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- Des grimpeurs montent au créneau pour sauver les chauves-souris
Pendant que le monde regarde ailleurs, un discret champignon colonise les museaux des chauves-souris nord-américaines, condamnant ces petits mammifères à une mort lente et implacable. Alors que ce « syndrome du nez blanc » vient d'atteindre les mythiques parois du parc national des Rocky Mountains, des grimpeurs prennent de la hauteur et tendent la main aux scientifiques pour tenter d’enrayer le massacre. Récit d’une improbable alliance verticale. © Graham Holtshausen Ils passent leurs journées à tutoyer les sommets, accrochés à des fissures inaccessibles aux simples mortels. Et voilà que ces passionné.e·s du vide découvrent, au détour d’un surplomb, d’étranges colocataires : des chauves-souris menacées par un mal silencieux, le syndrome du nez blanc. Ce parasite mortel, arrivé récemment dans le Colorado, est devenu le cauchemar des biologistes. Alors, devant l’urgence, les grimpeurs du programme Climbers for Bat Conservation se muent en précieux lanceurs d’alerte, transformant leurs escalades en opérations scientifiques pour tenter de sauver ces mammifères essentiels à l’équilibre des écosystèmes. « Chauve qui peut » dans les Rocheuses Le syndrome du nez blanc doit son nom à la moisissure blanchâtre qui pousse sur le museau et les ailes des chauves-souris infectées. Causé par le champignon Pseudogymnoascus destructans (surnommé Pd), il prolifère dans les endroits froids et humides prisés par les chauves-souris pour hiberner – notamment les grottes profondes, les fissures et autres refuges rocheux souterrains. Le parasite agit comme un véritable vampire énergétique : il réveille ses victimes en plein hiver, les déshydrate et les pousse à chercher désespérément de la nourriture hors saison. Faute d’insectes à se mettre sous la dent en hiver, ces petites créatures finissent par mourir de faim. Depuis son émergence en 2006 dans l’État de New York, cette maladie fongique a déjà été tenue responsable de la mort de plus de six millions de chauves-souris en Amérique du Nord – un chiffre vertigineux qui menace de déséquilibrer les écosystèmes. Rocky Mountain National Park (RMNP) abrite neuf espèces de chauves-souris connues, sur les 19 recensées dans tout le Colorado. Toutes jouent un rôle important dans leur milieu : puisqu'elles se nourrissent d’insectes comme les moustiques, contribuant à en réguler les populations. Certaines interviennent même dans la pollinisation de plantes locales, preuve que ces mammifères volants ne sont pas de simples créatures nocturnes effrayantes, mais bien des acteurs écologiques clés. Bien qu’il hésite à employer le terme d’« espèce clé de voûte », le biologiste Robert Schorr admet que l’importance des chauves-souris dans l’écosystème n’en est « pas loin ». Autant dire que l’apparition du syndrome du nez blanc dans le parc fait craindre des dégâts considérables sur la biodiversité locale. La confirmation officielle, le 26 juin 2025, de la présence du champignon sur trois chauves-souris retrouvées mortes dans le parc a sonné l’alarme © Joe Dudeck Cette découverte n’a pas vraiment surpris les spécialistes, car le champignon Pd responsable de la maladie avait été détecté dans le parc l’année précédente. En effet, dès 2024, des analyses de routine avaient révélé des traces du parasite sur des chauves-souris du secteur – signe précurseur de l’infection à venir. À l’échelle de l’État, le Colorado a enregistré son premier cas avéré de syndrome du nez blanc en 2022, dans le sud-est du territoire. Le mal gagne donc du terrain vers l’Ouest : après avoir touché le comté de Larimer (au nord du Colorado), il a désormais atteint le comté de Grand, de l’autre côté de la chaîne continentale. « Nos informations sur la dispersion du champignon arrivent lentement et au compte-gouttes, car il sévit souvent dans des zones où il est difficile d’accéder aux chauves-souris » explique Schorr, frustré par l’élusivité de ces créatures. Autrement dit, le champignon pourrait être présent dans bien d’autres recoins des Rocheuses sans qu’on le sache, faute de pouvoir y capturer et tester des chauves-souris. Notons que cette maladie, aussi dramatique soit-elle pour la gent chauve-souris, ne présente aucun danger pour l’homme. Toutefois, l’Homme peut devenir un vecteur involontaire en transportant des spores de Pd sur ses vêtements, ses chaussures ou son matériel. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines grottes touristiques ont été préventivement fermées par le passé, afin d’éviter que des visiteurs bien intentionnés ne dispersent le champignon d’un site à un autre. Le parc national des Montagnes Rocheuses, lui, ne compte heureusement aucune grotte majeure en son sein – ses chauves-souris hibernent plutôt dans de petites cavités isolées ou migrent vers le sud. Ce facteur pourrait limiter les dégâts. Néanmoins, seul l’avenir dira comment évolueront les populations de chiroptères dans la région, et les chercheurs demeurent en alerte. Des grimpeurs à la rescousse de la science Comment étudier une maladie qui frappe des animaux discrets, nocturnes, nichés haut dans des falaises inaccessibles ? C’est le défi qu’a décidé de relever Robert Schorr, zoologiste au Colorado Natural Heritage Program (Université d’État du Colorado). Sa botte secrète : mobiliser une armée de volontaires aguerris aux parois vertigineuses. En 2014, Schorr a cofondé Climbers for Bat Conservation (CBC), un programme de science participative qui fait appel aux grimpeurs du monde entier pour signaler la présence de chauves-souris sur les sites d’escalade. L’idée lui est venue en constatant que les grimpeurs sont souvent les seuls humains à partager le terrain de jeu des chauves-souris. « Les grimpeurs sont à peu près le seul groupe de loisirs à voir des chauves-souris là où elles se perchent naturellement, confie Schorr. Ils les trouvent dans les fissures qu’elles choisissent, à des hauteurs vertigineuses. Moi qui étudie les chauves-souris, je n’ai quasiment jamais l’occasion de les observer ainsi ! » En effet, muni de cordes et d’un casque, un passionné d’escalade peut atteindre des crevasses insoupçonnées sur une falaise et y découvrir une colonie endormie – un spectacle qu’aucun biologiste cloué au sol ne pourrait admirer. Depuis son lancement, l’initiative Climbers for Bat Conservation a dépassé toutes les attentes. © Andrew Shelley Au fil des années, son réseau de sentinelles bénévoles s’est étendu bien au-delà des Rocheuses. Désormais, les remontées de terrain affluent des quatre coins du globe : près de 400 signalements ont déjà été transmis, provenant non seulement du Colorado mais aussi d’endroits aussi divers que le Kenya, la Bulgarie ou l’Italie. Ces contributions fournissent aux scientifiques une mine d’informations inédites sur l’écologie des chauves-souris. Grâce aux yeux perçants des grimpeurs, les biologistes commencent à comprendre comment ces mammifères utilisent les systèmes de fissures dans les falaises, quelles parois elles privilégient, à quelles altitudes… Autant de données précieuses qui aident à anticiper l’impact du syndrome du nez blanc sur les différentes colonies, et peut-être à atténuer sa progression. Participer à cette aventure scientifique ne requiert ni diplôme en biologie ni inscription officielle. Tout grimpeur curieux peut apporter sa pierre à l’édifice de la conservation. La procédure est simple : si, au détour d’une voie, vous tombez sur des chauves-souris endormies dans une fissure, il suffit de se rendre sur le site web de Climbers for Bat Conservation et de cliquer sur « Submit a Sighting » (Signaler une observation) Un petit formulaire vous invite à décrire le lieu, la taille de la colonie, éventuellement l’orientation de la paroi, et à joindre une photo souvenir de vos colocataires à fourrure. Ces informations seront transmises à l'équipe de chercheurs. Et pour vous remercier d’avoir joué les éclaireurs des cimes, le programme vous enverra même un t-shirt gratuit estampillé chauve-souris – la classe, non ? Pas de fermeture des sites, mais vigilance de rigueur L’apparition du syndrome du nez blanc fait craindre le pire pour les chauves-souris, mais pas question de crier « chauve qui peut » et d’interdire aux grimpeurs d’aller tutoyer les falaises. Contrairement à d’autres maladies invasives, ce champignon n’entraîne généralement pas de fermeture massive des grottes ou des sites d’escalade. Robert Schorr cite bien quelques exemples isolés de cavernes temporairement bouclées par précaution – Mallory Cave, près de Boulder, a ainsi été grillagée plusieurs années afin de protéger les chauves-souris qui y vivent. Cependant, ces mesures restent rares et exceptionnelles, le National Park Service n'a d'ailleurs annoncé aucune fermeture de secteur d’escalade suite à la confirmation de la maladie. Les gestionnaires du parc comptent sur la responsabilité de chacun pour limiter les risques de contagion. Ils demandent aux visiteurs de s’abstenir de toucher les chauves-souris – qu’elles soient vivantes ou mortes – et de signaler immédiatement aux rangers la présence de toute chauve-souris trouvée morte au sol. Il est également impératif de désinfecter soigneusement son équipement (vêtements, chaussures, cordes, etc.) avant de repartir vers d’autres sites, afin de ne pas transporter le champignon. Seul le temps dira si ces mammifères volants réussiront à survivre à l’assaut du champignon destructeur. En attendant, si vous partez grimper du côté de Rocky Mountain et que vous croisez, blotties dans une fissure, une petite famille de chauves-souris, surtout ne dérangez pas ces dames de la nuit – signalez plutôt votre observation à Climbers for Bat Conservation. Ce simple geste de science citoyenne sera d’une aide précieuse pour les biologistes, et il contribuera peut-être à sauver ces espèces en péril. .
- À Nancy, la sécurité verticale change de dimension
Ce matin, Climb Up Nancy devient officiellement la première salle d’escalade à installer le dispositif de sécurité B.A.S.S. (Boîtier d’Alerte et de Sécurité des Salles), développé par les frères Mawem. L’occasion pour Vertige Media de s'entretenir avec Mathieu Lequerre, directeur de la salle, et avec Mickaël Mawem, cofondateur de MBS Industry sur une innovation qui pourrait bien révolutionner la sécurité du sport. Dispositif B.A.S.S installé à Climb Up Nancy © MBS Grimper sans s’attacher est officiellement devenu has-been. Pendant que certains continuent de garnir leurs murs d’immenses drapeaux criant silencieusement « Ne grimpe pas sans t’être attaché », à Nancy, une salle a choisi de prendre une longueur d’avance sur la gravité. Climb Up Nancy ouvre ainsi la voie en devenant la première structure en France équipée du dispositif B.A.S.S., imaginé par les frères Mawem (oui, ceux-là mêmes dont l’un est champion du monde de bloc, Mickaël, et l’autre spécialiste de la vitesse, Bassa, ndlr). Et ce n’est qu’un début : à l’automne prochain arrivera aussi C.A.M.I., le tout premier enrouleur motorisé — que beaucoup connaissent encore sous le nom de « Footing Vertical ». Un double saut technologique pour grimper mieux, en tout sécurité, et surtout de manière plus inclusive. B.A.S.S. : le bruit qui sauve Si le nom sonne comme un groupe d'électro, l’acronyme B.A.S.S. cache en réalité une rigueur assumée : le « Boîtier d’Alerte et de Sécurité des Salles ». Son rôle ? Empêcher, à grands renforts de décibels stridents, les grimpeuses et grimpeurs tête-en-l’air (ou simplement fatigués) d’oublier de s’attacher avant leur ascension. « Un accident, c’est un accident de trop. Aujourd’hui, la question n’est plus de convaincre mais de se demander : est-ce que je peux vraiment me permettre ça chez moi ? La réponse est non » Mickaël Mawem « C’est cool, c’est une bonne idée, et surtout, ça tombe à point nommé », explique Mathieu Lequerre, directeur de Climb Up Nancy. Lui qui n’a jamais connu d’accident dans sa salle avoue pourtant être hanté par les récits venus d’ailleurs : « Toujours les mêmes histoires, toujours le même oubli. Quelqu’un commence à grimper sans s’attacher et chute lourdement. On avait anticipé ce risque avec nos drapeaux, mais il restait toujours un angle mort ». Un angle mort illustré tragiquement par l’accident récent survenu à Climb Up Lyon, où un grimpeur parti d’une voie voisine a fini au sol, loin de toute signalétique préventive. Dispositif B.A.S.S installé à Climb Up Nancy © MBS Face à cela, Mickaël Mawem, cofondateur de MBS Industry, ne laisse planer aucun doute : « Un accident, c’est un accident de trop. Aujourd’hui, la question n’est plus de convaincre mais de se demander : est-ce que je peux vraiment me permettre ça chez moi ? La réponse est non. » Il précise, non sans une pointe d’ironie : « On dépense des centaines d’euros tous les deux ans pour remplacer ces fameux drapeaux sur enrouleurs. Là, on a enfin une solution durable, fiable et intelligente ». Intelligente, car le dispositif B.A.S.S. n’est pas qu’un simple rappel à l’ordre : il permet aussi de surveiller l’usure du matériel, de compter les passages et même d’alerter à distance. Un genre de Big Brother bienveillant qui, pour une fois, fait l'unanimité. C.A.M.I., l’autre révolution verticale Si le B.A.S.S. fait la chasse à l’inattention, C.A.M.I. (également appelé « Footing Vertical » sur le terrain, selon les supports de communication) est là pour ouvrir les portes à ceux pour qui l’escalade rimait jusque-là avec « pas pour moi ». Ce premier enrouleur motorisé du marché permet de délester jusqu’à 100 % du poids d’un grimpeur pendant son ascension. Un genre d’assistance électrique façon vélo, mais en version verticale. Pour Mathieu Lequerre, pas de doute possible : « C’est avant tout un outil pensé pour les personnes en situation de handicap, pour tous ceux dont le corps freine l’envie de grimper. ». Il illustre son propos en nous partageant l’histoire d’un homme en fauteuil roulant récemment venu à la salle, frustré de ne pas avoir pu grimper faute d’équipement adapté. « On attend impatiemment l’arrivée du dispositif pour le rappeler », ajoute Mathieu, soulignant l’urgence d’un sport qui se prétend accessible mais peine parfois à joindre l’acte à la parole. Ouvrir la voie sans tomber dans le vide Avec ces deux innovations installées en exclusivité nationale, la salle de Nancy joue pleinement son rôle de pionnière. Le choix de louer le matériel plutôt que de l’acheter directement permet certes à la salle de tester ces nouveautés sans prise de risque démesurée. Cela dit, l’essentiel est ailleurs : la voie d’une escalade plus sûre et inclusive est désormais ouverte. En donnant l’exemple, la salle nancéienne pose les fondations d’une escalade moderne, ouverte, et franchement plus rassurante. « On relaiera d’abord la communication officielle des frères Mawem, car ils connaissent mieux que personne leurs produits », admet humblement Mathieu Lequerre. Mais en réalité, Climb Up Nancy n’aura pas besoin d’en faire trop pour que le message passe : la simple présence du B.A.S.S. fera office de prise de conscience sonore permanente, rappelant que l’époque où la sécurité était un luxe est définitivement révolue. Quant au dispositif C.A.M.I., il promet une grimpe inclusive nouvelle génération. Là où certains voient encore un système réservé à quelques-uns, les plus visionnaires anticipent déjà l’escalade de demain : une grimpe où le plaisir prendra définitivement le pas sur la performance à tout prix, où monter ne rimera plus nécessairement avec souffrir, et où chacun pourra choisir d’alléger sa peine à volonté.
