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  • Walltopia et le bouleau russe : un scandale qui nous rattrape

    On n’avait rien demandé. Nous, tout ce qu’on voulait, c’était grimper tranquillement, s’oublier quelques heures en enchaînant des mouvements improbables sur des volumes aux couleurs pastel – loin des crises mondiales, des embargos et des tensions géopolitiques. Sauf que la géopolitique, elle, ne nous oublie jamais vraiment. Et quand on pensait toucher du doigt la liberté, on se retrouve malgré nous à caresser du bois potentiellement « made in Russia », subtilement blanchi par quelques intermédiaires turcs ou chinois experts en camouflage administratif. Ce n’est pas le scénario d’un mauvais film d’espionnage, mais bien l’affaire très réelle révélée par l’enquête coup-de-poing d’Earthsight, qui plonge Walltopia, le numéro un mondial des murs d’escalade, dans un silence gênant – et nous tous avec. À mi-chemin entre la gêne et l'incrédulité. Entre responsabilité industrielle, naïveté collective et crise de conscience grimpeuse, aussi. Bref, bienvenue dans cette drôle d’époque où même l’évasion verticale devient politique. Quand un géant fait feu de tout bois ONG britannique à la réputation d’enquêtrice méthodique, Earthsight a publié un rapport au titre glaçant, « Blood-stained Birch ». L’organisation y révèle qu’en dépit des sanctions européennes interdisant l’importation du bois russe depuis l’invasion de l’Ukraine, le marché du contreplaqué de bouleau russe n’a jamais été aussi fringuant – simplement un peu plus discret. À coup d’arrangements dignes des romans de John le Carré, ce matériau précieux continue de circuler, se faisant passer pour du bouleau turc ou chinois avec une facilité troublante. Dans ce micmac géopolitique, Earthsight pointe explicitement Walltopia, géant bulgare des salles d’escalade qui équipe une grande partie des installations européennes et nord-américaines. Selon le rapport, Walltopia aurait déplacé ses achats vers des fournisseurs très suspects, notamment la société turque SAABR Global Wood, explicitement citée dans des documents internes du géant russe du contreplaqué Sveza comme spécialiste du « blanchiment » de bois russe interdit, et Linyi Camel Plywood en Chine, dont les responsables auraient reconnu sans embarras aux enquêteurs infiltrés qu’ils transformaient du contreplaqué russe en produit certifié chinois d’un simple coup de tampon. Le mécanisme, détaillé avec précision par Earthsight, est aussi efficace que cynique : le bouleau russe sanctionné devient ainsi miraculeusement légal, franchissant les douanes européennes sans même ralentir le pas, grâce à une chaîne complexe d’intermédiaires (Earthsight, section 3). Walltopia, volontairement ou non, ferait partie des bénéficiaires réguliers de ce tour de passe-passe commercial dont la moralité laisse pour le moins perplexe. Le silence très bavard de Walltopia Évidemment, l’entreprise bulgare pourrait avoir mille raisons valables pour expliquer cette situation embarrassante : fournisseur trop peu scrupuleux, certificats falsifiés par des intermédiaires, ou tout simplement ignorance réelle des filières obscures de ses partenaires commerciaux. Mais alors, pourquoi ce silence quasi obstiné ? Depuis les révélations d’Earthsight, Walltopia semble s’être calfeutrée dans une stratégie du « pas vu, pas pris », refusant systématiquement de s’exprimer sur ces accusations pourtant étayées par des documents internes compromettants. Le paradoxe est aussi gênant que réel : aucun grimpeur n’a signé pour devenir complice passif d’une guerre tragique, menée à plusieurs milliers de kilomètres de sa salle préférée. Ce mutisme intrigue, d’autant que même le média économique bulgare Capital.bg s’est cassé les dents sur le refus catégorique de Walltopia de commenter l’affaire. Une telle attitude ne fait que nourrir les spéculations, renforçant cette idée aussi simpliste qu’efficace : qui ne dit mot consent. Or, dans un secteur où les grandes salles d’escalade européennes affichent fièrement leurs engagements environnementaux, sociaux et éthiques, ce silence devient assourdissant – et surtout très risqué à long terme pour l'image de la marque bulgare. © Walltopia Le contreplaqué : matière noble ou boîte de Pandore ? Technique, solide, léger et surtout stable, le bouleau multiplis est depuis toujours le matériau phare des murs d’escalade indoor. C’est un peu la « matière miracle », le secret technique qui fait que vos prises tiennent en place sans que les murs ne pèsent trois tonnes. Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, plus de la moitié du contreplaqué européen venait directement des forêts sibériennes et biélorusses (voir contexte Earthsight). Mais l’embargo décidé par Bruxelles a brusquement fermé ces approvisionnements massifs, provoquant un chaos industriel sans précédent : pénuries en chaîne, prix multipliés par trois ou quatre, et une recherche frénétique de solutions alternatives, parfois moins regardantes sur les étiquettes. Aujourd’hui, d’après les estimations prudentes mais alarmantes d’Earthsight, environ 20 % du contreplaqué de bouleau vendu en Europe proviendrait encore illégalement de Russie, via des circuits détournés en Turquie ou en Chine (voir chiffres clés Earthsight). Les grimpeurs sont-ils complices malgré eux ? Le paradoxe est aussi gênant que réel : aucun grimpeur n’a signé pour devenir complice passif d’une guerre tragique, menée à plusieurs milliers de kilomètres de sa salle préférée. Pourtant, chaque fois que l’on pose la main sur une prise fixée sur un mur Walltopia construit après 2022, la question de la complicité involontaire se pose cruellement. Car derrière l’insouciance apparente du grimpeur-consommateur se cache désormais la complexité morale d’un marché globalisé où les sanctions, les frontières et les consciences éthiques s’entremêlent dangereusement. Pour les grimpeurs cette histoire agit comme un révélateur : derrière le divertissement vertical se cache désormais une exigence éthique nouvelle, incontournable, et finalement bienvenue Les salles d’escalade elles-mêmes sont prises au dépourvu par ce genre de dilemmes : elles se fient généralement aveuglément aux garanties offertes par leurs fournisseurs, préférant ne pas trop creuser, au risque de déranger leur confort économique et marketing. Mais voilà : à force d’éviter les questions difficiles, elles risquent de voir leur image de marque s’effriter silencieusement. Et il viendra un moment où les grimpeurs – cette génération habituée à questionner la provenance de son café, de ses baskets ou de son smartphone – exigeront des réponses claires, précises, presque douloureuses dans leur transparence : « Dis-moi, tu sais d’où vient exactement ton bois ? » Un malaise inévitable, mais nécessaire. Une occasion en or (et du boulot) pour grandir Finalement, cette affaire gênante pourrait paradoxalement offrir une chance rare : celle d’une remise à plat radicale des pratiques d’approvisionnement dans l’industrie de l’escalade indoor. Pour Walltopia, c’est peut-être le moment ou jamais de briser son silence embarrassé, de faire preuve d’une transparence audacieuse et, pourquoi pas, de repenser profondément ses chaînes d’approvisionnement. Ce serait un message fort, un signal puissant envoyé à toute l’industrie pour indiquer qu’une autre voie, plus responsable et plus digne, existe vraiment. Du côté des salles d’escalade, la balle est désormais clairement dans leur camp : elles ont l’opportunité de monter en exigence, de réclamer des garanties solides et vérifiables, quitte à bousculer un peu leurs fournisseurs historiques. Elles pourraient ainsi transformer un embarras latent en avantage compétitif, jouant enfin franc-jeu avec leurs clients et leur éthique revendiquée. Enfin, pour les grimpeurs eux-mêmes, souvent tentés de croire qu’ils peuvent s’abstraire du monde une fois entrés dans leur salle favorite, cette histoire agit comme un révélateur : derrière le divertissement vertical se cache désormais une exigence éthique nouvelle, incontournable, et finalement bienvenue. Parce que grimper, au fond, c’est affronter ce qui nous dérange ou nous inquiète, c’est se confronter à l’inconfort pour mieux grandir. Cette crise du bouleau russe, aussi déplaisante soit-elle, pourrait bien être la voie inconfortable mais indispensable à ouvrir pour l’avenir d’un sport qui mérite mieux qu’une frêle innocence.

