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- Assemblée générale FFME 2025 : Hausse des licences et équilibre démocratique
Réunie à Toulouse les 5 et 6 avril derniers, l’Assemblée générale annuelle de la FFME a acté une augmentation de 10 euros du tarif des licences. Sous les apparences d'une décision classique, ce vote révèle en réalité un exercice délicat d'équilibre démocratique. Entre transmission imparfaite des informations en interne, mandats territoriaux parfois rigides, et une fédération tiraillée entre compétitivité et accessibilité, retour sur un week-end où les subtilités démocratiques se sont invitées à la table des débats. Une augmentation sous contrainte démocratique Le vote est tombé : 55,35 % pour, 44,65 % contre. Un résultat serré, qui dit beaucoup plus qu'une simple hésitation face à une hausse tarifaire. Au cœur du sujet, une mécanique démocratique complexe qui s’est heurtée à une communication interne probablement insuffisamment adaptée aux réalités du terrain. Car si la FFME avait effectivement annoncé dès janvier une possible augmentation à ses comités territoriaux et ligues, l’information – contenue dans des documents souvent techniques et denses – n’a manifestement pas atteint tous les destinataires avec la clarté nécessaire. Résultat : un nombre important de représentants, pris dans les mailles d’un tissu associatif largement bénévole et déjà saturé d’informations, est arrivé à l’AG avec des mandats contraints, décidés par des clubs n’ayant pas toujours pris la mesure complète des enjeux. Ce dilemme démocratique a été résumé très précisément par le président de la fédération, Alain Carrière, lors de notre entretien : « Certains délégués m’ont confié avoir voté contre parce que leur comité territorial s’était positionné ainsi, tout en précisant adhérer pleinement à la stratégie proposée par notre équipe. » En clair : il ne s’agit pas ici d’une absence d’informations, mais bien de leur mise en forme et de leur transmission qui ont péché. Face à un réseau de bénévoles déjà surchargés, peut-être aurait-il fallu adapter la communication autour de cette question cruciale : la rendre plus digeste, plus directe, plus pédagogique. « À chacun sa performance » : ambiguïtés stratégiques derrière une formule séduisante Autre point central abordé lors de cette AG : le nouveau « sprint stratégique » de la fédération pour les quatre années à venir, structuré autour d’un slogan subtilement équivoque : « À chacun sa performance, à chacun son terrain de jeu ». © FFME Cette formule apparemment simple révèle en fait un défi stratégique délicat : comment faire cohabiter sous un même toit institutionnel l’élite sportive et la pratique dite « pour tous », traditionnellement plus proche de valeurs prônées par des fédérations historiquement concurrentes, comme la FSGT ? À travers cette référence plurielle à la « performance », la FFME esquisse une tentative subtile de réconciliation conceptuelle, cherchant à faire accepter une performance plus diffuse, collective et inclusive. Un exercice intellectuel délicat, mais potentiellement porteur si la fédération parvient à clarifier suffisamment son propos. Économie fédérale : changement de paradigme et nouvelle direction marketing Cette AG était également l’occasion d’entériner un virage économique assumé vers davantage de partenariats privés. Ce tournant s’accompagne concrètement de l’arrivée récente d’un nouveau directeur marketing et événementiel, symbole d'une mutation profonde dans la culture organisationnelle de la FFME. Cependant, cette transition n’est pas sans contradictions internes. Alain Carrière relève ainsi que certains représentants souhaitent à la fois attirer des partenaires privés et réduire l’investissement sur le haut niveau, sans toujours percevoir que les partenaires privés visent précisément à associer leur image au prestige des compétitions. Le chemin vers cette nouvelle économie fédérale promet donc d'être pavé d’ambiguïtés qu’il faudra soigneusement lever dans les années à venir. Le poids encombrant de l’IFSC : frein ou levier économique ? Dans cette dynamique de mutation économique, la relation avec l’IFSC (Fédération internationale d’escalade sportive) s’est imposée comme un sujet central. Clairement, cette dernière est aujourd’hui perçue par la FFME comme un véritable frein au développement commercial, notamment en raison des contraintes très fortes imposées aux organisateurs locaux sur la visibilité commerciale des partenaires nationaux. Alain Carrière en parle sans détour : « Nous sommes extrêmement cadrés par ce que nous impose l’IFSC. Le bénéfice économique réel pour la fédération nationale est finalement divisé par deux, comme on l’a vu avec la récente annulation de la Coupe du monde à Briançon. » Cette tension révèle une confrontation entre deux visions opposées : un modèle français associatif traditionnel face à un modèle international de plus en plus tourné vers l'organisation privée des grands événements sportifs. Numérique et reconnaissance humaine : des avancées réelles pour le terrain Face à ces grands débats stratégiques, l’Assemblée générale a aussi apporté des réponses concrètes et attendues par les licenciés, notamment par l’arrivée effective des outils numériques fédéraux tels que myFFME, myCOMPET et FFME.SHOP. Ces solutions représentent un vrai soulagement administratif pour un tissu associatif souvent débordé. © FFME Par ailleurs, l'AG n'a pas oublié de célébrer les acteurs emblématiques du monde fédéral, comme Pierre-Henri Paillasson ou les frères Bassa et Mickaël Mawem. Ces hommages rappellent judicieusement que derrière les grandes stratégies, c’est avant tout une aventure humaine qui est à l’œuvre. Le défi démocratique : une performance à réussir absolument En définitive, cette AG 2025 révèle surtout l’urgence d’un travail démocratique approfondi. La FFME devra apprendre à mieux adapter ses communications stratégiques aux réalités du terrain associatif, pour permettre à chacun de comprendre et de participer pleinement aux décisions cruciales qui façonnent son avenir. Le véritable enjeu fédéral est désormais de transformer ces subtilités démocratiques, économiques et conceptuelles en un projet partagé par tous. Un défi collectif et intellectuel que la fédération devra impérativement réussir, pour éviter qu’à la prochaine assemblée générale, la démocratie fédérale ne se retrouve une nouvelle fois en position d’équilibre précaire.
- Monter une salle d'escalade en 2025 : les coulisses d'Unibloc
Dans un marché de l'escalade en pleine expansion, deux amis d'enfance ont décidé d’ouvrir une salle de bloc dans leur ville natale à Carcassonne : Unibloc. Trois semaines après l'ouverture, ils font un premier bilan - calmement - du projet qui les essore autant qu’il les épanouit. Alors, ça veut dire quoi aujourd'hui monter une salle d'escalade privée en France ? Réponses en plein shift. Robin Leduc et David Monnot, les deux fondateurs d'Unibloc © Robin Leduc Vertige Media : Vous avez ouvert il y a trois semaines. Comment ça va ? Robin Leduc : On est rétamés parce qu'on bosse en flux tendu depuis des mois. J’ai dû prendre trois jours de pause en quatre mois. C’est la configuration propre à notre lancement qui fait ça, parce qu’on a décidé d'enchaîner les travaux avec l’ouverture. Après, on est très contents du résultat. On sent que ça prend, qu'il y a un truc qui se passe. Vertige Media : C’est-à-dire ? Robin Leduc : À la base, pour qu'on tourne, il fallait qu'on soit sur un équilibre autour de 20 000 euros de chiffre d'affaires mensuel. Là, on n'a pas encore fini le mois, et on est déjà à 36 000 euros. C'est très encourageant. Au tout départ, on a eu pas mal d'abonnements. Et depuis une dizaine de jours, ce sont beaucoup d'entrées à la journée. Par exemple, lors d'une journée portes ouvertes, on a eu 600 personnes. Vertige Media : Qui sont vos principaux clients ? Robin Leduc: Depuis le début des vacances (l’interview a été réalisée pendant les vacances de Pâques, ndlr), c'est beaucoup d'enfants qui viennent découvrir. À Carcassonne, il n'y a pas beaucoup d'activités de loisirs sportifs. Tu as le tennis, le paddle, mais après, c'est plutôt jumper park, karting et bowling. L'escalade commence à être un peu plus connue, et on sent qu'il y a plein de jeunes qui ont envie d'en faire. D’ailleurs, on s’est fait avoir sur le nombre de chaussons. On avait prévu du stock, mais en ce moment, à 15h, on se retrouve en rupture ! David Monnot : Ça faisait partie de notre étude de marché : le Club Alpin Français (CAF) de l’Aude (département où se situe Carcassonne, ndlr) est saturé depuis des années. Ils font tous les ans un forum des associations pour sensibiliser à l'escalade, mais ils savent qu'ils vont refuser des centaines de demandes. Du coup, chaque année, du monde se fait refouler alors qu’il y a une vraie communauté de grimpeurs dans l'Aude et dans l'Hérault (le département voisin, ndlr). On savait que pas mal de pratiquants recherchaient une salle avec une bonne amplitude horaire, capable de les accueillir tous les jours. © Robin Leduc Vertige Media : D’autant plus que vous êtes la première salle d’escalade privée à ouvrir dans le coin… Robin Leduc : Exactement. Avant nous, il fallait soit aller à Toulouse, soit à Montpellier, soit à Perpignan. Il y a une toute petite salle à Narbonne, mais c'est tout. Et même avec ça, on a plein de Narbonnais qui viennent alors que c'est à 35 minutes de route. Vertige Media : Vous êtes tous les deux en reconversion professionnelle. Qu'est-ce qui a motivé ce projet ? Robin Leduc : Avec David, on s'est rencontrés il y a quelques années via un groupe WhatsApp