top of page

Jean Rouaux, ou l’art de ne pas « tricher »

À 23 ans, Jean Rouaux est de ces Chamoniards qu’on pourrait croiser sans les voir : moniteur d’escalade, discret, pas franchement en quête de lumière. Et pourtant, l’été dernier, il a tenté une traversée radicale — relier Chamonix au Népal à vélo pour approcher l’Ama Dablam, sans raccourci, avec une obsession presque intime : ne pas « tricher ». Derrière le projet, il y a un tempérament : une manière d’habiter la montagne, de regarder la performance, et de raconter le monde à hauteur de route.


Jean Rouaux
Jean Rouaux © Simond

« Tac. Oula, on est parti, là. » Il le dit comme on ouvre une porte un peu trop vite, avant de rire et de ralentir. Jean Rouaux a ce débit qui trahit les gens pressés — pas pressés d’arriver, plutôt pressés d’être dedans. À Chamonix, entre deux rendez-vous, on le retrouve dans ce moment flottant où la vallée reprend sa place : pas une scène de sommet, pas un récit léché, juste un type qui parle comme il vit, sans chercher à impressionner. Il n’a pas le ton grandiloquent des aventuriers de dossier de presse. Il a plutôt l’humour sec des gens qui ont passé beaucoup d’heures dehors, et la lucidité de celles et ceux qui savent qu’un projet peut tenir à une crevaison mal gérée, à un visa refusé, à une intoxication alimentaire. Quand il évoque ce qu’il a fait, il ne « vend » pas une performance : il remet du concret, du fragile, du quotidien. Il revient souvent au même vocabulaire, comme un tic de langage qui serait aussi une boussole : la route, le bivouac, la fatigue, « le crux », et cette idée fixe — tenir une ligne.


Jean Rouaux, 23 ans, moniteur d’escalade à Chamonix, a quitté la vallée le 10 août à vélo pour rejoindre le Népal et tenter l’Ama Dablam. Il atteint Katmandou en 58 jours, après environ 12 000 kilomètres. Sur la route, il est contraint de prendre un avion sur une courte portion, à cause d’un blocage administratif — une entorse qu’il raconte comme un moment de rupture. Puis, dans la vallée du Khumbu, son projet s’arrête net : une infection, l’hôpital à Lukla, et l’abandon à 4 100 mètres. Mais avant d’être ce voyage-là, Jean est d’abord un enfant du coin. « J’ai grandi ici, à Chamonix. Je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit : l’escalade, le milieu de la montagne. » Un peu de club, un peu de compétition, puis des blessures à l’adolescence qui l’obligent à lever le pied. Vers 16 ans, il revient à la grimpe et se fixe un cap clair : passer son DE — le diplôme d’État qui permet d’encadrer professionnellement. À 18 ans, c’est fait. Pourquoi si tôt ? « C’était la passion. J’ai toujours aimé grimper. J’ai toujours bien aimé le côté pédagogie, l’enseignement. ». Il le dit sans posture, avec une forme de candeur qui revient souvent chez lui : « Je ne savais pas trop dans quoi je me lançais. Finalement, j’adore ce que je fais ». Pour y arriver, il accélère tout, quitte à tordre un peu la trajectoire scolaire avec une dernière année de lycée par correspondance : « J’étais pressé. Et puis, je n’avais pas envie de rester coincé au lycée encore ».


Le vélo comme outil


Le vélo, dans cette trajectoire, n’arrive pas par amour du cyclisme. Il arrive par friction. Jean Rouaux tente un détour par des études, s’installe à Lyon, s’intéresse au journalisme… et se heurte à une sensation qu’il formule sans détour : « Le milieu de la ville, en ayant grandi ici, j’ai vraiment du mal à m’y faire ». C’est là qu’une rencontre de salle de classe ouvre une porte. Un camarade, des parties d’échecs, des « jeux de géographie » sur Google Maps, et une histoire racontée presque comme une blague familiale : le grand-père du camarade est allé plusieurs fois jusqu’au Cap Nord à vélo. Il lui partage qu'il ferait bien ça « d’ici une dizaine d’années ». Jean Rouaux tranche : « On va le faire l’année prochaine ».


