Balin Miller : un prodige de 23 ans meurt en rappel sur El Capitan
- Pierre-Gaël Pasquiou

- 4 oct.
- 3 min de lecture
Le grimpeur originaire d’Alaska, auteur du premier solo de la Slovak Direct au Denali, est mort le 1ᵉʳ octobre en redescendant la voie Sea of Dreams à Yosemite. Selon des témoins, il aurait poursuivi son rappel au-delà du bout de sa corde en tentant de récupérer un sac coincé. L’accident, encore en cours d’investigation, illustre le danger récurrent de ces manœuvres de descente en grande voie, souvent à l’origine d’accidents mortels.

Il avait terminé son ascension. Balin Miller, 23 ans, venait de sortir Sea of Dreams, l’une des voies les plus redoutées d’El Capitan. Mais, selon plusieurs témoins, son sac de hissage se serait coincé, l’obligeant à redescendre. Dans cette manœuvre devenue routinière, une erreur probable : poursuivre le rappel au-delà du bout de la corde, sans nœud d’arrêt. Sa chute, estimée à plusieurs centaines de mètres, lui a été fatale. L’enquête du National Park Service doit encore en préciser les circonstances exactes.
Un scénario fréquent dans une voie extrême
Sea of Dreams n’a jamais eu la réputation d’être une voie clémente. Ouverte en 1978 par Jim Bridwell, Dale Bard et Dave Diegelman, elle reste classée A4, symbole de l’artif engagé d’El Capitan. C’est pourtant sur une phase a priori plus anodine, le rappel final pour dégager un sac coincé, que tout aurait basculé. D’après des observateurs depuis la vallée, Miller aurait poursuivi sa descente au-delà du bout de sa corde. Une hypothèse encore à confirmer, mais qui renvoie à l’un des scénarios d’accidents les plus fréquents en grande voie.
L’ascension interrompue en direct
Le drame n’a pas seulement marqué par son issue, mais aussi par sa visibilité. Un spectateur, Eric Kufrin, suivait au télescope les cordées engagées sur El Capitan et diffusait en direct sur TikTok. Il ne visait pas spécifiquement Miller, mais la scène a été captée devant environ 500 spectateurs en ligne. Certains ont d’abord cru que le grimpeur diffusait lui-même, ce qui a été démenti. Reste que la chute d’un athlète au sommet de son art a été vue en temps réel, révélant l’exposition nouvelle des grandes parois à l’œil numérique.
Une trajectoire fulgurante
Né à Anchorage, Miller avait grandi dans les falaises locales avec son père et ses frères et sœurs. Pour financer ses expéditions, il enchaînait les jobs saisonniers – pêche au crabe, chantiers dans le Montana – et investissait tout dans ses projets alpins. En 2025, il avait frappé trois fois fort :
En janvier, avec la deuxième ascension connue de Reality Bath dans les Rocheuses canadiennes, réalisée en solo ;
En mai, avec French Connection sur le Mont Hunter, en solo ;
En juin, avec le premier solo de la Slovak Direct sur le Denali, 2 700 mètres avalés en environ 56 heures, une performance saluée comme historique.
À 23 ans, son nom circulait déjà dans la communauté comme celui d’un futur grand.
Les erreurs de rappel, talon d’Achille des grandes parois
L’American Alpine Club recense chaque année plusieurs accidents mortels liés au rappel. En 2023, 14 accidents ont été documentés, dont 8 fatals, souvent pour des raisons similaires : corde trop courte, absence de nœud, distraction. Le cas de Miller, tel que rapporté par les témoins, rappelle que la gravité ne réside pas uniquement dans la difficulté technique des voies, mais aussi dans la routine des manœuvres. À El Capitan, où l’engagement est déjà extrême, la moindre faille peut être fatale.
Balin Miller n’était pas un influenceur cherchant à nourrir l’algorithme, mais un grimpeur obsédé par les parois les plus hostiles. Surnommé « Orange Tent Guy » pour son portaledge visible dans la vallée de Yosemite, il incarnait une génération prête à vivre léger et à grimper fort, quitte à repousser les marges. Sa mort, brutale et filmée malgré lui, laisse l’image d’un talent stoppé net au seuil d’une carrière hors norme.














