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  • Sur la voie des premiers Paralympiens de l’escalade

    Sur la chaîne d’Hannah Morris, " The Road To Becoming Climbing’s First Paralympian" ouvre une brèche dans l’histoire : celle de la para-escalade qui s’accroche enfin aux anneaux olympiques . Longtemps reléguée à l’ombre des podiums, cette discipline grimpe vers les sommets avec Los Angeles 2028 en ligne de mire. Mais ici, pas de storytelling édulcoré ou de violons à la corde usée. Juste Lucia Capovilla et Amruta Wyssmann, deux grimpeuses qui transforment leurs failles en force et leurs limites en levier . Parce que dans leur monde, chaque mouvement est un acte de résistance, et chaque chute, un prétexte pour se relever encore plus haut. © Hannah Morris La para-escalade : réinventer les règles Ce n’est pas une question de difficulté, mais de perspective. La para-escalade n’est pas une version édulcorée de l’escalade : c’est une discipline à part entière , avec ses codes, ses défis, et ses héros. Et dans cette discipline encore méconnue, Lucia et Amruta tracent des lignes ambitieuses. Lucia, Italienne de 27 ans, ne fait pas les choses à moitié. Depuis 2015, elle transforme chaque compétition en une nouvelle étape de son ascension. « Depuis que j’ai commencé, je suis toujours montée sur le podium » Explique-t-elle presque en passant, comme si l'exploit coulait de source. En réalité, derrière cette constance se cache un mantra : maîtriser la technique avant tout. « Si tu ne comprends pas comment bouger, la force brute ne sert à rien. La technique, c’est ton énergie. » Son approche est indissociable de sa singularité physique : Lucia a appris à composer avec une asymétrie qui l’oblige à chercher l’équilibre autrement. « Ma différence m’a appris à simplifier les mouvements, à les rendre plus économes. Ce que je ne peux pas faire par force, je le fais par précision. » Et ce qui pourrait être vu comme une limite devient un outil, une stratégie presque artistique. Amruta : des débuts tardifs, une progression fulgurante Amruta, de son côté, arrive à la grimpe par un heureux hasard . « J’avais des amis qui grimpaient. Ils m’ont dit d’essayer. Je pensais que ce n’était pas pour moi, mais dès la première prise, j’ai su que j’adorais ça. » On est en 2018. En trois ans, elle passe du hobby au haut niveau, un passage accéléré par un message reçu sur Instagram. « Quelqu’un de la fédération suisse m’a contactée pour monter une équipe de para-escalade. J’ai accepté sans trop réfléchir. » Mais ce qui pourrait ressembler à un coup de chance demande en réalité une discipline de fer. Amruta jongle entre un travail à temps partiel, des entraînements intensifs, et des compétitions internationales. « Je travaille 80 %, ce qui me laisse deux après-midis pour m’entraîner. Les autres jours, je cours le matin ou je grimpe entre midi et deux. » Sa routine frôle l’impossible, mais elle garde un équilibre fragile entre sa passion et sa réalité. Grimper, une forme de méditation Au-delà des podiums, ce qui lie Lucia et Amruta, c’est une vision presque spirituelle de la grimpe . « Pour moi, l’escalade, c’est une méditation », confie Amruta. « Chaque mouvement demande d’écouter ton corps, de respecter ses limites tout en les repoussant. » Lucia partage cette approche. « La grimpe m’a appris à aimer mon corps, à le comprendre. Ce n’est pas qu’une question de performance. Il s’agit de trouver l’équilibre, de bouger avec le moins d’impact possible. » Cette recherche constante d’harmonie donne à leur escalade une dimension presque chorégraphique. Mais la route n’est pas sans obstacles. Amruta avoue avoir encore peur de tomber . « Je me force à sortir de ma zone de confort, mais c’est un combat permanent. » Et cette peur, bien loin d’être une faiblesse, devient une alliée, un rappel constant que l’échec fait partie intégrante du processus. L.A. 2028 : une lueur d’espoir Les Jeux paralympiques de Los Angeles marqueront les débuts de la para-escalade sur la scène mondiale. Un moment historique, mais aussi une opportunité d’accélérer la reconnaissance de la discipline . « On espère que cela nous permettra de devenir des athlètes professionnelles », explique Amruta. Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Lucia a troqué un appartement contre un van pour s’entraîner à Arco, tandis qu’Amruta optimise chaque seconde de son emploi du temps. « Ce n’est pas facile, mais on grimpe parce qu’on aime ça, pas pour les médailles. » Pourtant, derrière leur passion, le manque de moyens reste un frein majeur . La para-escalade, bien qu’inspirante, reste marginale dans un sport lui-même encore de niche. « C’est dur, mais les choses changent. Les Jeux paralympiques pourraient tout bouleverser. » Grimper ensemble, tomber mieux Ce qui frappe dans le duo formé par Lucia et Amruta, c’est leur capacité à se soutenir . « On partage nos solutions, nos astuces. Parfois, mes amis viennent me demander comment résoudre un mouvement. Ça me fait sourire parce que je pense que je vois les voies différemment. » Pour elles, l’escalade va bien au-delà du mur. « Peu importe à quoi tu ressembles, ta taille ou ton poids, l’escalade est pour tout le monde », affirme Amruta. Cette philosophie se reflète dans leur pratique, où chaque prise est une opportunité de montrer que les différences sont des forces. Merci, Hannah Avec cette vidéo, Hannah Morris capture l’essence même de l’escalade. Plus qu’un sport, c’est une école d’adaptation, une source infinie de résilience . Lucia et Amruta sont des exemples, des symboles de ce que la grimpe peut offrir à ceux qui osent s’y confronter. Alors, que vous soyez grimpeur chevronné ou novice, attachez vos chaussons. Parce que, comme le prouvent Amruta et Lucia, il y a toujours une prise à atteindre, un sommet à gravir… et une leçon à tirer en chemin.

  • Dry January et grimpe : le sec au verre, le grip à la roche

    Janvier. Ce mois de transition où les salles se remplissent autant de résolutions que de néo-grimpeurs tout droit sortis des fêtes. Au programme : des bras gourds, des comptes bancaires à sec, et cette mode venue d’outre-Manche, le fameux Dry January . Le concept est simple : on lève le pied sur l’alcool pendant un mois, histoire de voir si les lendemains sont plus lumineux quand la gueule de bois reste au vestiaire . Mais que se passe-t-il si on mêle cette sobriété saisonnière à la passion verticale des grimpeurs ? On vous promet, ça vaut plus qu’un simple verre d’eau tiède. Sobriété liquide, ascension mentale Démarrons par un mythe bien ancré : "Un petit verre pour se détendre après la grimpe, ça ne peut pas faire de mal, si ?" Malheureusement, cher grimpeur assoiffé, c’est faux. L’alcool, même en modération, impacte le temps de réaction, la coordination et, surtout, cette fameuse concentration dont vous avez cruellement besoin pour clipper la dégaine juste après le crux. Faire l’impasse sur l’apéro post-séance, c’est offrir à son cerveau un mois de clarté sans artifice. Vous verrez, l’effet est étonnant : des décisions plus nettes, une meilleure gestion du stress et des soirées où vos récits de grimpe tiennent debout, même le lendemain. Énergies stratégiques : bien remplir le tank Oui, l’alcool est calorique, et non, il ne s’agit pas de diaboliser les apports alimentaires dans un sport où les besoins énergétiques sont colossaux. Le problème, c’est qu’un mojito ou une IPA n’apportent rien de solide à vos muscles déjà en souffrance . Quitte à faire le plein pour affronter l’hiver, autant se régaler avec des plats de saison. Une raclette entre amis après une belle sortie sur les falaises gelées ? Parfait. Un gratin dauphinois pour fêter une première en 6c ? Encore mieux. L’essentiel, c’est que ces calories-là vous portent, au lieu de simplement vous plomber. Et en bonus, sans alcool, on dit aussi adieu à l’effet “junk food” de l’apéro. Parce que, soyons honnêtes, qui s’arrête à une poignée de cacahuètes quand la bière coule à flots ? Hydratation : le vrai carburant des grimpeurs S’il y a bien une leçon que les grimpeurs apprennent tôt, c’est que la déshydratation est leur pire ennemie. Chaque litre perdu, c’est moins d’élasticité musculaire, une récupération qui traîne en longueur et, dans le pire des cas, un risque accru de blessure . L’alcool, en vampire notoire de l’eau corporelle, joue contre vous à chaque gorgée. Opter pour un Dry January , c’est donc un cadeau à vos tendons, vos muscles et votre peau déjà mise à rude épreuve. Bonus : en buvant mieux, vous verrez que vos sessions s’enchaînent avec moins de courbatures et plus de fluidité dans les mouvements. Le collectif au sommet : nouvelles habitudes Côté sociabilité, le Dry January peut surprendre. Certes, l’alcool a souvent une place centrale dans les moments conviviaux, mais ce mois de sobriété peut être une opportunité de renouveler vos traditions . Un repas de groupe, un échange autour d’un bon thé fumant après une grimpe glaciale en falaise : vous verrez, les liens ne se tissent pas qu’autour d’une pinte bien fraîche. Et qui sait, vous inspirerez peut-être d’autres grimpeurs à tester cette expérience. Ce que la grimpe nous apprend sur le Dry January Finalement, la grimpe et le Dry January ont plus en commun qu’on pourrait le croire. Les deux sont des défis personnels qui demandent rigueur, réflexion et une bonne dose de mental. L’un comme l’autre, ils nous confrontent à nos habitudes, nous poussent à sortir de notre zone de confort pour viser plus haut. Alors, pourquoi ne pas essayer ? Après tout, il y a fort à parier que ce mois de sobriété n’impactera pas uniquement votre grimpe, mais toute votre perception du quotidien. Et si, à la fin de ce Dry January , vous vous rendez compte que votre meilleur partenaire de cordée, c’était cette clarté mentale toute neuve, le jeu en valait la chandelle. Allez, haut les cœurs et les baudriers – avec ou sans mousse, l’essentiel, c’est toujours d’aller plus loin.

  • 10 bonnes raisons de mettre les pieds au Salon de l’Escalade ce week-end

    Ce week-end, le monde vertical se retrouve à Paris pour le Salon de l’Escalade . Grimpeurs, ouvreurs, moniteurs, créateurs, marques, athlètes, et philosophes du bac plat : tout ce petit monde est réuni pour un événement aussi dense qu’un 8c bloc. Chez Vertige Media, on met les mains dans le magnes pour vous guider à travers les incontournables de cette édition. Et on ne fait pas que écrire, ce weekend on pilote pour le Salon de L'Escalade : le Trophée de la Verticalité et on vous propose des conférences pour élever votre esprit. Voici nos 10 bonnes raisons d’y être : 1. Parce que ça grimpe haut Le programme est une paroi bien chargée : villages, ateliers, démonstrations, conférences, projections et une compétition qui promet du spectacle. Que vous soyez amateur de beau geste ou juste curieux de voir des grimpeurs se suspendre avec trois doigts et un orteil, il y a forcément un créneau pour vous inspirer. 2. Pour le Trophée de la Verticalité C’est quoi, ce trophée  ? Une récompense pensée par Vertige Media pour célébrer celles et ceux qui tirent l’escalade vers le haut : innovation, inclusion, écologie, contenu, ou simplement le plaisir de grimper autrement. Une sorte d’Oscar, mais avec des chaussons. 3. Parce que les innovations, ça se teste, pas juste en stories On vous promet du matériel qui colle mieux, dure plus longtemps, et améliore votre grimpe (ou votre style au pied des voies). Nouveaux chaussons, outils de renfo dernier cri, vêtements techniques : tout est là. Et, oui, vous pouvez essayer avant de croire. 4. Pour les grimpeurs légendaires qui vous signent autre chose que des croix Rencontrer des icônes de la grimpe, ça ne se fait pas tous les jours. Ces légendes ne font pas que signer des posters, ils partagent leurs expériences : échecs, réussites, et peut-être même une ou deux astuces pour passer ce foutu réta. 5. Pour les conférences qui tiennent la corde Chez Vertige Media, on ne vous parle pas juste de cotations. On anime des conférences sur des sujets brûlants : la place des femmes dans la montagne, les innovations durables, ou encore l’évolution de la grimpe dans nos sociétés. Vous êtes là pour prendre de la hauteur ? On vous garantit un bel envol intellectuel. 6. Parce qu’on parle aussi de la vraie vie On aime grimper, mais on aime aussi ce qui se passe autour : comme donner une seconde vie à votre matériel grâce à des ateliers d’upcycling, ou découvrir comment intégrer des pratiques écoresponsables dans votre passion. Oui, même vos chaussons troués peuvent renaître. 7. Pour voir des démonstrations qui claquent Des grimpeurs pros qui se lancent sur des blocs spectaculaires, c’est toujours fascinant. Leur fluidité et leur puissance sont une masterclass silencieuse. Bonus : les shows en live avec musique et ambiance festive. Vous ne verrez plus vos lolottes de la même manière. 8. Parce que c’est un événement à vivre en famille Un espace pour les enfants, des animations pour les ados, et même des coins détente pour ceux qui préfèrent admirer les grimpeurs de loin. Le Salon de l’Escalade pense à tout le monde, même à la belle-mère qui vient “juste pour voir”. 9. Parce que la grimpe, c’est aussi une communauté On ne vient pas au Salon que pour les prises : on vient pour les gens. Rencontrez des passionnés, échangez des idées, débattez des mérites du dévers vs. dalle. C’est une occasion unique de discuter avec ceux qui partagent (ou challengent) votre vision de l’escalade. 10. Pour sortir des sentiers battus (de grimpeurs) Le Salon, ce n’est pas juste des stands. C’est aussi des moments d’inspiration : des films projetés en exclusivité, des initiatives locales et internationales à découvrir, et un avant-goût des tendances qui feront l’escalade de demain. À vous de grimper sur ce train en marche. Le programme complet, avec ses conférences, ateliers et compétitions, est à découvrir ici . Alors, prêt(e) à enfiler vos chaussons et nous rejoindre à Paris ce week-end ? Informations pratiques : Quand ? Les 11 et 12 janvier Où ? Paris Expo Porte de Versailles Combien ? 12€ la journée en accès illimité

  • Force et escalade : maîtriser la gravité, un muscle à la fois

    Vous avez pris le temps de faire un bilan et de définir vos objectifs pour cette année. Vos points forts et faibles sont clairement identifiés. Vous avez en tête les grands principes pour périodiser votre entraînement . Il en ressort que vous souhaitez et/ou devez développer vos qualités de force. Voyons ensemble comment faire et quels sont, là aussi, les grands principes pour y parvenir. © David Pillet Pourquoi entraîner cette qualité ? Lorsque l’on parcourt la littérature scientifique sur l’escalade, il ressort qu’un des facteurs majeurs de la performance est la force. À ce sujet, S. Consegrua (2020) , dans son ouvrage, distingue deux types de force : La force globale , qui désigne le corps dans son ensemble, hors avant-bras. Il s’agit de la capacité à tracter, pousser et stabiliser les articulations ou le corps entier. La force locale , qui concerne spécifiquement les avant-bras, communément appelée la force des doigts. Cette capacité détermine notre aptitude à tenir les prises. Ces deux types de force sont interdépendants. Si l’on n’est pas capable de tenir une prise, impossible d’effectuer un mouvement pour atteindre la suivante. Et sans force globale, déplacer le corps pour progresser devient tout aussi difficile. Progresser en force permet de développer plusieurs qualités physiques , en fonction des méthodes choisies et de la temporalité de l’entraînement : La force maximale. La force-vitesse. La force-endurance. L’endurance générale. Et même… la technique ! Un entraînement bien structuré peut avoir un impact positif sur les mouvements. Enfin, développer ses qualités de force constitue également une stratégie pertinente pour prévenir les blessures. Un équilibre entre muscles agonistes et antagonistes est particulièrement important. Par exemple, en travaillant les extenseurs des doigts parallèlement aux fléchisseurs, vous améliorez la stabilité du poignet et réduisez les risques de blessures. © David Pillet C’est quoi, la force ? Dans le contexte de l’entraînement sportif, la force est définie comme la capacité du muscle à générer une tension (interne) suite à une stimulation nerveuse ( D. Reiss & P. Prevost, 2013 ). Cette tension permet de produire un mouvement, ou parfois de maintenir une position face à une charge externe. Plusieurs paramètres influencent la force, et sur lesquels on peut agir pour progresser : Le paramètre nerveux , qui concerne l’efficacité et la coordination du système nerveux. Le paramètre structurel , qui englobe les propriétés du système musculo-tendineux. Les contraintes externes , comme les bras de levier ou les charges mobilisées. Comment développer cette qualité ? La littérature scientifique et les réseaux sociaux regorgent d’exercices pour développer la force. Pourtant, toutes ces méthodes reposent sur un principe commun : créer une tension maximale. Pour y parvenir, trois approches principales se distinguent ( V.M. Zatsiorsky & al., 2021 ) : 1. Méthode à charge maximale Cette méthode consiste à utiliser une charge proche de son maximum, supérieure à 85 % de votre force maximale (1RM). Avantages : Stimule le système nerveux, offre des gains significatifs sans hypertrophie excessive. Limites : Nécessite une maîtrise technique irréprochable et un système musculo-squelettique solide. Risque élevé de blessure. Fatigue nerveuse et mentale importante. Exemple : Tractions lestées. Répétitions : 3 à 5. Séries : 3 à 6. Repos : 3 minutes entre les séries. Intention : Exécution explosive. Mise en garde : Assurez-vous de garder une technique parfaite. 2. Méthode à charge non maximale avec répétitions Cette méthode utilise une charge plus modérée, éloignée du maximum, mais répétée jusqu’à atteindre l’échec ou s’en approcher. Avantages : Favorise l’hypertrophie et améliore la coordination neuromusculaire. Limites : Demande un volume d’entraînement important, augmentant le risque de blessures. Gains en force maximale moins marqués. Exemple : Tractions (lestées ou non). Répétitions : 6 à 12. Séries : 3 à 5. Repos : 2 à 3 minutes. Intention : Cherchez à être explosif à chaque traction. 3. Méthode à vitesse maximale Cette méthode consiste à mobiliser une charge modérée (40 à 70 % du 1RM) à une vitesse maximale, sans chercher l’échec. Avantages : Améliore la coordination intra et intermusculaire. Limites : Technique difficile à maintenir avec une charge mal calibrée. Difficile de mesurer précisément la vitesse optimale. Exemple : Tractions explosives. Répétitions : 2 à 4. Séries : 3 à 6. Repos : 3 à 5 minutes. Intention : Effectuez des mouvements explosifs, comme si vous visiez un « muscle-up ». © David Pillet Les erreurs à éviter Comme on peut le constater, travailler la force est accessible. Mais certaines erreurs peuvent saboter vos efforts : "Encore une rep !" : Ajouter des répétitions pour se « finir » est contre-productif. L’entraînement en force est qualitatif, pas quantitatif. "Le pressé !" : Négliger les temps de repos nuit à l’efficacité et augmente les risques de blessure. "Tout à poids de corps !" : Ne pas adapter la charge limite les progrès. Osez vous lester ou délester selon les besoins. "Pour se finir" : Travailler la force en fin de séance, lorsque la fatigue s’installe, expose aux blessures. Pourquoi la force ne résout pas tout ? Développer ses qualités de force est une démarche pertinente. C’est un facteur central de la performance en escalade et un moyen efficace de prévenir les blessures, à condition de respecter les « règles de l’art ». Se faire accompagner par un professionnel expérimenté peut être une excellente idée. Cependant, gagner en force ne résoudra pas tous vos problèmes. Il est impératif de continuer à travailler vos compétences techniques et de garder à l’esprit que la puissance brute n’est rien sans contrôle. Comme le disait une célèbre marque de pneus : « Sans maîtrise, la puissance n’est rien. » Enfin, souvenons-nous que l’essentiel réside dans le chemin. Développer la force n’est qu’une étape parmi d’autres. Prenons le temps de progresser et, si nécessaire, d’emprunter des détours pour maximiser le plaisir de grimper.

  • Toby Roberts enchaîne 61 blocs en 8A, en une heure

    Il y a ceux qui peinent à boucler deux 6B en salle un soir de semaine. Et puis il y a Toby Roberts. Oui, Toby Roberts, médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Paris 2024 , lauréat des murs vertigineux et grimpeur de génie. Parce que même un champion aime se lancer dans des défis où l’absurde rivalise avec le spectaculaire. Sa dernière idée ? Enchaîner 50 blocs cotés 8A (V11) sur une Kilter Board en une heure . Résultat : une session aussi captivante qu’éreintante, filmée avec toute la sincérité et l’autodérision qui font sa marque. © Lena Drapella / IFSC Une promesse imprudente transformée en marathon vertical Tout commence par une déclaration légèrement trop optimiste. Dans une vidéo précédente, Toby laisse échapper : « Je pourrais enchaîner 50 8A en une heure. » Simple fanfaronnade ? Pas pour lui. Plutôt que de laisser cette phrase flotter dans le vide, il décide de relever le défi. Mais dès les premières prises, la réalité se charge de remettre les pendules à l’heure : « Les blocs sont plus durs que prévu. » Pour organiser l’effort, Toby établit un plan méthodique : dix blocs, cinq répétitions chacun . « L’idée, c’est de trouver le bon rythme : assez de repos pour durer, mais pas trop pour garder l’intensité. » Un équilibre délicat, surtout lorsque chaque erreur peut transformer une tentative en gouffre énergétique. « Si tu tombes au dernier mouvement, tu dois tout refaire. Et ça te bouffe. » Le corps sous tension, l’esprit en éveil Si le défi peut paraître absurde, il repose sur une mécanique implacable : gestion de l’effort, timing parfait et résistance mentale . « À mi-parcours, mes avant-bras sont déjà au bord de l’explosion, mais je sens que je récupère mieux qu’au début », confie Toby entre deux séries. Il sait que chaque bloc le rapproche un peu plus de ses limites. La pression est constante. « Le pire, c’est les mouvements où tu dois bloquer sur une main. Ça siphonne toute ton énergie. » Et pourtant, il avance, bloque après bloque, avec une ténacité presque surnaturelle. Au-delà de la performance, une méthode d’entraînement extrême Avec 35 blocs en 30 minutes, Toby dépasse déjà les attentes. Mais il ne s’arrête pas là. Finalement, il clôture sa session avec 61 blocs en une heure, surpassant son objectif initial . Un résultat qui le laisse à la fois exténué et ravi. « Je suis content d’avoir atteint 50, et d’avoir pu pousser un peu plus. » Pour Toby, ce défi est plus qu’un simple exercice d’endurance : c’est un moyen de se préparer aux compétitions . « Si tu peux faire 60 blocs en une heure, tu ne seras jamais fatigué en compétition », explique-t-il. Une démonstration éloquente de l’utilité de ces challenges, même les plus fous. Toby Roberts, champion mais aussi entertainer Au-delà de l'exploit impressionnant de Toby Roberts, il y a une leçon universelle à retenir : chacun peut se lancer un défi à son échelle. Comme il le dit lui-même : « Prenez un bloc un peu en dessous de votre max, et voyez combien vous pouvez en faire en une heure. » Pas besoin de viser le 8A pour s’inspirer de sa démarche . L’essentiel est d’oser, de sortir de sa zone de confort, et de voir jusqu’où cela peut nous mener. Alors, à vous de jouer !

  • Morgan Segui : cinq jours pour renaître

    Chez Libertalia , chaque livre est une ascension. Pas une de ces balades bien balisées, mais un voyage dans l’inconnu, où la pensée s’accroche pour ne pas lâcher. C’est là, dans ce bastion militant, que Morgan Segui nous a donné rendez-vous. Grimpeur instinctif, designer itinérant, et survivant, il signe avec "Cinq jours au Timor" un récit aussi abrupt que les falaises qu’il escalade. Entre le vertige et la transcendance, il raconte une rencontre décisive : celle d’un homme avec la montagne, celle qui ne pardonne rien. © Vertige Media Des racines acrobatiques à l’escalade brute Pour Morgan, grimper n’a jamais été une activité sportive mais une pulsion viscérale , une manière de respirer. Enfant, il escaladait arbres, murs d’église et fontaines, toujours en quête de hauteur pour fuir l’étouffement de la ville. « La ville m’étouffait, alors je m’échappais. Un arbre, une façade, une falaise : tout était bon à prendre. » Cette quête d’air et de mouvement l’a mené au cirque Fratellini, où il a affûté ses gestes et sa maîtrise corporelle . Pourtant, c’est dans l’escalade qu’il trouve sa vérité. « Je n’ai jamais cherché à faire de la performance. Pour moi, grimper, c’est dialoguer avec la roche, pas la dominer. » Cet état d’esprit, entre humilité et recherche d’absolu, guide chaque mouvement. Morgan ne grimpe pas pour impressionner, mais pour s’accorder avec la nature. Les figures qui l’inspirent, ces grimpeurs emblématiques, deviennent des repères dans les moments d’adversité. « Quand tu grimpes, tu es seul, mais pas totalement. Ceux qui t’ont inspiré, ils sont là, quelque part, dans tes gestes. » L’ascension d’Ataúro : la montagne et ses esprits Installé au Timor oriental pour filmer des ONG, Morgan découvre Ataúro, une île montagneuse auréolée de mysticisme. Considérée comme le territoire des esprits par les habitants, cette montagne sacrée attire et effraie à la fois. « J’ai promis de ne jamais aller la gravir avec le bateau touristique. J’avais un voilier dans mon jardin : je l’ai réparé, appris à naviguer sur YouTube, et je suis parti. » Ce projet audacieux, presque irréfléchi, commence comme une exploration naïve avant de basculer dans la survie. Parti trop tard, sans eau suffisante ni véritable préparation, Morgan se perd dans les hauteurs. « Le sentier a littéralement disparu sous mes pieds. Tout le monde m’avait prévenu que c’était une montagne imprévisible, mais j’ai voulu tenter ma chance. » La nuit tombe, le plongeant dans l’obscurité, tandis qu’il improvise une descente par une suite de cascades asséchées. Les voix imaginaires : un solo improbable Coincé face à une paroi abrupte, Morgan convoque ses héros, ces figures qui ont toujours guidé ses gestes. Catherine Destivelle, Alain Robert, et Erri De Luca lui apparaissent comme des spectres familiers, chacun jouant son rôle dans ce dialogue imaginaire. « Destivelle me soufflait : ‘Prends ton temps, fais-le proprement.’ Robert, plus mordant : ‘Alors, on va faire du solo en touriste ? C’est sérieux, ça ?’ De Luca, lui, restait silencieux, comme s’il me disait : ‘Tu sais quoi faire.’ » À la frontière du délire et de la lucidité, ces voix deviennent ses alliées, insufflant un étrange mélange de calme et d’urgence. Alors, Morgan tente l’impossible : escalader . « Grimper de nuit, avec une frontale cassée tenue par trois doigts, sur une falaise qui s’effrite, c’était absurde. Mais je vivais mon moment. » Cet effort acharné, presque insensé, se termine brutalement. Une chute, le corps qui percute la roche, et un réveil douloureux sur une corniche volcanique . Le corps broyé, il se retrouve suspendu entre la vie et la mort, face à la seule certitude qu’il lui reste : tenir, coûte que coûte. Cinq jours pour renaître Le récit de Morgan commence avec cette chute. Coincé sur cette corniche, il survit en buvant son urine, en grignotant des plantes et en observant les étoiles. « Je savais que j’allais mourir, mais cette certitude m’a apaisé. Chaque étoile, chaque détail devenait un trésor. » Au troisième jour, il prend une décision : tenter l’impossible et remonter, pas à pas. « C’était comme gravir le Ventoux à vélo : un tour de pédale après l’autre. Rien d’autre n’existe que le pas suivant. » Guidé par un instinct presque animal, il finit par retrouver la surface, où il croise Moïse, un berger timorais. « Moïse m’a vu, avec ma tête ouverte comme une banane, et a prié pour moi. Il ne m’a pas demandé d’explications. Pour lui, j’étais une âme égarée, à sauver. » Écrire pour recoudre l’indicible De retour en France après plusieurs opérations, Morgan se lance dans l’écriture. Ce qui commence comme un exutoire devient un livre. « Je n’avais jamais écrit avant, mais les mots sont venus. Ils étaient déjà là, quelque part, attendant leur moment. » Son manuscrit, d’abord partagé sur Facebook, rencontre un succès inattendu . Les lecteurs se reconnaissent dans ce mélange de brutalité et de poésie. « Ce n’est pas juste une histoire d’accident. C’est une réflexion sur ce qui nous pousse à chercher les limites, et parfois à les franchir. » Morgan interroge également la nature même du risque : pourquoi mettons-nous nos vies en jeu pour une idée, une cime, ou un moment fugace ? La montagne comme miroir Pour Morgan, la montagne n’est ni un ennemi, ni un trophée. Elle est un miroir, brutal et honnête. « Elle te renvoie à toi-même, sans fard. Tu peux prétendre être fort, mais elle sait la vérité. » Son livre, à mi-chemin entre aventure et introspection, explore cette dualité. Entre la quête de liberté et l’acceptation des limites, il trace un chemin où l’humain et la nature se retrouvent. Loin d’être un simple récit de survie, "Cinq jours au Timor" est une ode à la simplicité radicale. « Dans la montagne, tu n’as besoin de rien, ou presque. Ce qui reste, c’est toi, face à l’essentiel. » Pour commander son livre, cliquez ici.

  • Les 10 articles qui ont fait vibrer 2024 sur Vertige Media

    L’année 2024, c’est une grimpe sans fin. On a gravi des sommets vertigineux, exploré des fissures bien cachées, et parfois glissé sur des prises un peu trop marketing. De la gentrification des salles d’escalade aux tensions des JO de Paris, en passant par des polémiques qui vous ont bien secoué, cette année a été aussi riche que clivante. Voici les dix articles qui ont marqué vos esprits et nourri vos discussions au pied des murs . Une sélection brute, un peu caustique, mais surtout captivante. Gentrification de la grimpe : la nouvelle voie CSP+ L’escalade en salle, refuge de tous les budgets dans les années 2000, s’est transformée en terrain de jeu pour CSP+ bien installés. Design léché, smoothies bio hors de prix, et forfaits qui frisent l’indécence : où est passée l’ambiance roots des débuts ? Cet article, dense et documenté, plonge dans les rouages de cette transformation et interroge les tensions sociales qu’elle engendre. Une réflexion grinçante sur l’embourgeoisement d’une discipline autrefois accessible. Lire l'article complet. Seb Bouin et le free solo : malaise Total ? Quand Seb Bouin décide de s’attaquer à un solo intégral, tout le monde retient son souffle. Mais ici, ce n’est pas l’exploit qui impressionne, c’est le malaise qu’il provoque. Ce papier interroge les limites d’une pratique qui flirte dangereusement avec le voyeurisme et la fascination morbide. Jusqu’où faut-il aller pour repousser les frontières du possible ? Et surtout, à quel prix ? Une lecture coup de poing. Lire l'article complet. Escalade aux JO de Paris 2024, toutes les informations essentielles Les JO de Paris, c’était l’événement attendu par toute une génération de grimpeurs. Cet article vous a offert une boussole pour naviguer dans les méandres des formats de compétition, des règles et des enjeux. Un travail de vulgarisation précis et accessible, idéal pour briller lors des apéros entre amis ou au pied des blocs. En bonus, une analyse des favoris et des outsiders qui ont renversé les pronostics. Lire l'article complet. Tarifs des salles d’escalade : le grand dévers Le prix d’une grimpe en salle est-il devenu plus raide qu’un 9a ? Cet article décortique les facteurs qui font grimper la facture : loyers astronomiques, inflation, et surenchère dans l’expérience utilisateur. Mais derrière les chiffres, une question subsiste : l’escalade indoor peut-elle encore prétendre à une certaine démocratisation, ou devient-elle l’apanage d’une élite urbaine ? Une enquête où économie et sociologie se mêlent à la sueur des murs. Lire l'article complet. Le syndrome du cirque : Jakob Schubert démonte l’escalade moderne « