récent Championnat de France de Bloc 2024 : la première place y atteignait à peine 1250 euros, la seconde 800, et la troisième un maigre 350. Comparés aux événements internationaux privés où les "prize money" s'élèvent parfois jusqu’à cinq chiffres, ces montants peinent à offrir un niveau de vie décent aux athlètes les plus talentueux, contraints de se mettre en scène pour leurs sponsors, de manière parfois gênante . « La très grande majorité des organisateurs de compétitions privées n’ont effectivement pas conscience de cette règle. Et à ce jour, nous ne sensibilisons pas particulièrement les acteurs sur ce sujet. » Or, cette règle n’est pas née du cœur de la fédération d'escalade, mais du Code du sport, appliqué uniformément, que ce soit pour le football ou la pétanque. Un cadre légal rigide qui n’a, jusqu'ici, jamais mené à un seul rappel à l’ordre ou sanction de la part de la FFME . Alain Carrière confirme : « Nous ne sommes pas là pour freiner les initiatives privées. » À écouter le président, la FFME semble plus encline à coopérer qu’à contraindre, laissant même entrevoir un éventuel alignement des compétitions privées et fédérales dans les classements . En somme, une promesse de reconnaissance des athlètes sur l’ensemble des circuits, officiels et non officiels. Une "carotte" qui pourrait attirer plus de grimpeurs professionnels vers les compétitions privées, tout en permettant à la fédération de faire appliquer la loi sans avoir à lever la matraque. Un coup habile de la fédération, évitant ainsi la confrontation directe. « Nous ne sommes pas là pour freiner les initiatives privées. » L’échappatoire des compétitions internationales privées ? L’IFSC, à l’échelle mondiale, a elle aussi ses limites. Tant qu’un événement ne revendique pas de statut officiel, il peut théoriquement échapper au contrôle de la Fédération Internationale . En clair, seules les compétitions organisées sous l’égide de l’IFSC, comme les Championnats du Monde ou les qualifications olympiques, sont strictement réglementées. Mais pour quiconque verrait là un boulevard de liberté, la réalité est plus nuancée. Déclarer une compétition "internationale" n’est pas une carte blanche : une compétition privée sur le sol français reste soumise, quoi qu’on en dise, aux régulations du Code du sport . Et si chez nos voisins la souplesse est souvent plus marquée, cette flexibilité s’accompagne d’une influence fédérale toute relative, tant au niveau national qu’international. Une situation qui n’est donc pas forcément enviable. En fin de compte, la FFME pourrait faire de ce cadre rigide un levier d’influence. Pourtant, elle semble choisir une autre voie, laissant planer une réflexion qui, loin de la confrontation, pourrait amener une reconnaissance des performances sur tous les circuits, une manière subtile de faire respecter la loi sans braquer le secteur privé. Le message est clair : la fédération ne cherche pas à verrouiller, mais plutôt à harmoniser, et à créer un terrain fertile pour une compétition décomplexée, où la rigueur se mêle au pragmatisme.
- L’UIAA sonne la fin de la récré : en alpinisme, on ne joue pas avec l’éthique
Le sommet, tu l’as gravi ou t’es monté en ascenseur ? Dans l’escalade comme en alpinisme, la question du comment a toujours eu plus d’importance que le combien de mètres ou le combien de likes . Mais aujourd’hui, entre ascensions guidées où l’effort s’achète, images calibrées pour l’algorithme et récits où le storytelling grimpe plus vite que le grimpeur, l’éthique est en voie de précarisation . L’UIAA (Union Internationale des Associations d'Alpinisme) a donc dégainé une mise à jour de sa Déclaration du Tyrol , vieille de vingt ans, qui commençait à sentir le refuge trop chauffé. L’objectif ? Rappeler que l’alpinisme et l’escalade sont des jeux où les règles ne sont pas imposées d’en haut, mais dictées par la conscience et l’honnêteté . Parce qu’à force de jouer avec les lignes, certains ont fini par gommer la frontière entre performance et mise en scène . Trop de zones d’ombre, trop de légendes enjolivées, trop de sommets conquis à coup de raccourcis bien ficelés. L’UIAA ne moralise pas, mais elle recadre. L’alpinisme n’a jamais été une discipline où l’on triche – et si l’on commence à ne plus distinguer l’effort de la mise en scène, alors autant dire que l’on joue à un tout autre sport. UIAA, grand ordonnateur de l’alpinisme moderne L’ Union Internationale des Associations d'Alpinisme , c’est l’institution qui, depuis 1932 , veille à ce que la verticalité ne parte pas complètement en vrille. Elle fédère plus de 90 organisations nationales , de la FFME en France à l’ American Alpine Club , et s’occupe de tout ce qui structure la discipline : les normes du matériel, les règles de sécurité, les principes de l’escalade sur glace. Elle avait déjà tenté un premier cadrage avec la Déclaration du Tyrol en 2002 , un texte qui posait les bases d’un alpinisme responsable et respectueux des montagnes. Mais depuis, l’ère du like et des sommets sur commande a bouleversé le jeu. Les expéditions commerciales ont rendu l’Himalaya accessible à ceux qui peuvent payer leur effort au prix fort , les réseaux sociaux ont transformé les ascensions en vitrines, et la frontière entre la légende et l’enjolivement a fini par s’effriter. Il fallait donc remettre l’éthique au centre du jeu. Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit Cette nouvelle déclaration repose sur une évidence trop souvent oubliée : en alpinisme, le style compte autant que le sommet . Grimper, ce n’est pas juste empiler des mètres, c’est choisir une manière de les parcourir . Et si l’on commence à édulcorer les récits, à gommer les cordes fixes, à taire l’usage de l’oxygène ou l’intervention d’un guide, alors on falsifie autant l’histoire que la performance . L’UIAA ne cherche pas à imposer une échelle de valeurs, mais à remettre un peu d’ordre. L’autonomie, l’engagement, le renoncement font partie intégrante de la pratique. L’omission volontaire, elle, n’a jamais fait partie du jeu. Si une ascension s’est faite avec assistance, elle a autant de valeur qu’une autre – à condition que ce soit dit. Le problème, ce n’est pas de sauter une étape, c’est de faire croire qu’on est monté à la force des mollets. Mentir sur le style, c’est trahir le sport. L’ère du storytelling vertical Le grand changement de cette mise à jour, c’est l’apparition d’un nouvel acteur : les réseaux sociaux . Là où l’escalade se racontait jadis à coups de topos manuscrits et de récits de bivouacs glacés, elle s’expose aujourd’hui en images léchées, vidéos calibrées et légendes à suspense . Les alpinistes d’hier griffonnaient des carnets, ceux d’aujourd’hui optimisent leurs hashtags. L’UIAA ne joue pas les grincheux technophobes. Mais elle rappelle une évidence : une ascension, ce n’est pas qu’une photo de sommet bien cadrée. C’est aussi la fatigue, la peur, le doute, les erreurs de jugement, le vent qui claque trop fort et les retours bredouilles. Et tout cela ne rentre pas toujours dans le cadre carré d’un post Instagram. Là où la déclaration de 2002 ne voyait que l’exploit brut, celle de 2025 intègre le fait que l’image ne reflète pas toujours la réalité. Une ascension, ce n’est pas une mise en scène, et une montagne, ce n’est pas un décor. Expéditions commerciales : le sommet clé en main L’autre point sensible de cette déclaration, c’est le business du sommet garanti . L’alpinisme a toujours été un jeu de patience et d’incertitude, mais aujourd’hui, il tend à se transformer en circuit touristique encadré . Sur l’Everest, les embouteillages sont plus longs qu’un samedi noir sur l’A7. Au Mont-Blanc, les places en refuge s’arrachent plus cher qu’un concert de rock. En Patagonie, certaines voies mythiques sont devenues des attractions après un passage sur Netflix . L’UIAA ne prône pas un retour en arrière, mais pose une question simple : si l’on gomme toute la difficulté, si tout est prémâché, que reste-t-il de l’aventure ? L’éthique environnementale, ou la montagne sans empreintes Impossible, en 2025, de parler d’éthique sans évoquer l’impact écologique . L’UIAA rappelle quelques principes de base. Voyager plus lentement, privilégier le train à l’avion quand c’est possible. Consommer moins de matériel, éviter la surenchère marketing qui pousse à renouveler son matos chaque saison. Respecter les fermetures de sites pour la faune, utiliser moins de magnésie, ne pas multiplier les spits quand ce n’est pas nécessaire. L’alpinisme et l’escalade sont des disciplines qui se vivent dans des lieux qui ne sont pas éternels . À quoi bon grimper si c’est pour laisser derrière soi une montagne qui ne ressemble plus à ce qu’elle était ? Grimper, c’est choisir un rapport au monde Cette déclaration n’a pas vocation à imposer une éthique rigide ou à sanctionner ceux qui racontent leurs ascensions avec un peu trop de lyrisme. Mais elle fixe un cadre, une ligne de crête entre honnêteté et mise en scène, entre ascension et spectacle. L’escalade et l’alpinisme ne sont pas des sports où l’on triche, mais où l’on choisit son rapport au risque, à l’engagement, au renoncement . Là où certains voient un simple sport, d’autres y trouvent une forme de philosophie. Alors, si tout ce qui compte, c’est de dire qu’on a "fait" un sommet, autant s’y rendre en drone et récupérer un selfie généré par IA . L’effort, le doute, l’échec et la vérité sont ce qui donnent du sens à la pratique. Sans ça, autant rester chez soi.
