Genre, politique et performance : l'escalade brise le mythe de la testostérone
- Marion Reymund

- il y a 4 heures
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La testostérone est loin d'être une simple molécule. Largement instrumentalisée, elle se retrouve au cœur d'exclusions, de polémiques et de pas mal de contradictions. Dans sa première enquête vidéo, Vertige Media décrypte la façon dont la testostérone est devenue un levier politique dans le sport, et comment l'escalade révèle les failles du système.
Janja Garnbret domine l'escalade mondiale comme personne avant elle. Doublement médaillée olympique, multi-championne du monde, la Slovène de 26 ans est considérée comme la meilleure grimpeuse de tous les temps. Une question revient pourtant sans cesse : pourrait-elle battre les hommes ? Dans l'escalade, où l'écart de performance entre les genres est quasi inexistant, cette interrogation révèle bien plus qu'une simple curiosité sportive.
Selon l'étude du chercheur Collin Carroll de Columbia University, l'escalade serait le seul sport où cet écart est si mince, presque imperceptible. En difficulté, le record féminin de Brooke Raboutou culmine à 9b+, contre 9c pour les hommes. En bloc, les femmes grimpent jusqu'à 8C+, les hommes à 9A, soit un tout petit niveau de plus. Des différences infinitésimales comparées aux autres disciplines sportives, où les écarts atteignent 10 à 30%, d'après la fédération internationale World Athletics.
Derrière ces chiffres se cache une molécule devenue symbole : la testostérone. Cette hormone anabolisante, qui favorise le développement musculaire et la force physique, est souvent présentée comme l'explication ultime des différences de performance entre hommes et femmes. Dans la plupart des sports, elle joue effectivement un rôle déterminant. Mais l'escalade raconte une autre histoire. Les grimpeuses possèdent des atouts que la seule testostérone ne peut expliquer : un meilleur ratio poids/force, une souplesse accrue liée aux hormones « féminines », une endurance musculaire supérieure grâce à une répartition différente des fibres musculaires. La performance en escalade est multifactorielle, et la testostérone n'y règne pas en maître absolu.
Pourtant, cette molécule est devenue un champ de bataille politique. L'affaire Imane Khelif aux JO de Paris 2024, l'Executive Order signé par Donald Trump en février 2025 excluant les femmes transgenres des compétitions américaines, l'annonce du CIO de rétablir les tests génétiques de féminité et, plus récemment, d'exclure les sportives transgenres des épreuves olympiques féminines pour les JO de 2028 montrent une chose : la testostérone n'est plus une simple donnée biologique, c'est un levier de pouvoir. En escalade, où USA Climbing a dû se plier à la directive américaine d'exclusion, l'absurdité du système saute aux yeux. Comment justifier l'exclusion de grimpeuses trans dans un sport où l'avantage hormonal est marginal ? Où les femmes cisgenres dominent déjà avec des performances frôlant celles des hommes ?
Entre science instrumentalisée, discrimination assumée et questionnements éthiques, la testostérone révèle surtout la façon dont le sport devient le terrain d'idéologies qui dépassent largement le cadre sportif. L'escalade, par son exception, met en lumière les failles d'un système qui mesure la « féminité » à l'aune d'un chiffre. C'est tout le sel de notre vidéo-enquête, à découvrir dès à présent sur notre chaîne YouTube.













