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« C’était une boulette » : Alain Robert revient sur sa vidéo sur la police en France

il y a 6 minutes
5 min de lecture

Après avoir qualifié la police française de « more than cool » en pleine mobilisation lycéenne, Alain Robert s’explique auprès de Vertige Media. Le grimpeur reconnaît un mauvais timing, présente ses excuses et revient sur ce qu’il voulait réellement dire.


Alain Robert
© Thomas Decamps pour Vertige Media

La scène avait tout pour être sympathique. Dimanche 27 septembre, Alain Robert gravit une nouvelle fois en solo intégral la tour TotalEnergies, à La Défense. Quelques jours plus tard, le « French Spiderman » publie sur Instagram la vidéo de son arrivée au sommet : des policiers qui l’attendent tout sourire, lui serrent la main, prennent de ses nouvelles. Au-dessus des images, une phrase en lettres rouges : « The cops in France are more than cool ».

Sauf que la publication tombe au pire moment. Parce qu'en même temps, des milliers de personnes — très majoritairement mineures selon le ministère de l’Intérieur — viennent d’être interpellées en marge du mouvement lycéen, tandis que plusieurs interventions violentes font l’objet d’enquêtes. Le contraste déclenche aussitôt des réactions. Parmi les internautes, beaucoup pointent immédiatement le décalage. « C'est vraiment pas le moment de dire que la police française est cool... », s’étonne l’un. « ah ok donc mutiler des enfants et tuer des gens c'est ok », réagit un autre. « Niveau réflexion on s'en remettra à quelqu'un d'autre c'est mieux », résume un troisième. Le malaise dépasse d’ailleurs la seule actualité des lycées : depuis plusieurs années, l’usage excessif de la force par la police française, notamment lors de manifestations, a fait l’objet d’alertes répétées d’instances des Nations unies. Mais quelques heures après sa publication, Alain Robert semble encore passer complètement à côté de ce que son message peut signifier. À un internaute qui écrit simplement « ACAB » (All Cops Are Bastards, ndlr), il répond : « Merci beaucoup ! ».


Oups, I did it again


« C’est une boulette de ma part », reconnaît Alain Robert d'emblée lorsque nous l'interrogeons sur le télescopage entre sa publication et l’actualité. Il assure avoir découvert l’ampleur de la mobilisation lycéenne après la mise en ligne de sa vidéo, face à l'accumulation des commentaires de personnes scandalisées. Vivant une grande partie du temps à l'étranger et sevré de télévision depuis treize ans, le grimpeur décrit une vraie déconnexion. « Mes seules sources d’informations, c’est Internet, c’est YouTube », raconte-t-il. Or, son algorithme lui sert des sujets internationaux — Iran, Russie, Ukraine — mais ignore l'Hexagone. « Je n’ai pas su », martèle-t-il. Relancé sur le fait que le débat sur les violences policières en France ne date pas d'hier, il concède cet angle mort : « C’est juste que c’est un sujet que je connais moins bien. Malheureusement, c’est de ma faute aussi ». Son message initial, assure-t-il, n'avait pas vocation à livrer une analyse institutionnelle, mais à partager son expérience personnelle. « Moi, je n’ai jamais eu d’emmerde avec la police en France », justifie-t-il, mesurant cette clémence à l'aune des interpellations subies à l’étranger (fouilles humiliantes, coups, etc.).


« Apparemment, il y a des débordements au sein de la police française qui sont dégueulasses. Je m’en veux parce que je ne suis pas au courant. Sinon, je n’aurais pas balancé un truc comme ça »

Alain Robert


L'entretien permet d'ailleurs de recontextualiser la fameuse séquence de La Défense. Alain Robert précise que les policiers présents ce dimanche-là venaient de Neuilly et qu'un seul le connaissait. L’équipe envisageait d'abord de le placer en garde à vue, avant d'y renoncer après qu'il leur a montré des captures d’écran justifiant de son ascension. Interrogé sur son attitude chaleureuse au sommet, il évoque un certain pragmatisme : « Je sais que je viens de commettre un délit. J’essaie plutôt d’être cool avec eux. Ça va pas arranger les choses que d’être agressif ». Quid du poids de sa notoriété, lui qui brave le vide depuis plus de trente ans ? Lorsqu’on lui demande si cette célébrité influence le traitement dont il bénéficie, il nuance d'abord, puis admet : « Ça, c’est pas impossible aussi ». Sa formule se resserre alors sensiblement : « À ce niveau de délinquance, en France, la police s’est toujours bien conduite avec moi ». Loin, donc, de la généralité de son post Instagram.

L’épisode lui rappelle d'ailleurs une autre polémique, survenue presque exactement deux ans plus tôt sur cette même tour avec Seb Bouin. Ce dernier avait essuyé de vives critiques pour l'exposition involontaire offerte au groupe pétrolier, plaidant la négligence face à un recadrage Instagram. « Ça m’a autant échappé que Seb avec Total Energy et ses valeurs sur la défense pour le climat », compare Alain Robert. Il décrit une mécanique où les publications lui échappent, et explique s'être retrouvé pris au piège de quelques mots qui ne traduisaient, selon lui, aucune « analyse profonde ».


Retour au sol


À mesure que la conversation avance et que le grimpeur consulte les images des récentes mobilisations en direct, le ton change. « Là, je suis piégé. Vous avez raison », finit-il par lâcher. Tout à coup, le constat est amer : « Apparemment, il y a des débordements au sein de la police française qui sont dégueulasses. Malheureusement, je m’en veux parce que je ne suis pas au courant. Sinon, je n’aurais pas balancé un truc comme ça. » Il ajoute qu’il n’aurait « probablement pas serré la main aux flics au sommet » s’il avait connu le contexte. Avant de formuler des excuses directes : « Je ne m’en suis pas rendu compte. Mille excuses ».


« Je ne suis pas un mec qui fait de la lèche aux flics »

Alain Robert


S'il ne renie pas son vécu, la portée de son propos se réduit considérablement. Il résume lui-même le paradoxe de la situation : « Je suis en train de dire que la police française est extraordinaire et finalement le même jour je découvre que les gamins sont frappés, gazés et tout ça, donc je cautionne pas ça non plus ».

Dans les commentaires, pourtant, son message a déjà commencé à vivre au-delà de cette expérience personnelle. Alexis Landot, autre figure très médiatisée de la grimpe urbaine française et actuellement en pleine promotion de son livre Danser avec le vide, vient notamment abonder dans son sens. La réaction du jeune grimpeur renforce ainsi l’impression d’un propos général sur la police française, là où Alain Robert assure n’avoir voulu parler que de son propre rapport avec les policiers rencontrés au fil de ses ascensions. Interrogé sur cette réaction, il suppose d’abord que son cadet de 26 ans n’est probablement pas davantage au courant de la situation sociale, avant de se reprendre : « J’en sais rien. […] Sa réponse laisse supposer qu’il n’est pas au courant ».

En fin d'interview, c'est finalement Alain Robert lui-même qui redéfinit la scène telle qu'elle aurait sans doute dû être présentée dès le départ. « Je ne suis pas un mec qui fait de la lèche aux flics », insiste-t-il, avant de conclure : « En l’occurrence, ce jour-là, ils étaient sympas. On n’est pas amis. On ne s’est pas donné nos numéros de téléphone. On s’est croisés. Ils se sont conduits correctement avec moi. Et c’est tout. »

 
 

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