- Soudain Seul : un bloc à la dure, une histoire à la longue
Adam Ondra a encore frappé. Nouvelle ligne mythique pliée, Fontainebleau apprivoisée, la planète grimpe s’incline. Soudain Seul rejoint la liste des blocs domptés par le Tchèque, et Internet s’emballe : "9A ?", "8C+ ?", "Adam a dit quoi ?", "C’est dur alors ?", "C’est où ?". Calmons-nous deux secondes. Parce que Soudain Seul c’est d'abord une histoire . Une ligne qui a traversé les époques, porté les espoirs et les doigts ensanglantés d’une génération de grimpeurs. Un morceau de grès qui a vu défiler des monstres de la compression et qui, pendant des années, a résisté. Tout le monde parle de la performance. Parlons du bloc . © Petr Chodura D’une île à une solitude soudaine Au départ, il y a The Island . 2008. Dave Graham, jeans troués, science du gainage et vision d’artiste. Il pose les bases : des plats, du physique, un équilibre précaire entre engagement et doigté. Deux ans plus tard, Vincent Pochon pousse le curseur plus bas . The Big Island naît en 2010, quelques prises en dessous, quelques mouvements en plus. Un monstre d’intensité, rapidement validé comme un des 8C les plus mythiques de Bleau. Et puis, il y a ceux qui regardent encore plus bas. Ceux qui imaginent un départ plus loin, un enchaînement encore plus absurde. Un projet fantôme, longtemps tenté, jamais enchaîné. La rumeur circule dans le microcosme des bloqueurs : The Big Island peut être allongé, et pas qu’un peu. Il peut devenir autre chose . L’autre chose en question finit par prendre forme en 2021. L’enchaînement impossible Simon Lorenzi. Belge, fort, discret. Février 2021, il fait ce que personne n’avait fait avant lui : il relie les points, part du plus bas, et sort au sommet . Un nom : Soudain Seul . Pourquoi ce nom ? Parce que le grimpeur n’est jamais aussi seul qu’à Fontainebleau, au milieu des chênes, du grès froid et du silence de la forêt. Mais surtout parce que Simon Lorenzi, en quête d’un calage parfait pour son genou, a glissé sous sa genouillère un livre emprunté à sa copine : Soudain, seuls, d’Isabelle Autissier . Un roman où un couple se retrouve abandonné sur une île au large de la Patagonie, face à eux-mêmes, face à la nature. Et puis aussi parce que ça sonnait bien, tout simplement. © Boolder Cotation annoncée : 9A bloc. Lourde, historique. Un des rares 9A mondiaux, le premier de Bleau. Mais les cotations, à Bleau, c’est comme les avis sur la magnésie liquide : ça discute. Un mois plus tard, Nico Pelorson enchaîne et propose 8C+ . Camille Coudert arrive en 2022 et revalide le 9A. Le débat reste ouvert. Une chose est sûre : Soudain Seul est de ces blocs qui marquent un tournant. Ce n’est pas juste un cran au-dessus, c’est une autre façon d’aborder la grimpe extrême . Adam Ondra, quatrième homme de la liste Février 2025. Adam Ondra débarque. Le mutant de Brno n’est pas là pour enfiler des perles. Il veut voir ce que ce caillou a dans le ventre. Cinq sessions. Quelques râles, une grimace d’extase, et l’affaire est pliée. Adam Ondra rejoint le club fermé des conquérants de Soudain Seul . La cotation ? Adam s’en fiche pas mal. Enfin, façon de parler. Il admet que c’est plus dur que Brutal Rider et Terranova , deux de ses 8C+. 9A ? Peut-être. Ce qui est certain, c’est que Soudain Seul n’a pas dit son dernier mot. Un bloc devenu icône Des blocs durs, il y en a. Des blocs historiques, aussi. Mais rares sont ceux qui cristallisent à ce point l’évolution de l’escalade. The Big Island a été un tournant. Soudain Seul est une confirmation. Confirmation qu’à Fontainebleau , on ne se contente pas de répéter. On invente, on repousse, on élargit le champ des possibles. Confirmation que la difficulté pure ne se résume pas à des chiffres, mais à une histoire. Mais une histoire qui se joue dans un décor fragile. Le Coquibus , c'est d'abord une réserve biologique où la grimpe est tolérée, mais pas gravée dans le marbre . Trop de passages, trop de bruit, trop de magnésie, et ce bout de forêt pourrait bien refermer ses portes. Alors autant éviter les invasions en meute, les drones qui bourdonnent au-dessus des blocs, les pads éparpillés comme dans une chambre d'ado. Moins on se fait remarquer, plus le secteur a des chances de rester grimpable. © Boolder Alors oui, Adam Ondra a enchaîné Soudain Seul . Mais ce n’est qu’un chapitre de plus. Parce que la grimpe, ce n’est pas que des noms sur une liste. C’est des femmes et des hommes qui posent leurs doigts sur un bout de caillou, un matin d’hiver, et qui se disent : "Et si c’était possible ?" Et parfois, c’est possible. Et maintenant ? Qui sera le prochain à poser sa signature sur Soudain Seul ? Le bloc résistera-t-il encore longtemps au passage du temps et à l’inévitable glissement des cotations ? Bleau a toujours une longueur d’avance. Le caillou est là. Le reste, c’est une question de temps.
