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Alors que l'escalade explose, les instances chinoises alertent sur les falaises devenues virales

il y a 2 heures
4 min de lecture

Alors que les salles d’escalade chinoises attirent un public toujours plus large, les instances nationales appellent à mieux préparer les sorties sur rocher. Elles visent notamment les sites popularisés par les réseaux sociaux.


escalade en chine
Huangshan, Chine (cc) Calvin XY Wang / Unsplash

En mai dernier, l’agence de presse publique Xinhua consacrait un reportage au succès commercial de l’escalade en Chine. On y découvrait des salles devenues des lieux de rendez-vous, où la séance se prolonge autour d’un repas et où l’on peut passer une bonne partie de son week-end. Le 23 septembre, le Centre de gestion de l’alpinisme de l’Administration générale des sports et l’Association chinoise d’alpinisme publiaient, eux, un avertissement : les falaises ne sont pas des lieux de « daka ».


Daka daka


Le daka désigne à l’origine le fait de pointer au travail. Le terme s’est étendu au tourisme : on se rend dans un lieu devenu populaire, puis on publie une photo sur les réseaux sociaux pour montrer qu’on y était. Le restaurant, le monument ou le paysage devient une étape à cocher, dont on partage à son tour les images. En 2024, le magazine The World of Chinese décrivait cette pratique à travers l’exemple de Tianshui, dans le nord-ouest du pays. Des restaurants proposant une spécialité locale avaient acquis une soudaine notoriété grâce à de courtes vidéos sur Douyin, la version chinoise de TikTok. Des foules de touristes avaient ensuite fait le déplacement pour goûter ce qu’iels avaient vu sur leur téléphone.


« Les personnes qui viennent pour une première expérience représentent plus de la moitié du public »

 Zhang Shanshan, responsable de la salle d'escalade Beiding Aosen


Les salles d’escalade peuvent elles aussi devenir des destinations de ce genre. Dans un reportage de mai dernier, l’agence de presse publique Xinhua présentait un établissement de Shanghai mêlant bloc, tennis, café et boutiques comme un lieu de « daka ». Sa fondatrice revendiquait une fréquentation multipliée par trois en six mois. Cette popularité était alors décrite comme un signe de réussite commerciale.


La mise en garde des instances chinoises concerne, elle, les sites naturels, dont la popularité ne garantit ni l’autorisation d’accès ni la sécurité. Les deux organismes signalent que certain·e·s pratiquant·e·s s’aventurent sur des parois non aménagées ou non ouvertes à la pratique. Ils demandent donc de vérifier les conditions sur place plutôt que de s’en remettre aux seules recommandations en ligne. Cela suppose de se renseigner sur les risques liés au rocher et à la météo, mais aussi sur les possibilités de secours. Même lorsqu’une falaise est connue et fréquentée, des restrictions peuvent s’appliquer pour protéger les milieux naturels ou prévenir les incendies.

L’école du caillou


Ce rappel intervient dans un pays où les salles se développent rapidement. En janvier 2025, la Chine comptait 811 établissements commerciaux, soit 27,5 % de plus qu’un an auparavant, selon le rapport national sur l’industrie de la grimpe, cité par l’agence de presse officielle chinoise Xinhua. À Pékin, Zhang Shanshan, responsable de la salle d'escalade Beiding Aosen, expliquait : « Les personnes qui viennent pour une première expérience représentent plus de la moitié du public ».


Depuis 2023, l’Association chinoise d’alpinisme propose un système national de sept niveaux destiné aux pratiquant·e·s de sports de plein air en montagne

Pour préparer le passage au rocher, des dispositifs existent notamment en Europe. En France, la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME) propose des « passeports », un système de couleurs qui permet de valider progressivement les compétences acquises en club. Le passeport vert correspond à la pratique sur des voies équipées d’une seule longueur et en bloc. Pour l'obtenir, il faut notamment savoir lire un topo, le guide qui décrit les voies, pour vérifier que la longueur de corde et le matériel emporté conviennent à l’itinéraire choisi. Les manœuvres de descente, la communication avec son ou sa partenaire et le respect des accès font également partie des compétences attendues. Le programme demande aussi de savoir apprécier l’engagement d’une voie et renoncer.


En Allemagne, le Deutscher Alpenverein (DAV), le Club alpin allemand, propose de son côté le Kletterschein Outdoor, une attestation destinée précisément aux personnes qui grimpent déjà en salle. Le programme prévoit au moins deux jours et demi de formation, avec une évaluation sur le rocher. L’apprentissage concerne les voies équipées d’une seule longueur, sans prétendre préparer à toutes les formes d’escalade extérieure. La connaissance du milieu y occupe une place importante. Les participant·e·s travaillent sur les chemins d’approche, les fermetures pendant la nidification ou la protection de la végétation au sommet des falaises. Ces sujets font eux aussi partie de l’évaluation. Il s’agit notamment de comprendre pourquoi une voie peut être accessible techniquement sans l’être à cette période de l’année.

Depuis 2023, l’Association chinoise d’alpinisme propose un système national de sept niveaux destiné aux pratiquant·e·s de sports de plein air en montagne. L’escalade sur rocher naturel fait partie des disciplines concernées. Le dispositif est plus large que les passeports français ou le Kletterschein allemand, puisqu’il couvre aussi la randonnée, le trail ou encore les activités de survie en pleine nature. Mais la logique est assez proche : donner des repères à celles et ceux qui veulent apprendre à évoluer dehors.

 
 

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