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  • Les néo-grimpeurs en France : qui sont-ils vraiment ?

    Quand on a publié notre étude sur les grimpeurs en France , on s’attendait à ce qu’elle suscite de l’intérêt. Mais on ne va pas se mentir : on n’avait pas prévu un tel engouement. Les chiffres de téléchargement ont explosé, preuve que l’escalade intrigue autant qu’elle fascine. Alors, comme promis, on revient avec une série d’analyses pour creuser les données , aller au-delà des stats brutes et donner du relief à ce que racontent vraiment ces chiffres. Et pour ouvrir le bal, on s'attaque aux néo-grimpeurs  : ceux qui découvrent la grimpe, qui se demandent encore s’ils sont team chaussons serrés ou pantoufles, qui apprennent que la magnésie, ce n’est pas de la farine, et qui, parfois, finissent par se faire tatouer un mousqueton sur l’avant-bras. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Resteront-ils accrochés aux prises ou raccrocheront-ils les chaussons après six mois ? Le portrait-robot du néo-grimpeur L’escalade continue d’élargir son cercle d’adeptes. Mais à qui profite le crime ? L’âge d’or de l’escalade (littéralement) On est clairement sur un sport qui séduit les jeunes adultes, cette tranche d’âge où l’on a encore les genoux solides et la flexibilité pour se plier en deux sur un mouvement de compression absurde. Avant 15 ans, on grimpe aux arbres, après 35 ans, on fait du yoga pour débloquer son psoas. Mais la vraie différence avec les grimpeurs d’hier, c’est l’accès. L’escalade est partout  : salles en ville, mur dans le gymnase de la fac, pubs avec des grimpeurs en arrière-plan. Les JO de Paris 2024 amplifient le phénomène, et avec eux, la nouvelle génération des Mejdi Schalck, Oriane Bertone et autres vont deviennent des modèles, comme Janja Garnbret ou Adam Ondra avant eux. D’ailleurs, les salles surfent sur cet engouement . Les ouvertures explosent, les groupes grossissent : The Climbing Hangar  en Angleterre, Arkose  et Climb Up en France. La grimpe n’est plus une niche, c’est un marché. Un sport qui plaît aussi aux grimpeuses La statistique parle d’elle-même : l’époque où l’escalade était un bastion masculin est révolue. Aujourd’hui, l’image du grimpeur, c’est autant une Janja Garnbret qui éclate les finales en compétition qu’une Oriane Bertone qui danse sur les blocs. Et sur les tapis de réception, on voit aussi de plus en plus de grimpeuses qui grimpent … entre elles , signe que la dynamique évolue. De l'essai à l’addiction : à quelle fréquence grimpent-ils ? Les chiffres sont clairs : les néo-grimpeurs ne sont pas juste des touristes de la grimpe, ils s’ancrent vite dans la pratique . Si l'on prend l’ensemble des grimpeurs pratiquant depuis moins de 2 ans, leur engagement sur une semaine est déjà bien installé : On est donc loin de l'effet de mode. Grimper devient un réflexe, une routine, voire un besoin. Et plus on grimpe, plus on grimpe Si l’on regarde l’évolution entre ceux qui pratiquent depuis moins d’un an et ceux qui ont 1 à 2 ans d’expérience , la tendance est limpide : Les occasionnels (moins d’une fois par semaine) passent de 26,5 % à 15,2 %. Les grimpeurs réguliers (2 fois par semaine) deviennent majoritaires avec 30,5 %. Ceux qui grimpent plus de trois fois par semaine passent à 10,4 %. Autrement dit, plus on grimpe, plus on veut grimper.  On veut cocher des blocs, améliorer son pied gauche, sortir ce foutu 6B dalle qui glisse même en chaussons neufs. Fidèles à leur salle, ou explorateurs ? Le lien entre un grimpeur et sa salle , c’est un peu comme une relation amoureuse : certains sont fidèles, d’autres papillonnent. 52,5 % des néo-grimpeurs testent d’autres salles de temps en temps , par curiosité, pour varier les ouvertures ou suivre des amis. 30,1 % restent attachés à une seule salle , preuve qu’un bon cadre (accueil, ouvertures, ambiance) peut fidéliser sur le long terme. 17,4 % changent de salle régulièrement , confirmant qu’une partie des grimpeurs cherchent constamment de nouveaux défis. Les salles qui réussissent à créer un véritable attachement communautaire (événements, coaching, abonnements flexibles) ont donc une carte à jouer pour garder leurs pratiquants sur le long terme. Ce que veulent les néo-grimpeurs : attentes et points de friction Quand on pousse la porte d’une salle pour la première fois, qu’est-ce qui fait qu’on y revient ? L’accueil ? L’ambiance ? La qualité des ouvertures ? Pour les néo-grimpeurs, certains critères font toute la différence. Les points les plus valorisés Si les néo-grimpeurs reviennent séance après séance, ce n’est pas juste pour leurs chaussons tout neufs. Certains éléments pèsent lourd dans leur engagement : Ambiance générale : 4,80/5  🏠 → L’escalade, c’est une communauté avant tout. Une bonne énergie sur les tapis, un staff accueillant et des partenaires de grimpe motivants, c’est un critère clé. Qualité de l’accueil : 4,81/5  👥 → Se sentir bien accompagné dès les premières sessions joue énormément sur la fidélisation. Qualité des ouvertures : 4,70/5  🔧 → Un bon mix entre plaisir et challenge, avec des blocs qui donnent envie de revenir essayer "juste une dernière fois". Rapport qualité/prix : 4,53/5  💰 → Tant que l’offre suit, le tarif passe au second plan. Accessibilité (transports, parking) : 4,48/5  🚆 → Pratique, mais pas forcément décisif si le reste est au rendez-vous. Les petits trucs qui agacent (mais pas trop) Même si la satisfaction globale est très élevée (4,74/5) , il y a toujours des axes d’amélioration : Propreté des salles : 4,59/5  🧼 → Un point souvent relevé, notamment sur les vestiaires et sanitaires. Fréquence du renouvellement des ouvertures : 4,62/5  🔄 → Les grimpeurs veulent du neuf, et une salle qui tarde trop à changer ses blocs risque de voir ses habitués partir voir ailleurs. L’extérieur : un cap que tous ne franchissent pas Ah, l’appel du rocher... Il fait rêver, il nourrit les fantasmes, il pousse certains à investir dans des dégaines qu’ils n’utiliseront jamais. Mais dans la réalité, le passage de la salle à l’extérieur ne se fait pas en un claquement de doigts . Si certains grimpeurs débarquent en salle avec déjà l’envie de grimper en falaise , la majorité découvre d’abord l’escalade comme une pratique indoor , avec des codes bien différents de la grimpe en extérieur. Le crash-pad remplace le tapis, les prises colorées laissent place aux plats aléatoires du rocher, et les cotations… n’en parlons pas. Une majorité reste en salle la première année La salle, c’est le point d’entrée naturel  pour la plupart des néo-grimpeurs. Accessibilité, confort, sécurité, météo contrôlée, bières à la fin de la session…  tout pousse à sédentariser la pratique dans un environnement urbain et maîtrisé. Autrement dit, une immense majorité (93 %) des nouveaux grimpeurs n’ont pas encore fait de l’extérieur une pratique régulière . Mais l’évolution des chiffres montre que le rocher finit par attirer une partie d’entre eux , une fois qu’ils prennent confiance en leurs capacités et qu’ils trouvent le bon entourage pour les accompagner. Après un an, la transition commence Grimper dehors, ça ne s’improvise pas.  Contrairement à la salle, où un abonnement et une paire de chaussons suffisent, passer à l’extérieur nécessite plus d’investissement  : connaître les sites, comprendre les règles de sécurité, trouver du matériel, et parfois, affronter la peur du vide ou des chutes. C’est pourquoi les néo-grimpeurs pratiquant depuis moins d’un an sont encore très attachés à l’indoor  : 65,2 % ne grimpent jamais dehors. 32,6 % y vont parfois, mais restent avant tout des grimpeurs de salle. Seuls 2,2 % s’y rendent régulièrement. Mais après un an, on observe une évolution significative  : La part de ceux qui ne vont jamais dehors chute à 38,6 %. Ceux qui grimpent occasionnellement en extérieur deviennent majoritaires (50,6 %). Les grimpeurs réguliers en extérieur passent de 2,2 % à 10,8 %. Ce basculement montre que le passage au rocher se fait progressivement , souvent sous l’impulsion de nouvelles rencontres, de stages, ou d’un groupe de grimpeurs plus expérimentés  qui ouvrent la voie. Les 45+ : passagers clandestins ou futurs fidèles ? Un chiffre intrigue : les plus de 45 ans représentent 8,9 % des débutants, mais chutent à 4,1 % après un an . Deux lectures possibles : Un taux d’abandon plus élevé  : contraintes physiques, manque d’accompagnement, ambiance trop “jeunesse urbaine” ? Un effet de rattrapage  : les 45+ découvrent l’escalade plus tardivement et sont proportionnellement plus nombreux à s’y mettre, ce qui gonfle artificiellement leur part parmi les débutants. Si la première hypothèse se confirme, ça pose une vraie question sur l’accessibilité de l’escalade pour un public plus âgé . La grimpe indoor pourrait pourtant être une alternative au fitness classique pour travailler la force, la mobilité et l’équilibre . À voir si les salles d’escalade tentent de capter ce public avec des offres plus adaptées  (coaching senior, formats loisir, matériel spécifique...), comme le font déjà certains acteurs du sport-santé. Téléchargez l’étude et creusez les chiffres Cet article n’est qu’un échantillon des enseignements que révèle notre étude sur les grimpeurs en France . Au-delà du portrait des néo-grimpeurs, elle explore qui sont les grimpeurs en France, où et comment ils pratiquent, ce qui influence leur fidélité à une salle, et comment évolue leur rapport à l’extérieur. Vous y trouverez aussi des analyses croisées  entre les différents profils de grimpeurs : Les différences de pratiques entre hommes et femmes Comment l’ancienneté influence la fréquence et la satisfaction Pourquoi certains restent fidèles à une salle et d’autres papillonnent Pour découvrir toutes ces tendances et leurs implications , il vous suffit de télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France . 📥 Télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France