- Melloblocco 2025 : L’événement bloc qui met tout le monde d’accord
Si vous grimpez en extérieur et que vous aimez le bloc, il y a de fortes chances que vous ayez déjà entendu parler du Melloblocco. Si ce n’est pas le cas, il est temps de rectifier le tir. Parce qu’en termes de festival de bloc, on n’a pas fait plus grand. Imaginez une vallée italienne qui a tout du paradis du grimpeur : des blocs de granit à perte de vue, des rivières cristallines pour tremper les pieds entre deux essais, et une ambiance qui oscille entre fête de village et grand raout de la communauté grimpeuse internationale. © Giacomo Tonoli Le Melloblocco, c’est ça : un rassemblement massif de grimpeurs , pros comme amateurs, qui viennent s’en mettre plein les doigts dans les blocs du Val Masino , au cœur des Alpes lombardes. Et cette année, du 7 au 10 mai 2025 , la vallée va de nouveau être prise d’assaut. Melloblocco 2025 : ce qui vous attend Si vous êtes du genre à programmer vos trips grimpe longtemps à l’avance, bloquez votre agenda et préparez vos crash pads. Le Melloblocco 2025 revient avec son lot de grimpe et de bonne ambiance. Des blocs à n’en plus finir Le spot, c’est le Val di Mello, une vallée encaissée où des milliers de blocs de granit se dressent un peu partout . Certains sont devenus des classiques, avec des noms qui claquent comme " Il Sasso Remenato " ou " Il Ferro da Stiro ". D’autres, un peu moins connus, attendent que quelqu’un trouve la méthode ultime. L’idée du Melloblocco n’a jamais été d’avoir un circuit figé comme dans une compétition IFSC. Ici, les grimpeurs ont une carte des blocs , et chacun tente ce qui lui fait envie. On discute beta avec des grimpeurs venus de toute l’Europe, on pose son pad à côté d’inconnus qui deviendront peut-être des potes de grimpe, et on essaye, encore et encore, jusqu’à ce que la peau des doigts dise stop. Des grimpeurs pros, mais pas de prise de tête Le Melloblocco, c’est aussi l’un des rares événements où vous pouvez croiser des grimpeurs de Coupe du monde dans leur milieu naturel . Adam Ondra , Stefano Ghisolfi , Janja Garnbret … Beaucoup sont passés par ici, parce que c’est un peu un pèlerinage obligatoire pour qui aime le bloc en extérieur. Mais à la différence d’une compétition officielle, il n’y a pas de pression, pas de chrono, pas de format imposé . Ici, on grimpe parce qu’on en a envie, pas pour chasser des points. Et c’est aussi ce qui fait l’âme du Melloblocco : une ambiance où pros et amateurs partagent la même passion, sans barrière. © Giacomo Tonoli Une ambiance unique On ne va pas se mentir : le Melloblocco, c’est aussi une grosse fête . Après les journées passées à se cramer les bras sur du caillou, les soirées prennent le relais avec des concerts, des projections de films d’escalade, et une atmosphère où la bière coule à flot. Le site officiel décrit l’événement comme "une grande réunion de famille" . C’est un peu ça, sauf que la famille compte plusieurs milliers de grimpeurs, et que tout le monde s’invite sur le crash pad de l’autre pour refaire le monde en parlant talon, micro-beta et grains de peau. Comment participer ? L’inscription, une formalité pas obligatoire Si vous voulez être de la partie, les inscriptions sont ouvertes depuis le 7 février 2025 . Pour 20 €, vous repartez avec un pack de bienvenue contenant un T-shirt, quelques goodies et surtout la fameuse carte des blocs qui vous servira de boussole pour naviguer dans la vallée. Attention, seuls les 2 500 premiers inscrits recevront le pack complet . Pour les autres, il faudra se débrouiller et se fier aux locaux. Se loger : camping roots ou hôtel confort ? Si vous venez au Melloblocco, autant jouer le jeu à fond et camper sur place. L’ambiance sur le camping est souvent aussi mythique que l’événement lui-même, entre bivouacs improvisés, réchauds qui tournent à plein régime et discussions nocturnes sur la meilleure façon d’envoyer un talon magique. Mais si vous préférez un peu plus de confort (et une douche chaude après les longues journées de grimpe), des hôtels et auberges existent dans la vallée. Le seul conseil : réservez tôt, parce que ça part vite. © Giacomo Tonoli Un peu d’histoire : pourquoi le Melloblocco est culte ? Le Melloblocco ne date pas d’hier. Lancé en 2004 , l’événement a tout de suite trouvé son public, en attirant chaque année des milliers de grimpeurs. À son apogée, on a compté jusqu’à 3 000 inscrits officiels et plus de 10 000 grimpeurs présents dans la vallée. Ce qui fait son succès, c’est qu’il a su rester fidèle à son esprit d’origine : un rassemblement où l’esprit de communauté prime sur la performance, où on grimpe par plaisir et non par compétition. Même si certaines éditions ont été mises en pause ces dernières années, notamment en raison de la crise sanitaire et de soucis d’organisation, le Melloblocco reste un événement culte dans l’univers du bloc outdoor . Et en 2025, la tradition continue. Pourquoi y aller en 2025 ? Si vous aimez le bloc et que vous n’avez jamais mis les pieds au Melloblocco, cette édition 2025 est peut-être le moment parfait pour sauter le pas . Parce que c’est le plus grand événement de bloc au monde. Parce que l’ambiance y est unique. Parce que Val Masino, c’est du caillou de rêve. Parce que c’est l’occasion de grimper avec des grimpeurs de tous niveaux, y compris des pros. Parce que ce n’est pas tous les jours qu’on peut être dans une vallée remplie de crash pads et de chaussons d’escalade. Si ça ne vous donne pas envie de booker votre billet direction l’Italie, on ne sait pas ce qu’il vous faut. Rendez-vous du 7 au 10 mai 2025, pour une édition qui s’annonce déjà mythique. Toutes les infos sont à retrouver sur le site officiel .
