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  • Un homme, une voie : pour une cotation démocratique

    Les plus forts s'arrogent souvent le pouvoir de coter. Mais ont-ils vraiment raison ? Entre philosophie de la perception, intelligence collective et carcasses de bœuf, quelques concepts éprouvés démontrent que la foule grimpante peut être plus fiable que l'élite. La cotation n'est pas aristocratique, elle est bien démocratique. Et voici pourquoi. (cc) Frederick Shaws / Unsplash Il y a quelque temps, une voie venait d'être ouverte dans la salle que je fréquente, et comme toujours, chacun·e était libre de l'essayer avant que sa cotation ne soit annoncée. L'enchaînant, je la trouvais plus dure que ce que sa lecture ne me laissait supposer. Il m'a fallu batailler jusqu'au bout pour clipper le relais. Croyant faire preuve de prudence, je pris le parti de proposer 6c+, voire 7a, déclenchant une tornade de commentaires acerbes : « Et pourquoi pas 7b ? ». La cotation serait fixée à 6c. Un point, c'est tout. Prises et préjugés Cette anecdote illustre bien la tension qui existe entre deux conceptions de la cotation. La première a quelque chose d'aristocratique parce qu'elle prétend que la cotation retenue doit refléter les méthodes les plus simples, et donc la plus basse des propositions. Or, plus vous êtes fort·e, plus la chose va vous sembler facile, et ce sont donc les plus fort·e·s qui dictent la cote pour l'ensemble du groupe. En face, on trouve un autre modèle qui part d'un principe beaucoup plus démocratique : tout le monde est habilité à se prononcer, quel que soit son niveau, et la cotation doit s'établir sur la moyenne des propositions, pouvant donc être plus haute que ce qu'en pensent les plus fort·e·s. Évidemment, vous entendrez souvent ces dernier·ère·s plaider pour la première approche. C'est logique : iels défendent leur boutique. Quant à moi, je penche pour le modèle démocratique. D'abord, parce que ne faisant pas partie de leur groupe, je n'ai aucune envie de me laisser écraser par les plus fort·e·s. Mais surtout, parce que je pense qu'il y a de très sérieux arguments contre la conception aristocratique. Étymologiquement d'abord. L'aristocratie désigne le gouvernement des « meilleur·e·s ». Or, comme me le rappelait un ami, un·e grimpeur·se peut être très fort·e et d'une stupidité quasi complète. On ne voit donc pas pourquoi ses attributs physiques confèreraient la moindre valeur supplémentaire à son opinion. Mais, nous dira-t-on, pour devenir si fort·e, il a fallu beaucoup grimper, se confronter à différents styles, et c'est cette expérience-là que le·la fort·e grimpeur·se, ou plutôt, le·la grimpeur·se expérimenté·e, peut mettre en valeur pour réclamer un statut particulier et accaparer le pouvoir de coter. Le·la fort·e grimpeur·se n'est pas simplement un·e grimpeur·se fort·e, c'est aussi et surtout un·e meilleur·e grimpeur·se parce qu'il·elle grimpe beaucoup. « Il est tout à fait possible que les plus fort·e·s et les plus expérimenté·e·s perçoivent les prises plus grosses qu'elles ne le sont réellement » D'où mon deuxième argument. Dans sa Phénoménologie de la perception, Maurice Merleau-Ponty souligne que nos perceptions ne sont pas le reflet neutre des objets qui nous entourent. Elles sont déformées par notre corps, notre vécu, notre expérience, etc. Et, puisqu'elles sont à leur source, ces perceptions vont influencer nos idées et nos jugements à l'égard du monde autour de nous. Cette théorie que les Anglo-Saxons appellent l'« embodied perception theory » se trouve à la base d'une étude publiée par Rob Gray en 2014 dans l'International Review of Sport and Exercise Psychology, citée dans une excellente vidéo de Kris Hampton (grimpeur, coach et créateur de contenu américain, ndlr). Gray montre que « ce que nous percevons n'est pas la représentation fidèle de "ce qui est au dehors" mais plutôt le reflet de notre habileté à agir sur les objets de notre environnement ». De ce fait, dit-il, « les objets de l'environnement sportif sont perçus différemment par des experts et par des athlètes moins avancés ». Pour le prouver, le psychologue américain se fonde sur plusieurs expériences. Parmi d'autres exemples, Gray montre que des joueur·euse·s de golf voient le trou plus grand ou plus petit suivant leurs aptitudes personnelles. La vidéo de Kris Hampton Cotation, piège à cons ? Or, comme le souligne Kris Hampton, il n'y a aucune raison de penser que nous autres grimpeur·se·s échapperions à de tels biais cognitifs. Au contraire, il est tout à fait possible que les plus fort·e·s et les plus expérimenté·e·s perçoivent les prises plus grosses qu'elles ne le sont réellement. Pour eux·elles, la difficulté devient donc proportionnellement plus faible, et il faut abandonner l'idée que les plus fort·e·s sont plus aptes à coter correctement. Leur expérience et leur force auront tendance à leur faire sous-estimer la difficulté. C'est d'ailleurs la même chose pour les débutant·e·s et les plus faibles, qui auront tendance à la surestimer. Bref, personne n'a la moindre capacité à juger de façon objective la difficulté d'une action, qu'il s'agisse de jouer un drive ou de faire un 6a. « À la base, l'ouvreur propose une cote. Il ne cote pas. Ensuite, c'est l'ensemble des grimpeurs qui va déterminer la cote. C'est donc la collectivité qui va donner la cote » Un grimpeur interrogé Le sort de la conception aristocratique est réglé : les plus fort·e·s ne sont pas meilleur·e·s par cela seul qu'ils·elles sont fort·e·s. Leur voix n'a aucun privilège. Faut-il donc préférer une cotation démocratique où toutes les voix seraient égales ? Soit, mais dans ce cas, on doit admettre que Gérard, deux mois d'escalade et trois 5c, est aussi pertinent que Claudine, dont le carnet de croix déborde de 7b. Refuser le modèle aristocratique revient à admettre que la voix des débutant·e·s et des incompétent·e·s vaut autant que celle des meilleur·e·s et des plus fort·e·s. Est-ce bien raisonnable ? La cote de bœuf Dans un passage des Politiques, Aristote montre que l'opinion de la foule ignorante est meilleure que celle du meilleur ou de la meilleure d’entre eux. En réunissant un grand nombre d'individus aux opinions les plus diverses, et en les laissant discuter librement, vous entendrez s'exprimer toutes sortes d'avis, parmi lesquels la ou les meilleures solutions auront beaucoup plus de chances d'apparaître qu'en consultant un·e ou deux spécialistes. La masse augmente la probabilité de tomber sur la bonne réponse, parce qu'elle multiplie le nombre des réponses. Une sorte d'intelligence collective émerge de l'accumulation des ignorances. La chose a été confirmée à son corps défendant par Sir Francis Galton à la fin du XIXe siècle. Ce lord anglais, souhaitant prouver que la foule est idiote et qu'on ferait mieux de confier le pouvoir aux « meilleur·e·s », avait imaginé une petite expérience. Lors d'une foire agricole, il avait demandé au public d'estimer le poids d'une carcasse de bœuf. Parmi les 787 propositions retenues, il y en avait de plus ou moins fantaisistes. Mais, contre toute attente et au plus grand désespoir de notre aristocrate, l'estimation collective se révéla précise à la livre près, quand l'avis des meilleur·e·s spécialistes – les boucher·ère·s – était bien plus éloigné. En matière de cotation comme de bœuf, on peut estimer que c'est au contraire l'opinion de la foule qui est la meilleure. La moyenne des avis des débutant·e·s, des fort·e·s, des grand·e·s, des petit·e·s, des jeunes, des ancien·ne·s, des handicapé·e·s, cette moyenne-là (pourvu que chacun·e s'exprime de la façon la plus honnête et la plus indépendante possible) est en réalité meilleure que l'avis des fort·e·s grimpeur·se·s, des grimpeur·se·s d'expérience, des octo et nonogradistes, bref, de celles et ceux qui prétendent être « meilleur·e·s » et se réserver ce privilège particulier : le pouvoir de « dire la cote » comme d'autres « disent la loi ». Car coter est un pouvoir. C'est un instrument de domination par lequel quelques-uns imposent à tou·te·s leur opinion et leur jugement. Et c'est pourquoi coter ne peut pas être un acte individuel. Comme le soulignait un grimpeur que j'interrogeais récemment à ce sujet, « à la base, l'ouvreur propose une cote. Il ne cote pas. [Ensuite] c'est l'ensemble des grimpeurs qui va déterminer la cote. C'est donc la collectivité qui va donner la cote ». Coter ressemble ici à voter. Chacun·e propose, tout comme chacun·e vote, mais la cotation, de son côté, est comme l'élection : c'est un acte qui appartient au groupe sur la base de l'ensemble des opinions exprimées. Coter est l'acte souverain de la communauté tout entière qui ne saurait être usurpé par une minorité sous prétexte de sa compétence particulière, parce que le groupe dans son ensemble est toujours meilleur que la ou les meilleur·e·s de ses individualités. Donc, la prochaine fois que vous vous demandez combien vaut ce que vous venez de grimper, tâchez de donner votre opinion la plus honnête sans vous laisser influencer par celle des autres. Puis confrontez-la au maximum d'avis. Car la somme de vos jugements sera bien plus fiable que la parole du ou de la meilleur·e grimpeur·se du monde, et vous aurez par là fait votre devoir de grimpeur·se-citoyen·ne !

