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- Vertige Media est un média reconnu
Vertige Media vient d'obtenir la reconnaissance de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP). Pour un jeune média indépendant, c'est le Graal. Alors forcément, cette reconnaissance nous élève. Voici la petite histoire d'une légitimité acquise dans un paysage médiatique français en pleine tempête. © Vertige Media Nous l'attendions depuis des mois. Alors quand la nouvelle est tombée, nous avons un peu exulté. Avec quelques lignes administratives de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), l'État vient de valider Vertige Media. Nous obtenons ainsi sa reconnaissance. Pour un jeune média comme le nôtre, c'est bien plus qu'un simple tampon bureaucratique. Tampon, baudrier et fumée blanche Ce que ça veut dire exactement ? Un jury de confrères et consœurs a validé notre sérieux, notre déontologie, notre capacité à informer selon les standards du journalisme professionnel. Dans nos têtes, ce qu'on se plaît à imaginer ce sont des gens très importants qui se sont enfermés au sous-sol d'un lieu culte pour ressortir des heures après avec une fumée blanche, un baudrier et le tampon sur le manifeste de Vertige Media. Évidemment, ce n'est pas la réalité. Mais quand même, la vérité c'est que dans l'écosystème de la presse de loisirs et d'escalade, cette reconnaissance reste rare. Depuis le premier jour, nous nous sommes donné une mission : traiter l'escalade comme un « fait social, culturel et politique ». Cette validation officielle confirme cette ambition. Concrètement, qu'est-ce que ça change ? Nous pouvons désormais afficher le logo du ministère de la Culture sur notre site. C'est déjà ça. Comme cela reste le seul truc qui matérialise vraiment la décision, on ne s'est pas gêné. Pour le reste, on attendra d'avoir un nouveau gouvernement pour aller prendre le goûter rue de Valois. Blague à part, cette reconnaissance nous impose désormais une responsabilité renforcée envers vous, nos lectrices et nos lecteurs. La reconnaissance de Vertige Media par la CPPAP arrive au moment où nous avons multiplié les enquêtes, les portraits fouillés, les analyses sur des sujets que personne ne traitait dans notre secteur. C'est la reconnaissance que notre travail journalistique respecte les standards de la profession, même dans un domaine de niche comme l'escalade, qui compte aujourd'hui environ 2 millions de pratiquants en France. Elle intervient au moment où nos audiences augmentent sur le site, où notre compte Instagram est de plus en plus suivi et où notre newsletter compte près de 5000 abonné·e·s. Mais ce n'est pas tout. Quand l'information devient un champ de bataille Cette reconnaissance tombe aussi à un moment particulier de l'histoire médiatique française. Jamais l'information n'a été autant un enjeu de pouvoir. Les chiffres donnent le vertige : 11 milliardaires possèdent aujourd'hui 81% des ventes de presse quotidienne nationale, 95% des hebdomadaires généralistes et la moitié des audiences télés et radios. Une concentration qui pose de sérieux problèmes de pluralisme et alimente la méfiance du public envers les médias. Les tentatives d'influence se multiplient. Affaires de harcèlement dans les rédactions, demandes de limogeage de journalistes, rachats stratégiques... Le paysage médiatique français traverse une crise sans précédent. Les quelques aides publiques à la presse indépendante ont été supprimées cette année, fragilisant encore davantage les acteurs émergents. Dans ce contexte, les médias indépendants deviennent cruciaux. Ce sont eux qui révèlent les atteintes à la probité, documentent les bavures, enquêtent sur la pollution ou les violences sexistes et sexuelles. Sans eux, ces réalités n'existeraient pas ou peu dans le débat public. Derrière, ce sont des journalistes qui ne travaillent pas pour l'intérêt d'un actionnaire, mais au service de l'intérêt commun. L'information : un bien commun Pour un média spécialisé comme Vertige Media, cette mission de contre-pouvoir s'exerce à l'échelle de notre communauté. Nous avons révélé les dérives du marketing d'influence dans l'escalade, questionné l'impact environnemental des compétitions, analysé les enjeux de genre dans la pratique. Des sujets que les médias généralistes ne traitent pas, mais qui concernent directement notre lectorat. Notre reconnaissance CPPAP nous donne une légitimité supplémentaire pour porter ces sujets. Dans un secteur où l'information spécialisée reste fragile, cette validation officielle nous permet d'affirmer notre indépendance et notre sérieux journalistique. Car les défis sont nombreux pour un jeune média indépendant. Difficile de développer un modèle économique viable, de toucher une large audience, de faire sa place dans un milieu ultra-concurrentiel. La reconnaissance CPPAP ne résout pas tout, mais elle constitue un outil de crédibilité précieux. Face au constat alarmant de la concentration médiatique, chacun peut agir pour soutenir les médias indépendants. Notre reconnaissance CPPAP s'inscrit dans cette démarche : elle valide notre capacité à informer selon les standards professionnels, même dans les niches les plus spécialisées. Bref, on est fiers. Et on va tâcher de répondre à la promesse qu'on s'est faite depuis la création de Vertige Media : informer rigoureusement. Si cette reconnaissance nous élève, elle nous oblige toujours à suivre le même mantra : se mettre à la hauteur. Mention spéciale : Un grand merci au SPIIL de nous avoir accompagnés dans les méandres des démarches administratives de la reconnaissance.
- Janja Garnbret contre les hommes : le mauvais film de genre
C’est devenu un gimmick médiatique : et si Janja Garnbret, l’ogresse des murs artificiels, pouvait se frotter aux hommes et, pourquoi pas, les battre à leur propre jeu ? Le scénario plaît mais pourtant le film semble vu et revu. Peut-être parce que le récit ne raconte pas tant la grandeur de la championne slovène que l’obsession masculine de se poser en mètre-étalon. Janja Garnbret © David Pillet Depuis la double victoire de Janja Garnbret aux Championnats du monde de Séoul et son inscription désormais indélébile au panthéon de son sport, nous avons vu passer des dizaines d'articles et de vidéo. Avec eux, une seule question : « Est-elle plus forte que les hommes ? ». Alors, posons-le d'emblée : c'est un problème. Car derrière son vernis de légèreté, l'interrogation trahit une persistance : l’incapacité chronique du sport à célébrer une championne pour ce qu’elle accomplit dans son propre cadre de compétition. Il faudrait toujours lui inventer un miroir masculin, comme si la valeur de ses victoires dépendait de ce qu’elles laisseraient présager si, par hasard, elle venait à battre un homme. Et ce réflexe en dit sans doute plus sur les obsessions de nos récits sportifs que sur les performances de Janja Garnbret elles-mêmes. Duel imaginaire, miroir déformant « La question de savoir si Janja pourrait grimper avec les hommes, c’est typiquement une question née du male gaze, nous explique Climbing Yoshi, grimpeuse amatrice engagée sur les questions de genre. On regarde à travers le point de vue des hommes, comme si les femmes ressentaient le besoin de se mesurer à eux pour se sentir valorisées. » Il y a d'abord ces petites phrases : Le Monde glisse, dans une vidéo très partagée, « ses performances soulèvent une question rare dans le sport : pourrait-elle rivaliser directement avec les hommes ? ». Chez nos confrères de L’Équipe, la surenchère atteint son sommet : Alex Honnold, incarnation du free solo, déclare sans trembler — « Elle serait capable de gagner une compétition masculine, sur un bon jour, selon l’ouverture » — et l’ouvreur Thomas Ballet renchérit en la propulsant dans son « top 5 mondial chez les hommes ». De quoi faire saliver les rédactions en quête de duel épique : une héroïne seule contre tout un plateau masculin, comme si le sport se réduisait à un western d’intérieur. « Cette comparaison empêche de reconnaître à sa juste valeur le sport féminin. Maintenant qu’elle a fait ses preuves chez les femmes, on lui donnerait enfin le droit de se mesurer aux hommes — même pas forcément aux meilleurs. Ça entretient l’ego et la croyance des hommes qu’ils sont supérieurs aux femmes. » Climbing Yoshi, grimpeuse amatrice On comprend l’efficacité médiatique : le fantasme d’un affrontement mixte se lit comme une promesse de spectacle inédit. Mais ce récit n’a-t-il pas surtout pour fonction de réinstaller subrepticement un vieux réflexe ? Celui qui consiste à n’accorder du crédit aux victoires féminines qu’à condition qu’elles puissent se mesurer à l’étalon masculin. Or ce que Janja Garnbret accomplit depuis une décennie — dix titres mondiaux, une régularité sans pareille, une domination sans partage — ne souffre pas la comparaison, car il n’y a justement pas de comparaison à faire. Et c’est bien là le paradoxe : plus elle écrase sa catégorie, plus on semble tenté·e·s de déplacer le terrain, comme si cette domination ne pouvait pas, en elle-même, suffire à raconter l’exception. On préfère l’illusion d’un duel inventé à la reconnaissance pleine et entière d’un règne incontestable. « Cette comparaison empêche de reconnaître à sa juste valeur le sport féminin, poursuit Climbing Yoshi. Maintenant qu’elle a fait ses preuves chez les femmes, on lui donnerait enfin le droit de se mesurer aux hommes — même pas forcément aux meilleurs. Ça entretient l’ego et la croyance des hommes qu’ils sont supérieurs aux femmes. » Derrière le vernis du duel, du débat et de la question ouverte, on trouve une mécanique de domination bien plus ancienne. Celle qui refuse encore de laisser les victoires féminines exister par elles-mêmes. Vitesse, règlement et univers parallèle L’IFSC (fédération internationale d'escalade, ndlr) ne joue pas à l’ambiguïté : en bloc comme en difficulté, les voies sont distinctes pour les deux catégories. En pratique, on juge les grimpeur·euse·s dans leur cadre, point final. Et c’est bien normal : l’escalade n’est pas une discipline qui peut se réduire à un sprint sur piste. Pas de ligne de départ unique, pas de distance imposée, pas de chronomètre universel qui règle tout. Ici, chaque épreuve est une partition spécifique. C’est ce qui rend la comparaison directe illusoire. Quand on aligne les femmes et les hommes sur des murs différents, l’écart qu’on croit mesurer n’existe pas vraiment : ce sont deux histoires parallèles, deux dramaturgies construites par l’équipe en charge des ouvertures. La seule discipline qui permette un affrontement strict, c’est l'escalade de vitesse. Le règlement le formule sans détour : « Les hommes et les femmes s'affrontent sur des parcours identiques qui ne sont pas modifiés entre les manches ». Même mur, mêmes prises, même séquence de mouvements. Enfin, dira-t-on, un terrain neutre où tout le monde joue exactement la même partition. Mais ce « privilège » a un revers : il expose crûment les écarts de chronos, sans la médiation de l'ouverture, sans le confort de la nuance. Et sur ce terrain-là, le verdict, on le verra, n’a rien d’un secret bien gardé. Quand on cherche un terrain neutre, débarrassé du flou des styles et des voies sur-mesure, il reste donc la discipline reine du chronomètre : la vitesse. Ici, pas de débat possible : même mur de 15 mètres, mêmes prises boulonnées dans le même ordre, mêmes règles pour tout le monde. C’est le seul endroit où les comparaisons ne reposent pas sur des suppositions mais sur des secondes, et elles tombent comme des couperets. Ce qui est fascinant, c’est que la réduction de cet écart est devenue une histoire en soi. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en mai 2025, l’Américain Samuel Watson arrache le record en 4″64. Quatre secondes et soixante-quatre centièmes pour avaler la voie standardisée du sol au top. En septembre, à Séoul, la Polonaise Aleksandra Mirosław fixe le sien à 6″03. Traduction brute : environ 30 % d’écart. Pas besoin de conjectures ni de « et si ». Sur ce seul terrain commun, le verdict est immédiat et sans appel. Faut-il s’en émouvoir ? Pas nécessairement. Ce serait oublier que les deux records se sont effondrés en quelques années : Mirosław a fait tomber le record féminin à plusieurs reprises, Watson a gratté centièmes après centièmes. La dynamique est là, spectaculaire. Mais une parité absolue, non, il n’y en a pas. Et alors ? Qui avait décrété que c’était le but du jeu, sinon celles et ceux qui veulent à tout prix transformer une domination féminine en duel imaginaire ? Ce que Janja dit. Et ce qu’on lui fait dire La falaise n’a ni chronomètre ni règlement officiel. Elle se raconte en grades, en consensus collectifs, en débats parfois passionnés sur la cotation « juste ». C’est un autre théâtre, plus lent, mais pas moins spectaculaire. En avril 2025, la jeune Américaine Brooke Raboutou inscrit son nom dans l’histoire en réussissant Excalibur (9b+/5.15c). Le magazine Climbing le note sobrement : « Brooke Raboutou devient la première femme à escalader du 5.15c » et souligne dans son article : « (...) la première femme de l'histoire à compléter une voie de cette difficulté ». Sobre, mais lourd de sens : un nouveau sommet féminin, arraché après des années de progression collective. « Pourquoi, d’ailleurs, rivaliser avec des hommes, pourquoi le ferais-je ? Je suis une femme et je veux être la meilleure… » Janja Garnbret dans L'Équipe Le Washington Post pousse l’interprétation plus loin, citant Stefano Ghisolfi : « L'escalade est l'un de ces sports où les performances des femmes et des hommes ne sont pas si éloignées... Excalibur est vraiment difficile... on peut vraiment voir que l'écart se resserre ». Beau slogan : l’écart est clos, rideau. Sauf que… non. Le 9c/5.15d — tel que proposé par Adam Ondra (Silence), puis par Sébastien Bouin (DNA), et plus récemment par Jakob Schubert (BIG) — n’a pas encore de répétition confirmée à ce jour, ce qui en fait une frontière active du possible dans l’escalade mondiale. Et côté bloc, les femmes tutoient aujourd’hui le V16/8C+ (Katie Lamb en 2023), quand les hommes s’attaquent désormais au V17/9A, avec des lignes comme Burden of Dreams, Return of the Sleepwalker ou Alphane. Janja Garnbret © David Pillet Ce qui est fascinant, c’est que la réduction de cet écart est devenue une histoire en soi : chaque cotation franchie par une grimpeuse déclenche des superlatifs, comme si l’égalité totale était au coin du mur. Mais confondre une demi-cotation d’écart avec une prophétie de parité définitive, c’est oublier deux choses : d’une part que les cotations sont des conventions mouvantes, pas des absolus scientifiques. D’autre part que le simple fait d’atteindre ces niveaux historiques devrait suffire à raconter l’exception, sans qu’il soit nécessaire d’imaginer un duel fantasmé contre les hommes. Quand on lit ses propos, une chose saute aux yeux : Janja Garnbret n’a jamais revendiqué ce duel imaginaire, ce sont les autres qui le lui collent sur les épaules. Dans un entretien accordé à Reuters, elle se montre d'abord curieuse et lucide en déclarant qu'elle aimerait concourir sur les voies masculines, et que ses performances dépendraient de la configuration de la voie. Avant d'élargir le spectre : « J'ai toujours cru que les femmes pouvaient faire tout ce que les hommes peuvent faire, nous pouvons être tout aussi fortes que les hommes ». Pas de provocation, pas de défi : simplement l’affirmation que l’escalade n’est pas un territoire réservé, et que les limites sont aussi culturelles que physiques. Mais dans L’Équipe, on la découvre plus tranchante encore : « Pourquoi, d’ailleurs, rivaliser avec des hommes, pourquoi le ferais-je ? Je suis une femme et je veux être la meilleure… » Avant d’ajouter plus loin : « Je pourrais gagner, si le style me convient. Mais, sur une autre voie, je ne pourrais pas faire quelques mouvements. Tout dépend du style ». En clair : elle n’exclut pas l’hypothèse, mais refuse d’en faire son horizon. Elle sait que son royaume, c’est la domination absolue de sa catégorie, une domination déjà suffisante pour marquer l’histoire. Autrement dit, Janja joue parfois le jeu des questions médiatiques — on devine l’amusement derrière certaines réponses — mais elle reste parfaitement consciente que le débat n’a pas été initié par elle. Ce sont les médias, les sponsors et les observateurs qui l’installent dans une arène qu’elle n’a jamais réclamée, comme si son hégémonie ne pouvait être légitime qu’en la confrontant à un étalon masculin. Ironie de l’histoire : Garnbret n’a pas besoin de ce duel pour être immense, mais c’est ce duel fantasmé qui permet à d’autres de continuer à écrire les gros titres. Réduire l’écart ou ouvrir les yeux ? Le récit du « gap closing » (réduction de l'écart, ndlr) a tout du slogan séduisant : il donne l’illusion d’un happy end sportif où femmes et hommes finiraient par courir côte à côte. Mais une tribune de Jane Jackson puliée dans Climbing Magazine vient rappeler combien cette histoire est trop belle pour être vraie, « trop ordonné, trop enthousiaste ». Trop propre, trop bien emballée pour refléter la réalité. Car l’égalité à conquérir n’est pas d’abord celle des chronos : elle se joue dans l’expérience vécue au quotidien, dans les vestiaires, sur les murs d’entraînement, dans la manière dont on crédite ou minimise une performance. « Est-ce que l’on a besoin de faire des compétitions mixtes pour rassurer ou remettre les hommes à leur place ? Moi je pense que l’on n’a pas besoin de ça. » Charline Vermont, grimpeuse amatrice Le Monde le rappelle clairement : la séparation entre catégories « est justifiée par des différences physiques perçues et des normes sociétales », et les inégalités persistent surtout parce que « l’allocation inégale des ressources et la faible médiatisation exacerbent ces inégalités ». Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de se demander si Janja Garnbret pourrait « réduire l’écart » en grimpant sur une voie masculine, mais de comprendre pourquoi cet écart s’est enraciné — dans les financements, l’encadrement, la reconnaissance — et comment le combler autrement qu’en inventant un duel spectaculaire. « Se cacher derrière le fun empêche le questionnement et limite la réflexion à une couche superficielle », souligne Climbing Yoshi. En d’autres termes, l’ironie ou la légèreté servent trop souvent d’alibi pour éviter de parler du fond : des biais structurels, de la répartition des moyens ou du cadre même des compétitions. PourVertige Media, une autre grimpeuse amatrice sensibilisée sur ses questions, Charline Vermont, confiait : « Est-ce que l’on a besoin de faire des compétitions mixtes pour rassurer ou remettre les hommes à leur place ? Moi je pense que l’on n’a pas besoin de ça. » Une formule simple qui dit beaucoup : ce n’est pas l’affrontement artificiel qui compte, mais la reconnaissance pleine et entière des performances pour ce qu’elles sont. Au fond, la vraie révolution ne viendra pas de l’image d’une championne qui « bat les hommes », mais d’un écosystème qui n’aura plus besoin de convoquer les hommes comme étalon. Moins de condescendance, plus de moyens, plus de diversité, et surtout un récit qui ne cherche plus à valider l’exception féminine par un hypothétique affrontement mixte. Réduire l’écart, oui, mais pas celui que l’on croit : non pas le différentiel de centièmes sur un mur de vitesse, mais celui qui persiste dans les structures, les représentations et les récits eux-mêmes. Le récit « Janja contre les hommes » a l’avantage d’un bon slogan : ça claque, ça intrigue, ça clique. Mais il repose sur un biais : faire des hommes le juge de paix ultime. Or Janja n’a pas besoin de ce détour. Elle écrase déjà sa discipline, elle pousse la falaise à des niveaux historiques, elle inspire une génération entière. La bonne bataille n’est pas de savoir si elle pourrait gagner une finale masculine, mais de créer des compétitions plus justes, des équipes d’ouverture plus mixtes, et des récits qui célèbrent les grimpeuses pour ce qu’elles font — pas pour ce qu’elles pourraient faire si on changeait les règles.
- Chaussons d’escalade : pourquoi un tel fétiche ?
Les grimpeur·euses vouent à leurs chaussons une passion qui dépasse largement le simple usage sportif. Serrés à la limite du supportable, ressemelés encore et encore, accumulés en petites séries spécialisées, ils incarnent une part d’identité et de performance. Mais pourquoi ce rapport quasi religieux à un bout de gomme et de cuir ? Retour sur l’histoire, la science et la culture d’un objet devenu fétiche. On pourrait penser qu’un chausson d’escalade est un banal consommable, comme une paire de baskets qu’on remplace quand elle s’use. Ça serait mal comprendre l’imaginaire des grimpeur·euses. Le chausson n’est pas qu’un outil : c’est le prolongement du corps, l’interface ultime entre le pied et la paroi, chargé de promesses et de symboles. De Pierre Allain bricolant ses premiers modèles à Fontainebleau aux éditions limitées que l’on collectionne comme des sneakers, il y a tout un monde. Celui où performance, douleur, identité et rareté se mélangent pour transformer une chaussure en objet de culte. Aux origines : de Fontainebleau à la révolution Stealth Avant les chaussons, il y avait les grosses de montagne : lourdes, rigides, conçues pour la neige et les éboulis, mais catastrophiques sur le grès ou le calcaire. Dans les années 1930, Pierre Allain, figure tutélaire de l’escalade à Fontainebleau, imagine une chaussure plus précise, avec une semelle lisse en caoutchouc. Ses « PA » marqueront une rupture. Dans les années 1950, le cordonnier Edmond Bourdonneau perfectionne l’idée et lance la marque EB, qui habillera les pieds de générations entières de grimpeur·euses en Europe. La vraie révolution arrive dans les années 1980, quand Charles Cole, alpiniste et ingénieur californien, met au point la gomme Stealth pour sa marque Five Ten. Première semelle véritablement « collante », elle change radicalement la gestuelle : le pied adhère aux dalles, s’agrippe aux grattons et autorise une escalade plus audacieuse. L’innovation se répand comme une traînée de magnésie, et très vite, le chausson devient un objet de désir autant que de nécessité. À partir de là, chaque marque joue sa partition : velcro, profils agressifs, rands actifs. Et chaque grimpeur·euse, sa fidélité. La science de la « collante » : l’alchimie de la gomme Le vocabulaire des grimpeur·euses dit tout : on parle de « grip », de « collante », comme si c’était une magie. Pourtant, derrière le ressenti se cache une science très concrète. La friction d’une gomme repose sur deux mécanismes : l’adhésion, quand la semelle accroche par cisaillement sur la surface, et l’hystérésis, quand elle se déforme dans les micro-aspérités du rocher en dissipant de l’énergie. Ces phénomènes dépendent de variables multiples : rugosité du support, vitesse d’appui, humidité, et surtout température. Trop chaud, la gomme se ramollit et perd sa tenue sur les arêtes ; trop froid, elle se rigidifie mais garde sa précision sur les grattons. C’est ce qui explique l’obsession hivernale des grimpeur·euses pour « la collante » : ce moment où les doigts collent mieux à la roche, et où la gomme retrouve son mordant. Idée reçue fréquente : une gomme tendre serait toujours meilleure. Les essais tribologiques récents montrent que la dureté n’est pas un facteur unique. Certaines gommes plus rigides surpassent des gommes souples sur rocher dur et sec, précisément parce qu’elles déforment moins et maintiennent l’arête. Résultat : choisir sa semelle n’est pas une affaire de slogan mais de contexte. Et c’est bien là que l’essai en conditions devient indispensable. Essais tribologiques, kézako ? En laboratoire, les scientifiques font glisser des échantillons de gomme sur différentes surfaces pour mesurer précisément leur friction, leur usure et leur comportement selon la température et l’humidité. Ces tests, appelés « essais tribologiques », permettent de confirmer — ou de démonter — certaines idées reçues des grimpeur·euses. Quand le serrage vire au masochisme La légende veut qu’un·e vrai·e grimpeur·euse doive souffrir dans ses chaussons. L’image a la vie dure : on a tou·tes vu des grimpeur·euses retirer leurs paires entre chaque essai, les orteils marqués, parfois à la limite du saignement. Mais les données médicales sont formelles : chaussons trop serrés = déformations de l’hallux, douleurs métatarsiennes, compressions nerveuses, paresthésies. Les podologues parlent même de « pieds de grimpeur·euses » comme d’une pathologie spécifique. Faut-il pour autant tout relâcher et grimper en pantoufles ? Pas vraiment. La performance demande un ajustement précis, surtout sur petites prises. Mais il existe un seuil où la douleur n’ajoute plus rien à la précision. La majorité des pratiques – bloc indoor, falaise sportive, grandes voies – s’accommodent très bien d’un serrage franc mais supportable. Les modèles ultra cambrés et douloureux n’ont de sens que sur des tentatives courtes et ciblées. Autrement dit : serrer, oui. Se mutiler, non. P3, Bi-Tension et autres raffinements : anatomie d’une arme Derrière le fétichisme, il y a la technique. Les marques ont inventé des systèmes pour conserver l’agressivité d’un chausson même après des centaines d’heures. La Sportiva a introduit le système P3 (Permanent Power Platform), une bande qui maintient la cambrure et concentre la puissance sur l’avant du pied. Scarpa a développé de son côté les rands actifs Bi-Tension et Active Randing, conçus pour tendre le chausson sans l’écraser. Résultat : une précision durable, une meilleure redistribution des forces, et la promesse que l’objet fétiche restera performant plus longtemps. Ces innovations nourrissent aussi le discours marketing. Elles construisent l’idée que chaque modèle est unique, doté d’un « ADN » technique. Et c’est précisément ce storytelling qui renforce la fétichisation : posséder une paire de Solution ou de Drago, ce n’est pas seulement acheter un outil, c’est afficher une identité technique et culturelle. Collection, rareté et appartenance Peut-on vraiment se contenter d’une seule paire ? Peu de grimpeur·euses confirmé·es le croient encore. La collection de deux ou trois chaussons est devenu la norme : une paire rigide pour les micro-règlettes, une souple et cambrée pour le bloc moderne, une plus confortable pour les grandes voies. La rotation des paires permet aussi de prolonger leur durée de vie et de toujours avoir une solution adaptée. Mais au-delà de l’efficacité, il y a la loyauté de marque et le culte des modèles. Certains chaussons deviennent iconiques, au point de se transmettre presque comme des reliques. Les éditions limitées accentuent le phénomène : Scarpa a sorti une Furia 80 en seulement 900 exemplaires numérotés, aussitôt collectée par les fans. L’escalade rejoint ici une logique comparable à celle des sneakers : on n’achète plus seulement pour grimper, mais pour appartenir. Mythe ou réalité : quelques idées reçues passées au crible « Plus serré, plus fort. » Faux au-delà d’un certain point : la douleur finit par dégrader la performance et par abîmer le pied. « Gomme tendre = meilleur grip. » Pas toujours. Le comportement dépend du rocher, de la température et de la vitesse. « Un seul chausson suffit. » Possible, mais avoir plusieurs paires reste plus rationnel pour adapter la performance et prolonger la durée de vie des paires. Entre science et passion Pourquoi les grimpeur·euses fétichisent-ils leurs chaussons ? Parce qu’ils concentrent tout à la fois : l’histoire d’une pratique, la science des matériaux, le goût du sacrifice, l’appartenance à une marque ou à un modèle. Le chausson est une mémoire au bout des orteils, une extension du corps et un signe d’identité. Et pour celles et ceux qui veulent confronter la théorie à la pratique, le rendez-vous est donné : FRICTION, les 19 et 20 octobre à Climb Up Paris. Deux jours organisés avec Au Vieux Campeur pour tester, comparer, comprendre. Et peut-être, enfin, trouver chaussure à son pied. Inscriptions sur ce lien. Article sponsorisé par Au Vieux Campeur