- Momentum Velcro : Black Diamond affine son chausson grand public
Dans un marché du chausson d’escalade où les innovations se jouent souvent à coups de subtilités techniques, Black Diamond mise sur une approche pragmatique avec son Momentum Velcro . Confortable, accessible et polyvalent, ce modèle vise autant les grimpeurs débutants que les habitués des longues séances en salle et des grandes voies en falaise. © Black Diamond Avec une sortie prévue le 1er juin 2025 sur le site de la marque et une disponibilité en magasin dès le 1er juillet, le Momentum Velcro s'inscrit dans la continuité de la gamme BD en améliorant plusieurs aspects techniques. Un chausson pour grimper longtemps, sans souffrir Dès la fiche technique, l’intention est claire : le Momentum Velcro ne cherche pas à jouer dans la cour des chaussons ultra-performants au griffé agressif . Forme neutre et plate, languette en maille respirante, empeigne en micro-suède : tout ici est conçu pour permettre d’enchaîner les séances sans avoir envie d’arracher ses chaussons au bout de dix minutes. Avec deux bandes Velcro, l’enfilage est rapide, et l’ajustement facile. On est sur du confort bien dosé, pensé pour ceux qui passent plus de temps dans leurs chaussons que pieds nus entre deux runs de bloc . En salle comme en grande voie, c’est typiquement le genre de modèle qui évite le calvaire des chaussons trop rigides sans tomber dans l’excès inverse du chausson-pantoufle qui ne tient rien. Une gomme Black Label retravaillée Les chaussons accessibles pêchent souvent par une gomme qui manque soit d’adhérence, soit de durabilité (ou les deux). Black Diamond annonce une nouvelle version de sa gomme Black Label, censée offrir un meilleur compromis entre accroche et résistance à l’usure. À voir sur le terrain, mais c’est un point crucial pour un chausson qui vise autant le grimpeur occasionnel que le régulier. Autre détail intéressant : le talon a été revu pour garantir un ajustement plus homogène. Ceux qui ont déjà ressenti ce léger flottement désagréable sur certains modèles d’entrée de gamme comprendront pourquoi c’est un argument qui compte. Prix et positionnement À 95 €, le Momentum Velcro se positionne face à des références comme le Tarantula de La Sportiva ou le Kirigami de Five Ten, mais avec une approche différente. Là où certains modèles jouent la carte du chaussant ultra-tolérant ou de la robustesse avant tout, Black Diamond mise sur un équilibre entre maintien, respirabilité et adhérence, avec une gomme qui offre plus de sensibilité que la moyenne dans cette gamme de prix. Disponible le 1er juin 2025 sur le site de la marque, puis en magasins spécialisés le 1er juillet, reste à voir s'il saura convaincre les grimpeurs en quête d'un chausson qui allie confort et sensations, sans sacrifier la précision. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Altissimo grimpe à Metz : une nouvelle salle et un marché en tension
Le groupe Altissimo ajoute une prise de plus à son réseau avec l’ouverture prochaine d’une salle à Moulins-lès-Metz, au sein du complexe Loisirama . 2 050 m² de surface, des murs jusqu’à 14 mètres, une offre pensée pour balayer large, du grimpeur du dimanche au compétiteur affûté. Une expansion qui suit une logique bien rodée : un développement hybride entre salles détenues en propre et franchises , dans un marché où l’escalade indoor devient un business à part entière. Altissimo Metz : une salle pensée pour séduire Le projet déroule une partition sans fausse note : plus de 80 relais et 240 voies pour la grimpe en tête et en moulinette, 400 m² de bloc , une training board connectée, un espace renforcement physique, sans oublier un shop et un espace bar. Une recette éprouvée qui mise autant sur la diversité de l’offre que sur l’accessibilité : un espace enfant vient compléter l’ensemble, captant une clientèle qui dépasse largement les grimpeurs aguerris. Altissimo, une marque qui a de la bouteille Fondée en 1995 à Toulouse Montaudran , Altissimo fait partie de ces pionniers qui ont professionnalisé l’exploitation des salles d’escalade en France. Aujourd’hui, l’enseigne aligne une dizaine de salles sur le territoire , et surtout, elle ne se contente pas d’être exploitante : elle conçoit et construit aussi des structures artificielles d’escalade (SAE). Avec plus de 300 réalisations à son actif, Altissimo installe des murs dans des établissements scolaires, des gymnases, des clubs alpins et des salles privées . Son expertise s’étend des ossatures acier et contreplaqué résiné aux murs en béton chevillé, une technologie adoptée pour certaines réalisations récentes, comme sa salle de Lisbonne, première implantation de la marque hors de France. Un réseau qui s’étend par tous les moyens Depuis 2004, Altissimo ne développe pas uniquement son réseau en propre : l’enseigne mise aussi sur la franchise . Un modèle qui permet