Indonésie : huit athlètes accusent leur coach de harcèlement sexuel
- Pierre-Gaël Pasquiou

- 2 mars
- 5 min de lecture
Fin janvier 2026, la Fédération indonésienne d’escalade (PP FPTI) suspend provisoirement son entraîneur en chef, Hendra Basir, après des signalements évoquant harcèlement sexuel et violences physiques au sein du centre national d’entraînement. Huit athlètes auraient saisi la présidente de la fédération, Yenny Wahid. Une équipe d’enquête interne est constituée.

Le 28 janvier 2026, huit athlètes du centre national indonésien adressent un signalement interne à leur fédération. Un mois plus tard, une décision officielle signée par la PP FPTI acte la suspension provisoire de son entraîneur en chef, Hendra Basir, le temps qu’une équipe d’enquête rende ses conclusions. Les faits rapportés par la presse locale évoquent des allégations de harcèlement sexuel et de violences physiques au sein du programme national.
La séquence intervient dans un contexte sportif particulier. Depuis les Jeux de Paris 2024, l’escalade occupe une place stratégique dans la politique sportive indonésienne, notamment sur l’épreuve de vitesse, devenue vitrine internationale. Le centre national ne se limite pas à l’entraînement : il concentre les sélections, les financements et l’organisation des carrières. La suspension provisoire ouvre ainsi une phase à la fois disciplinaire et institutionnelle.
Huit voix, un dépôt
Selon plusieurs médias indonésiens, huit athlètes auraient saisi la présidente de la fédération, Yenny Wahid, le 28 janvier 2026. Les faits évoqués portent sur des actes de harcèlement sexuel et de violences physiques au sein du centre national d’entraînement. Les mêmes sources précisent que la démarche aurait été effectuée avec l’appui du psychologue du programme.
Le secrétaire général de la fédération, Wahyu Pristiawan Buntoro, cité par l’agence Antara, indique qu’une équipe d’enquête interne a été constituée et qu’une coordination a été engagée avec le ministère chargé de l’autonomisation des femmes et de la protection de l’enfance. Il précise ne pas pouvoir commenter, à ce stade, l’existence ou non d’une procédure engagée auprès des autorités policières.
Il évoque des gestes qu’il présente comme des marques de soutien — embrasser le front, enlacer dans des moments émotionnels — et rejette toute interprétation sexuelle de ces comportements.
À ce stade, la fédération n’a pas communiqué l’identité des plaignant·es ni le détail circonstancié des faits allégués. Les articles consultés restent prudents au-delà de l’existence du signalement et de la suspension provisoire. Cette retenue protège les personnes concernées. Elle concentre également la maîtrise de la temporalité et du périmètre de l’enquête au sein de la fédération elle-même.
La décision
La PP FPTI a publié une décision formelle — une Surat Keputusan (SK) numérotée 0209/SKP/PP.NAS/II/2026 — qui acte la suspension provisoire de Hendra Basir pendant la durée de l’examen. Les textes cités par detikSport, média sportif en ligne parmi les plus suivis du pays, justifient la mesure par la nécessité de « garantir la protection » des athlètes, d’éviter toute revictimisation et de préserver l’objectivité du processus.
Il s’agit d’une mesure conservatoire. Elle ne constitue pas une sanction disciplinaire définitive, mais un dispositif d’éloignement temporaire destiné à encadrer la période d’instruction. La distinction n’est pas formelle : elle signifie que la fédération suspend l’exercice des fonctions sans préjuger, officiellement, de l’issue de l’enquête.
Dans l’immédiat, la conséquence est concrète. Selon Liputan6 (site d’information généraliste indonésien), la décision interdit au coach de diriger les entraînements, d’accéder aux installations et de communiquer avec les athlètes pendant l’enquête. L’agence de presse nationale indonésienne, Antara, ajoute une donnée supplémentaire : le mandat de Hendra Basir devait de toute façon se terminer le 28 février 2026, et la fédération indique qu’il ne figurera pas sur la liste du nouveau staff. La suspension intervient ainsi à la charnière d’un changement programmé.
Zone grise
Hendra Basir conteste les accusations. Dans des déclarations relayées par detikSport, il nie tout acte relevant du harcèlement sexuel et décrit un encadrement « strict ». Il évoque des gestes qu’il présente comme des marques de soutien — embrasser le front, enlacer dans des moments émotionnels — et rejette toute interprétation sexuelle de ces comportements.
En Indonésie, la suspension provisoire intervient dès l’ouverture de l’examen interne.
Ce type d’argumentaire ne porte pas seulement sur les faits allégués. Il ouvre un terrain plus complexe : celui des interactions dans un cadre hiérarchique structuré. Dans un centre national, la relation entre entraîneur et athlète ne relève pas d’un simple lien affectif. Elle organise l’accès aux compétitions, aux sélections, aux financements et, parfois, à la reconnaissance internationale. La question ne se limite donc pas à l’intention invoquée, mais à la configuration d’autorité dans laquelle le geste s’inscrit.
C’est dans cet espace que se dessine ce que les politiques de prévention appellent la « zone grise » : des comportements susceptibles d’être perçus différemment selon la position occupée dans la relation. La normalité invoquée par l’un peut être reçue autrement par l’autre lorsque s’y superpose une dépendance structurelle.
La performance comme contrainte institutionnelle
La PP FPTI indique que le programme national ne sera pas interrompu. Antara précise un calendrier : réorganisation de l’encadrement, prise de fonctions d’un nouveau staff début mars, préparation maintenue en vue des Asian Games 2026. La continuité sportive est explicitement posée comme un objectif.
Dans un dispositif de haut niveau, l’encadrement ne constitue pas seulement une équipe technique, il représente un investissement humain, financier et symbolique. La gestion d’un signalement intervient donc dans un environnement déjà structuré par des échéances et des objectifs de résultats. Suspendre, remplacer, maintenir : chaque décision administrative s’inscrit dans cette architecture.
Le contraste avec d’autres dossiers récents est, à cet égard, éclairant. Dans l’enquête que nous avons menée sur le traitement d’un signalement d’agressions sexuelles au sein de l’équipe de France, la question d’une mesure conservatoire s’était posée sans être activée par la fédération, malgré les outils statutaires disponibles. En Indonésie, la suspension provisoire intervient dès l’ouverture de l’examen interne. Les contextes juridiques diffèrent. Les cadres réglementaires aussi. Mais la question demeure identique : comment une institution arbitre-t-elle entre présomption d’innocence, protection des plaignant·es et stabilité du dispositif sportif ?
Les données publiées récemment sur les violences en milieu sportif éclairent cette dimension structurelle. Dans l’étude que nous analysions en février, 59,7 % des licencié·es interrogé·es déclaraient avoir subi au moins une forme de violence dans leur club actuel, avec une exposition plus élevée lorsque la pratique devient intensive et compétitive. Ce gradient ne prouve pas une causalité mécanique : il suggère que les espaces les plus institutionnalisés concentrent aussi les asymétries de pouvoir.
L’affaire indonésienne ne se superpose pas aux dossiers français. Elle rappelle toutefois une constante : dans les sports de haut niveau, la gestion d’un signalement ne teste pas seulement des individus. Elle teste la solidité d’un système.