- Escalader sans voiture : le topo qui veut changer la donne
À Grenoble, un guide d’un genre nouveau voit le jour : Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture. Plus qu’un simple topo, un pavé de 384 pages qui se présente comme un manifeste en faveur d’une autre manière d’habiter la montagne, où la question du transport devient centrale. Derrière ce projet auto-édité, Florian Garibal et l’aquarelliste Fanny Audigé, convaincu·e·s que repenser nos déplacements, c’est déjà repenser notre rapport à l’escalade. © Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture Pour une fois, voilà un topo qui ne s’écrit pas les chaussons aux pieds et la corde déjà posée. Il démarre dans les rues encombrées de Toulouse, là où, pour arpenter les montagnes, il faut d’abord avaler une heure et demi de route. L’équation devient alors absurde : beaucoup de temps perdu, une énergie gaspillée, et trop souvent des projets avortés à la dernière minute. « Je pense que je peux dire au moins 25 fois que j’ai annulé une sortie le samedi matin, parce que les gens s’étaient dégonflés dans la nuit », raconte Florian Garibal, moniteur d'escalade et co-auteur du topo. De cette frustration est née une conviction : et si le problème n’était pas la falaise, mais bien la voiture ? Quelques années plus tard, installé à Grenoble, il transforme ce constat en projet éditorial : Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture. Quand la logistique devient une philosophie Il aura suffi d’un changement de décor pour que tout bascule. En arrivant à Grenoble, Florian découvre une évidence que des années de galère toulousaine lui avaient rendue impensable : la falaise n’est plus une expédition, mais une voisine. Ici, on peut grimper à la demi-journée, voire après le travail, et surtout, on peut s’y rendre autrement qu’en allumant un moteur. « Non seulement je pouvais aller grimper en une demi-journée, voire après le travail, mais en plus je pouvais y aller à vélo, en bus, ou même à pied. » Ce renversement a valeur de révélation. Ce qui, pour beaucoup d’habitant·e·s grenoblois·e·s, relevait encore de l’automatisme automobile — la voiture comme réflexe, comme habitude culturelle — devient pour lui une évidence inversée : si la distance se réduit, pourquoi ne pas réduire aussi l’empreinte ? C’est là que la logistique cesse d’être un détail pour devenir une philosophie : la mobilité n’est plus l’obstacle, elle devient la condition même du plaisir de grimper. « Mettre en page un livre de 400 pages en deux mois, ça a été 16 heures par jour pendant 25 jours d’affilée » Florian Garibal, co-auteur du topo Et ce glissement n’est pas resté anecdotique. Très vite, ses ami·e·s s’y intéressent, intrigué·e·s par cette pratique qui, loin d’être une contrainte, prend l’allure d’une aventure plus simple et plus joyeuse. Les sorties se multiplient, la curiosité grandit, et Florian commence à en garder une trace. D’abord sous forme de récits bricolés sur un blog, La Crèmerie, qui finit par rassembler plusieurs centaines de lecteur·rices. Puis l’idée s’impose d’aller plus loin : « Ça faisait deux ans que je réfléchissais à faire un livre, c’était le moment », dit-il. Du blog artisanal au livre-manifeste Avec Fanny Audigé, illustratrice grenobloise, Florian décide de passer à l’échelle supérieure. Finies les anecdotes sur son blog. Cette fois, il s’agit d’assembler un monstre éditorial : 384 pages, 89 grandes voies, 41 secteurs, et l’ambition de faire tenir dans un seul objet ce que la plupart n’osent même pas imaginer. © Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture Le projet avance comme une ascension longue : chaque longueur apporte son lot de frissons. D’abord convaincre les équipeurs, ce qui fut plus simple qu’attendu : « Comme on reverse de l’argent à l’équipement, ils ont tous dit oui directement. » Ensuite, naviguer entre parcs naturels, métro, transporteurs, institutions, chacun avec ses règlements et ses zones d’ombre. Puis la collecte, le vrai chantier : « Sur les 90 grandes voies, j’en ai eu 20 envoyées par la communauté, 40 que j’ai faites moi-même, et pour le reste j’ai contacté des gens directement. » « Ça ne touche pas les gens de Brest ou de Bordeaux, mais ça montre qu’à l’échelle d’un territoire, il y a une vraie demande » Florian Garibal La petite communauté WhatsApp et la newsletter grossissent, chacun·e apporte sa pierre, ses photos, ses récits. À mesure que le topo prend forme, l’aventure cesse d’être celle d’un binôme pour devenir une cordée élargie. Et puis arrive le crux : la mise en page. « Mettre en page un livre de 400 pages en deux mois, ça a été 16 heures par jour pendant 25 jours d’affilée. » Là, plus de fissures ni de réglettes : seulement du texte, des images et des PDF. Une paroi abstraite, mais qui use tout autant. Et au milieu de cette grimpe d’un autre genre, Florian découvre aussi un univers parallèle : celui de l’impression. Ses rouleaux de papier de plusieurs kilomètres, ses formats qui décident du gaspillage ou non. « C’était important de comprendre comment fonctionne un imprimeur pour choisir un format qui gaspille le moins possible. » Un topo qui parle de mobilité douce, mais qui pousse la cohérence jusque dans ses fibres de cellulose. Le crowdfunding comme révélateur À première vue, ça aurait pu rester une aventure discrète : un topo local, destiné aux Grenoblois·es motivé·es par le vélo ou le bus. Mais la campagne Ulule a fait office de test grandeur nature. Objectif affiché : 100 préventes. Un chiffre modeste, calibré pour rassurer et déclencher l’effet boule de neige. « L’objectif affiché, c’était 100, mais dans nos têtes, on en avait un autre », explique Florian, qui connaît bien les ficelles du financement participatif. Résultat : presque 300 préventes en quelques jours. Et ce n’est pas anodin. Cela confirme qu’il existe bel et bien un désir d’alternatives, une appétence pour un imaginaire où l’on peut partir grimper autrement que moteur allumé. « Ça ne touche pas les gens de Brest ou de Bordeaux, mais ça montre qu’à l’échelle d’un territoire, il y a une vraie demande. » « Les récits de voyage qu’on trouve en librairie parlent de destinations lointaines, souvent en avion, mais comme si le transport n’existait pas. Comme s’il y avait une téléportation » Florian Garibal © Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture Cette réussite ouvre d’ailleurs un horizon plus large : et si Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture n’était que le premier tome d’une collection ? Florian et Fanny l’imaginent déjà : une maison d’édition capable de reproduire ce modèle ailleurs, en accompagnant des auteur·e·s locaux·ales. Une sorte de contrepoids aux géants du récit d’aventure, qui vendent encore à la pelle des voyages en avion maquillés en « retour à la nature ». En somme, le crowdfunding donne corps à une intuition : la mobilité douce n’est plus un fantasme de marginaux, elle devient un désir collectif, assez fort pour s’incarner dans un livre. Un projet politique assumé Florian ne s’en cache pas : « Ce livre, c’est un projet politique ». Non pas au sens partisan, mais au sens le plus direct : déplacer les normes, changer le cadre de ce que l’on considère comme « normal » quand on parle de montagne. Il suffit d’ouvrir les rayons « voyage » ou « aventure » en librairie pour comprendre ce qu’il veut dire : des récits d’explorations lointaines, la plupart rendues possibles par un billet d’avion qu’on préfère passer sous silence. « Les récits de voyage qu’on trouve en librairie parlent de destinations lointaines, souvent en avion, mais comme si le transport n’existait pas. Comme s’il y avait une téléportation. Le problème, c’est que le plus gros impact, il est là, dans le trajet. » « Ce qu’on veut, c’est qu’un jour, dans une librairie de montagne, la mobilité douce soit un choix parmi d’autres, et pas juste une curiosité marginale » Florian Garibal Refuser cette ellipse, c’est déjà une prise de position. Et c’est aussi ce qui a conduit à l’auto-édition. Pas question de déléguer le sens à une maison qui aurait lissé les angles ou imposé ses process. « On paye presque deux fois plus cher en travaillant avec la Manufacture des Deux Ponts, mais on reste alignés avec nos valeurs. » Le choix de cet imprimeur grenoblois, certifié ISO 14001, n’est pas un détail : c’est l’idée que la cohérence se joue dans chaque fibre du papier, jusque dans la manière dont les chutes sont recyclées. © Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture En somme, Escalades depuis Grenoble – Aventures sans voiture est une déclaration : liberté artistique, cohérence écologique, exigence éditoriale. Trois piliers qui, mis bout à bout, déplacent l’objet « topo » du côté du manifeste. Et après ? L’avenir s’appelle Aventures sans voiture. Après Grenoble, les Pyrénées sont déjà évoquées, et d’autres massifs pourraient suivre. Mais il ne s’agit pas seulement de décliner le modèle, tome après tome : l’ambition est plus vaste. Il s’agit de peser dans l’imaginaire collectif, d’offrir aux grimpeur·ses autre chose que l’alternative entre la voiture obligatoire et le récit exotique qui commence par un embarquement discret dans un avion low-cost. « Ce qu’on veut, c’est qu’un jour, dans une librairie de montagne, la mobilité douce soit un choix parmi d’autres, et pas juste une curiosité marginale. » Et les chiffres sont là pour rappeler que ce n’est pas une coquetterie idéologique mais une urgence bien concrète : 69 % des émissions du tourisme viennent du transport. Autrement dit, le problème n’est pas dans la verticalité des parois, mais dans l’horizontalité des trajets pour les rejoindre. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement « où grimper », mais bien « comment s’y rendre ». Pendant la conversation, Florian le résume avec simplicité : « Pour nous, grimper sans voiture, ce n’est pas seulement réduire l’impact. C’est retrouver une forme de simplicité, une liberté d’inventer d’autres manières d’aller en montagne ». Derrière le pavé de 384 pages, on retrouve cette idée de fond : l’escalade n’est pas qu’un sport, c’est une manière d’habiter le monde.
- Balin Miller : un prodige de 23 ans meurt en rappel sur El Capitan
Le grimpeur originaire d’Alaska, auteur du premier solo de la Slovak Direct au Denali, est mort le 1ᵉʳ octobre en redescendant la voie Sea of Dreams à Yosemite. Selon des témoins, il aurait poursuivi son rappel au-delà du bout de sa corde en tentant de récupérer un sac coincé. L’accident, encore en cours d’investigation, illustre le danger récurrent de ces manœuvres de descente en grande voie, souvent à l’origine d’accidents mortels. Balin Miller © Millet Il avait terminé son ascension. Balin Miller, 23 ans, venait de sortir Sea of Dreams, l’une des voies les plus redoutées d’El Capitan. Mais, selon plusieurs témoins, son sac de hissage se serait coincé, l’obligeant à redescendre. Dans cette manœuvre devenue routinière, une erreur probable : poursuivre le rappel au-delà du bout de la corde, sans nœud d’arrêt. Sa chute, estimée à plusieurs centaines de mètres, lui a été fatale. L’enquête du National Park Service doit encore en préciser les circonstances exactes. Un scénario fréquent dans une voie extrême Sea of Dreams n’a jamais eu la réputation d’être une voie clémente. Ouverte en 1978 par Jim Bridwell, Dale Bard et Dave Diegelman, elle reste classée A4, symbole de l’artif engagé d’El Capitan. C’est pourtant sur une phase a priori plus anodine, le rappel final pour dégager un sac coincé, que tout aurait basculé. D’après des observateurs depuis la vallée, Miller aurait poursuivi sa descente au-delà du bout de sa corde. Une hypothèse encore à confirmer, mais qui renvoie à l’un des scénarios d’accidents les plus fréquents en grande voie. L’ascension interrompue en direct Le drame n’a pas seulement marqué par son issue, mais aussi par sa visibilité. Un spectateur, Eric Kufrin, suivait au télescope les cordées engagées sur El Capitan et diffusait en direct sur TikTok. Il ne visait pas spécifiquement Miller, mais la scène a été captée devant environ 500 spectateurs en ligne. Certains ont d’abord cru que le grimpeur diffusait lui-même, ce qui a été démenti. Reste que la chute d’un athlète au sommet de son art a été vue en temps réel, révélant l’exposition nouvelle des grandes parois à l’œil numérique. Une trajectoire fulgurante Né à Anchorage, Miller avait grandi dans les falaises locales avec son père et ses frères et sœurs. Pour financer ses expéditions, il enchaînait les jobs saisonniers – pêche au crabe, chantiers dans le Montana – et investissait tout dans ses projets alpins. En 2025, il avait frappé trois fois fort : En janvier, avec la deuxième ascension connue de Reality Bath dans les Rocheuses canadiennes, réalisée en solo ; En mai, avec French Connection sur le Mont Hunter, en solo ; En juin, avec le premier solo de la Slovak Direct sur le Denali, 2 700 mètres avalés en environ 56 heures, une performance saluée comme historique. À 23 ans, son nom circulait déjà dans la communauté comme celui d’un futur grand. Les erreurs de rappel, talon d’Achille des grandes parois L’American Alpine Club recense chaque année plusieurs accidents mortels liés au rappel. En 2023, 14 accidents ont été documentés, dont 8 fatals, souvent pour des raisons similaires : corde trop courte, absence de nœud, distraction. Le cas de Miller, tel que rapporté par les témoins, rappelle que la gravité ne réside pas uniquement dans la difficulté technique des voies, mais aussi dans la routine des manœuvres. À El Capitan, où l’engagement est déjà extrême, la moindre faille peut être fatale. Balin Miller n’était pas un influenceur cherchant à nourrir l’algorithme, mais un grimpeur obsédé par les parois les plus hostiles. Surnommé « Orange Tent Guy » pour son portaledge visible dans la vallée de Yosemite, il incarnait une génération prête à vivre léger et à grimper fort, quitte à repousser les marges. Sa mort, brutale et filmée malgré lui, laisse l’image d’un talent stoppé net au seuil d’une carrière hors norme.