d’accélérer l’expansion tout en limitant l’investissement financier. Le principe est clair : 28 000 € de droit d’entrée, un apport personnel recommandé de 80 000 €, un investissement total compris entre 400 000 € et 600 000 €, et une redevance de 5 % du chiffre d’affaires sur un contrat de 9 ans. Certaines salles restent sous gestion directe, d’autres passent sous franchise. C'est le cas notamment de Altissimo Albi, Altissimo Lisbonne, Altissimo Marseille et Altissimo Perpignan. Loisirama : une implantation qui s’inscrit dans un virage du secteur Pourquoi Metz ? Pourquoi Loisirama ? Le choix ne doit rien au hasard. Loisirama , c’est un hub de loisirs hybride qui mêle padel, foot à 5, trampoline, Laser Game, Prison Island, SENSAS et plusieurs espaces de restauration. Un modèle qui fait écho à une tendance forte : l’intégration des salles d’escalade dans des pôles multisports et de loisirs. L’intérêt ? Maximiser la fréquentation, capter une clientèle occasionnelle et s’implanter dans des zones où le passage est garanti. Mais la question de la fidélisation reste en suspens : ces centres attirent souvent un public de découverte, qui n’a pas forcément vocation à s’inscrire dans une pratique régulière. Un pari qui peut fonctionner… ou non, selon l’équilibre trouvé entre animations événementielles et ancrage dans le tissu local des grimpeurs. Un choix d’implantation qui peut surprendre au premier abord : la future salle Altissimo à Loisirama se situera à seulement 2,5 km d’Altissimo Metz Haut Gazon et à moins de 5 km de Block’Out Metz. Une telle proximité pourrait s’expliquer par une stratégie de segmentation plutôt que de duplication : avec seulement 400 m² de bloc, une surface relativement modeste, la nouvelle salle semble avant tout pensée pour renforcer l’offre de voie, laissant à Altissimo Metz Haut Gazon le rôle d’espace dédié au bloc. Si cette répartition se confirme, elle traduirait une volonté d’optimiser la complémentarité entre les sites plutôt que de se positionner en concurrence directe. Une expansion dans un marché sous tension L’arrivée d’Altissimo à Metz s’inscrit dans une dynamique où l’escalade indoor devient un business structuré, concurrentiel et en mutation . Entre la montée en puissance des chaînes , l’évolution des attentes des grimpeurs et la diversification des modèles économiques, chaque acteur affine sa stratégie. Altissimo, avec son modèle hybride entre gestion directe, construction de structures et développement en franchise, continue de sécuriser son assise. Metz est une étape de plus, mais la véritable question reste la suivante : dans un marché qui s’accélère, qui arrivera à tenir la prise sur le long terme ? Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Chamarande : le trésor oublié du bloc francilien
Dans la famille des spots d’escalade franciliens, Chamarande, c’est un peu le vieil oncle érudit qu’on oublie trop souvent d’inviter aux réunions de famille . Moins mythique que Fontainebleau , moins médiatisé que les nouveaux spots indoor, Chamarande est un OVNI dans le paysage du bloc francilien. Pourtant, à une grosse demi-heure de Paris en RER, c’est sans doute le site de bloc naturel le plus accessible pour les grimpeurs sans voiture ou ceux qui préfèrent s’en passer . Son grès ? Irréprochable. Ses circuits ? Taillés pour le pur plaisir (et les bonnes roustes). Son cadre ? Une forêt préservée, coincée entre un château du XVIIe siècle et une végétation qui vous fait oublier qu’on est à une heure de Paris. Mais Chamarande a un atout de taille : c’est un spot ouvertement sous-coté. Un bout de forêt où on peut grimper sans slalomer entre les crash-pads et les grimpeurs à la recherche du meilleur angle pour leur story Insta. Un terrain d’expérimentation pour ceux qui aiment leur escalade pure, technique et rugueuse. Alors, pourquoi cet oubli collectif ? Plongée dans un spot qui mérite d’être remis sous le feu des projecteurs. Un site à l’histoire plus ancienne qu’on ne l’imagine L’histoire de l’escalade à Chamarande ne commence pas dans les années 90 . Elle ne commence même pas après-guerre. En réalité, si l’on gratte sous la mousse et les lichens, on tombe sur près d’un siècle d’histoire verticale. Dès les années 30 , Pierre Allain , pionnier de l’alpinisme et concepteur des célèbres chaussons d’escalade qui portent son nom , s’entraîne ici avec ses compagnons avant d’aller affronter les Drus. Certains pitons et points laissés au tamponnoir témoignent encore de cette époque où l’on sculptait ses avant-bras sur du grès avant de partir se frotter au granit chamoniard. Des flèches peintes au plomb et des vestiges de circuits oubliés apparaissent parfois sous la mousse, rappelant que les blocs d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux d’hier, redécouverts encore et encore. Alors, qui a vraiment commencé ? Bonne question. Ce qui est sûr, c’est