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Les salles d’escalade The Roof : enquête sur un modèle charpenté

Alors que le marché privé français souffre, le réseau de salles d’escalade indépendantes The Roof semble offrir une nouvelle voie. Adossées à un système coopératif et un réseau d’entraide unique en France, les structures projettent, entre autres, une gouvernance partagée, salaires encadrés et ancrage local. Enquête au cœur d'un modèle qui tient bon, entre pragmatisme économique et « utopie sincère ».


L'équipe de The Roof Toulouse
L'équipe The Roof à Toulouse © Julien Petitpierre

La scène est désormais un classique des temps modernes. Si vous vous placez correctement, vous parviendrez même à apprécier l’ensemble de la fresque que les salles d'escalade commerciales sont parvenues à peindre : de jeunes gens stylés sirotent une bière dans l’ambiance cosy d’un bar branché. Et ce n’est qu’au fond, derrière les salles vitrées, qu’on aperçoit les pans de murs aux prises colorées. Comme beaucoup d’autres avant elles, la salle d’escalade de The Roof à Toulouse a colorié les composantes de ce qu’on appelle désormais « un tiers lieu ». Des gens vont et viennent dans la grande salle d’accueil de la salle avec une démarche qui trahit un endroit familier. Beaucoup ne grimperont pas. Iels sont là pour ce que le lieu charrie, et un peu pour la bière artisanale et la petite restauration du coin aussi.


Good SCOP


The Roof Toulouse s’est implanté en 2023 au sein des Halles de la Cartoucherie, une ancienne usine reconvertie en friche culturelle de l’ouest toulousain. Depuis sa transformation, l’endroit est devenu une institution de la ville rose qui accueille désormais plus de deux millions de visiteur·se·s par an. Il faut passer la terrasse de la salle d’escalade et ses palmiers pour pénétrer dans l’immense nef qui abrite le plus grand « food court » de la ville mais aussi une salle de spectacle, des espaces de coworking ou encore des terrains de squash. Planté en plein coeur du projet, The Roof profite de l’effervescence. En ce week-end d’hiver, la salle organise même un festival écolo en partenariat avec les Halles intitulé « Faire écologie » où se croiseront associations, militant·e·s, et personnalités pour deux jours de débat. C’est sans doute pour cela que Pierre-Olivier Dupuy, co-fondateur et co-gérant de la salle d’escalade est encore plus débordé que d’habitude. Entre les entrées à biper, les pintes à servir et les cours qui vont commencer, il faut maintenant aussi saluer l’intervenant de la prochaine table-ronde et vérifier si la salle de conf’ est bien préparée.


 « On avait envie de monter une salle d’escalade mais on voyait bien les dérives du monde économique. On ne voulait pas devenir une entreprise classique »

Pierre-Olivier Dupuy, co-gérant de The Roof Toulouse


C’est quelque part sur le chemin de ses mille missions de la journée que Pierre-Olivier Dupuy s’installe pour causer de son modèle. À 44 ans, il fête le départ de la troisième année d’exploitation de sa salle d’escalade indépendante. En s’asseyant, le gérant se passe la main sur le crâne, jette quelques regards à droite et gauche puis sourit : « Tu vois ce festival, c’est exactement ce qu’on voulait faire ici. Réunir plein d’acteurs différents autour de valeurs communes. C’est un peu la traduction concrète de ce que représente The Roof pour moi : pas juste une salle d’escalade, mais un lieu qui a du sens. » Ancien enseignant-chercheur, Pierre-Olivier Dupuy caresse le rêve de vivre de sa passion pour l’escalade depuis 2015. À l’époque, il grimpe en club avec son pote Aurélien Guesdon, qui deviendra son premier associé. « On avait envie de monter une salle d’escalade mais on voyait bien les dérives du monde économique, explique-t-il devant un espresso. On ne voulait pas devenir une entreprise classique. En même temps, on ne voulait pas non plus rester en asso, dépendants de créneaux et de subventions. » La troisième voie s’appelle alors l’Entreprise Sociale et Solidaire (ESS) dans laquelle les deux amis plongent pour y dénicher le modèle qui coche toutes les cases : la SCOP pour Société Coopérative Participative.