de grimpeurs du Sud. On avait pas mal d'envies communes et de passions partagées. Je suis musicien, lui aussi. La musique, à Paris, c’était devenu compliqué. Et j’avais aussi ma femme et mon fils à Carcassonne. On est tous les deux d’ici… Bref, pas mal d’éléments personnels qui, couplés à l’opportunité que le projet représentait, ont presque agi comme une évidence. « L’enjeu c’était de véhiculer les valeurs d’un sport qui a toujours été un vecteur de lien social. On voulait aussi créer un lieu où les gens se parlent » On voulait aussi continuer à vivre d’une passion. Pour nous, monter une salle d'escalade, c’est une forme de création. On veut donner à Unibloc une âme, une identité. On ne veut pas en faire un projet purement commercial. Vertige Media : Est-ce que la popularité croissante de l'escalade ces dernières années vous a confortés dans ce choix ? Robin Leduc : Carrément, ça a grave participé. En vérité, on a beaucoup hésité avant de se lancer. Sans méchanceté pour Carcassonne, c'est une petite ville de province un peu ancrée dans des idées reçues, pas ultra-ouverte, on n’avait peur que ça prenne pas. Mais à l’époque où on réfléchissait, j’étais encore à Paris et je voyais bien à quel point l'escalade explosait. David, lui, était à Carcassonne et il commençait à faire son étude du marché en parlant avec des locaux. Puis on s’est dit : « Si on doit le faire, c'est maintenant ». On sentait que quelqu'un d'autre allait y aller, alors on s’est bougé. Vertige Media : Comment avez-vous adapté le projet à son environnement, dans une ville comme Carcassonne ? Robin Leduc : C’est vrai que l’escalade est désormais perçue comme un truc de bobo. Et je sais bien qu'à Carcassonne, ce n'est pas le dixième arrondissement qui grimpe. Mais je me disais quand même qu'on pouvait amener quelque chose d'intéressant esthétiquement et en faire un lieu vraiment cool qui sorte du lot. Après, l’enjeu c’était de véhiculer les valeurs d’un sport qui a toujours été un vecteur de lien social. Avec Unibloc, on voulait aussi créer un lieu où les gens se parlent. Vertige Media : Un tiers lieu finalement… Robin Leduc : Exactement. On a un bar, on prévoit de la restauration... Quand je parle de tiers-lieu ici, beaucoup ne savent pas ce que c'est. À Carcassonne, il n'y a pas d'endroit cool où sortir, discuter. Les jeunes n'ont que des bars un peu traditionnels, pas hyper intéressants. Vertige Media : Vous êtes tous les deux originaires de Carcassonne. Il y avait donc aussi un lien identitaire fort avec votre ville ? Robin Leduc : Oui, et il y a aussi une complémentarité dans nos profils. Moi dans la musique avec un aspect entrepreneurial, et David avec ses compétences de bâtiment puisqu'il avait une entreprise de menuiserie. L'auto-construction nous a d’ailleurs permis de réduire fortement les coûts d'investissement et donc notre prise de risque. Je gère davantage la direction artistique et la communication. David, lui, gère plutôt l'aspect technique de la salle qui est aussi un périmètre super créatif. Dans notre salle de bloc, on a voulu construire ce qu’on appelle « une proue ». C’est le truc qui se voit le plus quand tu rentres et elle symbolise vraiment notre désir de faire des blocs esthétiques. La proue, le monument de la salle de bloc d'Unibloc © Robin Leduc Vertige Media : Comment avez-vous construit la salle ? David Monnot : On a fait quasiment tous les travaux. On a coulé 300 m2 de béton, tout repeint, construit le bar, refait l'électricité… Pour la salle de bloc, on a également réalisé tous les pans de mur avec un peu d’aide pour finaliser les plans 3D. Finalement, le seul artisan « externe » avec qui on a bossé, c’est une société espagnole pour les tapis. Quand tu regardes nos postes de dépense pour l’ouverture, c’est d’ailleurs ce qui a coûté le plus cher, beaucoup plus cher que toute l’ossature bois et les panneaux. Ça, et les prises. Robin Leduc : En ce qui concerne les prises, on a bossé avec Expressions. Pour les ouvertures, notre pote Pierre Serin de Solo Escalade à Toulouse nous a aidés, tout comme Christophe Cazin de Panescalade. On a aussi travaillé avec les gens du coin, comme Johann Saint-Blanca, un jeune compétiteur qui est en train de passer le diplôme d’ouvreur. Fin août, notre deuxième salariée, Marilou Gonzalez, qui est ambassadrice du Rock Tour, grimpeuse forte, diplômée ouvreuse et monitrice, va également nous rejoindre. Faut bien se dire aussi que ce genre de projet, ça tient aussi sur le réseau. Et on a la chance que le nôtre soit super solidaire. Vertige Media : Comment avez-vous évalué le potentiel commercial avant de vous lancer ? David Monnot : On a regarde le marché, tout simplement : le nombre de grimpeurs, de licenciés FFME (Fédération française de la Montagne et de l’Escalade, ndlr), CAF qui sont de plus en plus nombreux, les ouvertures de salles, leurs tailles... On s’est vite rendu compte qu'il y avait un besoin au niveau local. On constatait aussi que plein de salles ouvraient dans des villes similaires à la nôtre, que le marché était en pleine expansion. Vertige Media : Quels ont été vos principaux défis pour le financement ? David Monnot : On a galéré pour trouver des banques, à la fois parce que notre apport n'était pas énorme et parce que les banques répondaient qu'il n'y avait pas de projet similaire sur lequel se fonder. Et puis le contexte économique actuel n'aide pas. Finalement, on a emprunté 280 000 euros et on a mis 50 000 euros de notre poche. Donc Unibloc, c’est un projet à 330 000 euros. « Aujourd’hui, bosser dans une salle d’escalade, ça peut représenter le nouveau cool mais il ne faut pas oublier que ça reste un boulot difficile » Vertige Media : Comment avez-vous construit votre modèle économique ? Robin Leduc : Sur le papier, c'est 70% d’escalade, 30% de bar/snack. Il y a un tel manque à gagner sur l'escalade dans la région qu'on a davantage misé sur ce volet que sur la restauration. David Monnot : Maintenant, on a un seuil de rentabilité à atteindre. L'emprunt est sur sept ans, mais j'ose dire qu'on pourra le rembourser avant. On a fait un prévisionnel assez sage, en partant sur 40 visites par jour. Depuis trois semaines, c'est le double, et ça ne fait que grimper. Pourtant, on a des investissements constants à faire : on veut développer des blocs extérieurs, un espace enrouleur, la cuisine... Et puis la masse salariale va grossir un jour ! Vertige Media : Beaucoup de salles privées ouvrent mais certaines tirent déjà la langue. C’est un sujet de préoccupation pour vous ? David Monnot : Ce qui me préoccupe, c'est que beaucoup de salles investissent énormément, parfois trop. Quand je regarde les nouvelles salles qui ouvrent, certaines investissent jusqu'à un million d'euros pour 400m² de blocs. Je ne sais pas comment ils étudient leur projet, mais en termes de productivité et de chiffre d'affaires, ça ne fonctionne pas. Beaucoup d’exploitants de salles négligent aussi leurs coûts d'exploitation. Ce n'est pas parce que tu as créé un outil que tu peux te reposer sur un acquis commercial. Les blocs d'escalade s'usent, les prises s'usent, les sanitaires s’usent.... Il faut investir constamment, les nettoyer, acheter des produits qui coûtent cher. C'est de la main-d'œuvre supplémentaire. Vertige Media : Quel regard portez-vous sur les récents mouvements sociaux dans certaines franchises d'escalade ? Robin Leduc : Je ne suis pas étonné que ce genre de dérive puisse arriver. C'est un sport assez nouveau qui est devenu « cool ». Et certains dirigeants peuvent jouer là-dessus en capitalisant sur le fait que plein de gens seraient contents de travailler dans des salles sympas, surtout dans les grandes villes. Aujourd’hui, bosser dans une salle d’escalade, ça peut représenter une sorte de nouveau « cool » mais il ne faut pas oublier que ça reste un boulot difficile. Quand tu as du monde toute la journée, qu'il faut être présent à 100%, qu’il faut faire gaffe à tout, la sécurité etc. Et cet aspect compliqué du métier, les patrons de salle n’en ont pas tous conscience. Ils ne rémunèrent donc pas leurs employés à leur juste valeur. Vertige Media : Ces évènements ont-ils alimenté vos réflexions sur la gestion de vos équipes ? Robin Leduc : On est au tout début, on a qu’un seul salarié. Néanmoins, on tient à ce que les personnes qui travaillent avec nous se sentent bien et soient rémunérées comme il faut. On n'est pas du tout dans le même schéma que certaines grosses salles parisiennes. On va être quatre pendant un moment, c'est presque familial. Et même dans ce format-là, on essaie de s'organiser pour avoir un meilleur équilibre. Par exemple, on se relaie sur les fermetures/ouvertures, un soir sur deux c'est l'un ou l'autre qui ferme, et celui qui a fermé n'ouvre pas le lendemain. Vertige Media : Finalement, quels enseignements partageriez-vous si une autre personne venait à se lancer dans la création d’une salle d’escalade privée ? Robin Leduc : Il faut être très passionné. Passionné, et sincère dans le sens où il va falloir mobiliser une envie phénoménale et parvenir à faire des sacrifices. Au-delà des problématiques de gestion, je dirais qu’il ne faut pas oublier de rester aligné avec sa raison d'être. Nous, notre but, c’est pas de devenir riches ou de nous implanter partout. On veut faire découvrir un sport qu’on aime, en vivre correctement et avoir un lieu dans lequel on est heureux d’aller bosser tous les jours. Notre mission, c’est de faire découvrir l’escalade alors autant être content de partager sa passion. Ce qui est bien, c’est que les retours correspondent. C’est simple, depuis qu’on a ouvert, le mot qu’on nous répète le plus souvent, c’est « merci ».
- Grimpeuses Ailefroide 2025 : escalade, débats et autres joyeux vertiges
Les 7 et 8 juin prochains, le rassemblement Grimpeuses plante à nouveau ses tentes à Ailefroide. Au menu : une dose généreuse d’escalade engagée, quelques débats piquants et surtout, un esprit garanti 100% sans testostérone (ou presque). De quoi décoincer les idées reçues autant que les chaussons mal ajustés. © Julia Cassou Un week-end de grimpe qui change la donne Chez Grimpeuses, l’escalade se pratique en mixité choisie, mais pas choisie au hasard : l’idée est simple, offrir un cadre bienveillant pour grimper sans le poids des regards insistants et des conseils non-sollicités. Ici, personne ne vient juger votre technique douteuse ou commenter votre façon de gérer vos émotions à trois mètres du sol. Pour vous épauler dans cette quête de hauteur et de légèreté, l’association Share Progress Open Teach a concocté un programme qui ferait rêver n'importe quelle grimpeuse lambda : coachings assurés par des professionnelles pointues mais pas donneuses de leçons, ateliers pratiques (école de vol, portaledge, et même sortie running pour celles qui aiment courir sans forcément grimper sur les nerfs) et animations en pagaille pour casser la routine verticale. Grimpeuses, ou quand l’escalade devient un prétexte à réfléchir Parce que se suspendre dans le vide n’empêche pas de réfléchir (bien au contraire), Grimpeuses a aussi pensé à celles qui aiment intellectualiser entre deux voies. Oubliez les habituels échanges « corde tendue » ou « sec ! », ici, on parle sérieux avec un sourire en coin : écologie, dynamiques de couple en falaise, gestion des émotions ou encore questions de genre. Bref, on brasse large sans prendre de pincettes, mais toujours avec finesse. Des tables rondes et conférences rassembleront des intervenantes prêtes à décrypter nos comportements sociaux sous un angle critique, histoire de repartir d’Ailefroide avec autre chose que des courbatures et des photos Instagram bien cadrées. © Julia Cassou L’esprit « camp de base », version décontractée La grimpe en pleine nature, c’est beau. Mais grimper ensemble, dormir ensemble et refaire le monde ensemble sous les étoiles, c’est encore mieux. Pour celles qui craignent les nuits à la belle étoile, Grimpeuses prête gentiment des tentes au camping d’Ailefroide. Par contre, pour votre confort, pensez à glisser votre matelas et votre duvet dans le sac à dos, à moins de vouloir passer deux nuits à repenser votre rapport à la dureté du sol. Le samedi soir, un buffet viendra nourrir les corps et relancer les débats – espérons-le, amicaux. Les sandwichs du midi seront à commander sur place, prévoyez un peu d'espèce pour éviter d’avoir à négocier votre déjeuner façon troc médiéval. Grimpe assurée, même en cas de chute Pour celles qui débarqueraient sans la moindre licence FFME ou CAF, pas d'angoisse. Grimpeuses propose une licence découverte deux jours à seulement 12€, histoire d’assurer vos arrières et vos éventuelles maladresses verticales. De quoi se lâcher sans se ruiner. © Julia Cassou Et pour terminer sur une note joyeusement légère… Après tout ça, si l’envie vous prend de tenter votre chance à une tombola ou de rigoler sur quelques jeux improvisés entre deux sessions de grimpe, vous aurez largement de quoi faire. Car chez Grimpeuses, même quand on parle de sujets sérieux, l’humour reste toujours en embuscade, prêt à dégainer une petite remarque qui fait mouche. Alors, prêtes à venir provoquer (gentiment) les codes et les sommets à Ailefroide ? Infos pratiques (pour les organisées et celles qui essaient de l’être) : Dates : 7 et 8 juin 2025, de 9h à 18h Lieu : Ailefroide, massif des Écrins Tarif unique : 60€ (participation, activités, tente, buffet samedi soir) Licence découverte FFME (2 jours) : 12€ Inscriptions et détails sur Grimpeuses.com.
- Para-escalade en Occitanie : quand l’inclusion monte au mur
Le dimanche 15 juin prochain, la Ligue FFME Occitanie organise ses premières rencontres régionales dédiées à la para-escalade. Le club Tournefeuille Altitude Grimpe, près de Toulouse, accueillera cet événement inédit avec une ambition claire : rendre enfin visible une discipline encore méconnue, et surtout, convaincre les clubs occitans que l'inclusion de tous les publics est une réalité à portée de main. Lucie Jarrige © Dimitris Tosidis / IFSC « Faire tomber les barrières mentales » Aurélie Martin, chargée de développement pour la Ligue Occitanie FFME, ne cache pas son impatience : « Aujourd’hui, la représentativité du public para-escalade est quasi-nulle ». Les barrières sont surtout mentales : contraintes d’organisation, craintes financières, manque d’encadrants spécialisés. Autant de freins à lever absolument. « L’idée, c’est de leur montrer que tout est possible, que cette pratique inclusive n’est pas une montagne à gravir mais une simple voie à ouvrir » La Ligue Occitanie ne découvre pas le sujet. Cela fait déjà six ans qu’Aurélie et son équipe travaillent à intégrer la dimension para-escalade dans les formations destinées aux clubs. « On forme déjà des encadrants, on collabore avec des instituts médico-sociaux qui souhaitent proposer la grimpe à leurs patients. Ce qui manque, c’est une dynamique régionale plus large, une prise de conscience générale. Et c’est précisément là-dessus qu’on veut accélérer », explique-t-elle. Tournefeuille : choix naturel et stratégique Pour accueillir ce premier rassemblement, la Ligue a choisi un lieu emblématique : le club Tournefeuille Altitude Grimpe (TAG), déjà reconnu pour son engagement dans l'accueil des publics adaptés. Le club a d'ailleurs récemment reçu un trophée saluant ses efforts en matière d'inclusion dans le sport. Aurélie Martin confirme : « Tournefeuille, c’était un choix évident : ils sont déjà très actifs sur ce sujet. Ils ont à la fois l'expérience et l'infrastructure adaptée – une salle de réunion attenante à un mur de grimpe spacieux et accessible » Cette journée sera donc à la fois une vitrine pour le club, et un tremplin pour toute l'Occitanie. Car au-delà de l’événement, c’est bien une prise de conscience collective qui est visée. Structure du club au complexe sportif Quéfets © TAG De la compétition au plaisir de grimper ensemble « Depuis deux ans, la para-escalade bénéficie officiellement d’une délégation nationale à la FFME. Mais cela concerne surtout la compétition », précise Aurélie. À Tournefeuille, l’approche sera tout autre : « L’objectif n’est pas de détecter les champions paralympiques de demain. Ce qu’on veut, c’est simplement démocratiser la pratique et rappeler aux clubs qu’il existe une escalade plaisir, accessible à tous. » Ateliers immersifs, défi collectif et table ronde La journée du 15 juin se déroulera en deux temps forts : une matinée d'échanges sous forme de table ronde, et un après-midi consacré à la pratique. La table ronde réunira des clubs ayant déjà franchi le pas, des professionnels du milieu médical, ainsi que des athlètes confirmés comme Lucie Jarrige ou encore Nicolas Moineau, figure emblématique de la para-escalade française. Aurélie précise : « On souhaite aussi un éclairage médical sur les bienfaits spécifiques de l'escalade adaptée ». Ces échanges doivent permettre de clarifier les bénéfices concrets et les modalités pratiques d'une escalade réellement inclusive. L’après-midi, place à la grimpe avec des ateliers immersifs. Des grimpeurs valides expérimenteront des situations de handicap : yeux bandés, membre immobilisé… « Pour une fois, les valides seront mis à la place des grimpeurs handicapés, histoire de créer de l’empathie et de mieux comprendre les adaptations nécessaires », explique Aurélie. Un grand défi collectif symbolique sera aussi proposé : grimpeurs valides et en situation de handicap formeront des équipes mixtes pour atteindre, ensemble, la hauteur symbolique du Pic du Midi. « On veut marquer les esprits par cette expérience collaborative : l’inclusion par l’action, tout simplement. » Objectif : repartir avec une « boîte à outils » À la fin de cette journée, Aurélie Martin espère surtout avoir levé des doutes et suscité des vocations chez les clubs présents : « On veut repartir avec quelque chose de très concret ». Idéalement, une véritable boîte à outils pour les clubs : pistes de financements, soutien institutionnel ou humain, conseils pratiques pour ouvrir des voies adaptées ou former des encadrants. La Ligue espère aussi identifier de futurs relais sur tout le territoire régional, car pour l’heure, seule une référente para-escalade couvre toute l’Occitanie. « La para-escalade ne doit plus être l’affaire d’une seule personne, mais de toute une communauté ». Un événement ouvert à tous – date limite d’inscription repoussée au 15 mai Les rencontres s’adressent avant tout aux clubs : dirigeants, encadrants, licenciés, bénévoles… Mais toute personne curieuse, pratiquante ou non, est bienvenue. La date limite d’inscription, initialement prévue au 1er mai, est exceptionnellement prolongée jusqu’au 15 mai afin de mobiliser le plus grand nombre. « Vous pouvez venir pour la journée entière ou seulement pour une demi-journée. Un buffet convivial est offert le midi aux personnes présentes sur toute la journée », précise Aurélie. Infos pratiques : Dimanche 15 juin 2025 De 10h à 16h Lieu : Tournefeuille Altitude Grimpe (Espace Sportif des Quéfets, Boulevard Alain Savary, 31170 Tournefeuille) Participation gratuite (sur inscription avant le 15 mai) via ce formulaire En organisant ces rencontres, la Ligue Occitanie FFME ouvre une voie durable vers l'inclusion. « Si chacun repart avec l’envie et les outils pour agir, alors on aura gagné notre pari », conclut Aurélie Martin. Un pari à suivre, ou mieux : à accompagner, en étant présent le 15 juin à Tournefeuille, pour enfin voir l'inclusion grimper sur les murs.