  • Para-escalade à Innsbruck : deux jours pour bousculer les pronostics

    C’est parti aujourd’hui même (23 juin 2025) à Innsbruck pour deux jours d’une Coupe du monde de para-escalade particulièrement attendue. Première compétition depuis l’annonce officielle des catégories paralympiques pour Los Angeles 2028, l’étape autrichienne promet d'être électrique. Entre favoris intouchables et jeunes ambitieux, c’est tout un monde qui joue sa saison sur les murs du Tyrol. Gare aux secousses ! Marina DIAS © Lena Drapella/IFSC Innsbruck, ville de montagnes élégantes et de pâtisseries trop sucrées, accueille dès aujourd'hui un événement qu’elle connaît bien : la Coupe du monde de para-escalade. Sauf que cette année, l’atmosphère est un peu différente, plus piquante que le strudel local. Depuis l'annonce des catégories paralympiques pour LA 2028, certains grimpeurs marchent sur des œufs, quand d’autres marchent carrément sur l’eau. Entre promesses de médailles et rêves contrariés, les murs autrichiens vont servir autant de révélateur que de théâtre aux ambitions. Classification : le « bac philo » de la para-escalade La compétition n’a même pas commencé que les enjeux ont déjà été redistribués ce week-end. Avant de s’élancer sur la résine colorée, les grimpeurs sont passés par la case « classification ». Un rendez-vous médical minutieux, qui peut à lui seul transformer une médaille d’or annoncée en simple aventure de milieu de tableau. Certains s'y préparent comme au bac philo, en espérant éviter la mauvaise surprise. Petit topo, sans migraine : les catégories en bref B (visuel) : De l’obscurité totale (B1) à la semi-pénombre (B3), avec des guides vocaux qui connaissent chaque prise par cœur. AL/AU (amputés) : Déficiences variées aux jambes ou aux bras, classées par niveau de mobilité et d’équilibre. RP (puissance et mobilité réduite) : Catégorie ultra-diverse, où les ouvreurs doivent jongler habilement avec les difficultés pour offrir à chacun sa chance sans avantager personne. Un vrai jeu d’équilibriste. 240 athlètes, autant d’histoires Ils sont 240 venus de 27 pays à débarquer sur Innsbruck, formant une sorte de festival du film sportif grandeur nature. Les USA (39 athlètes) débarquent façon Marvel, l’Allemagne suit avec rigueur (34 athlètes), et les Britanniques assurent une présence distinguée mais solide (22 athlètes). Parmi eux, 118 grimpeurs engagés dans les catégories désormais officiellement paralympiques pour LA 2028. AL/AU : les favoris tout-terrain Chez les AL1, l’Autrichien Angelino Zeller affiche un palmarès aussi plat qu’une autoroute : droit devant et sans détour. Son éternel rival Markus Pösendorfer rêve secrètement de lui compliquer la tâche devant son public. Pavitra Vandenhoven (Belgique), quant à elle, aime bien bousculer les certitudes, même en compétition mixte. En AL2, Lucie Jarrige (France) collectionne les victoires avec la régularité d’une abonnée Netflix : elle ne rate aucun épisode depuis 2021. Chez les hommes, Thierry Delarue (France) adopte la même stratégie : gagner d’abord, réfléchir après. Efficace. En AU2, c’est ambiance Game of Thrones chez les hommes : Kevin Bartke (Allemagne), Brian Zarzuela (USA) et Isak Ripman (Norvège) se disputent le trône sans merci. Côté femmes, Solenne Piret (France) et Lucia Capovilla (Italie) nous rejouent un duel franco-italien façon cinéma vintage. AU3 pourrait réserver quelques surprises avec Rosalie Schaupert (Allemagne), grimpeuse précoce qui collectionne les médailles, et Dominic Geisseler (Suisse) prêt à saisir sa chance en l’absence du champion du monde israélien Mor Michael Sapir. RP : l’imprévisibilité au sommet En RP1, Aloïs Pottier (France) règne avec sérénité mais Kim Rishaug (Norvège) et Korbinian Franck (Allemagne) ne se déplacent jamais pour une seconde place. Chez les femmes, la rivalité made in USA entre Hannah Zook et Melissa Ruiz promet d'être piquante. En RP2, Jasmin Plank (Autriche) voudra absolument briller à domicile. Mais Chiara Cavina (Italie) et la très jeune Matoi Futahashi (Japon, 17 ans) pourraient rapidement calmer ses ardeurs. Manikandan Kumar (Inde) et Brayden Butler (USA) tenteront, eux, d’écrire leur propre histoire chez les hommes. En RP3, Tadashi Takano (Japon) vise une série de victoires digne d’une série Netflix à succès. Mais Camille Caulier (Belgique) et Jamie Barendrecht (Pays-Bas) aimeraient bien lui spoiler le scénario. Chez les femmes, Nat Vorel (USA), Marina Dias (Brésil) et Christiane Luttikhuizen (Pays-Bas) incarnent parfaitement l'esprit combatif et varié de la discipline. Catégories visuelles : avec ou sans lumières, le show continue Sho Aita (B1, Japon) est tellement dominant qu’il en devient presque intimidant. Son adversaire espagnol Francisco Aguilar Amoedo rêve de lui jouer un mauvais tour, mais ce rêve commence à durer. Nadia Bredice est elle aussi habituée aux triomphes en B1 féminin. En B2, Fumiya Hamanoue (Japon) devra surveiller Razvan Nedu (Roumanie) tandis que chez les femmes, Linda Le Bon tentera de confirmer son statut de favorite. En B3, Linn Poston (USA) vise le trois sur trois en Coupe du monde, alors que Cosmin Florin Candoi (Roumanie) cherche à prolonger une invincibilité digne des plus grands. Ouvreurs : les auteurs invisibles de l’histoire Maragda Gabarre, Aaron Davis et Nohl Haeckel sont aux commandes des voies et des scénarios verticaux. Eux seuls connaissent la fin de l’histoire avant même que la compétition ne commence. Dans la para-escalade, plus encore qu’ailleurs, leur rôle est crucial pour garantir équité et spectacle. Comment ne rien rater du spectacle ? Qualifications : Aujourd’hui (23 juin), de 9h à 15h30 Finales : Demain (24 juin), de 16h30 à 21h, en direct sur la chaîne YouTube IFSC À Innsbruck, entre sommets enneigés et grimpe en salle, c’est un autre versant du sport de haut niveau qui s’écrit. Moins médiatisé peut-être, mais tellement plus riche en récits humains, ambitions affichées et combats intérieurs. La compétition démarre aujourd’hui. Attachez vos chaussons, ça va secouer.

  • Kangchenjunga : sommet interdit, crise existentielle de l’alpinisme

    À l’heure où les montagnes semblent n’être plus qu’un décor pour la course à la performance, la demande du Sikkim d’interdire définitivement l’ascension du Kangchenjunga pose un débat vertigineux : jusqu’où peut-on gravir sans perdre l’âme d’un lieu ? Pourquoi gravissons-nous les montagnes ? Par défi sportif, pour repousser nos limites ou par simple vanité ? Le Kangchenjunga, troisième sommet mondial à 8 586 mètres, cristallise aujourd’hui ces interrogations profondes, au cœur d’un bras de fer entre conquête alpine et spiritualité ancestrale. Une tension accentuée par une demande radicale : rendre cette montagne définitivement inaccessible. Un conflit au sommet, entre diplomatie et sacré À cheval entre le Sikkim indien et le Népal, le Kangchenjunga cristallise un conflit inédit : le chef du gouvernement du Sikkim, Prem Singh Tamang, exige une interdiction totale d’ascension, invoquant une violation des croyances locales et des lois indiennes protégeant les lieux sacrés. Le sommet indien est déjà fermé depuis 2000, mais les voies népalaises restent ouvertes, accueillant chaque année des dizaines d’alpinistes venus défier cette cime réputée technique. L’indignation a culminé ce printemps 2025 lorsque des grimpeurs indiens, passant par le Népal, ont fièrement diffusé leur exploit sur les réseaux sociaux, ignorant les appels répétés à respecter le caractère sacré de la montagne. Tamang estime que gravir le Kangchenjunga revient à « profaner une montagne habitée par les dieux », notamment le légendaire Dzo-nga, protecteur des lieux selon les croyances tibétaines locales. Pourtant, cette controverse diplomatique dépasse largement la question politique : elle soulève un débat existentiel pour l’alpinisme moderne. Jusqu’où peut-on repousser les limites sans compromettre ce que certains considèrent comme l’âme même d’un lieu ? La leçon oubliée de 1955 : renoncer pour préserver Cette question n’est pas nouvelle. En 1955 déjà, lors de la première ascension du Kangchenjunga, les alpinistes britanniques Joe Brown et George Band avaient volontairement fait demi-tour à quelques mètres du sommet, respectant ainsi une demande explicite des autorités locales. Cet acte fondateur marquait une rare reconnaissance du sacré dans l’alpinisme de conquête. Depuis, rares sont les expéditions ayant suivi cet exemple. Face à l’industrialisation croissante des sommets himalayens, où les performances sportives l’emportent souvent sur toute autre considération, cette leçon d’humilité semble aujourd’hui oubliée. Mais elle rappelle une possibilité radicale : celle de choisir volontairement de préserver un sommet inviolé, par respect profond et sincère envers les peuples et les lieux. Kailash et Gangkhar Puensum : ces montagnes qui disent non Ce choix radical de la préservation n’est pas unique au Kangchenjunga. Vertige Media l’a rappelé récemment à propos du mont Kailash (6 638 mètres) au Tibet, montagne sacrée pour quatre grandes religions asiatiques. Le mont Kailash n’a jamais été gravi, malgré des tentations historiques, notamment celle de Reinhold Messner dans les années 1980, qui déclara sobrement : « Si nous conquérons cette montagne, nous conquérons quelque chose dans l’âme des gens ». Le Kailash représente donc un symbole puissant, un rappel que certaines montagnes gagnent à rester intactes, préservant leur dimension symbolique et spirituelle par une interdiction tacite, acceptée universellement. Même radicalité au Bhoutan, où le Gangkhar Puensum (7 570 mètres) demeure le plus haut sommet vierge du monde. Depuis 2003, le pays interdit strictement toute ascension au-delà de 6 000 mètres, préférant préserver l’intégrité culturelle et environnementale de ses montagnes sacrées plutôt que de céder à la pression touristique. Ces montagnes intactes illustrent parfaitement l’idée selon laquelle préserver certains sommets peut devenir une décision éthique forte, allant bien au-delà d’une simple interdiction administrative. C’est un geste volontaire de résistance face à la marchandisation du sacré. Everest : la contre-leçon d’une montagne profanée À l’inverse de ces sanctuaires préservés, l’Everest (8 849 mètres) illustre tristement les conséquences d’une absence totale de limites. Avec 403 permis délivrés en 2024, la plus haute montagne du monde est devenue le théâtre d’une véritable saturation touristique, au point que même la Cour suprême népalaise a récemment demandé une limitation urgente des permis d’ascension. Entre déchets accumulés, embouteillages mortels et conflits humains, l’Everest est devenu l’exemple parfait de ce qui arrive lorsqu’un sommet sacré perd toute sa dimension symbolique pour devenir un simple trophée à collectionner. La controverse du Kangchenjunga ne concerne pas seulement un sommet. Elle pointe du doigt le vide existentiel d'un alpinisme devenu parfois trop mécanique, trop avide de conquêtes à inscrire sur un CV sportif. Préserver certains sommets comme le Kailash ou le Gangkhar Puensum ne relève pas seulement du respect du sacré ou des croyances locales : c’est une façon puissante d’affirmer que certaines hauteurs doivent rester hors d’atteinte, précisément pour préserver leur essence. Peut-être que l'alpinisme a désormais besoin, plus que jamais, de sommets qui lui restent inaccessibles—non pas par impossibilité technique, mais par choix assumé, comme un rappel permanent que la vraie grandeur peut résider dans l'acte volontaire de ne pas conquérir.