  • Journal d’un ouvreur qui vous déteste un peu, mais cordialement

    Il y a, dans chaque salle d’escalade, une figure discrète à qui l’on demande de produire du jeu, du désir, de la progression et du sens, tout en absorbant sans broncher les frustrations de celles et ceux qui consommeront son travail. Ce texte imagine la petite musique intérieure de l’un d’entre eux. Blocbuster Courbevoie © Vertige Media Il est 7 h 12 et, pour être tout à fait honnête, je vous déteste déjà. Pas vous personnellement. Je ne vous connais pas encore. Je déteste ce que vous allez devenir d’ici 19 heures. Je déteste d’avance vos petites phrases. Vos petites expertises de bord de tapis. Vos diagnostics sans appel sur « ce qui marche » et « ce qui ne marche pas ». Votre manière très contemporaine de transformer un bloc raté en problème conceptuel. Votre incapacité à envisager que si un mouvement ne passe pas, ce n’est pas forcément le symptôme d’une faillite philosophique de l’ouverture française. J’arrive à la salle avant vous, évidemment. C’est l’un des rares privilèges du métier : profiter quelques minutes d’un lieu encore vide, avant que n’y entre la grande procession des juges improvisés. Les volumes dorment encore. Les prises ont cette neutralité provisoire qu’elles perdent dès qu’un humain commence à leur projeter dessus ses névroses de placement de bassin. Le dos tire un peu. On démonte. On trie. On nettoie. On visse. On dévisse. On hésite. On recommence. C’est une drôle de cuisine, l’ouverture. Un mélange de bricolage, de chorégraphie, de sadisme contenu et de service après-vente anticipé. Il faut penser au geste, à la lecture, à la progression, aux corps différents, aux niveaux différents, à l’identité de la salle, au renouvellement, à l’ennui des fort·e·s, à la peur des novices. Bref, il faut gouverner. « Un ouvreur qui râle sur un bloc qu’il vient lui-même d’ouvrir, c’est presque de la recherche et développement » L'ouvreur est un petit ministre de l’Intérieur. Que cela vous plaise ou non, il gère les flux, les tensions, les revendications, les frontières du tolérable. Il dessine des couloirs de circulation mentale. Il distribue de l’espoir par couleur. Il organise la frustration pour qu’elle reste productive. Il conçoit des petites crises dont vous pourrez sortir grandi·e·s, ou vexé·e·s, mais idéalement pas les deux trop longtemps. Il doit créer de la difficulté, oui, mais surtout du sens. Et le sens, en salle, c’est devenu une denrée capricieuse. Vers 10 heures, le premier collègue teste un jeté. Il tombe. Il recommence. Il râle. Très bon signe. Un ouvreur qui râle sur un bloc qu’il vient lui-même d’ouvrir, c’est presque de la recherche et développement. On affine. On change une prise de pied. On baisse un peu l’intensité du départ. On garde le sale mouv’ du milieu, parce qu’il y a une limite à la bienveillance. Vous arrivez vers midi. Je vous reconnais tout de suite. Il y a d’abord les évaluateurs. Ceux qui ne grimpent pas un bloc sans lui coller instantanément un verdict. « Ça, c’est pas une rouge. » Merci, Fabrice. C’est vrai que j’attendais ton avis. J’avais bien essayé de convoquer un collège international, mais il se trouve que tu étais juste à côté de la fontaine, avec un strap douteux au majeur et un short à fleurs, donc on va partir sur ton expertise. Le rapport des grimpeur·se·s à la cotation est un roman comique en soi. Vous la réclamez comme on réclame la vérité, alors que vous la traitez ensuite comme une offense personnelle. Si c’est trop bas, vous y voyez une insulte à votre niveau. Si c’est trop haut, une insulte à votre intelligence. Si c’est pile ce que vous faites d’habitude, vous trouvez soudain que la cotation est « assez cohérente ». Comme par hasard. Vous vouliez une mesure, vous cherchez en réalité un miroir. « Tu as transformé vingt secondes d’expérience en fiche technique de montage IKEA » Un peu plus tard surgit la sprayeuse. La sprayeuse ne grimpe jamais seule. Elle est toujours accompagnée de sa propre voix qui explique – souvent trop vite, souvent trop fort – comment faire le passage. Elle ne conçoit pas qu’un bloc puisse être un espace de recherche privée, de face-à-face intime avec sa propre nullité passagère. Non. Il faut verbaliser. « Non mais en fait là faut engager main gauche, après talon, après tu vises la réglette. » Merci. Tu as transformé vingt secondes d’expérience en fiche technique de montage IKEA. Le plus redoutable, c'est qu'elle est persuadée d’aider. Puis arrivent les esthètes, qui ne tardent jamais à se muer en critiques gastronomiques. Ceux-là sont raffinés, mais tout aussi épuisants. Ils réclament des blocs « coordo sans être parkour », « physiques mais subtils », « morpho pour tout le monde ». S'ils échouent, ils ne disent jamais « j’aime pas ». Ils disent : « Je comprends l’intention, mais… » Ce « mais » est leur royaume. Après, tout peut venir. « Je trouve que ça manque un peu de continuité. » « Le mouv’ de sortie est pas très intéressant. » « Y a une rupture de proposition. » Une rupture de proposition. Magnifique. On croirait entendre un commissaire d’exposition parler d’une installation vidéo subventionnée à Pantin. Le problème, c’est qu’un bloc, comme toute forme un peu sérieuse, a parfois besoin d’être légèrement injuste pour être mémorable. Injuste au sens où il ne s’excuse pas d’exister. Où il vous force à sortir de vos rails. Mais vous, souvent, vous voulez être déplacés à condition que ce déplacement ait déjà été validé par vos habitudes. Alors vous jugez l’ouverture avec la paix intérieure de gens qui ne risquent rien. Vous n'avez rien vissé, rien testé, rien assumé, rien livré à la fréquentation. Vous êtes juste là, face à un morceau de résine, à expliquer que « le set est un peu inégal cette semaine ». « Le problème n’est peut-être pas que je déteste les grimpeur·se·s. Le problème, c’est que je les connais trop bien » Je n'oublie pas les brosseurs absents. Ou plutôt : ceux qui devraient l'être mais ont choisi une autre voie. Ils grimpent un bloc noir de magnésie, le regardent redevenir fossilisé d’essais, puis repartent comme s’ils venaient de traverser un lieu public financé par personne. L’absence de brossage est l’un des plus beaux condensés anthropologiques de l’escalade indoor contemporaine. Vous voulez une expérience premium, mais le maintien de cette expérience doit toujours être assuré par un autre. De préférence invisible. C’est là qu’on comprend que l’ouverture n’est pas simplement un travail de création. C’est un service. Vous produisez les conditions du plaisir des autres, puis vous regardez ces autres considérer ce plaisir comme un dû. L’ouvreur est à la fois auteur, manutentionnaire, technicien de sécurité, et réceptacle commode à frustrations. Il est celui dont on oublie le nom quand la séance s’est bien passée, et celui qu’on imagine immédiatement responsable quand elle s’est mal passée. Évidemment, je force le trait. Vous me cherchez aussi. Cependant, il existe aussi des grimpeurs et grimpeuses qui regardent vraiment. Qui sentent quand une ligne propose quelque chose. Qui perçoivent la nuance entre un passage sale et un passage exigeant. Ceux-là existent. Ils sont même la seule raison pour laquelle je ne me reconvertis pas dans la plomberie ou l’élevage de chèvres. Car malgré tout, ouvrir reste l’un des métiers les plus étrangement beaux de ce petit théâtre vertical. On y écrit des phrases que d’autres liront avec leurs doigts, leurs hanches, leurs peurs. On y voit naître des déclics soudains, des joies très nettes. Une salle bien ouverte, ce n’est pas juste une salle avec de nouveaux blocs. C’est un lieu où des centaines de personnes vont pouvoir rejouer à leur manière une série de problèmes pensés pour elles, sans avoir été dessinés à leur mesure exacte. À 19 h 30, la salle est pleine. Je fais semblant de ranger. Une ado trouve tout de suite la méthode que trois adultes musculeux n’avaient pas vue. Une débutante réussit un mouvement qu'elle jurait impossible et descend avec ce visage pur qu’on devrait breveter. Et je me dis, comme chaque fois, que le problème n’est peut-être pas que je déteste les grimpeur·se·s. Le problème, c’est que je les connais trop bien. Alors non, je ne vous déteste pas tout à fait. Disons que je vous trouve fatigants avec précision. Et que c’est précisément pour ça que j’ouvre encore.

  • Orpierre : un grimpeur italien meurt après une chute de 20 mètres

    Un grimpeur italien né en 1940 est mort samedi 25 avril après une chute d’environ 20 mètres sur la falaise du Château, à Orpierre, dans les Hautes-Alpes. Il évoluait en tête au sein d’un groupe non encadré. Une enquête a été ouverte pour déterminer la manœuvre à l’origine du drame. (cc) Luis Andrés Villalón Vega / Unsplash L’accident s’est produit aux alentours de 11h30, samedi 25 avril, sur la falaise du Château, l’un des secteurs emblématiques surplombant le village d’Orpierre. Selon les informations du Dauphiné Libéré, confirmées par le parquet de Gap, la victime est un ressortissant italien né en 1940. Il aurait chuté de près de 20 mètres alors qu’il se trouvait « en position de tête ». Les secours de la CRS Alpes de Briançon sont intervenus sur place avec deux secouristes et un médecin urgentiste, appuyés par la section aérienne de la gendarmerie. Grièvement blessé, le grimpeur a été hélitreuillé puis transporté vers l’hôpital de Gap, mais il est décédé durant le transfert. L’enquête doit préciser la manœuvre en cause Une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte et confiée à la CRS Alpes. L’objectif, selon Marion Lozac’hmeur, procureure de la République de Gap, est de « déterminer précisément la manœuvre à l’origine de la chute ». À ce stade, aucune information n’a filtré sur la voie précise, les circonstances exactes de la chute ou une éventuelle défaillance dans la chaîne d’assurage. La falaise du Château, orientée sud-est, est un site de couennes très fréquenté, comptant plus d’une centaine de longueurs. Située juste au-dessus du village, elle fait partie des secteurs les plus accessibles d’Orpierre, avec des voies dont la hauteur peut atteindre plusieurs dizaines de mètres. Comme sur tout site sportif en milieu naturel, l’équipement de la falaise ne remplace jamais la vigilance de la cordée, notamment lors des manœuvres de corde et d’assurage. Un site suivi de près Ce drame rappelle la fragilité de la pratique en milieu naturel, même sur les sites les plus aménagés. Orpierre est pourtant l’un des lieux d’escalade les plus structurés de France : la commune dispose d’une commission dédiée à l’entretien, à l’aménagement et au suivi des risques sur ses quelque 670 longueurs. Sur son site officiel, la commission rappelle régulièrement que la sécurité repose aussi sur l’autonomie des grimpeur·se·s. Elle cite notamment plusieurs erreurs classiques observées en falaise : assureur distrait, manœuvres de relais approximatives, absence de nœud en bout de corde ou vigilance insuffisante au pied des voies. Cet accident survient deux ans après le décès d’une adolescente de 16 ans sur le même site, en avril 2024. Le procès, clos en juillet 2025, avait mis en évidence une erreur humaine liée à l’utilisation d’une corde trop courte. Pour l’accident de ce samedi, les circonstances restent encore inconnues. Seules les investigations permettront de déterminer ce qui a provoqué la chute.