- Vuarnet GLACIER 02 : que la montagne est belle
Certaines lunettes protègent simplement vos yeux, d'autres redéfinissent votre façon de percevoir le monde. Pas de doute, les Vuarnet Glacier 02 font partie de celles-là. Avec leur verre Eclipse inédit et leur monture mêlant titane et acétate, elles annoncent une nouvelle expérience visuelle en haute montagne. On les a mises à l'épreuve à Chamonix, pour juger sur pièce. Et en prendre plein la vue. © Vertige Media Le poids de la qualité Dès la première prise en main, impossible de rater le message : ces lunettes ont une légèreté surprenante. À 52 grammes tout équipé, le Glacier 02 joue dans une autre catégorie. Cette sensation de densité maîtrisée dans la main, c'est la signature du mariage entre bêta-titane japonais et acétate haut de gamme. Quand vous les posez sur votre nez, vous sentez tout de suite que vous n'avez pas affaire à de la camelote. La monture combinée est épaisse, agréable au toucher, et se pose naturellement sur la tête. Les protections en cuir amovibles ajoutent une touche d'authenticité qui rappelle l'héritage montagnard de la marque. Fini les lunettes qui glissent au premier mouvement brusque ou qui marquent désagréablement les tempes après une journée de grande voie. Une vision qui change la donne Mais le véritable tour de force, c'est ce verre Eclipse. Sa teinte particulière transforme littéralement votre perception du monde extérieur. Même par temps gris, même quand la météo hésite entre crachin et éclaircie, ces lunettes illuminent votre journée. C'est troublant au début : on a l'impression que quelqu'un a subitement monté la luminosité du paysage. Avec sa catégorie 4 et sa filtration à 95% de la lumière visible, ce verre est conçu pour les conditions extrêmes. En pratique, il gère parfaitement les environnements glaciaires où la réverbération peut devenir aveuglante. Résultat : une vision équilibrée qui évite les contrastes brutaux qui fatiguent l'œil en haute altitude. Protection maximale, confort optimal Les visières latérales en bio-acétate de 8 mm créent une véritable bulle de protection autour de vos yeux. Cette sensation de plénitude visuelle, d'être dans son cocon, change complètement l'expérience en altitude. Fini les larmoiements dus au vent ou les plissements d'yeux face au soleil rasant. Les protections latérales et le protège-nez amovibles en cuir permettent d'adapter la protection selon les conditions : montés pour l'alpinisme glaciaire, retirés pour l'escalade en falaise. Un détail qui fait toute la différence quand vous passez de l'approche glaciaire au rocher ensoleillé. Testées à l'épreuve du mouvement Question tenue, les Glacier 02 sont irréprochables. Que ce soit en escalade dans les mouvements les plus dynamiques ou en VTT sur les singles les plus techniques, elles ne bougent pas d'un millimètre. Le cordon amovible en cuir n'est pas un gadget : il sauve vraiment la mise quand l'adrénaline monte et que vos gestes deviennent moins précis. Les embouts de branches réglables permettent un ajustement fin, essentiel quand vous portez un casque ou que vous alternez entre bonnet et tête nue selon les conditions. Les plaquettes de nez en PVC avec la signature « V Sur Ski » rappellent discrètement l'héritage olympique de la marque. Le revers de la médaille Soyons honnêtes : 540€ pour des lunettes de soleil, ça pique sérieusement. Même si la qualité de fabrication japonaise et la technologie des verres minéraux français justifient en partie ce prix, il faut avoir les moyens de ses ambitions alpines. Autre point d'attention : le verre catégorie 4 peut sembler trop sombre pour certaines utilisations. En falaise par temps couvert, vous pourriez vous sentir un peu dans le noir. Ces lunettes sont vraiment pensées pour les conditions de luminosité extrême. Verdict : du haut de gamme qui assume Les Vuarnet Glacier 02 ne cherchent pas à plaire à tout le monde. C'est du matériel technique haut de gamme, pensé pour ceux qui passent vraiment du temps en haute montagne. Elles s'adressent aux alpinistes, aux glaciéristes, aux skieurs de haute route - bref, à tous ceux pour qui la protection oculaire catégorie 4 n'est pas une option mais une nécessité. La qualité de vision est exceptionnelle, la protection maximale, et la fabrication irréprochable. Si vous cherchez des lunettes pour épater sur la terrasse du café, passez votre chemin. Si vous voulez du matériel fiable pour vos sorties glaciaires sérieuses, vous avez trouvé. Une belle piqûre de rappel : certaines marques cultivent encore un savoir-faire technique sans concessions, à l’écart des tendances passagères. Fiche technique Modèle : Glacier O2 Eclipse Verre : Minéral français, catégorie 4 Protection : 100% UV, 96% infrarouge, 95% lumière visible, 97% lumière bleue Monture : Acétate et bêta-titane combinés Protections : Visières latérales bio-acétate 8mm, protections cuir amovibles Poids : 52g (équipement complet) Fabrication : Japon (monture) / France (verres) Taille : Medium (46,7 x 22 x 52 x 145 mm) Prix : 540€ Idéales pour : Alpinisme glaciaire, ski de haute route, conditions de luminosité extrême Ce test n'a pas été rémunéré.
- La Sportiva Skwama Lite : grimper juste, plutôt que grimper plus dur
Invité dans le fief historique de La Sportiva, aux pieds des Dolomites italiennes, Vertige Media a découvert en avant-première la Skwama Lite, nouvelle proposition de la marque iconique destinée aux grimpeurs intermédiaires. Un choix marketing judicieux à contre-courant d'un marché fasciné par l'ultra-performance, et une occasion bienvenue de se rappeler que l’escalade ne se résume pas aux extrêmes. Skwama Lite © Vertige Media Il existe une tentation très humaine en escalade, celle de croire que notre niveau grimpe proportionnellement à la technicité de nos chaussons. Le marketing habile des marques alimente sans vergogne cette illusion : à force de voir des athlètes de haut vol réaliser l’impensable avec tel modèle, on finit par s’imaginer qu’en chaussant exactement les mêmes armes, on franchira ce seuil invisible qui nous sépare de la performance extrême. Sauf que l’escalade, cette pratique ingrate autant que magnifique, a ceci de remarquable qu’elle se charge très vite de rappeler aux rêveuses et rêveurs qu’un modèle miracle ne compense jamais un manque de technique ou de doigté. Une réponse subtile aux attentes du grimpeur intermédiaire Celles et ceux qui ont découvert la grimpe il y a quelques années naviguent désormais dans une sorte d’entre-deux inconfortable : ils ne sont plus tout à fait ces débutants maladroits qui choisissaient leurs premiers chaussons sur la seule promesse du vendeur, mais ils ne sont pas encore ces experts sûrs d’eux, capables d’identifier instantanément la subtilité d’une gomme ultra-adhérente sur une réglette fuyante. Or, ce profil précis – et pourtant majoritaire – reste curieusement négligé par de nombreuses marques obnubilées par le haut niveau, prêtes à tout pour repousser sans cesse les limites d’un matériel dont le potentiel dépasse largement les capacités réelles de nombreux pratiquants. La Sportiva, pourtant reine incontestée du segment performance, prend ici un chemin différent. Avec la Skwama Lite, la marque italienne s’adresse précisément à ce grimpeur intermédiaire lucide, qui a suffisamment d’expérience pour savoir ce qu’il ne veut plus (la douleur inutile, les chaussons inadaptés) sans toutefois avoir atteint le stade où il lui faudrait le modèle le plus technique et douloureux du marché. Moins cambré que sa grande soeur, dotée d'une tige en microfibre vegan au confort immédiat, et équipée d'une gomme FriXion Black pensée pour durer plutôt que pour impressionner, la Skwama Lite est une réponse pertinente à un besoin réel : accompagner intelligemment le grimpeur dans sa progression du 6 vers le 7 sans douleur inutile ni excès de prétention. Contre l’illusion marketing, un retour au réel À Ziano di Fiemme, face aux Dolomites dont l’austérité impose naturellement l’humilité, Francesco Delladio, responsable produit chez La Sportiva, détaille le concept du Skwama Lite avec lucidité : « Nous ne cherchons pas à créer une énième arme réservée à l'élite, mais bien un chausson qui démocratise la précision ». Cette phrase pourrait sonner comme un banal slogan marketing si elle ne portait pas en elle une réflexion critique sur le secteur : combien de grimpeurs s’équipent encore chaque année de modèles bien trop sophistiqués simplement parce qu’un champion les utilise en finale de Coupe du monde ? Trop, sans doute. La Sportiva replace ici le débat sur un terrain plus réaliste, plus pertinent : un grimpeur n’a pas tant besoin d’un chausson qui lui promet la lune que d’un chausson qui lui offre une vraie réponse technique adaptée à son quotidien. En misant sur un modèle plus polyvalent, plus confortable, et surtout plus adapté aux besoins concrets des grimpeurs intermédiaires, la marque italienne se livre presque à un acte de pédagogie discrète : l’intelligence, en escalade comme ailleurs, est de savoir s’équiper en fonction de ses capacités réelles, pas de ses fantasmes. L’illusion du haut niveau contre le réalisme du Skwama Lite Soyons francs : le chausson porté par un athlète olympique ou une légende du bloc mondial ne correspond quasiment jamais aux besoins réels d'un grimpeur intermédiaire. Les professionnels cherchent la performance absolue dans des contextes spécifiques et extrêmement exigeants – blocs aux prises improbables, jetés hallucinants, crochetages dignes d’une séance d’acrobatie –, autant de situations radicalement différentes des nôtres, simples mortels qui luttons encore sur des prises qui, quoi qu’on en dise, restent généralement humaines. La Skwama Lite adopte une approche inverse, et en cela bien plus pertinente : conçue pour être souple mais précise, confortable dès les premières sessions grâce à une conception intelligente de sa tige, ce modèle reste suffisamment technique pour aider le grimpeur à affiner ses sensations sur des reliefs subtils ou des volumes exigeants. Un chausson qui ne promet pas l’impossible mais garantit au grimpeur intermédiaire quelque chose de bien plus précieux : progresser dans son escalade réelle, quotidienne, sans frustration inutile ni douleur excessive. Un luxe discret, mais infiniment plus utile que n’importe quel chausson estampillé « World Cup ». Grimper intelligemment, une question de lucidité Avec la Skwama Lite, La Sportiva délivre finalement un message clair, presque subversif à l’heure des JO et des performances médiatisées à outrance : grimper mieux, ce n’est pas forcément grimper toujours plus dur, mais plutôt grimper juste. La grimpe intelligente, c’est avant tout savoir identifier ses vrais besoins techniques, reconnaître son niveau réel et adapter son équipement en conséquence, plutôt que de s’équiper sur des promesses trop belles pour être vraies. Cette démarche de La Sportiva est d'autant plus intéressante qu’elle interroge implicitement notre propre rapport à la grimpe et à la consommation du matériel : préférons-nous grimper dans le confort d’un modèle pertinent qui nous accompagne vraiment, ou dans la douleur d’un modèle ultra-performant qui flatte davantage notre ego que nos pieds ? En replaçant ainsi la réflexion au cœur du choix du grimpeur, La Sportiva rappelle discrètement une vérité simple : le chausson idéal est celui qui, au bout du compte, se fait oublier sur la voie parce qu’il correspond exactement à ce dont nous avons vraiment besoin. Une leçon de sagesse venue directement des Dolomites, qui pourrait bien faire réfléchir au-delà des frontières italiennes. Avec le soutien de La Sportiva.