Il faudra sept ans à Pierre-Olivier Dupuy et Aurélien Guesdon pour pousser pour la première fois les portes de leur salle. Adossée à l’immense projet de rénovation des Halles de la Cartoucherie, la salle The Roof Toulouse est tributaire d’un montage de projet complexe, de négociations bancaires et de galères administratives. Mais depuis l’ouverture en 2023, elle tourne plutôt bien avec ses 1,6 million de chiffre d’affaires, un chiffre en croissance de 14% de 2024 à 2025. Un chiffre surtout insolent quand on le compare à ceux présentés récemment par L’Observatoire de l’escalade qui annonce une baisse de 5% en moyenne du chiffre d’affaires des salles d’escalade privées en France. Aujourd’hui, la société que co-gère Pierre-Olivier Dupuy emploie 22 salariés, dont 8 sont associés. Et c’est sans doute ce dont il est le plus fier. « On décide ensemble, affirme-t-il. Et c’est un des principes qu’on s’était appliqués au départ de la création de la boîte. » Comme une entreprise classique, la SCOP possède une Assemblée Générale pendant laquelle sont votées les grandes décisions d’avenir : plan stratégique, investissements, rémunération et nomination des dirigeants… Sauf que dans une coopérative, une personne équivaut à une voix. « La prise de décision est déconnectée du capital, continue le co-gérant. Par exemple, avec Aurélien, on a mis 30 000 euros chacun dans la boîte. Et bien notre voix pèse autant que celle des autres qui ont apporté 3 fois moins. »


Toi, toi mon toit


Les statuts de la SCOP The Roof Toulouse prévoient que les salarié·e·s de la structure ont trois ans pour se prononcer sur leur participation au capital. À ce jour, la grande majorité des premier·e·s salarié·e·s ont répondu favorablement, deux nouvelles personnes devraient les rejoindre cette année. Pour Pierre-Olivier Dupuy, c’est « un vrai levier pour s’impliquer dans les décisions stratégiques et ne pas juste exécuter ». C’est aussi un moyen d’incarner les autres piliers du modèle, que ce soit les écarts de salaires limités de 1 à 3 (alors qu’ils vont en moyenne de 1 à 7 dans l'entreprise classique, ndlr) ou le minimum de réserve qui doit être réinvesti dans l’entreprise selon un minimum de 15%. « La majeure partie de la valeur créée doit être réinjectée à destination des personnes qui travaillent dans la structure », traduit le gérant. Autant d’éléments qui permettent peu ou prou au staff de The Roof d’accuser très peu de turn-over pour faire tourner les 750m2 de surface grimpable, le studio de yoga, de pilates, le resto et le bar.


Pierre-Olivier Dupuy et Aurélie Guesdon
Les deux co-fondateurs de The Roof Toulouse, Pierre-Olivier Dupuy à gauche et Aurélien Guesdon à droite © Julien Petitpierre

Pour autant, la SCOP ne protège pas de toutes les turpitudes. Le ciel macro-économique est le même pour tout le monde et, en 2025, il est un peu tombé sur la tête des salles d’escalade. « On a beau avoir un bon chiffre d’affaires, nous sommes à peine à l’équilibre », reprend Pierre-Olivier Dupuy. Avec ses 2500 abonné·e·s, la fréquentation de The Roof Toulouse ne faiblit pas. Mais à côté, tout augmente : les aliments, l’énergie, les prises, le ménage tandis que le pouvoir d’achat des client·e·s diminue. Une équation difficile qui nécessite une gestion extrêmement rigoureuse si l’on veut éviter une déconvenue à l’instar des Halles voisines qui viennent d’être placées en redressement judiciaire alors qu’elles jouissaient d’une popularité croissante.

Comme pour mieux résister aux vents contraires, The Roof Toulouse fait partie d’un réseau élargi de salles indépendantes réunies sous le pavillon de The Roof France. Elle-même formée en coopérative (plus exactement en SCIC pour Société d’Intérêt Collectif, ndlr), la structure forme un réseau de neuf structures réparties sur l’Hexagone : Bayonne, Brest, Poitiers, Rennes, Le Havre, Saint-Brieuc, Albi et Bourg-de-Péage. « Chaque salle est complètement indépendante, libre, autonome dans ses décisions et dans ses choix, explique Pierre-Olivier Dupuy. Nous partageons a minima un nom - The Roof -, une charte graphique et la volonté collective de s’entraider les uns, les autres. » Chaque jeudi matin, les gérant·e·s des salles The Roof se réunissent en « co-dir » pour échanger. « Pour beaucoup, c’est la première fois qu’on entreprend, continue le Toulousain. On ressent donc tous le besoin de partager nos réflexions, nos doutes, nos difficultés comme nos bonnes pratiques. » Quand Aurélien Guesdon et lui entendent parler du réseau The Roof au départ de leur aventure, il y a maintenant plus de 10 ans, il ne faut pas bien longtemps pour qu’ils se laissent convaincre par leur parcours d’intégration. « On venait de plonger dans l’ESS et les gens présents partageaient déjà toutes ses valeurs, rejoue Pierre-Olivier Dupuy. Tous·tes essayaient déjà de construire une alternative aux dérives de l’économie classique et du modèle dominant. » Bref, tout un groupe de passionné·e·s à la tête duquel se trouve un défricheur qui n’avait pas vraiment prévu d’en arriver là…


