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Alex Honnold n’a pas aimé jouer le méchant dans The Dark Wizard

Dans sa série documentaire The Dark Wizard, HBO dépeint Alex Honnold comme le rival froid venu briser l'ego du regretté Dean Potter. Dans son podcast Climbing Gold, le grimpeur américain revient sur ce portrait qu'il juge un peu trop commode, rétablissant la complexité d'une relation faite d'admiration bien plus que d'animosité.


Dean Potter - The Dark Wizard
Dean Potter © The Dark Wizard

Dans The Dark Wizard, la série documentaire de HBO consacrée à Dean Potter, Alex Honnold apparaît presque comme le contrechamp parfait du « sorcier noir » de Yosemite. D’un côté, Potter : mystique, tourmenté, performeur autoproclamé, obsédé par le risque, l’art et la trace laissée dans la vallée. De l’autre, Honnold : plus jeune, plus froid, plus méthodique, débarqué dans le paysage avec cette capacité presque vexante à réaliser, parfois avant lui, parfois mieux que lui, les rêves verticaux que Potter portait depuis des années.


Dans notre article consacré à la série, Peter Mortimer et Nick Rosen expliquaient justement combien l’arrivée d’Alex Honnold avait fini par fissurer l’ego de Dean Potter. « Dean Potter aurait pu être un mentor pour Alex Honnold », nous confiait Nick Rosen. Mais la rencontre entre les deux hommes a plutôt pris la forme d’un passage de témoin contrarié : l’idole voyait débarquer celui qui allait faire basculer l’époque.


Sauf qu’Alex Honnold, lui, semble moins convaincu par le rôle de « méchant » qu’on lui fait tenir dans le documentaire.


Prises de bec


Dans un récent épisode de son podcast Climbing Gold, intitulé Getting It Right: Charlize Theron and Beth Rodden et publié le 1er mai 2026, le grimpeur américain est revenu sur la production de HBO. Si l’épisode est d’abord consacré au film Apex, où Charlize Theron incarne une grimpeuse épaulée par Beth Rodden, Honnold profite de l’introduction pour glisser quelques mots sur The Dark Wizard. Des propos qui suffisent à rouvrir l’un des fils les plus sensibles du documentaire : sa rivalité supposée avec Dean Potter.


« Dean était un héros pour moi, et vraiment pour toute une génération »

Alex Honnold


À la question de savoir s'il avait été étonné d'être présenté comme « le méchant » de l’histoire, Honnold répond sans dramatiser, mais sans esquiver pour autant. Il explique avoir « fait quelque chose comme douze heures d’interview, et ils ont essentiellement pris les trucs les plus extrêmes pour en faire un truc du genre : ultra compétitif, [où je] déteste Dean », avant d’ajouter : « C’est un peu agaçant ».


Honnold ne cherche pas à régler ses comptes avec la production. Il qualifie d'ailleurs la série d'« amazing » et se réjouit qu’elle existe. Mais pour lui, Dean Potter était bien plus qu’un rival encombrant dans les archives de Yosemite. « Dean était mon héros d’enfance », rappelle-t-il. Une formule courte qui réinjecte de la nuance là où le format documentaire avait besoin de simplification. Car le cinéma, même réel, exige des trajectoires claires : un héros, une faille, un rival, une chute. Dans The Dark Wizard, Honnold devient naturellement ce rival idéal. Celui qui ne vient pas seulement contester un trône, mais qui finit par s’y asseoir.


Honnold rappelle qu’être perçu comme une menace ne signifie pas forcément avoir l’intention de l’être.

Les faits, mis bout à bout, plaident en ce sens. En 2008, Honnold réalise le premier solo intégral du Half Dome, un projet que Potter convoitait. Dans The Dark Wizard, la blessure est d’ailleurs formulée par Potter lui-même. À propos du solo intégral de Half Dome par Honnold, le grimpeur disparu reconnaît, dans des images reprises par la série : « Merde. Je voulais faire ça ». Il décrit alors son jeune rival comme « un petit connard compétitif » venu réaliser des projets dont il savait qu’ils comptaient pour lui. Autrement dit : HBO n’invente pas totalement la rivalité. Elle la durcit, elle la scénarise, mais elle part d’une tension réelle.