- Éline Le Menestrel et Alain Robert : la rencontre impossible
Le 12 juin dernier, lors d’un événement à Paris, Vertige Media réunissait sur scène la grimpeuse professionnelle et activiste écologique, Éline Le Menestrel, et le soloïste français internationalement connu, Alain Robert. Deux personnalités que tout pourrait opposer, mais qui se sont rejoints sur leur passion pour l’escalade, leurs accidents qui ont agi comme une révélation et l’avenir de la planète. Ce qui donne une discussion comme vous n’en avez jamais lu. © Thomas Decamps pour Vertige Media Vertige Media : Éline, tu as quasiment fait tes premiers pas à Fontainebleau. Tu es également membre d'une famille iconique dans le monde de l’escalade. Quelle place l'escalade a eu dans ta vie ? Éline Le Menestrel : L'escalade, c'est au centre de ma vie depuis toujours. Elle est donc là depuis très longtemps et elle m’accompagne de plein de manières différentes. Aujourd'hui, c'est avant tout une immense source de joie et d'espoir. C'est aussi mon métier et une des activités qui me prend le plus de temps et d'énergie. Et après, c'est aussi une communauté qui réunit les personnes que j'aime le plus au monde. Vertige Media : Tu as toujours grimpé ? Éline Le Menestrel : Oui. Je ne me souviens même pas de quand j'ai commencé. Je suis née à Melun, en France, mais j’ai grandi à Barcelone, en Catalogne. Mes parents ont déménagé là-bas parce qu'il y avait beaucoup de rochers autour. Tous les weekends, on allait en falaise. Pendant toutes les vacances scolaires, on allait en falaise. À tel point que c’est devenu la chose la plus naturelle du monde. À l’adolescence, vers 15 ans, j’ai commencé à vouloir faire de la compétition, à vouloir m’entraîner, progresser. Mais en réalité, mes parents ne se sont jamais trop intéressés à cela. Vertige Media : Toi Alain, comment découvres-tu l’escalade ? Alain Robert : C’est tout bête, c'est en regardant un film. Un vieux film, tourné en 1956, avec Spencer Tracy. Ça s'appelle The Mountain en version originale, mais c’est en réalité tiré d’un roman français d’Henri Troya intitulé La neige en deuil. C'est l’histoire d’un avion qui s'écrase près du sommet du Mont Blanc. Deux frères, qui sont guides de haute montagne, décident alors d'escalader la montagne pour aller chercher des survivants. C’est un film qui m’a complètement fasciné. À tel point que je me suis dit qu’il fallait que je devienne grimpeur. À l’époque, j’étais un gamin qui avait peur de tout : du vide, de la chute, de la mort. « Il y a des gens qui m'écrivent tous les jours en disant : “ J’avais le cancer, j'ai lu ton bouquin. Et grâce à toi Alain, je me suis battu et je suis guéri”. C’est la plus belle reconnaissance de ma vie » Alain Robert Et puis un jour, je rentre de l’école parce que ma prof était absente. J’arrive devant la résidence où habitaient mes parents, au 7ème étage. Je n’avais pas de clés, alors j’ai décidé de grimper les sept étages en passant de balcon en balcon. Rien de bien compliqué, hein. Arrivé en haut, un truc s’est débloqué. C’est comme si j’avais oublié la peur. Et puis je me suis assigné quelque chose : si je voulais devenir le grimpeur que je souhaitais devenir, je ne devais pas rêver ma vie mais essayer de réaliser mon rêve. Ce jour-là, quand je suis arrivé au 7ème étage de mon immeuble, je suis devenu Zorro. Vertige Media : Vous avez 36 ans d'écart, vous êtes issus de deux générations différentes mais vous avez décidé tous les deux de consacrer votre vie à l’escalade. Comment avez-vous pris cette décision ? Éline Le Menestrel : Je devais avoir 15 ou 16 ans quand j’ai décidé d’être grimpeuse pro. Et je pense qu’à l’époque, le milieu de l’escalade était encore une espèce de bulle qui se voulait séparée des enjeux actuels. En revanche, ça a vite changé. Quatre ans après, le Covid est passé par là, et l’ensemble du secteur a pris conscience de la réalité des impacts du changement climatique. On est passé de cette petite bulle à ce groupe qui essaie un peu timidement de se politiser et de prendre position. C’est un groupe de gens très très très privilégiés - et je me mets dedans - car dans leur grande majorité, les grimpeur·se·s sont des gens très très très privilégiés. Donc voilà, on a réalisé qu’on était assis sur nos privilèges, à profiter de la vie, au milieu d’une situation de plus en plus critique… Alain Robert : L’esprit de l'époque où j’ai commencé était un peu zonard, babacool. Concernant l’escalade, il fallait que les voies soient exposées, c'est-à-dire dangereuses. Le but, c'était de terminer la journée en ayant la chance de pouvoir commencer la suivante. On était complètement dans un autre état d'esprit qu’aujourd’hui. Je me souviens, il y avait des grimpeurs qui équipaient des voies, ils mettaient le premier point d'assurance à 10 mètres du sol pour être sûr de presque se tuer si on se loupait avant de clipper. C’est un peu tout ça qui m'a fasciné : l’engagement. L’engagement physique, l'engagement mental, tout ce jeu avec ce qui est potentiellement mortel. Et puis après, l’escalade a évolué avec la compétition mais j’ai toujours voulu préserver cet engagement. Alors je me suis rapidement lancé dans l’escalade en solo intégral. Et encore aujourd’hui, à 63 ans, je grimpe encore sans corde. Je me considérerai vraiment à la retraite quand je ne pourrai plus faire de free solo. « Je me suis dit que j’allais utiliser l’escalade comme une voie pour faire passer des messages et essayer de transformer le monde actuel en un monde plus juste » Éline Le Menestrel Vertige Media : Pourquoi tu grimpes en solo, Alain ? Alain Robert : Alors, c'est tout simple. J’avais un rêve : je voulais devenir courageux. Est-ce que grimper en solo, c’est être courageux ? J’en sais rien mais pour moi, ça représentait l’idée que j’avais du courage. Alors après, à 63 ans, je m’aperçois que le courage c’est un peu plus que de faire de l’escalade en solo. Le courage c’est Mère Thérésa, c’est beaucoup de choses… Mais disons qu’au départ, les raisons pour lesquelles je grimpais tournaient autour de moi. Et puis quand j’ai commencé à être un peu connu, je me suis servi de mes performances pour véhiculer des messages qui m’intéressent : les retraites, le réchauffement climatique, le pass sanitaire… Plein de sujets de société. Vertige Media : Tu dirais que tu portes des messages en tant que grimpeur ? Alain Robert : En tant que grimpeur, je n’en sais rien. En tant qu'être humain, oui. J'étais cette nuit dans l'avion. Je faisais la fête avec un tas de gens, des navigants qui m'ont reconnu et qui trouvaient que j'avais un parcours qui les inspirait et qui les poussaient à réaliser leurs rêves. Quand on sait d’où je reviens… J’étais quasiment mort en 1982. On m’avait condamné à ne plus faire d’escalade avec mes 66% d’invalidité. En tombant, je me suis explosé les mains. Quand on grimpe et qu’on a les poignets bousillés, c’est comme si un sculpteur avait perdu son ciseau à bois. Mais j’ai réussi à faire mentir la médecine. J’ai continué l’escalade de haut niveau avec mon handicap. Et cette bataille là, je crois qu’elle inspire des gens. Il y a des gens qui m'écrivent tous les jours en disant : « J’avais le cancer, j'ai lu ton bouquin. Et grâce à toi Alain, je me suis battu et je suis guéri. » C’est la plus belle reconnaissance de ma vie. Et ça, ça ne s'adresse pas particulièrement aux grimpeurs, ça s'adresse à tout le monde. Vertige Media : Vous avez tous les deux connu des accidents graves… Éline Le Menestrel : J’ai eu un accident à 22 ans en effet. Et à cet âge-là, j’ai dû apprendre à être heureuse sans escalade. Alors ça paraît bête comme ça mais quand tu as grimpé toute ta vie et que tu viens d'une famille où énormément de choses tournent autour de l’escalade, ça demande quand même une vraie bonne remise en question. Je me suis dit que j’allais revenir plus forte. Il fallait que je m’en persuade, je me suis vraiment battue pour ça. C’est vraiment à ce moment-là que j’ai su que je voulais être grimpeuse professionnelle. C’est aussi à ce moment-là qu’est né le besoin chez moi de faire de l’activisme. Que l’escalade devienne un prétexte pour quelque chose de plus grand que moi, plus grand que mes objectifs personnels. À partir du moment où l’escalade est devenue mon métier, j’ai considéré qu’il fallait qu’elle apporte quelque chose au monde. Éline Le Menestrel et Alain Robert, à Paris, en juin 2025. © Thomas Decamps pour Vertige Media C’est ma mère qui m’a transmis cela. Elle me répétait souvent que quand je grimpais, je grimpais pour moi. Quand je m’entraînais, je m’entraînais pour moi. Donc si cela devient mon métier, mon activité à temps plein, cela signifie que j’allais mettre mon énergie dans une seule direction : mon nombril. Ce qui pose un vrai problème. J’ai donc commencé à réfléchir à la manière dont mon métier pouvait apporter quelque chose. Et je me suis dit que j’allais utiliser l’escalade comme une voie pour faire passer des messages et essayer de transformer le monde actuel en un monde plus juste. « Le levier écologique que j’ai choisi d’activer, c’est celui de passer plus de temps dehors, de manière durable. Je pense que quand on passe du temps dehors, on reprend conscience de notre rapport à ce qui nous fait vivre. Manger, boire, respirer, tout ceci devient plus palpable » Éline Le Menestrel Alain Robert : De mon côté, c’est un peu différent. Je suis tombé dans le coma après ma chute. Et quand je me suis réveillé, je n’ai pas vraiment réalisé ce qu’il s’était passé (une chute de 15 mètres sur du calcaire, la tête la première, ndlr). Disons que j’étais en vrac, mais que je n’étais pas particulièrement au courant. Donc, la première chose que j’ai demandé c’est quand est-ce que je vais pouvoir refaire de l’escalade ? Et là en fait, le médecin a rigolé. Il m’a expliqué que cela faisait 20 ans qu’il était chirurgien de la main et qu’il n’avait jamais vu des poignets aussi écrabouillés que les miens. « Si j’avais à les comparer, vos poignets c’est des œufs brouillés », il m’a dit.Il m’a aussi dit que l’escalade c’était fini pour moi. Il m’a tout raconté en fait, l’accident, tout ça. Quand je suis arrivé aux urgences, j’étais pratiquement mort. Je m’étais vidé de 45% de mon sang. Il m’a dit que c’était un miracle que je sois encore là, que j’étais jeune et que j’allais pouvoir faire plein de choses de ma vie. Je ne l’ai évidemment pas écouté et je me suis remis à l’escalade direct. Vertige Media : D’accord, mais comment tu as fait ? Alain Robert : J’ai suivi la méthode des petits pas. Je me donnais un objectif au quotidien. Chaque fois un peu plus ambitieux que le précédent. Au début, l’objectif était d’arriver à tenir ma fourchette pour manger, tourner la clé dans la serrure. Tous les jours, je remplissais des casseroles d’eau, d’abord la petite, puis la moyenne… Voilà. Je me suis battu, battu, battu. Pour moi, il fallait regrimper. L’escalade était devenue vitale. D'ailleurs, le premier film que j’ai fait s’appelle Passion Vitale. « On aime ou on aime pas mais je fais des trucs pour l’écologie. Quand je mets des banderoles en haut des buildings, je termine en prison avec une amende et des coups de poing dans la figure » Alain Robert Vertige Media : Est-ce que toi aussi tu as voulu, pour reprendre les mots d’Éline, apporter quelque chose au monde ? Alain Robert : Je suis grimpeur professionnel depuis plusieurs décennies mais j’ai aussi une carrière de conférencier. Je donne des conférences pour des banquiers, des labos pharmaceutiques, des compagnies d’assurance… Et chaque fois, je transmets un