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Municipales 2026 et antifascime : la FSGT sort du bois

Héritage antifasciste, critique de l’austérité, inquiétude sur les libertés associatives, refus de rencontrer le RN : lors d’une conférence de presse tenue le 29 janvier, la FSGT a présenté son plaidoyer pour les municipales 2026 en assumant un discours peu courant dans le paysage sportif. Derrière la posture et les mots, une thèse simple : le sport associatif est une politique publique locale, qui se joue dans les budgets, l’accès aux équipements, les critères d’attribution et la reconnaissance du bénévolat.


Escalade FSGT
Club Grimpe 13 © FSGT

Le sport préfère généralement les récits rassurants : un espace de dépassement, de fair-play, de neutralité. Une zone franche où l’on pourrait se contenter d’« organiser la pratique ». La FSGT, elle, part d’un constat inverse : si l’on veut un sport « pour toutes et tous », il faut regarder en face ce qui, concrètement, le rend possible — ou l’empêche. C’est en tout cas l’esprit de son plaidoyer pour les municipales 2026 : rappeler que les municipalités ne sont pas seulement des propriétaires de gymnases, mais des actrices de démocratie locale. « Les municipalités sont aussi le cœur battant de la démocratie de proximité », écrit la fédération. Et si ce cœur bat moins fort, ce n'est pas par accident : cela tient à des arbitrages, des règles implicites, des rapports de force, parfois à une « défiance » institutionnelle envers les associations.


Antifascisti


Dans la sillon de ce cadrage, la fédération fixe une frontière politique nette. À propos des municipales 2026, Céline Machado - co Présidente de la FSGT - annonce que la fédération présentera ses propositions aux candidat·es de « l’arc républicain », et précise : « La FSGT, dans ce sens, ne rencontrera pas les candidats du Rassemblement national. Nous ne pouvons pas tourner le dos à notre histoire ».


L’argument est idéologique, mais il se veut aussi empirique. Dans des communes déjà dirigées par l’extrême droite, observe-t-elle, « la vie associative, le service public, la politique culturelle sont malmenées, voire sacrifiées au profit de projets identitaires ». Une alerte d’autant plus stratégique que le RN annonce viser une implantation locale inédite : près de « 650 listes » aux municipales 2026. Un chiffre que Sébastien Chenu, vice-président du parti, a d'ailleurs revendiqué au micro de France Info le 14 janvier, en le qualifiant de « du jamais vu ».



Le cœur du plaidoyer s’inscrit dans cette même logique de protection. La FSGT insiste sur le rôle des municipalités dans « la protection et promotion des libertés associatives », et relie cette exigence à un malaise plus large : la « défiance » institutionnelle envers les associations, dont le Contrat d’engagement républicain (CER) serait l’un des symptômes les plus visibles.


Timothée Brun - gestionnaire du développement territorial à la FSGT - estime que son usage montre que « son objectif initial est d’accentuer le contrôle de l’État sur les associations », rappelant que « certaines se sont vues supprimer des subventions » sur la base de ce même fondement. Le plaidoyer reprend la critique de manière explicite : « Depuis 2021, la FSGT conteste cet outil de contrôle des associations par l’État », en défendant une idée presque minimale, mais devenue controversée : « La confiance devrait être le socle préalable à une coopération efficiente et sereine ». Le texte résume également le risque politique évident : « Restreindre la parole ou conditionner le financement des associations à un alignement politique, c’est affaiblir la démocratie locale ».


La guerre des créneaux


À partir de là, le plaidoyer se déploie sur un terrain nettement plus concret, là où les principes se traduisent — ou se démentent — dans les faits : l’accès aux équipements. La FSGT plaide pour la rénovation et la construction d’équipements publics de proximité, mais surtout pour l’instauration d’une doctrine d’attribution : « Favoriser la mise à disposition gratuite des infrastructures municipales » et garantir « l’égalité de traitement entre les clubs, quelle que soit leur fédération agréée d’appartenance ». La revendication touche un point sensible du sport municipal : les créneaux. Dans beaucoup de villes, l’accès aux gymnases et aux salles n’est pas seulement affaire de besoins objectivés, mais d’habitudes et de hiérarchies implicites, avec une priorité de fait accordée aux clubs affiliés à des fédérations délégataires — comme c'est par exemple le cas de la FFME dans le champ de l’escalade — au détriment d’autres fédérations pourtant agréées, comme la FSGT, et de leurs clubs locaux.