  • Orpierre : le CAF de Roanne jugé après la chute mortelle d’une adolescente

    Une adolescente de 16 ans est décédée après une chute survenue le 18 avril 2024 lors d’un stage d’escalade organisé à Orpierre, dans les Hautes-Alpes. L’ancien président du Club Alpin Français de Roanne, le responsable escalade du club et l’association seront jugés le 15 mai devant le tribunal correctionnel de Gap pour homicide involontaire. L’accident s’est produit le 18 avril 2024, sur le secteur des Blaches, à Orpierre. Ce jour-là, un groupe de vingt adolescent·e·s, âgé·e·s de 14 à 17 ans, participe à un stage d’escalade organisé par le Club Alpin Français de Roanne. Huit bénévoles encadrent la sortie. Au cours de l’après-midi, une grimpeuse de 16 ans chute d’une quinzaine de mètres. Grièvement blessée, polytraumatisée et inconsciente, elle est prise en charge par les secours de haute montagne avant d’être héliportée vers l’hôpital de Grenoble. Elle succombera à ses blessures quelques jours plus tard. Une audience prévue à Gap Dix mois après le drame, le dossier arrive devant la justice. L’ancien président du CAF de Roanne, le responsable escalade du club et l’association elle-même doivent comparaître le 15 mai prochain devant le tribunal correctionnel de Gap. Ils seront jugés pour homicide involontaire. L’enquête a été menée par la gendarmerie de Briançon et le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM). Elle devra permettre d’établir les circonstances précises de l’accident et les éventuelles responsabilités dans l’organisation du stage, l’encadrement du groupe et les conditions de pratique sur le site. Selon plusieurs éléments évoqués depuis le drame, la question du matériel utilisé pourrait être au centre des débats, notamment celle d’une corde qui n’aurait pas été adaptée à la hauteur de la voie. Sollicitée sur ce point, la procureure n’a pas souhaité commenter cette hypothèse avant l’audience. Des encadrants déjà sanctionnés Avant le procès, des sanctions administratives ont déjà été prononcées. Le Conseil Départemental de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative (CDJSVA) a suspendu quatre encadrants impliqués dans l’organisation du stage : deux pour une durée d’un an, deux autres pour une durée de deux ans. La préfecture de la Loire a ensuite pris une mesure plus lourde, en prononçant quinze ans d’interdiction d’encadrement à l’encontre de ces quatre personnes. Le club s’est également vu interdire l’organisation de stages de plus de trois jours pendant cinq ans. Ces décisions ont profondément affecté le fonctionnement du CAF de Roanne. Plusieurs stages ont été annulés, le club a perdu des adhérent·e·s et son activité d’encadrement a été fortement réduite. Cette année, aucun stage ne sera organisé, en hommage à la victime. L’encadrement au cœur du dossier Le procès devra déterminer si des fautes ont été commises et si elles ont contribué à la chute mortelle de l’adolescente. Dans une activité où la sécurité repose sur une chaîne de gestes précis — choix du matériel, vérification des nœuds, longueur de corde, consignes données, surveillance des cordées — la justice devra établir si l’accident relève d’une erreur isolée, d’un défaut d’organisation ou d’un enchaînement de négligences. L’audience ne portera pas seulement sur les circonstances techniques de la chute. Elle devra aussi interroger les responsabilités propres à l’encadrement bénévole en falaise, dans un contexte où les clubs jouent un rôle central dans l’apprentissage de l’escalade en milieu naturel. Le tribunal de Gap devra dire ce qui, ce jour-là, n’a pas fonctionné. Et si ces manquements relèvent de l’imprudence, de la négligence ou d’une responsabilité pénale.

  • Mélissa Le Nevé : « Je suis un animal un peu sauvage »

    Figure emblématique de l'escalade mondiale et première femme à vaincre le mythique 9a Action Directe, Mélissa Le Nevé cultive le mystère autant que l'exigence. Derrière le palmarès vertigineux se cache une athlète éprise de liberté, qui a fait de la grimpe un laboratoire de vie et de la nature son refuge absolu. Rencontre éthérée. Mélissa Le Nevé © Rémi Fabregue La salle d'escalade parisienne est encore préservée de la foule en ce début de journée. Avant le lacement La Sportiva Climb World Tour, l'accueil de Climb Up Porte d'Italie ne bruisse même que d'une conversation entre Caroline Ciavaldini, Mélissa Le Nevé et un couple de blogueurs, habillés de la tête aux pieds par l'équipementier italien. La poignée de main est polie, mais la grimpeuse est ouvertement sur la réserve. Il faudra montrer patte blanche et garantir le respect de sa parole pour que l'armure se fende. D'elle-même, elle en sourira. Car quelques instants plus tard, au moment de se lancer dans l'échange, Mélissa Le Nevé confie : « Je suis arrivée très méfiante. Je suis un animal un peu sauvage. J'ai besoin d'être apprivoisée ». Des Vosges au bitume bordelais Pour comprendre l'énigme Le Nevé, il faut remonter à la source, du côté de Gérardmer, dans les Vosges. Un « petit coin de paradis » où elle confie avoir vécu une enfance de rêve, rythmée par une liberté absolue et une connexion charnelle à l'extérieur. Mais à l'aube de ses 10 ans, cet équilibre originel se rompt : son père, ingénieur spécialisé dans la résistance du bois, est muté en Gironde. L'atterrissage est brutal pour la petite fille. « Quand je suis arrivée à Bordeaux, j'ai eu beaucoup de soucis à m'intégrer, explique-t-elle. Une grande ville, très en opposition avec Gérardmer... J'avais un problème d'intégration, de codes. » « J'étais quelqu'un qui avait du mal à respirer. Je tremblais, j'avais peur de beaucoup de choses » Déracinée, l'adolescente introvertie cherche sa place. L'océan l'attire, mais faute de moyens financiers pour s'offrir une planche de surf et assumer les allers-retours, elle s'inscrit un peu par hasard sur la liste d'attente d'un club d'escalade, à Cestas. Un an plus tard, l'acceptation sonne comme une révélation. « Ça a été vraiment un coup de foudre quand j'ai commencé à grimper. Je me suis vraiment sentie à ma place tout de suite », se souvient-elle. Au-delà du sport, elle y découvre des figures tutélaires — de jeunes retraités animant le club — qui l'emmènent faire ses premières armes en extérieur, en Ariège, et lui transmettent un amour profond pour la nature. Mélissa Le Nevé © Rémi Fabregue Surtout, la grimpe devient un antidote inespéré à ses angoisses naissantes. « J'étais quelqu'un qui avait du mal à respirer. Je tremblais, j'avais peur de beaucoup de choses », confie-t-elle. L'escalade lui offre un écosystème salvateur et un ancrage. Une bouée de sauvetage pour cette jeune fille avide d'expériences, qui multiplie les passions : elle fait du saut à la perche le mercredi avec celle qui deviendra « sa sœur », la grimpeuse et perchiste Alizée Dufraisse, et étudie rigoureusement la musique, au point de jouer Carmen en tant que clarinette soliste. La compétition comme miroir Contrairement au cliché de la machine, Mélissa Le Nevé s'est lancée dans les compétitions avec une approche clinique de ses propres failles. Profondément sujette au stress, elle y cherchait un terrain d'apprentissage pour s'apprendre « Je me suis mis dans ces états de gestion du stress pour essayer de savoir qui j'étais », analyse-t-elle aujourd'hui. Elle dresse d'ailleurs un parallèle intéressant entre son déracinement bordelais et le circuit compétitif, y voyant une même quête : « Est-ce que finalement, la compétition n'est pas une situation d'intégration ?, apostrophe-t-elle. C'est faire partie socialement d'un truc qui va dans une même direction. » « Et est-ce que ce ne sont pas les hommes qui ont peur ? » Les prises et le mur deviennent alors ses outils d'introspection. « Pour moi, c'est un miroir l'escalade, plaque-t-elle. Ça m'a permis de prendre un peu de recul, d'arriver à mieux respirer, à confronter certaines peurs, à gérer certaines émotions. » Chaque voie devient un dialogue intérieur, une façon de décortiquer ses propres blocages. Avec des bénéfices tangibles, bien au-delà du palmarès : la compétition lui a tout simplement appris à s'ouvrir au monde, à être capable d'affronter le regard des autres « sans être rouge comme une tomate et sans bégayer ». Pourtant, cette quête intime et réparatrice se heurte parfois aux impératifs institutionnels. Face à l'exigence du haut niveau — à l'image de ce jour où, après avoir décroché deux médailles d'argent, le DTN (directeur technique national, ndlr) lui demande sèchement : « Quand est-ce que tu gagnes l'or ? » —, elle apprend à former une bulle imperméable. La performance ne sera jamais une fin en soi, mais un moyen. « Il y a des rituels où les jeunes guerriers vont dans la forêt pour rencontrer tout ce pouvoir de la nature, dit-elle. Moi, je le vois comme ça. » L'escalade, une « force féminine » Cette fine lecture d'elle-même se reflète inévitablement dans le regard qu'elle porte sur l'évolution de son sport. En tant que première femme à avoir vaincu le mythique 9a Action Directe, elle observe avec fascination la nouvelle génération réduire l'écart avec les hommes d'une manière quasi inédite. Mais lorsqu'on s'agace devant elle d'un traitement médiatique parfois maladroit, elle s'extrait de la polémique avec une pointe de malice. « Et est-ce que ce ne sont pas les hommes qui ont peur ? » glisse-t-elle, amusée. Plus que la comparaison à tout prix, c'est la dynamique globale de fond qui la réjouit. « Je vois vraiment l'escalade comme une force féminine qui avance et qui montre un exemple de parité. Avec plusieurs vrais modèles, avec des forces de caractère, c'est hyper intéressant », exprime-t-elle. C'est toute une génération qui s'émancipe et qui redéfinit les codes de la performance sur le rocher, en s'inspirant mutuellement, prouvant qu'il n'y a pas besoin d'une seule reine au sommet, mais d'une multitude de voies possibles. « J'aime quand les relations sont profondes, bien connectées » Si l'évolution des entraînements y est pour beaucoup, Mélissa Le Nevé estime que l'essence même de la discipline joue en faveur de cette parité. L'escalade moderne désacralise le muscle au profit du mouvement juste. « Grâce à la gravité, je pense qu'on arrive à être à peu près égal. Il y a le mouvement, il y a la souplesse, il y a la prise de décision, le mental, la gestion des émotions. » L'appel de l'air Retirée du circuit compétitif depuis fin 2016 pour se consacrer au rocher, Mélissa Le Nevé cultive un jardin secret particulièrement riche, à mille lieues des préoccupations habituelles du milieu. Elle lit le psychanalyste Carl Jung et s'est passionnée, un temps, pour la littérature de l'Est – de Boulgakov aux auteurs de l'ex-Yougoslavie – car elle était « fascinée par comment autant de souffrances a pu créer autant de chefs-d'œuvre ». Des études d'ethnologie et des voyages profondément marquants au Malawi et à Madagascar l'ont même poussée, plus jeune, à envisager une carrière de grande reporter. « Ce qui me rend heureuse, c'est de voir un oiseau voler » Mais face au fracas du monde et à l'immensité des enjeux sociétaux, l'athlète a fini par opter pour une simplicité assumée, loin de tout cynisme. « J'ai l'impression que moi en tant que fourmi, je ne vais pas faire avancer le cheminement », théorise-t-elle. Ce constat lui a permis d'acter que sa propre place dans le monde consistait avant tout à y être heureuse, et d'inspirer les autres à travers sa passion plutôt que par de grands discours. Ce choix de vie la pousse à concentrer son énergie sur l'authenticité de ses rapports humains, fuyant la complaisance des mondanités. Le small talk, très peu pour elle. « J'aime quand les relations sont profondes, bien connectées. La superficie, pour moi, c'est quelque chose que j'arrive à gérer maintenant. Je suis quelqu'un de franc et direct. J'essaie d'être apaisée et de poser mes mots. » Une quête de sens radicale, qui façonne ses rencontres dans l'escalade comme dans la vie de tous les jours. Aujourd'hui installée du côté de L'Argentière-la-Bessée, aux portes des Écrins, elle file des jours qui lui ressemblent, sans s'enchaîner à un point fixe sur la carte. Avec ses mots, ça donne des aphorismes : « Je suis vraiment un oiseau libre ». Mélissa Le Nevé © Rémi Fabregue Surtout, l'air est venu supplanter la roche à bien des égards. Depuis la pandémie, elle s'est prise d'une passion dévorante pour le parapente. Interrogée sur ce qui la nourrit vraiment au quotidien, sa réponse esquive la résine et les falaises. « Ce qui me rend heureuse, c'est de voir un oiseau voler. Ce que j'adore, c'est de m'assoir avant de déployer mon parapente, et d'observer les oiseaux », décrit-elle. Le regard pétillant, elle raconte un vol au-dessus du Vercors : « Je me suis retrouvée nez à nez avec un gypaète barbu. C'est immense. Je pense que c'est un des plus beaux moments de ma vie, franchement. De voler, d'avoir ce privilège ». La grimpeuse aux aguets des premières minutes a laissé place à une femme contemplative, soulagée d'avoir pu arpenter d'autres sentiers que ceux de la pure performance sportive. Cela dit, même les oiseaux rares doivent composer avec les invariables. L'heure tourne et Mélissa Le Névé doit attraper un train. On aura beau vouloir suspendre le vol, il est temps de redescendre sur terre.

  • « Avoir plus de monde dans sa salle d'escalade ne signifie plus gagner plus d'argent »

    Ancien directeur du plus grand centre d'escalade britannique, Westway, et aujourd'hui consultant pour le secteur, Jez Tapping observe depuis dix ans la transformation d'une industrie qui ne cesse de se réinventer. Entre consolidation accélérée, professionnalisation forcée et diversification des modèles économiques, le Royaume-Uni traverse des mutations aussi profondes que spécifiques. Et il fallait bien prendre le thé pour comprendre. Entretien bien infusé. Jez Tapping © courtoisie de Jez Tapping Vertige Media : Comment résumeriez-vous l'état actuel de l'escalade indoor au Royaume-Uni ? Jez Tapping : L'année dernière, le secteur a connu une baisse de revenus de 11 et 15 %. Cette année, le premier trimestre a été solide, mais nous sortons clairement de la phase d'expansion pour entrer dans une phase de maturation. Cela se traduit par de nombreuses opérations de fusions-acquisitions : les grosses structures rachètent les petites. On observe aussi une professionnalisation accrue des opérateur·rice·s indépendant·e·s : ces grimpeur·se·s passionné·e·s qui ont monté leur salle ont besoin de monter en compétences sur certains postes clés comme les ressources humaines ou la gestion financière. Une salle d'escalade ne roule plus toute seule, c'est un business désormais complexe, qu'il faut maîtriser. « À Londres, on est passé de 15 salles avant le Covid à 34 aujourd'hui » Vertige Media : Par quels phénomènes concrets se traduit ce business complexe ? Jez Tapping : Le phénomène majeur selon moi, c'est l'érosion du segment intermédiaire. Les salles se concentrent désormais sur les débutant·e·s d'un côté, et les grimpeur·se·s avancé·e·s de l'autre. Les grimpeur·se·s moyen·ne·s sont un peu oublié·e·s. Et puis, il y a un autre changement fondamental : le découplage entre fréquentation et revenus. Avoir plus de monde dans sa salle ne signifie plus automatiquement gagner plus d'argent. Vertige Media : Comment expliquer la croissance économique hyper rapide puis la stagnation des salles d'escalade ? Jez Tapping : Les Jeux olympiques ont accéléré une dynamique déjà en cours. Mais l'arrivée de capitaux a tout précipité. À Londres, on est passé de 15 salles avant le Covid à 34 aujourd'hui. Cette croissance est principalement venue des chaînes ayant déjà des moyens financiers. Le fonds Verlinvest a racheté The Hangar au Royaume-Uni et Boulders au Danemark, devenant ainsi le plus gros opérateur mondial avec plus de 40 sites. Sans ça, cette expansion aurait pris 15 à 20 ans. Les investisseurs l'ont comprimée en cinq ans. L'année dernière, plusieurs chaînes britanniques ont été rachetées par des groupes français ou britanniques. Ces mouvements de consolidation sont le signe d'un marché qui se stabilise et se restructure. Vertige Media : Quels modèles économiques fonctionnent vraiment sur la durée ? Jez Tapping : La vraie révolution, c'est la diversification des offres, comme dans le fitness depuis 25 ans. On voit émerger des positionnements très distincts : des centres premium avec coaching haut de gamme et services personnalisés, des centres plus orientés sur la communauté et convivialité où se situe 90 % du marché, et des structures minimalistes à bas prix, très individualistes, qui misent sur le volume. Le coaching jeunesse est devenu central. À Westway, 50 % de nos revenus provenaient du coaching, avec 500 jeunes chaque semaine. C'est un segment en forte croissance, surtout dans le bloc où il était sous-exploité. Dans un contexte où le pouvoir d'achat des ménages diminue, les adultes réduisent leurs dépenses de loisirs personnels, mais continuent d'investir dans les activités de leurs enfants. C'est un marché stable et résilient. Mais attention : les abonnements ne sont plus la ligne de revenus principale dans la plupart des salles. C'est désormais soit le coaching junior, soit les nouveaux grimpeur·se·s occasionnel·le·s. Cela rend le modèle économique plus fragile, plus transitionnel, avec moins de revenus récurrents garantis. Vertige Media : Vous avez cité le fitness. Quels enseignements l'escalade peut-elle tirer de ce secteur ? Jez Tapping : Le fitness a 40 ans d'avance sur l'escalade en termes de structuration commerciale. La segmentation est cruciale : premium versus low-cost, coaching payant, programmation adaptée… Il faut définir clairement son positionnement. Êtes-vous un « tiers lieu » avec un café et de la convivialité ? Ou un lieu minimaliste axé uniquement sur la grimpe ? « L'amélioration du secteur dans les cinq prochaines années viendra surtout de la technologie et de l'exploitation intelligente des données, pas de nouvelles prises » L'autre leçon majeure, c'est la data. Il y a cinq ans, il fallait éplucher des tableurs compliqués pour connaître son panier moyen ou ses visites par membre. Aujourd'hui, avec la prolifération des systèmes de gestion client, ces informations sont accessibles instantanément. Ces outils permettent des décisions éclairées basées sur des données réelles plutôt que sur l'intuition. L'amélioration du secteur dans les cinq prochaines années viendra surtout de la technologie et de l'exploitation intelligente des données, pas de nouvelles prises. Vertige Media : Le bloc et les auto-enrouleurs ont-ils révolutionné l'accessibilité ? Jez Tapping : Totalement. Le gros enjeu des salles, c'est l'utilisation en heures creuses. Entre 9h et 16h en semaine, les murs sont sous-utilisés. Le bloc a résolu ce problème pour les grimpeurs·se·s individuel·le·s. Les auto-enrouleurs permettent désormais aux murs de corde de rivaliser sur ce créneau, en offrant la même autonomie. « Beaucoup d'opérateur·rice·s ont monté leur salle comme un hobby, pas comme un business structuré. Cette résistance au changement est un frein alors que le marché exige désormais une gestion rigoureuse » Les innovations comme le Pro-grade lead auto-belay – qui permet de grimper en tête avec un auto-enrouleur – montrent qu'il y a un marché croissant. Mais le retour sur investissement reste une question cruciale tant ces équipements sont coûteux. Le plus gros marché des auto-enrouleurs aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle le Clip & Climb, ces murs ludiques colorés pour enfants. Au Royaume-Uni, c'est devenu une vraie industrie, avec des espaces entièrement dédiés à ce public familial. Vertige Media : Quels sont les principaux défis à moyen terme pour le secteur ? Jez Tapping : Le premier défi, c'est la professionnalisation. Beaucoup d'opérateur·rice·s ont monté leur salle comme un hobby, pas comme un business structuré. Cette résistance au changement est un frein alors que le marché exige désormais une gestion rigoureuse. Parallèlement, on assiste à une homogénéisation rapide : en cinq ans, on est passé d'un secteur dominé par des indépendants à un secteur dominé par des chaînes, avec un risque de standardisation de l'offre. Mais le défi le plus critique, c'est la méconnaissance par les exploitants de leurs propres flux de revenus. Beaucoup ne réalisent pas que l'entrée payante n'est plus leur source principale de chiffre d'affaires. Iels continuent de prendre des décisions anecdotiques au lieu de s'appuyer sur les données. Le taux de désabonnement dans nos salles rejoint désormais celui des salles de sport traditionnelles – huit à dix mois en moyenne. Il faut absolument comprendre pourquoi les gens partent et investir massivement dans l'acquisition et la rétention. C'est une question de survie. « L'escalade est bien plus ancrée dans la culture en France qu'au Royaume-Uni. Cela crée une base solide de gens qui connaissent et pratiquent l'escalade dès leur jeunesse » Vertige Media : Observe-t-on une syndicalisation des salariés, comme en France ou aux États-Unis ? Jez Tapping : Pas vraiment au Royaume-Uni. La majorité des employés – environ 80 % – ont entre 15 et 25 ans. C'est un secteur très jeune, avec peu de carrières longues, sauf en ouverture de voies ou en management. Il n'y a pas de syndicat spécifique à l'escalade parce qu'il n'y a tout simplement pas assez de monde pour le justifier. Je ne vois pas cette dynamique émerger dans la prochaine décennie ici. Vertige Media : Comment regardez-vous le marché français ? Jez Tapping : Ce qui me frappe, c'est que la Fédération française est très développée, et qu'il y a énormément de murs dans les écoles et institutions éducatives. Cette culture de club et de pratique non commerciale donne au marché commercial français un potentiel de croissance énorme comparé au nôtre. L'escalade est bien plus ancrée dans la culture en France qu'au Royaume-Uni. Cela crée une base solide de gens qui connaissent et pratiquent l'escalade dès leur jeunesse. Le défi sera de transformer cette base en clientèle pour les centres commerciaux sans dénaturer la culture fédérale existante. Vertige Media : Qu'est-ce qu'il faudra anticiper pour les gérant·e·s de salle d'escalade en 2026 ? Jez Tapping : Il y a désormais assez de données, d'expérience et de précédents dans notre secteur. Il y a dix ans, on tâtonnait. Aujourd'hui, il faut aller chercher l'information auprès de ceux qui ont cette expérience – tout en restant conscient des biais de chacun. Mais le conseil fondamental, c'est : définissez précisément votre entreprise. Ne dites pas juste « je vais monter une salle d'escalade ». Définissez pour qui vous construisez, avec quel concept précis, comment vous allez générer des revenus de façon durable. Quel segment de marché visez-vous ? Quelle expérience unique allez-vous offrir ? Comment allez-vous vous différencier ? Sans direction claire et identité forte, vous n'obtiendrez pas d'investissement et vous n'aurez pas de stratégie viable face à un marché de plus en plus concurrentiel et segmenté. L'époque où l'on pouvait juste « construire un mur et iels viendront » est définitivement révolue.

  • World Climbing : « Nos grimpeurs doivent combiner leur vie avec le sport d'élite »

    World Climbing vient de franchir le cap symbolique du million d'euros de prize money pour sa saison 2026. Une progression spectaculaire qui soulève autant de questions qu'elle n'apporte de réponses. On les a donc posées à Piero Rebaudengo, secrétaire général de la fédération internationale, qui raconte les coulisses de la décision, défend son modèle face aux ligues privées, et esquisse sa vision pour l'avenir de l'escalade de compétition. Et, attention, quelques révélations se glissent entre les lignes. Oriane Bertone, Janja Garnbret et Melissa Costanza © Nakajima/Timmerman/World Climbing. Vertige Media : Franchir le cap du million d'euros de prize money est un jalon symbolique que beaucoup ont salué. Comment la décision a-t-elle été prise ? Piero Rebaudengo : Elle a été prise en 2024, dans le cadre d'un plan visant à augmenter progressivement les prize money (qui désignent l’argent versé aux participants qui gagnent ou figurent parmi les meilleur·e·s, ndlr) – sur certaines compétitions, avec pour objectif d'atteindre ce niveau en 2026. C'est un besoin réel, et c'est aussi une façon de rester sur le marché. Nous avons beaucoup grandi, et cette croissance doit être mesurable. Le prize money des athlètes est l'un de ces indicateurs. Vertige Media : De quel marché parlez-vous précisément ? Piero Rebaudengo : Le marché de l'environnement sportif, des événements sportifs en général qui pèse des milliards d'euros. Il faut se rappeler qu'en 2020, proche de la période Covid, nous avons lancé un plan stratégique appelé « 2028 » qui se concentrait sur les compétitions et les événements. L'objectif était clair : augmenter le niveau de nos épreuves, accroître leur visibilité. Cela passe par plusieurs leviers : les prize money bien sûr, mais aussi le fait d'aller dans de grandes villes, en améliorant la mise en scène des compétitions. Personnellement, je suis satisfait des progrès accomplis. Si on regarde en arrière, vers 2019-2020, on peut mesurer le chemin parcouru : niveau des organisateur·rice·s, performances des athlètes, perception du public... on a atteint plusieurs de nos objectifs. Vertige Media : À quel enjeu spécifique cette décision d'augmenter le prize money répondait-elle ? Piero Rebaudengo : L'objectif premier, c'est évidemment de donner aux athlètes la possibilité de concourir tout en recevant une compensation raisonnable par rapport à la valeur qu'ils créent. Je ne veux pas parler de « travail » — le sport n'est pas tout à fait un travail dans le sens classique — mais d'une juste rémunération selon la valeur apportée. Il faut aussi prendre en compte les différences entre nos fédérations nationales : certaines couvrent les frais de voyage et d'hébergement de leurs athlètes, d'autres non, laissant les grimpeur·se·s payer de leur poche. C'est aussi quelque chose dont nous devons nous préoccuper. Piero Redaubengo en train d'écrire le futur © World Climbing Vertige Media : Beaucoup d'athlètes ne peuvent toujours pas vivre uniquement de l'escalade de compétition. En Allemagne, par exemple, des grimpeur·se·s ont lancé un appel aux dons en 2025 pour financer leurs déplacements. Comment cette augmentation change-t-elle cette réalité ? Piero Rebaudengo : C'est une réalité que nous connaissons. Mais au-delà de l'argent des primes, nous devons aussi instaurer des services concrets pour les athlètes. « Nous ne sommes pas encore un sport où les investisseurs font la queue devant notre porte. Cependant, cette porte est ouverte » Vertige Media : Justement, allez-vous établir des services minimaux obligatoires lors de chaque étape : remboursement d'hébergement garanti, repas, kiné sur place, bourses de voyage, etc. ? Piero Rebaudengo : C'est effectivement un objectif. Nous voulons augmenter le niveau et les standards de nos événements, et cela passe par de meilleurs services pour les athlètes. C'est un cercle vertueux : si nous augmentons le niveau d'organisation et les standards, cela exige plus des organisateur·rice·s, mais en retour ils reçoivent un meilleur événement qu'ils peuvent mieux valoriser localement. Vertige Media : Parlons financement. Comment cette hausse est-elle concrètement financée ? Piero Rebaudengo : Nous augmentons nos revenus via trois piliers : les droits médias, les droits de sponsoring et les droits événementiels liés au calendrier. En ce qui concerne les droits médias, nous avons de plus en plus de spectateurs sur nos compétitions. Je ne peux pas partager de chiffres précis, mais nous sommes satisfaits, tout comme nos partenaires (Eurosport/Discovery en Europe et Bilibili en Chine, ndlr). D'ailleurs, il y a un an et demi, nous avons négocié un nouveau contrat avec Discovery jusqu'à fin 2028, fondé sur une augmentation des revenus de notre côté. Nous sommes l'un des rares nouveaux sports à avoir obtenu une hausse de contrat. Vertige Media : Et du côté des sponsors ? Piero Rebaudengo : Nous en avons davantage, et ceux que nous avons déjà investissent plus. Jusqu'à présent, nous avions surtout des sponsors endémiques (qui appartiennent au même secteur que celui de l'escalade, ndlr) mais nous nous ouvrons maintenant aux sponsors généralistes et négocions avec différentes entreprises. Nous ne sommes pas encore un sport où les investisseurs font la queue devant notre porte. Cependant, cette porte est ouverte. Vertige Media : Ce triptyque — droits médias, sponsors, organisateur·rice·s locaux — est-il le modèle que vous souhaitez conserver pour l'avenir ? Piero Rebaudengo : Jusqu'en 2028 au moins. Mais nous sommes conscients que l'environnement du sport événementiel évolue constamment. Nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous devons réfléchir à la manière de proposer les mêmes disciplines avec des formats différents — c'est le cas de la vitesse à quatre couloirs, des épreuves par équipes, du bloc combiné. Nous ne sommes pas figés dans la tradition, même si elle reste un socle. « Un de nos objectifs est de proposer une étape à Paris plutôt qu'à Chamonix. C'est dommage que nous ne puissions pas proposer à nouveau l'escalade à Paris. Nous y travaillons, et je pense que cela arrivera tôt ou tard » Vertige Media : Vous évoquiez les « grandes villes ». Peut-on imaginer qu'en France, par exemple, une étape de Coupe du monde se déroule à Paris plutôt qu'à Chamonix ? Piero Rebaudengo : Oui, c'est l'un de nos objectifs. Nous travaillons étroitement avec la Fédération française pour y parvenir, car c'est un objectif commun. C'est aussi un objectif post-JO de Paris. C'est dommage que nous ne puissions pas proposer à nouveau l'escalade à Paris. Nous y travaillons, et je pense que cela arrivera tôt ou tard. Vertige Media : Certain·e·s organisateur·rice·s, comme en Suisse ou en République tchèque, font payer des billets. Est-ce un modèle que vous encouragez ? Piero Rebaudengo : C'est un processus que nous laissons à la liberté des organisateur·rice·s. Certain·e·s le font et en sont très satisfait·e·s. Personnellement, je suis en accord avec cette approche. Nous ne devons pas être pressés de le faire, mais nous ne devons pas non plus être timides sur ce sujet. Vertige Media : D'où vient le prestige d'un sport compétitif selon vous ? Piero Rebaudengo : Je pense qu'il vient des athlètes. Un·e jeune enfant va se rapprocher de l'escalade parce qu'il a vu Janja Garnbret remporter des médailles d'or aux Jeux olympiques. Cette force d'attraction par le modèle est bien plus puissante que d'avoir un million par événement en prize money. « Ils sont bien nos grimpeur·se·s : ils sont sympathiques, propres (sic) et passionné·e·s » Nous avons encore beaucoup de travail à faire avec les athlètes pour les embarquer avec nous. La NBA a un contrat avec tous les athlètes qui les oblige à prendre du temps pour être des modèles avec les écoles, les enfants, les spectateur·rice·s. C'est important. Nous sommes loin d'en être là, mais c'est un objectif. Parce qu'ils et elles sont bien, nos grimpeur·se·s : ils et elles sont sympathiques, propres (sic) et passionné·e·s. La plupart sont étudiant·e·s, ont un niveau intellectuel élevé. Ils et elles combinent leur vie avec le sport d'élite. Et c'est ça, le modèle. Piero le feu © World Climbing Vertige Media : Il existe aussi une ligue privée en escalade, la très récente Pro Climbing League, qui propose 10 000 livres au vainqueur sur un seul événement, avec prise en charge des frais pour les têtes d'affiche. Cette concurrence a-t-elle pesé dans votre décision d'augmenter les primes ? Piero Rebaudengo : Les compétiteur·rice·s sont nécessaires pour grandir et s'améliorer. Dans un monopole, vous ne progressez pas. Les performances de nos athlètes, et les nôtres, sont fléchées par l'objectif d'être champion·ne olympique. La Pro League est probablement loin d'être dans ce système. Nous pouvons aussi discuter avec eux. Vertige Media : Vous avez déjà eu des conversations ? Piero Rebaudengo : Oui, nous les voyons. Nous les surveillons, comme eux nous surveillent. On discute des performances, de la manière de rendre les athlètes plus heureux·se·s, plus en sécurité, mais aussi du calendrier des compétitions. Vertige Media : Les compétitions de paraclimbing auront-elles aussi un prize money garanti et public ? Piero Rebaudengo : Nous y travaillons. Nous travaillons à clarifier certaines choses avec le mouvement paraclimbing, notamment le nombre de classifications qui existent dans ce domaine. C'est aussi une approche culturelle. Nous voulons avoir des athlètes, nous cherchons la performance. Nous ne voulons pas nous inscrire dans une logique de bienveillance pure. C'est la raison pour laquelle nous sommes aux Jeux paralympiques. Il ne s'agit pas d'espérer que, parce qu'on a une personne en fauteuil roulant, elle fera de l'escalade. Nous devons connaître les besoins et les objectifs de chacun·e avant de les embarquer. « Je ne pense pas qu'on trouvera la prochaine Janja Garnbret dans la rue » Vertige Media : Si vous deviez vous projeter en 2030, quel scénario espéreriez-vous pour le circuit de World Climbing ? Piero Rebaudengo : Si j'avais une baguette magique, j'aimerais avoir des médailles supplémentaires à Brisbane (ville organisatrice des Jeux olympiques d'été de 2032, ndlr), avec une épreuve par équipes, une épreuve mixte par équipes, parce que c'est l'un des points clés pour pousser nos fédérations nationales à investir dans les athlètes. Une fédération nationale a besoin de plusieurs athlètes pour construire une dynamique de performance collective. Et si nous avons cette opportunité, elles seront amenées à payer et à prendre soin des athlètes en compétition. C'est un système vertueux parce qu'il fabrique des champion·ne·s. Alberto Tomba (surnommé « la Bomba », ce fut l'un des skieurs italiens les plus titrés de l'histoire, ndlr) n'était pas le produit d'une recherche de la Fédération italienne. C'était une star qui a émergé naturellement d'un système fédéral. Les stars n'émergent pas par hasard. Et je ne pense pas qu'on trouvera la prochaine Janja Garnbret dans la rue.

  • Refonte mobile : Un média, ça se lit aussi dès la page d’accueil

    Une règle s’est imposée sur le web : les lecteur·rice·s entrent par la fenêtre — une recherche Google, un lien sur les réseaux sociaux — rarement par la porte principale. Pourtant, en observant vos usages, une autre réalité s’est imposée : vous êtes de plus en plus nombreux·ses à passer par notre page d’accueil, particulièrement sur mobile. Il était temps de cesser de traiter cet espace comme un simple lieu de transit, pour lui redonner sa véritable fonction : celle d’une boussole éditoriale. © Vertige Media On a cru que cette vieille idée d’une page d’accueil reléguée au passé pouvait aussi s’appliquer à Vertige Media . Sans ce monde-là, la home page n’est alors qu’une façade symbolique. Sauf que le paysage numérique bascule. À l’heure où l’accès à l’information est de plus en plus dicté par les algorithmes capricieux des grandes plateformes, la page d’accueil redevient stratégique. Et par la même, notre territoire souverain. En analysant les habitudes de lecture sur Vertige Media , nous avons constaté qu’une part essentielle de notre lectorat — de manière écrasante depuis le mobile — vient expressément chercher cette vision d’ensemble. Vous ne cherchez pas seulement un contenu isolé : vous venez voir comment nous organisons l'actu, quels sujets nous mettons en lumière, et quels liens nous tissons entre eux. Sortir de l'empilement chronologique Il faut être lucide : jusqu’ici, notre version mobile ne rendait pas justice à cette attente. Elle remplissait sa fonction utilitaire : une longue liste d’articles qui s’apparentait à un flux chronologique continu. Elle permettait de cliquer, moins de comprendre. Or, une interface n’est jamais neutre. Nous avons donc repensé cette « porte d’entrée » en profondeur, avec trois convictions majeures. Relier plutôt que ranger : Un média n’est pas une simple addition de rubriques étanches. Ce qui fait la singularité de Vertige Media , ce sont les frottements entre les sujets : entre la société et la culture, entre l’analyse à froid et le décryptage à chaud. La nouvelle navigation transversale a été conçue pour refléter cette porosité et encourager les chemins de traverse. Faire cohabiter les tempos : Vertige Media  ne s’écrit plus uniquement en textes longs. Nos vidéos courtes, qui résument parfois des enjeux complexes en 90 secondes sur Instagram, trouvent désormais une place de choix sur le site. Il s’agissait d’acter que notre journalisme se déploie aujourd’hui sous plusieurs formes. Éclairer l’écosystème : Guides thématiques, enquêtes au long cours, articles de fond les plus consultés… Nous avons repensé les points d’accès pour que la page d’accueil devienne un outil de lecture à part entière. Ce type de refonte structurelle est souvent moins commenté qu’un grand format ou qu’une révélation. Pourtant, c’est un chantier tout aussi fondamental. Car la forme, c’est le fond qui remonte à la surface : repenser notre page d’accueil, c’est aussi affirmer la manière dont nous voulons exister face à vous. Nous vous invitons à parcourir ce nouvel espace. Si vous avez quelques minutes pour nous faire part de vos impressions — ce qui vous semble plus fluide, ce qui vous surprend, ou ce qui reste à affiner —, nous serons très attentif·ve·s à vos retours. Un média indépendant s’ajuste et s’affine grâce à l’exigence de celles et ceux qui le lisent.

  • Dean Potter : l'escalade mystique d'un grimpeur tourmenté

    Mort en 2015 dans un accident à Yosemite, Dean Potter reste une légende tourmentée de l'escalade. À tel point que la grande chaîne américaine HBO vient de lui consacrer une série événement en 4 épisodes. Entretien exclusif avec les réalisateurs Peter Mortimer et Nick Rosen qui révèlent l'homme derrière le mythe. © Andy Anderson 16 mai 2015. Dean Potter et Graham Hunt s'élancent de Taft Point, au-dessus de Yosemite Valley, en wingsuit. Ils tentent une ligne qui représente le sommet de l'extrême en base-jump : passer par The Notch, une encoche très étroite dans une crête rocheuse. C'est un chas dans une aiguille. Et le fil ne passera pas. Hunt percute une paroi latérale. Potter franchit l'encoche avant de s'écraser quelques mètres plus loin. Les deux hommes meurent sur le coup. « Une histoire si importante » Peter Mortimer et Nick Rosen ont filmé Dean Potter pendant des années. Grands admirateurs du personnage, ils décident de monter une petite vidéo hommage après sa mort. Avec leurs archives, ils parviennent à attirer l'intérêt d'un festival, puis celui d'Elizabeth Potter, la sœur de Dean qui contrôle sa succession. Au moment de passer les images, Mortimer et Rosen ne sont pas n'importe qui. Les deux compères sont même ce qui se fait de mieux aux États-Unis en matière de réalisation de films d'escalade. Réalisateurs de Valley Uprising ou encore The Alpinist, ils ne mettront pas longtemps à convaincre HBO de porter leur nouveau projet : une série de quatre épisodes sur une légende mystique de la grimpe. S'ensuivent trois années de post-production. « Sans aucun doute le projet le plus complexe, le plus challengeant de notre carrière », confie Peter Mortimer depuis le Colorado. « C'est une histoire si importante. On se devait de bien faire les choses. » À la sortie, Mortimer et Rosen proposent 4h de plongée intense dans la vie d'un des grimpeurs les plus tourmentés de sa génération. Disponible depuis le 14 avril dernier sur la plateforme HBO Max, la série intitulée The Dark Wizard tente d'éclairer les zones d'ombre d'un personnage énigmatique aux 1001 tours de passe-passe. Y sont-ils parvenus ? Surprise. « Pour moi, c'était le Kurt Cobain de l'escalade » Peter Mortimer, co-réalisateur de The Dark Wizard L'histoire de Dean Potter se raconte comme beaucoup de romans américains. Son passé trempe dans une enfance difficile qui le conduit vite à adopter une attitude rebelle. Le tout, à une époque où le trash est encore un des chromosomes de l'escalade libre des années 90. Le jeune Potter commence donc par grimper en fumant des buzz, prend des champis sur son portaledge et se pend dans le vide avec ses potes défoncés. « Pour moi, c'était un peu le Kurt Cobain de l'escalade, défend Peter Mortimer. Il représente alors une conception un peu passée de l'escalade mais aussi de la vie et de la société qui étaient juste plus sauvages, plus aventureuses, moins édulcorées. C'était juste une époque plus dingue qu'aujourd'hui. Et je pense que Dean Potter était la représentation iconique de cette époque. » © Dean Fildeman Parmi les nombreux chemins du parc du Yosemite qui accueille encore une foule de dirtbags, Dean Potter se taille tout de même un sacré palmarès. Celui qui prend parfois des airs de Zlatan Ibrahimovic tiendra longtemps le record d'escalade de vitesse du célèbre Nose d'El Capitan. Mais il inventera aussi le free-base — mélange de free solo et de base-jump — un style avec lequel il grimpera la face nord de l'Eiger. Highlines sans attache à 900 mètres du vide, base-jump... difficile d'affirmer que Dean Potter n'était qu'un grimpeur. « Il y a une différence entre l'identité et le personnage que Dean a personnellement construits, sa propre mythologie, et peut-être qui Dean était vraiment, théorise Nick Rosen. Clairement, Dean se voyait très tôt comme bien plus qu'un simple grimpeur. Il cherchait quelque chose de plus grand que le simple fait de grimper des rochers. » Pour le co-réalisateur de The Dark Wizard, l'escalade de Potter devient même « un outil pour affronter le risque, le danger, la menace de la mort... autant d'éléments qui lui permettaient d'accéder à une forme de paix psychique. » Dans la série, Dean Potter s'auto-proclame même « artiste de la performance », sorte d'avant-gardiste qui cherche autant à réaliser des exploits sportifs qu'à inventer une manière de transformer les disciplines. « Cela se voit beaucoup au début de sa carrière, poursuit Rosen. Même quand il n'est en compétition avec personne, il active un processus qui le pousse à puiser au fond de lui, à affronter ses démons et à en ressortir avec des idées à la fois géniales et complètement folles. » La carte du maraudeur Pour raconter Dean Potter, Peter Mortimer et Nick Rosen disposent de trois sources. Les archives filmées, d'abord : des centaines d'heures tournées par eux-mêmes et d'autres. Les interviews des proches, ensuite : ami·e·s, ex-compagnes, grimpeur·se·s qui l'ont côtoyé. Et puis il y a ces carnets de notes où Dean Potter se raconte comme dans un livre ouvert. À la fois journal intime et réceptacle d'idées azimutées, l'objet devient un trésor pour les réalisateurs puis assez naturellement, le fil rouge de la série. « Dans ses interviews, Dean construisait beaucoup sa propre mystique, explique Mortimer. Comme s'il ne voulait pas lever le voile. On avait déjà des interviews intimes avec ses amis mais les carnets, c'était le Dean qu'on ne pouvait pas avoir en entretien. Dedans, il y avait ses luttes, sa vulnérabilité, ses doutes. » « J'ai souvent pensé qu'il était incroyable. Et certaines fois, j'ai aussi pensé que c'était un tyran. C'était vraiment très stressant de travailler avec lui » Nick Rosen, co-réalisateur de The Dark Wizard. Dans beaucoup d'archives, Dean Potter s'affiche en complète opposition à cela. Face-caméra, ses ami·e·s en parlent souvent comme d'un « alpha silverback ». Comprendre : un mâle dominant. « C'était son personnage public, continue Nick Rosen. Avoir accès à ses carnets, c'était donc une manière de montrer au monde un autre type, celui qu'il n'aurait jamais pu raconter lui-même. Je pense que ça le rend aussi plus humain, plus touchant et plus facile à comprendre. » Car en réalité, la carrière du grimpeur du Yosemite est jalonnée de ruptures. En 2006, il grimpe clandestinement une arche naturelle protégée, la bien nommée Delicate Arch. Une « performance » qui choque l'opinion publique. À tel point qu'il perdra son sponsor, Patagonia, et par ricochet, sa femme, la grimpeuse Steph Davies. Six ans plus tard, alors qu'il vient de se mettre tous ses potes à dos, Dean Potter part en Chine traverser une highline au-dessus du vide. Retransmise en direct à la télévision, la performance doit lui rapporter 200 000 euros. Mal préparé, le funambule manque de tomber plusieurs fois, et s'en sort on-ne-sait-trop-comment avant d'éclater en sanglots au bout du rouleau. Largement documentée dans la série, la séquence est aussi symptomatique que palpitante. « J'ai souvent pensé qu'il était incroyable, livre Nick Rosen. Et certaines fois, j'ai aussi pensé que c'était un tyran. C'était vraiment très stressant de travailler avec lui. » Très amis avec Potter dans la vie, les réalisateurs ont dû mettre à distance ce lien, tout en jurant que la série n'est pas « personnelle ». « Notre job, c'était de raconter au monde qui était Dean Potter », posent-ils. Un super-ego contre Alex Honnold Dans leur travail, les auteurs de The Dark Wizard ont fait une large place à ce qui a en permanence rythmé l'existence et les projets de Dean Potter : son ego. Même si Peter Mortimer préfère choisir d'autres mots : « Dean avait cette motivation pour aller plus loin qu'aucun de nous n'irait, pour risquer sa vie, pour accomplir des choses incroyables ». Était-ce vraiment la motivation ? Ou une volonté d'expression libre ? Ou celle de vouloir être meilleur que les autres ? « Un peu tout ça », répond Mortimer. Une chose est sûre : cet ego ne se libérait jamais autant que quand quelqu'un d'autre le défiait. « Dean Potter aurait pu être un mentor pour Alex Honnold » Nick Rosen C'est ainsi que l'arrivée d'Alex Honnold dans le paysage du Yosemite change tout. À l'origine, tout oppose les deux personnalités. Potter est explosif, torturé, poétique et déjà auto-proclamé roi de la vallée. Honnold est alors un rookie mais il s'avère aussi talentueux, confiant, analytique. Considéré comme « un gros ringard » par Dean Potter et ses potes, le jeune soloïste va parvenir à dégoûter son idole de l'escalade en réalisant ses projets avant lui, et mieux que lui. Pour les réalisateurs, la série révèle aussi la psychologie d'Alex Honnold, qui peut être assez dur. Dans un des épisodes, Dean Potter lâche que son concurrent peut même être « un petit connard compétitif ». « Le problème n'était pas tant Alex que Dean lui-même, confirme Nick Rosen. Il avait cette incapacité à accepter que son ego était monstrueux. Il aurait pu s'effacer tranquillement et aurait même pu être un mentor pour Alex Honnold. » Vous pensez que ça va marcher ? © Heinz Zak Selon Peter Mortimer, « Dean a toujours cru qu'il était plus visionnaire qu'Alex. Il en parlait, ses amis en parlaient. Et je pense qu'il a toujours senti qu'il avait un dernier tour dans son sac. Mais finalement, il a réalisé qu'il vieillissait et qu'Alex devenait juste meilleur que lui. » Le sorcier noir finira par passer le flambeau au futur meilleur grimpeur en solo du monde. Reste que son ego était capable de transformer sa personnalité de bout en bout. « Parfois, je pense que ça lui a permis de faire de grandes choses, analyse Mortimer. Et d'autres fois, je pense que ça lui a été vraiment préjudiciable. Cet ego lui a fait perdre la trace de sa motivation pure. » Loin de l'hagiographie, The Dark Wizard entend se raconter comme « une histoire vraiment honnête » selon les termes des auteurs. « On voulait questionner la mythologie d'une figure légendaire », continue Nick Rosen. « Une histoire non racontée : l'histoire personnelle de Dean qui est à la fois vraiment héroïque mais aussi sombre et tragique. » Ce n'est pas la première fois que les réalisateurs sondent l'âme d'un personnage aux multiples facettes qui tente de chasser ses démons en prenant des risques inconsidérés. Dans The Alpinist, Nick Rosen et Peter Mortimer avaient déjà essayé de comprendre la quête du grimpeur canadien disparu, Marc-André Leclerc. « Ils ont juste vécu des vies incroyables qui étaient parfaitement fidèles à leur esprit, estime Peter Mortimer. Et je crois qu'aujourd'hui, je comprends pourquoi ce genre de gars fait ça. Cette capacité à accomplir ce que ton esprit t'appelle à faire... c'est très puissant. » Même si tout cela ne dure jamais très longtemps. De son enfance, Dean Potter n'a jamais confié guère plus que ses déménagements à répétition, sa solitude et ce rêve qu'il faisait inlassablement. Et qui semble aujourd'hui surréaliste. « Quand j’étais petit garçon, dit-il, mon tout premier souvenir est un rêve où je volais. Dans mon rêve, je vole, puis je tombe aussi. En grandissant, je me suis toujours demandé si ce n’était pas une sorte de prémonition de ma mort en chutant. » Coquin de sort. Voir : The Dark Wizard sur HBO Max (un épisode chaque semaine depuis le 14 avril)

  • La FFCAM instaure une éco-contribution obligatoire sur les licences FFCAM

    Face à la vulnérabilité croissante des massifs, la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) a voté l'intégration d'une éco-contribution à ses adhésions. Une décision qui doit permettre de financer la transition écologique d'une pratique aujourd'hui aux avant-postes du dérèglement climatique. La mesure prendra effet à partir de septembre 2026. Refuge de l'Aigle 1 © Thibaut Blais Fini le bénévolat environnemental à la carte. Réunie en assemblée générale à Bayonne le samedi 14 mars, la FFCAM a décidé de rendre obligatoire une contribution d'un euro, testée de manière facultative depuis 2025. Concrètement, dès la campagne d'adhésion de septembre 2026, chaque nouvel·le inscrit·e devra s'acquitter de cette somme. Seule exception : les moins de 24 ans, afin de ne pas pénaliser l'accès des jeunes aux sports d'altitude. La fédération espère ainsi lever près de 80 000 euros annuels. Une manne que Charles Van der Elst, président de la FFCAM, justifie par la nécessité de « donner à notre engagement environnemental des moyens dédiés et concrets », alors que l'alpinisme fait face à des bouleversements majeurs (fontes des glaciers, éboulements). Rouler moins, grimper mieux Dans l'immédiat, ce fonds inédit permettra de financer un poste salarié entièrement dédié à la responsabilité sociétale de la structure. L'enjeu se situe également sur le terrain de la pratique, dans la lignée de la « charte des 15 engagements écoresponsables » signée par la fédération en 2025. Les fonds soutiendront ainsi le « Brevet avenir montagne », un cursus visant à apprendre aux instructeur·rice·s à sensibiliser leur public à la fragilité des écosystèmes, à l'image de l'Écotour organisé dans le massif des Écrins l'été dernier. « Cette contribution va nous permettre de structurer nos actions et d’aider davantage nos clubs et comités qui le souhaitent à s’engager dans une démarche de redirection écologique », précise Hélène Constanty, vice-présidente environnement de la FFCAM. L'objectif est de soutenir les efforts des antennes locales sur le chemin de la transition, « notamment par la promotion des mobilités actives », un axe crucial sachant que la voiture individuelle représente aujourd'hui la part la plus importante du bilan carbone des sports de montagne. Des refuges au régime sec L'autre chantier titanesque visé par cette nouvelle rentrée financière concerne le patrimoine bâti. Avec la baisse de l'enneigement et l'assèchement estival des sources, la gestion des hébergements d'altitude devient un véritable casse-tête logistique. L'enveloppe récoltée permettra d'amplifier le programme « Refuges phares », récemment primé par l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA). Aujourd'hui déployé dans sept bâtiments, dont les refuges de Vénasque (Pyrénées) et de Nice (Mercantour), ce label transforme ces abris isolés en lieux d'éducation à l'environnement. La doctrine d'aménagement de la fédération est d'ailleurs contrainte d'évoluer pour limiter l'empreinte matérielle de ses infrastructures. Face à l'urgence, la FFCAM tourne définitivement le dos aux projets de démolition-reconstruction pour privilégier la stricte rénovation de l'existant. Au programme des prochaines années : recours systématique aux énergies renouvelables et installation de systèmes d'assainissement pour réduire la consommation d'eau au strict minimum.