message de dépassement, d’espérance, d’audace. Je demande aussi aux gens de s’arrêter dans leur vie et de se demander : est-ce que je vais dans la bonne direction ? Est-ce que je suis sur la bonne voie ? Si on sent qu’on en train de se planter, il faut faire un pas en arrière et se rappeler de ce à quoi on revaît gamin. Éline Le Menestrel : Quand tu donnes une conférence à des banquiers, des grandes entreprises, tu leur donnes le courage de se dépasser. Donc ils vont se dépasser pour continuer leur engrenage financier et capitaliste. Est-ce que tu as conscience que potentiellement, l’énergie que tu leur transmets, elle peut être investie d’une manière qui est désastreuse ? Alain Robert : C’est vrai que je défends des valeurs génériques. C’est vrai aussi qu’un banquier ne va probablement pas œuvrer pour l’intérêt général. Je ne peux pas maîtriser ce que les gens vont faire de ce que je leur transmets. C’est tellement aléatoire. La société est devenue un manège. Vertige Media : Éline, que cherches-tu à construire avec tes projets autour de l’escalade ? Éline Le Menestrel : Je cherche à créer des leviers écologiques. On appelle levier écologique un dispositif qui permet de rendre commensurable des choses qui ne le sont pas. Le désastre écologique auquel on assiste est immense, il est incommensurable. Le levier que j’ai choisi d’activer, c’est celui de passer plus de temps dehors, de manière durable. Je pense que quand on passe du temps dehors, on reprend conscience de notre rapport à ce qui nous fait vivre. Manger, boire, respirer, tout ceci devient plus palpable. Derrière chaque levier écologique, il y a aussi un projet politique. Je ne vous parle pas de sport et d’escalade, là. Ce projet politique part du postulat qu’un autre monde est possible. Un monde où le rapport au temps est différent, un monde où l’on travaille moins, un monde où les ressources sont réparties de manière différente, un monde où le capitalisme cesse d’être une espèce de rouleau compresseur… « Je suis persuadée qu’en grimpant en style eco-point, on développe une conscience de l'écosystème dans lequel on est » Éline Le Menestrel Vertige Media : Et concrètement, quelle est la forme de ce levier ? Éline Le Menestrel : Concrètement, avec un collectif, on va redéfinir la performance en escalade. En anglais, enchaîner une voie se dit « red point ». Nous, on parle d’« éco point ». Autrement dit, on va considérer qu’une voie est réussie si, et seulement si, on a minimisé notre impact écologique pour la réussir. Cela veut dire que si on doit prendre l’avion, la voiture, débroussailler toute une forêt vierge ou que-sais-je pour enchaîner une voie, on va évaluer que cette performance n'a aucune valeur. Je suis persuadée qu’en grimpant comme cela, on développe une conscience de l'écosystème dans lequel on est. Sachant que ce projet s’attaque à un vrai problème puisque le plus gros impact d'un grimpeur aujourd'hui, c'est son mode de transport. Vertige Media : Alain, tu serais prêt à faire une voie en éco-point ? Alain Robert : Je ne sais pas vraiment mais en tout cas je suis admiratif. Ça me plaît beaucoup. À l’époque, j’allais grimper en vélo. Je me débrouillais. Bon maintenant, voilà…Je voyage énormément. Et j’ai surtout été dans des pays très pauvres. C’est là où je me suis rendu compte qu’en réalité, l’écologie, ça n’existait quasiment pas. Cela n’est pas enseigné à l’école. Et si Éline Le Menestrel avait convaincu Alain Robert d'aller grimper à vélo ? © Thomas Decamps pour Vertige Media Vertige Media : Quand on a comme toi, près de 1,5 millions d’abonnés sur Instagram, est-ce qu’on se sent obligé d’endosser une forme de responsabilité sur ces questions écologiques ? Alain Robert : J’essaie de faire des choses à ma façon. On aime ou on aime pas mais je fais des trucs. Quand je mets des banderoles en haut des buildings, je termine en prison avec une amende et des coups de poing dans la figure. J’ai grimpé pour Greenpeace à New-York, en Allemagne, pendant le G8 à Londres. J’ai placardé des grandes banderoles qui affirmaient que le réchauffement climatique faisait énormément de victimes. Je ne sais pas si c’est autant qu’Éline mais je m’engage quand même. J’ai aidé au nettoyage des bidonvilles de Jakarta. J’ai appris aux gamins des gestes écolos. J’ai distribué de la nourriture au Bangladesh. Donc voilà, j’ai fait des actions. Vertige Media : Comment les messages que vous portez sont accueillis, notamment par les médias ? Éline Le Menestrel : Alors... Déjà, je suis une femme. J'ai 27 ans. Et j'ouvre ma gueule. Et ça, de manière générale, ça dérange. Parce qu'encore aujourd'hui, en 2025, on est dans une société où une femme qui prend la parole avec un projet politique clair, ou une prise de position forte et assumée, ça dérange. Ça dérange parce qu'on sort du rôle social auquel on essaie de nous cantonner : c'est-à-dire plaire aux hommes et enfanter. Quand je m’exprime, je ressens donc une forme de résistance qui vient souvent des hommes qui n’en ont pas conscience. J’ai beau être quelqu’un de blanche, riche, en bonne santé, éduquée - bref je suis pleine de privilèges - et bien je reste une femme. Je reste une jeune femme. Et on ne va jamais me considérer de la même manière qu’un homme blanc de 50 ou 60 ans.
- Pays-Bas : l'escalade au cœur d'une bataille anti-gentrification
À Nimègue, à deux heures d'Amsterdam, l'ouverture d'une immense salle d'escalade dans un ancien cinéma enflamme les esprits. Squatté par des activistes, le lieu représente pour les uns le dernier bastion d'un espace libéré de la marchandisation et pour les autres une opportunité économique de faire rayonner la commune. Bienvenue dans un nouveau western où la gentrification débouche sur une véritable guerre culturelle. Carolus © Lukas Puts - Wikipedia C’était pourtant une belle histoire, presque trop parfaite : une ancienne salle de cinéma, icône architecturale de l'après-guerre hollandaise, sauvée de l'abandon par un projet d’escalade ultramoderne. Un blockbuster de la reconversion urbaine. Mais à Nimègue, rien ne se passe comme prévu. Car depuis avril 2024, l’ancien cinéma Carolus est occupé par un collectif militant, Nijmeegs Jantien, bien décidé à empêcher l'ouverture d'une salle de grimpe, que les membres considèrent comme un hold-up sur la ville. C’est ainsi qu’une tranquille cité néerlandaise se retrouve au cœur d’un conflit où chacun se dispute un même espace, physique mais aussi symbolique. D’un côté, Monk Bouldergym, une enseigne de salles de bloc chic et tendance, veut réinventer Carolus en « paradis du grimpeur urbain ». De l’autre, les activistes de Jantien rêvent d’en faire un lieu autogéré, social, et culturellement alternatif. Le décor est posé, la guerre culturelle déclarée. Reconversion, menaces et zone libre Difficile d’imaginer meilleure allégorie du capitalisme triomphant des années cinquante que le Carolus. Ouvert en 1954, ce cinéma au style moderniste fut longtemps l'un des lieux phares du centre de Nimègue. Avec son hall imposant et son plafond en voûte étoilée, il a fait rêver des générations de spectatrices et spectateurs, avant que le streaming et les multiplexes n'aient raison de lui. Fermé définitivement en juillet 2022, il semblait promis à l’oubli ou à une reconversion immobilière ratée. La caisse originale dans le hall, 1988 © Livre photo Carolus Nimègue - Wikipedia Mais en avril 2024, le collectif Nijmeegs Jantien prend possession des lieux. Leur objectif ? « Créer ici une zone libre, ouverte à tous, pour lutter contre la marchandisation de la ville », résume Bambi, porte-parole du groupe. En quelques semaines, Carolus devient un centre autogéré où concerts, projections alternatives, et soupes populaires attirent des centaines de Nimégois séduits par ce mélange d’utopie sociale et de lutte urbaine concrète. En face, Monk Bouldergym incarne tout ce que Jantien condamne : une enseigne tendance, une clientèle plutôt aisée, et un projet commercial clairement assumé. L’entreprise veut transformer Carolus en un immense spot d’escalade de bloc, profitant de la hauteur sous plafond du cinéma. Une reconversion « logique », selon la municipalité, qui y voit une manière de redynamiser le centre-ville tout en conservant la façade protégée du bâtiment historique. « Salauds de bobos, mieux vaut pour vous ne pas venir à Nimègue » Mais Jantien refuse catégoriquement cette vision. « Notre espace libre est en train de devenir une machine à fric », accuse frontalement le collectif dans sa campagne « Boycott Monk and Save the Cinema ». Les réseaux sociaux deviennent alors le théâtre d’une guérilla virtuelle, certains partisans du boycott s'en prenant ouvertement aux salariés de Monk : « Salauds de bobos, mieux vaut pour vous ne pas venir à Nimègue », peut-on lire sur Instagram. Du côté de Monk, c’est la stupéfaction : « Cela n’a rien à voir avec du militantisme, c’est de la menace pure », s’insurge l’entreprise, qui dénonce des intimidations. Le maire de Nimègue, Hubert Bruls, s’est également exprimé pour condamner fermement ces pratiques, les qualifiant de « préoccupantes » et « inacceptables ». Guerre idéologique sur fond de gentrification Mais derrière les invectives se joue une plus grande bataille : celle de la ville elle-même. Pour les activistes, Monk symbolise une gentrification rampante, une « invasion commerciale » qui chasse progressivement les classes populaires du centre-ville. « Le vrai problème, c’est que de plus en plus de gens sont poussés hors de la ville parce qu’ils ne peuvent plus y vivre à cause des prix », insiste Bambi. « Nous voulions créer ici un lieu dédié à la culture, aux rencontres et aux initiatives citoyennes. Avec ce projet, c’est devenu impossible. » « L’enjeu dépasse largement ce bâtiment. Il s’agit de savoir qui a encore sa place dans cette ville » Cette vision trouve un large écho dans la ville. En octobre 2024, une manifestation intitulée « Protect Our Spaces » rassemble près de 500 Nimégois, artistes, étudiants, et même le « maire de la nuit » de Nimègue, venus défendre une idée alternative de l’espace urbain. Le slogan de la manif est clair : « Notre espace libre ne doit pas devenir une machine à fric ». Mais Monk ne lâche pas prise. Soutenue par la mairie, l’entreprise rappelle que le Carolus n’a jamais eu vocation à devenir un logement social ou un lieu communautaire, et que leur projet offre une seconde vie viable au bâtiment historique. Pour la municipalité, il s’agit d’une opportunité économique et touristique majeure, dont la ville ne peut pas se passer. La guerre culturelle aura bien lieu À l’été 2025, la tension reste vive. Monk attend désormais les permis définitifs pour lancer ses travaux. La mairie affirme que ces autorisations seront bientôt accordées, ce qui signifierait alors l’expulsion officielle des occupants actuels. De leur côté, les squatteurs promettent de résister « par tous les moyens légaux possibles ». « Nous ferons entendre notre voix à chaque étape, prévient Bambi. L’enjeu dépasse largement ce bâtiment. Il s’agit de savoir qui a encore sa place dans cette ville. » C’est donc une lutte bien plus vaste qui se joue ici, entre deux visions de la ville radicalement opposées. Doit-on laisser les espaces publics devenir des lieux marchands ou préserver des îlots d’utopie citoyenne ? À Nimègue, le Carolus cristallise désormais cette bataille culturelle. Alors que les deux camps restent fermement accrochés à leurs prises, une chose est sûre : la guerre culturelle aura bien lieu. À moins qu’une chute spectaculaire ne vienne rebattre les cartes.