que Chamarande n’a jamais été un simple plan B pour les grimpeurs en manque de Bleau. Des circuits pour tout le monde, mais pas pour les feignants Si Chamarande a été progressivement oublié, ce n’est pas faute d’avoir des circuits bien tracés. Ici, on trouve de tout : des parcours enfant (blanc), un circuit orange accessible, jusqu’au mythique noir et blanc, classé ED+ (Extrêmement Difficile Supérieur), où le 7b est de rigueur. Dans les années 90 , Christian Roumégoux , une figure bien connue des circuits bellifontains, remet le site en lumière en balisant plusieurs circuits modernes : Un circuit rouge , technique et exigeant, qui préfère la finesse à la brutalité physique. Un circuit bleu , plus abordable, mais toujours technique. Un circuit orange , idéal pour découvrir le spot en douceur. Mais contrairement à Fontainebleau, où les circuits sont remaniés, adaptés, entretenus à coups de pinceaux et de brosses, Chamarande a gardé une patine plus sauvage. Ici, le balisage est parfois capricieux, et certains blocs ont vu leur accès se compliquer avec la pousse de la végétation. Résultat : il faut chercher, tâtonner, accepter de se perdre un peu. Mais au fond, c’est ce qui fait le charme de Chamarande : c’est un spot où l’on grimpe encore comme des découvreurs, et non comme des consommateurs de circuits tout prêts. Un terrain de jeu où le cerveau est aussi important que les biscottos Grimper à Chamarande, c’est accepter une chose : la force brute ne vous sauvera pas. Le grès ici est extrêmement adhérent , presque trop. Ça veut dire que vos chaussons collent bien, mais aussi que chaque erreur technique est immédiatement sanctionnée. Les plats sont fuyants, les réglettes microscopiques, les équilibres précaires. Chaque mouvement doit être réfléchi, anticipé, optimisé. Les grimpeurs qui aiment les belles dalles, les placements précis et les équilibres à la limite du raisonnable seront servis. " Les Pieds dans le Plat " est un bon exemple : un exercice de style où il faut tout miser sur la posture, le transfert de poids et une confiance aveugle dans ses semelles en gomme. Pour les amateurs de défis plus physiques, " Le Surplomb du Cri " impose un mix de puissance et de lecture fine, sous peine de redescendre plus vite que prévu. Et pour ceux qui veulent vraiment jouer dans la cour des grands ? Le circuit noir et blanc ED+ ne fait pas dans la dentelle. Flirtant avec le 7b bloc, il demande une lecture affûtée, une technique solide et une bonne dose d’abnégation. Un cadre préservé… pour l’instant L’un des charmes indéniables de Chamarande, c’est son ambiance. Ici, on grimpe au milieu d’une nature qui n’a pas encore été trop piétinée . Pas d’afflux massif de grimpeurs, pas d’usure prématurée des blocs, pas de surconsommation de magnésie à chaque passage. Et surtout, un spot où l’on peut encore entendre les oiseaux chanter sans avoir à filtrer la bande-son d’une enceinte Bluetooth oubliée sur un crash-pad. Mais ce calme a un prix : le site n’est pas à l’abri des fermetures arbitraires ou des restrictions. Son statut officiel reste flou, et même si l’accès est toléré, rien ne garantit qu’une interdiction soudaine ne viendra pas clouer les chaussons au sol du jour au lendemain. Une raison de plus pour que Chamarande reste un exemple de grimpe responsable : pas de brossage abusif, pas de tick marks XXL, et surtout, pas de traces de votre passage. Une redécouverte en vidéo : Chamarande sous un autre angle On pourrait croire que Chamarande est condamné à rester un spot de niche pour grimpeurs initiés. Et pourtant, récemment, une vidéo a redonné un coup de projecteur à ce site oublié. Avec un ton décalé et une approche rafraîchissante , les auteurs revisitent les blocs phares du circuit, alternant démonstrations, anecdotes et conseils avisés . Entre chutes, réussites éclatantes et explications techniques, le circuit de Chamarande reprend vie sous les yeux des spectateurs . Une piqûre de rappel pour ceux qui avaient rangé le site dans la catégorie "vieux circuits délaissés", et une invitation pour les autres à aller voir si le grès de l’Essonne est aussi exigeant que celui de Bleau. Chamarande : un site à re-grimper d’urgence Il y a deux types de grimpeurs : ceux qui cherchent des lignes déjà sur-magnésiées, où les pas sont visibles à trois kilomètres, et ceux qui aiment se perdre dans la lecture d’un rocher vierge. Chamarande, c’est pour les seconds. Un spot où l’escalade redevient une exploration. Où il faut chercher son chemin, apprendre à comprendre la roche et adapter son style. Un site qui ne vous donne rien gratuitement mais qui, en échange, vous offre une qualité de grimpe rare, un cadre préservé et un sentiment d’exclusivité qu’on croyait disparu de l’Île-de-France. Alors la prochaine fois que Fontainebleau vous semble trop bondé, faites un détour par Chamarande . Vous pourriez être surpris.