- Cochamó : la gravité selon Julia Niles
Entre maternité, parois chiliennes et crise existentielle, la guide et thérapeute Julia Niles s'offre une séance de psy verticale. Verdict ? Ça grimpe fort. © Climbing Through Julia Niles jongle. Ce n’est pas une métaphore légère mais une description fidèle du chaos joyeux dans lequel elle évolue. Guide de haute montagne, thérapeute clinicienne, mère solo d’enfants « neuroatypiques » (ou comme elle préfère le dire, neurospicy), elle collectionne les casquettes et les contradictions avec une aisance déconcertante. Du moins, en façade. À l’intérieur, c’est plus compliqué, tendance surmenage permanent, syndrome de la superwoman et crise existentielle chronique. On appelle ça une surcharge mentale, elle appelle ça son « Tasmanian devil intérieur ». Chacun sa poésie. Alors forcément, quand son amie la grimpeuse québécoise Em Pellerin débarque chez elle avec sa bonne humeur et lui propose d’aller grimper en Patagonie chilienne, Julia hésite à peine. La thérapie par la grimpe a fait ses preuves, c’est bien connu. « L’escalade m’a déjà sauvée, elle peut recommencer », se dit-elle. Et si Cochamó ne règle pas tous ses problèmes, elle pourrait au moins remettre un peu d’ordre dans ce joyeux désordre existentiel. Cochamó, ou la promesse du granit qui guérit Cochamó, pour les initiés, c’est un Yosemite version hémisphère Sud, mais avec des gauchos au lieu des rangers. Parois granitiques, rivières limpides, isolement assumé : bref, un coin idéal pour les ascètes modernes qui préfèrent la verticale à la méditation. Un paradis brut, donc imparfait. Il faut accepter de finir trempé par la rosée tropicale sous une bâche trop courte, de lutter contre la fatigue accumulée par la vie qui vous a précédée, et d’aligner les approches interminables qui mettent à mal l’idéal contemplatif. Mais c’est précisément dans cet inconfort que Julia trouve son salut. Au relais, entre deux longueurs de dalle à micro-prises ou de fissure qui écorche les coudes, elle réfléchit. Elle rumine. Elle se remet en cause. Et peu à peu, l’urgence du vide fait place nette dans sa tête, dégommant les obligations factices qui peuplaient son quotidien : « Là-haut, c’est comme si les montagnes recadraient sévèrement mes priorités. Quand tu risques ta vie sur un friend mal placé, tu ne te demandes plus si tes enfants mangent assez bio ou si tu réponds trop tard à tes mails » Thérapie de cordée : deux femmes en tandem vertical Julia grimpe avec Em, ce qui en soi est déjà une petite révolution culturelle : deux femmes expérimentées, libérées du cliché « cordée féminine = performance anecdotique ». Ici, pas de discours facile sur l’empowerment d'Instagram. Juste deux adultes qui se connaissent, s’observent et se complètent : Julia avec sa patience acquise au fil des années de thérapie familiale (pratique pour gérer l’égo des grimpeurs), Em avec sa spontanéité désarmante, son humour décalé, et ce sourire à vous faire oublier que le prochain crux pourrait bien être votre dernier. C’est une cordée qui n’a pas peur d’assumer ses fragilités : les nuits chaotiques, la logistique catastrophique (« Je fonctionne à la panique, Em au chaos joyeux, étonnamment ça marche »), et même leurs particularités neurologiques respectives – autisme ou ADHD. Leur force vient précisément de cette vulnérabilité partagée, qui transforme chaque ascension en aventure intérieure autant qu’en prouesse sportive. © Climbing Through « Neurospicy » au relais Les deux femmes n’ont jamais caché leurs singularités neurologiques – à quoi bon dans un milieu déjà composé à 90 % de névrosés, diront les mauvaises langues ? Em et Julia préfèrent assumer : elles sont neurospicy, comme elles disent, façon de revendiquer cette différence avec autodérision. Le topo indique du 7a sur des dalles patagoniennes particulièrement vicieuses ? Parfait, elles y plongent avec délice, parce qu’il n’y a rien comme un engagement absolu pour calmer l’hyperactivité cérébrale. C’est aussi une façon subtile de démontrer que les marges neurologiques ne sont pas seulement des handicaps à contourner, mais des particularités à exploiter. « Là-haut, sur des prises microscopiques, mon hyper-concentration devient une arme secrète », glisse Julia en souriant. « Dommage que ça ne marche pas aussi bien quand je dois remplir une valise ou un formulaire administratif. » Être mère, grimpeuse et guide : schizophrénie contemporaine ou équilibre visionnaire ? En pleine ascension, entre deux mouvements délicats, Julia s’interroge sur ses rôles de vie multiples : mère attentionnée mais souvent absente, guide compétente mais usée par les risques, thérapeute à l’écoute mais submergée par ses propres émotions. Cochamó, avec son austérité majestueuse, devient alors un miroir sans complaisance de son existence. Elle admet : « En tant que mère, chaque choix d’itinéraire en montagne est aussi une décision éthique ». Mais loin de se culpabiliser, elle apprend plutôt à se pardonner de n’être pas partout à la fois. La montagne lui rappelle brutalement l’importance du présent, et surtout l’importance de se l’autoriser pleinement. Retour à l’essentiel : grimper pour mieux redescendre En redescendant, la tête encore emplie des paysages chiliens et des répliques ironiques d’Em, Julia redécouvre une évidence presque gênante de simplicité : l’importance de prendre du recul, littéralement. « À Cochamó, je me suis offert le droit de ne pas tout gérer, et c’est un luxe fou » La grimpe comme remède existentiel ? On connaissait le cliché. Mais quand Julia Niles, hyperactive assumée, mère ultra-responsable et guide sérieusement expérimentée s’empare de cette vieille évidence, elle nous oblige à la prendre au sérieux. Car en descendant des parois chiliennes, elle redécouvre une vérité fondamentale : grimper reste la meilleure façon de retomber sur terre. Pour prolonger cette thérapie verticale, on ne peut que conseiller de regarder la vidéo complète : grimpe, introspection et paysages chiliens y font un ménage à trois particulièrement inspirant.
- Au-delà du cliché bobo : les vraies raisons du buzz de l'escalade
Il a souvent été aisé d’expliquer la hype de la grimpe par un phénomène de mode impulsé par des CSP+. C’est oublier les mécaniques économiques complexes qui sous-tendent sa croissance ainsi que les jalons posés par les pratiquants eux-mêmes, il y a fort longtemps, sur les falaises. Alors, l’escalade n’est pas qu’un sport de bobos ? Loin s’en faut. Voyez plutôt. Une tribune de Gilles Rotillon. © Erwan Mouton / Vertige Media Gilles Rotillon est professeur émérite de sciences économiques, spécialiste de l’escalade et grimpeur chevronné membre de la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail). L’escalade est devenue plus visible que jamais. La discipline est régulièrement citée dans les enquêtes de pratiques sportives des Français. C’est aujourd’hui le troisième sport le plus pratiqué dans l’Éducation nationale. On assiste également, et c’est sans doute le plus spectaculaire, au développement exponentiel des salles d’escalade dans les villes. Un développement aussi bien en nombre de salles dans le monde qu’en surfaces de grimpe proposées aux grimpeur·ses. L’escalade : une histoire de revers ? Mais, si l’escalade est maintenant largement connue, elle n’en reste pas moins surtout pratiquée par des catégories sociales avec des niveaux de formation scolaire avancés et des revenus nettement supérieurs à la moyenne. Ce sont ces caractéristiques qui la font souvent qualifier de sport de bobos ou de phénomène de mode, donc éphémère. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé au tennis. « On est arrivé à un point où jamais l’image n’a été aussi basse. On a été un sport à la mode, ce n’est plus le cas » Arnaud Clément, tennisman, en 2020 Après la victoire de Yannick Noah à Roland Garros en 1983, le tennis a connu un très fort développement, principalement auprès des CSP+. C’est alors que se sont construits de nombreux courts de tennis, vite saturés. Le tennis était un marqueur pour ces catégories sociales qui leur permettait un entre-soi distinctif, au sens du sociologue Pierre Bourdieu. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, où de nombreux courts sont vides, ce qui fait dire lucidement en 2020 à Arnaud Clément, ancien joueur et capitaine de Coupe Davis : « On est arrivé à un point où jamais l’image n’a été aussi basse. On a été un sport à la mode, ce n’est plus le cas ». L’escalade peut évidemment suivre ce chemin de sport « à la mode », puis tomber en déshérence. Des signes existent dès à présent. Comme la fermeture des deux salles Vertical Art de Paris il y a un an et celle de Lyon, la semaine dernière. Les falaises école, la chute et le faux cancer français Mais il faut passer du constat à la compréhension de ses causes. Deux facteurs indépendants ont contribué à l’émergence de l’escalade telle que nous la connaissons aujourd’hui. Le premier, c’est son autonomisation progressive vis-à-vis de l’alpinisme. Jusqu’au début des années 1970, l’escalade était une technique de l’alpinisme utilisée pour gravir des montagnes rocheuses. Pour l’essentiel, les falaises étaient des lieux d’entraînement où on perfectionnait sa technique en vue de sa saison alpine. On parlait d’ailleurs d’écoles d’escalade ou de falaises écoles. Et l’alpinisme étant une activité où le risque était important, il nécessitait un entraînement qui en tienne compte. Pour que l’escalade se distingue de l’alpinisme, il a fallu que les falaises écoles passent de lieux d’entraînement à l’alpinisme à des lieux de pratique en soi avec des caractéristiques spécifiques. Et le marqueur principal de cette différenciation, c’est le statut de la chute. Chuter en alpinisme était une erreur qui avait souvent des conséquences dramatiques. La règle était donc de ne pas tomber. D’où la nécessité d’un entraînement adapté, en maîtrisant la gestuelle de l’ascension, mais aussi en cultivant son moral, pour ne pas paniquer et se mettre à trembler vingt mètres au-dessus de la dernière protection. C’est pourquoi l’équipement dans les falaises reproduisait ces situations rencontrées en montagne, en particulier dans les voies relativement faciles où il pouvait n’y avoir que deux pitons sur quarante mètres, le premier étant à vingt mètres. Le débutant était obligé de demander l’aide d’un expert qui faisait d’abord la voie, rendant difficile l’accès au statut de premier de cordée, produisant des « éternels seconds », tout en contribuant à donner de l’activité une image la réservant à quelques élus ayant des qualités hors du commun. « L’escalade, c'est là où on envoie ses enfants grimper en toute sécurité et l’alpinisme est un truc où les gens se tuent » Jean-François Lemery Aujourd’hui, les falaises sont équipées avec des protections rapprochées (quatre mètres entre deux points est déjà considéré comme un engagement important). Ainsi, la chute est passée de l’interdiction à sa nécessité pour progresser. L’équipement autorise à grimper à son niveau maximum du moment et même un peu