  • Escalade et biodiversité : cohabiter ou coloniser ?

    L’escalade et la nature, c’est un vieux couple. Celui qui passe son temps dehors, qui connaît chaque recoin de son terrain de jeu, et qui se vante de ne pas être comme les autres. Nous, on ne fait pas du sport dans une boîte en béton, on grimpe dans un sanctuaire. Jolie histoire. Sauf qu’à force de vouloir "vivre en harmonie avec la nature", le grimpeur a fini par s’y installer. Puis par l’envahir. À Fontainebleau, à Céüse, dans les Calanques, il n’est plus un invité. Il est devenu le squatteur bruyant qui raye les murs et salit le tapis . Eline Le Menestrel et Nolwen Berthier © Le Cinoche Alors, comment cohabiter avec la biodiversité sans lui marcher dessus ? C’était l’un des débats du Salon de l’Escalade , organisé par Vertige Media. Un sujet qui fâche, mais qui ne pouvait plus être évité. Gaétane Potard , ancienne ingénieure agro-environnement, aujourd’hui directrice d’un club FFME et militante pour une escalade plus responsable. Eline Le Menestrel , grimpeuse pro et activiste, qui tente d’intégrer la question écologique jusque dans la notion même de performance. Nolwen Berthier , ex-compétitrice de haut niveau et consultante en transition environnementale. Trois voix, un même constat : l’escalade a un problème avec son terrain de jeu. Pierre-Gaël Pasquiou, fondateur de Vertige Media et animateur de la conférence, a lancé le débat sans détour : « L’escalade est en plein boom. On ne s’est jamais autant entassés dans les salles, et de plus en plus de grimpeurs débarquent en falaise avec une approche… disons… inspirée de l’indoor. » Autrement dit, des milliers de pratiquants débarquent en falaise avec le mode d’emploi du bloc urbain. Sauf qu’en falaise, il n’y a personne pour passer le balai et brosser les dégâts. Comment cohabiter avec les biodiversité © Le Cinoche Fontainebleau : laboratoire du chaos Fontainebleau, c’est le parfait exemple de ce que produit une fréquentation exponentielle sur un écosystème fragile . Gaétane Potard, qui connaît la forêt comme sa poche, ne mâche pas ses mots : « On ne voit plus que du sable et de la poussière sur certains spots. Les sols sont morts, littéralement. Plus un insecte, plus un brin de mousse. » Les landes à callune, autrefois couvertes de bruyères et abritant une faune invisible mais essentielle, disparaissent sous la pression humaine. Avec elles, des espèces entières : « Avant, Fontainebleau accueillait des oiseaux diurnes. Aujourd’hui, ils ont disparu. Tous les mammifères sont devenus nocturnes. » Le pire ? Ce n’est même pas de la mauvaise volonté . Juste une méconnaissance des conséquences. Alors, comment limiter la casse ? ✔️ Rester sur les sentiers , au lieu d’improviser des raccourcis qui lacèrent la végétation. ✔️ Ne pas grimper de nuit , sous peine de foutre en l’air le dernier refuge des espèces locales. ✔️ Éviter les sites sensibles en période de reproduction  ( spoiler : printemps = nidification ). Mais sensibiliser un grimpeur absorbé par sa perf , c’est plus dur que de vendre un topo sans photos. « La nature n’est pas un terrain de jeu » L’une des grandes idées qui ressort de la conférence, c’est que les grimpeurs ont perdu leur lien réel avec la nature . Eline Le Menestrel l’explique : « Quand on vit en ville, on a l’impression que ce qui rend notre vie possible, c’est notre espace à nous. Quand on doit manger, on va acheter à manger dans un supermarché qui est tenu par des humains. On pense aux agriculteurs, qui sont des humains. Quand on a besoin de se loger, on habite dans un immeuble construit par des humains. Mais en réalité, tout part d’un écosystème vivant qui nous dépasse. » Sauf que la réalité est toute autre : « Ce qui rend la planète habitable, c’est pas du tout notre espèce. Tout part du fait qu’il y a des organismes, les végétaux, qui sont capables de transformer l’énergie du soleil en matière organique. À partir de là, c’est le début de la chaîne trophique. » Autrement dit, la nature n’a pas besoin de nous, c’est nous qui avons besoin d’elle. Changer de regard, ça passe par deux déclics : ✔️ L’émerveillement  : prendre le temps d’observer ce qui nous entoure, pas juste les prises. ✔️ L’information  : checker les restrictions avant d’aller sur un site ( biodiv’sports existe, utilisez-le). Et si la performance passait aussi par ça ? Gaétane Potard et Pierre-Gaël Pasquiou © Le Cinoche Les salles d’escalade : hors-sol ou alliées ? Si environ 2/3 des grimpeurs de salle finissent par mettre un pied dehors , les structures indoor ont un rôle clé à jouer. Gaétane Potard le dit sans détour : « Au début, les salles répondaient que ce n’était pas leur problème. Que leur job, c’était juste de louer des murs. Mais vu que leurs clients finissent par grimper dehors, elles ne peuvent plus faire comme si elles n’avaient aucune responsabilité. » Alors, qu’attendre d’elles ? 👉 Intégrer des messages pédagogiques dès l’initiation. 👉 Former aux bon réflexes en extérieur , histoire que les grimpeurs ne se comportent pas en consommateurs passifs en falaise. 👉 Mettre en avant d’autres récits , pas seulement ceux de la performance brute. L’escalade doit-elle rester un sport où seuls les cotations comptent ? Nolwen Berthier propose un autre regard : « Réussir, ce n’est pas forcément cocher un 8a. Ça peut être apprécier un site, grimper différemment, respecter un écosystème. » À méditer. Et maintenant ? Si l’escalade veut continuer à exister en extérieur, elle doit apprendre à composer avec son environnement . Alors, voici cinq prises de conscience  pour ne pas grimper en mode bulldozer : ✔️ Arrêter de réduire l’écologie au carbone  : il n’y a pas que le CO2, la biodiversité compte aussi. ✔️ Observer avant d’agir  : voir la forêt comme un habitat, pas un simple spot d’entraînement. ✔️ Accepter des contraintes  : parfois, il faut juste renoncer à grimper sur certains secteurs. ✔️ Exiger plus des salles et des marques  : elles ont une responsabilité dans l’éducation des pratiquants. ✔️ Changer la narration  : mettre en avant des histoires qui valorisent autre chose que la cotation pure. Et si on revoyait la notion de « réussite »  en escalade ? Parce qu’un 8a à tout prix, sur un site mort, ça n’a pas vraiment de sens. Vous avez manqué la conférence ? Pas de panique. 📽️ Vidéo de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici .

  • Micka Mawem et Chris Sharma : Un duo improbable sur « Le Blond »

    Batman et Robin, Astérix et Obélix, Adam Ondra et les cris d’outre-tombe. Certains duos coulent de source . D’autres, franchement moins. D’un côté, Micka Mawem, félin bondissant nourri aux compètes et aux shakers de protéines, où tout se joue en dix mouvements. De l’autre, Chris Sharma, maître du caillou, philosophe du flow, plus du genre à se faire pincer pour un joint la veille d’une compète que pour un excès de créatine. Rien ne les prédestinait à grimper côte à côte, et encore moins à s’acharner sur un monstre sans nom, une ligne dont même Sharma ne connaît la cotation exacte. Et pourtant, les voilà suspendus sur « Le Blond », une voie aussi mythique qu’invaincue, quelque part sur le calcaire d’Oliana. Un héritage sur prise Les grimpeurs ont parfois la mémoire courte, mais pas Chris Sharma. En 2012, il équipe « Le Blond », juste après la disparition de Patrick Edlinger , pionnier de l’escalade libre, icône du solo intégral et des cheveux au vent. Un hommage en forme de mur, une pierre angulaire plantée dans le paysage vertical. Une décennie plus tard, toujours aucun enchaînement. Et qui débarque pour poser les doigts sur ce bout d’histoire ? Micka Mawem, un pur jus du bloc, enfant du plastique et des volumes vissés. L’ironie est belle. Micka Mawem débarque sur la planète falaise Pour Micka Mawem, la falaise, c’est un monde parallèle. Pas qu’il n’ait jamais mis un chausson dehors, mais il n’a jamais eu l’endurance d’y traîner longtemps. Son terrain de jeu, c’est la compète, l’instantanéité, la force brute condensée en quelques essais . Son dernier gros run en falaise ? Un 8b+, il y a un bail. Là, on parle d’un potentiel 9c. Mais plutôt que d’arriver en touriste, Micka Mawem fait ce qu’il fait de mieux : décortiquer, analyser, comprendre. Parce que « Le Blond », ce n’est pas juste une voie dure. C’est une aberration biomécanique . Un calvaire de continuité où chaque section semble penser que tu es déjà mort. Et surtout, un passage-clé totalement absurde : le Scorpion. Un pas de bloc coincé dans un marathon de grimpe. Un pivot dans le vide, une réglette invisible, et un timing à rendre fou un robot japonais. Impossible à lire, illogique à exécuter. Et pourtant, il faut bien y aller. Chris Sharma, toujours en quête d’un sommet flou Pendant que Micka Mawem découvre les joies du combat en falaise, Chris Sharma, lui, redécouvre son propre projet. Il l’a équipé, essayé, laissé de côté, repris. Il sait qu’il peut le faire, mais il ne l’a jamais fait. Pas par manque de force. Pas par manque de technique. Mais parce qu’à ce niveau, ce n’est plus une question de physique. C’est une affaire de tête. Chris Sharma ne cherche plus à prouver qu’il est encore capable. Il veut se mesurer à la voie, pas à lui-même. Il sait que la performance n’est plus une finalité, mais un processus. Et là, avec Micka Mawem, quelque chose change. D’Oliana à Barcelone : hacking de mouvement Après une journée à saigner sur le caillou, Micka Mawem et Chris Sharma déplacent le combat. Direction Sharma Climbing à Barcelone, où ils entreprennent de disséquer le Scorpion en laboratoire . En falaise, chaque essai coûte cher : l’énergie, la peau, l’engagement. En salle, on répète jusqu’à l’obsession, sans contrainte, sans conséquence. Micka Mawem passe en mode ingénieur du bloc. Il teste, ajuste, cherche une faille dans l’impossible. Un pied un peu plus haut ? Un angle plus tranché ? Une relance plus directe ? Il ne s’agit pas de tricher la difficulté, mais de la comprendre. Chris Sharma, lui, observe et teste. Lui qui a toujours grimpé à l’instinct se retrouve à intellectualiser son propre projet. Et mine de rien, ça fait une différence. Deux grimpeurs, un même vertige Ils sont venus pour comprendre. Micka Mawem, avec son regard neuf et ses réflexes de compétiteur, dissèque la voie comme un problème à résoudre. Chris Sharma, lui, accepte de prendre du recul, de questionner son propre processus. Deux grimpeurs que tout oppose mais qu’un même objectif réunit : décoder l’impossible. Un défi que Thibaud Herr a suivi de près, caméra en main, capturant chaque tentative, chaque doute, chaque fulgurance. Parce que derrière l’escalade, il y a aussi cette science du détail, ce jeu d’ajustements millimétrés qui sépare l’échec du succès. Quant à « Le Blond » ? Toujours impassible, comme une énigme qui attend son dénouement. Le premier qui viendra à bout de cette histoire devra parler sa langue, pas l’inverse.

  • FFCAM : Passage de relais et nouveau cap avec Charles Van der Elst

    Le 7 mars dernier, nous faisions le bilan de huit années d’ascension pour la FFCAM . Une fédération en pleine croissance, plus de licenciés, plus de clubs, plus d’actions environnementales, mais aussi des défis structurels et écologiques de plus en plus pressants. Le 16 mars, à Chalon-sur-Saône, ce cycle s’est refermé avec l’élection de Charles Van der Elst à la présidence. Ce passage de témoin s’inscrit dans une continuité assumée, mais avec des ajustements notables . Reste à voir si la trajectoire imprimée ces dernières années pourra se maintenir face aux tensions entre essor des pratiques et nécessité d’adaptation à un environnement en mutation. © Michel Blecic Un profil ancré dans la montagne et l’engagement associatif Charles Van der Elst n’a rien du dirigeant parachuté. Président du Club alpin d’Île-de-France et vice-président de la Commission fédérale alpinisme , il connaît la maison. Son parcours, pourtant, a pris quelques détours. Né en Isère, il découvre la montagne très jeune dans la Chartreuse, avant de se tourner vers la musique et de s’installer à Paris pour une carrière de producteur et d’ingénieur du son. Le déclic viendra bien plus tard, lors d’un voyage au Népal. De retour en France, il pousse la porte du Club alpin, passe ses brevets de moniteur escalade et cascade de glace, s’immerge dans l’alpinisme et s’engage dans la structuration fédérale. Son élection s’inscrit donc dans une logique de montée en responsabilité progressive, avec une approche qui veut concilier terrain et vision stratégique. « C’est l’aboutissement d’un an de travail : la plus longue approche que j’ai jamais faite pour la montagne ! Maintenant, nous sommes en face de la paroi. L’équipe précédente nous laisse une fédération en ordre de marche, mais nous avons beaucoup à faire pour avancer sur les priorités environnementales et sociétales que la fédération s’est fixées. » Un programme qui prolonge l’existant, en poussant plus loin l’écologie et la gouvernance Avec 60 % des voix face à la liste concurrente menée par Bertrand Faraut, Charles Van der Elst a convaincu avec un projet intitulé "L’engagement Club alpin, cap 2030 !". Son programme ne tranche pas radicalement avec la ligne de son prédécesseur , mais il veut l'affiner et l’adapter aux nouveaux défis. Les axes stratégiques du mandat ? Gouvernance plus collaborative  : décloisonner la prise de décision, donner plus de place aux clubs. Engagement écologique renforcé  : création d’une contribution environnementale pour les licenciés, structuration d’un 3ᵉ congrès fédéral sur l’écologie et l’éthique. Accessibilité et inclusion  : accent sur les jeunes, les publics éloignés et les personnes en situation de handicap. Sécurité et prévention  : réactivation de la Commission fédérale sécurité et prévention avec une base d’analyse des incidents et accidents. Renforcement de la vie associative  : statut officiel de "bénévole fédéral", simplification administrative, accompagnement numérique des clubs. Gestion et rénovation des refuges  : lancement du plan Transition 2050, dans la continuité du programme actuel. © Michel Blecic La grande question : jusqu’où pousser l’ambition écologique ? Dans notre article du 7 mars, nous posions une question clé : comment gérer l’afflux croissant de pratiquants sans saturer les milieux naturels ? Sous la présidence Raynaud, la FFCAM a cherché un équilibre entre développement et régulation des usages. La fédération a pris des positions de plus en plus affirmées sur les sujets environnementaux, sans pour autant opter pour une ligne radicale. L’approche de Van der Elst s’inscrit dans cette continuité, mais avec une montée en puissance assumée. « Je souhaite faire évoluer l’organisation de la fédération et engager les changements de paradigmes nécessaires sur l’environnement et la sécurité, face au contexte environnemental et sociétal actuel. Ces actions ne sont pas en rupture, mais s’inscrivent dans une évolution logique de la FFCAM. » L’introduction d’une contribution environnementale pour les licenciés est une mesure inédite qui risque de faire débat. Tout comme l’organisation d’un congrès fédéral sur l’engagement écologique et éthique, qui pourrait marquer une inflexion plus nette de la politique fédérale. Refuges, structuration fédérale, engagement bénévole : la ligne de crête La rénovation des refuges reste un chantier clé. Le plan Transition 2050 vise à prolonger les efforts entrepris ces dernières années pour moderniser et rendre les infrastructures plus durables . La structuration fédérale amorcée sous Raynaud, avec une professionnalisation accrue et un ancrage institutionnel renforcé, ne sera pas remise en cause. Mais la question de l’équilibre entre professionnalisation et engagement associatif reste posée. La création d’un statut officiel de bénévole fédéral est un signal intéressant, qui pourrait répondre à une des tensions centrales des dernières années : comment valoriser ceux qui font vivre les clubs sans transformer la fédération en une machine administrative trop lourde ? Un mandat sous haute surveillance L’héritage du mandat précédent est clair : une fédération qui a grossi, qui s’est structurée, qui s’est imposée comme un acteur majeur du paysage montagnard. Mais l’expansion a un prix. Charles Van der Elst et son équipe devront composer avec les contradictions du secteur : favoriser l’accès tout en protégeant les espaces, professionnaliser sans dénaturer l’ADN associatif, structurer l’engagement bénévole sans le bureaucratiser. 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  • Sport Climbing Australia recrute son premier CEO : un tournant pour l’escalade australienne

