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Climb Up Angers se met en grève : la colère monte chez le leader français de l'escalade

Le 11 mars 2026, les salariés de la salle d'escalade Climb Up Angers se mettent en grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. Depuis l'arrivée d'un nouveau directeur général à l'été 2025, le groupe multiplie selon eux les décisions unilatérales : suppression d'acquis sociaux, objectifs financiers inatteignables, uniformisation à marche forcée. Cette mobilisation locale pourrait être le symptôme d'un malaise plus large au sein du plus grand réseau de salles d'escalade en France. Et plus largement, dans l'ensemble de l'escalade commerciale française.


Grève Climb Up
La première grève de l'histoire du groupe Climb Up à Aubervilliers en mars 2025 © Vertige Media

Début mars 2026, une note de service s'affiche dans les locaux de Climb Up Angers. Sur quelques lignes, est inscrite l'obligation de poser quatre semaines de congés pendant la période estivale, et la suppression des deux jours de fractionnement qui y étaient jusqu'alors associés. Pour les vingt salariés de la salle angevine, c'est la goutte d'eau. Le 11 mars, ils débrayent et organisent une mobilisation devant les locaux de la salle où iels sont employé·e·s.

Ce n'est pas la première fois que le groupe Climb Up fait face à une mobilisation sociale. En mars 2025, la salle d'Aubervilliers s'était déjà mise en grève, suivie quelques mois plus tard par celle de Porte d'Italie. Mais un an plus tard, à Angers, la colère ne semble pas provenir d'un conflit qui, jadis, semblait localisé : elle s'enracine dans une transformation structurelle amorcée huit mois plus tôt.


Des conditions de travail dégradées


« Le point de départ, c'est le renoncement au jour de fractionnement », pose Camille*, salarié de Climb Up Angers. Créés en 1973 pour inciter les salariés à étaler leurs congés sur l'année, les jours de fractionnement offrent deux jours supplémentaires à celles et ceux qui ne prennent pas quatre semaines consécutives entre le 1er mai et le 31 octobre. « L'avantage, c'était de pouvoir avoir plusieurs périodes de congés dans l'année, et d'être moins fatigué·e le reste du temps », explique-t-il.


Mais cette suppression n'arrive pas seule. Elle couronne une série de décisions vécues comme autant de renoncements. « Récemment, on nous a aussi imposé d'ouvrir la salle le 1er mai. Symboliquement, c'est quand même compliqué. Je veux dire, tout est fermé à côté, même Carrefour », continue Camille. Ce dernier confie aussi que le système de primes a été modifié en cours d'année, passant d'un calcul progressif à un mécanisme du « tout ou rien ». « Avant, même si on faisait 80 % de l'objectif, on avait quand même une prime. Maintenant, c'est zéro. Au final, on va aller au moins jusqu'au mois d'août avec zéro prime », poursuit-il. Car les salarié·e·s de Climb Up Angers ont également vu leurs objectifs changer. Des objectifs qu'ils jugent inatteignables. « Avec l'arrivée d'Arkose (une enseigne concurrente, ndlr), c'est devenu impossible de faire nos chiffres. D'autant plus que l'ensemble du secteur est touché, on voit bien que tout ralentit », pose Camille.

Ces mesures ne sont pas isolées. Elles s'inscrivent dans une réorganisation plus large, amorcée à l'été 2025. En juillet 2025, François Charpy, ancien cadre de Quick et d'EuroDisney, prend la direction générale de Climb Up. Dans la foulée, lors d'une réunion avec les salarié·e·s de Climb Up Angers, il présente son plan d'action : uniformisation de la communication, des événements, du bar, de l'encadrement. Camille se souvient : « Il n'était pas ouvert à la discussion. En gros, c'était : on va faire comme cela et voilà. » Les conséquences ne se font pas attendre. Les événements locaux qui faisaient vivre la salle — soirées fluo, Saint-Valentin — sont supprimés. « Tout doit être rentable. Tout ce qui ne rapporte pas d'argent a été supprimé », tranche Camille. Au bar, les produits locaux et la démarche zéro plastique disparaissent au profit d'une gamme standardisée censée dégager plus de marge. Résultat : « On vend moins quand même, donc leur méthode ne fonctionne pas non plus », constatent les salarié·e·s. Dans l'encadrement, la planification des cours est surveillée en temps réel par le siège. « On doit vraiment en avoir un certain nombre. Sinon, le siège le voit tout de suite », précise Camille.


Pour les salariés, c'est surtout la rupture du dialogue qui marque le tournant. « Depuis l'installation de la nouvelle direction au siège, il n'y a pratiquement plus de dialogue entre le siège et le terrain », soupire Camille. Les mails envoyés par le directeur de la salle depuis son ouverture en 2019 restent sans réponse ou reçoivent des fins de non-recevoir. Les revendications remontées en CSE (Comité social et économique, ndlr) sont ignorées. Cette situation place la direction locale dans une position inconfortable. « Notre directeur est très investi, il dialogue pas mal avec la direction, il fait vraiment ce qu'il peut », tempère Camille. Mais il se retrouve coincé entre le siège qui impose son plan d'action et des équipes qui refusent de le subir.

Angers, première étincelle ?


Le 11 mars au matin, la totalité des salarié·e·s de Climb Up Angers se mobilise. « Aucun n'a émis un avis négatif », assure un des responsables de la mobilisation. Des banderoles sont prévues dès 9 heures devant la salle. Reste à savoir si la direction locale décidera d'ouvrir malgré tout. Contactée le 10 mars, la direction de Climb Up n'a pas souhaité réagir.


Publiées dans un communiqué, les revendications sont claires : ouverture d'un dialogue avec le siège, retrait ou renégociation des mesures imposées unilatéralement, objectifs de primes « réalistes et transparents », respect des acquis sociaux. Mais au-delà de ces demandes immédiates, Camille espère que la mobilisation fasse tache d'huile : « J'ai contacté l'UES [Unité Économique et Sociale, ndlr]. On aimerait bien rallier d'autres salles à notre cause. En plus, on a tous le même problème. Mais comme pour tout, il en faut un qui commence. » Les grèves précédentes chez Climb Up — Aubervilliers en mars 2025, Porte d'Italie quelques mois plus tard — étaient plutôt liées à des conflits locaux. Cette année, celle d'Angers cible directement la stratégie du siège. Les salarié·e·s angevin·e·s comptent aussi sur le soutien de leur clientèle, déjà observé lors de la grève d'Aubervilliers.


Au-delà du cas Climb Up, cette mobilisation interroge le modèle économique de l'escalade commerciale en France. « On se rend vraiment compte des difficultés qu'il y a désormais au sein du marché de l'escalade. Les gens ne le sentent pas forcément. Alors cette mobilisation, elle est aussi organisée pour faire en sorte qu'iels le sachent », explique Camille. Entre impératifs de rentabilité et valeurs communautaires, l'équilibre semble difficile à trouver. Le communiqué de presse diffusé par les grévistes tient à le rappeler en conclusion : « L'escalade est une communauté avant d'être un marché ». *Le prénom a été modifié

 
 

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