- « Les Grimpeurs » : la BD qui croque (enfin) la grimpe indoor
Avec Les Grimpeurs, publiée chez Bamboo, l’escalade indoor s’offre enfin une BD taillée sur mesure : drôle, tendre, et gentiment mordante. Vertige Media y apparaît, en toute transparence éditoriale, dans quelques clins d’œil complices à destination de nos lecteurs. Rencontre avec Jack Domon, dessinateur de cette BD, qui n’avait jamais mis les pieds dans une salle de bloc avant d’en dessiner les moindres recoins. © Vertige Media Si l’on attendait une BD capable de croquer les petites manies des grimpeurs de bloc, Bamboo Éditions vient enfin de poser la prise qu’on espérait : Les Grimpeurs, signée Jack Domon et David Volpi, scénariste qui connaît les salles comme sa poche. Alors que l’escalade indoor connaît une croissance spectaculaire en France, rares sont encore les œuvres éditoriales qui accompagnent cette tendance avec humour et finesse. Au programme : des chaussons qui serrent, des débutants maladroits, des chutes mémorables, des guest-stars du milieu, et même quelques clins d’œil félins façon « Ninja Warrior ». Vertige Media, invité complice dans cette aventure graphique, a discuté avec Jack Domon pour décrypter comment un univers sportif et culturel aussi spécifique peut être traduit en dessins amusants sans perdre son authenticité. Jack Domon et le saut dans le vide Jack Domon n’avait jamais vraiment grimpé avant de dessiner cette bande dessinée. Quelques souvenirs vagues de Fontainebleau, tout au plus : « Je connaissais surtout le terme 'varappe', c’est dire si je partais de loin ! », sourit-il. Pourtant, ce décalage est précisément ce qui fait mouche dans Les Grimpeurs. Avec son trait comique et ses angles inattendus, Jack s’empare du quotidien des salles avec une fraîcheur qui aurait été difficile à trouver chez un initié : « Dessiner des grimpeurs sans tomber dans le style Marvel, c’était le vrai challenge : varier les plans, rendre les scènes dynamiques et marrantes sans trop en faire ». © Vertige Media Le résultat est réussi : une galerie de personnages attachants et burlesques, qui titubent entre l’apprentissage du bloc et les petites humiliations quotidiennes, comme enfiler des chaussons trop serrés ou gérer une descente un peu trop précipitée. La salle de bloc, théâtre de comédies humaines Dans Les Grimpeurs, les salles ne sont pas juste des murs à grimper, mais des scènes où se jouent de petites comédies humaines délicieuses. Jack Domon a su capter ces instants drôles que tout grimpeur a déjà vécus : la compétition silencieuse, le donneur de conseils incessants, ou encore le couple qui découvre à ses dépens qu'escalader en tandem n’est pas toujours l’activité romantique espérée. Chaque planche est une tranche de vie, souriante et tendre. « C’est une manière intelligente de profiter de la BD pour glisser des messages importants sur la sécurité, surtout auprès d’un public jeune » « J’ai observé, écouté David, et je me suis nourri des détails de son quotidien », explique Jack. Cette collaboration étroite entre scénariste passionné et dessinateur curieux donne une authenticité savoureuse à chaque situation. Drôle mais pas que : un cahier pédagogique en bonus Si l’humour domine chaque vignette, la BD ne fait pas l’impasse sur une pointe de pédagogie bienvenue en fin d'ouvrage. Un cahier spécial, réalisé avec la FFME, rappelle simplement et efficacement les bases de sécurité et les différents types d’escalade : bloc, difficulté, vitesse. © Vertige Media « C’est une manière intelligente de profiter de la BD pour glisser des messages importants sur la sécurité, surtout auprès d’un public jeune », nous précise Fabrice Fadiga, chargé de communication et partenariats web chez Bamboo Édition. Avec ce numéro « Tome 1 » affiché sans complexe, la suite semble attendue au relais. Pourtant, rien n’est gagné d’avance, et Jack Domon se montre lucide sur l’enjeu : « On attend de voir les réactions du public. Réaliser cette BD a été un plaisir, mais maintenant c’est aux lecteurs de montrer qu’on peut aller plus loin ». Le message est clair : si la communauté tient bon la prise et répond présent en librairie, alors Les Grimpeurs pourront continuer leur ascension graphique. Sinon, ce premier tome restera une jolie tentative, suspendue dans le vide. Aux grimpeuses et grimpeurs, donc, de décider s’ils veulent un enchaînement ou une redescente anticipée. Une BD miroir, drôle et juste Les Grimpeurs réussit exactement là où elle est attendue : dépeindre avec humour et justesse la vie quotidienne d’une salle de bloc. Sans prétention philosophique ni analyse poussée, mais avec ce talent rare de saisir l’essentiel : les petites manies, les sourires complices, et l’esprit d’une communauté attachante. Vertige Media, complice de ce premier tome, se réjouit d’avoir accompagné ce clin d'œil tendre à toutes celles et ceux qui, chaque soir, tentent d'enfiler des chaussons trois tailles trop petits en jurant que la prochaine fois, vraiment, ils prendront la pointure au-dessus. Les Grimpeurs, David Volpi & Jack Domon, Bamboo Éditions, 11,90 €, disponible dès maintenant. Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat non rémunéré entre Vertige Media et Bamboo Éditions : Vertige Media apparaît dans plusieurs planches de la BD Les Grimpeurs, et en échange, nous mettons en lumière cet ouvrage auprès de notre audience.
- Entretien exclusif : la vice-présidente de l’IFSC s’explique sur les dossiers chauds
Naomi Cleary, vice-présidente des finances de l'IFSC, s'exprime pour la première fois. Entre l'absence des stars du circuit, la privatisation de la diffusion, l'arrêt brutal des NEOM Masters et les contradictions écologiques de l’organisation, Vertige Media l’a plongée dans les contradictions de l’institution. Et pour son premier saut, c’est peu dire que la dirigeante australienne ne s’est pas mouillée. Naomi Cleary lors de l'étape de Coupe du Monde à Chamonix en juillet 2025 © Jan Virt / IFSC Vertige Media : Ici à Chamonix, nous constatons des absences notables de grands athlètes sur le circuit, qui ont préféré l'escalade en extérieur. Est-ce pour vous un sujet de préoccupation majeur ? Naomi Cleary : Je pense que c'est tout à fait naturel. Nous sommes devenus un sport olympique et désormais, les athlètes gèrent leur performance en tenant compte du cycle de quatre ans. Je ne pense donc pas que nous les « perdions » ou qu'ils disparaissent, mais qu'ils choisissent leurs événements un peu plus soigneusement qu’avant. Vertige Media : N’y a-t-il tout de même pas un enjeu, celui de rendre le circuit de compétition plus attrayant ? Naomi Cleary : Je pense que nous travaillons toujours sur la manière de rendre nos événements attrayants. Il est important que les athlètes aient une bonne expérience et que l’on puisse produire un grand spectacle. Cela dit, on s’inscrit aussi dans une vision globale et aujourd’hui, une partie de cette vision nous indique que les athlètes doivent prendre soin d'eux. Vertige Media : Certains athlètes expriment ouvertement que l'escalade en compétition ne les inspire plus. Naomi Cleary : L’escalade de compétition est un sport jeune. L'opportunité de pouvoir le faire évoluer est donc immense. Nous avons mis des choses en place, comme le fait d’augmenter le nombre de participant·e·s en demi-finale, de permettre aux athlètes de bénéficier de davantage d’exposition médiatique et plus globalement, de tirer plus d’avantage à venir à nos évènements. Je pense qu’avec le temps, et davantage de ressources, les compétitions seront plus attractives. Vertige Media : Justement, l'IFSC s'est récemment associée à de nombreuses chaînes TV et de sociétés de production. Quels en ont été les résultats en termes de croissance des revenus et d'accessibilité pour les fans d'escalade ? Naomi Cleary : Nous sommes très satisfaits. C'est formidable d'amener le sport à un public plus large. L'avantage de ces contrats, c’est que les fans de sport en général, les téléspectateurs en particulier, peuvent découvrir l’escalade sportive. La communauté de fans d’escalade va croître encore et encore. Davantage de personnes vont apprécier la beauté de notre sport. Donc pour moi, c'est un avantage. « Concernant nos partenariats TV, ce n'est pas qu’une question d’argent. Notre objectif principal reste de toucher le grand public » Vertige Media : Avec la diffusion de l'escalade sportive - désormais principalement accessible via des plateformes payantes -, certains observateurs dénoncent une « premiumisation » du circuit. Comment conciliez-vous développement commercial et préservation de l'essence même de ce sport ? Naomi Cleary : Ce n'est pas qu’une question d’argent. Notre objectif principal reste de toucher le grand public. Dans beaucoup de parties du monde, les compétitions sont encore disponibles gratuitement sur YouTube. Et pour ce qui est de celles où nous avons conclu des partenariats, je reste persuadé que cela amène de nouveaux publics. Ce ne sont pas forcément des grimpeurs ou des fans qui vont pro-activement aller chercher les retransmissions mais d’autres personnes qui vont découvrir l'escalade en parcourant leurs chaînes. En Chine par exemple, l’audience s’est décuplée grâce au partenariat que nous avons noué avec la télévision nationale (CCTV, ndlr). Vertige Media : Il y a aussi un intérêt économique certain. Naomi Cleary : Oui, c’est une source de revenus qui nous permet de réinvestir dans la qualité de nos évènements et la professionnalisation de l’escalade. Ce n’est pas encore une source majeure, car nous ne voulons pas être trop dépendant·e·s d’un modèle unique. Vertige Media : Les NEOM IFSC Masters ne reviendront pas en 2025. Pouvez-vous expliquer pourquoi cette décision a été prise ? Naomi Cleary : Pour nous, c'était l’expérience d'un nouvel événement organisé par un partenaire. Nous avions un accord sur plusieurs années. Il s’est terminé après deux ans. Vertige Media : D’accord mais l'IFSC est demeurée silencieuse sur cet arrêt prématuré. Pourquoi ne pas avoir communiqué clairement sur la décision ? Naomi Cleary : Ce sont eux qui ont décidé d’arrêter. Vertige Media : Avez-vous compris l’inconfort voire le malaise des athlètes quant à votre décision de participer au NEOM IFSC Masters ? Naomi Cleary : Je comprends que chaque fois que nous tentons quelque chose de nouveau, il faut du temps pour s'y habituer. Pour nous, il est important d'essayer des choses. Nous ne poursuivons pas toujours ce que nous essayons. C’est par exemple le cas du test de vitesse à quatre voies. Cela fait partie de l’évolution d’un sport jeune dont je parlais précédemment. On essaie d’offrir des opportunités à nos athlètes, à tous les niveaux, et permettre à un groupe aussi large que possible de vivre des événements d’ampleur. « Je pense que nous avons commencé avec bien moins que 8% d’ouvreuses, donc nous sommes sur la bonne voie » Vertige Media : Malgré vos engagements envers l'égalité des genres, seulement 8% des ouvreurs des compétitions IFSC sont des femmes. Comment expliquez-vous ce décalage ? Naomi Cleary : Je pense que nous avons commencé avec bien moins que 8%, donc nous sommes sur la bonne voie. Mais il est important de s'assurer que, à mesure que les ouvreuses arrivent, elles soient correctement soutenues, possèdent des opportunités et engrangent de l'expérience. Les ouvreuses des Coupes du monde, des Championnats du monde sont la partie émergée de l’iceberg. Désormais, il faut renforcer la base à tous les niveaux, afin que ces personnes puissent gravir les échelons. Nous travaillons donc avec les fédérations nationales pour qu’elles puissent former davantage d’ouvreuses dans leur pays. Vertige Media : L'IFSC promet une réduction de 50% de ses émissions carbones d'ici 2030 tout en élargissant le circuit de 9 à 14 étapes. Comment est-ce mathématiquement possible ? Naomi Cleary : Il y a toujours un équilibre à trouver à mesure que nous grandissons. Il est important d’introduire l'escalade dans le monde entier. Avant, beaucoup d’étapes de Coupe du monde se déroulaient en Europe, mais il est désormais essentiel pour nous d'organiser des événements dans d’autres parties du globe. Nous travaillons beaucoup pour rationaliser la progression de notre circuit, pour qu’il soit logique, afin que les athlètes n'aient pas à voyager à travers le monde en zig-zag. Nous nous efforçons aussi de construire un calendrier pérenne, aussi durable que possible, pour ne pas le détricoter chaque année. « Peu de temps a passé depuis la communication de nos objectifs de durabilité. Je ne peux pas dire que grand-chose a changé » Vertige Media : Quand pouvons-nous attendre des données claires sur l'empreinte carbone des événements de l’IFSC, comme ce que la FFME en France a déjà réalisé ? Naomi Cleary : Je ne suis pas sûre de pouvoir m’engager sur un calendrier. Je ne sais pas quand nous aurons des données disponibles à communiquer. Nous sommes au début du chemin. La Commission chargée de ces questions vient d'être nommée. Nous devons donc nous assurer que les personnes qui communiqueront sur ces progrès sont celles qui produisent ce travail. Elles n'ont même pas encore eu leur première réunion, donc je ne me permettrai pas, en leur nom, de promettre un quelconque calendrier sur la progression de leurs sujets. Vertige Media : D’accord mais pouvez-vous assurer que l’IFSC parviendra à tenir ses engagements de durabilité en 2030 ? Naomi Cleary : Peu de temps a passé depuis février (et la publication du rapport dans lequel la fédération avait annoncé ses objectifs, ndlr). Je ne peux pas dire que grand-chose a changé. « Je viens du monde de la finance. C’est aussi pour cela que la soutenabilité financière m’importe autant que la soutenabilité écologique » Vertige Media : Si vous deviez citer un seul enjeu parmi tous ceux auxquels la fédération est confrontée, quel serait-il ? Naomi Cleary : Vous savez, le conseil d’administration de l’IFSC est tout nouveau. Nous sommes en train d’apprendre à nous connaître. Nous venons juste de tenir notre première réunion physique au siège, à Turin. Le groupe se forme. Ce que j’apprécie, c’est qu’il est composé de voix très différentes, de parcours variés, d’expériences diverses. Moi-même j’ai découvert l’escalade quand mes enfants ont commencé à pratiquer la discipline. Je viens du monde de la finance. C’est aussi pour cela que je porte des sujets économiques vitaux pour la fédération. Nous parlons beaucoup de soutenabilité écologique mais la soutenabilité financière m’importe tout autant. Il est essentiel que nous trouvions un modèle économique stable et pérenne pour notre sport. Que ce modèle protège la culture de l’escalade mais permette aussi son développement et sa professionnalisation. Vertige Media : Comment expliquez-vous la popularité croissante de l'escalade sportive ces 15 dernières années ? Naomi Cleary : C'est facile à expliquer : c'est un sport génial. Il y a un aspect que nous n’avons pas abordé : c’est la croissance continue des salles privées d’escalade dans le monde entier. Il y a de plus en plus d’endroits et donc d’opportunités de pratiquer notre sport. De plus en plus de publics peuvent découvrir l’escalade à la télévision mais ils peuvent aussi la pratiquer davantage, ou permettre à leurs enfants d’essayer. Quand ma grande fille a commencé en Australie, il fallait faire 2h30 de route pour l’emmener à la salle où elle s’entraînait en équipe. Aujourd’hui, nous en avons une à dix minutes de chez nous.