au-delà, ce qui permet de tester ses limites et donc de progresser. Le premier de cordée du passé devient dépassé (sauf pour Emmanuel Macron), et l’entrée dans l’activité devient beaucoup plus facile. Avec cet équipement des falaises le nombre de grimpeurs a explosé dans le monde entier, alors que le nombre d’alpinistes est resté faible. Bien sûr, cette évolution ne s’est pas faite sans résistance. On a parlé d’« aseptisation » de l’escalade renonçant à ses « valeurs ». Les Anglais parlaient même de cancer français. Le développement quantitatif du nombre de pratiquants et du nombre de falaises « cancéreuses » dans le monde montre la stérilité de ce faux débat que cherchent à entretenir celles et ceux qui n’ont pas compris, ou pas accepté, cette naissance d’une activité distincte de l’alpinisme. Au contraire du maire de la commune de la Chaudière, Jean-François Lemery, qui a parfaitement saisi la dichotomie quand il dit que « l’escalade est là où on envoie ses enfants grimper en toute sécurité et l’alpinisme est un truc où les gens se tuent ». © Erwan Mouton / Vertige Media Le grand capital vertical Indépendamment de ce développement de l’escalade sous l’impulsion des pratiquants, le monde a connu un grand changement dans le capitalisme contemporain. C’est le second facteur explicatif du développement de l’escalade sportive. Désormais en crise profonde, le capitalisme a bondi dans une financiarisation croissante de l’économie, permettant certes des rentabilités à court terme plus élevées, mais au risque (avéré) de crises financières successives dues à l’éclatement de bulles. Le capitalisme s’est aussi jeté dans l’investissement de secteurs où il restait limité. L’un des plus importants est celui des loisirs dans lequel il s’agit ici de rendre rentable un temps qui ne participait pas à la création de valeur pour le capital. Et c’est là que ce mouvement de fond d’une recherche de rentabilité dans de nouveaux secteurs rencontre l’augmentation spectaculaire du nombre de grimpeurs et de grimpeuses dû à l’équipement des falaises. Car qui dit rentabilité pour le capital, dit réalisation de valeur sur un marché. C’est le passage de ce que Marx qualifie de « saut périlleux de la marchandise » qui consiste à mettre sur le marché ce qui a d’abord été produit pour qu’un profit se réalise. Et si ce saut est « périlleux », c’est parce qu’il n’est pas sûr qu’il existe une demande suffisamment importante pour acheter cette marchandise. Ce ne sont pas les bobos qui ont choisi l’escalade par distinction, mais la recherche de rentabilité du capital qui a vu chez eux, un marché potentiel qu’il n’y avait qu’à essayer de développer Et c’est justement cette existence d’une demande solvable potentielle permise par l’augmentation du nombre de pratiquants - grâce à leur action propre et leur statut sociologique de population à revenus suffisants - qui a donné un débouché possible pour des capitaux en quête de rentabilité. Dit autrement : l’opportunité de la création de marchés s’adressant à cette population était trop belle. Elle a d’abord profité aux industries d’équipement technique, et un pas de plus a été franchi avec la création de salles privées dans les villes, permettant d’augmenter encore le nombre de pratiquants. Ces salles réduisaient fortement les contraintes liées à la pratique de l’escalade en falaise qui sont de deux ordres. D’une part l’éloignement des sites, qui impose de longs déplacements pour aller y grimper. D’autre part, le temps nécessaire au déplacement et au temps de grimpe. On ne fait pas deux à trois heures de route (au minimum), pour ne passer que quelques heures sur place. La suite classique de la création de ce secteur marchand des salles privées, c’est d’une part la concentration horizontale, avec la création de franchises possédant un large réseau - Climb Up, le plus grand réseau français compte 33 salles en France et espère en avoir une centaine d’ici 2030. Et d’autre part la promotion de l’escalade en tant que spectacle, qui est une autre dimension de l’économie du loisirs. Pour l’escalade, c’est son apparition aux Jeux olympiques (et paralympiques aux prochains de Los Angeles en 2028) qui la consacre comme activité dépassant le cadre de ses seuls pratiquants. Le constat qu’on peut tirer de cette émergence de l’escalade à la fois comme pratique sportive et comme spectacle, c’est qu’il faut renverser la causalité qui la caractérise comme un sport de bobos parce qu’elle est pratiquée par des catégories sociales qui sont qualifiées (péjorativement) ainsi. Ce ne sont pas les bobos qui l’ont choisi par distinction, mais la recherche de rentabilité du capital qui a vu chez eux, un marché potentiel qu’il n’y avait qu’à essayer de développer. Le véritable enjeu dans ce mouvement d’extension de la marchandise escalade, c’est qu’on trouve également les germes qui peuvent conduire à son déclin. Pas parce que les bobos trouveront une autre activité distinctive, mais parce que l’extension de la marchandisation du monde conduit à des contradictions qu’il est de plus en plus difficile de dépasser.
- « The Sound » : Alex Honnold dans un thriller vertical
Soyons francs, grimper une voie exigeante est déjà suffisamment stressant quand tu as le vide sous les pieds et un relais douteux au-dessus. Mais si tu ajoutes à ça une mystérieuse entité surnaturelle qui décide de squatter ta paroi en t’envoyant des bruits perturbants dignes d’un acouphène démoniaque, alors là, l’affaire prend clairement une autre dimension. Bienvenue dans The Sound, le thriller qui mélange le rocher et l’effroi avec une délectable mauvaise foi. Brendan Devane, réalisateur jusque-là confiné au cinéma indépendant sans harnais (The Canyonlands), a décidé de nous entraîner dans une aventure verticale d'un genre particulier. Son nouveau film, prévu pour le 27 juin 2025, promet un cocktail d’escalade réaliste et d’horreur paranormale. Autant dire que ce n’est pas exactement le film qui va rassurer votre mère sur vos prochaines vacances à Céüse. Ascension interdite et frissons acoustiques Le scénario est pervers à souhait. Une paroi, baptisée poétiquement « Forbidden Wall », est rouverte après des décennies d'interdiction (on imagine déjà le comité éthique : « Bon, ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu de mort sur ce truc, réouvrons-le ! »). Mais dès les premières longueurs, les grimpeurs entendent un bruit inexplicable, qui vire à l’obsession et finit par provoquer hallucinations et comportements dangereux. En clair, le genre de sortie grimpe qui bascule en très mauvais trip sous LSD. La tension monte au fur et à mesure que les cordées perdent pied. Certains commencent à agresser leur partenaire en pleine voie, bafouant toutes les règles de bienséance verticale (« Non, non, après toi au relais » devient soudain « Va mourir, c’est MON relais ! »). Bref, le silence sacré des falaises devient une torture psychologique implacable. Un casting aussi perché que la falaise Pour incarner ce chaos vertical, Brendan Devane a eu l’idée géniale de mixer des acteurs hollywoodiens rompus aux thrillers (William Fichtner, excellent en héros cabossé, Jocelyn Hudon de la série The Strain, David Clennon, culte depuis The Thing) et des figures emblématiques du milieu grimpe. Parmi eux, bien sûr, l'inévitable Alex Honnold (faut-il vraiment rappeler qu’il est l’auteur du premier solo intégral d’El Capitan ?), mais aussi Hazel Findlay, Brette Harrington et Adrian Ballinger. Hazel Findlay, britannique discrète mais redoutable, est reconnue pour ses ascensions en trad extrême (E9), Brette Harrington est l’aventurière par excellence, capable d’enchaîner des solos engagés en Patagonie comme une simple balade dominicale, et Adrian Ballinger cumule les sommets himalayens (dont l’Everest sans oxygène). Bref, un casting qui ressemble davantage à un line-up de festival d'escalade qu'à une fiche AlloCiné. L’authenticité, au risque de la chute libre En confiant les scènes d'escalade à de véritables grimpeurs-stars, Devane assure une crédibilité rarement atteinte dans ce genre de films. Pas question de doublures approximatives : les prises douteuses en polystyrène à la Cliffhanger, c’est fini. Le tournage s'est déroulé en conditions réelles, sur les falaises spectaculaires du Nevada, sous l’œil aiguisé de Brett Lowell (The Dawn Wall, Reel Rock). Autrement dit, les scènes de chute devraient faire grimacer même les plus blasés des grimpeurs en salle. Pour autant, Devane ne renonce pas à son ambition horrifique. Et là est tout le paradoxe séduisant du film : rendre l’escalade terrifiante, non par les classiques chutes ou le vide vertigineux, mais par un phénomène sonore irrationnel. Le réalisateur exploite astucieusement ce qui, pour les grimpeurs, est un luxe devenu instinct : le silence. C'est le premier film d'escalade où ce n'est pas le vide qui tue, mais ce que vous entendez quand vous êtes suspendu dedans. Son et fureur verticale La présence au générique du compositeur James Iha (ex-guitariste des Smashing Pumpkins) ajoute à l’ironie du concept : demander à un musicien rock culte de concevoir une BO qui rendra insupportable le silence de la grimpe. On imagine déjà les sessions studio : « Tu vois ce silence-là ? Fais-en une musique qui donne envie de se jeter dans le vide ». Ainsi, The Sound joue sur une peur primaire et instinctive, celle que tout grimpeur a déjà ressentie sans oser le dire : celle d'entendre quelque chose qu'il ne devrait pas là-haut. Une grimpe hollywoodienne mais pas stupide À ceux qui penseraient que ce film est une énième tentative marketing pour surfer sur la popularité croissante de l’escalade, détrompez-vous : Devane semble sincèrement passionné par ce sport. Preuve en est son casting choisi avec soin et son choix de collaborer avec des professionnels chevronnés de la communauté grimpe. Le réalisateur n'essaie pas de caricaturer l'escalade mais plutôt de l'utiliser comme une matière noble pour une expérience cinématographique nouvelle. Ce film, quelque part, est un clin d'œil à une discipline qui se prête à merveille aux métaphores existentielles, aux vertiges métaphysiques et, désormais, à une terreur sensorielle subtile. The Sound pourrait bien être le premier film d'escalade qui parle autant au grimpeur qu'au cinéphile amateur de sensations fortes. À écouter dans toutes les bonnes falaises ? Bien sûr, on voit venir les puristes : « L'escalade, ça ne se vit pas dans une salle obscure mais en falaise ». Certes. Mais quand un film est capable de transformer l'expérience intime d'une ascension en un cauchemar sonore mémorable, on serait tenté de lui pardonner cette petite trahison. Et puis, après tout, chaque grimpeur sait que les vraies voies sont celles qui vous hantent longtemps après la descente. Finalement, le 27 juin, vous aurez le choix : grimper en écoutant le silence rassurant de votre partenaire qui vous dit « Sec ! », ou vous confronter à l’angoisse auditive du « Forbidden Wall » dans une salle obscure.
- Le Népal verrouille l’Everest : fini l’alpinisme pour tous ?