- Grimpeurs contre industries fossiles : l'escalade face aux pétrodollars
Dans une déclaration, un collectif d'activistes britanniques exhorte des grimpeur·ses à refuser tout sponsoring des industries fossiles. L’enjeu ? Préserver l'escalade de la financiarisation carbonée avant qu'il ne soit trop tard. Et face aux milliards des compagnies aériennes et des marques automobiles, les résistant·es n'ont pas de pétrole mais il·elles ont des idées. Caroline Ciavaldini © Neil Hart À l’orée de l’automne, c’est peut-être le moment de l’année où il est le plus beau. Au-dessus, le ciel est rougeoyant prend parfois des teintes violettes qui semblent entourer les cimes du Scafell Pike et du Helvellyn comme un feutre de coloriage. En cette saison, le Lake District, - le plus grand parc national de l'Angleterre situé au nord-ouest du pays - est un endroit sublimement irréel. Pourtant, quelque chose cloche. Quand Liam et ses amis décrochent les sacs à cordes de leurs épaules, l'atmosphère est pesante. Il fait bien trop lourd, l’air est quasi absent. Et tout à coup, ce lieu magique où se dressent les plus hauts sommets de l’île, devient le théâtre d’un tableau peint en noir. Les fossiles et le marteau « Cela fait des années qu’on en parle, reprend Liam Killeen, grimpeur amateur et activiste écologique. Désormais, quand on va grimper au Lake District, on passe des journées étranges, avec des conditions bizarres. Là, à la rentrée, ça nous a carrément laissé une sensation de malaise. » Ce malaise, Liam le porte depuis longtemps. Assez jeune, il entreprend des études sur le mouvement climatique. Et à 29 ans, il est désormais doctorant à l'université de Lancaster où il étudie son organisation politique. Le jeune Britannique est également membre de la campagne « Badvertising » qui entend stopper les publicités et les sponsors qui aggravent la crise climatique. Le 26 septembre dernier, en plein Championnats du monde d’escalade à Séoul, Liam Killeen lance avec son réseau la « Fossil Free Declaration ». La déclaration sans énergie fossile, en VO, engage ses signataires à couper le lien entre l’escalade et les industries polluantes, en particulier l’aviation et l’automobile.Derrière cette initiative, on trouve « Cool Down », un collectif international créé par Freddie Daley qui réunit athlètes, organisations sportives et militants climatiques. « C'est un lieu de mise en réseau où nous pouvons nous rassembler, coordonner nos actions et amplifier nos travaux respectifs », explique Liam Killeen. La liste des premier·e·s signataires de la Fossil Free Declaration affiche des noms bien connus du milieu de la grimpe et de l’alpinisme : James Pearson, Caroline Ciavaldini, Katherine Choong, Sébastien Berthe, Arnaud Petit ou encore la Fondation de l’ultratraileur, Kilian Jornet. Le texte pose un constat : l’escalade explose et il faut préserver la discipline du capitalisme carboné, avant qu’il ne soit trop tard. « Nous sommes à un carrefour, résume Liam Killeen depuis Lancaster, en visio. Soit nous laissons l’escalade devenir comme tous les autres sports avec des compagnies aériennes et des constructeurs automobiles floqués sur chaque maillot. Soit nous empruntons une voie différente. » « L'escalade n'est pas encore rattrapée par le capitalisme, tout du moins il reste quelques résistant·es » Arnaud Petit, ancien champion du monde, signataire de la Fossil Free Declaration Mille milliards de mille sabord(age) Bien placées dans le sillage du développement de l’escalade, de plus en plus d’industries lorgnent sur son potentiel économique. « Je connais un athlète olympique, un très gros nom, qui a été approché par une compagnie aérienne nationale pour du sponsoring », confie Liam Killeen. Avant d’ajouter qu’un autre athlète lui avait soufflé avoir eu sous les yeux l’offre d’une grande marque automobile qui, pour une seule journée, équivalait à son contrat de sponsoring actuel à l’année. L’échelle des sommes dépasse souvent l’entendement. Selon The Guardian, les entreprises de combustibles fossiles investissent à elles seules 4 milliards d'euros dans le sponsoring sportif mondial. « Et c'est sans compter les compagnies aériennes et les plus grands constructeurs automobiles du monde, précise l’activiste. Si on parlait d'eux, ce serait des milliards et des milliards en plus. » Jusqu’à présent, l’escalade semblait éloignée de ce jeu financier démentiel. Mais depuis que l’IFSC (la fédération internationale d’escalade, ndlr) a noué un partenariat avec l’Arabie Saoudite pour les NEOM Masters, le vent a tourné. Deux éditions ont été organisées, en 2023 et 2024. Il n’y en a jamais eu d’autres. Sans doute parce qu’une lettre ouverte du réseau ACTS signée par beaucoup d’athlètes et relayée dans le monde entier avait convaincu l'IFSC de ne pas rempiler. « J’ai lancé ACTS il y a cinq ans avec l’alpiniste français Christophe Dumarest, rembobine Arnaud Petit, ancien champion du monde d’escalade et signataire de la déclaration. À l’époque, nous avions lancé ACTS avec un manifeste pour engager les grimpeur·ses pros et les guides de haute-montagne à limiter leur impact sur l’environnement. » Depuis le sud-est de la France où il vit, il nous confie qu’il voit en la Fossil Free Declaration une bonne manière de convaincre les instances de son sport. « Ça a marché avec les NEOM Masters, on peut se dire que ça vaut le coup d’essayer. » Katherine Choong © Cédric Lachat Même si elle fut éphémère, cette collaboration entre l’IFSC et l’Arabie Saoudite inquiète Liam Killeen. Pour le doctorant, c’est un cas d’école de « sportwashing », soit un outil de soft power dopé aux pétrodollars. « L’Arabie Saoudite fait ça pour redorer son image, explique-t-il. C’est un moyen pour des États, voire des entreprises, qui ont une très mauvaise réputation en matière de pollution ou de droits de l’homme de s’associer à la santé, à la jeunesse et à la perfection physique. Chaque fois que l’Arabie Saoudite est critiquée dans la presse, que fait-elle ? Elle achète un très gros contrat de licence ou elle sponsorise un nouveau sport. C'est une tactique très efficace. » L’activiste rappelle que c’est un scénario possible pour l'escalade. La discipline est pour l’instant relativement préservée mais les NEOM Masters créent un précédent et peuvent la projeter dans un futur que le monde du football vit déjà. « Le fait que la FIFA soit sponsorisée par Aramco montre vraiment comment cela fonctionne. Pouvez-vous imaginer la plus grande compagnie pétrolière du monde sponsoriser la Coupe du monde ? Eh bien, c’est déjà le cas et personne n'en parle. » « Le sport devrait être un vecteur positif pour les pratiquant·es, les spectateur·rices, la société. Il ne devrait pas être associé à des industries qui détruisent notre avenir » Katherine Choong, grimpeuse professionnelle et signataire de la Fossil Free Declaration Les premiers mots de la déclaration n’ont pas été choisis par hasard. Ils remettent la discipline au centre de ses enjeux. « Pour nous, l'escalade est plus qu'un simple sport, c'est un mode de vie », peut-on lire dans le texte. « C'est une pratique qui nous ancre dans le monde naturel, offrant une connexion avec l'extérieur dans sa forme la plus pure. Nous grimpons pour la beauté, le défi, le flow et le sentiment incomparable de liberté qui vient du mouvement dans les montagnes. » Cette vision trouve un écho particulier chez Katherine Choong, grimpeuse professionnelle suisse qui a signé. Sans hésiter. « Je passe énormément de temps en nature et je vois de mes yeux son évolution et les dégâts causés par l'activité humaine », nous souligne-t-elle. Pour la grimpeuse, la contradiction est évidente : « La nature n'est pas notre terrain de jeu, elle était là bien avant nous. C'est à nous de la respecter et de limiter notre impact. Le sport devrait être un vecteur positif pour les pratiquant·es, les spectateur·rices, la société. Il ne devrait pas être associé à des industries qui détruisent notre avenir. » « Dégager les marques polluantes du sport » © Cool Down Les grimpeur·ses : des proies faciles ? Cela dit, la réalité financière des grimpeur·ses complique l'équation. Beaucoup de leurs contrats de sponsoring ne rapportent pas beaucoup d'argent. Sans parler des sommes en jeu lors des compétitions, dérisoires par rapport aux autres sports. Cela devient plus facile pour une industrie florissante de convaincre les athlètes de faire leur promotion. Liam Killeen parle d’offres à 20 000 livres (environ 23 000 euros, ndlr) pour quelques jours de travail. « Le risque, c’est que cela devienne comme au foot chez les hommes, poursuit-il. Vous ne pouvez même plus avoir de conversations avec eux sur ces questions climatiques. Les montants qu’ils touchent les ont complètement décollés de la société et de ses enjeux. » « Vous ne pouvez pas travailler sur le sujet du développement durable sans investissement » Fabrizio Rossini, directeur de la communication de l’IFSC Aujourd’hui, les grimpeur·ses en sont loin et la Fossil Free Declaration vient aussi rappeler que des digues tiennent. « Cette initiative est importante parce que j’ai le sentiment que l’escalade n’est pas encore une activité rattrapée par le capitalisme, pose Arnaud Petit. Du moins il reste quelques résistant·es. Je suis content de voir que certains des grimpeur·ses les plus emblématiques du monde, comme Alex Honnold ou Adam Ondra, n'aient pas succombé aux propositions de Red Bull. » Même si ses compétitions n'arborent pas encore de grosses Jeep ou des compagnies aériennes, l'IFSC se retrouve bel et bien dans le viseur. Sur les réseaux sociaux, des centaines de commentaires interpellent la fédération sur sa politique de sponsoring. Face à la pression, le directeur de la communication, Fabrizio Rossini, contacté par Vertige Media, déclare que la fédération internationale reste ouverte au dialogue. « Nous avons une commission consacrée aux enjeux de développement durable, assure-t-il au bout du fil. Nous ne sommes pas l'institution sportive typique qui se protège de toute déclaration. » En 2018, l'IFSC avait signé un contrat de sponsorship avec la compagnie aérienne japonaise Japan Airlines qui a financé ses évènements pendant deux ans. « Nous travaillons sur la durabilité, c’est essentiel, reprend Fabrizio Rossini. Nous essayons de faire de notre mieux. Nous avons de nouveaux projets pour le futur mais même le développement durable a besoin d’un budget et d’argent. Vous ne pouvez pas travailler sur ce sujet sans investissement. » « Vous êtes des hypocrites » Au sein même de la communauté d'escalade, l'initiative suscite quelques réactions contrastées. « Les rares critiques qu’on a reçues, ce sont toujours les mêmes : on nous accuse d’être hypocrites, confie Liam Killeen. Des gens nous disent : “Regardez, vous conduisez une voiture, vous prenez l’avion vous aussi” ». Si elles sont habituelles, ces résistances peuvent être pernicieuses selon le doctorant, surtout si elles braquent les athlètes. « Il y a une peur chez les meilleur·e·s grimpeur·ses d’être vu·e·s comme de vrai·e·s hypocrites s’ils s’expriment, continue-t-il. Mais il n’y a aucun moyen de vivre un mode de vie sans carbone dans le monde occidental. » Cette question de pureté morale, c’est un piège selon les membres de Cool Down. « Si vous mettez la barre trop haute en termes de perfection, vous devenez passif·se. Nous essayons donc de dire aux grimpeur·ses de ne pas trop s’inquiéter. S’ils/elles doivent conduire un van pour partir à l’aventure, c’est ok. » Quand on s’attarde sur la liste des signataires, une chose frappe : aucun athlète du circuit officiel de l'IFSC n’a encore signé. Comme si la Fossil Free Declaration n’était tamponnée que par des athlètes émancipé·e·s des logiques fédérales, et il faut bien le dire, déjà connu·e·s pour leur engagement écologique. « Les autres sont beaucoup plus difficiles à atteindre, reconnaît Liam Killeen. Mais récemment, nous avons obtenu la signature d'Harisson Campbell (un grimpeur australien qui a notamment participé aux Jeux Olympiques de Paris en 2024, ndlr). Mais les autres sont très occupés. » Ou pas assez de liberté pour signer ? Quoi qu’il en soit, la stratégie de Cool Down mise sur une approche progressive. « En ce moment, nous essayons de développer le réseau encore davantage, remet Liam Killeen. Nous sommes en discussion avec une fédération nationale d'escalade qui est très proche de signer. » L'idée étant de créer un rapport de force : « Plus nous avons de soutien au niveau des grimpeur·se et des fédérations nationales, plus nous aurons de leviers pour discuter avec l’IFSC ». De son côté, la fédération internationale confie à Vertige Media être prête à entendre Cool Down. L’heure du choix Dans l’attente, Katherine Choong mise quant à elle sur l'exemplarité : « J'espère que cette déclaration enverra un message clair : les grandes organisations sportives, comme l'IFSC, ne devraient plus offrir de vitrine commerciale aux industries fossiles. Cette campagne vise principalement ce problème. Il ne s’agit pas de moraliser ou de condamner les comportements individuels. Si nous, sportifs, montrons qu'un autre modèle est possible, cela peut être un vrai catalyseur de changement. » Arnaud Petit abonde : « Ça peut faire boule de neige. L'escalade est un sport en vue et d'autres sports vont constater cet engagement, et pourront se dire qu’il est possible de faire des événements sans valoriser des entreprises à fort impact carbone. » Dans une communauté encore relativement libre de ses choix, l'avenir d'un sport se joue peut-être dans ces signatures qui s'accumulent, une à une, loin des projecteurs et des contrats mirobolants. À mesure qu’elle fait un pas de plus dans son ascension, l'escalade devra se demander où elle mettra le prochain pied. Sommée de se recentrer dans une ligne qui semble intimement liée à son histoire, force est de constater que le futur de la discipline peut encore s’engager dans plusieurs voies. Et beaucoup d’entre elles annoncent des journées aussi étranges et des conditions aussi bizarres que celles du Lake District en automne. La Fossil Free Declaration est ouverte à tous les grimpeur·ses et organisations sportives sur le site de Cool Down.