    L’escalade en Australie est à un tournant décisif. Sport Climbing Australia (SCA), l’organe directeur de la discipline, vient d’annoncer le recrutement de son premier Chief Executive Officer (CEO), un signe clair de sa volonté de professionnaliser sa structure et d’accompagner la montée en puissance du sport sur le continent . © David Pillet Jusqu’à présent, SCA fonctionnait avec une gouvernance associative, portée par des bénévoles et des passionnés. L’arrivée d’un dirigeant exécutif à plein temps marque une transition vers un modèle plus structuré , aligné avec les fédérations sportives majeures. Une évolution qui pourrait attirer davantage de financements, faciliter l’organisation de compétitions internationales et renforcer le rôle de l’Australie sur la scène mondiale. Un sport en plein boom L’escalade connaît une croissance fulgurante en Australie. En sept ans, le nombre de compétiteurs inscrits auprès de SCA a triplé , illustrant un engouement aussi bien au niveau amateur que professionnel. Un développement renforcé par la multiplication des salles de bloc et des infrastructures dédiées, ainsi que par l'effet de levier des Jeux Olympiques, qui ont offert une visibilité sans précédent à la discipline. Mais cette montée en puissance ne se fait pas sans défis. Les enjeux du futur CEO Le ou la futur(e) CEO de Sport Climbing Australia devra jongler entre plusieurs défis majeurs : L’accès et la préservation des sites naturels : Avec la hausse du nombre de grimpeurs, la question de l’impact environnemental se pose. Des sites emblématiques comme le mont Arapiles ont été partiellement fermés en raison de préoccupations écologiques et culturelles . Il s’agira de trouver un équilibre entre préservation et accès à la pratique. Le respect des sites sacrés autochtones : L’interdiction d’escalader Uluru en 2019  a mis en lumière la nécessité d’intégrer pleinement les communautés aborigènes aux discussions sur le développement de la discipline. Un sujet sensible qui implique de repenser la relation entre l’escalade et les traditions culturelles locales. La structuration d’un parcours vers le haut niveau : Si des grimpeurs australiens comme Angie Scarth-Johnson  commencent à s’imposer sur la scène internationale, la fédération doit encore bâtir un véritable écosystème de formation et de détection pour accompagner les jeunes talents. L’organisation d’événements d’envergure : Avec l'augmentation du nombre de pratiquants, l’Australie pourrait devenir un acteur clé dans l’accueil de compétitions internationales. Mais cela implique de disposer d’une structure capable de répondre aux exigences de la Fédération internationale d’escalade (IFSC) et des standards olympiques. Un modèle en évolution Le recrutement d’un CEO pour SCA s’inscrit dans une tendance globale de professionnalisation des fédérations émergentes. L’objectif : ✔️ Assurer une gestion plus efficace ✔️ Sécuriser des financements et partenariats ✔️ Structurer une vision à long terme pour le développement du sport Une dynamique qui rappelle l'évolution d'autres disciplines qui, après un boom initial, ont dû s'organiser pour franchir un cap. L’escalade australienne à la croisée des chemins Cette nomination ne sera pas anodine. Le futur CEO de SCA devra composer avec des enjeux sportifs, économiques et environnementaux, tout en veillant à conserver l’ADN de la discipline. Entre attractivité commerciale, préservation des sites et montée en puissance du haut niveau, l’Australie est en passe de devenir un acteur clé de l’escalade mondiale. Reste à voir si cette ambition sera suffisamment bien encordée pour résister aux défis à venir. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

  • Pourquoi la sécurité en escalade est un acte social

    Dans un sport où la gravité n'est pas vraiment qu’une métaphore, comment rester souple sur la sécurité ? Réponse : en la considérant comme un acte social. Accrochez-vous, on vous explique. Ça a l'air d'être l'éclate ce petit cours de noeuds Dans une salle comme en falaises, les fondements de la confiance se construisent sur un subtil équilibre entre gestes millimétrés et intelligence situationnelle. Dans une situation où on vous demande de faire un nœud de chaise et basta : c’est un geste mais il n’est doté d’aucune intelligence. La plupart des grimpeurs expérimentés vous le diront : les nœuds et les consignes de sécurité s'apprennent d’abord dans un contexte et portent en elles, comme pas mal de choses dans la vie, un certain sens . Ce sens va vous donner la bonne direction pour nouer deux brins comme il vous expliquera la raison pour laquelle on a choisi le nœud de huit pour vous envoyer en l’air. Nous avons une conviction forte : ce sont ces mises en perspective qui construisent l’intelligence situationnelle. La preuve par trois conseils hyper smart. Relire Jean-Jacques Rousseau Si quelqu’un vous demande de faire un nœud de chaise - « vas-y pour voir » - à l’entrée d’une salle d’escalade sans vous expliquer pourquoi, il vous met au défi. C’est le meilleur moment pour tourner les talons et changer d’enseigne. Vous l’aurez compris, la pédagogie est la première condition de l’apprentissage de la sécurité. Si celui ou celle qui vous la prodigue n’a pas d’intelligence situationnelle, l’acte social perd tout son sens et vous aurez vite fait de faire vos gestes de sécurité dans l’inconfort. Et donc, de vous mettre en danger. Nous avons vite fait de considérer que la confiance doit s’obtenir de celui ou celle qui possède l’expérience. C’est un biais cognitif . La confiance se gagne aussi par celle que votre expert·e, quel·le qu’il/elle soit, doit dégager. On est pas si loin du contrat social cher à Jean-Jacques Rousseau , les amis. Même débutant, vous êtes en droit de réclamer un minimum de cadre pour ne pas assurer votre partenaire en faisant de l'eczéma. Réapprendre à s’aimer (pour la vie) En escalade, la sécurité s'articule autour de points clés qui, mis bout à bout, forment une chaîne aussi solide que le mental d’ Alex Honnold . Du nœud à la position de l'assureur, chaque élément fait l'objet d'une vérification systématique. Et dites-vous que ça, c’est pour la vie. Quand on parle de contrôle, la grimpe a ceci de merveilleux que rien ne devient inconscient. Avec l’expérience, beaucoup de sportifs intègrent de manière instinctive leurs propriétés préventives. En escalade, c’est impossible. Nous avons vite fait de considérer que la confiance doit s’obtenir de celui ou celle qui possède l’expérience. C’est un biais cognitif C’est la raison pour laquelle vous verrez des cordées de 20 ans d’expérience contrôler le nœud de huit ou le mousqueton de leur partenaire à chaque ascension. Comme vous avez la vie de votre pote entre les mains, la grimpe vous force à déclarer systématiquement l’acte social que vous avez parachevé à vos débuts. Et si on trempait notre plume dans la rose, on dirait même que c’est un des rares sports qui permet de se jurer fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Protéger l’épanouissement Par définition, un acte est ce que vous en faite. S’il est « l a manifestation concrète de l'activité volontaire de quelqu'un » - merci le Larousse - alors soyez volontaire et régalez-vous. Les consignes et les protocoles pullulent sur les lieux de grimpe, inutile de vous resservir une checklist tiédasse de contraintes. Si l’on considère la sécurité en escalade comme un acte social, c’est aussi parce que nous sommes persuadés qu’il faut développer une culture de la prévention positive . Souvenez-vous la tête de noeud qui vous intimide avec sa corde, et bien nous sommes convaincus qu’il fait autant de mal à la poursuite de votre pratique qu’un règlement intérieur. On souffre tellement d’appropriation individualiste de compétence que, par pitié, si vous savez quelque chose : partagez-le Une fois que vous aurez bien intégré les basiques de l’assurage, n’hésitez pas à remettre votre savoir dans les mains de la cordée d'à-côté, tout comme à vous inspirer de celle peut-être plus expérimentée du couloir d’en face. C’est aussi, l’intelligence situationnelle : il suffit de tourner la tête. On souffre tellement d’appropriation individualiste de compétence que, par pitié, si vous savez quelque chose : partagez-le. On n'a jamais entendu quelqu’un se plaindre d’avoir aider les autres. Surtout quand il s’agit de sauver des vies.