- L’IFSC met le doigt dans l’engrenage du sport business
Le monde de l’escalade va-t-il basculer dans une nouvelle ère ? L’IFSC vient de sceller un partenariat stratégique avec IRIS Sport Media , une société britannique qui fait du développement commercial son terrain de jeu. Traduction : l’escalade de compétition veut arrêter de ne compter que sur les marques outdoor traditionnelles et entrer dans la cour des sports qui pèsent lourd sur le marché mondial. L’ambition est claire : plus de visibilité, plus de sponsors, plus d’argent . Mais entre professionnalisation et dérive marchande, où s’arrête la progression et où commence la perte d’identité ? © David Pillet La fin de l’artisanat économique ? On ne va pas se mentir, l’économie de l’escalade tient encore plus du bricolage que d’une industrie rodée. 👉 Les droits médiatiques ? En dehors des JO , c’est un produit de niche. 👉 Les sponsors ? Majoritairement issus du secteur outdoor, avec un engagement mesuré. 👉 Les prize money ? Un niveau de précarité qui va finir par faire fuir les sportifs de haut niveau. Et pourtant, l’escalade cartonne sur le terrain : salles pleines, pratique en explosion, images spectaculaires qui séduisent le grand public… mais derrière, les compétitions peinent à se monétiser . Avec IRIS Sport Media aux commandes du business , l’IFSC espère changer la donne. Qui est IRIS, et que veut-il faire de l’escalade ? Derrière ce nom qui sent la start-up à succès, IRIS Sport Media est en réalité un cabinet de stratégie fondé en 2023 par Ioris Francini , un ex-IMG. Son job ? 👉 Maximiser les revenus des disciplines sous-exploitées. 👉 Attirer des investisseurs au-delà du cercle traditionnel. 👉 Transformer le sport en produit vendable à l’international. L’entreprise s’est déjà illustrée en bossant avec LIV Golf (le circuit financé par le fonds saoudien PIF pour dynamiter la PGA), l’ATP Media (les droits du tennis pro) et la LFP française (ligue de football professionnel). Ce qu’ils vendent ? Une vision du sport plus commerciale, plus télégénique, plus “bankable” . Et maintenant, c’est l’escalade qui passe au scanner du business plan . Des opportunités… et un dilemme D’un côté, on ne peut que se réjouir . 👉 Des compétitions mieux dotées. 👉 Plus d’opportunités économiques pour les athlètes, les marques et les organisateurs. 👉 Une audience élargie, et avec elle, de nouveaux investisseurs . D’un autre, on connaît l’histoire. Dès qu’un sport tente de séduire les sponsors à grande échelle, il y a une contrepartie. Simplification des formats, mise en scène calibrée pour le live TV, montée en puissance des enjeux financiers au détriment de l’essence même de la discipline. L’ombre de LIV Golf plane sur cette transition. Ce circuit, né de milliards saoudiens, a tout repensé : 👉 Durée des parties raccourcie. 👉 Show ultra-spectaculaire. 👉 Redistribution des gains, mais au prix d’un remodelage total de l’esprit du sport. L’escalade veut-elle suivre cette route ? L’idée d’un circuit “premium” – où les enjeux médiatiques prennent le dessus sur l’authenticité de la discipline – pourrait créer un fossé entre l’élite et le reste de la communauté . L’escalade peut-elle grandir sans se dénaturer ? L’IFSC veut imposer un nouveau modèle économique à l’escalade de compétition . Plus structuré, plus ambitieux, et surtout plus rentable. Personne ne viendrait reprocher des prize money plus élevés ni sur une meilleure exposition du sport. Mais il faudra veiller à ce que cette mutation ne transforme pas l’escalade en un produit aseptisé, calibré pour séduire les annonceurs au détriment de son ADN . L’IFSC et IRIS ont les cartes en main. Reste à voir si cette montée en gamme profitera à toute la discipline ou si certains se retrouveront avec une jambe coincées dans la corde pendant que d’autres tirent sur les dégaines du business.