  • Yosemite bâillonne El Capitan : liberté, j'écrase ton nom

    La direction du parc national de Yosemite ne veut plus voir flotter de drapeaux militants sur El Capitan. Officiellement pour « protéger la nature sauvage ». Officieusement pour que les grimpeurs·ses arrêtent de lui casser les pieds avec leurs revendications gênantes. Et si la véritable nature sauvage, c’était cette liberté d’expression qu’on tente désormais de mettre sous cloche ? « La montagne, ça vous gagne », disait jadis un slogan publicitaire aussi ridicule qu’efficace. Visiblement, à Yosemite, la montagne vous gagne surtout le droit de vous taire. Depuis le 20 mai 2025, le parc national a décidé que les grimpeurs·ses étaient parfait·es quand ils et elles grimpaient, mais nettement moins quand leur voix portait un peu trop loin. Concrètement : interdiction désormais d’accrocher des drapeaux ou banderoles de plus de quinze pieds carrés (1,4 m²) sur les falaises classées sauvages, notamment sur El Capitan. Une montagne récemment devenue tribune improvisée de quelques militant·es trop visibles au goût des autorités. El Capitan, nouvelle tribune à la verticale On rembobine. En juin 2024, Miranda Oakley, grimpeuse respectée et militante, choisit de transformer l’une des plus célèbres parois au monde en cri d’alerte. Avec quelques camarades activistes, elle déploie une immense banderole aux couleurs palestiniennes, un slogan lapidaire flottant au-dessus du vide : « Stop the Genocide ». Ce geste rappelle que la montagne peut être une caisse de résonance dérangeante mais nécessaire, face aux crises du monde. Quelques mois plus tard, en février 2025, une équipe d’ancien·nes employé·es du parc – rien de moins – utilise El Capitan pour lancer un autre message : un drapeau américain hissé à l’envers, symbole international de détresse absolue, alerte sur l’état inquiétant des parcs nationaux américains. Derrière cette initiative, une dénonciation forte des coupes budgétaires orchestrées par une administration Trump plus douée pour miner le budget des parcs que pour préserver leurs paysages. Un geste audacieux destiné à réveiller les consciences face à une urgence écologique et politique grandissante. Enfin, cerise sur le granit, le 20 mai 2025, sept grimpeur·ses LGBTQ+ installent un immense drapeau transgenre, une revendication symbolique mais puissante du droit à exister publiquement, même à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sol. Un acte de visibilité maximal, défi frontal aux discriminations croissantes subies par la communauté trans aux États-Unis. C’est le drapeau de trop pour Yosemite : moins de 24 heures après, l’administration réplique en décrétant l’interdiction brutale et générale des drapeaux sur ses falaises. Trois drapeaux, trois causes puissantes, trois provocations verticales devenues intolérables pour un parc déterminé à étouffer la conversation politique accrochée à ses falaises. Liberté d’expression en montagne : un équilibre fragile menacé Ken Yager, président de la Yosemite Climbing Association, rappelle une vérité délicate : depuis des décennies, grimpeur·ses et autorités avaient progressivement construit un dialogue fragile mais réel. Cette interdiction soudaine, en cherchant à museler l’expression militante sur El Capitan, risque de briser ce fragile équilibre. Yager le résume ainsi pour SFGATE : « Je m’inquiète que les autorités locales doivent commencer à appliquer cette mesure, et que cela nous fasse perdre le terrain gagné au fil du temps. Nous avions vraiment une bonne relation, et je détesterais que l’on revienne en arrière ». Au-delà du seul dialogue entre grimpeur·ses et autorités, cette mesure interroge aussi la légitimité même de la montagne comme espace public d’expression politique. À qui appartient symboliquement une montagne publique comme El Capitan ? Aux grimpeur·ses qui la vivent, l’occupent, la grimpent, ou à une administration soumise à des contraintes politiques nationales ? En imposant une neutralité artificielle, Yosemite tente d’effacer la dimension engagée d’un lieu pourtant historiquement rebelle et ouvert à toutes les voix. Une interdiction pas si neutre Officiellement, l’argument écologique est servi sur un plateau de granit : préserver la pureté sauvage des lieux, respecter le Wilderness Act de 1964, éviter les risques liés aux drapeaux flottants. Mais cet empressement soudain ne convainc personne. Comme l'affirme précisément Miranda Oakley, grimpeuse professionnelle à l’origine de la banderole palestinienne : « Il est difficile de croire que [ces drapeaux] puissent causer des problèmes de sécurité plus graves que ce qu’on voit tous les jours à Yosemite ». Elle rappelle au passage que d’autres messages, beaucoup plus consensuels, n’ont jamais provoqué de réaction du parc : « Je me demande s'il y aurait eu la même interdiction si ces drapeaux avaient été moins controversés, du genre "Go Rangers" ou "Vive l'Amérique". » Ce qui agace particulièrement SJ Joslin, grimpeur·se non-binaire à l’initiative du drapeau trans, c’est justement cette mauvaise foi chronologique du parc : « Même si cette interdiction était dans les tuyaux depuis le drapeau inversé de février, je ne pense pas que la date [du 20 mai, lendemain de notre action] soit entièrement fortuite ». Joslin souligne clairement ce que beaucoup pressentaient : la décision semble avoir été accélérée, voire poussée à dessein pour empêcher spécifiquement leur action. La communauté LGBTQ+ y voit une attaque subtile mais évidente, visant moins la forme que le fond du message : un silence imposé sur une minorité qu’on préférerait discrète, voire invisible. Derrière l’alibi écologique, c’est bien une censure politique qui se profile, transformant la montagne en un espace politiquement aseptisé. Effet domino ou nouvelle génération militante ? Cette interdiction pourrait rapidement inspirer d’autres parcs nationaux américains à imposer une neutralité politique similaire. Dans un contexte national tendu, où chaque initiative militante devient rapidement sujet de polémiques, le bannissement des drapeaux sur El Capitan risque de devenir contagieux. SJ Joslin en est conscient·e : « Le risque, c’est qu’après Yosemite, d’autres sanctuaires naturels ferment eux aussi les yeux sur la réalité politique de leur époque ». La montagne deviendrait alors une sorte de bulle aseptisée, coupée des réalités du monde, un décor figé et silencieux. Mais pour autant, l’interdiction n’annonce pas nécessairement la fin de l’activisme vertical. La créativité politique des grimpeur·ses, historiquement rebelles et libres, est loin d’être épuisée. Joslin l’affirme avec confiance : « Les grimpeurs sont plutôt têtu·es. Dans le passé, quand on disait à un·e grimpeur·se qu’il·elle ne pouvait pas faire quelque chose, il·elle redoublait d’efforts ». Autrement dit, si Yosemite pense que supprimer les drapeaux suffira à étouffer la contestation, le parc pourrait au contraire avoir déclenché une nouvelle génération de militantisme, plus subtile, plus inventive, mais certainement pas silencieuse. À vouloir étouffer le débat, Yosemite pourrait bien avoir réveillé une résistance encore plus profonde.