  • Elnaz Rekabi quitte l’Iran : la liberté, à bout de bras

    Certains départs sont bruyants, d’autres se font en silence. Celui d’Elnaz Rekabi, lui, résonne entre les murs d’un pays qui a voulu la garder captive et les parois qu’elle grimpe depuis toujours pour aller voir plus haut. Son frère, Davood Rekabi, a lâché l’information sur Instagram , avec un message aussi sobre que lourd de sens : « La Terre est ta maison, pars et brille ! Si seulement l'Iran était un meilleur endroit pour toi, nous n’aurions pas à porter le poids de cette séparation sur nos cœurs. » Le poids des adieux, le poids des regrets, mais surtout celui d’une décision inévitable. Quitter l’Iran, pour continuer à grimper sans entraves . © IFSC Le point de rupture : Séoul, 2022 On l’avait quittée sous les projecteurs en octobre 2022, aux Championnats d’Asie à Séoul. Une grimpeuse, un mur, et surtout pas de hijab . Une image devenue virale en pleine révolte iranienne après la mort de Mahsa Amini. Un oubli, dira-t-elle plus tard. Officiellement. Officieusement, tout le monde sait que les gestes qui marquent l’histoire sont rarement accidentels. À son retour en Iran, la foule l’accueille en héroïne . Mais derrière les caméras, c’est un autre comité qui l’attend. Interrogatoires, confiscation de passeport, surveillance constante. On la pousse à enregistrer une vidéo où elle explique que tout cela n’était qu’une erreur , qu’elle n’a pas voulu braver les règles. Personne n’y croit. Début 2024, le Comité International Olympique la nomme "Athlete Role Model" pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 . Son rôle : inspirer les jeunes grimpeurs, partager son expérience et incarner les valeurs olympiques. Un choix qui n’a rien d’anodin. C’est Marco Scolaris, président de l’IFSC , qui propose son nom, validé par Thomas Bach, président du CIO. Une manière de reconnaître son impact dans le monde de l’escalade, bien au-delà des podiums. L’illusion d’une liberté sous contrôle Elnaz reprend le chemin des entraînements, mais les portes se ferment une à une. Ses déplacements à l’étranger sont limités, sa carrière devient une impasse. Et pour bien marquer le coup, les autorités rasent la maison familiale . Un hasard administratif, paraît-il. En Iran, le sport est une vitrine, et les athlètes, des ambassadeurs. À condition qu’ils ne pensent pas trop, qu’ils ne s’écartent pas du cadre. Mais Elnaz ne rentre pas dans le moule. Trop talentueuse pour être ignorée, trop indépendante pour être contrôlée. Un exil qui n’est pas un cas isolé Le destin d’Elnaz Rekabi rappelle celui d’autres champions iraniens avant elle . Kimia Alizadeh, médaillée olympique en taekwondo, qui a trouvé refuge en Allemagne. Saeid Mollaei, champion du monde de judo, qui a fui après avoir refusé de se soumettre aux consignes du régime sur les affrontements avec des adversaires israéliens. Vahid Sarlak, Shaghayegh Bapiri, et tant d’autres. Le schéma est toujours le même : devenir une fierté nationale… puis un problème à gérer . Ce scénario-là commence même à intéresser le cinéma. En 2024, la réalisatrice iranienne exilée Zar Amir Ebrahimi co-réalisait Tatami  avec l’Israélien Guy Nattiv. Un film sur une judokate forcée d’abandonner une compétition sous pression du régime. Et maintenant ? On ne sait pas encore où Elnaz Rekabi a posé ses valises. L’Europe, l’Amérique du Nord ? Peu importe, tant qu’elle peut grimper sans chaînes. Le régime iranien voulait l’empêcher de partir. Mais à force de vouloir lui couper les ailes, il lui a donné une raison de s’envoler.

  • 25 000 $ pour aller se perdre en haute altitude

    Chaque année, l’American Alpine Club ouvre son portefeuille pour financer ceux qui n’aiment rien tant que se perdre là où Google Maps ne sait plus quoi répondre. La Cutting Edge Grant , c’est le petit coup de pouce de 25 000 dollars pour cinq expéditions qui ont décidé que les cartes étaient faites pour être redessinées et que l’inconnu méritait d’être sculpté par des crampons bien affûtés. © American Alpine Club Pour décrocher le pactole ? Du terrain vierge, des faces qui donnent le vertige rien qu’en les regardant en photo et une éthique aux petits oignons : style léger, respect de l’environnement et une bonne dose de masochisme montagnard. Ils partent, et nous on va suivre Vitaliy Musiyenko, 6 000 $ en poche, part gratter un bout de l’Himalaya indien , plus précisément la face sud-ouest du Kishtwar Shivling (6 000 m). Ce sommet, aussi confidentiel qu’un bon spot de bloc hors topo, n’a vu son point culminant atteint qu’une seule fois. Il sera accompagné de Sean McLane, et si la météo et leurs mollets sont d’accord, ils pousseront jusqu’à un second sommet encore jamais gravi. Parce qu’après tout, quand on est là-haut, autant rentabiliser l’expédition. Michael Hutchins, lui, s’attaque à Rimo III (7 233 m), une face sud-ouest de 1 600 m encore inexplorée dans l’est du Karakoram indien . Pour l’épauler, une équipe qui ferait baver n’importe quel amateur d’alpinisme extrême : Chris Wright (Piolet d’Or en 2020 pour son ascension du Link Sar) et Stefano Ragazzo, connu pour avoir auto-assuré en solo Eternal Flame sur la Nameless Tower au Pakistan. Wright avait repéré les sommets du Rimo en 2012 et il lui aura fallu 13 ans pour transformer un coup d’œil en expédition. On appelle ça la patience… ou l’obsession. 6 000 $ pour aller voir de plus près. Tad McCrea, lui, vise le Latok III (6 949 m), un sommet où les tentatives sont nombreuses, mais les succès plutôt rares. Le plan ? Gravir le pilier sud-est depuis le glacier Choktoi , un itinéraire que personne n’a encore osé signer. En 2024, Jon Giffin et Thomas Huber l’avaient tenté avec lui, mais la montagne leur avait gentiment suggéré de redescendre avant que la météo ne se charge du rappel forcé. Deuxième manche, avec 4 000 $ pour y retourner et voir si cette fois, ça passe. Zach Lovell, 4 000 $ en main, vise une nouvelle ligne sur le Dorje Lhakpa (6 966 m), un sommet du Jugal Himal à 55 km au nord-est de Katmandou . Avec Japhy Dhungana et Joseph Hobby, ils vont aligner 1 000 m d’escalade technique entre 5 900 et 6 900 m. Dhungana et Lovell avaient déjà ouvert leur première voie alpine ensemble au Népal il y a quelques années, et voilà qu’ils remettent ça, façon madeleine de Proust, avec un retour aux sources pour Dhungana dans son pays natal. Ethan Berman, enfin, s’attaque à la "hidden" pillar de l’Ultar Sar (7 388 m) dans le Karakoram pakistanais . Une ligne qui aligne 3 000 m de verticalité, avec 1 500 m de neige et de glace pour l’échauffement, puis 1 500 m de pur rocher qui fend le ciel jusqu’au sommet. En 2024, Maarten van Haeren, Sebastian Pelletti et Berman ont tenté leur chance, atteignant 6 000 m avant que les conditions ne leur rappellent que, parfois, la montagne a d’autres plans. Trois tentatives, trois demi-tours, et maintenant 5 000 $ pour retenter le coup, avec une meilleure connaissance du terrain et, espérons-le, un peu plus de chance. La Cutting Edge Grant : 100 ans de coups de piolet Si ces cinq équipes ont pu rafler leur part des 25 000 dollars, c’est grâce à une subvention qui n’est pas née de la dernière tempête de neige. Depuis 1925, l’American Alpine Club finance ceux qui tracent de nouvelles lignes  sur les cartes et dans l’histoire de l’alpinisme. On lui doit des explorations majeures, comme la première ascension du mont Logan en 1925, l’exploration du Karakoram en 1938 ou encore la première de la face Rupal du Nanga Parbat en 2006. Aujourd’hui, la Cutting Edge Grant, soutenue par Black Diamond, perpétue cette tradition en finançant les alpinistes les plus ambitieux. Mais attention, le chèque ne se décroche pas en cochant quelques cases. Les critères ? Un objectif digne de figurer dans l’histoire : sommets vierges, premières ascensions en libre, itinéraires encore jamais gravis. Une expérience à la hauteur : il faut pouvoir justifier d’un CV montagnard solide. Un engagement environnemental : style léger, minimum d’impact, leave-no-trace. Chaque année, les candidatures s’ouvrent du 1ᵉʳ octobre au 31 décembre, avant que les heureux élus ne soient annoncés en janvier. Ensuite, c’est à eux de jouer : un trip report, des images, et parfois une conférence pour partager leur expérience. L’inconnu, c’est une promesse Une subvention, cinq équipes, un objectif commun : ajouter quelques nouvelles lignes sur les cartes et ramener des histoires à raconter. Parce que si l’inconnu fait peur à certains, pour eux, c’est surtout une promesse.