- Petzl WHISPER : 170 grammes pour un vrai baudrier de grimpe et d’alpinisme
Léger comme un baudrier de ski-alpinisme, mais équipé comme un modèle polyvalent : le WHISPER tente de réunir deux mondes que tout oppose. Baudrier Whisper de Petzl © Petzl Les baudriers ultralégers ont longtemps eu le même défaut : on les enfile comme un accessoire de secours, on grimace deux minutes en suspension, puis on les range au fond du sac en se jurant de ne les sortir qu’en cas de nécessite absolue. Le WHISPER, lui, essaie de casser ce cliché. Avec moins de 200 grammes sur la balance, il s’affiche comme un harnais qu’on peut oublier dans le sac, mais aussi utiliser vraiment une fois au pied de la voie. Grande voie calcaire, arête alpine encombrée de coinceurs, ou simple envie de voyager léger sans jouer les ascètes : ce baudrier veut montrer qu’ultraléger ne rime pas forcément avec inconfort ni compromis absurde. Léger, mais complet La première surprise, c’est que le WHISPER ne donne pas l’impression d’avoir été dessiné au rayon diététique du matos. À l’essai, il ressemble à un vrai baudrier, pas à une ficelle de secours qu’on tolère par principe. On y retrouve cinq porte-matériels bien dimensionnés : deux grands et rigides à l’avant, capables d’aligner un jeu de dégaines ou quelques friends sans broncher, deux à l’arrière qui restent accessibles même avec un sac sur le dos, et un cinquième plus souple pour la cordelette ou le petit foutoir qu’on finit toujours par emporter. Ajoutez à cela deux passants pour CARITOOL, qu’on garnira au choix d’une broche, d’une gourde ou d’une paire de gants, et le tableau est complet. Bref, on n’est pas condamné·e à jouer au Tetris avec son matériel. Le WHISPER assume qu’on parte chargé·e, et il le supporte. Ce détail change tout : à 170 g en taille M, on s’attendrait presque à un baudrier de secours qu’on glisse dans le sac « pour la forme ». Ici, c’est l’inverse. C’est un baudrier ultraléger qui accepte l’usage sérieux, sans réduire la pratique à une caricature du minimalisme. Un contre-pied salutaire dans un univers où la chasse au gramme vire souvent à l’obsession, quitte à rogner ce qui fait l’essence d’un harnais de grimpe : porter du matos, et le porter bien. MATRYX®, la matière qui change tout Si le WHISPER tient son pari, ce n’est pas par magie mais grâce au MATRYX®, un textile qui rompt avec les sangles épaisses et les mousses classiques. Le principe est simple mais efficace : des fils de polyamide et de polyéthylène haute ténacité, enduits un par un, qui forment une trame fine mais étonnamment résistante. Résultat, on a un tissu à la fois respirant, déperlant et costaud… trois qualités rarement réunies dans un baudrier de moins de 200 grammes. Sur le terrain, ça se traduit par des détails qui comptent. Le harnais ne se transforme pas en sauna portatif dès que la marche d’approche s’allonge, il sèche vite après une pluie ou une cascade de sueur, et il ne râle pas au premier frottement contre le caillou. Et surtout, une fois plié, il se tasse au fond du sac et prend moins de place qu’une gourde : un vrai gage de légèreté assumée. En clair, le MATRYX® n’est pas un gimmick marketing de plus : c’est ce qui permet au WHISPER d’être plus qu’un baudrier de course-éclair, et de prétendre à un usage sérieux en grande voie ou en alpinisme technique. Ajustements réduits, fit exigeant Le WHISPER n’a pas vocation à flatter les indécis·es : il se contente d’une boucle unique à la taille et de cuisses fixes tenues par des élastiques. Pas de réglages multiples, pas de sangles qui pendouillent : on enfile, on serre, et on grimpe. La contrepartie, c’est qu’il laisse beaucoup moins de marge pour affiner l’ajustement. Les tailles s’échelonnent du XS (65–71 cm) au L (84–92 cm), avec un poids qui varie de 140 à 185 g selon le gabarit. Les premiers retours soulignent un taillant plutôt petit : si vous êtes entre deux, mieux vaut viser la taille au-dessus. Ce n’est pas un défaut, c’est un choix : celui de la coupe près du corps, de l’épure, de l’efficacité. Le WHISPER assume une coupe ajustée : efficace pour celles et ceux qui tombent juste dans la grille, mais moins tolérant pour les morphologies intermédiaires. Un confort à sa place À moins de 200 grammes, personne n’attend un fauteuil. Le WHISPER ne cherche pas à tromper sur la marchandise : ce n’est pas un baudrier de couenne dans lequel on peut passer l’après-midi à travailler un pas, mais un harnais qui s’efface en mouvement. Léger, souple, respirant, il accompagne sans se faire sentir sur les approches comme dans la grimpe. Aux relais, il tient son rôle : on peut y rester assis le temps d’un relais ou d’une manip sans souffrir, à condition de ne pas confondre « ultraléger » avec « suspension confortable ». Là encore, la philosophie est claire : il s’adresse à celles et ceux qui privilégient la fluidité et l’efficacité, pas aux grimpeur·euse·s qui passent leurs journées à penduler pour travailler une voie. Pour ça, le SITTA garde une longueur d’avance. Le WHISPER, lui, rappelle qu’on ne peut pas tout avoir : la légèreté impose des limites, et il vaut mieux les connaître avant d’acheter. Entre FLY et SITTA, une vraie place à part Dans la gamme Petzl, le WHISPER s’installe pile entre deux extrêmes. D’un côté, le FLY : 100 à 130 g seulement, un harnais minimaliste pensé pour le ski-alpinisme et les courses rapides, mais trop dépouillé pour embarquer un vrai jeu de matériel. De l’autre, le SITTA : 275 g en taille M, un modèle qui assume la suspension répétée et les séances de travail en couenne ou en grande voie sportive, mais qui perd logiquement en compacité. Le WHISPER se place exactement dans l’entre-deux : plus complet qu’un baudrier minimaliste, bien plus léger qu’un modèle « all-round » classique. Il parle autant aux alpinistes qui cherchent à voyager léger qu’aux grimpeur·euse·s de grande voie qui veulent limiter le volume dans le sac. Un baudrier capable de porter du matériel sans devenir une enclume, et qui trouve ainsi un créneau que peu de concurrents occupent. Fiche technique Modèle : Petzl WHISPER Poids : XS 140 g · S 155 g · M 170 g · L 185 g Tailles : XS 65-71 cm / S 71-77 cm / M 77-84 cm / L 84-92 cm (tour de taille) Construction : MATRYX® (fils HMPE + polyamide enduits individuellement), zones renforcées sur les pontets et porte-matériels Rackage : 5 porte-matériels (2 avant rigides très grands, 2 arrière compatibles sac, 1 arrière souple) + 2 passants CARITOOL Réglages : 1 boucle à la taille, cuisses fixes (élastiques) Certifications : CE EN 12277 type C · UIAA Prix public : env. 179,95 € (promos autour de 150 €) Idéal pour : alpinisme technique, grandes voies rapides, terrain d’aventure, grimpe légère avec rack complet
- Osprey Transporter Duffel : le duffel qui se porte comme un sac à dos
Dans la catégorie des sacs de voyage, le duffel est souvent un mal nécessaire : pratique pour avaler du volume, pénible dès qu’il s’agit de le porter autrement que dans un coffre. Osprey promet l’inverse avec son Transporter : un duffel pensé pour être porté sur le dos aussi confortablement qu’un sac de rando. Après plusieurs semaines de terrain, entre gares, parkings boueux et bivouacs improvisés, il confirme surtout une chose : le confort change la donne quand on parle de 15 kilos de charge. © Osprey Un duffel, c’est souvent l’allié encombrant qu’on tolère faute de mieux : on y jette tout, on le traîne à bout de bras, on peste dans les escaliers. Pourtant, pour qui voyage avec cordes, chaussons et duvet compressé à la hâte, il reste l’option la plus simple. Avec le Transporter, Osprey tente de renverser la logique : faire d’un sac pensé pour le volume un objet qu’on peut aussi assumer sur le dos, non plus comme une punition mais comme un vrai mode de portage. Un duffel pensé pour être porté Le premier atout du Transporter, c’est son harnais. Là où la plupart des duffels se contentent de bretelles symboliques, bonnes à dépanner deux minutes dans un hall de gare, Osprey a pris le parti d’intégrer de vraies sangles inspirées du sac à dos : rembourrage correct, sangle de poitrine, et surtout la possibilité de les escamoter proprement lorsqu’on balance le sac en soute. Dans les faits, cela change tout. Même chargé à bloc, le Transporter se porte sur quelques kilomètres sans donner l’impression de traîner une enclume en bandoulière. La charge se répartit bien, le sac reste stable, et l’on peut avancer d’un pas normal plutôt que d’errer en mode contorsionniste. Ce n’est pas un sac de trek, mais dans la catégorie des duffels, rares sont ceux qui offrent un portage aussi crédible — et c’est peut-être là sa vraie différence. Une matière qui encaisse Osprey décline aujourd’hui deux générations de Transporter. L’ancienne reposait sur un polyester 900D enduit TPU, un choix rustique, qui donnait au sac une allure blindée et une sensation de rigidité parfois un peu raide. La nouvelle, lancée en 2025, adopte un tissu baptisé NanoTough™ : nylon haute ténacité 100 % recyclé, avec une enduction carbonate pensée pour résister à l’abrasion et améliorer la déperlance. Dans les faits, la différence se sent dès la prise en main : la toile est plus souple, moins « plastique » au toucher, et le sac gagne quelques centaines de grammes sur les gros volumes. Pas un régime spectaculaire, mais assez pour se faire remarquer quand on manipule le 95 ou le 120 litres. Dans les deux cas, on reste dans du solide, avec un fond renforcé en 840D conçu pour supporter les chocs répétés : le sac qu’on jette sur un quai de gare ou dans une benne de pickup sans trop se poser de questions. Le Transporter n’a pas l’épaisseur quasi-bunker d’un Base Camp de The North Face, mais il joue la carte de la résistance intelligente : assez costaud pour durer, assez souple pour ne pas être une contrainte dès qu’on doit le manipuler. Déperlant, pas étanche Les rabats de zip, l’enduction et les coutures du Transporter limitent efficacement les infiltrations. Sous une pluie soutenue, le contenu reste protégé, et on peut traverser une averse ou marcher un quart d’heure en extérieur sans craindre pour ses affaires. Mais il faut savoir où placer la barre : le Transporter « classique » n’est pas un sac étanche. Osprey décline pour cela une version spécifique, le Transporter Waterproof, certifiée IPX7 et capable de supporter une immersion d’un mètre pendant une demi-heure. Là, on parle d’expéditions en kayak ou de descentes de rivière. Le Duffel, lui, est pensé pour la route et les aléas du voyage, pas pour flotter sur un torrent. C’est un sac qui encaisse sans broncher la pluie, l’humidité d’un quai de gare ou la boue d’un parking de falaise, mais qui ne prétend pas remplacer un dry bag. En clair : parfait compagnon de voyage et de terrain, à condition de ne pas lui demander ce pour quoi il n’a pas été conçu. Organisation minimale mais bien pensée Le Transporter reste fidèle à l’ADN du duffel : un grand compartiment principal et peu de concessions à la compartimentation. L’accès se fait par un large U-zip verrouillable, pratique pour voir d’un coup d’œil tout ce qu’on a entassé. À l’extérieur, une poche d’extrémité accueille les petits essentiels qu’on veut garder à portée — clés, frontale, tickets de train — sans avoir à tout vider. À l’intérieur, un filet zippé permet de séparer vêtements propres et linge déjà marqué par l’effort. Pas de fioritures, mais des détails utiles. Les sangles de compression internes, par exemple, évitent que le contenu se transforme en boule informe après trois transferts successifs. Et quand il est vide, le sac se replie dans une housse mesh fournie : de quoi le glisser au fond d’un coffre, ou l’utiliser comme sac de linge en voyage. Une simplicité assumée, qui privilégie l’efficacité au gadget — et c’est exactement ce qu’on attend d’un duffel. Du 40 au 150 litres : choisir son camp Le Transporter Duffel existe en six volumes, du 30 litres presque assimilable à un daypack jusqu’au 150 litres qui tient davantage du coffre de toit souple que du sac. Chaque taille raconte un usage. Le 40 litres reste le plus polyvalent : suffisamment compact pour être envisagé en cabine selon les compagnies aériennes, assez spacieux pour un week-end prolongé avec matériel de grimpe. Mais le vrai « sweet spot » comme disent les américains, celui que beaucoup considèrent comme le plus équilibré, est le 65 litres : dimension idéale pour partir une à deux semaines, avec de quoi loger corde, chaussons, fringues et duvet sans sacrifier la portabilité. On reste sur un sac qu’on peut encore porter à l’épaule ou sur le dos sans s’épuiser. Au-delà, les 95 et 120 litres visent un autre registre : expéditions ou voyages où l’on emporte tout l’attirail. Là, le portage reste possible, mais ce sont surtout des volumes pensés pour la soute et les grands trajets. Quant au 150 litres, il relève presque de la provocation : plus très loin de pouvoir accueillir matelas, cordes, duvet XXL et vivres pour une expé, mais clairement moins à l’aise quand il faut affronter un escalier de métro bondé. Une question de compromis Le Transporter n’est pas le duffel le plus blindé du marché : à l’épreuve du toucher et du coup d’œil, The North Face Base Camp conserve la palme de l’épaisseur brute, ce côté bâche indestructible qui rassure autant qu’il alourdit. Osprey, lui, a choisi une autre voie. Le Transporter ne cherche pas à impressionner par son armure mais par sa capacité à être porté réellement, et c’est souvent là que la différence se joue. On se souvient rarement du grammage exact d’un textile, mais tout le monde garde en mémoire la traversée d’une gare avec 18 kilos de matos sur le dos. Dans ce contexte, le Transporter marque des points : il ne prétend pas être indestructible, mais il s’impose comme le duffel le plus crédible quand il s’agit de transformer un sac de stockage en sac de transport. C’est un compromis assumé, qui préfère l’efficacité concrète au discours de force brute. Fiche technique (Transporter Duffel 65) Volume : 65 L Dimensions : 62 × 35 × 40 cm Poids : 1,206 kg Matière : NanoTough™ (nylon HT 630D recyclé, enduction carbonate) + fond 840D Fermeture : U-zip YKK EYL verrouillable + rabat anti-pluie Portage : bretelles escamotables type sac à dos + sangle de poitrine Organisation : poche d’extrémité zippée, poche filet interne, sangles de compression Imperméabilité : déperlant, non submersible Tailles disponibles : 30 / 40 / 65 / 95 / 120 / 150 L Fabrication : Vietnam (site certifié bluesign®) Prix public : env. 150 € (selon distributeur) Idéal pour : voyages et expés, bloc/voie avec matos encombrant, usage mixte route-terrain
- Le vrai visage de Vertige Media