- Sequence Pants de Black Diamond : la quadrature du style
Si l’on demandait aux grimpeuses et grimpeurs de décrire leur pantalon idéal, ils répondraient sans doute d’un haussement d’épaules désabusé : « Un pantalon confortable avec lequel on peut grimper mais aussi faire le reste ». L’histoire du Sequence Pants de Black Diamond pourrait commencer ainsi, par cette utopie du vêtement versatile qui, pour une fois, ne serait pas un oxymore vestimentaire. Le pari semble audacieux : réconcilier la falaise et la ville, sans trahir ni l’une ni l’autre. Born from the Climbing Life : la grimpe comme art de vivre Avec la collection Born from the Climbing Life, Black Diamond pose sur la table une ambition qui déborde largement du topo. L’idée ? Célébrer une grimpe qui ne s’arrête pas au relais final, mais s’immisce partout, des comptoirs urbains aux ruelles pavées. En clair, ne plus choisir entre avoir l’air perdu en ville ou ridicule sur un bloc. Une collection pensée comme un manifeste existentiel, pour qui grimper est autant un geste qu’une manière d’être au monde. Dans cette galerie textile, le Sequence Pants s’impose comme le modèle phare de ce double-jeu, discret comme un espion, subtil comme une métaphore. Il navigue avec fluidité sur cette mince frontière entre technique assumée et élégance urbaine, et avouons-le d’emblée : il le fait plutôt bien. Un pantalon taillé pour ceux qui ne tiennent pas en place Concrètement, ce Sequence Pants intrigue d'abord par sa coupe relâchée, flirtant subtilement avec l’esprit « chill » mais sans jamais sombrer dans l'effet pyjama. Sa taille élastiquée et doublée relève du génie discret : elle accueille sans juger les excès d’après grimpe, et reste impeccablement en place même après une série d'extensions acrobatiques dignes d’un danseur étoile sur réglettes. Le choix du tissu ripstop synthétique à 50% recyclé est un autre clin d’œil malin à l’époque, combinant légèreté et respirabilité. De là à dire que ce pantalon est dans l’air du temps, il n’y a qu’un pas, que l’on franchit allègrement. Du rocher au comptoir, le test grandeur nature Sur le terrain, ce Sequence Pants est rapidement devenu une évidence. En escalade, il s’est montré à la hauteur : il suit sans broncher, épouse chaque mouvement et n’entrave jamais la performance. Pas de chaleur excessive en plein soleil, pas de frustration lorsqu’il s’agit de le retirer ou le remettre rapidement entre deux douches. En ville, il réussit l'exploit encore plus rare de se fondre dans le décor, affichant un profil sobre et stylé. On apprécie ces poches intégrées à l’avant où l’on glisse sans y penser clés, téléphone ou portefeuille, toujours à portée de main sans pour autant déformer sa ligne élégante. La frontière entre le grimpeur et le citadin n’aura jamais semblé aussi poreuse. Oui, mais l’abrasion alors ? Soyons précis (c’est là où l’intellectuel reprend la main) : en toute honnêteté, lors de nos tests, aucune faiblesse particulière ne s’est révélée face à l’abrasion. Mais la finesse même de la matière incite à la vigilance : les grimpeurs qui fréquentent assidûment les calcaires acérés du sud pourraient légitimement se demander si cette légèreté ne serait pas le revers discret d’une usure accélérée. À surveiller donc, mais cela reste une réserve plus conceptuelle que vécue. Le verdict : brillant hybride textile Finalement, la plus belle réussite du Sequence Pants est d'avoir compris avant tout le monde ce qu’est véritablement le confort : c’est oublier qu’on porte quelque chose de spécifique. Il devient ce pantalon que l’on choisit spontanément le matin, et que l’on peine à quitter le soir venu, symbole d’une grimpe vécue comme une extension naturelle du quotidien. La grimpe comme philosophie du mouvement, l’élégance comme façon d'être au monde : le Sequence Pants l’a parfaitement intégré. On en vient à se demander pourquoi personne n’y avait pensé avant. Black Diamond l’a fait, et l’on en redemanderait presque. Disclaimer en toute transparence (oui, ça existe) Black Diamond ne nous a pas versé un seul euro pour écrire ces lignes. Ils nous ont simplement proposé de tester ce pantalon en conditions réelles, probablement confiants dans leur création. À raison. Fiche technique pour les maniaques du détail : Type : Pantalon d’escalade polyvalent Poids : 290 g (taille M) Matière : Ripstop synthétique extensible (50 % recyclé) Poches : 2 avant intégrées, 1 arrière à bouton-pression Taille : Élastiquée doublée Coupe : Relâchée, juste ce qu’il faut Utilisation idéale : Escalade, randonnée, lifestyle actif Prix : 94.90 € sur Snowleader
- Les compétitions d’escalade sont-elles en crise ?
Depuis une année, des critiques à propos du circuit IFSC émanent de certains spectateurs mais aussi de certains athlètes eux-mêmes. Stars absentes, règles changeantes, manque de lisibilité des formats… En évoluant rapidement, les compétitions internationales d’escalade ont-elles perdu leur âme en même temps que leur public ? Vertige Media est allé interroger quelques commentateurs avertis pour vérifier si la compèt, c’était que de la gonflette. Coupe du Monde 2024 - Chamonix © David Pillet La falaise calcaire de Céüse scintille sous le soleil des Hautes-Alpes. Suspendue à une quinzaine de mètres du sol, Janja Garnbret progresse avec cette fluidité hypnotique qui lui a valu le meilleur palmarès de l’histoire de l’escalade en compétition. Chaque mouvement de la double championne olympique slovène semble chorégraphié sur les prises de Bibliographie, l'une des voies les plus difficiles au monde cotée 9b+. Pourtant, cette scène se déroule loin des projecteurs, des commentateurs et des milliers de spectateurs qui suivent habituellement ses exploits. La compétition à bloc ou en difficulté ? Alors que le crépuscule tombe sur le circuit internationales des compétitions de la fédération internationale d'escalade sportive (IFSC), les organisateurs vivent depuis des mois avec une réalité brute : la reine incontestée de la discipline ne sera pas là. Fin 2024, on apprenait que Janja Garnbret allait se concentrer sur l’escalade en extérieur. Si elle est venue passer une tête à Innsbruck le mois dernier pour écraser la concurrence et remporter sa 44ème Coupe du monde, la championne a bel et bien délaissé le circuit officiel sur 2025. Un choix radical qu’ont aussi fait Adam Ondra, la légende tchèque, Alex Megos, le prodige allemand ou encore Brooke Raboutou, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Paris 2024. Chamonix se fera sans eux et au-delà de faire un trou dans ce que l’on considère comme l’une des plus prestigieuses étapes du circuit, elle pose une question : les compétitions d’escalade internationales de haut niveau valent-elles encore le coup ? Depuis le début d’année 2025, les signaux troublants se multiplient. Sur les forums spécialisés de Reddit, les fans ne cachent pas leur déception : « Les compétitions de cette année sont juste… mauvaises », affirme l’un. « Où est passée la narration et l’histoire ? », s’interroge un autre. « Autrefois, vous aviez des visages familiers en finale et les compétitions possédaient une trame narrative saisonnière. Maintenant tous les podiums semblent un peu aléatoires », finit par asséner un spectateur déçu. Ces retours donnent étrangement écho à une critique, plus lointaine d’automne 2024, qui avait fait frémir le monde de l’escalade puisqu’elle provenait tout simplement du grimpeur le plus titré au monde, Jakob Schubert. Le champion autrichien exprimait en substance la même chose que les fans déconcertés : « Si un grimpeur comme Sohta Amagasa gagne une Coupe du monde à Innsbruck et ne passe même pas en demi-finale à la suivante, c'est étrange. On perd en lisibilité ». Avant d’enfoncer le clou en utilisant le marteau de la comparaison sportive. « Regardez le tennis : Federer, Djokovic, Nadal… leur constance a construit le sport. En bloc, on manque de figures régulières. » Syndrome post-JO ? Amertume d’un champion déchu ? Incompréhension du public face à des formats qui bougent trop vite ? Absence de récit exaltant ? Vertige Media a souhaité interroger plusieurs commentateurs experts de l’escalade sportive pour vraiment savoir si le circuit organisé par IFSC souffrait d’un manque de hype. « À Prague, des amis d’enfance m’ont envoyé un texto pour me dire qu’ils m'avaient vu sur un live. Personne ne m’écrivait avant, je pense qu’ils ont découvert mon métier sur Eurosport ! » Victor Larzul, coach de l’équipe de France de bloc Ces signaux interrogent car il semble tout d’abord aller à l’encontre de l’hyper-croissance populaire de l’escalade sportive. Discipline olympique depuis 2020, le sport ne cesse de séduire les pratiquants depuis une vingtaine d’années, partout dans le monde. Contacté par Vertige Media, le directeur de la communication de l’IFSC, Fabrizio Rossini certifie que l'ascension n’est pas terminée. « Depuis le début de l’année, toutes les étapes de Coupe du monde sont sold-out », pose-t-il. La majorité de ces événements sont gratuits et ouverts à tout·e·s. Cela dit, l’Italien tient à préciser que les récents partenariats de diffusion avec les chaînes TV montrent des chiffres d’audience fort encourageants. S’il ne peut pas nous révéler les chiffres exacts, ce dernier parle de « plusieurs millions de téléspectateurs par compétition, notamment dû aux retransmissions opérées par CCTV, la télévision centrale de Chine ». Fabrizio Rossini rappelle qu’il s’agit d’un prolongement naturel avec les JO de Paris « où l’escalade figurait parmi les meilleurs sports olympiques en termes d’audience télévision ». Coupe du Monde 2024 - Chamonix © David Pillet Selon le membre de l’IFSC, cette popularité s’explique aussi par la stratégie récente d’avoir ouvert le circuit à d’autres villes. Si le circuit comptait 9 étapes en 2024, elle en compte 14 cette année avec l’ajout d’hôtes comme Bali, Denver, Madrid, Curitiba au Brésil ou Keqiao en Chine. Sur le terrain, Victor Larzul, coach de l’équipe de France de bloc, corrobore les propos de la communication de l’IFSC : « À Prague, des amis d’enfance m’ont envoyé un texto pour me dire qu’ils m'avaient vu sur un live. Personne ne m’écrivait avant, je pense qu’ils ont découvert mon métier sur Eurosport ! ». Selon lui, la nouvelle composition du public est un marqueur fort du nouvel engouement autour de l’escalade. « Des vrais fans commencent à suivre le circuit comme d’autres peuvent suivre le tennis, continue-t-il. Même nous, les coachs, il arrive qu’on nous demande des selfies. » « Cette année, c’est la première fois de ma vie que je me retrouve à signer des autographes », ajoute un autre membre officiel du circuit : l’ouvreur international Pierre Broyer. Celui qui était sur la majorité des compétitions de 2025 le redit : « Tout était plein ». Il distingue aussi l’ancien public du nouveau : « Avant, le public était un peu niche, un peu passionné. Ce n’était pas cool d’être un fan boy. Désormais, tu vois des gens dans les gradins qui agitent des drapeaux après avoir fait le déplacement sur des milliers de kilomètres ». L’ouvreur confie aussi qu’on lui adresse davantage de tape sur l’épaule à la salle où il s’entraîne. Et voit bien que des athlètes comme Oriane Bertone ou Mejdi Schalck possèdent une notoriété que n’ont jamais eu leurs compatriotes des années 