La FSGT met également en lumière un autre mécanisme de relégation, plus discret mais décisif : l’égalité femmes-hommes fabriquée par les plannings. Dans des pratiques « jugées souvent masculines », explique Timothée Brun, les équipements « priorisent facilement les séances d’entraînement des équipes masculines » et « relèguent les équipes féminines à des créneaux qui ne sont pas du tout adaptés ». L’enjeu n’est pas seulement symbolique : il est logistique, presque administratif, et donc profondément structurant.


Conférence FSGT
Thomas Valle (Coordinateur général),  Céline Machado (Co Présidente) et Timothée Brun (Gestionnaire du développement territorial) / (cc) FSGT - Conférence de presse du 29/01/2026

Surtout, le plaidoyer pousse l’exigence d’inclusion jusqu’aux détails matériels : accessibilité universelle, ouverture des infrastructures scolaires hors temps scolaire, intégration des objectifs écologiques dans les rénovations — et la question des vestiaires. La fédération écrit noir sur blanc : « Vestiaires genrés et non-genrés, en non-mixité ou en mixité choisie ». Une manière de rappeler que l’égalité proclamée ne vaut rien si les lieux ne permettent pas de la vivre.


Financer la durée


Le second levier municipal identifié par la FSGT est financier — mais pensé dans le temps long. La fédération alerte sur la fragilisation du mouvement associatif par les coupes budgétaires successives : le sport associatif « ne peut plus être une variable d’ajustement budgétaire ». Le plaidoyer propose une orientation claire : « Privilégier le soutien financier au fonctionnement global des associations plutôt que des financements de projets afin d’assurer une visibilité pluriannuelle ». L’objectif est de sortir de la logique de l’exception et de l’événementiel, pour financer la continuité — celle qui permet d’accueillir, de former, de structurer et de tenir dans la durée.


À cette stabilisation budgétaire, la FSGT associe une stabilisation politique. Le texte défend la création d’espaces structurés de concertation, l’élaboration d’un « projet associatif municipal » et la mise en place d’un dispositif de médiation en cas de différend — précisément pour éviter que la vie d’un club ne dépende d’un conflit personnel, d’un malentendu administratif ou d’un rapport de force informel.


Enfin, la fédération rappelle que la co-construction ne saurait être un processus à sens unique. Timothée Brun évoque la nécessité de ne « pas forcément attendre que l’initiative vienne de la municipalité » et de « créer eux-mêmes cet espace ». Le plaidoyer illustre cette logique par un exemple concret : « À Briançon, nous n’avons pas attendu les élections pour donner notre avis sur la politique sportive municipale », et des propositions « alimentent aujourd’hui le programme d’une liste candidate ». La démonstration est limpide : isolées, les associations négocient. Rassemblées, elles produisent une parole politique.


Ce que la FSGT met sur la table, le 29 janvier, n’est pas seulement un ensemble de revendications sectorielles. C’est une définition exigeante du sport associatif comme service public local : un espace qui suppose des moyens, des règles claires, une égalité d’accès et une liberté d’organisation — donc des municipalités prêtes à coopérer plutôt qu’à contrôler. La fédération résume son ambition pour 2026 d’une phrase sans détour : « Le soutien au sport associatif fédéré de proximité pour tou·tes a pleinement sa place dans un projet politique territorial coconstruit et partagé avec les citoyen·nes ». En clair : si les municipalités veulent se réclamer du sport « pour toutes et tous », elles devront assumer une ligne : des critères d’accès transparents, une égalité réelle entre clubs, et un soutien stable, plutôt qu’une administration au fil des demandes.

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