  • Dopage en escalade : quand la passion vire au scandale

    Le 19 avril 2024, l’IFSC a annoncé la suspension d’un grimpeur suite à un contrôle antidopage positif. Les médias spécialisés ont rapidement relayé l’information, et le sujet du dopage dans l’escalade a pris de l’ampleur . Des professionnels et des personnalités reconnues dans le milieu ont pris la parole, mais au lieu de clarifier la situation, ces interventions n’ont fait qu’accroître la confusion. En écoutant les discussions sur les tapis de bloc ou au pied des falaises, on entend des opinions diverses telles que : « C’était inévitable avec les Jeux Olympiques » ; « Mais un tel prend de la créatine, il est dopé ? » ; « Fumer un pétard, ce n’est pas du dopage » ; « Il n’y a pas d’argent en escalade, pourquoi se doper ? ». Pour y voir plus clair et se forger une opinion, il est nécessaire de clarifier certaines notions. Qu’est-ce que le dopage ? L’Agence mondiale antidopage (AMA) définit notamment le dopage comme « l’usage par un sportif d’une substance interdite ou d’une méthode interdite ». En d’autres termes, si la substance ou la méthode n’est pas interdite, il ne s’agit pas de dopage . Il existe trois listes de substances et méthodes interdites : une pour celles qui sont interdites en permanence, une pour les compétitions, ainsi qu’une troisième concernant certains sports. Par exemple, les agents anabolisants comme le stanozolol, utilisé par le grimpeur iranien suspendu, sont interdits en permanence. Ces substances ont notamment pour effet d’accroître la réponse métabolique, en vue d’augmenter la masse musculaire. D’autres produits, comme les stimulants tels que la cocaïne , sont interdits uniquement en compétition. Enfin, dans certains sports comme le golf, l’apnée ou le ski et snowboard freestyle, les bêtabloquants sont interdits. Cela nous amène alors à la question du concept de conduite dopante, qui est définie comme « la consommation de substances pour affronter une situation (…) dans un but de performance ». Concrètement, le dopage est une forme particulière de conduite dopante qui concerne uniquement les sportifs compétiteurs . Le danger des conduites dopantes est qu’elles peuvent mener au dopage ou à l’utilisation de produits ou méthodes dangereux pour la santé. Prendre des compléments alimentaires comme du collagène ou de la vitamine C n’est pas du dopage tant que leurs ingrédients ne sont pas interdits. Le défi est, d’une part, de trouver des compléments à la composition fiable et, d’autre part, de ne pas glisser progressivement vers des comportements dangereux pour la santé . Car ne l’oublions pas, l’objectif premier de la lutte contre le dopage est la préservation de la santé des sportifs avant celle de l’équité. Le cas de ce grimpeur iranien est-il isolé ? Il semble s’agir d’un cas isolé, mais il est difficile d’être catégorique. Ce n’est pas la première fois que l’escalade est confrontée à des cas avérés de dopage . Voici trois exemples emblématiques. En 2001, Chris Sharma enchaîne Biographie, le premier 9a+. Quelques jours plus tard, il participe à la Coupe du Monde de bloc à Munich où il sera contrôlé positif au cannabis et donc disqualifié. En 2007, Edu Marin est contrôlé positif à la cocaïne à la Coupe du Monde de Zurich et suspendu deux ans. Enfin, la mésaventure de Marine Thevenet qui, en 2009, se retrouve aux urgences après avoir bu dans une bouteille qui n’était pas la sienne et qui contenait de la cocaïne . Qu’est-ce que cela a changé en escalade ? Pour cette période, peu de choses ont changé . Concernant le cas de Chris Sharma, l’image cool de la consommation de cannabis et la popularité du grimpeur ont fait en sorte que dans la communauté de l’escalade, nombre de personnes étaient même en désaccord avec la sanction. Pour Edu Marin, les conséquences ont été plus sévères, notamment en termes d’image et de suspension. Mais après une période de « pénitence », il est revenu aux affaires , notamment sur les falaises et grandes voies. Enfin, pour Marine Thevenet, sa mésaventure ne l’a pas dégoûtée de l’activité car elle continue aujourd’hui à prendre du plaisir et à performer en bloc extérieur . Suite à cet incident, la FFME a peu communiqué sur la prise en compte de ce phénomène. Et aujourd’hui, qu’est-ce qui est fait dans la lutte antidopage ? La FFME, en tant que fédération délégataire, doit respecter le code du sport. Elle est ainsi, depuis 2021, dans l’obligation de participer à la politique de lutte antidopage en lien avec l’IFSC et l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD). Cela consiste notamment en la réalisation d’actions de prévention et d’éducation , de coopération en matière de lutte contre le dopage, de vigilance dans l’application des sanctions disciplinaires ou encore la formation d’escortes antidopage pour les contrôles. En 2023, l’escalade sportive a comptabilisé 37 prélèvements , soit 0,31 % de l’ensemble des prélèvements en France , et aucun n’était anormal. Pourquoi se doper en escalade, alors qu’il n’y a pas d’argent ? Les raisons sont variées. Une fois que l’on écarte les cas de dopage « naïf », qui sont liés à une méconnaissance des produits interdits ou de la composition du produit, le dopage s’explique principalement par la recherche d’amélioration de la performance et par tout ce que cela implique sur le plan psychologique et social . Cela touche à la reconnaissance par les pairs, à l’estime de soi et à l’amélioration de son apparence . Concrètement, il s’agit d’être identifié ou reconnu comme un grimpeur fort, d’être le champion de sa salle ou de sa falaise. Il est aussi question de parvenir à dépasser ses peurs, d’être capable de prendre des risques, autrement dit d’être en mesure d’engager au-dessus du point ou du coinceur. © Kayoo L’escalade n’est donc pas épargnée. Adam Ondra a raison de dire que l’escalade est un sport qui exige beaucoup de technique , mais cela ne protège pas l’activité de cette dérive. L’aspect lucratif n’est pas la motivation première pour se doper ou adopter un comportement dopant. En conclusion, ne soyons pas naïfs. L’escalade, désormais sport olympique , n’est pas plus vertueuse que les autres disciplines. Toutefois, elle se distingue par le fait que la compétition ou la performance ne sont pas ses seules finalités.

  • À Erbil, les femmes prennent de la hauteur – et avec elles, tout le Kurdistan

    Entre l’élan des falaises du mont Safeen et le poids persistant des traditions, Erbil, capitale du Kurdistan irakien, voit émerger une génération de grimpeuses qui redéfinissent subtilement le paysage sportif local. Un récit encore confidentiel, mais dont les implications dépassent largement les parois. Le Kurdistan, c’est la carte postale tragique : montagnes accidentées, conflits sans fin, guérillas en treillis. Mais à Erbil, une autre résistance s’organise en silence. Ici, pas de slogans ni de pancartes, mais des chaussons et des baudriers. Pas de barricades, mais des falaises à franchir : la révolution se fait discrète, verticale, et à majorité féminine. L’escalade au Kurdistan : la révolte en chaussons Grimper, dans une société où les femmes sont priées de rester à l’horizontale – au sens figuré, bien sûr –, c’est déjà franchir une frontière invisible. Sur les parois du mont Safeen, chaque ascension prend des airs de défi discret aux regards obliques et aux traditions qui plombent parfois plus lourd que la gravité. Parmi ces rebelles discrètes, Mina Ayad, 29 ans, a longtemps porté seule sa corde comme une drôle de bannière. Après une brève pause pour reprendre souffle (et confiance), Mina est revenue sur la roche, entêtée mais sereine, prête à entraîner avec elle celles qui n’osaient pas encore y croire. À Erbil on assume le statut d’outsider avec la malice de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à perdre, tout à gagner. Aujourd’hui, elle grimpe régulièrement avec Hedaya Azad, 25 ans, tombée dans l’escalade comme on tombe amoureuse, par hasard mais profondément, lors d’une sortie improvisée en 2024 à Music Valley. Depuis cette rencontre, elles passent quatre jours par semaine sur les parois de Safeen, apprenant à devenir monitrices pour que cette émancipation verticale ne soit pas qu’un accident de parcours mais une voie durable partagée. Leur révolte n’est ni bruyante ni provocatrice, elle est simplement tenace. Mina et Hedaya grimpent pour affirmer tranquillement, mais fermement, que leur place se trouve au-dessus, et qu’elles n’ont pas besoin de crier pour être entendues. Le mont Safeen : le Kurdistan prend de la hauteur (et c’est pas trop tôt) À quelques kilomètres d’Erbil, le mont Safeen pointe ses 1900 mètres avec la nonchalance tranquille d’un sommet qui n’a rien à prouver. Pourtant, depuis peu, cette montagne longtemps oubliée est devenue le terrain de jeu favori de jeunes grimpeurs bien décidés à bousculer les clichés qui collent à leurs chaussons. Une quinzaine de voies y ont fleuri, du 4c douillet au 7b+ un peu teigneux, autant dire qu’ici, chacun peut trouver son plaisir – ou sa limite. Si, dès 2010, quelques expats pionniers avaient déjà tâté timidement de la perceuse au site voisin de Rabin Boya, c’est bien la récente « Music Valley » qui fait aujourd’hui vibrer la corde féminine à Erbil. Chaque semaine, Mina, Hedaya et leur joyeuse bande investissent cette vallée devenue sans le vouloir le symbole d’une émancipation à la fois tranquille et irrésistible. Pour les femmes, même cette forme d’ascension reste empreinte d’une forte dimension contestataire Certes, côté sud, Souleimaniyeh continue de jouer la grande sœur agaçante avec ses falaises bien connues à Hazar Merd, un genre de Fontainebleau kurde. Mais loin d’en faire un complexe, à Erbil on assume le statut d’outsider avec la malice de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à perdre, tout à gagner. De son côté, la KMCF (Kurdistan Mountaineering and Climbing Federation), née en 2006 mais longtemps restée endormie, semble avoir finalement décidé de muscler son jeu. Depuis 2022, elle accélère la cadence : formations régulières, escalade sur rocher et glace, secours en montagne… Bref, elle met enfin les moyens là où il faut. De quoi permettre à Erbil de grimper au niveau de sa voisine, voire de la dépasser avec un sourire en coin. L’ascension sociale : le 9a des conventions kurdes L’escalade pourrait sembler être, au premier abord, un sport de pure liberté : une paire de chaussons, de la magnésie et un horizon vertical suffiraient à dépasser toutes les frontières. La réalité kurde est cependant plus complexe. Pour les femmes, le simple geste de s’accrocher à une corde revêt ici un caractère subversif. Beaucoup de familles hésitent encore à autoriser leurs filles à grimper, moins par peur d’un accident que par crainte d’un bouleversement silencieux des normes établies. L’altitude, avant même d’être physique, est avant tout symbolique. Zhino Rafiq, alpiniste venue de Souleimaniyeh, le résumait simplement en 2022 lors de l’inauguration de la première via ferrata d’Irak à Rawanduz : « Quand tu montes, tu ne grimpes pas seulement la roche, tu affrontes aussi le regard des autres » (Rudaw, juillet 2022). Ce regard, souvent chargé de jugements implicites, constitue l’un des premiers obstacles à franchir. La grimpe existe, elle est bien là, et il va falloir s’y faire. Le succès grandissant de cette via ferrata, plus accessible et collective que la grimpe traditionnelle, révèle pourtant une appétence certaine pour la verticalité dans le quotidien des Kurdes. Mais pour les femmes, même cette forme d’ascension reste empreinte d’une forte dimension contestataire. Gravir devient un acte politique discret mais nécessaire, une grimpe sociale sans topo, où chaque mètre gagné compte. . Le crux économique Sur le papier, l’escalade kurde est un beau projet de société : des falaises à équiper partout, des grimpeuses motivées, une Fédération enfin réveillée. Mais le papier ne tient pas bien longtemps sur une paroi mal équipée. Ici, chaque spit posé coûte une petite fortune, chaque relais se négocie avec un banquier imaginaire, plutôt du genre frileux dans un pays économiquement toujours instable. En attendant, comme souvent, la débrouille fait des miracles. À Souleimaniyeh, une salle d’escalade flambant neuve, financée par des dons locaux, attire déjà une foule d’accros au vertical. Erbil regarde cette salle avec l’envie mal dissimulée du petit frère qui rêve de jouer dans la cour des grands. Faute de murs flamboyants, on s’entraîne sur celui du parc Peshmerga, où chaque séance prend des airs de manif pacifique : la grimpe existe, elle est bien là, et il va falloir s’y faire. « L’escalade, c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait nous arriver, résume simplement Hedaya. Ça donne envie d’aller plus haut. » Derrière cette phrase toute simple, c’est toute une génération kurde longtemps collée au sol qui découvre enfin comment parler le langage de la hauteur.