L’Everest a fini par se lasser des touristes du dimanche. À force de laisser monter tout et n’importe qui vers son sommet, la montagne mythique menaçait de devenir le symbole du consumérisme en gore-tex. Le Népal vient de taper du poing sur la table et annonce une révolution alpine : dès 2026, seuls les alpinistes capables de prouver une ascension réussie à plus de 7 000 mètres (et pas n’importe où, au Népal uniquement) auront le droit d’aller tutoyer son sommet. En clair : pour grimper l’Everest, il faudra désormais montrer autre chose que sa carte bancaire ou son égo surdimensionné. Victime de son succès : l’Everest façon Disneyland Si Sir Edmund Hillary revenait faire un tour sur les flancs de l’Everest, pas sûr qu’il apprécierait le paysage. Ces dernières années, l’image désolante de centaines d’aspirants alpinistes faisant sagement la queue à plus de 8 000 mètres d’altitude a fait le tour du globe. Des files d’attente dignes d’un parc d’attractions, mais avec moins d’oxygène et plus de morts. En mai 2023, le désastre atteignait son paroxysme : 900 alpinistes coincés dans la tristement célèbre « zone de la mort », provoquant indirectement la disparition de 17 personnes en quelques jours. Mourir en montagne, passe encore. Mais mourir d’avoir trop attendu son tour pour atteindre le sommet relève d’un ridicule cruel et morbide. Et que dire des tonnes de déchets jonchant les pentes glacées ? Les sommets de la chaîne himalayenne se sont progressivement transformés en une gigantesque déchetterie d’altitude, où bouteilles d’oxygène et tentes éventrées côtoient les excréments gelés des aventuriers pressés de redescendre. Nouvelle loi au Népal : le filtrage par l’expérience Face à ces images qui salissent autant la montagne que la réputation du pays, le Népal propose donc un projet de loi radical, déposé au Parlement en avril 2025 : aucun permis d’ascension de l’Everest ne sera désormais délivré sans la preuve d’une expérience préalable sur un sommet népalais de plus de 7 000 mètres. En résumé : finis les grimpeurs débutants venus jouer les héros sur le toit du monde. Avant de s’attaquer à l’Everest, il faudra désormais commencer par des montagnes moins instagrammables, histoire de faire ses classes sans prendre toute la chaîne himalayenne à témoin de son éventuel échec. Cette mesure n’est pas une lubie soudaine : déjà en 1996, le Népal avait tenté une règle similaire (à 6 000 mètres), vite abandonnée sous pression économique. Mais cette fois, le gouvernement semble décidé à tenir bon, convaincu que le jeu en vaut la chandelle. Guides exclusivement népalais : patriotisme ou verrouillage économique ? Autre aspect crucial du texte, moins consensuel : chaque expédition devra obligatoirement employer un guide principal népalais certifié, excluant ainsi les guides étrangers. La mesure ne plaît évidemment pas à tout le monde, notamment à Lukas Furtenbach, guide autrichien reconnu, pour qui l’important est la qualification IFMGA (certification internationale des guides), « peu importe le passeport ». Mais derrière la rhétorique sécuritaire, c’est bien une question économique qui transparaît : le Népal veut garder la main sur les bénéfices générés par les ascensions. Autant dire que derrière le débat sur la nationalité des guides, il y a aussi un discret mais puissant bras de fer économique entre agences locales et opérateurs internationaux. Une caution environnementale désormais obligatoire Sur l’aspect écologique, le projet népalais ne fait pas non plus dans la demi-mesure : exit la caution récupérable après avoir descendu quelques kilos de déchets ; bonjour la redevance environnementale obligatoire, non remboursable. Autrement dit, impossible désormais d’échapper à sa contribution au nettoyage des camps d’altitude. Cette mesure, sévère mais logique, sera directement intégrée au prix déjà exorbitant des permis d’ascension, assurant au moins une réelle prise en charge du nettoyage des lieux sacrés. Quant à la santé des alpinistes, là aussi, on arrête les frais : un certificat médical récent (moins d’un mois) devient obligatoire pour obtenir le précieux sésame vers le sommet. L’idée ? Limiter les sauvetages dramatiques qui coûtent cher et mettent en danger les équipes de secours en altitude. Un pari économique à haut risque Bien sûr, ce durcissement des règles inquiète les acteurs économiques locaux qui redoutent une chute du nombre de permis délivrés. Moins d’alpinistes, c’est potentiellement moins d’argent dans les caisses. Mais le Népal n’a pas froid aux yeux : dès septembre 2025, le prix du permis augmentera de 36 %, passant de 11 000 à 15 000 dollars par grimpeur. Avec cette hausse, le gouvernement fait le pari que les prétendants à l’Everest seront moins nombreux mais mieux préparés, plus solvables, et donc potentiellement tout aussi lucratifs. L’objectif est clair : moins de monde mais plus de valeur, en espérant éviter une catastrophe économique. Entre Chine et Pakistan : le Népal tente une troisième voie Cette nouvelle réglementation place le Népal dans une position intermédiaire intéressante. En Chine, le versant tibétain de l’Everest est déjà strictement réservé aux grimpeurs ayant fait leurs preuves sur un autre 8 000 mètres. Au Pakistan, c’est l’opposé : n’importe qui, sans critère préalable, peut tenter le K2 ou le Nanga Parbat, pourvu qu’il en assume les risques. En Europe enfin, sur le Mont Blanc notamment, pas de restriction stricte mais des tentatives locales de régulation (réservation obligatoire de refuges, cautions exigées, etc.). Le Népal invente ainsi un modèle hybride inédit, naviguant entre ouverture économique et régulation sécuritaire et écologique. La question qui demeure : ce modèle séduira-t-il assez les alpinistes pour être viable sur le long terme ? Révolution ou dénaturation ? Ce virage législatif interroge profondément l’essence même de l’alpinisme : doit-on réguler un rêve ? À force d’encadrer, l’Everest ne risque-t-il pas de perdre ce qui faisait précisément sa force : être une montagne d’exception, à conquérir avec liberté et responsabilité individuelle ? La ligne entre protection nécessaire et aseptisation excessive est ténue. Mais à voir les dérives récentes, difficile de nier l’urgence d’une remise en ordre. En résumé, le Népal vient de répondre très clairement à une question existentielle : non, l’Everest ne peut plus être une simple attraction pour touristes fortunés. L’Everest, c’est autre chose qu’une destination sur une bucket-list. C’est une expérience, une conquête, une aventure qui se mérite. Il fallait bien que quelqu’un remette l’église au milieu de la montagne. C’est désormais chose faite. À ceux qui veulent atteindre le sommet du monde, il reste une seule option : le faire pour les bonnes raisons. Et pour le reste, comme dirait l’autre, les neiges éternelles jugeront.
- Fermeture de Vertical’Art à Lyon : « L’escalade grandit trop vite et on en paie le prix »
Les quinze salarié·e·s de Vertical’Art Lyon ont appris la fermeture de leur salle la veille au soir. Si d’aucuns critiquent la brutalité de la nouvelle, la majorité reste lucide sur une décision qui paraissait inéluctable. Et sur un secteur de l’escalade privée qui, loin de la hype supposée, serait bel et bien en crise. Décryptage de l'intérieur. La salle Vertical'Art Lyon © Vertical'Art « On est en train de lire des papiers pour savoir à quelle sauce on va être mangé, c’est un joyeux bordel ». Quand il prend la parole au bout du fil, cela fait à peine 24h que Simon* a appris qu’il ne travaillerait plus jamais dans la salle d’escalade où il se rend pour travailler chaque semaine. Cela fait une heure tout juste qu’on vient de lui notifier son licenciement économique. Alors, évidemment, c’est un peu le bazar. Ce mercredi 30 avril, le groupe Vertical’Art a annoncé la fermeture d’une de ses plus grandes enceintes d’escalade de bloc, à Lyon. Sur la page Instagram de la salle, l’enseigne a posté un message, « le coeur serré », remerciant les grimpeuses et les grimpeurs et refermant le chapitre de 6 années d’activité. Drôle de symbole, car c’est bien la veille de la Fête du Travail que les 15 salariés de la structure ont appris leurs conditions de départ. 24h chrono La majorité d’entre eux/elles sont sous le choc. Il faut dire que le fer est encore rouge. Ce n’est que mardi 29 avril au matin, soit 24h avant l’annonce officielle du groupe, que les salarié·e·s ont appris que leur salle allait fermer définitivement. La nouvelle leur a été communiquée par Jessica Salomon, la directrice de la salle Vertical’Art Lyon, elle-même impactée par le plan de licenciement et mise au courant seulement un jour auparavant. Le lendemain, c’est le PDG du groupe, Lawrence Chapelier, accompagné de la Directrice des Ressources Humaines, Marion Lefrère, qui a fait le déplacement dans la capitale des Gaules pour expliquer aux salariés les conditions dans lesquelles ils allaient quitter l’entreprise. « On a beau comprendre la décision économique, toute l’équipe a vraiment subi un coup, répond Elsa*, une salariée qui a récemment rejoint le groupe. Pour la plupart, la salle, c’était une seconde maison. Je pense à ceux qui étaient là depuis 6 ans. Tu leur annonces du jour au lendemain que c’est fini, c'est quand même ultra-violent. » « En prenant la décision de fermer brusquement, cela envoie le message que l’escalade est devenu un simple produit capitaliste » Une salariée de Vertical'Art Lyon De tous les employé·e·s que Vertige Media a interviewé·e·s, c'est surtout la communication du groupe qui est pointée du doigt. « C’est hyper brutal, témoigne Tristan*, un salarié plus ancien. Même notre directrice s’est sentie déresponsabilisée. On aurait aimé pouvoir l’annoncer correctement aux gens qui le méritent : les clients, les encadrants, les élèves. Histoire de dire au revoir au public qu’on a fédéré depuis 6 ans. » « Après, le PDG du groupe l’a reconnu. Il aurait aimé mieux faire, tempère Elsa. Moi, je pense qu’ils ont voulu nous faire bosser jusqu’au bout, pensant que s’ils nous l'avaient annoncé avant, toute l’équipe se serait désengagée. » Simon, de son côté, l'explique autrement en invoquant des raisons de confidentialité : « Ils craignaient que la nouvelle se propage et qu'elle affecte l'image publique du groupe. C'est compréhensible même si on est beaucoup à prendre ça pour un