Un an et demi après notre lancement, Vertige Media dévoile sa nouvelle identité visuelle. L'histoire d'une transformation qui raconte, en creux, celle d'un média qui chemine et assume enfin ce qu'il est vraiment. Fierté, joie, envie, générosité ou surprises... Plongez dans la couleur de nos sentiments ! Ça flash ! © Vertige Media Parfois, il faut savoir se faire petit. Au départ de l'immense voie de notre identité visuelle, nous aurions pu partir dans d'innombrables lignes. Alors, tout petiot, nous avions fait un choix : crapahuter en noir et blanc. Discrètement, des saillies colorées venaient se glisser dans les fissures mais nous tâtonnions, jamais trop à l'aise à l'idée d'en faire un feu d'artifice. C'est compliqué, la couleur. Nous cheminions avec cette sobriété un peu passe-partout. Tranquille. Le problème ? Ça ne froisse personne. Et ça ne dit rien non plus de ce qu'on est vraiment. Vous commencez à connaître, on l'a quand même un peu ouvert. Sobrement habillés certes, mais ça gueule. Depuis le début, Vertige Media parle d'escalade comme d'un « fait social, culturel et politique ». On creuse, on questionne, on révèle. Bref, on fait du journalisme sur une pratique qui explose — 25 millions de pratiquant·e·s en 10 ans, quand même. Alors pourquoi notre identité visuelle ne reflétait-elle pas cette ambition ? Jaune et joli C'est au milieu du chemin qu'on a rencontré Christelle Perrin. Directrice artistique, cofondatrice de Médianes, elle a notamment travaillé pour La Déferlante, Libération, Les Jours... Après lui avoir partagé nos réflexions de l'été, on s'encorde. On discute puis Christelle met rapidement quelques essais dans la voie. « Une piste s'est dégagée et j'ai pu la tester sur différents supports, confie-t-elle. Mon idée était de convoyer à la fois les idées de sérieux, de solidité, mais aussi quelque chose de moderne, d'un peu fun, assez vif et dynamique. » « Les couleurs sont flashy, saturées, rappelant les couleurs des cordes, de l'équipement technique (casque, chaussures...) et des prises en salle » Christelle Perrin, directrice artistique cofondatrice de Médianes Quand elle nous présente sa première proposition, Vertige Media vient déjà de prendre un vol. Dans le vide, on croise des chiffres et des lettres : #0041F5, #FFFC61. Notre nouveau monde est alors peint de bleu outre-mer et de jaune soleil. Depuis le relais, Christelle pose calmement : « Les couleurs sont flashy, saturées, rappelant les couleurs des cordes, de l'équipement technique (casques, chaussures...) et des prises en salle. L'idée est de composer une palette de couleurs dynamiques, sportives, tout en ayant des teintes secondaires plus claires et plus à même de délimiter des encadrés ou arrière-plans » La couleur des sentiments © Vertige Media Elle nous le répétait souvent : « Pour moi, "Vertige" est un média sur l'escalade. C'est aussi un média sur les enjeux d'écologie et de féminismes propres à une pratique sportive en plein air. L'objectif de ce travail était donc de proposer de nouvelles couleurs, une nouvelle police pour améliorer le confort de lecture et fluidifier l'expérience utilisateur·ice sans trop perturber les habitudes ». De notre côté, tout devient plus évident. Le jaune possède ce côté éclairant qui nous pousse à mettre en lumière des faits et les angles morts de la discipline. Une discipline qui doit se révéler au grand jour des enjeux sociétaux qui la gouvernent. Et quand c'est jaune, ça se voit. Même chose pour toutes les couleurs dynamiques. Voyez-y un trait de cohérence : le média emprunte aux codes de la montagne. Sur les sentiers et les voies, on porte du fluo pour être vu. Vertige Media veut qu'on le voit. Les cordes sensibles L'autre piste de Christelle Perrin, ce sont ces fameuses « cordes ». La directrice artistique nous propose alors d'apposer des bandes identifiables, inspirées des rythmes des cordes pour séparer les éléments de notre production. Cela nous semble tellement évident. Colorées, modernes, mouvantes, insaisissables, vitales... Elles racontent l'escalade sans avoir besoin de photos de falaises ou de grimpeur·ses suspendus dans le vide. C'est aussi le topo de la nouvelle typo. En vedette, mesdames et messieurs, laissez-nous vous présenter la Booster Polygonal Bold. « Une structure assez architecturale, avec des courbes crénelées, qui peut donner une impression de taillé dans la pierre au burin », explique-t-elle. Il y a une idée de quelque chose qui a demandé de l'effort, de l'expérimentation. » Et c'est ainsi que dans les titres des maquettes, dans la structure de nos articles, on ressent les émotions qui suivent une session d'escalade. Le reste est une invitation au voyage, avec ses temps calmes et ses périodes agitées. Nos articles longs ? « L'environnement ici est plus calme, afin de ne pas troubler la lecture des articles, et de mettre en avant la dimension sérieuse et sourcée des contenus. » Nos réseaux sociaux ? « Couleurs plus vives, aplats plus présents pour maximiser l'impact ». Notre newsletter ? « Équilibre subtil entre accroche visuelle et confort de lecture. » © Vertige Media L'identité d'un média qui chemine Vous l'aurez compris, cette nouvelle identité visuelle raconte l'histoire d'un média qui a mûri. Quand on a lancé Vertige Media, on était deux types avec l'envie de faire bouger les lignes et quelques idées. Un an et demi après, on a multiplié les enquêtes, les portraits XXL, les analyses fouillées sur des sujets que personne ne traitait. Cette identité visuelle, c'est la traduction de ce que nous sommes devenus : un média jeune, en mouvement, ouvert et libre sur une pratique en complète mutation. On ne va pas vous mentir : passer d'une identité sage à quelque chose d'aussi assumé, c'est vertigineux. Mais on a décidé de s'engager un peu plus et surtout d'essayer de porter fièrement l'illustration d'une communauté vibrante, inclusive, passionnée et vigilante. Ces choix que nous portons, c'est aussi à nos lectrices et à nos lecteurs que nous les destinons. Il y a trois mois, nous avons publié un manifeste, bien sobre dans la « DA ». Un petit bout de texte qui affichait nos valeurs, nos convictions, nos combats. Nous avons proposé à notre lectorat de le signer parce que cela nous engageait à respecter notre promesse éditoriale. Il s'agit désormais d'être à la hauteur. Cette nouvelle identité visuelle est un premier pas. « Nous parlons d'un fait social, culturel et politique. » Cela a été dit. Désormais, cela se voit.
- Para-escalade : « La France est la première nation au monde »
À côté des finales haletantes et des médailles d’argent d’Oriane Bertone ou de Mejdi Schalck, la vraie réussite de l’équipe de France lors des Championnats du Monde d’escalade 2025, c’est son équipe para. Coach adjoint, Baptiste Cruzel revient sur ses performances « totalement exceptionnelles » et ce qu’elles disent de la méthode française ainsi que de la manière dont on visibilise les para-athlètes. Entretien plaqué or. © IFSC Vertige Media : Vous rentrez de Séoul avec 7 médailles dont 4 titres mondiaux. Quel est votre ressenti sur les performances de votre équipe ? Baptiste Cruzel : Pour moi, ces mondiaux sont une réussite. Les athlètes qui avaient déjà des titres ou de grosses performances internationales ont réussi à renouveler l'exploit. Pour les médailles de bronze, ce sont des grimpeurs·ses moins expérimenté·e·s sur ce type d'échéances à enjeux. Ils/elles ont quand même réussi à décrocher des médailles, donc je suis très satisfait pour eux aussi. Douze athlètes représentaient l’équipe de France de para-escalade sur ces Mondiaux. La grande majorité d’entre eux/elles ont accédé en finale, c'est une bonne chose. Globalement, le sentiment est très positif pour toute l'équipe. « Durer aussi longtemps à aussi haut niveau sans coup de mou, c'est remarquable » Vertige Media : Cette performance est-elle particulièrement marquante ? Baptiste Cruzel : La performance de l’équipe peut s'observer selon différents spectres. Il y a ces multiples médaillés installés depuis très longtemps. Pour Aloïs (Pottier, ndlr), c'est plus récent (2ème titre mondial, ndlr) mais pour les trois autres — Thierry Delarue, Solenne Piret et Lucie Jarrige — ils dominent leur catégorie depuis très longtemps (respectivement 5ème, 5ème et 6ème titre mondial, ndlr). Au vu de leur régularité et des performances qu'ils accomplissent, c'est totalement exceptionnel. Même au-delà de l'escalade, dominer autant et être quintuple champion du monde, c'est rare dans d'autres disciplines. Cette longévité n'est pas la norme dans le paralympisme : durer aussi longtemps à aussi haut niveau sans coup de mou, c'est remarquable. Derrière, nous avons un deuxième groupe qui pousse très fort, avec tous les grimpeurs sélectionnés pour ces Championnats du Monde. Ce sont les potentiels « médaillables » des prochaines années, avec une structuration de leur environnement performance qui se réalise au fil des mois et des années. Vertige Media : Comment la France se situe-t-elle au sein des autres nations ? Baptiste Cruzel : Nous observons et analysons les performances de chaque nation au niveau international depuis quelques années. De 2018 à 2024, sur l'ensemble des étapes internationales - Coupes du Monde et Championnats du Monde - si on classe par nombre de médailles d'or comme aux Jeux Olympiques et Paralympiques, la France est la première nation au monde. Il existe d'autres méthodes d'analyse, comme le rapport médailles/nombre d'habitants, mais je me fonde sur l'analyse classique des performances internationales. « J'ai l'impression que les voies de qualification de ces Championnats du Monde n'ont jamais été aussi difficiles. Les athlètes arrivent de plus en plus préparé·e·s et la concurrence est de plus en plus rude » Cependant, nous observons depuis deux ans l'arrivée de nombreux athlètes et la structuration de nouvelles nations. Les Américains arrivent massivement sur les podiums et en finales. Les Roumains sont très présents depuis longtemps. Les Japonais sont de plus en plus nombreux. La Chine arrive avec une stratégie uniquement tournée vers les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ils ne sont pas encore au niveau des autres nations en termes de performance, mais ils se structurent et sont nombreux. Cela laisse présager qu'ils prendront une place importante dans les prochaines années. La discipline sera plus compétitive, ce qui n'est pas une mauvaise chose. Vertige Media : Concrètement, que signifie cette structuration des autres nations ? Baptiste Cruzel : Nous ne pouvons pas avoir toutes les informations sur leur structuration interne, mais nous observons qu'au fil des années, il y a de plus en plus de nouveaux grimpeurs concurrentiels dans les catégories. Le niveau de performance augmente aussi. Les voies de qualification de ces championnats du monde n'ont jamais été aussi difficiles. Les athlètes arrivent de plus en plus préparé·e·s et la concurrence est de plus en plus rude. Pour toutes les nations, l'enjeu est d'avoir des structures, des ouvertures et des prises cohérentes avec le haut niveau. Nous discutons régulièrement avec les coachs des autres nations pour identifier les axes de développement. Par exemple, les Roumains nous expliquent que leurs athlètes para-escalade sont très populaires dans leur pays, ce qui participe à une stratégie nationale de valorisation de cette discipline. Les Italiens et les Suisses commencent à développer des actions de détection, comme nous l'avons fait en France cette année. Baptiste Cruzel en pleine causerie © Aurèle Bremond Vertige Media : Qu'est-ce qui explique cette avance française ? Baptiste Cruzel : Il faut rendre à César ce qui est à César. Les athlètes multiples médaillé·e·s qui font briller la France sont avant tout des grimpeurs·ses passionné·e·s qui s'entraînent depuis très longtemps. Ils/elles ont cette envie, cette motivation, cette dynamique d'aller au plus haut niveau d'eux/elles-mêmes. C'est le fond de ces performances : des athlètes ultra-motivé·e·s animé·e·s par ce très haut niveau de performance et de dépassement. Il y a évidemment un environnement autour, sur lequel nous les accompagnons au mieux. L'équipe de France et les nouvelles dynamiques que nous instaurons avec les personnes de la fédération actives sur le sujet - Hélène Lerouge (référente para-escalade à la FFME, ndlr), Aristotelis (Liontos, entraîneur principal de l’équipe de France de para-escalade,ndlr), Hugues (Lhopital, coach adjoint, ndlr), le classificateur, le médecin de l'équipe - ont une influence considérable. La méthode française prend aussi sa source dans la cohésion d’équipe qui s’est instaurée au fil des regroupements, des stages, des compétitions avec une vision très tournée vers le collectif. Dans mes discussions avec certains multiples médaillés, j'ai l'impression qu'ils ne se sont jamais autant entraînés. « La moyenne d'âge en para-escalade est plus élevée qu'en escalade valide. Ce sont souvent des personnes avec des vies déjà structurées. Leur demander de déménager pour s'entraîner peut signifier perdre un emploi, vendre une maison » Vertige Media : Comment travaille l’équipe de France en termes de préparation des para-athlètes ? Baptiste Cruzel : Nous avons une notion de « glissement » où nous visualisons les athlètes à différents niveaux. L'objectif est que ces niveaux roulent : tout en haut, les athlètes de très haut niveau, multiples médaillé·e·s. Juste en dessous, celles et ceux qui tendent vers ce niveau. Puis, encore en dessous, les jeunes détecté·e·s cette année qui s'entraînent de plus en plus, structurent leur entraînement et rejoignent des clubs dynamiques. Cette dynamique vise à maintenir la France comme nation concurrentielle sur le court, moyen et long terme. Un de nos objectifs est de nous structurer au niveau des entraînements, du guidage et de l'accès à des structures qui permettent un projet cohérent de haut niveau. Nous menons ce travail par la création de séminaires et, à moyen terme, de formations pour la montée en compétences des guides et entraîneurs. Les athlètes doivent individuellement accéder aux structures les plus cohérentes près de chez eux, car il n'y a pas de Pôle France aujourd'hui. Vertige Media : Quelles évolutions seraient nécessaires pour optimiser votre préparation ? Baptiste Cruzel : Nous rêverions d'avoir un mur avec des ouvertures et des prises permettant aux athlètes de se mettre en situation de compétition au quotidien, mais ce n'est pas pour tout de suite. Il faut des moyens considérables, trouver le bon endroit en France, la bonne modalité. Il y a tout un tas de leviers à actionner. Il faut aussi considérer une donnée importante : la moyenne d'âge en para-escalade est plus élevée qu'en escalade valide. Ce sont souvent des personnes avec des vies déjà structurées. Leur demander de déménager pour s'entraîner peut signifier perdre un emploi, vendre une maison. Chez les grimpeurs valides, la moyenne d'âge plus basse rend ces contraintes moins pesantes. © IFSC Vertige Media : Pourquoi cette moyenne d'âge plus élevée ? Baptiste Cruzel : Les déficiences physiques et sensorielles arrivent statistiquement plus tard dans la vie. Plus on vieillit, plus on a de probabilités d'avoir des expériences de vie ou des pathologies menant à des déficiences. L'accès au sport pour les personnes en situation de handicap tend vers la