  • Femmes en Montagne : une ascension par la face Nord du récit féminin

    Du 13 au 16 novembre 2025, le Festival Femmes en Montagne revient pour sa sixième édition à Annecy. Cet événement est devenu au fil des années une vitrine incontournable de l’alpinisme au féminin : il questionne, bouleverse et impose subtilement une autre façon de voir la montagne. Pour cette année encore, Vertige Media n’est pas juste spectateur : nous sommes partenaire actif et engagé de ce festival pas tout à fait comme les autres. © Femmes en Montagne / Delphine Danielou On nous questionne souvent sur la raison pour laquelle Vertige Media choisit de soutenir avec tant de ferveur Femmes en Montagne plutôt qu’un autre événement. Après tout, il existe mille festivals, mille compétitions, mille sommets à explorer. Mais voilà : si nous sommes ici, c’est parce que ce festival n’est pas seulement une collection de films. C’est un laboratoire d’idées, une remise en question permanente, une ascension narrative par la face nord des clichés. Une ascension que nous partageons intimement. Montagne, je t’aime moi non plus Avant d’être une date immanquable du calendrier annécien, Femmes en Montagne est né d’un ras-le-bol créatif : celui de Tanya Naville et Léo Wattebled face à une montagne médiatisée toujours au masculin, où les femmes n’existent souvent qu’en illustration. En 2016, leur blog au titre malicieux « On n’est pas que des collants » plante le décor : il s’agit de raconter autre chose, autrement, loin du glamour forcé et des récits lissés à la perfection. Trois ans plus tard, le festival prend vie à Annecy. Dès lors, chaque automne, il réunit films amateurs et professionnels, discussions, rencontres, dans une ambiance où convivialité rime avec radicalité douce. Ici, le récit alpin traditionnel perd pied. Ici, la verticalité change de sens. Soyons clair·es : la montagne n’est pas neutre. Derrière ses paysages grandioses se cachent des schémas bien ancrés : héroïsme à outrance, conquête du sommet, verticalité viriliste. Face à cela, Femmes en Montagne ne propose pas une réponse frontale mais une subtile déconstruction narrative. Ici, on questionne tout : maternité, handicap, âge, écologie, identité de genre. On se permet de filmer l’intime plutôt que le spectaculaire, les chutes autant que les sommets. Le festival assume ses paradoxes : il ne donne pas des réponses, il propose des perspectives inédites et inconfortables. Et ça fait du bien. Programme 2025 : une sélection sans corde fixe Du 13 au 16 novembre, la sélection promet d’être riche : une trentaine de films, venus d’ici et d’ailleurs, avec un critère clair – mettre les femmes au centre du récit, devant et derrière la caméra, au-dessus et en dessous du sommet. Le programme ressemble moins à un agenda qu’à une carte aux trésors où chaque film est une surprise qui dérange, intrigue ou émeut profondément. © Femmes en Montagne / Sandrine Chiarena Mais Femmes en Montagne, ce n’est pas qu’un écran dans le noir. C’est aussi des ateliers ouverts à tous·tes, où l’on apprend à filmer, raconter, dessiner ; des débats enflammés, des rencontres improvisées. C’est un moment où l’on repense collectivement ce que signifie « être montagnard·e » aujourd’hui. Vertige Media x Femmes en Montagne : pourquoi ce partenariat est logique, évident, nécessaire On ne va pas faire semblant. Chez Vertige Media, nous n’aimons pas trop les partenariats mous, ces logos qui décorent une affiche sans rien dire. Mais ici, c’est différent. Ce partenariat, on le revendique, on le construit, on le vit, parce qu’il fait sens avec ce que nous sommes : un média qui interroge en profondeur, qui préfère les récits complexes aux exploits faciles. Vertige Media accompagne Femmes en Montagne parce que nous croyons en une montagne intellectuelle, engagée, inclusive. Parce que nous voulons être acteur·ices du changement narratif, des récits pluriels qui bouleversent les codes, les attentes, les habitudes. Nous apportons notre plume, notre exigence, notre goût du détail et de la réflexion critique. Nous rendons visible cette édition 2025 avec l’ambition commune de dépasser les évidences et les clichés qui encombrent encore trop souvent nos imaginaires. Le festival comme contre-culture alpiniste Femmes en Montagne ne vient pas simplement concurrencer les récits dominants, il les dissèque. Chaque film, chaque intervention agit comme une lame de scalpel, découpant minutieusement les représentations dominantes pour faire émerger d’autres visions possibles. Des visions où la performance n’est pas l’unique valeur, où les corps ne sont pas parfaits, où l’aventure se joue aussi dans les coulisses, loin des sommets. Ce festival redonne de l’épaisseur au récit montagnard, en introduisant la nuance, l’ambivalence, les hésitations et les échecs. C’est un festival intelligent parce qu’il nous pousse à repenser nos certitudes sur le genre, la montagne, et nous-mêmes. Le festival ne s’arrête pas aux portes du cinéma Femmes en Montagne est bien plus qu’un festival annuel. Grâce à une tournée scolaire engagée, il sensibilise les jeunes générations à l’égalité des genres dans le sport. Grâce à son accessibilité totale (films sous-titrés, interprétariat LSF), il met en acte une inclusivité réelle, concrète, palpable. © Femmes en Montagne / Sandrine Chiarena En encourageant des femmes à passer derrière la caméra, à réaliser leurs premiers films, le festival devient aussi un tremplin pour de nouvelles voix, des récits qu’on n’entendrait probablement jamais ailleurs. Il ne fait pas seulement parler des femmes, il donne aux femmes la possibilité de parler pour elles-mêmes. Novembre 2025 : pourquoi vous devez (vraiment) venir Si vous aimez les récits bien cadrés, les ascensions héroïques sans aspérité, ce festival risque de vous déranger. Mais si vous préférez les failles aux certitudes, les questions aux réponses définitives, vous devez venir. Pour rencontrer des réalisatrices audacieuses, des athlètes sensibles, des récits inattendus, et pour participer à ce dialogue permanent qui fait de la montagne un espace de pensée autant qu’un terrain d’aventure. Chez Vertige Media, nous serons là, pas seulement pour couvrir l’événement mais pour l’habiter pleinement, avec vous. Parce que nous pensons que changer la montagne commence par changer les récits qu’on en fait. On s’y retrouve ? Toutes les infos et billetterie sont à retrouver sur leur site.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Berne : programme, horaires, streaming et prize money

    Du 13 au 15 juin 2025 , après l’étape de Prague , la Coupe du monde IFSC poursuit son tour européen en posant ses valises à Berne (Suisse) . Cette compétition entièrement consacrée au bloc se déroulera dans la célèbre Festhalle , promettant un spectacle sportif exceptionnel au cœur de la capitale suisse. Voici comment suivre la compétition depuis la France : horaires précis, programme complet, streaming et détails sur le prize money. © Jan Virt / IFSC Où regarder Berne 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme d’habitude, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC . Les finales seront cependant bloquées en France et en Europe à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe . Un abonnement est nécessaire pour suivre en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel , une excellente parfaite sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéomais vous pourrez suivre les résultats en temps réel sur le site officiel de l’IFSC . Manon Hily © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Berne) Vendredi 13 juin – Qualifications bloc (pas de streaming vidéo) 09h00 à 13h30 :  Qualifications femmes (résultats live uniquement) 15h30 à 21h00 :  Qualifications hommes (résultats live uniquement) Samedi 14 juin – Demi-finales et finale bloc femmes 10h00 à 12h30 :  Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 17h00 :  Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 15 juin – Demi-finales et finale bloc hommes 10h00 à 12h30 :  Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 17h00 :  Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Berne bénéficie du statut « Premium » de l’IFSC, offrant un prize money supérieur aux étapes classiques : 🥇 1er : 6 000 € 🥈 2e : 4 000 € 🥉 3e : 2 800 € 4e : 2 000 € 5e : 1 600 € 6e : 1 400 € 7e : 1 200 € 8e : 1 000 € Suivre Berne 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Prague 2025 Dates : du 13 au 15 juin 2025, à Berne (Suisse), discipline bloc uniquement. Compétition dans la célèbre Festhalle, en plein cœur de Berne. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Premium : jusqu’à 6 000 € pour les vainqueurs. Résultats live sur https://ifsc.results.info . Mi-juin, la Coupe du monde IFSC pose ses valises à Berne pour offrir aux grimpeurs et spectateurs une compétition exceptionnelle, mettant en lumière les meilleurs spécialistes mondiaux du bloc. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Innsbruck : programme, horaires, streaming et prize money

    Du 25 au 29 juin 2025, après l'étape de Berne, la Coupe du monde IFSC continue sa tournée européenne à Innsbruck (Autriche) avec une compétition combinant deux disciplines phares : le bloc et la difficulté. L’événement se déroulera au célèbre Kletterzentrum Innsbruck, haut lieu international de l'escalade sportive. Voici comment suivre l'événement en direct depuis la France, avec les horaires précis, les liens utiles et les détails sur le prize money. © Lena Drapella / IFSC Où regarder Innsbruck 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme chaque étape, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC, mais les finales seront bloquées en France et en Europe à cause des droits exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est requis pour voir en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel, une bonne alternative sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo mais leurs résultats seront accessibles en direct sur le site officiel de l’IFSC. © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire qu'Innsbruck) Mercredi 25 juin – Qualifications Bloc 09h00 à 14h30 : Qualifications hommes (résultats live uniquement) 16h30 à 21h00 : Qualifications femmes (résultats live uniquement) Jeudi 26 juin – Demi-finales & Finales Bloc 13h00 à 15h30 : Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 19h30 à 21h30 : Finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Vendredi 27 juin – Demi-finales & Finales Bloc 13h00 à 15h30 : Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 19h30 à 21h30 : Finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Samedi 28 juin – Qualifications & Demi-finales Difficulté 09h00 à 15h00 : Qualifications hommes et femmes (résultats live uniquement) 19h40 à 22h30 : Demi-finales hommes et femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 29 juin – Finales Difficulté 19h40 à 20h30 : Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 20h40 à 21h30 : Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Innsbruck est classée « Basic » par l’IFSC, voici la répartition des gains pour les finalistes des deux disciplines : 🥇 1er : 3 690 € 🥈 2e : 2 460 € 🥉 3e : 1 722 € 4e : 1 230 € 5e : 984 € 6e : 861 € 7e : 738 € 8e : 615 € Suivre Innsbruck 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Innsbruck 2025 Dates : du 25 au 29 juin 2025, à Innsbruck (Autriche), disciplines bloc et difficulté. Compétition au Kletterzentrum Innsbruck, référence mondiale de l'escalade sportive. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Basic : jusqu’à 3 690 € pour les vainqueurs. Résultats en direct sur https://ifsc.results.info. Fin juin, Innsbruck confirme son statut de ville incontournable pour l’escalade internationale avec une étape combinant deux disciplines majeures, dans un cadre de haut niveau sportif et festif. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

