Le Mondarrain : une ascension en pente douce
- La rédaction

- il y a 2 jours
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Au Pays Basque, le Mondarrain culmine à 749 mètres. Ce n'est ni le plus haut sommet, ni le plus difficile. Mais depuis la cime, par temps clair, on peut voir jusqu'aux plages de l'océan. J'y suis monté en août avec treize kilos dans le dos, un bon équipement, et l'idée que les montagnes n'ont pas besoin d'être inaccessibles pour valoir le déplacement.

Dans les randonnées, j'ai toujours préféré l'approche. Lire les cartes, choisir les itinéraires. Ce n'est que sur le tard que je me suis posé la question de l'équipement. Avant, l'argent manquait. L'intérêt, aussi. Désormais, le matériel fait partie de la routine, car comme beaucoup de choses dans la vie, ce sont souvent les bons outils qui accompagnent les élans passionnés. La montagne, longtemps territoire des bien équipés et des audacieux, s'ouvre à ceux qui montent simplement parce que c'est beau. Des sommets comme le Mondarrain existent précisément pour ça.
Ce matin-là, en milieu de matinée, on quitte le parking de l'un des plus anciens quartiers d'Itxassou, là où les maisons n'étaient encore que des bergeries il y a deux siècles. Ce village, situé à une petite demi-heure de Biarritz affiche le charme basque des posters de bord de mer : les murs en grès rouge, les charpentes apparentes. Les volets fermés aussi, tant la chaleur a déjà décidé d'écraser la matinée. C'est sous près de 25 degrés que nous attaquons la pente sur une sente qui part là, juste derrière les dernières façades rouges et blanches.
Sur deux petits nuages
Sous mes pieds, les SpeedGoat 7 de Hoka avalent le gravier, leur semelle de 37 millimètres au talon transformant chaque pas en quelque chose de presque souple. Dernier modèle d'une longue série, la sensation est confortable. On a l'impression de marcher sur un nuage de lait, la charge dans les talons que la mousse transforme en ressort. Ce qui, avec treize kilos sur le dos, est plutôt bienvenu. Ma fille roupille. Pour elle, cette montagne est un hamac. Et moi, sur mes pompes qui rebondissent, je me prends pour un toon. La montée s'ouvre d'abord sur une longue prairie sans ombre, sous un soleil d'août qui, vraiment, ne plaisante pas. Pour lui donner le change, je porte un t-shirt Capilene Cool Sun de Patagonia, noir, à manches courtes. Le tissu évacue la transpiration avant qu'elle ait le temps de peser, et bloque les UV sans crème. Quand vous portez un enfant sur le dos, vous n'avez pas envie de chercher votre tube au fond du sac. Vingt minutes après le départ, les épaules ne brûlent pas. Le tissu sèche même en avançant. C'est assez fou et je souris à l'idée que les marques outdoor n'arrêtent pas le progrès.

À mi-chemin, on trouve trois blocs érigés dans la prairie, d'où s'ouvre le premier panorama sur les environs, les collines du Labourd (région historique du Pays Basque français, ndlr), les crêtes d'Artzamendi (le plus haut sommet du Labourd, à 926 mètres) derrière, et puis Itxassou qui tout à coup ressemble à un petit concentré de maillot à pois du meilleur grimpeur du Tour de France. On s'arrête boire un coup. Ces blocs ressemblent à des menhirs. Peut-être le sont-ils. Le massif concentre des cercles de roches datés entre 1300 et 600 avant notre ère, des nécropoles d'altitude de l'âge du bronze. Bien au sec, perchés sur deux petits nuages dans les talons, on s'autorise mieux ce genre de digression en rando.
La forêt arrive après. On passe sous une hêtraie courte et dense qui accorde enfin du répit face au cagnard. Pas face à la pente, qui se cabre. Les lacets se succèdent, courts et épuisants, le genre de passage où les mains descendent vers les genoux pour soutenir l'effort. Le short Odlo fait son travail ici. Coupe baggy, polyamide et élasthanne, la silhouette large autorise les grandes enjambées sans que le tissu tire ou coince. Quatre poches zippées. Les clés de bagnole dans la droite, du turrón dans la gauche. On crapahute avec un vrai sentiment de légèreté.
Grimper et sentir
À 700 mètres d'altitude, juste avant le sommet, on entend des voix. Des jeunes grimpent une paroi courte. Je m'arrête pour les regarder. J'ai une rupture partielle de la poulie à l'annulaire droit. Donc, un peu les boules. Grimper sur des voies courtes, avec la vue sur l'ensemble du Pays basque, doit être bien agréable. Je me détends en me disant que ce moment de contemplation répond à la philosophie pyrénéiste. « Ascensionner, écrire et sentir », écrivait Henri Beraldi dans son ouvrage Cent ans aux Pyrénées. Le pyrénéisme s'est longtemps développé face aux obsessions de performance alpine. À l'alpinisme, des écrivains et des scientifiques ont décrété que les Pyrénées se ressentaient avant de s'en emparer.
Pour autant, j'ai bel et bien des chaussures de trail au pied. Façonnées pour des courses ultra-longues (genre 180 bornes messieurs-dames, ndlr), les SpeedGoat accrochent bien. Ce qui compte ici, c'est ce que ça change : avec du poids sur les épaules, cette semelle généreuse fait que le caillou se sent moins, la descente se passe mieux, les genoux restent en état pour le lendemain. Le plateau s'ouvre d'un coup, et avec lui la croix et le mât où l'ikurriña, le drapeau basque, claque dans le vent chaud. On s'assoit dans l'herbe.

Devant nous, les Pyrénées s'étalent dans toute leur largeur, du pic d'Anie à celui d'Orhy, de la crête espagnole jusqu'aux premières plaines béarnaises. À gauche, la vallée de la Nive serpente vers Cambo-les-Bains. Si l'on regarde encore plus loin, au-delà du relief qui s'aplatit progressivement, l'horizon prend une teinte différente, plus blanche, presque translucide. Ce sont les pinèdes landaises. Et derrière, qu'on ne distingue pas vraiment mais qu'on devine à cette clarté particulière, les plages. Labenne, peut-être. L'océan, pour sûr.
Autour de nous, parmi l'herbe rase, des ruines. Des vieux murs effondrés qui se confondent presque avec le terrain. En novembre 1813, alors que les armées de Wellington remontaient d'Espagne pour reprendre pied sur le sol français, le maréchal Soult avait établi ses défenses sur ces hauteurs. Le Mondarrain constituait l'extrémité gauche de toute sa ligne : un verrou naturel. En jargon militaire, on appelle ça une redoute, soit un petit ouvrage fortifié qu'on installe comme un rempart.
On redescendra en une heure. La semelle absorbe les chocs, les genoux ne sentent pas le terrain. C'est en descente que l'avantage d'un amorti généreux se manifeste le mieux. Pas de gloire là-dedans. Juste du confort qui préserve des articulations qui commencent à grincer. Et l'idée un peu cavalière de se prendre pour un cabri. Traduisez SpeedGoat et vous comprendrez.
Le Mondarrain n'est pas le plus haut sommet des Pyrénées. Ce matin-là, avec un bon équipement et des élans paisibles, ce fut un plaisir.
Infos pratiques pour la rando du Mondarrain : si vous partez depuis le quartier Ateka/Sanoki à Itxassou, comptez 2h pour 650m de dénivelé positif. Quelques passages rocheux à l'approche du sommet, sans difficulté technique. Pour le matériel que nous avons utilisé :
Les chaussures : Hoka SpeedGoat 7 à 164,90 euros
Le haut : Patagonia Capilene Cool Sun, 75 euros
Le short : Odlo Essential Cargo Baggy à 99,95 euros