  • Résultats de l’étude : Qui sont vraiment les grimpeurs en France ?

    L’escalade n’est plus un sport de niche. Fini le temps où seuls quelques passionnés s’acharnaient sur des falaises isolées ou des pans bricolés dans des garages humides. Aujourd’hui, les salles sont pleines à craquer, les néo-grimpeurs débarquent en masse, et l’escalade devient presque un phénomène de société. Mais au-delà des impressions et des tendances visibles sur Instagram, qui sont vraiment les grimpeurs en France ? Combien grimpent régulièrement ? Quels sont leurs critères pour choisir une salle ? Pourquoi certains ne passent-ils jamais au rocher ? Chez Vertige Media, on a voulu aller au-delà des clichés et poser des vraies questions. Alors, on a lancé la plus grande enquête jamais réalisée sur la communauté des grimpeurs en France , avec un chiffre qui parle de lui-même : 15 276 répondants, issus de 253 salles . Des statistiques, du concret, du vrai , pour dresser un portrait fidèle et précis de ceux qui remplissent les salles et occupent les falaises. Et autant te dire que certains résultats vont en surprendre plus d’un. Le boom des néo-grimpeurs et la salle comme terrain de jeu principal Ce n’est plus une intuition, c’est un fait : l’escalade attire toujours plus de monde. Un grimpeur sur trois (32,8 %) a moins de deux ans d’expérience.  Autrement dit, le renouvellement est constant, et une grande partie des pratiquants actuels découvrent encore les subtilités du sport . Mais la vraie question, c’est combien d’entre eux resteront sur le long terme. Et s’ils sont nombreux à se mettre à l’escalade, leur terrain de jeu favori est sans appel : la salle.  On pourrait croire que tout grimpeur a, à un moment ou un autre, mis les pieds sur du rocher, mais non : 25,2 % des grimpeurs ne grimpent jamais dehors.  Pour eux, l’escalade, c’est des tapis bien moelleux, des volumes colorés et une ambiance musicale calibrée pour la motivation. Alors, est-ce que l’escalade est en train de devenir un sport purement indoor ?  La question mérite d’être posée. Près de la moitié (48,5 %) des grimpeurs interrogés vont en extérieur de façon occasionnelle , mais seuls 26,2 % grimpent régulièrement dehors.  La falaise reste donc une pratique minoritaire, même si elle continue d’attirer une partie des pratiquants. Mais que ce soit en intérieur ou en extérieur, les grimpeurs sont assidus . Plus de 60 % d’entre eux vont en salle au moins deux fois par semaine.  Loin du simple hobby, l’escalade devient une véritable habitude, un sport qui s’intègre dans le quotidien. La question pour les salles est donc comment fidéliser ces pratiquants qui reviennent encore et encore . Une étude pour comprendre, et anticiper Ce genre de chiffres, on ne les sort pas d’un chapeau. Cette étude a été menée dans le cadre de l’événement " Best Place To Climb 2024 " , avec un questionnaire détaillé auquel ont répondu plus de 15 000 grimpeurs , couvrant toutes les tranches d’âge, tous les niveaux et l'ensemble du territoire. L’idée n’était pas simplement de collecter des données, mais d’analyser en profondeur les tendances actuelles , d’identifier les évolutions de la pratique, et surtout d’aider les grimpeurs, les salles et les marques à mieux comprendre les attentes et les usages. On a exploré des questions essentielles : Qui sont les grimpeurs aujourd’hui ?  Leur âge, leur genre, leur ancienneté dans la pratique. Salle vs extérieur : pourquoi tant de grimpeurs restent exclusivement en indoor ? Qu’est-ce qui fait une "bonne" salle ?  Quels critères sont les plus importants pour les grimpeurs ? Qui sont vraiment les neo-grimpeurs et quelles sont leurs habitudes ? Le but n’est pas juste d’avoir des chiffres. C’est de mieux comprendre la grimpe d’aujourd’hui pour imaginer celle de demain. Télécharge l’étude complète et plonge dans les tendances On pourrait continuer à aligner les stats, mais le mieux, c’est encore que tu les découvres par toi-même. L’étude complète est disponible dès maintenant , avec toutes les données sur les grimpeurs en France. 📥 Télécharge l’étude ici Une série d’articles pour décrypter les résultats Et pour aller encore plus loin, on ne va pas s’arrêter là . Plutôt que de tout balancer d’un coup, on va publier une série d’articles pour explorer chaque point clé de l’étude, avec des analyses inédites et des mises en perspective poussées . 📍 Qui sont les grimpeurs en France en 2025 ?  – Le portrait détaillé des pratiquants 📍 Salle vs extérieur : la falaise en déclin ?  – Décryptage d’une transformation en cours 📍 Les néo-grimpeurs : coup de boost ou effet de mode ?  – Qui sont-ils et comment les fidéliser ? 📍 Pourquoi les femmes grimpent-elles moins en extérieur ?  – Un sujet sensible, mais essentiel Le premier article arrive dès la semaine prochaine, mais en attendant, télécharge l’étude complète et plonge dans les tendances de la grimpe en France.

  • L’escalade : le sport que les séniors n’attendaient pas

    On pourrait croire que l’escalade est une affaire de jeunesse. Des muscles toniques, des corps souples, une agilité insolente.  Un terrain de jeu réservé à ceux qui bondissent d’une prise à l’autre avec l’insouciance de leur vingtaine. Et puis, il y aurait un âge où l’on devrait se ranger, troquer l’adrénaline contre des promenades digestives et des cours d’aquagym. Foutaises. L’escalade pourrait bien être l’un des secrets les mieux gardés du vieillissement en pleine forme . Un sport qui muscle, équilibre, stimule le mental  et coche toutes les cases d’une longévité active. Encore faut-il oser et pouvoir se lancer. Car soyons honnêtes : quand on n’a jamais grimpé de sa vie, un mur d’escalade peut ressembler à une falaise infranchissable. C’est précisément là qu’intervient le Footing Vertical™ . L’escalade : un antidote au vieillissement que personne n’avait vu venir Sur les murs des salles d’escalade, on croise parfois une silhouette qui détonne.  Un grimpeur aux cheveux grisonnants, qui avance sur la paroi avec une aisance troublante. Là où les jeunes enchaînent des mouvements saccadés, lui place ses pieds avec la précision d’un horloger, ajuste son poids sans effort apparent, glisse sur la paroi plus qu’il ne la conquiert. Pas de précipitation, pas de force inutile. Tout est question de placement, de coordination, d’intelligence du mouvement. Alors non, on ne va pas vous encourager à envoyer votre grand-mère en solo sur El Capitan. Mais un mur d’escalade en salle, avec un dispositif pensé pour accompagner chaque grimpeur selon ses capacités ? Là, on parle. Footing Vertical™ : grimper en toute confiance, progresser en toute autonomie Micka et Bassa Mawem connaissent mieux que quiconque les bienfaits de l’escalade . Après une carrière en compétition, ils auraient pu se contenter de savourer leur statut de légendes. Mais rester immobiles ? Très peu pour eux. Leur ambition aujourd’hui : ouvrir l’escalade au plus grand nombre . Le Footing Vertical™ est né de cette vision. Ce système ingénieux libère la grimpe de ses contraintes. Plus besoin de quelqu’un pour assurer : un peu comme un enrouleur automatique mais en plus intelligent, qui déleste le grimpeur, lui enlevant une partie de son poids pour faciliter la montée . Imaginez grimper avec 50, 80, voire 120 kg en moins : l’effort est allégé, les mouvements deviennent plus fluides et accessibles, tout en conservant les sensations et les bienfaits de l’escalade. Contrairement aux enrouleurs classiques qui assistent uniquement à la descente, le Footing Vertical™ accompagne activement la montée , permettant de progresser en douceur et en toute confiance. Grâce à une télécommande ou une application, chacun peut ajuster l’assistance selon ses besoins et évoluer à son rythme. Une invention qui change tout, surtout pour les séniors.  Car les bienfaits de l’escalade vont bien au-delà du simple plaisir de grimper. Trois raisons imparables de grimper pour les seniors On ne va pas se mentir : le corps évolue avec l’âge.  Les muscles s’amenuisent, les articulations deviennent moins souples, l’équilibre se fragilise. Ce qui semblait naturel devient un défi. Mais le mouvement est le meilleur rempart contre ces effets, et l’escalade stimule chaque aspect essentiel du bien vieillir . 1. La gravité n’est pas une fatalité : préserver ses muscles Avec les années, le corps perd de la masse musculaire . Dès 30 ans, un sédentaire peut voir jusqu’à 8 % de ses muscles fondre par décennie. Après 50 ans, le phénomène s’accélère, et avec lui, son lot de conséquences : fatigue accrue, perte de force, mobilité réduite. Mais ce n’est pas une fatalité. Le muscle, ça se travaille. Contrairement à la musculation classique qui cible un muscle à la fois, l’escalade engage l’ensemble du corps en synergie . Chaque traction sollicite les bras, chaque poussée mobilise les jambes, chaque équilibre renforce le dos et la sangle abdominale. Tout est connecté, tout travaille ensemble. L’autre atout ? Un renforcement musculaire sans impact .  Pas de chocs traumatisants comme en course à pied, pas de charges excessives à soulever. Un effort progressif, naturel, qui renforce sans malmener. Grimper, c’est entretenir sa force sans user son corps. 2. Équilibre et coordination : la clé pour éviter les chutes Avec l’âge, les chutes deviennent la première cause de mortalité accidentelle .  Un simple faux pas, un virage mal négocié, et l’accident peut être lourd de conséquences. Le coupable ? Une proprioception qui s’étiole, un équilibre qui s’affaiblit. Là encore, l’escalade apporte une réponse efficace. Contrairement à la marche ou au vélo, qui offrent un appui stable, grimper impose une adaptation constante . Chaque prise est une leçon d’équilibre, chaque mouvement exige un ajustement du centre de gravité. L’escalade rééduque le corps à gérer l’instabilité. Poser son pied sur une prise, c’est réveiller sa proprioception. Se tendre vers une prise éloignée, c’est maîtriser son poids dans l’espace. Rechercher son équilibre sur un volume, c’est développer des réflexes qui éviteront une chute dans la rue. Et au fil des séances, tout se stabilise : la posture, la démarche, la confiance en ses appuis. 3. Un mental d’acier et une vie sociale active Vieillir, c’est aussi voir son quotidien se rétrécir . Moins d’interactions, moins de stimulations, un isolement progressif  qui impacte aussi bien le moral que la cognition. L’escalade est un antidote à cette spirale. C’est un sport collectif. Sur un mur, on grimpe, mais surtout on partage. Les générations se croisent, les conseils s’échangent, les encouragements fusent. Chaque ascension devient un moment de connexion, où l’on célèbre ensemble les petites victoires. Et au-delà de l’aspect social, l’escalade est un jeu d’esprit. Chaque voie est une énigme à résoudre. Observer, anticiper, mémoriser ses mouvements, gérer son stress . Le résultat ? Un cerveau stimulé, une confiance en soi renforcée, un stress réduit. Vieillir, oui. Mais avec un mental aiguisé et un moral au sommet. À vous de jouer Et si votre prochain moment en famille se passait dans une salle d'escalade, plutôt qu’autour d’un café devant la télévision du salon ? Offrez-leur une première ascension, une sensation de hauteur, un défi à relever ensemble. Essayez, testez, et voyez par vous-même ce que ça change. En vous inscrivant au formulaire de MBS Industry ci-dessous, vous pourriez avoir une séance gratuite pour tester le Footing Vertical™ dès qu’il sera disponible dans une salle près de chez vous. 📍 Inscription ici  : Testez gratuitement le Footing Vertical™ 📍 En savoir plus  : Découvrir le Footing Vertical™ Ne laissez pas l’âge être une excuse. Grimpez, partagez, et redécouvrez ensemble la liberté du mouvement. Avec le soutien de MBS Industry .

  • L’escalade, un sport égalitaire ? L’illusion d’un sommet accessible

    Cette année, le Salon de l’Escalade , ce n’était pas qu’une débauche de magnésie et de baudriers dernier cri. C’était aussi un lieu où l’on cause. Où l’on creuse. Où l’on met en lumière les failles autant que les prises. Parmi les conférences organisées par Vertige Media , l’une d’elles a pris le pari de poser une question qui gratte : le féminisme a-t-il encore du sens dans l’escalade ? Réponse rapide : oui, mille fois oui. Féminisme et escalade : casser les plafonds de verre © Le Cinoche Mais dans le détail, les nuances sont plus riches, plus contrastées. C’est ce qu’ont exploré Aurélia Mardon  (sociologue), Caroline Ciavaldini  (athlète et fondatrice de Grimpeuses) et Sophie Berthe  (activiste), sous la houlette de Pierre-Gaël Pasquiou , fondateur de Vertige Media. L’escalade, un sport égalitaire ? Ou l’illusion du déjà-acquis L’escalade a l’avantage d’un décor flatteur : des catégories féminines bien établies, des primes égales en compétition, un imaginaire collectif qui se veut bienveillant. « Sur le papier, tout va bien », résume Caroline Ciavaldini. « Mais il suffit de creuser un peu pour voir que la réalité est plus rude. » Le constat d’Aurélia Mardon, sociologue spécialiste du genre et du sport, est sans appel : « Dès l’adolescence, l’appropriation des espaces et des rôles est genrée. Les garçons se dirigent vers le dévers, la salle de muscu, les postes d’ouvreur. Les filles, elles, restent plus souvent en retrait. » Sophie Berthe et Aurélia Mardon © Le Cinoche Un simple biais culturel ? Non, une mécanique qui se perpétue dans le haut niveau. « Aujourd’hui, sur 38 ouvreurs nationaux en France, seules trois sont des femmes », rappelle-t-elle. Et pour cause : si les jeunes grimpeuses ne sont pas encouragées à ouvrir des voies, difficile d’espérer une représentation plus équilibrée à long terme . Sophie Berthe en a fait l’expérience : « L’injonction au corps parfait pèse lourd. Une femme avec un dos musclé, on l’appelle ‘un tank’. Chez un homme, ce serait ‘puissant’. » Ce double standard ne touche pas que l’image : il a un impact direct sur la performance. « Quand tu sais que ta morphologie risque d’être moquée, tu freines ton entraînement. Et, in fine, tes résultats. » La mixité choisie : solution ou repli ? Créer des espaces exclusivement féminins pour favoriser la progression et la confiance, est-ce une avancée ou une impasse ? Pour Caroline Ciavaldini, qui a fondé Grimpeuses , l’objectif n’est pas de s’enfermer entre femmes, mais de leur donner une base solide : « On pousse les filles à grimper en tête, à prendre des décisions, à ne pas se laisser enfermer dans le rôle de ‘celle qui suit’. » Mais une question demeure : si les femmes se retrouvent entre elles, qui éduque les hommes ? Carolina Ciavaldini et Pierre-Gaël Pasquiou © Le Cinoche C’est là que la discussion prend une tournure plus nuancée. Aurélia Mardon souligne que la non-mixité n’est pas une finalité mais un outil : « C’est un levier pour reprendre confiance, mais ça ne doit pas devenir une bulle imperméable. » Sophie Berthe complète : « Ce qu’il faut, c’est que les mentalités évoluent des deux côtés. Les hommes doivent aussi être bousculés dans leurs repères, réaliser que l’escalade n’est pas un terrain neutre. » Prendre conscience, c’est déjà grimper un échelon Une idée revient en boucle : la nécessité d’un regard critique . C’est en déconstruisant ce qui semble anodin qu’on progresse. Sophie Berthe cite un exemple frappant : l’expérience des mentors. « Beaucoup de femmes ont découvert la falaise grâce à un homme. C’est super… mais ça perpétue une certaine dépendance. Pourquoi ne pas voir plus de grimpeuses transmettre leur savoir à d’autres ? » Même mécanique sur l’ouverture des voies. Pierre-Gaël Pasquiou rebondit : « Si on n’encourage pas les filles à ouvrir en club, comment peut-on espérer voir des ouvreuses en compète ? » Et maintenant, on fait quoi ? Les solutions existent, et elles commencent sur le terrain : ✔️ Écouter les grimpeuses . Avant d’expliquer, entendre. ✔️ Interroger ses propres habitudes . Qui grimpe en tête ? Qui décide des voies ? Qui enseigne ? ✔️ Créer des espaces où les femmes peuvent progresser différemment . Caroline Ciavaldini insiste : « Ce qui me fascine, c’est de voir les prises de conscience se faire, petit à petit. On n’a pas besoin d’un grand soir du féminisme en escalade. On a besoin d’un travail de fond, de graines plantées un peu partout. » Vous avez manqué la conférence ? Pas de panique. 📽️ Vidéo de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici . Et si après ça, vous voyez encore l’escalade comme un sport égalitaire par nature… vous avez peut-être raté une prise.

  • Nolwen Berthier : « L’image de la grimpeuse ne correspond pas à celle qu’on attend d’une femme dans la société »

    À l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, Nolwen Berthier, athlète de haut niveau, a lancé « Climb Like a Woman », une campagne invitant chaque grimpeuse à partager une photo d’elle avec les yeux masqués par un rectangle noir. Ce geste symbolique vise à remettre en question les stéréotypes qui entourent le corps des grimpeuses et, plus largement, les injonctions imposées aux femmes dans le sport. Interview musclée. © Christoph Muster « Trop musclée, trop maigre, trop grosse… : le corps des athlètes féminines est souvent jugé sur son apparence plutôt que sur sa force et ses performances » , Katherine Choong , grimpeuse suisse de neuvième degré. « Elle est vraiment carrée pour une meuf, ce n’est pas très féminin » , Fanny Gibert , multiple championne de France de bloc « On s’est moqués plus d'une fois de moi quand je criais en grimpant des mouvements difficiles », Laura Pineau, falaisiste toulonnaise de haut-niveau.. Surfant sur l’initiative de Nolwen Berthier, « Climb Like a Woman »,  des centaines de grimpeuses rappellent sur les réseaux sociaux que les standards imposés aux femmes par la société sont encore bien ancrés. Une initiative qui cherche à « c élébrer la force, la résilience et le pouvoir des femmes dans l’escalade et au-delà », et qui résonne avec les témoignages récents de grimpeuses comme Hannah Morris , cible de commentaires sexistes sur son apparence physique, ou Janja Garnbret , qui a pris la parole sur les troubles du comportement alimentaire dans le monde de l’escalade . À travers ces prises de parole, un constat commun se dégage : l’image du corps idéal d’une grimpeuse – et plus généralement d’une femme – reste largement dictée par des critères dépassés. Nous avons interviewé Nolwen Berthier sur cette opération sans précédent.  Pourquoi avoir lancé « Climb Like a Woman », une campagne qui vise à déconstruire les stéréotypes sur la grimpe féminine ? La campagne est née d’un constat : dans les médias et sur les réseaux sociaux, les images de grimpeuses se ressemblent souvent. Elles correspondent à certains critères esthétiques bien définis. Il est par exemple assez rare de voir des femmes réellement en train de forcer sur une photo d’escalade. À cela s’ajoutent les stéréotypes liés à l’habillement, avec le duo brassière-mini-short, sous-entendant l’idée qu’une grimpeuse doit être peu couverte et pas trop musclée. Pourquoi, selon toi, voit-on si peu de femmes en train de forcer ? On a pourtant tous en tête des images d’Adam Ondra ou d’autres grimpeurs dans l’effort… Parce que ça ne correspond pas à ce que l’on attend d’une femme dans la société, je pense. Le fait même que les femmes pratiquent du sport à haut niveau est finalement assez récent. C’est le poids des héritages qui joue encore aujourd’hui. C’est l’une des premières fois que tu prends la parole sur le féminisme. D’habitude, tu parles davantage d’environnement. Oui, cette prise de parole est le fruit de plusieurs mois de réflexion. Notamment grâce aux événements en non-mixité auxquels j’ai participé, comme Grimpeuses  ou le Women’s Bouldering Festival . Ça m’a beaucoup nourrie. Au départ, je voulais juste faire un post sur les standards auxquels on tente de se conformer, que l’on soit médiatisée ou non. Car je pense que toutes les grimpeuses sont concernées par ces injonctions. Puis, je me suis dit que ce serait bien plus puissant d’en faire un élan collectif. Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, était le moment parfait pour ça. J’ai donc commencé à contacter des grimpeuses pour leur proposer cette campagne, avec l’idée de créer quelque chose de bienveillant et fédérateur, qui nous rappelle qu’entre femmes, on se soutient. J’ai particulièrement insisté sur l’importance de mettre un rectangle noir devant les yeux : mon but était de montrer que les messages véhiculés s’adressent à tout le monde. Quand on voit les yeux d’une personne, on l’identifie immédiatement, et cela peut donner l’impression que ses paroles ne concernent qu’elle. Hannah Morris a récemment partagé sur Instagram  certains messages qu’elle reçoit de ses haters comme « Built like a fridge » (« Taillée comme un frigo »). Ces remarques alimentent-elles, selon toi, la crainte de certaines grimpeuses d’avoir un physique jugé trop « masculin » ? Oui, c’est un véritable frein à la performance chez de nombreuses femmes et jeunes filles, quel que soit le sport. Beaucoup refusent de faire de la musculation ou s’auto-limitent, parfois sans même en avoir conscience, simplement par peur d’avoir un corps jugé trop masculin. Alors qu’en réalité, c’est juste un corps musclé. Je l’ai beaucoup observé autour de moi. « Mon principal sujet par rapport au corps, c’est ma taille, je dirais. Très vite, j’ai compris que je n’y pouvais rien, alors autant faire avec » Le corps d’une grimpeuse performante ne correspond pas forcément aux standards de beauté imposés aux femmes par la société. Ce qui n’est pas le cas pour un grimpeur. Je suis d’accord. Une grimpeuse qui performe est souvent mince, avec peu de poitrine et des muscles visibles, ce qui ne correspond pas aux canons de beauté traditionnels féminins. Alors qu’un grimpeur, lui, est musclé et généralement mince, ce qui est socialement valorisé. À l’inverse, certaines femmes ont aussi une image bien précise de l’idéal à atteindre, en pensant : « Une grimpeuse, ça doit ressembler à ça ». Oui, j’ai clairement vu des personnes penser de cette façon. Notamment des femmes qui, parce qu’elles ont une carrure plus large ou quelques kilos de plus que « le standard des grimpeuses », peuvent se sentir illégitimes. Mais ces idées peuvent également être limitantes. Car au final, le plus important, c’est d’être passionnée et motivée. Il est essentiel de rappeler que l’on peut être grimpeuse sans forcément viser la performance. C'est marrant, on dirait Nolwen Berthier. © Théo Cartier Et toi, quel est ton rapport à ton corps ?  Mon principal sujet par rapport au corps, c’est ma taille, je dirais. [ Nolwen mesure 1,52 mètre, ndlr ]. Très vite, j’ai compris que je n’y pouvais rien, alors autant faire avec. À partir du moment où on accepte cela, on s’ouvre des portes et on cherche des solutions, plutôt que de se focaliser sur les obstacles. Parce que se dire en permanence "Ah, je suis trop petite", c’est vite très limitant. Je me suis dit : soit tu acceptes et tu continues l’escalade en trouvant tes propres solutions, soit tu fais autre chose. Quelles ont été tes solutions ? Faire plus de musculation pour gagner en puissance. Et me concentrer sur la tenue de prises, même si, pour le coup, c’est quelque chose que j’ai toujours eu naturellement. « J’ai clairement vu des personnes penser qu'elle ne ressemblait pas au "standard des grimpeuses. Notamment des femmes qui, parce qu’elles ont une carrure plus large ou quelques kilos de plus peuvent se sentir illégitimes » Ces derniers temps, plusieurs grimpeuses ont pris la parole sur les troubles du comportement alimentaire en escalade. Janja Garnbret, par exemple, avait fait un post  qui avait beaucoup circulé. T’es-tu déjà dit : « Si je perdais 2 kg, je serais plus performante » ? Depuis que je suis jeune, certaines personnes pensent que je fais très attention à mon alimentation, parce que je suis naturellement mince. En réalité, je n’ai jamais vraiment été dans cette logique de régimes. Car j’ai vite compris que surveiller mon poids me demandait plus d’énergie que ça ne m’apportait de bénéfices. Je préfère lâcher du lest sur ce sujet, m’entraîner et avoir le poids que j’ai, plutôt que de me contraindre avec des régimes drastiques. Je suis plus heureuse ainsi. Mais sur ce point, nous ne sommes pas tous égaux, car nos métabolismes sont très différents. Que dirais-tu aux grimpeuses qui ont des pensées limitantes vis-à-vis de leur corps ? Votre passion est bien plus précieuse que les standards qu’on vous impose, alors libérons-nous-en. C’était aussi l’objectif de cette campagne : montrer qu’entre grimpeuses, on s’encourage à questionner ces normes et à exprimer ce qu’on n’ose pas toujours dire au quotidien. À travers les différents posts de la campagne, de nombreuses voix se sont exprimées sur la passion, l’ambition, la résilience, la force, les muscles… Des sujets que l’on garde souvent pour soi, par peur de les affirmer pleinement.

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