2000. La grande vadrouille Reste que le prestige des compétitions vient aussi de leur capacité à attirer les meilleurs prétendants. Alors pourquoi les stars de la discipline décrochent-elles quand il s’agit d’aller chercher des titres mondiaux ? Fort de son expérience au plus haut niveau, Victor Larzul, propose une lecture pragmatique : « Les absents n’arrêtent pas de grimper. Ils se concentrent simplement sur d’autres objectifs que ce soit aller dehors ou faire une pause, précise-t-il. Je pense qu’il y a beaucoup de compétitions. Le public ne s’en rend pas toujours bien compte, mais une saison, surtout olympique, peut être extrêmement éprouvante. Alors, les sportifs font le choix de se concentrer sur des objectifs spécifiques » D’autant plus que les récents arbitrages entre l’IFSC et le Comité olympique, notamment celui - très bien accueilli par la communauté de grimpeurs - de scinder les disciplines de bloc, de difficulté (grimpe en voie, ndlr) et de vitesse en vue des JO de 2028 à Los Angeles - renforce l’obligation de spécialisation des athlètes, quitte à s’écarter parfois du circuit officiel. Comme c’est le cas dans d’autres sports où John John Florence, l’un des meilleurs surfeurs de la planète, qui a décidé de faire l’impasse sur le circuit de la World Surf League cette année. « Avant, des grimpeurs qui étaient simplement de très gros serreurs de prises pouvaient gagner certaines étapes de la Coupe du monde. Maintenant, ces mêmes athlètes se feraient massacrer. Ils n’auraient aucune chance d’atteindre la finale. » Lucien Martinez, ancien rédacteur en chef de Grimper Mais au-delà des choix de carrière, il existe une spécificité de l’escalade que Victor Larzul tient à rappeler : « Historiquement, l’escalade s’est développée dehors. Les grimpeur·ses ont toujours fait les deux ». Cette alternance serait moins une fuite qu’un retour aux sources. « Cela fait partie de la carrière d’un·e grimpeur·se, continue le coach. C’est un moyen pour les compétiteurs de se ressourcer, de se remotiver. Quand vous vous cassez les doigts 150 fois en extérieur sur le même bloc, c’est aussi une forme intéressante d’entraînement. Le rocher et la compèt, c’est hyper complémentaire ». Miguel Baudin, fondateur de la chaîne YouTube Kayoo TV, y voit même une quête d’accomplissement total. « Janja Garnbert est incontestablement la meilleure grimpeuse en compétition de l’histoire, explique-t-il. Néanmoins, si elle veut être la meilleure grimpeuse de l’histoire tout court, il faut qu’elle réalise un exploit sur le caillou. Selon moi, c’est pour ça qu’elle poursuit son objectif de 9b+. ». De tous les commentateurs interrogés, ce besoin de prouver sa valeur sur le terrain originel de leur sport est un vecteur de légitimité essentiel pour les grimpeurs. C’est d’ailleurs sur le rocher qu’Adam Ondra a ravi son titre de meilleur grimpeur de tous les temps. Entre les murs Cette évolution des mentalités s'accompagne aussi d'une transformation profonde des compétitions elles-mêmes. Lucien Martinez, ancien rédacteur en chef de Grimper et falaisiste de haut niveau, a pu observer de près cette mutation. « Entre 2015 et 2020, le style d’ouverture des compétitions internationales a été complètement transformé, décrit-il. En bloc, il s’est mis à y avoir beaucoup plus de dalles et de jetés complexes. Avant, des grimpeurs qui étaient simplement de très gros serreurs de prises pouvaient gagner certaines étapes de la coupe du monde. Maintenant, ces mêmes athlètes se feraient massacrer. Ils n’auraient aucune chance d’atteindre la finale. » Pour se rendre compte de la lente transformation des profils de lauréat, il suffit d’observer les podiums des Coupe du monde d’escalade. Précisément à partir du moment où Jakob Schubert et Adam Ondra ne trustent plus les hauts de classement, et finissent par ne plus faire aucune finale. Pourquoi ? « Avec le changement de style d’ouverture en bloc, des grimpeurs de génie comme Jakob Schubert et Adam Ondra, pourtant abonnés aux podiums, se sont mis à avoir des résultats beaucoup plus irréguliers, répond Lucien Martinez. Ce n'est pas qu’ils ont régressé... Ils se sont juste retrouvés face à des mouvements nouveaux, qu’ils n’avaient jamais affrontés, ni dehors, ni en salle. À l’inverse, les tous meilleurs compétiteurs de bloc actuels, représentés par la nouvelle génération, n’ont plus aucun point faible, ce sont des monstres de polyvalence. » Coupe du Monde 2024 - Chamonix © David Pillet À la question de savoir si cela ajoute ou enlève de l’attractivité aux nouvelles compétitions, une chose est sûre : ces évènements récents offrent davantage de place à la créativité des ouvreurs. Et Lucien Martinez aime rappeler que, ceux qui critiquent la diversité des genres aujourd’hui, sont aussi ceux qui en ont bénéficié hier. « Je me souviens d’une Coupe du Monde légendaire en 2019 à Meiringen (en Suisse, ndlr). En finale, tu as Adam Ondra contre quatre Japonais et un Coréen. Et puis dans un bloc, les ouvreurs ont décidé de mettre une fissure. Du jamais-vu. Tous les mecs galèrent sur un truc qu’ils n’ont jamais travaillé et Ondra, qui revenait du Yosemite, randonne complètement ! Au milieu de la fissure, il s’arrête, se retourne pour chauffer le public et finit le bloc. Ce jour-là, certains ont trouvé que c’était dommage que la compète se joue à ce point sur une facétie des ouvreurs. D’autres, au contraire, étaient content que la différence se fasse sur une habileté apprise en milieu naturel. Après réflexion, je pense que c’est ce genre de péripéties qui rendent un événement spectaculaire et mythique. » Et de conclure : « C’est ça maintenant l’âme des compètes de bloc. Quand les ouvreurs vont réussir à participer au show en sortant LE truc que personne n’attendait. » « J’ai quand même l’impression que Jakob Schubert essaie un peu de prêcher pour sa paroisse. Si tu l’écoutes, tu fais que des compèt comme dans les années 2000. Et si tu regardes une compétition à Bercy en 2012, bah tu t’ennuies parce que la gestuelle est vachement moins riche qu’aujourd’hui » Pierre Broyer, ouvreur internationale de l'IFSC Pierre Broyer ne peut être plus d’accord. Pour témoigner en partie des efforts d’attractivité de l’escalade, l’ouvreur français explique les mécanismes derrière son travail. Aux JO de Paris, la fédération leur avait donné des guidelines claires : il en fallait pour tout le monde. « On a poussé l’essence de chaque style sur des blocs différents, jusqu’à devenir un peu caricaturaux, plaque-t-il. Ce qui fait qu’on pouvait avoir pas mal d’égalités à la fin des manches. » Aujourd’hui, Pierre Broyer confie que les ouvreurs internationaux ont pris davantage de latitude avec la règle. « C’est très cool parce que ça nous permet de nous exprimer un peu plus et de participer davantage aux ressorts d’une compétition », conclue-t-il. « C’est la raison pour laquelle cette année, on pouvait avoir un bloc très physique à Salt Lake City et un autre très électrique-coordo à Prague », renchérit Victor Larzul. Sauf que c’est justement cette variété que condamne Jakob Schubert quand il parle de « syndrome du cirque ». Pierre Broyer répond : « J’ai quand même l’impression qu’il essaie un peu de prêcher pour sa paroisse. Si tu l’écoutes, tu fais que des compèt comme dans les années 2000. Et si tu regardes une compétition à Bercy en 2012, bah tu t’ennuies parce que la gestuelle est vachement moins riche qu’aujourd’hui ». L’ouvreur de l’IFSC défend l’évolution de son sport qui se vit aussi à travers certains comités, de plus en plus répétés au sein de la fédération, au sein desquels ouvreurs, entraîneurs et responsables travaillent à la désirabilité de l'escalade sportive. Le nouveau roman de l'escalade Cette perpétuelle évolution rend-t-elle justice à la lisibilité du sport ? Pas sûr. Au premier abord, il peut être compliqué pour un néophyte de s’y retrouver dans la lecture difficile des compétitions. Assez précisément, Miguel Baudin met le doigt sur un sujet sémantique. « L’intitulé des étapes peut prêter à confusion. Des gens me demandent encore pourquoi il y a des Coupes du Monde chaque weekend. Je pense que ça entache un peu le prestige des rendez-vous ». Ajoutez à cela, la bataille pour le classement général, un championnat du monde tous les deux ans, les championnats d’Europe et vous obtenez un bouillon de culture sportive un peu indigeste. « Je crois aussi qu’il y a parfois un petit défaut d’incarnation, continue le YouTubeur. Comme on a parfois pu le souligner sur le tournoi ATP au tennis, le circuit IFSC est quand même composé de personnalités très lisses. La bascule s'est faite avec Adam Ondra qui est un peu de l’école Nadal, où on remercie les gens, on est poli, on fait des vidéos sympas. Avant lui, la star c’était Chris Sharma et je peux te dire que c’était un peu plus la teuf. Mais il n’y avait pas beaucoup de médias pour le raconter. » « Je ne suis pas d’accord avec les gens qui me disent que l’escalade ne peut pas être un spectacle populaire. Le fond de sauce est là, il suffit juste de le faire monter » Miguel Baudin, fondateur de Kayoo TV Pour Miguel Baudin, c’est d’ailleurs là où le bât blesse. Ce dernier place le manque de récit comme le principal problème de hype de l’escalade moderne. « Je ne suis pas d’accord avec les gens qui me disent que l’escalade ne peut pas être un spectacle populaire, pose-t-il. Le fond de sauce est là, il suffit juste de le faire monter. » Il évoque ainsi un travail de pédagogie auprès du grand public, avant et entre les compétitions. Selon lui, c’est aux journalistes du milieu de poser les premières pierres de cette narration. Pierre Broyer abonde : « Je pense qu’il y a des duels, des rivalités sportives intéressantes. Le circuit masculin en bloc a été super intense. La rivalité en difficulté entre Ai Mori et Janja Garnbret est dingue. Quand tu vois aussi toute l’histoire derrière le sacre de Mickaël Mawem aux Championnats du Monde en 2023, l’histoire est juste incroyable. » Lucien Martinez apporte une nuance. Grand amateur de sports, il doute que les formats de compétition d'escalade actuelle puissent rivaliser en termes d’émotion et de mythologie avec ce qu'il se fait dans les sports populaires. « Je n’imagine pas nos évènements internationaux produire autant de récits, de dramaturgie, d'épopée qu’un tournoi du Grand Chelem, un Tour de France ou une Coupe du Monde de Foot », lance-t-il. En revanche, il pense que la discipline a du potentiel, si on s'autorise à réfléchir aux nombreuses possibilités. « L'escalade est un sport suffisamment jeune pour qu’on puisse tester des choses au niveau du format. Dans les pistes que je verrais : proposer quelque chose où les athlètes s’ouvrent des blocs entre eux pour ajouter de la stratégie, peut-être regrouper toute la saison internationale en un événement unique qui dure un mois ou un mois et demie de manière à renforcer la puissance narrative… » Alors que le circuit IFSC de 2025 se termine, l’escalade sportive semble réunir de plus en plus de monde. Peine-t-elle à créer cette alchimie mystérieuse qui transforme le sport en spectacle et la performance en épopée ? Est-ce d’ailleurs fidèle à son histoire que d’essayer de le faire ? Entre les gradins remplis et les falaises de Céüse, l'escalade de compétition cherche encore sa véritable voix.