manque de confiance ». Elsa poursuit : « Le problème, ce n'est pas la fermeture pour des raisons financières, c’est qu’ils ont complètement sous-estimé les facteurs humains et l’engagement émotionnel du staff et de la clientèle ». La grande majorité des salarié·e·s interrogé·e·s sont d'ailleurs lucides sur la situation : Vertical’Art, à Lyon, perdait de l’argent. « En six ans, on n’a jamais atteint la rentabilité, indique Simon. Quand ta structure commence à devenir un gouffre financier et qu'il faut beaucoup d'argent pour rénover des locaux vieillissants, je comprends qu'on décide de lever le crayon. » Il y a un an déjà, des informations circulaient en coulisses selon lesquelles le groupe Climb Up de François Petit aurait fait une offre de rachat. « Cette info que je connaissais en off depuis longtemps nous a été confirmée par la direction ce matin (l’entretien a eu lieu le 30 avril, ndlr), continue Tristan. Seulement depuis, François Petit s’est retiré et Vertical’Art n’a pas trouvé de repreneur. » C’est donc une fermeture administrative qui a bel et bien été prononcée. « Ça nous pendait au nez, rajoute Elsa. Quand je suis arrivée, on savait déjà que la salle connaissait des difficultés. Elle n’est pas vraiment à Lyon, elle est située sur une commune voisine (à Saint-Priest, ndlr). C’est mal desservi et difficile d’accès. Les directeurs ont espéré que le tram s’y installe. Il n’est jamais arrivé. » D’autres salarié·e·s évoquent le coût d’exploitation. D’après nos informations, la salle aurait eu besoin de 100 000 euros de travaux de rénovation. « Elle était vétuste, lâche Simon. Et quand les investisseurs ont regardé la facture, ils ont préféré siffler la fin de la récréation. » « J’ai l’impression que notre pratique se désengage de l’humain auquel elle fait référence à la base » Une salariée de Vertical'Art Lyon Les limites de l’escalade marchande Fondé en 2013, le groupe Vertical’Art a, depuis, ouvert une quinzaine de salles dans toute la France. Aujourd’hui, et après la fermeture de Lyon, l’enseigne en compte 12 puisqu'elle a déjà vu ses deux salles parisiennes fermées : Chevaleret et Pigalle, respectivement rachetée par Arkose et fermée sans repreneur. L’an dernier, à l’occasion d’une interview exclusive pour Vertige Media, le PDG du groupe, Lawrence Chapelier, expliquait que la stratégie était alors de « se rediriger vers la province, motivée par le potentiel de croissance et de développement hors de Paris ». Manifestement, le potentiel n’a pas été suffisamment exploité à Lyon. Contactée par Vertige Media, la direction de la communication du groupe n’a pas répondu. Pour Tristan, il faut pourtant dépasser les spécificités locales. « Le contexte économique de l’escalade est dégueulasse, lâche-t-il. Entre les grèves et la baisse des chiffres, la fermeture de la salle était à prévoir. L’escalade grandit trop vite et on est en train d’en payer le prix. » D’après lui, le marché des salles privées souffre désormais d’une offre trop importante. « On sait déjà que des petits acteurs tirent la langue en région, continue-t-il. Si tous les groupes s’amusaient à dévoiler leurs chiffres, les gens seraient choqués. Même à Paris, il y a trop de salles pour le nombre de grimpeur·ses. Un jour, ça va péter. » Elsa ne dit pas autre chose même si elle tient à corréler son raisonnement à la fermeture de Vertical’Art Lyon : « En prenant la décision de fermer brusquement, cela envoie le message que l’escalade est devenu un simple produit capitaliste. J’ai l’impression que notre pratique se désengage de l’humain auquel elle fait référence à la base. C’est ce qui me déçoit le plus », explique-t-elle. Désormais notifié·e·s de leur licenciement, les 15 salarié·e·s de Vertical’Art espèrent désormais pouvoir faire passer le leur, de message. « On a réussi à créer une salle familiale où il s’est passé quelque chose de fort, pose Tristan. On a essayé de créer un endroit où les clients avaient envie d’être : une bonne ambiance, de la bonne escalade. En quelques heures, on a reçu tellement de messages de soutien que le staff pense fort à la clientèle à qui nous n’avons malheureusement pas pu nous adresser comme on le souhaitait. » Simon, lui, est plus bref : « Le plus triste, c’est que ce n’est pas qu’une salle d’escalade qui ferme, c’est un lieu de vie ». Vertical’Art Lyon referme ses portes sur six ans d’existence heureuse. Derrière, ce sont désormais les souvenirs qui planent au-dessus des tapis et des murs vides. Comme pour rappeler qu’à rebours d’une hype parfois mythifiée, le monde de l’escalade peut sonner bien creux. *Le prénom a été modifié
- Réparer plutôt que racheter : Outdoor Fix, la startup qui redonne vie à votre matos
Réparer plutôt qu’acheter, voilà une phrase qui fleure bon la décroissance et les tutos YouTube bricolés du dimanche soir. Et pourtant, quand la tempête souffle sur la crête et que la confiance en votre équipement décide de suivre la pente descendante, vous êtes loin de penser à votre empreinte carbone ou à votre prochain DIY couture express. Le matériel outdoor, même de qualité, souffre, s'use, se lacère – tout comme votre patience face à une fermeture éclair récalcitrante ou un crampon émoussé. Alors quoi, racheter à neuf pour être tranquille ? Pas si sûr. Outdoor Fix, une startup créée par deux amis alpinistes, veut changer les règles du jeu en proposant une solution simple, efficace et écologique pour redonner vie à votre équipement d'aventure. Une histoire de cordée Outdoor Fix, c’est avant tout l'histoire d’une cordée de deux potes passionnés, Ludovic et Sylvain. À force d'arpenter les montagnes, d’écailler les glaçons des cascades alpines et de bivouaquer sous des ciels bien trop étoilés pour ne pas refaire le monde, ils ont pris conscience de deux choses fondamentales : premièrement, un matériel bien entretenu est crucial pour la sécurité ; deuxièmement, préserver la planète passe aussi par arrêter d’accumuler compulsivement les gadgets flambants neufs. Tous deux ingénieurs, Sylvain et Ludovic ont alors activé leur fibre technique et logistique pour créer ce qui allait devenir Outdoor Fix, une plateforme en ligne pour l’entretien et la réparation du matériel outdoor. Mais leur aventure prend une tournure inattendue lorsque Ludovic, après avoir bravé à deux reprises un cancer, s’éteint brutalement à 38 ans. Pour Sylvain, poursuivre ce projet devient alors autant un défi entrepreneurial qu’un vibrant hommage à l’amitié et à la résilience humaine. Du pressing à la startup écoresponsable L’idée de départ ? Un pressing en ligne pour les sacs de couchage en plumes. Oui, oui, sérieusement. Parce qu’à force de geler dans des tentes à moitié trempées, Sylvain et Ludovic avaient réalisé que laver des plumes sans en perdre, ce n’était pas franchement une sinécure. Mais face à la complexité technique et économique d’un pressing dédié, les deux acolytes ont pivoté vers une solution bien plus maline : connecter les pratiquants à un réseau d’experts locaux déjà en place, pour toutes sortes de réparations allant du ressemelage de chaussons au réaffûtage de piolets en passant par la réparation de vestes techniques et même bientôt le néoprène. Bref, Outdoor Fix c’est l’anti-« fast fashion » version outdoor, un guichet unique qui promet de rendre la réparation aussi simple qu’une commande Uber Eats, l’indigestion écologique en moins. Et ça marche, au point que même des pointures de l’outdoor, comme Jeff Mercier, en vantent les mérites. Logistique maline, impact maximal La magie opère grâce à une logistique simplifiée au maximum : vous commandez en ligne, vous recevez un emballage éco-conçu, vous emballez, vous expédiez gratuitement depuis n’importe quel coin de France, et sous 2 à 3 semaines, votre matériel revient comme neuf. Le concept est d’autant plus pertinent que les nouvelles membranes Gore-Tex sans PFAS, certes meilleures pour l'environnement, nécessitent justement un entretien régulier pour conserver leurs performances imperméables. Désormais, réparer n’est plus seulement une option écologique, mais une obligation technique. L'économie du geste écologique Selon une étude menée récemment par Goodloop et Millet, "doubler la durée de vie d’un vêtement technique permettrait théoriquement de diviser par deux son empreinte environnementale". Une évidence ? Oui, surtout quand on sait que 96 % de l'impact écologique d'une veste provient de sa fabrication initiale. Alors, à moins d’être Crésus ou ambassadeur d’une marque outdoor, la réparation s’impose comme une solution à la fois logique et économique. C’est précisément la conviction de Sylvain Lamorte d’Outdoor Fix, qui ambitionne de doubler la durée de vie de tout matériel outdoor d’ici à 2026. Même en prenant en compte l’impact lié au transport vers les ateliers, le bilan environnemental reste largement favorable, tant que l’aller-retour ne dépasse pas les 1175 kilomètres—une limite plutôt généreuse. Prolonger la vie de nos équipements devient ainsi un geste qui va bien au-delà d'une simple bonne conscience. Réparer pour durer : un acte militant en douceur Au-delà des chiffres, Outdoor Fix suggère subtilement une petite révolution culturelle dans l’univers outdoor : considérer son équipement non plus comme un produit jetable, mais comme un compagnon durable, à entretenir et à préserver. Une approche discrètement militante qui n’a rien d’agressif ou de culpabilisant, mais qui vient rappeler simplement que performance et durabilité peuvent – et doivent – désormais marcher main dans la main. La réparation, nouveau geste de bon sens En 2025, plus besoin de se la jouer Mike Horn pour préserver la planète. Outdoor Fix propose la simplicité au service du bon sens : confiez vos textiles, vos chaussons, vos broches ou même vos piolets à une équipe qui redonnera à votre équipement un coup de jeune, sans vous ruiner ni vous faire perdre votre weekend. Alors, à la prochaine déchirure ou au premier zip capricieux, pensez réparation, pensez écoresponsable, bref : pensez Outdoor Fix. Vous pourrez ainsi continuer à affronter les éléments en toute sérénité, même si, soyons honnêtes, cela ne vous rendra probablement pas meilleur pour autant. Cet article a été réalisé avec le soutien d’Outdoor Fix, qui s'engage aux côtés de Vertige Media pour promouvoir un rapport plus durable et responsable à l’équipement outdoor.