L’UCPA, le Mont-Blanc et Isabelle Autissier


L’histoire commence non loin de Toulouse, à Durfort-Lacapelette, en 2012. Alors éducateur spécialisé à la Fondation d'Auteuil, Benoît Lacroix ne le sait pas encore mais il s’apprête à chérir une passion différente de l’escalade : La Rochelle. Lors d’un week-end avec son ex-compagne, le couple s’éprend tellement de la Porte Océane qu’iels cherchent inlassablement des falaises à grimper. Problème : la Charente-Maritime offre très peu de relief. C’est alors que dans le train qui les ramène à Montauban, iels écrivent sur un bout de papier une idée folle : monter leur propre salle d’escalade. « C’était à la fois sincère et utopiste, rembobine Benoît Lacroix au bout du fil. On était gamins, on devait avoir entre 23 et 24 ans, mais on connaissait un peu les valeurs qu’on voulait mettre dans le projet. Alors on a écrit que notre ambition n’était pas de capitaliser à tout crin sur un projet d’entreprise mais de faire ruisseler la valeur ajoutée auprès de celles et ceux qui la font vivre. Sauf qu’une fois qu’on a dit ça, il faut trouver la forme. Et on n’en savait rien. »


Alors le couple fait généralement ce qu’on fait quand on cherche de l’aide : iels appellent des potes. Avec une petite bande de Montauban, iels reprennent le bâtiment d'un ancien concessionnaire de bateau et montent la salle à l’huile de coude. Sur la route, iels croisent des personnalités du monde de l’écologie et de la coopération, comme la navigatrice Isabelle Autissier. Iels convainquent aussi des élu·e·s et des acteurs locaux puis assez vite, The Roof La Rochelle ouvre ses portes, en décembre 2023. Très vite aussi, la salle d’escalade fonctionne et attire la curiosité d’autres porteur·se·s de projets locaux, à Bayonne et à Brest d’abord. « C’est à partir de ce moment-là que je me dis que le modèle peut se partager, continue Benoît Lacroix. Je formalise une espèce de doc intitulé “Recette pour faire un The Roof” et je commence à accompagner d’autres entrepreneur·e·s. Je me rends compte du même coup que je développe une passion pour le montage de projets. » 


Les Cabanes Urbaines
L'équipe élargie des Cabanes Urbaines à La Rochelle pendant El Capp Fest en 2O23 © courtoisie de Benoît Lacroix

Décidément, Benoît Lacroix est un homme de passions car l’ancien Montalbanais va en contracter une autre pour la course au large en solitaire. « C’est d’ailleurs ce qui a motivé l'implantation des premières salles The Roof sur la côte Atlantique, confie-t-il en rigolant. À l’origine, je me suis dit que c’était cool de pouvoir les rejoindre en bateau ! » L’entrepreneur ne le fera jamais mais son nouveau dada l’emmène vers une rencontre déterminante pour le nouveau réseau The Roof. « Je préparais une mini-transat et je cherchais des sponsors, raconte-t-il. J’avais rencontré celui qui allait devenir DG de l’UCPA lors d’une ascension au Mont-Blanc et j’ai donc toqué à sa porte. Il m’a répondu : “Ta mini-transat, ça ne m’intéresse pas par contre ton truc sur l’escalade, je veux qu’on en fasse partie”. » C’est alors que la grande Union nationale des centres sportifs de plein air entre dans le projet The Roof France. Et ça change pas mal de choses. « Ils ont d’abord mis des fonds propres dans la structure du réseau qui a indirectement servi à financer la création de The Roof à Brest, explique Benoît Lacroix. Puis après, on a pu bénéficier de leur assise financière, de leurs aides juridiques, de leur expertise… »