démocratisation, mais peine encore à arriver précocement chez les très jeunes. Ces facteurs expliquent que les athlètes paralympiques, toutes disciplines confondues, aient des moyennes d'âge plus élevées que les athlètes olympiques. Vertige Media : Quels sont vos objectifs pour Los Angeles 2028 ? Baptiste Cruzel : En tant que staff, nous nous sommes fixé des objectifs, mais le principal est que les athlètes se fixent les leurs et les atteignent. Notre mission en tant que staff est de les accompagner et qu’ils puissent rayonner à leur juste valeur lors des Jeux. On peut imaginer que les multiples champion·nes du monde viseront le titre paralympique dans trois ans. Pour celles et ceux qui décrochent des médailles actuellement ou aspirent à en décrocher prochainement, ils/elles participeront également à cette quête de médailles. Vertige Media : Sur un plan plus personnel, comment vous êtes-vous impliqué dans la para-escalade ? Baptiste Cruzel : Depuis toujours, j'ai cette envie d'aider mon prochain. Jeune étudiant, je voulais faire kinésithérapeute, puis je me suis orienté vers l'ergothérapie - un métier paramédical qui consiste à accompagner les personnes pour qu'elles soient autonomes et indépendantes dans leurs gestes de la vie quotidienne. « Cette image de super-héros c’est de la survalorisation. On rend ces grimpeurs exceptionnels non pas par ce qu'ils font, mais par ce qu'ils sont. C'est dérangeant car cela ramène ces personnes à leur déficience » Durant ces études, j'ai orienté mes projets de groupe et mon mémoire autour de l'escalade comme moyen thérapeutique. Au milieu de ces études, le confinement est arrivé, provoquant une grosse remise en question. J'étais dans une période de recherche de performance personnelle en compétition et en bloc. Je me suis rendu compte que ce qui m'animerait vraiment serait de combiner les deux. J'ai donc fait des études dans le sport, spécialité escalade et entraînement sportif. En combinant les deux, je suis arrivé stagiaire auprès d'Aristotelis dans l'équipe de France. Petit à petit, il m'a laissé l'opportunité de me faire ma place et de participer au développement de l'équipe. Vertige Media : Qu'avez-vous appris en tant que passionné de cette discipline ? Baptiste Cruzel : Si je devais retenir une seule chose, c'est une image qu'Aristotelis et Hugues m'ont partagée quand j'ai commencé à les côtoyer : il ne faut pas visualiser un grimpeur para comme un grimpeur para. Il faut imaginer les grimpeurs, qu'ils soient para ou non, comme des pièces de puzzle. Toutes sont différentes - certaines dans les coins, d'autres sur les bords, d'autres au milieu. Chaque pièce a sa place quelque part, et il ne faut pas se dire qu'une pièce est fondamentalement différente d'une autre. C'est pareil en para-escalade. Peu importe que le grimpeur n'ait qu'une main, qu'une jambe, qu'il n'ait pas la vue. Ce qui compte, c'est son projet, ce qu'il a envie de faire dans l'escalade, comment il veut s'investir, ce qu'il est prêt à mettre pour son objectif. Effectivement, il faut parfois adapter - ne pas mettre de prises bouchées à quelqu'un qui n'a pas de main, par exemple - mais globalement, dans l'approche, il faut voir ça de la même façon. Cette image du puzzle m'a beaucoup fait réfléchir et a alimenté ma conception de la discipline. Vertige Media : Les récits médiatiques présentent souvent les para-athlètes comme des « super-héros ». Est-ce la bonne manière de les présenter ? Baptiste Cruzel : Je ne suis pas vraiment d'accord avec cette approche. Si un grimpeur para réalise une performance exceptionnelle sur le papier, qu'il soit para ou non, là oui, ça peut être jugé exceptionnel. Mais ce n'est pas parce qu'un grimpeur fait une voie - même sans forcer - et qu'il n'a qu'une main ou qu'une jambe que cela devient automatiquement exceptionnel. C'est de la survalorisation. On rend ces grimpeurs exceptionnels non pas par ce qu'ils font, mais par ce qu'ils sont. C'est dérangeant car cela ramène ces personnes à leur déficience. Leur déficience fait partie de ce qu’ils sont, mais c’est une erreur de s’arrêter à cela. Il me semble que ce n'est pas ce qu'ils viennent chercher en participant à une compétition. Ce qu'ils viennent chercher, c'est avant tout se dépasser et aller le plus loin possible dans leur performance personnelle. Ils ne viennent pas pour être idolâtrés parce qu'ils grimpent avec une seule main. Pendant les Jeux Paralympiques de Paris, on entendait partout : « C'est exceptionnel, ce sont des super-héros ». Un athlète l'a d'ailleurs remis en perspective sur un plateau de télévision (en réalité, il s'agissait du para-basketteur Sofyane Mehiaoui qui a répondu aux propos de Teddy Riner dans une story Instagram, ndlr) : « On n’est pas des super-héros, on est des athlètes. Donc, venez nous voir parce qu’on va faire des performances ». Vertige Media : Comment jugez-vous l'évolution de la visibilité de la para-escalade ? Baptiste Cruzel : Je suis forcément biaisé puisque je baigne dedans tout le temps, mais j'ai l'impression que petit à petit, ça se démocratise et devient plus visible. Cette impression s'appuie surtout sur des ressentis. J'observe que les récits, témoignages, démonstrations et publications tendent vers une augmentation de la visibilité. Vertige Media : Quel message souhaitez-vous faire passer sur la réalité de la para-escalade ? Baptiste Cruzel : C'est d'abord des athlètes qui s'investissent énormément dans leur développement sportif. Mais il ne faut pas oublier que la para-escalade, c'est une magnifique vitrine qui montre aussi à tous·tes les autres qu’ils/elles peuvent être accepté·e·s dans des clubs, avoir leur groupe de grimpeur·ses comme n'importe quel·le autre grimpeur·ses et vraiment kiffer leur pratique. L'équipe de France et les médailles, c'est formidable et c'est ce qui m'anime personnellement. Mais il ne faut pas oublier tous ces grimpeur·ses partout en France qui parfois ne savent même pas que la para-escalade existe en tant que discipline compétitive et paralympique.
- Western écolo au Texas : des falaises fermées pour tir aux moutons
Au Texas, dans un parc national où l’escalade est rare et rugueuse, le National Park Service annonce une folie : trois jours de fermetures pour laisser des hélicoptères tirer sur l’aoudad, un mouton venu d’ailleurs qui met en péril le bighorn local. Comment est-on arrivé à ce mauvais western écolo ? Réponses dans les méandres d'une décision lunaire qui raconte la manière dont notre accès à la nature, déjà fragile pour les pratiquant·e·s de l’escalade, peut être suspendu aux arbitrages plus que douteux. Bighorns (cc) Rohan Makhecha / Unsplash Big Bend, c’est d’abord une immensité : un parc grand comme la Corse, fait de canyons calcaires et de dômes volcaniques, où l’on croise plus souvent des coyotes que des grimpeur·se·s. Pour qui vient de France, c’est presque de la science-fiction : approches interminables, chaleur écrasante, eau rare. L’escalade y existe, mais comme une parenthèse marginale — quelques fissures obscures, des sommets d’obsidienne, et une règle absolue : pas de perçage. Alors quand les autorités annoncent que ces rares zones seront fermées début octobre pour des tirs aériens sur les aoudads (des moutons venus d’Afrique du Nord, ndlr) c’est une ironie parfaite : là où la grimpe est déjà marginale, ce sont les hélicos qui finissent par avoir priorité sur la verticale. Un désert où l’on grimpe à voix basse Soyons honnêtes : Big Bend ce n’est pas Fontainebleau. Ici, pas de circuits peints ni de crash pads en procession. Le parc le reconnaît lui-même : « Big Bend n’est généralement pas considéré comme une destination pour les grimpeur·se·s ». Et pourtant, quelques-uns s’y risquent, attirés par des parois « pittoresques, exigeantes et follement variées », pour reprendre la formule officielle. « Sur n’importe quelle voie, attendez-vous à du rocher pourri et à peu de bonnes fissures pour les coinceurs » Roger Sigland, guide local officieux L’escalade y est d’ailleurs officiellement découragée. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe presque aucune littérature fiable — à peine un guide rudimentaire qu’on peut demander à l’accueil des centres de visiteurs du parc. Parce que le rocher passe du « correct » au « carrément terrifiant » selon le jargon local. Parce que la météo est impitoyable : chaleur écrasante, orages soudains. Et surtout parce que les approches sont des épreuves en soi, « longues, sans eau », comme l’admet le service fédéral des parcs américains (National Park Service). Roger Sigland, auteur d’un guide local officieux, résume la philosophie : « Sur n’importe quelle voie, attendez-vous à du rocher pourri et à peu de bonnes fissures pour les coinceurs » Bref, ici, rien n’est simple. Big Bend (cc) Michelle Williams / Unsplash La règle est claire : aucun perçage toléré. Ni perceuse électrique, ni perçage manuel, sauf autorisation expresse de la direction du parc. Quelques vieux spits subsistent, vestiges d’une époque moins regardante, certains posés illégalement. Leur remplacement est toléré, mais uniquement avec du matériel standardisé. Dans un parc où la moindre trace laissée compromet l’accès, les grimpeur·se·s savent qu’ils marchent sur un fil : leave no trace ou plus de trace du tout. Affichette et gros canons Les grimpeur·se·s locaux connaissent l’affichette : « Closed for Peregrine Falcons ». Ça soupire, ça patiente, parce qu’ils savent que la falaise appartient aussi aux oiseaux. Mais début octobre, le panneau changera de ton. Du 3 au 5, les Mesa de Anguila, Deadhorse Mountains, et des routes comme la Dagger Flat Road se ferment, non pas pour protéger un nid, mais pour permettre des opérations aériennes armées. « De grands groupes d’aoudads supplantent les mouflons d’Amérique pour l’eau et la nourriture, menacent la biodiversité et empêchent les visiteurs de vivre des conditions naturelles authentiques. » Communiqué du service fédéral des parcs américains De loin, ça ressemble à un western écologique : fermer trois canyons pour tirer sur des moutons. Mais si ça nous intéresse, c’est aussi parce que Big Bend, derrière ses airs de bout du monde, cache une micro-scène d’escalade — confidentielle, rugueuse, borderline. Une grimpe rare, presque clandestine, qui voit débarquer la logique des hélicos. Au même moment, l’État texan a autorisé les particuliers à pratiquer la chasse héliportée de l’aoudad hors parcs nationaux. Dans son communiqué, le service fédéral des parcs américains écrit noir sur blanc : « De grands groupes d’aoudads supplantent les mouflons d’Amérique pour l’eau et la nourriture, menacent la biodiversité et empêchent les visiteurs de vivre des conditions naturelles authentiques. » Le verdict est clair : l’aoudad, mouton nord-africain importé, gagne trop de terrain. Le bighorn, icône fragile du désert, perd. Le parc tranche : fermer pour protéger, protéger en éliminant. Far West biologique Le bighorn, c’est l’enfant du pays : cornes en arabesques, silhouette gravée dans les fresques rupestres, symbole vivant du désert américain. Sauf que l’icône décline. Ses effectifs au Texas ont fondu de moitié ces dernières années, affaiblis par une double peine : la concurrence directe pour l’eau et l’herbe, et une bactérie importée, Mycoplasma ovipneumoniae, qui s’invite dans ses poumons et décime ses troupeaux. Autrefois prince des crêtes, le bighorn se retrouve relégué à la marge, spectateur de son propre territoire. Aoudad (cc) Simone Dinoia / Unsplash En face, l’aoudad — son cousin nord-africain introduit au XXᵉ siècle — joue les conquérants. Imaginez un SUV sur mode désert : increvable, frugal, capable de survivre là où le natif peine à tenir. « Des centaines parcourent désormais la région », admet le service fédéral des parcs. Chaque canyon devient une scène d’occupation silencieuse : l’exotique s’installe, le local recule. Le duel, en vérité, n’a rien d’un duel : c’est un rouleau compresseur. C’est une drôle de pédagogie : enseigner la conservation à coups de fusil, et rappeler que même la nature la plus sauvage se gère parfois comme une base militaire. La réponse, au Texas, ne surprend pas : on dégaine l’hélico. Pas de compromis, pas de demi-mesure. On ferme les zones au public, et on lance les tirs aériens. Mais la scène brouille le récit héroïque de la conservation : car au même moment, l’État texan a autorisé les particuliers à pratiquer la chasse héliportée de l’aoudad hors parcs nationaux. Autrement dit, ce qui est présenté ici comme une opération scientifique de protection ressemble, vu de loin, à la généralisation d’une brutalité spectaculaire. On appelle ça protéger la biodiversité. Mais ça ressemble furieusement à un western écologique où les moutons font office de hors-la-loi. La nature sous gestion militaire Pour les gestionnaires, l’équation est limpide : des moutons perchés sur des reliefs imprenables, donc l’hélico comme seule solution. Pas d’alternative crédible, pas de terrain accessible pour une régulation au sol. Mais pour d’autres, c’est une ligne rouge franchie : transformer un parc national en champ de tir, c’est fissurer l’image de sanctuaire que ces espaces incarnent. On n’est plus dans la gestion discrète d’un milieu, mais dans une mise en scène quasi militaire de la biodiversité. On ferme une voie pour laisser naître un rapace, et tout le monde comprend. On ferme un canyon entier pour abattre des moutons importés, et la logique vacille. Le service des parcs promet que les secteurs rouvriront une fois les tirs terminés, mais précise dans son communiqué : « Les fermetures peuvent durer plus longtemps en cas de problèmes mécaniques ou de conditions météo défavorables. » En clair : si le rotor tousse ou si le ciel se couvre, l'accès restera fermé. C’est une drôle de pédagogie : enseigner la conservation à coups de fusil, et rappeler que même la nature la plus sauvage se gère parfois comme une base militaire. Escalader la contradiction Pour un lecteur ou une lectrice en France, l’histoire a de quoi dérouter. Chez nous, on ferme des falaises pour protéger un vautour fauve, un faucon pèlerin ou une colonie de chauves-souris. Jamais pour offrir champ libre à des hélicoptères armés. Mais derrière l’anecdote texane, le message est universel : l’accès à la roche n’est jamais un droit immuable. Il dépend d’arbitrages invisibles entre espèces, d’équilibres politiques, de choix de société qu’on ne lit pas toujours dans la trace de magnésie laissée sur une prise. À Big Bend, la grimpe est rare, confidentielle, ce qui la rend paradoxalement précieuse. Car c’est dans ces espaces marginaux que le contraste apparaît avec le plus de netteté : on ferme une voie pour laisser naître un rapace, et tout le monde comprend. On ferme un canyon entier pour abattre des moutons importés, et la logique vacille. Le désert devient miroir : il reflète à la fois la fragilité de notre liberté de grimper et la brutalité des moyens mobilisés pour sauver ce qu’on appelle, faute de mieux, « l’équilibre naturel ».