- Coupe du monde IFSC Chamonix : l'escalade sportive face au défi climatique
La Coupe du Monde d’escalade débarque à Chamonix et avec elle, mille et une questions sur son empreinte écologique. Organisée dans l’une des vallées les plus polluées de France, l’étape chamoniarde du circuit IFSC est-elle la représentation d’une politique dépassée en matière d’écologie ? Plein gaz sur les dissonances de l'escalade sportive qui cherche encore sa voie. Coupe du monde d'escalade IFSC à Chamonix, 2024 © David Pillet À deux jours du lancement de la Coupe du monde d'escalade, Chamonix vibre d'une effervescence particulière. Sur l'emblématique place du Mont-Blanc, les équipes techniques s'affairent autour du mur de compétition qui accueillera les épreuves de vitesse et de difficulté du 11 au 13 juillet prochains. Plus de 20 000 spectateurs sont attendus pour trois jours de spectacle gratuit et ouvert à tous. Mais derrière cette émulation, une crispation invisible : dans l'air, un voile gris, tenace, parfois confondu avec la brume matinale, recouvre la vallée. Ici, le mythe de la montagne chaste se confronte à la réalité d'une des zones les plus polluées de France. L’IFSC, complètement carbo Cette étape chamoniarde survient dans un contexte particulier. La semaine dernière, le Haut conseil pour le climat alertait que les émissions de CO₂ en France ont cessé de baisser dans des proportions qui permettent de limiter le réchauffement climatique. Le gouvernement vient d’admettre que le pays ne se trouvait plus sur la trajectoire pour tenir ses engagements climatiques de l’Accord de Paris. La montagne, premier témoin du réchauffement (+2,2°C en moyenne en France, ndlr), voit ses glaciers reculer, ses falaises se fissurer, et sa pollution chronique révéler les limites d’un modèle. Or, ce sont précisément ces territoires qui accueillent aussi les grandes compétitions sportives. De son côté, l'International Federation of Sport Climbing (IFSC), organisatrice du circuit mondial d’escalade compétitive, n’a pas ménagé ses effets d'annonce. Le 11 février dernier, la fédération publiait un rapport de durabilité intitulé « IFSC Sustainability – 2024 Actions Overview ». Un document d'une dizaine de pages censé détailler ses engagements climatiques. Le plan ? Baisser les émissions de ses évènements pour atteindre la neutralité carbone en 2040. Ce qui veut dire les diminuer de 15% d’ici 2025 et de 50% d’ici 2030. Dans ce même rapport d’activité 2024, l'IFSC annonçait également avoir compensé plus de 4 160 tonnes de CO₂. Ce qui signifie que ses compétitions en ont émise au moins l’équivalent. À la lecture du document, difficile de trouver davantage d’informations. Impossible même de connaître précisément l’empreinte carbone d’une étape de Coupe du monde organisée par la fédération. Sur quelques pages, on peut seulement consulter un tableau qui propose l’impact des déplacements professionnels du personnel de l'IFSC, en précisant que la direction a encouragé son staff à préférer le vélo ou la marche pour se rendre au travail. De bien maigres éléments si on les met en regard de la communication bravache du début d’année. D’autant plus que dans ce même rapport d’activité, la fédération internationale d’escalade insiste sur la compensation carbone qui prévoit de soutenir des projets climat - de reforestation principalement - afin de compenser les émissions effectivement rejetées dans l’atmosphère. Une pratique que beaucoup d’experts climatiques ont coutume de taxer d’esquive. Comme ceux de Carbone 4 (cabinet de conseil de référence sur les enjeux énergie et climat fondé par Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, ndlr ) dont le référentiel souligne que même si on compense ses émissions vers d’autres projets, le CO₂, lui, reste dans l’air. C’est dans l’air Selon ces mêmes experts, il faudrait au moins pouvoir montrer le chemin de la réduction réelle. Et il est justement difficile de l’apercevoir quand on se penche sur les dernières évolutions du circuit de l’IFSC. Alors que la fédération annonce vouloir réduire son impact, le circuit est passé de 9 étapes en 2024 à 13 cette année, notamment avec l’ajout d'un nouveau continent (l’Amérique du Sud avec une étape organisée au Brésil, ndlr). Le raisonnement devient alors mathématique : davantage d’étapes équivalent à davantage de déplacements donc davantage d’émissions. « Il n’y a pas encore de dialogues structurants sur les questions de décarbonation avec les décisionnaires de l’IFSC. Nous sommes au tout départ d’une prise de conscience » Thibaut Zimmermann, chargé de mission RSO à la FFME Comment expliquer ce manque d’informations de la part de la fédération internationale d’escalade ? Difficile à dire. Contactée par Vertige Media, la direction de la communication de l’institution n’est jamais revenue vers nous. Les rares traces d’informations tangibles sur une étape du circuit de Coupe du Monde proviennent d’un travail de la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME) datant de 2023. Dans un rapport consacré à l’empreinte des compétitions qu’elle organise, la fédération a calculé celle de l’étape de Coupe du monde à Briançon de 2023. Résultat ? 805 tonnes de CO₂ eq. Dedans, on y lit aussi des détails intéressants sur la répartition de l’empreinte carbone parmi certaines catégories. Aussi, 80% des émissions concernent le déplacement des spectateurs. Celui des athlètes, quant à lui, ne représente « que » 7% tandis que les 13% restants concernent les autres postes émissifs comme la restauration, les infrastructures ou encore l’hébergement. Infographie réalisée grâce au travail préliminaires des équipes de la FFME © Vertige Media Récemment nommé au poste de chargé de mission RSO (pour Responsabilité sociétale des organisations, ndlr) à la FFME, Thibaut Zimmermann indique qu’il s’agit « d’une démarche embryonnaire ». Une sorte de travail préparatoire qui n'a pas été renouvelé en 2024 mais qui le sera, d’après lui cette année, à l'occasion de la Coupe du monde d’escalade à Chamonix. « Le travail s’effectue assez facilement grâce à un outil de calcul développé par le Comité d’Organisation de Paris 2024 : Coach Climat, continue Thibaut Zimmermann. Concernant Briançon en 2023, on a vite pu s’apercevoir que le poste le plus émissif était celui des trajets de spectateurs, qui venaient en voiture. » Pour le salarié de la FFME, ce type de travail, en mesurant les principaux postes d’émissions, permet de cibler les actions de la fédération en réduisant ce qui peut l’être et en compensant les émissions incompressibles (infrastructures, hébergement, déplacement d’athlètes…). À la question de savoir pourquoi l’IFSC n’affiche pas plus d’informations sur son empreinte, Thibaut Zimmermann évoque « un travail naissant ». Il confie siéger depuis peu au sein de la commission « développement durable » de l’IFSC Europe. « Il n’y a pas encore de dialogues structurants sur ces questions avec les décisionnaires de la fédération internationale, poursuit-il. Nous sommes au tout départ d’une prise de conscience ». Enfer des tonnes Reste que l’on peut à présent contextualiser ses chiffres. Grâce au travail préparatoire de la FFME et de la transparence de plus en plus forte des évènements sportifs internationaux sur leur impact, nous pouvons désormais mettre en regard ce qu’émet une étape de Coupe du monde comme celle de Briançon (qui a par ailleurs disparu du nouveau calendrier de l’IFSC, ndlr) avec d’autres compétitions de haut-niveau. Son empreinte reste ainsi très modeste comparée aux Grands évènements sportifs internationaux (GESI) comme un Grand Prix de Formule 1 qui génère environ 2 600 t CO₂ sur un week-end ou Le Tour de France 2021 qui émettait 216 000 tonnes de CO₂ sur une vingtaine de jours. Rapportée à des évènements qui sont également organisés dans les Alpes, une étape de Coupe du Monde d’escalade aurait 4 fois moins d’impact que l’UTMB (Ultra Trail du Mont-Blanc, ndlr), qui a rassemblé plus de 100 000 personnes en 2023. Comparaison n'est pas toujours raison. Beaucoup d'experts soulignent qu'il faudrait raisonner en « intensité carbone par spectateur » pour analyser des ordres de grandeur pertinents. Notons que chaque évènement n'a forcément pas la même dimension, ni en terme de spectateurs ni en termes de durée. Une Coupe du monde de football peut durer un mois et demi alors qu'une étape de Coupe du monde d'escalade dure trois jours. Insistons sur le fait qu'il faudrait calculer « l'intensité carbone par spectateur » pour dresser des comparaisons véritablement pertinentes. Cela dit, ces ordres de grandeur permettent de situer les évènements entre eux. © Vertige Media « On peut raisonnablement supposer que celle de cette année, à Chamonix, aura une empreinte carbone supérieure à celle de Briançon en 2023, précise Thibault Zimmermann. Il y aura en effet plus de spectateurs, et donc nécessairement une empreinte carbone liée aux déplacements plus élevée. Néanmoins, malgré des ordres de grandeur plus petits que les GESI, il reste quand même des défis que l’on peut relever. » D’autant plus que les enjeux climatiques semblent considérables dans une des vallées montagneuses les plus polluées au monde. Celle de Chamonix-Mont-Blanc et celle de l’Arve, voisine, subissent parfois les pires pics de pollution de France. En cause ? Le tunnel du Mont-Blanc où passent 500 000 poids lourds par an. L’incinérateur de la commune de Passy aussi, qui brûle en moyenne 60 000 tonnes de déchets par an. Ajoutez à cela une topographie qui piège les particules fines et les autres polluants et vous obtenez un endroit où il devient dangereux de faire du sport de haut niveau, voire du sport tout court. « Je pense que le principal levier reste la mobilité, insiste Thibault Zimmermann. À Chamonix, des mesures incitatives pourraient être mises en place afin d’encourager les spectateurs à privilégier les modes de transport les moins émetteurs. » Le chargé de mission RSO de la FFME fait notamment référence à l’organisation du marathon du Mont-Blanc qui pour sa dernière édition a décidé de réserver 40% des dossards aux participants venant en train ou en bus. Pour autant, il souligne aussi que la responsabilité ne doit pas reposer que sur les spectateurs : « Les athlètes ont aussi un rôle à jouer. Sensibiliser, montrer l’exemple, faire du train la norme pour les déplacements nationaux… C’est aussi une question de culture sportive ». Du gaz et du brouillard Parmi les experts en bilan carbone propre aux évènements sportifs, d’aucuns considèrent que la clé reste structurelle. En s’empêchant de questionner le modèle même du calendrier international, les fédérations sportives risquent d’éluder un défi inéluctable, qui se pose depuis bien trop longtemps. Souvent, les réponses existent déjà, et l’IFSC pourrait être bien avisée - plutôt que d’augmenter les étapes de son circuit - de régionaliser ses compétitions voire d'offrir des finales centralisées. La spécificité de l'escalade tient aussi à sa relation intime avec l'environnement. On ne grimpe pas que sur de la résine, mais sur du rocher, des falaises, des montagnes. Qu’on le veuille ou non, cette authenticité oblige les représentants d’une discipline à être exemplaires et non pas seulement à afficher des ambitions. Dans un monde où la crise climatique s'accélère, où la montagne devient plus dangereuse, plus vulnérable, continuer à organiser des événements « comme avant » en ne se réduisant qu’à compenser son empreinte carbone relève de l’aveuglement. L'escalade sportive se trouve aujourd'hui à un carrefour. D'un côté, le rêve d'expansion mondiale, de spectacle, de démocratisation du sport. De l'autre, la réalité d'un monde qui se réchauffe et le terrain de jeu d’une discipline - la montagne, donc - qui en paie le prix fort. Entre ces deux logiques, il n’est pas forcément question de choisir. Il faudra plutôt inventer. Inventer un modèle sobre mais vibrant, local mais universel, exemplaire mais accessible. L'escalade, sport de nature par excellence, a sans doute une carte à jouer dans cette invention collective. À condition de passer des mots aux actes, des rapports aux (r)évolutions, de la compensation à la transformation. Ce weekend, Chamonix, dans sa beauté polluée, nous rappellera que l'urgence n'est plus climatique : elle est sociétale.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Madrid : programme, horaires, streaming et prize money
Les 18 et 19 juillet 2025, après l’étape chamoniarde, la Coupe du monde IFSC débarque en Espagne pour une étape dédiée exclusivement à la difficulté, à Madrid. Organisée pour la toute première fois au Recinto Ferial d'Alcobendas, cette compétition promet un grand spectacle sportif dans un cadre parfaitement adapté pour accueillir l’élite mondiale de l'escalade. Voici toutes les informations utiles pour suivre l’événement : horaires précis, programme complet, streaming et prize money Ilaria Scolaris © Nakajima Kazushige/IFSC Où regarder Madrid 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme chaque étape, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC. Les finales seront néanmoins restreintes en France et en Europe à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est requis pour suivre les finales en direct. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront accessibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo, mais les résultats seront disponibles en direct sur le site officiel de l’IFSC. Yoshida Satone © Nakajima Kazushige/IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Madrid) Vendredi 18 juillet – Qualifications & Demi-finales difficulté 09h00 à 13h45 : Qualifications difficulté hommes et femmes (résultats live uniquement) 20h30 à 22h45 : Demi-finales difficulté hommes et femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Samedi 19 juillet – Finales difficulté 20h30 : Finale difficulté femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 21h30 : Finale difficulté hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Cérémonie de podium immédiatement après Prize money : répartition des gains Cette étape à Madrid est classée « Premium » par l’IFSC. Voici la répartition des gains : 🥇 1er : 6 000 € 🥈 2e : 4 000 € 🥉 3e : 2 800 € 4e : 2 000 € 5e : 1 600 € 6e : 1 400 € 7e : 1 200 € 8e : 1 000 € Suivre Madrid 2025 sur les réseaux sociaux Pour profiter pleinement de l’événement, retrouvez les coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Madrid 2025 Dates : 18 et 19 juillet 2025, à Madrid-Alcobendas (Espagne), discipline difficulté uniquement. Compétition au Recinto Ferial d'Alcobendas, structure spécialement aménagée. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales restreintes sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Premium : jusqu’à 6 000 € pour les vainqueurs. Résultats en direct sur https://ifsc.results.info. Mi-juillet, Madrid-Alcobendas devient la capitale mondiale de l'escalade de difficulté, pour un événement sportif haut de gamme attendu par tous les passionnés. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.