  • Pollution invisible en salle d’escalade : ce que nos chaussons laissent dans l’air

    Adhérence maximale, performance ultime… Et pollution invisible. Une étude scientifique révèle que nos précieux chaussons émettent des additifs chimiques préoccupants dans l’air des salles d’escalade. À trop vouloir coller aux prises, aurions-nous perdu de vue ce qu’on respire ? © Vertige Media C’est l’un des gestes les plus anodins pour une grimpeuse ou un grimpeur : poser son pied sur une prise, ajuster ses appuis, charger son poids, recommencer. Une danse quotidienne, répétée des centaines de fois pendant chaque séance. Mais si ce geste, en apparence inoffensif, libérait à chaque mouvement des particules chimiques invisibles et potentiellement problématiques pour notre santé ? La question n’est plus une hypothèse vague ou paranoïaque, elle fait désormais l’objet d’une étude scientifique détaillée publiée dans la revue de référence ACS ES&T Air. Et les résultats méritent, pour le moins, qu’on s’y attarde sérieusement. Quand la grimpe vire à la chimie industrielle On savait déjà que les salles d’escalade étaient des environnements particuliers, saturés de magnésie et d’humidité, parfois mal ventilés. Mais le sujet mis récemment sur la table par les chercheurs concerne une autre pollution, beaucoup moins visible : les additifs dérivés du caoutchouc (RDCs) libérés par nos chaussons. Oui, vous avez bien lu : nos chaussons. L’étude, menée dans neuf salles européennes (France, Suisse, Espagne et Autriche), révèle des concentrations inédites de ces substances chimiques dans l’air et les poussières déposées. Ces composés aux noms barbares – benzothiazoles, aniline, 6PPD, 6PPD-quinone ou diphénylguanidine (DPG) – sont utilisés industriellement dans le caoutchouc des semelles pour améliorer adhérence, élasticité et durabilité. Le hic, c’est que ces produits ne restent pas sagement à leur place. Ils migrent dans l’air qu’on respire. Pollution invisible, exposition bien réelle Ce que les chercheurs ont mis en évidence est une réalité chimique cachée derrière l’apparente simplicité d’une séance de bloc. Invisibles à l’œil nu mais omniprésentes dans l’air intérieur des salles, les substances chimiques issues de nos chaussons dépassent de loin toutes les attentes initiales des scientifiques. Dans les salles analysées, les mesures précises indiquent ainsi des niveaux de RDCs à couper le souffle (littéralement) : Jusqu’à 28,4 ng/m³ dans la fraction supérieure des particules respirables. Autrement dit, à chaque inspiration, ces composés chimiques entrent directement dans votre nez et votre gorge, pour finir rapidement dans votre organisme par voie digestive. Jusqu’à 7,81 ng/m³ dans la fraction profonde, celle qui atteint directement les alvéoles pulmonaires. Là, la préoccupation monte d’un cran : ces particules fines, riches en RDCs, restent beaucoup plus longtemps dans les poumons, augmentant potentiellement leur impact sur la santé à long terme. Mais la contamination ne s’arrête pas à l’air que l'on respire. La poussière accumulée au sol, que chacun déplace sans y penser, affiche elle aussi des concentrations inquiétantes de RDCs : jusqu’à 55 µg/g, une valeur qui écrase littéralement celles relevées dans d’autres lieux clos comme les maisons, les bureaux ou même les centres commerciaux. Plus troublant encore : ces niveaux sont parfois supérieurs à ceux détectés au bord de routes très fréquentées, là où l’on s’attend logiquement à un air saturé de polluants issus des pneus automobiles. Pour mesurer pleinement l’ampleur du problème, un détail parlant : les salles d’escalade dépassent même les niveaux enregistrés dans des espaces sportifs déjà jugés problématiques, comme les salles de gymnastique chargées en magnésie ou les terrains de sport en gazon synthétique, pourtant connus pour émettre des particules chimiques issues du caoutchouc recyclé des pneus. Autrement dit, en grimpant, nous respirons plus de chimie industrielle qu’en faisant du foot sur un terrain synthétique ou qu’en nous entraînant sur une poutre chargée de magnésie. Qui l’aurait cru ? La question mérite en tout cas d’être posée clairement, sans détour : l’air des salles d’escalade, prétendument saines, ne serait-il finalement qu’une soupe chimique invisible ? © The Invisible Footprint of Climbing Shoes: High Exposure to Rubber Additives in Indoor Facilities La faute aux chaussons (et seulement eux) Évidemment, la première réaction est de chercher les coupables : d’où sort cette pollution chimique, alors même qu’on pensait les salles d’escalade plutôt protégées de ce genre de problématique ? Les chercheurs ont mené l’enquête avec minutie, écartant méthodiquement d’autres pistes éventuelles, pour ne laisser planer aucun doute : les composés chimiques en cause proviennent directement et exclusivement des semelles en caoutchouc des chaussons. Les scientifiques ont analysé en détail pas moins de 30 modèles différents du marché, et le résultat est implacable. Ces semelles, que nous chérissons tant pour leur capacité à coller aux prises, contiennent en réalité de véritables cocktails chimiques, destinés à optimiser adhérence, élasticité et résistance à l’usure. Parmi les composés détectés en très fortes concentrations (jusqu’à 3405 µg/g) figurent des accélérateurs de vulcanisation, des antioxydants industriels et divers dérivés du benzothiazole, tous largement utilisés dans l’industrie du pneu automobile. Chaque appui, chaque « zip », chaque frottement libère ainsi des particules ultrafines chargées en ces additifs chimiques. Et ces particules ne se contentent pas de tapisser les prises. Elles restent en suspension dans l’air ambiant, suffisamment longtemps pour être inhalées par tous les grimpeuses et grimpeurs présents. Mais alors, qu’en est-il de l’autre suspect habituel, la magnésie, accusée à tort depuis des années ? Les chercheurs ont balayé cette piste : l’observation minutieuse au microscope électronique a confirmé sans ambiguïté que les particules problématiques ont une structure caractéristique du caoutchouc. Rien à voir, donc, avec la poudre blanche tant décriée par ailleurs. Distinction entre magnésite et caoutchouc © The Invisible Footprint of Climbing Shoes: High Exposure to Rubber Additives in Indoor Facilities Un air chargé en chimie réactive Et ce n’est malheureusement pas tout. Les composés libérés par l’abrasion des chaussons d’escalade ne restent pas simplement suspendus dans l’air à attendre sagement d’être inhalés. Ils entrent rapidement dans une danse chimique complexe avec l’ozone ambiant, naturellement présent dans les salles. L’étude le démontre clairement : ces réactions chimiques, loin d’être anecdotiques, produisent en réalité des composés secondaires encore plus préoccupants, capables d’amplifier les risques potentiels pour la santé des personnes présentes dans les salles. Parmi les transformations les plus frappantes figure la conversion du 6PPD, un additif chimique largement utilisé comme antioxydant industriel dans le caoutchouc, en 6PPD-quinone, une molécule désormais tristement célèbre pour ses effets toxiques documentés sur la vie aquatique. Ce composé secondaire, déjà pointé du doigt pour avoir causé des mortalités massives chez certaines espèces de saumons sauvages aux États-Unis, se retrouve ainsi, de manière inattendue, dans l’air intérieur des salles de grimpe. Pour appuyer leur démonstration, les scientifiques ont conduit des expériences d’ozonation en laboratoire : des particules de caoutchouc récupérées sur les prises d’escalade ont été exposées artificiellement à des concentrations élevées d’ozone pendant plusieurs heures. Les résultats, sans appel, ont confirmé que ces transformations chimiques surviennent très rapidement. Même si, précisent les chercheurs avec prudence, les niveaux d’ozone employés en laboratoire étaient supérieurs à ceux généralement rencontrés dans les salles d’escalade, l’existence même de ces réactions pose de sérieuses questions sur l’impact sanitaire à long terme. Le phénomène, déjà observé dans d’autres contextes (comme l’usure des pneus automobiles sur les routes), prend donc une dimension nouvelle et inattendue à l’intérieur des salles d’escalade. Il justifie selon les auteurs de l’étude une urgence absolue : poursuivre rapidement les recherches pour évaluer précisément l’ampleur réelle du problème en conditions réelles, avec les concentrations typiques d’ozone des espaces clos sportifs. Exposition : un risque sous-estimé ? Si les niveaux élevés de pollution chimique dans l’air des salles sont désormais établis, reste une question essentielle : quelles sont précisément les conséquences de cette exposition régulière sur les grimpeuses et grimpeurs, et surtout, à quel point ce risque est-il sous-évalué aujourd’hui ? L’étude se penche ainsi en détail sur l’exposition quotidienne des personnes les plus présentes dans ces espaces clos : les grimpeuses et grimpeurs réguliers, mais aussi et surtout les employés, qui passent plusieurs heures chaque jour dans ce milieu potentiellement chargé en RDCs. Les résultats des calculs d’exposition quotidienne potentielle, réalisés à partir des mesures relevées, révèlent des chiffres franchement inquiétants, notamment en ce qui concerne certains composés comme les benzothiazoles et les dérivés du p-phénylènediamine (PPD et quinones associées). Les grimpeurs réguliers – a fortiori ceux qui viennent pendant les pics d’affluence, lorsque la concentration en particules est maximale – seraient ainsi exposés à des niveaux largement supérieurs à ceux observés chez les travailleurs de secteurs industriels pourtant réputés très exposés, comme l’industrie chimique ou les usines de production de caoutchouc synthétique. Plus troublant encore, l’exposition à certains composés spécifiques (notamment les quinones dérivées des PPD) dépasse nettement celle observée chez des travailleurs évoluant quotidiennement au bord de routes à très fort trafic routier, lieux pourtant emblématiques de la pollution chimique issue des pneus automobiles. Pour autant, et c’est là que réside toute la nuance apportée clairement par les chercheurs, ces résultats doivent être interprétés avec prudence : à ce jour, il manque toujours des études toxicologiques approfondies spécifiquement dédiées à ces composés dans un contexte humain. Autrement dit, bien que les niveaux mesurés soient très élevés et donc potentiellement problématiques, on ne dispose pas encore des éléments scientifiques pour prédire précisément leurs effets réels sur la santé à moyen ou long terme. Cette absence de données toxicologiques précises n’est en rien rassurante, au contraire : elle souligne plutôt un vide inquiétant, une lacune de connaissance majeure. L’étude appelle donc avec force à combler rapidement ce manque, en lançant au plus vite des recherches toxicologiques approfondies sur ces substances spécifiques dans le cadre précis des salles d’escalade. En clair, oui, l’exposition est réelle, probablement préoccupante, mais ses conséquences précises restent encore à documenter pleinement. Et il est urgent de le faire avant que les éventuels risques, aujourd’hui sous-estimés ou ignorés, ne se transforment en problèmes sanitaires bien réels. Prévention, responsabilité, innovation : les pistes de solution L’étude ne fait pas que dresser un constat alarmant ; elle suggère aussi des pistes concrètes, réalistes et immédiatement applicables pour faire évoluer la situation. La bonne nouvelle, c’est que le problème, même s’il est sérieux, n’est pas insoluble. Trois leviers principaux émergent clairement des recommandations scientifiques, chacun exigeant des efforts ciblés de la part des différents acteurs concernés. Premier levier, la ventilation : Ce n’est ni nouveau ni spectaculaire, mais c’est efficace. Une ventilation adéquate, avec un renouvellement fréquent de l’air intérieur, permet de réduire très nettement la concentration en composés chimiques libérés par les chaussons. Pour les gestionnaires de salles, cela signifie investir davantage dans des systèmes performants de filtration et d’aération, voire adapter les horaires et l’affluence des séances pour éviter les pics de pollution chimique. Deuxième levier, le nettoyage régulier : Encore une fois, une solution simple mais sous-estimée. Passer régulièrement l’aspirateur, humidifier le nettoyage des sols et des prises, ou encore mettre en place des procédures strictes d’hygiène des espaces collectifs permet de limiter fortement l’accumulation des particules fines chargées en RDCs. Enfin, troisième levier et sans doute le plus stratégique : repenser les chaussons eux-mêmes. La responsabilité incombe ici directement aux industriels et fabricants, invités clairement par l’étude à revoir leur copie. L’enjeu ? Concevoir des semelles innovantes qui offrent toujours adhérence et performance, mais avec une empreinte chimique bien moindre. Cela implique probablement de repenser totalement les formulations actuelles, voire de développer des alternatives plus écologiques, moins chargées en additifs potentiellement problématiques. Ce dernier point interpelle directement toute la filière économique de la grimpe, depuis les grandes marques internationales jusqu’aux petites entreprises spécialisées. L’innovation technique ne devra plus seulement viser la performance sportive pure, mais aussi intégrer des critères sanitaires et environnementaux élevés. Un vrai défi industriel, mais aussi une opportunité unique de montrer que la grimpe peut être pionnière dans l’alliance du sport et du respect de la santé publique. Ces trois leviers – ventilation, nettoyage, innovation des matériaux – nécessitent évidemment une action coordonnée, et surtout une prise de conscience collective rapide. Mais ils constituent aussi, selon les chercheurs, des pistes réelles et efficaces pour sortir de ce piège invisible dans lequel nous nous sommes progressivement enfermés, grimpeurs comme professionnels du secteur. Et maintenant, on agit ou on attend ? L’étude est claire sur un point essentiel : elle ne prétend pas que vos chaussons vous intoxiquent à chaque séance, ni qu’il faudrait soudainement arrêter de grimper. À présent, la balle est dans le camp des acteurs de l’escalade : fabricants de chaussons en tête, mais aussi responsables de salles d’escalade et décideurs du secteur. C’est à eux d’innover, de trouver rapidement des alternatives crédibles, de garantir un environnement réellement sain. L’enjeu est crucial : permettre à chacun de pratiquer l’escalade dans un espace réellement protecteur, sans arrière-pensée sur la qualité de l’air inhalé. Il est temps d’agir, avant que ce sujet, encore discret aujourd’hui, ne devienne le prochain grand scandale sanitaire du sport indoor. On agit maintenant, ou on attend que d’autres le fassent à notre place, avec les conséquences que l’on imagine ? À chacun de choisir. Mais choisir vite. Pour lire l'étude dans son intégralité cliquez ici.