Premières tuiles


Des années après, l’UCPA est toujours là. L’association préside même The Roof France au sein de la SCIC. Et tous les jeudis matins, c’est donc Ludovic Marchant - responsable des activités sportives et du développement de l’évènementiel - qui orchestre les « co-dir » des gérant·e·s de The Roof. « On reste humble et lointain, tient-il à préciser à Vertige Media. La coopérative est vraiment gérée par les salles. On a un pouvoir de signature à la présidence, certes, mais ce sont les salles qui restent majoritaires. » Ludovic Marchant préfère se décrire comme « un maillon administratif ». C’est quand même sur sa boîte de réception que tombent en premier les mails de demandes d’adhésion au réseau. Ainsi, c’est aussi lui qui décide de réunir le groupe quand un projet local est séduisant. Ensuite, les candidats passent par un parcours d’intégration, doivent présenter leur projet au réseau et se faire challenger.


« Nous ne sommes pas des assoiffé·e·s de croissance. On n’est pas des ultra-capitalistes. On ne flambe pas, on reste prudent, on s’entraide les uns les autres »

Marine Papa, co-fondatrice de The Roof Bayonne


De son propre aveu, Ludovic Marchant sait que son organisation rassure. « C’est un gros groupe, et le banquier aime bien voir qu’on est là quand il s’agit de consolider un tour de table », explique-t-il. Pierre-Olivier Dupuy ne dit pas autre chose : « Sans l’UCPA, on n’aurait sans doute pas autant les coudées franches, même si encore une fois, il faut savoir se débrouiller sans ». D’abord séduite par l’agilité et les valeurs de l’ESS portées par le réseau The Roof, l’UCPA a aussi vu dans le développement de ces salles d’escalade indépendantes un moyen de se positionner sur un nouveau marché en croissance. C’est en tout cas, avec le recul, ce que Benoît Lacroix évoque : « Je pense qu’il y avait l’idée d'utiliser l’ingénierie qui avait été développée avec nos projets pour mettre un pied dans la porte. Est-ce que c’était clair dans leur tête à ce moment-là ? Je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est que j’ai ensuite été pas mal sollicité pour les accompagner sur leur modèle d’UCPA Sport Nation. » Aujourd’hui, sur le territoire français, l’organisation a érigé 5 de ses centres consacrés au sport indoor, qui possèdent tous un mur d’escalade.


Contest à The Roof Bayonne
Lors d'un contest à The Roof Bayonne en novembre 2025 © William Desse

Si l’UCPA rend les reins du réseau solides, c’est aussi pour mieux lui faire traverser ses zones de turbulences. En 2016, alors que l’organisation vient de rejoindre The Roof France, la machine s’emballe un peu. Toulouse pointe le bout de son nez, Rennes toque à la porte. « Sauf que ce sont deux projets d’une toute autre dimension, explique Benoît Lacroix. Deux salles qui sont adossées à d’autres programmes d’envergure : les Halles de la Cartoucherie pour Toulouse et l'Hôtel-Dieu pour Rennes. » Le fondateur de The Roof y consacre du temps, beaucoup, et se fait aspirer. « Entre ça, mon projet de mini-transat’ et d’autres trucs, je pense que j’ai renvoyé une certaine forme d’insécurité à Brest et Bayonne », poursuit-il. Résultat : en 2018, Benoît Lacroix se fait sortir de la présidence, après un vote. Et un an après, lui et son ex-compagne finiront par sortir leur salle de La Rochelle du réseau. De guerre lasse.


« C’était un des pires moments de mon existence, l’enfer. Mais c’est le jeu, ils ne voulaient plus de moi à la présidence, je connaissais les règles de la démocratie. C’est comme ça », confie celui qui a désormais monté un autre projet autour de la grimpe baptisé Les Cabanes Urbaines à La Rochelle. Dans la foulée, l’UCPA reprend les rênes et continue d’accompagner la croissance du réseau à Albi, Saint-Brieuc ou au Havre. Depuis le ramdam du bar de sa salle à Toulouse, Pierre-Olivier Dupuy quant à lui, philosophe : « Comme toute organisation humaine, le fait d’être en coopérative ne nous exempte pas de nombreux enjeux : difficultés économiques, problèmes managériaux, burn-out… » Celui qui a choisi de se faire coacher avant de se lancer dans l’entrepreneuriat tient même à rappeler une vérité : « Le surmenage est d’ailleurs un vrai sujet pour les SCOP. On observe le même phénomène de sur-investissement de certain·e·s salarié·e·s généré par le sens de leur travail. On s’investit à fond sur des sujets et enjeux qui tiennent à cœur mais qui peuvent générer surcharge mentale et difficulté à déconnecter. »