- Entretien exclusif : La FFME, les salles d'escalade et son Karma
Alors que l'ouverture de Karma La Villette accuse un peu de retard, Alain Carrière revient sur le développement des salles commerciales de la fédération. Philosophie, finances, ambitions et gros chiffres... Une interview suffisamment copieuse pour patienter avant l'inauguration en novembre du nouveau très gros projet de la Fédération Française de Montagne et de l'Escalade (FFME). Alors, bon ou mauvais karma ? La fresque de la nouvelle salle commerciale de la FFME : Karma La Villette © FFME Vertige Media : Où en êtes-vous concrètement avec l'ouverture de Karma La Villette ? Alain Carrière : L’ouverture se fera en novembre. Je vous dirais bien début novembre, mais je préfère rester prudent. Vous savez, dans le bâtiment, il y a toujours du retard. On a l'électricité que depuis la semaine dernière. Nous n’avons donc pas encore pu faire tous les tests techniques, les raccordements des équipements de ventilation… Vertige Media : Des événements sont-ils déjà prévus pour l’inauguration ? Alain Carrière : On attend d'être sûr d'avoir la date d'ouverture. Il y aura une inauguration officielle avec la mairie de Paris mais rien n’est encore fixé. A priori, il y aura des dates où on fera venir les membres de l’Équipe de France avec, allez je vais le dire, des champion·nes du monde. En tout cas, je l’espère ! (l’interview a été réalisée avant les finales des Championnats du Monde à Séoul, ndlr) Vertige Media : Pourquoi la FFME a-t-elle décidé de se lancer dans ce type de projet, disons, commercial ? Alain Carrière : Il n'y a pas de guillemets à mettre : c'est un projet commercial. Et je l'assume. La question que se pose la FFME mais plus globalement l’ensemble du mouvement sportif, c’est que nous vivons de subventions qui vont finir par diminuer. Nous savons bien que le prochain budget ne fera pas la part belle au sport. Ces subventions d’État représentent 10% du budget de la FFME. Ce n’est pas énorme mais en face, nous avons des besoins grandissants : de plus en plus de licencié·e·s, de plus en plus de pratiquant·e·s. Et des coûts plus importants, notamment de transports et d'hébergement lorsqu’il s’agit de déplacer l’équipe de France ou d’organiser des animations et des événements. Ces coûts supplémentaires sont communs à tout le mouvement sportif. Toutes les fédés se posent la question de diversifier leurs ressources. « J’ai conscience que le business, et ses mots, peuvent choquer les gens. Mais on est dans un secteur qui peut dégager une activité commerciale rentable » Vertige Media : Quelles sont vos ressources ? Alain Carrière : En premier, ce sont les licences. Et nous avons déjà augmenté significativement son prix cette année. Ensuite, ce sont les partenaires. Troisièmement, les subventions. Et en dernier lieu, nous avons des fonds propres, qu’il s’agit de renforcer avec des projets comme celui de Karma La Villette. Vertige Media : Qui est donc un moyen d’ajouter une ligne de revenu. Alain Carrière : Exactement. J’ai conscience que le business, et ses mots, peuvent choquer les gens. Mais on est dans un secteur, l’escalade, qui peut dégager une activité commerciale rentable. Ce n’est pas nouveau pour la FFME. Nous avons déjà monté, en 2014, une salle commerciale à Fontainebleau. À l’époque, c’était une vraie opportunité pour nous puisque l’armée a d’abord remis à neuf le bâtiment du Centre National des Sports de la Défense (CNSD). Et à cette occasion, Vinci, qui avait remporté le lot, a voulu travailler avec nous pour en faire une salle d’escalade. Cette salle est devenue la première salle fédérale ouverte à tous puisqu’on s’est dit que plutôt que de faire une salle d’escalade pour l’Équipe de France militaire, on allait faire du business. L’armée nous a donné son accord et voilà. Grosso modo, l’an dernier, la salle a rapporté 220 000 euros au budget de la fédé. Un excédent de 220 000 euros, c’est deux euros de moins à demander à chaque licencié de la FFME. Le futur espace bloc de Karma La Villette © FFME Vertige Media : Et avec Karma La Villette, vous espérez faire quel excédent ? Alain Carrière : Trois fois ça. Vertige Media : Donc près de 700 000 euros. Quelle part représenterait cet excédent commercial sur le budget total de la fédération ? Alain Carrière : Le budget de la FFME, c’est 12 millions. Donc la part peut sembler faible mais en réalité, elle représente beaucoup pour nous puisqu’on travaille ces projets commerciaux à la marge. On manque encore de moyens. « Je n’ai pas trop de doutes sur le succès de l’opération. Mais on peut toujours se tromper » Vertige Media : Ce projet présente-t-il un risque financier pour la fédération ? Alain Carrière : Bien sûr qu’il y a un risque. Les prévisions optimistes affichent de 500 à 700 000 euros d'excédent. Mais si ça ne marche vraiment pas, effectivement, on aura un souci. Après, on reste optimiste. On sera vigilant sur le démarrage mais on va faire une belle promotion de cette salle. Le projet est connu. Cette salle, on en parle. Elle est située dans un endroit où du monde viendra. C’est vrai qu’on a un gros emprunt (un peu plus de 3 millions d’euros, ndlr). Sur un budget à 12 millions, cela paraît important. Mais nos emprunteurs savent qu’on a un modèle économique raisonnable. On n’a pas eu besoin de leur annoncer que 200 personnes allaient grimper chaque jour pour les convaincre. Je n’ai pas trop de doutes sur le succès de l’opération. Mais on peut toujours se tromper. Vertige Media : La fédération a récemment augmenté le prix de la licence de 10 euros. Que répondez-vous à celles et ceux qui affirment que ce projet commercial se fait sur leur dos ? Alain Carrière : Que c’est exactement l'inverse. Tout d’abord, j’en conviens, ce qu’on a demandé aux adhérent·e·s de nos clubs, c’est énorme. On a beaucoup hésité, on a beaucoup travaillé pour l’expliquer et on a réussi à convaincre. Mais Il ne s’agit pas de faire peser l’emprunt sur les adhérent·e·s. Ce sont des croyances qui ne s’appuient pas sur la réalité des faits. « Sur ces sujets financiers, le grand sport national, c’est d’être sceptique sur les paroles des personnes qui assument des responsabilités » Vertige Media : Mais on pourrait se dire que si les projets commerciaux ne fonctionnent pas, ils entraînent aussi toutes les activités de la fédération… Alain Carrière : Alors c'est vrai que c'est la fédération qui emprunte. Et si personne ne vient grimper à la Villette, on sera sûrement embêté. Mais on cherchera à faire en sorte que ce ne soit pas les licencié·e·s qui payent. Pour l’instant, l’activité des salles Karma Fontainebleau et Karma La Villette font partie du budget de la fédération. Ce n’est pas une filiale. Peut-être que ça le sera un jour mais, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Nos budgets sont sectorisés. Chaque activité possède des lignes budgétaires différentes, clairement identifiées. Quand on fait des Assemblées Générales, on essaie de l’expliquer avec pédagogie. Il n'y a jamais eu de ligne du budget à la fédération pour équilibrer les comptes de Karma à Bleau. Et ce sera pareil pour la Villette. Sur ces sujets-là, le grand sport national, c’est d’être sceptique sur les paroles des personnes qui assument des responsabilités. Les gens se fondent sur des croyances. C'est difficile de combattre des croyances. Vertige Media : Concrètement, en quoi ces salles fédérales profitent aux clubs ? Alain Carrière : Encore une fois, grâce à son excédent, Karma Fontainebleau rapporte deux euros par licencié. C'est deux euros que la fédé va mettre au service de ses clubs et de ses athlètes. Ce sera davantage quand Karma La Villette sera excédentaire. Et je pense qu'elle le sera rapidement. Vertige Media : Fin 2021, l’Union des salles d’escalade (UDSE) accusait la FFME de sortir de son rôle. Comment avez-vous vécu cette période ? Alain Carrière : Difficilement. On n’a jamais caché nos intentions. En Assemblée Générale, on communiquait déjà clairement sur le fait que nous allions faire un emprunt pour monter une salle à la Villette. À l’époque, Karma Fontainebleau existait depuis six ans. L’UDSE a découvert ça et ils ont tout confondu. Ils méconnaissaient le dossier. Quand ils nous ont dit qu’on profitait des subventions d’État, c’était une erreur. Les subventions de l’État en faveur du développement de l’escalade sont uniquement fléchées vers les clubs et sur le haut-niveau. Donc effectivement, l’UDSE a communiqué avant de se renseigner. Mais bon, le monde actuel est fait comme ça. Ils ont fait des posts avec toute la finesse dont les réseaux sociaux sont capables. On a fait deux ou trois réunions pour expliquer qu'on payait l'impôt sur les sociétés, qu'on payait la TVA... La première réunion était un peu tendue mais voilà, on s’est expliqué. À ce moment-là ont appris que beaucoup de fédérations sportives avaient aussi des activités commerciales. Et aujourd’hui, ils ont compris. On travaille même ensemble sur des sujets communs comme la pollution des salles ou le recyclage de matériel. Vertige Media : D’autres projets de salles fédérales sont-ils à l’étude ? Alain Carrière : On ne ferme aucune porte. Il y a parfois des opportunités qui se présentent. Ça m’arrive de rencontrer des gens qui ont envie de travailler avec nous. Il y aura probablement d’autres Karma. Mais rien de concret à court terme. « L'effet JO est limité à cause du manque d'installations et du manque d'encadrants » Vertige Media : Depuis 20 ans, les licencié·e·s de la FFME ont quasiment doublé. Pourtant, votre directeur du département « Développement et Équipement », Vincent Maratrat, expliquait récemment que le territoire souffrait d’un manque criant d’installations. Comment l’expliquer ? Alain Carrière : Nos clubs grimpent sur des structures généralement construites par des collectivités.On grimpe donc sur des installations municipales, para-municipales, départementales. C’est le modèle sportif français. Et quand une collectivité locale construisait un mur, elle ne se disait que très rarement : « Tiens, on va mettre de l’escalade. » Depuis 10 ans, l’équipe de Vincent Maratrat essaie de faire du lobbying auprès des élus pour expliquer que l’escalade est aussi un sport indoor et qu’on peut faire des murs assez facilement. Donc c’est en train de changer, on en a de plus en plus mais ils sont très mal répartis sur le territoire. Si un gamin de province a envie de faire de l’escalade aujourd’hui, il est très probable qu’il faille faire une demi-heure de voiture pour l’emmener grimper. Et sa famille va peut-être lui demander de choisir un autre sport. © FFME Vertige Media : Ce maillage du territoire est donc clé pour l’avenir de la discipline… Alain Carrière : En effet, c’est pour cela qu’on intervient au salon des maires, des départements, qu’on accompagne nos structures déconcentrées… Et puis on fait la promotion de l’escalade auprès des collectivités et des gens qui les financent. On a un plan national de développement des structures artificielles d'escalade qui existe depuis plus de 20 ans et sur lequel on mettait de l'argent. Aujourd'hui, les collectivités pensent plus facilement à l'escalade. Maintenant, il faudrait davantage travailler sur des murs qui tiennent la route. Parce que faire des murs de 7 mètres de haut, comme il y en a plein dans les collèges, c'est absurde. Vertige Media : Pourquoi c'est absurde ? Alain Carrière : Parce que c’est hyper dangereux ! Le risque de retour au sol est quasi permanent. Il faudrait monter des murs d’au moins 9 mètres pour la difficulté. Et quand les structures ont une hauteur limitée, il vaudrait mieux mettre du bloc. Cette question des structures est centrale. Je l’ai redit à la ministre (des sports, Marie Barsacq, ndlr) à la Fête du Sport (le 14 septembre dernier, ndlr) quand je l’ai croisée. Elle me demande toujours s’il y a eu un « effet JO » pour l’escalade. Je lui ai répondu qu’il était limité à cause du manque de structures et du manque d’encadrants. Vertige Media : L’augmentation des licencié·e·s de la FFME impacte-t-elle la fréquentation des salles privées ? Alain Carrière : Oui. Nos licencié·e·s n’ont malheureusement pas accès aux structures d’escalade le dimanche, par exemple. De toute manière, ces deux mondes ne sont pas étanches. Il arrive souvent que nos clubs fassent des sorties en salle privée. Vertige Media : L’inverse est-il vrai ? Alain Carrière : C’est moins évident. Certaines salles ont monté des équipes de compétition et font venir des athlètes un peu connus qui font eux-mêmes un peu de promo pour le club mais ça reste marginal. L’intérêt de prendre une licence n’est pas perçu par les clients des salles commerciales. De notre côté, on doit réfléchir à nos produits licence. Est-ce que nous n’avons pas une marge de progression vis-à-vis des clients des salles privées qui ne connaissent parfois même pas l'existence de la fédération ? Je n’ai pas la réponse mais je me pose souvent la question. Vertige Media : Êtes-vous confiant sur la santé financière de la fédération ? Alain Carrière : Je suis confiant. On a augmenté la licence de façon extrêmement importante. Encore une fois, on a beaucoup hésité mais nous n'avions pas trop le choix pour anticiper le développement de la structure. Cela nous permet d’affronter les défis qui se poseront l’an prochain avec un peu plus de marge. Je suis optimiste sur l’avenir mais, financièrement, cela ne se fera pas sans quelques tensions.












