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  • Photo du rédacteurPierre-Gaël Pasquiou

Interview de David Pillet : Photographe passionné d'escalade et d'aventures

Quand on aime l'escalade, il est impossible de passer à côté de certains photographes. C'est le cas de David Pillet, dont vous avez sans doute vu le travail sur Instagram sans même savoir qu'il en est l'auteur. Après plusieurs discussions avec lui, nous avons souhaité lui proposer une interview pour mieux le connaître et comprendre son métier.


Janja Garnbret - David Pillet
Janja Garnbret / © David Pillet

Salut David ! Pour commencer, est-ce que tu peux nous raconter comment tu as commencé ta carrière de photographe ?


Avant de commencer ma carrière de photographe pro, je me suis consacré à l’écriture et l’illustration de livres pour enfants. C’est le dessin qui a réveillé en moi cette passion endormie qu’est la photographie. Après avoir suivi plusieurs formations de dessin auprès d’Aaron Blaise (dessinateur Walt Disney, nommé aux Oscars pour Frère des ours), après les avoir travaillées en grattant du papier, j’ai eu envie de les mettre en application à travers la photo pour cultiver ma créativité. L’approche d’Aaron sur le regard, la façon de jouer avec l’ombre et la lumière me paraissait totalement compatible avec la photo. Depuis, j’ai laissé de côté mes HB au profit des boîtiers. J’ai commencé ma carrière professionnelle comme photographe portraitiste animalier, puis j’ai lentement mais naturellement glissé vers la photographie de sports, qui me procurait une tout autre adrénaline.


Alors justement, comment tu es arrivé à la photographie d'escalade ?


Je couvrais déjà plusieurs disciplines sportives comme le hockey sur glace ou le basketball quand j’ai commencé à pratiquer moi-même l’escalade. La photographie de grimpeurs s’est donc posée comme une évidence. C’était un vrai plaisir. J’ai donc commencé à couvrir les Coupes et Championnats du Monde d’escalade.


IFSC World Cup Chamonix - David Pillet
IFSC World Cup Chamonix / © David Pillet

Et c'est quoi ton expérience personnelle avec l'escalade ? Tu pratiques aussi ou c'est purement photographique ?


Je pratique l’escalade régulièrement en salle comme en extérieur. C’est donc assez logiquement que j’ai lié ces deux passions même si je reste bien plus à l’aise avec un appareil entre les mains qu’accroché à un bout de réglette.


Comment ta pratique de l'escalade influence ton approche de la photographie ?


Je pense que pour être un bon photographe, il faut connaître son sujet. Ma pratique et la connaissance des grimpeurs me permettent d’être placé au bon endroit par rapport aux typologies de voies ou de blocs, d’anticiper les mouvements ou de savoir où le regard du grimpeur va se porter.


Je regarde régulièrement ce qu’ils font en dehors des compétitions. En les observant, j’apprends à mieux connaître leurs "tics" de grimpe, la façon qu’ils ont de prendre certains repos ou de se mouvoir. Donc, en plus d’essayer de reproduire leurs mouvements, c’est d’une aide considérable pour faire de bons shootings. Brooke (Raboutou) souffle systématiquement ses mains après les avoir "pofées" par exemple, si je veux un cliché d’elle dans un nuage de magnésie, je sais à quel moment déclencher.


Brooke Raboutou - David Pillet
Brooke Raboutou / © David Pillet

Quelles sont les particularités de photographier des compétitions d'escalade par rapport à d'autres types d’événements sportifs ?


Le placement est pour moi la principale contrainte des compétitions d’escalade. Nous sommes souvent limités à certaines zones, très souvent face au mur, et shooter des grimpeurs de dos, ça n’apporte que peu d’intérêt. Je couvre également la ligue Magnus en hockey sur glace. Dans les patinoires je peux me balader un peu partout, du bord de glace aux tribunes en passant par les abords du banc des joueurs. C’est la liberté totale et ça permet de varier les plaisirs. En escalade, il faut parfois se creuser un peu plus la tête pour être créatif lorsque on doit couvrir toute une compétition dans un enclos de 5 m². Les organisateurs sont conscients du problème, et ils nous filent de temps en temps des "coups de pouce" comme à Chamonix par exemple, où l’on pouvait shooter du haut d’une nacelle.


Peux-tu partager un moment particulièrement mémorable que tu as capturé lors d'une compétition ?


Sans aucun doute, les victoires de nos grimpeuses et grimpeurs français au Championnat du Monde de para-escalade à Berne en 2023. Quatre médailles d’or en une journée : Solenne Piret, Lucie Jarrige, Thierry Delarue et Aloïs Pottier ! Cette journée était absolument fantastique ! Les médailles s’enchaînaient, les grimpeurs portés par l’équipe de France dans les tribunes, l’ambiance était dingue. Je pense que si je ne devais garder en souvenir qu’une seule journée, ce serait celle-ci. C’était la première fois que je couvrais une compétition en para-escalade et j’ai pris une claque monumentale techniquement et humainement.


Lucie Jarrige - David Pillet
Lucie Jarrige / © David Pillet

Quels autres photographes d’escalade ou d’autres domaines t'inspirent ?


Avant même de m’intéresser à la photographie sportive, j’étais déjà addict aux clichés de Jimmy Chin. Il est certainement le photographe d’escalade et de sports de montagne qui m’inspire le plus. Ses photos sont précises, poétiques et reconnaissables au premier coup d’œil. En compétition, je suis particulièrement admiratif des clichés de Lena Drapella également. Pour sortir du domaine de la grimpe, je reste dingue des productions de Pieter Hugo. C’est un photographe portraitiste sud-africain révélé par une série de clichés sur les Gadawan Kura, littéralement les « hommes hyènes » du Niger. C’est une grande source d’inspiration pour moi.


Y a-t-il des photographes émergents dans le domaine de l'escalade que tu recommanderais ?


Même s’il n’est plus si jeune et émergents (😉) Arthur Delicque est pour moi l’un des plus talentueux et des plus créatifs de la nouvelle génération.


Quels sont les défis logistiques de voyager pour photographier des compétitions à travers le monde ?


J’ai choisi de ne couvrir que les compétitions européennes pour le moment. Je me déplace, je dors et je travaille depuis mon fourgon, je limite donc les problèmes logistiques. J’ai tout à portée de main, et j’ai juste besoin de trouver des coins tranquilles pour passer la nuit ou traiter mes photos.


As-tu une anecdote intéressante sur les coulisses d’une compétition que tu pourrais partager ?


Pour faire un parallèle avec d’autres compétitions sportives que j’ai pu couvrir, les grimpeurs sont des athlètes très abordables en backstage comme en public et c’est ce qui fait peut-être la différence.


Manon Hily - David Pillet
Manon Hily / © David Pillet

Comment gères-tu les aspects commerciaux de ton métier, comme la vente de tes photos ou la gestion des droits d'image ?


Même si l’on est photographe pour vendre des clichés, c’est vrai que ce n’est pas la partie la plus simple à gérer.


Être indépendant m’oblige à démarcher les organes de presse pour leur proposer des prestations sur des événements ou des photos d’illustration. C’est hyper chronophage, mais c’est le revers de la médaille d’une indépendance totale. Les prix sont déterminés par les médias (sauf quelques rares exceptions), les ventes se gèrent donc assez facilement. J’ai la chance de faire partie d’une structure de photographes et vidéastes, le Collectif DR. Nous diffusons nos photographies sur une plateforme à destination de la presse nationale et internationale qui utilise un système de protection des images ainsi qu’une assistance juridique et d’autres services pour nous permettre de vendre nos productions. Ça m’évite d’avoir à passer trop de temps à traquer mes images sur la toile.


Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui souhaite faire carrière dans la photographie de sports d'aventure ?


Quand on commence, la seule chose que l’on a à perdre, c’est du temps alors foncez !


Quel équipement utilises-tu généralement lors d'une compétition d'escalade et pourquoi ?


Je suis toujours avec deux boîtiers Nikon. Un Z8 sur lequel est monté un 60-600 mm et un D850 équipé d'un 70-200 mm ou d'un grand-angle 18-24 mm. Le 60-600 mm me permet des prises de vue au plus proche des grimpeurs, capturer des détails, des regards, des doigts, ce qui me plaît le plus. Le 70-200 mm est plus réactif, je l'utilise pour des vues plus techniques ou créatives. Je ne sors le grand-angle que lorsque l’endroit le permet, pour illustrer l'ambiance générale des compétitions.


Y a-t-il des techniques spécifiques que tu trouves particulièrement efficaces pour capturer l'essence de l'escalade en compétition ?


J’aime principalement capturer les séquences de repos sur les voies ou les blocs. Ce sont des instants captivants où toutes les émotions sont perceptibles. On arrive à déceler des doutes, des motivations ou des interrogations chez les grimpeurs. Ce sont des instants précieux pour moi. J’aime capter ce qui est la base de l'escalade, des placements de pieds, des préhensions précises ou des mouvements plus dynamiques en jouant sur les bokeh et parfois sur les vitesses d’obturation. Ce ne sont pas les clichés les plus bancables, mais ce sont ceux qui me plaisent le plus avec les portraits.


Mejdi Schalck - David Pillet
Mejdi Schalck / © David Pillet

Tu utilises les réseaux sociaux pour promouvoir ton travail, comment cela influence-t-il ton activité ?


Étant indépendant, les réseaux sociaux sont une véritable carte de visite auprès des magazines. S’en affranchir, c’est limiter considérablement sa visibilité. Il faut les alimenter très régulièrement pour montrer qu’on existe et tenter de se démarquer sans arrêt pour sortir un peu du lot. A contrario, c’est assez génial de voir ce que les copains peuvent capturer sur les mêmes événements. C’est ce qui fait toute la richesse de la photo et des photographes et les réseaux en sont une source folle principalement Instagram.


Comment est-ce que tu vis cette perte de contrôle que peuvent ressentir certain(e)s photographes qui voient leurs photos se balader sur Instagram ?


C’est parfois déroutant de voir ses photos se promener sur la toile sans avoir donné son accord ou encore sans être cité, mais c’est le jeu. Dès qu’on décide de rendre son travail public, on accepte malheureusement la possibilité de se faire voler des images. En contrepartie, quand tu vois ton travail publié par le grimpeur, c’est hyper valorisant. C’est le cas avec Sorato (Anraku) qui utilise un de mes clichés comme photo de profil sur les réseaux.


David Pillet
© David Pillet

Quels sont tes projets ou ambitions pour l’avenir dans le domaine de la photographie d'escalade ?


Je vais cette année encore suivre les étapes de la coupe du monde en Europe, mais l’événement principal à ne pas rater cette année pour un photographe de sport reste tout de même les JO de Paris.


Au-delà de ça, je souhaite m’impliquer plus dans les compétitions de para-escalade, car pour moi, la couverture médiatique de ces athlètes est bien trop faible. Nos athlètes français sont géniaux et ils méritent bien plus.


Merci beaucoup David !


Pour suivre David Pillet sur Instagram -> @david_pillet.photographie

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