Jean Rouaux
Jean Rouaux © Simond

Le plus frappant, c’est son absence de base. « Non, j'avais jamais fait de vélo avant, dit-il. La dernière fois que j’en avais fait, je devais avoir 10 ans. » Il achète un vélo, des sacoches, et commence par se confronter au réel : un Tour du Mont-Blanc « un peu pourri », des galères de logistique, une crevaison mal gérée, du temps perdu, un corps qui apprend. Il enchaîne ensuite avec une boucle jusqu’en Angleterre pour voir un ami : « J’ai dû faire 3 000 bornes au total… je crois que j’ai mis un mois ». Loin de se construire une identité de cycliste, il dit l’essentiel : ce n’est pas le vélo qui l’attire, c’est l’objectif lointain. « Je ne suis pas trop fan du cyclisme en tant que tel, explique-t-il. C’est juste qu’en fait, avoir un objectif comme ça sur le long terme, c’est trop bien. »


« Moi, je faisais du bivouac tout le long… L’activité n’est pas du tout adaptée à la demande de visa. Je n'avais jamais d'adresse à donner »

Jean Rouaux


Le Cap Nord, ensuite, sert de révélateur : « 9 000 kilomètres en 60 et quelques jours », la Laponie en hiver. Mais dans ses sacoches, Jean emporte autre chose que de quoi manger et dormir : un morceau de son identité. « J’avais pris une poutre, des chaussons et de la magnésie. » L’escalade n’est pas un sport parmi d’autres dans son récit : c’est la base, la grammaire. Celle qu’il a apprise enfant à Chamonix, celle qui l’a ramené à 16 ans après les blessures, celle qui l’a poussé à passer son DE et à encadrer. Sur la route, il continue donc à « parler » cette langue-là pour ne pas se laisser happer par le vélo — qui reste, dans sa tête, un moyen plus qu’une fin. « Une fois tous les quatre jours, je faisais une séance de poutre. » Et dès qu’il croise du caillou, il s’arrête : sur la côte norvégienne, dans les Lofoten, « j’ai fait quelques blocs là-bas… c’était complètement mythique ». Sans crashpad, sans enjeu de cotation, sans mise en scène : juste pour garder le contact avec ce qui, chez lui, ne bouge pas. C’est là que l’idée se cristallise, presque malgré lui : « Ah ouais, mais attends, il y a quelque chose à faire. »


Le danger en trois bandes


Ce « quelque chose », ce sera le Népal. Jean Rouaux se met à chercher ce qui a déjà été tenté en mélangeant vélo et alpinisme, tombe sur l’histoire de Göran Kropp — un alpiniste suédois qui avait relié son pays à l’Himalaya à vélo — et le projet prend forme. Il ne se raconte pas comme un futur influenceur. « Moi, j’ai jamais posté sur les réseaux sociaux, j’ai jamais voulu médiatiser ce que je faisais. » Le film viendra presque malgré lui : un ami le pousse à contacter Simond, la marque chamoniarde rachetée par le groupe Decathlon. Jean Rouaux tente sans stratégie, avec une phrase : « Je pars, vous me donnez ce que vous voulez, mais je partirai quand même ». À l’époque, dit-il, il n’a ni audience ni savoir-faire d’image : « J’avais 500 abonnés sur Instagram, et je ne suis pas particulièrement doué en prise d’image ».


Jean Rouaux
Jean Rouaux © Simond

Sa préparation, elle, casse un autre cliché : pas d’obsession du « physique ». « Pour la préparation physique, je n'ai pas fait grand-chose, parce que je me suis rendu compte que ça ne servait pas vraiment », confirme-t-il. Il l'explique simplement : l’entraînement améliore le début du trajet, puis rapidement la fatigue s’installe, et il faut apprendre à fonctionner avec. La vraie préparation se fait dans la tête et dans l’administratif : partir seul, loin, longtemps, avec des visas conçus pour des voyageurs qui réservent des hôtels. « Moi, je faisais du bivouac tout le long… L’activité n’est pas du tout adaptée à la demande de visa. Je n'avais jamais d'adresse à donner. »


« Rouler sur le plat… ça m’emmerde »

Jean Rouaux


Et surtout, Jean Rouaux remet la peur à sa place : « Avec le recul, maintenant, je sais que le risque principal, c’est quand même la route ». Pas « l’étranger », pas l’inconnu : la circulation, la vitesse, les dépassements. Il situe même son passage le plus tendu en Europe : « Peut-être entre la Bulgarie et… la Turquie ». Il a une image, précise, presque drôle si elle n’était pas aussi inquiétante : « En Bulgarie, ils ont deux voies. Mais en fait, ils en inventent une troisième au milieu pendant qu’ils doublent ». Pour lui, le crux — le passage clé, en jargon d’escalade — n’est pas un col : c’est l’asphalte.