En 2012, Alex Honnold écrase la saison à Yosemite en s’offrant le record de vitesse du Nose avec Hans Florine et la Yosemite Triple Crown en solo intégral. Dans la série, il résume lui-même cette année-là avec sa sécheresse habituelle : il a, dit-il en substance, réalisé presque tout ce que Dean Potter avait déjà fait ou rêvait encore de faire, souvent plus vite, parfois dans un style plus pur. De quoi nourrir, à l’écran, le récit d’un jeune loup piétinant les plates-bandes de son aîné.

Honnold, lui, préfère une lecture moins romanesque. S’il ne nie pas sa compétitivité — un trait, selon lui, partagé par toute la communauté de la vallée à l’époque — il réfute toute volonté d’annihiler Potter. Dans Climbing Gold, il avance même une idée plus piquante : si Potter voulait réellement réaliser certains de ces projets, il aurait pu s’y mettre plus tôt. Peut-être, suggère Honnold, qu’une part de lui était presque soulagée de ne plus avoir à les faire. La formule est rude, mais elle dit bien le personnage : respectueux, admiratif, et toujours incapable de totalement renoncer à l’analyse froide.


Le sorcier et la méthode


C’est précisément là que le malaise mis en lumière par The Dark Wizard devient passionnant. Le documentaire raconte brillamment ce que l’arrivée de Honnold a provoqué chez Potter. Mais Honnold rappelle qu’être perçu comme une menace ne signifie pas forcément avoir l’intention de l’être. Dans les yeux de Dean Potter, Honnold était peut-être l’homme venu dissiper ses derniers sortilèges. Dans ses propres souvenirs, Honnold n’était que le gamin fasciné par un personnage hors norme.

C’est aussi ce qui rend leur histoire commune plus forte qu’une simple guerre d’ego. Potter avait bâti une mythologie quasi chamanique autour de sa personne. Honnold, à l’inverse, a incarné le grimpeur démythologisé : pragmatique, peu enclin aux envolées lyriques, capable de transformer les visions artistiques des autres en une suite de mouvements exécutables. Le premier cherchait à donner une dimension cosmique au vide. Le second a démontré que ce même vide pouvait aussi s’apprivoiser avec une paire de chaussons, une mémoire photographique des prises et une gestion du stress d’une froideur absolue.


Malgré ses réserves sur le montage, Honnold ne cherche pas à disqualifier l’œuvre. Pour lui, l’essentiel est ailleurs : The Dark Wizard permet de replacer Dean Potter au centre de l’histoire de l’escalade, évitant qu’une nouvelle génération de grimpeur·se·s ne passe à côté de son héritage. Il rappelle aussi que leur relation ne s’est pas figée pour toujours dans cette rivalité de Yosemite : dans le dernier épisode de la série, Honnold évoque un moment d’apaisement avec Potter au Telluride Film Festival, avant la mort de ce dernier.

« Dean était un héros pour moi, et vraiment pour toute une génération », insiste-t-il. Une phrase qui résonne comme un droit de réponse. Dans le documentaire de HBO, Honnold est celui qui dépasse le maître. Dans sa propre mémoire, il reste celui qui l’a regardé ouvrir la voie, avant de comprendre qu’il pouvait, lui aussi, s’y élancer.


C’est peut-être là que The Dark Wizard touche juste, malgré ses raccourcis. Les mythes ne se transmettent jamais proprement : ils se frottent, se contredisent et se dépassent. Dean Potter voulait voler. Alex Honnold a grimpé. Et si HBO a choisi d’y voir une rivalité dramatique, Honnold, lui, semble surtout y voir un scénario un peu trop parfait.



 
 

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