Seul avec du monde autour


Chaque porteur·se de salle d’escalade The Roof le confesse : il a fallu apprendre à rééquilibrer sa vie et parfois faire des sacrifices. Pierre-Olivier Dupuy a renoncé à certaines amitiés. Julien Muller, directeur dans le Vercors a appris à bosser 90 heures par semaine. Antonin Salze, au Havre, a appris à vivre avec le SMIC. Pour autant, si les résultats économiques varient en fonction des structures – +20% de chiffres d’affaires entre 2024 et 2025 pour The Roof Vercors, -17% pour The Roof Le Havre – toutes et tous se retrouvent à l’équilibre financier. « C’est très solide, plante Ludovic Marchant de l’UCPA. Tous les jeudis, autour de moi, j’ai des passionnés d’escalade mais j’ai avant tout des chef·fe·s d'entreprise. » Agiles, sincères, convaincus aussi que leur modèle ne peut pas tenir sans une certaine forme de rationalité. « Nous ne sommes pas des assoiffé·e·s de croissance, lance Marine Papa, co-fondatrice de The Roof Bayonne. On n’est pas des ultra-capitalistes. On ne flambe pas, on reste prudent, on s’entraide les uns les autres. Ça nous demande constamment de nous remettre en question. Et ça réaffirme nos valeurs. »


« On voulait faire du social, il fallait qu’on soit social jusqu’au bout des ongles », abonde Julien Muller de The Roof Vercors qui propose du sport-santé ainsi qu’un travail avec une poignée d’associations du coin pour démocratiser la pratique. Au Havre, Antonin Salze et ses équipes accueillent des groupes de patients en rémission de maladies longues ou d’addictologie, des enfants atteints de handicaps… Surtout, aucun n’aurait lancé sa salle d’escalade sans avoir obtenu au préalable la bénédiction des clubs ou associations aux alentours. « Ces gens-là ont ensuite été nos ambassadeur·ice·s pour attirer d’autres grimpeur·se·s », explique Antonin Salze. « Tout le coeur de The Roof est là, resitue Pierre-Olivier Dupuy. Ce sont avant tout des projets avec un ancrage local. L’UCPA, le réseau, les autres salles, ça aide, mais le plus important, c’est ce qu’on parvient à faire avec notre propre environnement. »


« Dans la dimension coopérative, il y a une combativité collective hyper sécurisante qui donne une énergie douce et chaleureuse. Moi, en tant qu’employeur, ça me porte et cette aventure collective que je fantasme depuis toujours, j’ai un peu l’impression de la vivre »

Benoît Lacroix, fondateur des Cabanes Urbaines à La Rochelle


Depuis plus de 10 ans désormais, les salles indépendantes du réseau The Roof portent un modèle différent des grands réseaux de salles commerciales. Sans investisseurs ni promesse de croissance à deux chiffres, elles semblent même mieux résister que leurs concurrentes à la première butée d’un marché désormais atone. Pourtant, Pierre-Olivier Dupuy préfère botter en touche : « Est-ce que notre modèle est plus résistant ? Seul l’avenir nous le dira ». À l’aube de cet horizon coopératif, Benoît Lacroix n’imaginait pas qu’une idée griffonnée dans un train prendrait autant d’ampleur. Aujourd’hui, avec ses Cabanes Urbaines, il est lui-même très prudent. Néanmoins, quand il regarde dans le rétro défiler les SCOP, les SCIC, la loi PACTE et autres entreprises à mission, il relâche : « C’est sûr que ce n’est pas une année où on va verser des primes et où on va faire des augmentations. Mais dans la dimension coopérative, il y a une combativité collective hyper sécurisante qui donne une énergie douce et chaleureuse. Moi, en tant qu’employeur, ça me porte et cette aventure collective que je fantasme depuis toujours, j’ai un peu l’impression de la vivre ». Et le fondateur de citer son associé, Serge Papin, ancien président de la Coopérative Système U et actuel ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’Achat : « La raison d’être crée la raison d’en être qui crée la raison d’y venir ».


Preuve que le modèle The Roof attire, le directeur de développement de l’UCPA compte dans sa boîte e-mail, une centaine de sollicitations sur ces trois dernières années. À l’été 2026, le réseau va accueillir, à Cherbourg, sa dixième salle indépendante.

 
 

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