- Les 8 applis incontournables pour l’escalade en 2025 : pixels et pof dans les poches
L’escalade, c’est simple : tu mets un pied, une main, tu tires et t’espères que ça passe. Mais en 2025, le caillou et la résine ont trouvé des alliés numériques pour te filer un coup de main (ou un coup de pied, selon ton style). Entre entraînement millimétré, topos dématérialisés et communautés interconnectées, ton smartphone peut devenir ton meilleur partenaire… ou ton pire distracteur. Voici 8 applications qui méritent leur place sur ton écran d’accueil. OneTopo – Le GPS du grimpeur 📍 Topos numériques, cartographie précise, mises à jour en temps réel Fini les topos froissés au fond du sac qui datent de l'époque où ton oncle grimpait en collants fluo. OneTopo t’offre des guides interactifs et régulièrement actualisés pour savoir où poser tes doigts et tes pieds sans te retrouver à errer trois longueurs trop loin. Une carto ultra-précise pour éviter de finir sur une arête maudite ou sous une ligne de spit douteuse. 🎯 Pour qui ? Les grimpeurs qui veulent aller droit au but et pas se perdre dans le topo. Lien App Store Lien Google Play Gastón – L’appli qui te met au défi 🏆 Défis communautaires, partage de perfs, actualités des salles T’as coché ton projet ? Gastón veut le savoir. L’appli t’aide à garder une trace de tes sessions, à comparer tes croix avec celles de tes potes et à suivre l’actu des salles partenaires. Le petit plus : une dose de challenge et de motivation via des défis à relever, pour booster ta progression sans tomber dans la routine. 🎯 Pour qui ? Ceux qui aiment grimper en salle avec l’esprit compet’ et la vibe communauté. Lien App Store Boolder – Fontainebleau au bout des doigts 🪵 Topo interactif, recensement des blocs, infos locales Si Bleau, c’est ton deuxième salon, alors Boolder est ton guide ultime. L’appli est entièrement dédiée à Fontainebleau et ses milliers de blocs, avec des descriptions détaillées, des cartes précises et des infos pratiques pour éviter de tourner en rond dans la forêt. Si tu veux savoir où poser ton crashpad et comment sortir ce satané jeté de toit, c’est là que ça se passe. 🎯 Pour qui ? Les amoureux de la forêt de Fontainebleau qui veulent optimiser leurs sessions. Lien App Store Lien Google Play Crimpd – L’entraîneur de tes tendons 📊 Programmes de force sur-mesure, focus poutre, suivi des progrès Si t’as déjà juré sur une arquée que t’allais bosser tes doigts, Crimpd va t’aider à tenir ta promesse. L’appli propose des entraînements calibrés pour booster ta force et ton endurance, avec des routines adaptées à ton niveau. Gainage, suspension, traction… c’est ton mur qui va pleurer. 🎯 Pour qui ? Ceux qui veulent transformer leurs mains en griffes d’acier. Lien App Store Lien Google Play Grippy – Quand la douleur devient une habitude 🔥 Routine sur poutre, niveaux progressifs, minuteries intégrées Tu veux savoir pourquoi Adam Ondra crie autant ? Essaye un programme Grippy et on en reparle. L’appli accompagne l’entraînement sur les célèbres poutres "Beastmaker" avec des routines paramétrées, des timers intégrés et des niveaux progressifs qui vont faire trembler tes phalanges. 🎯 Pour qui ? Ceux qui n’ont pas peur de voir leur peau partir en lambeaux au nom de la progression. Lien App Store Lien Google Play Retro Flash – L’appli ultime pour les spray walls 🎮 Création de blocs sur spray wall, partage communautaire, cotation personnalisable Si t’as un spray wall chez toi ou dans ta salle préférée, Retro Flash est ton nouveau jouet. L’appli permet de créer et partager des blocs en mode old-school, avec une interface qui sent bon la Game Boy et une communauté active. Tu peux même ajuster les cotations à ta sauce, histoire de donner un petit ego boost (ou de revoir tes ambitions à la baisse). 🎯 Pour qui ? Ceux qui passent plus de temps sur leur spray wall que dans leur salon. Lien App Store Lien Google Play Oblyk – L'annuaire interactif du grimpeur 📖 Base de données participative, suivi des perfs, infos pratiques sur les spots Tu cherches où grimper ce week-end ? Oblyk est l’outil parfait pour identifier des falaises, des blocs et des salles près de chez toi. Avec plus de 20 000 sites répertoriés, l’appli te permet de connaître le type de grimpe dispo, les styles de voies, l'accès et les restrictions éventuelles. Ce n’est pas un topo à proprement parler, mais un bon point de départ avant de mettre la main sur la version papier ou numérique. 🎯 Pour qui ? Ceux qui aiment explorer de nouveaux spots et veulent se renseigner avant d’acheter le topo du coin. Lien App Store Lien Google Play Kilter Board – Ton mur d'escalade interactif 🔹 Mur connecté, bibliothèque de blocs mondiale, personnalisation complète Si ta salle d'escalade est équipée d'une Kilter Board, cette appli devient ton tableau de bord. Elle te permet de choisir parmi des milliers de blocs créés par des grimpeurs du monde entier, d'ajuster l'inclinaison du mur selon tes envies et de voir les prises s'illuminer pour te guider dans tes mouvements. Tu peux également créer tes propres blocs, les partager avec la communauté et suivre tes performances au fil du temps. 🎯 Pour qui ? Ceux qui veulent transformer leur entraînement en salle en une expérience interactive et personnalisée. Lien App Store Lien Google Play Alors, laquelle est pour toi ? Que tu sois fan de stats, adepte du spray wall ou grimpeur old-school qui veut juste savoir où il met les chaussons, y’a une appli pour toi. Mais ne l’oublions pas : aucun algorithme ne remplacera une bonne lecture de voie, une chute bien assumée et un bon repas partagé après la séance. Alors, applis ou pas, l’important, ça reste la grimpe. Bonne session !
- À Bali, l’IFSC joue son va-tout
Organiser une Coupe du Monde d’escalade sur l’île des surfeurs, après trois éditions urbaines à Jakarta, il fallait oser. Du 2 au 4 mai 2025, la grimpe mondiale installe son mur officiel sur la presqu’île de Nusa Dua. Derrière le décor paradisiaque, une question se pose : peut-on vraiment rester olympique sans perdre son âme ? © Lena Drapella/IFSC Après trois éditions bien huilées à Jakarta, entre gratte-ciels et gradins climatisés, l’IFSC tente le changement radical en déplaçant son étape indonésienne à Bali. Un décor idyllique, certes, mais cette délocalisation vers la petite péninsule touristique de Nusa Dua n’a rien d’une simple promenade. C’est un test grandeur nature pour une discipline olympique tiraillée entre ses racines outdoor et son statut de sport spectacle. Ce qui ressemble à une parenthèse cool pourrait bien définir l’avenir de l’escalade compétitive mondiale. Le mur de Jakarta au bord de l’océan Indien Ce mur de compétition planté face à l’océan n’est pas neuf. Il arrive tout droit de Jakarta, démonté pièce par pièce après les éditions précédentes, puis reconstruit sur place dans des conditions logistiques délicates. Pour assurer sa stabilité face aux vents marins capricieux, 82 tonnes de contrepoids sont nécessaires. Ce détail logistique dit tout de la situation : malgré les apparences d’une compétition improvisée sur une plage paradisiaque, l’IFSC reste obsédée par la précision millimétrique, l’ingénierie rigoureuse, loin de l’esprit bohème que pourrait laisser croire le décor balinais. Avec près de 420 000 euros investis par le gouvernement, l’événement est devenu une affaire d’État. L’installation face aux vagues semble être une répétition générale avant les JO de Los Angeles en 2028, où le mur olympique s’élèvera sur Palm Beach. À Bali, l’IFSC teste grandeur nature son modèle olympique « détendu », mais toujours millimétré. La localisation de l'évènement sur l'île de Bali Bali, ou l’art subtil du soft power sportif Ce choix balinais ne doit rien au hasard. L’Indonésie, galvanisée par la médaille d’or olympique décrochée à Paris par Veddriq Leonardo, affiche désormais clairement ses ambitions sur la scène internationale. Avec près de 7 milliards de rupiah (environ 420 000 euros) investis par le gouvernement, l’événement est devenu une affaire d’État. Le gouverneur de Bali, I Wayan Koster, mobilise les autorités locales, des centaines de bénévoles sont au travail, et Yenny Wahid, récemment nommée vice-présidente de l’IFSC pour l’Asie, orchestre subtilement ce tournant diplomatique et sportif. En choisissant Bali, île emblématique mais fragile, l’IFSC se met volontairement dans une position inconfortable : célébrer une discipline ancrée dans la nature, tout en contribuant potentiellement à sa dégradation. En clair, l’Indonésie entend prouver que le pays est désormais incontournable dans le monde de l’escalade, capable d’organiser aussi bien une compétition ultra-professionnelle qu’un événement international populaire dans un lieu iconique mondialement reconnu. Pour Desak Made Rita Kusuma Dewi, grimpeuse balinaise médaillée mondiale et qualifiée aux Jeux Olympiques de Paris, cette Coupe du Monde est bien plus qu’une étape dans le calendrier de cette saison. C’est la toute première fois que cette star locale va pouvoir grimper devant son public, chez elle, à Bali. Un moment fort attendu par les fans indonésiens, et une belle opportunité pour l'île de célébrer celle qui l’a fait rayonner sur la scène internationale. Les organisateurs ont fait le choix d’une entrée libre et d’un camping gratuit sur place. Objectif affiché : casser l’image élitiste des compétitions internationales. Derrière cette apparente générosité se cache une stratégie : prouver que l’escalade peut rester populaire, accessible et communautaire, même quand elle atteint les sommets olympiques. C’est aussi un message clair envoyé par l’IFSC avant Los Angeles 2028, où l’escalade se tiendra dans une atmosphère similaire, à quelques mètres des vagues de Palm Beach. Le plan de l'installation du mur de la Coupe du Monde à Bali © IFSC L’IFSC face à l’océan (et à elle-même) Difficile d’éviter le sujet : organiser une compétition mondiale dans un lieu déjà victime de tourisme de masse ne va pas sans poser problème. En choisissant Bali, île emblématique mais fragile, l’IFSC se met volontairement dans une position inconfortable : célébrer une discipline ancrée dans la nature, tout en contribuant potentiellement à sa dégradation. Ce paradoxe n’est ni innocent, ni accidentel. Il reflète parfaitement le dilemme actuel d’une escalade devenue olympique : comment poursuivre sa croissance internationale tout en respectant ses propres valeurs écologiques ? À Bali, l’écologie n’est pas un simple décor, c’est le révélateur des contradictions profondes auxquelles la fédération va devoir faire face. Du 2 au 4 mai 2025, à Bali, l’IFSC teste plus qu’un décor exotique pour sa Coupe du Monde. À l’image de Briançon, réputée pour son ambiance authentique au pied des montagnes, Nusa Dua propose une autre expérience d’escalade outdoor : face à l’océan, les pieds dans le sable, dans une atmosphère de festival sportif ouvert à toues et tous. Ce choix balinais ne marque pas une rupture totale, mais plutôt une nouvelle tentative pour conjuguer olympisme et authenticité, professionnalisme et convivialité. Un test grandeur nature qui pourrait bien influencer directement les prochaines destinations choisies par l’IFSC pour les saisons à venir, en privilégiant des cadres toujours plus spectaculaires.