Le 10 août, Jean Rouaux quitte Chamonix. Et le plus difficile, paradoxalement, n’est pas le lointain : c’est le proche. Les premières heures ont un goût particulier, parce que la marche arrière reste visible. « En voiture, si tu passes par le tunnel, tu es rentré chez toi en 15 minutes. » À vélo, le même relief se transforme en rappel permanent : il faut gagner chaque kilomètre, alors qu’on connaît par cœur l’alternative. Le départ devient une négociation intérieure — tenir, ne pas se raconter d’excuse, laisser la vallée se refermer derrière soi. Puis, au fil des jours, la tentation change de forme : la distance s’installe, la logistique est derrière, et ce qui paraissait impossible devient simplement… la journée à faire. « Plus tu vas avancer, plus ça va aller », se répète-t-il. Et dans cette durée, la vie se concentre sur l'essentiel. « Souvent, je pense à manger quand même », dit-il. La phrase amuse, mais elle dit une réalité élémentaire : chercher de l’eau, chercher de quoi se nourrir, trouver un endroit pour dormir, recommencer. « Là, c’est très simple. On pense à survivre, à aller au point B. » Il n’écoute presque pas de musique, deux morceaux en deux mois, au maximum. Il veut garder l’esprit libre, ne pas se fabriquer une bande-son qui couvrirait le paysage.


Jean Rouaux
Jean Rouaux © Simond

Il bivouaque quasiment tout le temps : « Sur 58 jours, j’ai dû faire 50 bivouacs… peut-être 52 ». Les ennuis sont rares : une histoire de chiens, une nuit « rincée » parce qu’il s’est posé trop vite, un soir au Pakistan où l’hospitalité et la curiosité deviennent oppressantes — il finit par craquer et prendre un lodge. Et il y a ce choix révélateur : pas de cadenas pour son vélo. « Je fais confiance », glisse-t-il. Il constate même que le risque de vol lui semble en réalité plus élevé en France ou en Italie, là où « les gens comprennent qu’un vélo, ça peut vraiment avoir de la valeur ». Ailleurs, on le prend pour un pauvre et on lui propose même de l’argent.


« Je n’avais pas triché une seule fois… et là, en fait, tout s’est effondré »

Jean Rouaux


Quand il cherche à se remémorer le « meilleur moment », il ne cite pas une arrivée. Il parle de verticalité — celle qu’il attend instinctivement, lui qui vient des montagnes. Il déteste le plat : « Rouler sur le plat… ça m’emmerde », plaque-t-il. Après deux semaines de désert face au vent, l’arrivée au Tadjikistan marque une bascule : « Et là, d’un coup, la verticalité ». La Pamir Highway, les plateaux à 4 000 mètres, puis la remontée vers le Pakistan. Bref, une journée face au Nanga Parbat. « C’était fou », lâche-t-il. Il insiste sur le vertige temporel, celui qui ne se photographie pas : un mois et demi plus tôt, il était « sur [son] canapé à Cham ».


L’avion, la fissure


Le pire moment, lui, n’a rien d’épique. Il est fait de formulaires, de délais, de portes qui se ferment. En Turquie, Jean Rouaux comprend que son visa iranien ne tiendra pas. Il avait tenté d’anticiper, s’était rapproché d’un service de visas, avait cru que ça passerait. Puis tout se bloque. Les alternatives ne se présentent pas comme dans les récits d’aventure : elles ont des horaires, des frontières fermées, des incertitudes administratives. Attendre devient un pari. Et lui a une contrainte de calendrier en tête : « Fin octobre, il fallait que je sois déjà sur la montagne », pour laisser une place à l’acclimatation et à la fenêtre météo.


