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Tests de féminité aux JO 2028 : une coalition sportive et associative dénonce « une police du genre »

Après la décision du Comité international olympique (CIO) de conditionner l’accès aux épreuves féminines des Jeux de Los Angeles 2028 à un test génétique fondé sur le gène SRY, plusieurs structures sportives, associatives et médias indépendants — dont Vertige Media — demandent l’abandon du dispositif.


Compétition escalade
© David Pillet

Le débat sur les frontières de la catégorie féminine dans le sport de haut niveau vient de franchir un nouveau cap. Le 26 mars 2026, le CIO a présenté une nouvelle règle d’éligibilité pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Désormais, toute athlète souhaitant s’aligner dans une épreuve féminine devra se soumettre à un dépistage génétique unique visant à détecter la présence du gène SRY, généralement associé au développement sexuel masculin. Le test pourra être réalisé par prélèvement buccal, salivaire ou par prise de sang.


Officiellement, l’instance olympique justifie cette mesure par un impératif d’équité sportive et de sécurité. Applicable dès les tournois de qualification ainsi qu’aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), cette réglementation aura pour conséquence directe d’exclure les athlètes transgenres des compétitions féminines. Le CIO prévoit néanmoins des exceptions pour certaines personnes présentant des variations du développement sexuel (VDS), notamment lorsqu’il est établi qu’elles ne tirent pas d’avantage physique lié à la testostérone.


Retour de bâton


En France, plusieurs organisations sportives et associatives contestent déjà cette décision. Dans une tribune collective publiée par Sport et plein air, le média du sport populaire de la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail, ndlr), une coalition dénonce ce qu’elle qualifie de retour des « tests de féminité ». Aux côtés de la FSGT, le texte est notamment signé par Rouge Direct, le FC Paris Arc-en-ciel, Paname Pride FC, l’Anestaps, la Fédération sportive LGBT+, la Fondation Fier, Vent Debout et Vertige Media.


« Le monde du sport se doit de protéger les femmes. Non en excluant certaines, mais en changeant un système qui les instrumentalise, les violente et les domine depuis toujours »

Extrait de la tribune.


Le communiqué, dont la diffusion coordonnée est prévue ce vendredi 15 mai à 11 heures, dénonce des mécanismes discriminatoires qui renforceraient « la stigmatisation et le contrôle des corps des sportives ». Selon les organisations signataires, les athlètes transgenres et intersexes sont les premières visées, mais la portée symbolique du dispositif concerne plus largement l’ensemble des femmes engagées dans le sport de haut niveau.


Le sujet réveille une longue histoire de contrôle des corps féminins dans le mouvement olympique. Interrogée sur la décision du CIO, la ministre des Sports Marina Ferrari a rappelé que « ces tests, mis en place à partir de 1967, ont pris fin en 1999 du fait des fortes réserves de la communauté scientifique quant à leur intérêt ». Elle a dénoncé un « retour en arrière » et alerté sur les questions éthiques, juridiques et médicales posées par la généralisation de tests génétiques.

Du côté du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), la position est plus prudente, mais les réserves existent également. L’instance reconnaît que les tests SRY soulèvent des « questions éthiques et scientifiques majeures » et pointe un problème juridique concret : en France, la législation sur la bioéthique et le Code civil encadrent strictement l’analyse génétique, ce qui pourrait empêcher la réalisation de ces tests dans les laboratoires français.


Mauvais genre


Au-delà de la bataille juridique, la controverse pose une question centrale : peut-on réduire l’éligibilité des femmes à un marqueur génétique unique ? Pour les opposants à la réforme, la réponse est non. Ils reprochent au test du gène SRY d’imposer une lecture trop binaire du sexe biologique, alors que les réalités intersexes, médicales et génétiques échappent souvent aux catégories administratives traditionnelles.



La tribune replace aussi cette décision dans un contexte politique plus large, marqué ces dernières années par une intensification des débats autour de la participation des femmes trans dans le sport. Pour les signataires, le CIO reprend à son compte une logique de suspicion qui, sous couvert de protéger les femmes, risque d’exclure certaines d’entre elles.

« Le monde du sport se doit de protéger les femmes. Non en excluant certaines, mais en changeant un système qui les instrumentalise, les violente et les domine depuis toujours », écrivent les organisations dans leur texte collectif.


De son côté, le CIO assume sa volonté d’harmoniser un paysage réglementaire jusque-là très morcelé. Plusieurs fédérations internationales — dont World Athletics, World Aquatics ou World Rugby — ont déjà durci ces dernières années leurs critères d’accès aux catégories féminines. L’objectif affiché par l’instance olympique est donc d’imposer un cadre commun à l’ensemble du mouvement olympique.

Mais cette tentative d’uniformisation ne clôt pas le débat. Elle le déplace. En transformant une question sportive, médicale, juridique et politique complexe en critère génétique standardisé, le CIO ouvre une séquence qui devrait largement dépasser les Jeux de Los Angeles. Pour la coalition associative, l’enjeu est désormais d’empêcher que la défense du sport féminin ne serve de justification à une nouvelle forme de surveillance du corps des femmes.


Pour lire et signer la tribune, rendez-vous ici.

 
 

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