  • CLIPPE : comment des grimpeurs ordinaires sauvent leurs falaises

    Depuis 2020 et le retrait brutal de la FFME des falaises françaises, l’association CLIPPE rassemble des grimpeurs du Royans-Vercors pour maintenir l’accès aux sites naturels. Comment ces passionnés locaux ont-ils réussi à contourner la crise ? Récit d'une bataille pour l'escalade libre. © Simon Destombes Printemps 2020 : la FFME lâche une bombe administrative en annonçant son retrait progressif des conventions de falaises françaises. De quoi transformer les grimpeurs en équilibristes juridiques, suspendus à l’incertitude de perdre leurs spots favoris. Dans le Royans-Vercors, une bande d’irréductibles locaux a refusé cette épée de Damoclès administrative et fondé CLIPPE, un collectif aux accents anarcho-bucoliques dont l'acronyme sent bon l'huile de coude et la résistance calcaire. « Un Far-West vertical » Parmi les visages de cette petite révolte locale, il y a Bastien Minni, grimpeur passionné, entraîneur et franc-tireur de l’escalade installé depuis quelques années dans le Royans-Vercors. Il le dit sans détour : pour les habitués, cette interdiction est presque un détail, « ça ne changera rien, on ira grimper pareil ». Mais loin du confort égoïste d’une falaise désormais privatisée par décret, c’est surtout une démarche « pour tous ceux qui débarquent sans connaître les lieux », les grimpeurs du dimanche, touristes et autres citadins perdus sur du calcaire inconnu, venus « user de la gomme sans la moindre info fiable ». Ce paradoxe, Bastien l’exprime sans prendre de gants : sans convention, les falaises deviennent vite « un far-west vertical ». Plus de topos à jour, plus de panneaux clairs, juste du bouche-à-oreille approximatif et une sécurité approximative elle aussi. Bref, « un jeu de piste absurde » où l’on s’en remet au hasard et à la chance. Face à cette ubuesque situation administrative, CLIPPE préfère donc transformer sa désobéissance civile en combat de terrain. Derrière la posture rebelle se cache ainsi une véritable volonté altruiste : éviter que les parois locales deviennent un piège à grimpeurs imprudents. Une sorte d’anarchisme raisonné, finalement beaucoup moins punk qu’il n’y paraît. CLIPPE : autogestion sauce anarcho-calcaire Sans chef ni hiérarchie, CLIPPE revendique clairement une autogestion joyeusement assumée, façon ZAD du calcaire mais sans les dreadlocks. Derrière ce choix presque philosophique (« on est collégiaux, on n’a pas de dirigeant » précise Bastien), se cache en réalité une nécessité pratique : s’organiser localement, vite et bien, sans attendre le feu vert d’une FFME « obnubilée par la compétition et les promesses olympiques ». « On ne parle pas d’entretien, justement, mais de veille, parce qu’on ne veut surtout pas qu’on vienne nous imposer des normes absurdes. Ici, le caillou du Vercors n’est pas toujours bon, les prises cassent facilement, et on n’a aucune envie de tomber dans un excès sécuritaire » En revanche, pour traiter concrètement les conventions, CLIPPE doit jongler avec les acteurs locaux. À commencer par la Communauté de communes (ComCom) et la FFCAM, qui certes manque de glamour médiatique, mais fait discrètement le job. Avant même d’aborder le volet administratif, l’asso s’est cependant retrouvée confrontée à un casse-tête digne d’un mauvais roman kafkaïen : identifier les propriétaires des terrains équipés. Bastien raconte avec une ironie lasse la complexité du problème, quand « la ComCom donne des parcelles cadastrales pas du tout à jour » et que certains propriétaires découvrent, souvent ébahis, qu’ils possèdent depuis vingt ans un pan de falaise régulièrement squatté par des grimpeurs. © Simon Destombes Une absurdité administrative qui oblige aujourd’hui CLIPPE à maîtriser autant les subtilités du cadastre rural que celles du dévers le plus engagé. Preuve s’il en fallait que dans le Royans-Vercors, sauver ses falaises est devenu un sport extrême à part entière. Entretenir sans normer, la stratégie du flou artistique Pour CLIPPE, tout est dans le choix subtil des mots. Prenez le terme « entretien » : bien trop connoté fédé, normes strictes et règlementations ubuesques. L’asso préfère la notion plus floue, plus poétique, et beaucoup moins contraignante de « veille ». Bastien l’explique avec une ironie soigneusement dosée : « On ne parle pas d’entretien, justement, mais de veille, parce qu’on ne veut surtout pas qu’on vienne nous imposer des normes absurdes. Ici, le caillou du Vercors n’est pas toujours bon, les prises cassent facilement, et on n’a aucune envie de tomber dans un excès sécuritaire ». « Regardez, on le fait, ça fonctionne. Organisez-vous localement pour protéger vos falaises, personne ne le fera mieux que vous » Derrière cette stratégie du flou artistique se cache une volonté affirmée : préserver la liberté historique d’équipement du massif, quitte à froisser quelques maniaques du règlement. En clair, il s’agit de garder le pouvoir sur leur propre rocher, de décider localement ce qui est acceptable ou non, loin des préconisations venues d’en haut. Ou comment transformer une simple question sémantique en arme politique efficace. Concrètement, cette veille repose aussi sur un outil participatif créé par CLIPPE : depuis le site web de l’asso, chaque grimpeur peut désormais signaler un point rouillé ou un relais douteux. Le signalement est transmis au collectif qui vérifie sur place et agit en fonction du besoin réel Falaises libérées, délivrées (ou presque) En deux ans seulement, CLIPPE a déjà quelques victoires bien réelles à afficher à son compteur. La Presqu’île, avec ses secteurs emblématiques (île du Haut, île du Bas), reprend doucement vie grâce à un lent ballet administratif de signatures et tampons officiels. La Taupinière aussi est sur le point de retrouver une existence légale, même si Bastien, avec un sourire de circonstance, avoue : « On attend encore le retour des conventions. En attendant, bien sûr, on y grimpe tous déjà tranquillement ». D’autres secteurs mythiques sont toujours bloqués dans les méandres administratifs. L’ Auberge Espagnole, joyau local, est encore suspendue au bon vouloir bureaucratique : « On en est exactement au même stade. La théorie dit que ça va rouvrir bientôt, mais on attend encore les papiers administratifs », résume Bastien sans surprise. En revanche, certaines falaises comme La Plage ou Côté Cour semblent définitivement hors-jeu. Là, ce sont des conflits insolubles avec des chasseurs locaux, qui voient d’un très mauvais œil ces grimpeurs perçus comme « des jeunes aux cheveux longs » débarquer sur leur territoire, qui condamnent ces secteurs emblématiques à rester dans l'ombre. © Simon Destombes Parmi les terrains difficiles à négocier, on retrouve aussi le secteur des Grands Goulets. Ici, la situation est moins tendue mais demande tout de même un subtil jeu diplomatique. Le propriétaire, lui-même chasseur mais plus conciliant que d'autres, accepterait la grimpe sur ses terrains à condition d’établir un calendrier précis. Une démarche plutôt ouverte et constructive, mais qui souligne encore une fois la délicatesse des négociations : un pas de travers et tout peut basculer. L’avenir : anarchistes, mais pragmatiques Soyons clairs : pour CLIPPE, il ne s’agit pas uniquement de gratter quelques euros (« même si l’assurance coûte quand même 1000 euros par an », soupire Bastien). L’argent compte évidemment, mais le vrai combat se joue ailleurs : il s'agit d’une guerre d’image, presque un bras de fer symbolique. Et face à d’autres lobbies locaux – coucou les chasseurs –, il vaut mieux ne pas passer pour une bande de doux rêveurs à peine sortis de leur combi Volkswagen. « Quand tu arrives à la ComCom et que t’annonces 150 adhérents plutôt que 25, c’est tout de suite plus crédible », résume Bastien avec lucidité. Dans ce rapport de force subtil, chaque nouvel adhérent, même symbolique, pèse plus lourd qu’il n’y paraît. La cotisation n’est plus seulement une entrée solidaire à 10 euros, mais un vrai geste politique, un moyen de rappeler aux élus locaux que l’escalade existe bel et bien, même dans les contrées reculées du Royans-Vercors. Bref, une façon simple mais diablement efficace de montrer qu’ici, quand on parle de falaise, on ne parle pas dans le vide. En refusant d’attendre passivement le retour de la FFME, CLIPPE ouvre une voie résolument différente : celle de l’autogestion locale, radicale et pragmatique. Bastien Minni y voit « un anarchisme au sens d’auto-organisation sans pouvoir ». Mais pas question ici de jouer aux punks du dimanche : cette anarchie-là responsabilise et engage concrètement chaque grimpeur à défendre son terrain de jeu. Cette démarche n’est d’ailleurs pas isolée. Depuis le retrait progressif des conventions décidé par la FFME, un peu partout en France, la réappropriation des falaises par des collectifs locaux et des clubs indépendants s’intensifie. Greenspits, créé dès 2016, avait senti venir cette crise et rassemble déjà plus de 400 adhérents engagés dans la défense et le rééquipement des falaises françaises. Des Alpes du Sud au Jura, en passant par la Bretagne ou même d’autres secteurs du Vercors, une idée fait désormais consensus : face aux inerties institutionnelles, l’escalade ne peut compter que sur elle-même, via des initiatives locales solides et pragmatiques. Le message que porte Bastien à travers CLIPPE est clair, net : « Regardez, on le fait, ça fonctionne. Organisez-vous localement pour protéger vos falaises, personne ne le fera mieux que vous ».