Dans ce jeu-là, la bureaucratie gagne. Il prend un avion sur environ 500 kilomètres. Ce n’est pas le fait de voler, en soi, qu’il juge. C’est l’entorse à sa règle personnelle : ne pas rompre la continuité. Il raconte avoir refusé plusieurs fois qu’on le prenne en stop depuis son départ de Chamonix, par obstination autant que par logique : sortir une fois de la ligne, c’est ne plus savoir quand tu y reviens. Là, il se retrouve cloué sur un siège, à regarder le sol défiler trop vite. « Franchement, j’étais dans l’avion… C’était horrible. » Puis il lâche la phrase qui résume la défaite intime : « Je n’avais pas triché une seule fois… et là, en fait, tout s’est effondré ».


 « L’alpinisme, c’est tout ce qui va te mener jusqu’au pied de la montagne. Et si ça ne marche pas… il faut rester humble »

Jean Rouaux


C’est aussi ça, son aventure : une morale à usage interne. Il ne cherche pas à donner des leçons. Il décrit un pacte avec lui-même, et ce moment où il casse. Le voyage reprend malgré tout, comme ils reprennent tous : un carton à trouver pour le vélo, des heures d’attente, et puis le Kazakhstan, le désert, l’impression de repartir à zéro. La fissure ne disparaît pas, mais elle s’intègre au récit, comme une cicatrice : la preuve que l’éthique ne tient pas toujours face au réel.


Jean Rouaux arrive à Katmandou en 58 jours, « très en avance » sur ce qu’il avait imaginé. Une journée de pause, la récupération des affaires, puis encore du vélo vers Jiri, ancien point de départ « à pied » vers le Khumbu. Ces deux jours lui coûtent plus qu’il ne l’admettrait volontiers : « Le vélo, dans ma tête, je l’avais rangé dans la cave. » Il se force encore, grimace, puis se retrouve enfin dans ce qu’il était venu chercher : marcher, sentir le Népal, entrer dans la vallée.


Là, il explose de motivation. Il parle d’une euphorie presque physique, d’une vitesse absurde : il couvre en deux jours une portion qui se trekke en près d’une semaine. « J’étais tellement refait… j’avais une pêche d’enfer », raconte-t-il. Et puis tout bascule sur un détail banal, presque humiliant : « Je mange un truc qu’il ne fallait pas ». Il tombe malade, continue malgré tout, s’épuise. À 4 100 mètres, le corps ne récupère pas. « Shutdown à 4 100, c’est compliqué. » Il décrit la faiblesse, les vertiges, les hallucinations, l’hôpital de Lukla, et cette sensation d’être sorti de son propre projet sans avoir eu le temps de comprendre.


« Moi, je suis à la base très discret… je ne voulais pas du tout être dans la lumière »

Jean Rouaux


Dans cette séquence, son récit prend une autre densité. Parce que l’échec n’est pas seulement biologique. Il raconte aussi le choc dans le Khumbu : le tourisme, la consommation, certains rapports de domination entre clients et Sherpas. À l’hôpital, dit-il, le personnel soignant lui rapporte une anecdote qui le marque : une femme locale en complications d’accouchement, et la priorité donnée à « un touriste qui payait ». Il le dit sans faire du cas une théorie, mais avec une blessure nette : « Quand tu vois ça… ça fait mal ». Et c’est là qu’il formule sa définition de l’alpinisme, même s’il n’a pas « fait » la montagne au sens attendu. « L’alpinisme, c’est tout ce qui va te mener jusqu’au pied de la montagne. Et si ça ne marche pas… il faut rester humble », philosophe Jean. Puis, comme une limite claire posée au milieu du chaos : « Tous les moyens ne sont pas bons pour atteindre un sommet ».


La grimpe, la fame et l'aventure sur 20 mètres


Le retour, Jean Rouaux le raconte avec deux chiffres qui se contredisent et qui, ensemble, disent beaucoup : « Je suis parti, je faisais 70 kilos. Je suis revenu à 53 ». Quinze kilos envolés, une fatigue qui n’a plus rien d’un entraînement : la somme des jours, des nuits, de l’eau à gérer, de la chaleur, des heures de selle. Il dit qu’il a eu faim « un peu », par moments. Il ne dramatise pas, mais on entend ce que ça coûte : l’aventure sur la durée use la machine, même quand l’esprit tient.


Jean Rouaux
Jean Rouaux © Simond

Et puis il ajoute l’autre chiffre, presque comme un objet posé sur la table : « Par contre, 40 000 abonnés en plus ». Jean Rouaux insiste sur la surprise. « Moi, je suis à la base très discret… je ne voulais pas du tout être dans la lumière. » De retour à Chamonix, il se fait reconnaître. Une notoriété de vallée, parfois amusante, parfois gênante : l’impression d’être devenu « quelqu’un » pour un voyage, alors que sa vie quotidienne, elle, reste faite de séances de grimpe , de jeunes à encadrer, de pédagogie.