  • Indonésie : l’évacuation d’un bébé en montagne relance le débat sur les limites de la passion parentale

    Le sauvetage d’une fillette de 18 mois, exposée au froid sur le mont Ungaran, a déclenché une vive polémique en Indonésie. Au-delà de l’émoi suscité par les images de l’intervention, l’incident a conduit les autorités médicales et la commission de protection de l’enfance à réclamer un encadrement plus clair des pratiques outdoor avec de très jeunes enfants. (cc) Omar Ramadan / Unsplash SEMARANG — Une vidéo virale, un bébé enveloppé dans une couverture de survie et des secouristes s’activant dans le brouillard humide d’une montagne javanaise. Ces images, tournées le samedi 11 avril 2026 sur les pentes du mont Ungaran, dans le district de Semarang, auraient pu se dissoudre dans le flux ordinaire des réseaux sociaux. Elles ont au contraire suffi à faire basculer un incident local dans un débat bien plus large sur l’âge, la responsabilité parentale et les limites de la pratique de la montagne avec de très jeunes enfants. Les faits, eux, restent relativement simples. Une famille, accompagnée de leur fillette de 1,5 an identifiée par l’initiale L., atteint le secteur du Puncak Bondolan vers 14 heures. La météo se dégrade alors brutalement, avec pluie et refroidissement rapide. Selon les premiers récits repris par la presse locale, l’enfant commence à présenter des signes d’hypothermie et doit être prise en charge par les secours avant d’être redescendue vivante. Si le pire a été évité, c’est aussi grâce à un concours de circonstances. Plusieurs médias locaux indiquent que des équipes de secours étaient déjà mobilisées sur place dans le cadre du Semarang Mountain Race 2026, une compétition de trail organisée ce week-end-là sur les mêmes pentes, ce qui a permis une intervention rapide. De l'incident à la prise de conscience Le gestionnaire du camp de base de Perantunan — l'un des points de départ officiels où les randonneur·se·s doivent s'enregistrer —, Dwi Purnomo, a ensuite apporté un récit plus nuancé, et aussi plus embarrassant. Selon lui, les parents avaient initialement expliqué ne pas vouloir forcément atteindre le sommet, mais seulement monter jusqu’aux postes 3 ou 4 (des abris intermédiaires balisant le sentier). Il affirme également qu’un désaccord serait apparu dans le couple lorsque le ciel a commencé à se charger : la mère a préféré faire demi-tour, tandis que le père a pris la décision de continuer l'ascension seul avec l’enfant. Cette séparation de la famille explique la suite du récit du gestionnaire. Tentant de relativiser la gravité de la situation, Dwi Purnomo a en effet affirmé que si la fillette pleurait au moment de son sauvetage, c’était surtout parce qu’elle était séparée de sa mère et réclamait de la retrouver, minimisant ainsi la thèse de l'hypothermie sévère. Mais cette ligne de défense s’accompagne d’un aveu important : l’enfant était mouillée, exposée au froid, et les secouristes ont bien dû utiliser une couverture de survie pour éviter une aggravation de son état. Dès le lundi 13 avril, l’Ikatan Dokter Anak Indonesia, l’association indonésienne de pédiatrie, prend publiquement la parole. Son message est limpide : un enfant n’est pas « un adulte en miniature », et les moins de 3 ans sont particulièrement vulnérables au froid, à l’humidité et à la perte rapide de chaleur corporelle, notamment lorsque les vêtements restent mouillés trop longtemps. L’organisation recommande donc une grande prudence, et insiste sur le fait que les tout-petits ne devraient pas être exposés à ce type d’environnement sans conditions strictement maîtrisées. Fin de la tolérance Le lendemain, la KPAI, la Commission indonésienne de protection de l’enfance, enfonce le clou. Sa commissaire Ai Rahmayanti estime que ce cas doit servir de leçon collective et appelle à réfléchir à des limites d’âge ainsi qu’à des standards plus clairs de protection pour les enfants sur les itinéraires de montagne. Autrement dit, le débat ne porte déjà plus seulement sur le comportement d’un couple, mais sur l’absence de règles suffisamment explicites là où la responsabilité parentale, seule, semble manifestement trop fragile. Le message a, au moins localement, été entendu. Le camp de base de Perantunan a annoncé un durcissement de ses règles d’accès. Jusqu’ici, il n’existait pas de seuil d’âge parfaitement fixé et les enfants pouvaient être autorisés à entamer l'ascension s’ils étaient accompagnés par leurs parents. Désormais, les balita, c’est-à-dire les tout-petits, ne sont plus admis, et l’âge minimal évoqué correspond à peu près à l’entrée à l’école primaire, toujours sous surveillance parentale.

  • Cap Thaurac : un guide pour entrer dans l’épaisseur d’un lieu

    À moins d’une heure de Montpellier et de Nîmes, le Thaurac rassemble sur un même périmètre falaise, grottes, sentiers, rivière et village. C’est cette densité-là, à la fois géographique, sensible et pratique, que Vertige Media et l’Office de tourisme Sud Cévennes ont voulu restituer avec Cap Thaurac, un guide gratuit pensé non comme une simple invitation au plein air, mais comme une manière plus juste d’entrer dans un territoire. © Sam Bié Il y a des massifs dont l’intérêt tient moins à leur ampleur qu’à leur concentration. À première vue, le Thaurac pourrait presque paraître modeste : un plateau calcaire, des falaises, une rivière, quelques chemins, un village au pied du relief. Mais c’est précisément cette échelle-là qui en fait la richesse. En peu d’espace, le Thaurac fait tenir plusieurs usages, plusieurs ambiances, plusieurs façons d’en faire l’expérience. On peut y grimper, marcher, entrer sous terre, pagayer, rouler, ou simplement y passer du temps. On peut surtout y éprouver cette sensation de bascule que l’on associe souvent à des destinations plus lointaines, alors qu’ici tout commence à portée de Montpellier et de Nîmes. C’est à partir de cette densité que nous avons imaginé Cap Thaurac, un guide que nous avons conçu avec l’Office de tourisme Sud Cévennes. L’idée n’était pas d’aligner des activités ni de faire du lieu un simple catalogue de bonnes raisons d’y aller. Elle était plutôt de restituer ce qui fait la singularité du lieu : sa capacité à accueillir plusieurs formes d’expérience. Le Thaurac est bien sûr un site de pratique. Mais c’est aussi un territoire, avec plusieurs façons d’y entrer, d’y circuler et d’en faire l’expérience. C’est cette diversité très concrète que le guide essaie de rendre lisible. L’escalade en constitue naturellement l’un des premiers points d’entrée. Le massif offre une vraie variété de profils, entre secteurs d’initiation, falaises d’école, couennes plus soutenues et grandes faces plus aériennes. Ce qui frappe surtout, c’est la coexistence possible de plusieurs pratiques. On peut venir y découvrir le rocher sans pression excessive, y reprendre ses marques, ou s’y engager un peu plus sérieusement. Cette pluralité donne au lieu une qualité assez précieuse : il n’impose pas une seule manière de grimper, et c’est sans doute aussi pour cela qu’il mérite d’être raconté autrement qu’à travers la seule logique du « spot ». Mais le Thaurac ne se lit pas uniquement à hauteur de falaise. Pour saisir ce qu’est vraiment ce massif, il faut aussi accepter d’en passer par d’autres portes. La Grotte des Demoiselles offre à ce titre un exemple particulièrement parlant — non parce qu’elle résumerait à elle seule le Thaurac, mais parce qu’elle en éclaire plusieurs dimensions à la fois. Elle rappelle d’abord que ce paysage est le produit d’une histoire géologique ancienne, bien antérieure à nos usages récréatifs. Elle montre aussi comment un relief devient, au fil du temps, un objet d’exploration, de récit, puis de visite. En ce sens, la grotte n’est pas une curiosité plaquée sur le massif ; elle aide plutôt à comprendre que le Thaurac est un territoire travaillé de longue date, par la nature autant que par les usages et les regards qui s’y sont succédé. Cette profondeur n’empêche pas le lieu d’être immédiatement praticable, bien au contraire. C’est même là une autre qualité du Thaurac : sa capacité à se prêter à des expériences diverses sans exiger une logistique disproportionnée. La via ferrata, la spéléologie, la randonnée, le canoë ou le VTT prolongent une même logique de découverte. Le massif n’invite pas seulement à pratiquer. Il donne aussi envie de prolonger, de circuler, de regarder un peu plus largement autour de la falaise. Ce n’est plus simplement un site où l’on passe : c’est un endroit où l’on peut s’attarder. Le guide a aussi un mérite assez concret : il ne laisse pas de côté la question de l’accès. Le Thaurac rappelle qu’une escapade en nature n’a pas toujours besoin de commencer par un long trajet ni par l’évidence de la voiture. Depuis Montpellier ou Nîmes, le massif reste relativement facile à rejoindre. Et cette donnée n’est pas seulement pratique, elle change aussi la manière de penser la sortie. Elle rend possible une autre idée de la sortie : plus proche, plus légère, moins dépendante d’une logistique lourde, sans pour autant rogner sur la qualité de l’expérience. Le guide cherche justement à donner des repères : pour situer le lieu, pour articuler les activités, pour penser les déplacements, pour comprendre un peu mieux ce que l’on a sous les yeux. Il essaie, modestement, de sortir d’une vision trop fonctionnelle du territoire, dans laquelle un site naturel ne vaudrait que par ce qu’il permet de cocher. Le Thaurac mérite mieux que cela. Il mérite qu’on le regarde comme un ensemble cohérent, où la falaise, la rivière, les grottes, les chemins et les villages alentour participent d’une même expérience. Reste enfin un point essentiel, que tout guide sur un site naturel devrait sans doute garder à l’esprit : un lieu n’existe pas seulement pour l’usage que nous en faisons. Le Thaurac est aussi un milieu vivant, avec ses fragilités, ses rythmes, ses contraintes et ses équilibres. Le raconter suppose donc de ne pas l’aborder comme un décor disponible à l’infini. C’est aussi dans cet esprit que ce guide a été pensé : non comme une injonction à la consommation de loisirs, mais comme une invitation à entrer dans un territoire avec un peu plus d’attention. Au fond, c’est peut-être cela que raconte le mieux le Thaurac. Non pas la promesse d’un grand ailleurs spectaculaire, mais celle d’un lieu suffisamment dense pour qu’on accepte d’y entrer plus lentement. Un lieu où l’on peut grimper, explorer, marcher, descendre sous terre ou suivre la rivière, sans jamais avoir tout à fait l’impression de changer de sujet. Cap Thaurac est disponible gratuitement dès maintenant ici. Sponsorisé par Sud Cévennes.

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