  • Vertige Party : le programme complet du 12 juin

    Après 1000 articles et une année à faire vivre un média indépendant consacré à l'escalade, l'équipe de Vertige Media part enfin en live pour une soirée inédite. Au programme du 12 juin : le bilan d'une aventure vertigineuse, une rencontre impossible entre Alain Robert et Éline Le Menestrel, et un moment de communion collective autour de notre passion commune. Attention, tournis général. Alain Robert, Éline Le Menestrel et Pierre-Gaël Pasquiou. Quand on a créé Vertige Media, on avait peur du vide. D'abord celui qui nous séparait du sol de notre première salle de voies, à Paris. Mais surtout, celui de nos vies à cent à l'heure, bouffées par la pression, les Zooms et les KPIs. On dit souvent que nous sommes entraînés par le précipice. Nous étions happés par le stress et la fast life à deux balles. La grimpe a été thérapeutique. Grâce à elle, on est sortis. Tout de suite. Viaduc, du grès, du Bleau, du bizarre. On s'est ouvert les bras, la tête, et les conversations. On se souviendra à jamais de notre premier contest amateur de bloc. Pour le fun, hein. L'objectif ? Pas finir dernier. On a fini avant-dernier. Et on passait juste derrière un certain… Simon Lorenzi. Contest amateur ? Et mon c**, c'est une poulie ? Un Vertige collectif Depuis trois ans, on a réappris à vivre le temps pour soi. Nos loisirs, nos soirées, nos week-ends. Au départ, c'était deux jours pour vivre. Il y a un peu plus d'un an, c'est devenu six jours pour faire vivre un média. Vertige Media est né et on a pris un virage, sec : parler d'escalade comme on l'a rencontrée. Une voie, une solution, un remède. En thérapie, on a embrassé tout ce qu'il y avait autour de la grimpe. Le lifestyle, bien sûr. Mais aussi les conseils, le dehors, les voyages, les cordées, les histoires, la binouze, les relou·e·s, les sujets. Il y en a mille. Et parmi tout ça, on s'est vite rendu compte d'une chose : Vertige Media ne parle pas de grimpe. Il parle d'un fait social, culturel et politique. Aujourd'hui, après 1000 articles, une cinquantaine de vidéos, des centaines de vannes douteuses, on a réussi à embarquer 20 000 personnes avec nous. C'est facile, c'est digital. La voie dure, la vraie, c'est de se réunir dans la vie, la vraie. C'est pour ça qu'on veut fêter ces kilomètres d'ascension avec vous toutes et tous, le 12 juin prochain. Alors, c'est à Paris - on sait, bouh - mais désolé, c'est juste une vérité : c'est là où l'histoire a commencé. Au programme : trois temps forts pour une soirée mémorable Le thème de la soirée : le vertige collectif. La communion, l'osmose, le partage. On a tellement de choses à vous montrer qu'on ne sait pas par quel nœud commencer. Alors on va faire ça dans l'ordre, voie par voie. 19h30 - Vertige Media, un an après Pierre-Gaël, notre co-fondateur et directeur de la publication, va jeter un coup d'œil dans le rétro en faisant le bilan, calmement, d'une année vertigineuse. Une année à pousser sur les bras un média indépendant consacré à la grimpe. Au menu : des chiffres qui donnent le tournis, les résultats d'une enquête de lectorat réalisée avec soin (spoiler : c’est fou, ndlr), la révélation du tout nouveau manifeste de Vertige Media et la présentation officielle de notre équipe. Une équipe qui, si, si, a bien grandi. 20h00 - La rencontre impossible : Alain Robert et Éline Le Menestrel Prenez un soloïste de 64 ans aux millions d'abonnés sur Insta, fan de champagne et de costume en peau de reptile. Ajoutez une grimpeuse pro de 27 ans, activiste écologiste qui pense sa propre pratique comme un geste politique. A priori, ça n'a pas grand-chose à voir. Et pourtant. Nous voulons confronter deux parcours hors-normes, deux générations, deux lectures du monde et deux manières de voir l'escalade au sein de la société à travers une conversation entre Alain Robert et Éline Le Menestrel. C'est du jamais-vu alors autant vous dire qu'on fait ça sans gri-gri. Cela dit, on vous promet une discussion d’exception entre deux personnalités qui ont plus de similitudes qu'elles n'en ont l'air. Sur une longueur d’une heure, trois grosses terrasses : La place de l'escalade dans leur vie Leur(s) accident(s) comme révélation La place du grimpeur pro dans le monde d'aujourd'hui Le tout, avec de la place pour vos questions à la fin, bien sûr. Parce qu'on sait que vous allez avoir des trucs à dire... 21h - On boit des coups ! Après tout ça, on donnera enfin du mou à la soirée. Ce sera le moment de se détendre en buvant un coup, en se rencontrant, en imaginant la suite tous ensemble. Alors, prêt·e pour cette soirée vertigineuse ? ✨ INFOS PRATIQUES ✨ 📆 QUAND ? Jeudi 12 juin 2025, de 19h à 23h 📍 OÙ ? Le TLM - 105 rue Curial, 75019 Paris 🚇 Métro 5 : Corentin Cariou 🚇 Métro 2 : Crimée 🚆 RER E : Rosa Parks 🎟️ INSCRIPTION : Par ici 👕 BONUS : Stand de goodies Vertige Media disponible sur place ENTRÉE GRATUITE - PLACES LIMITÉES

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