Du côté du sponsor, il dit n’avoir subi aucune pression. Simond finance l’expédition. Lui doit ramener des images pour un film. Le fait de ne pas atteindre le sommet n’a pas été un problème. Finalement la pression la plus lourde venait des proches, tellement investis dans le projet qu’ils ont vécu l’abandon comme une défaite personnelle. Et il y a, derrière, cette réalité contemporaine qu’il assume sans en faire un slogan : Instagram n’était pas « le deal », mais il s’est mis à publier, beaucoup, « une vidéo par jour ». Comme si le récit s’était imposé en même temps que l’expédition, qu’on le veuille ou non.


« Quand je suis ici, je mets des trucs de grimpe sur Insta', ça n’intéresse personne »

Jean Rouaux


Aujourd’hui, on lui demande même de parler communication à d’autres athlètes. Il sourit, doute, et lâche une phrase qui résume son rapport à la visibilité : « Je n’ai vraiment pas l’impression d’être le mec le mieux placé pour faire ça ». Ça marche, dit-il, mais « un peu par hasard ». Il refuse aussi la posture du donneur de leçons : oui, ses voyages peuvent inspirer des pratiques plus sobres, oui, il est sensible à l’écologie — il vit « en face des glaciers » — mais il se méfie du ton moralisateur. Il connaît ses propres contradictions : la production de contenus, l’empreinte numérique, l’économie de l’attention. Sa cohérence, encore, n’est pas un étendard : c’est une prudence.


À la fin, Jean Rouaux parle de ce qui l’intéresse vraiment : l’escalade. Pas comme décor, comme travail. Il s’entraîne, il a des programmes, il veut progresser. « J’aimerais bien faire du 8C l’année prochaine », lance-t-il. Et il pose un constat, sans amertume, mais avec lucidité : ce n’est pas ça que son public vient chercher : « Quand je suis ici, je mets des trucs de grimpe sur Insta', ça n’intéresse personne ». Il résume le problème d’une phrase simple : « Il est où le voyage sur une ligne de 20 mètres ? ». Lui dit pouvoir vivre « une aventure aussi intense » sur une voie courte que sur 1 000 km de route. Néanmoins, ce n’est pas lisible pour le grand public, pas immédiatement partageable.


Alors il cherche une jonction. Il nous parle de trad en Angleterre, de projets d’autonomie avec pulka, de l’idée de revenir un jour vers un « Ama Dablam » complet : le matériel sur le vélo, l’aller-retour, et — peut-être — un sommet. Il parle aussi de son envie de passer guide, parce qu’à Chamonix la montagne est vaste, et l’encadrement de « mi-montagne » a ses limites. Et il garde au centre ce qui, chez lui, n’a pas bougé : l’envie de transmettre. Dans son récit, l’aventure n’est pas une fuite. C’est une manière de refuser les raccourcis — y compris quand ils sont confortables. « Je n’avais pas triché une seule fois », dit-il, comme on parle d’un point d’honneur qu’on n’explique pas vraiment. Puis il raconte le moment où ce point d’honneur se fissure. Et c’est peut-être là, précisément, que son portrait tient : dans cette tension entre une ligne qu’on veut garder droite, et le monde réel qui vous oblige, parfois, à composer.

Avez-vous remarqué ?

Vous avez pu lire cet article en entier sans paywall

Chez Vertige Media, articles, vidéos et newsletter restent en accès libre. Pourquoi ? Pour permettre à tout le monde de s’informer sur le monde de la grimpe — ses enjeux sociaux, culturels, politiques — et de se forger un avis éclairé, sans laisser personne au pied de la voie.

 

Avec le Club Vertige, nous lançons notre première campagne de dons. Objectif : 500 donateur·ices fondateur·ices pour sécuriser l’équipe, enquêter plus, filmer mieux — et réduire notre dépendance aux revenus publicitaires.

 

👉 Rejoignez le Club Vertige dès aujourd’hui et prenez part à l'aventure la plus cool de la presse outdoor.

Je soutiens.png

PLUS DE GRIMPE

bottom of page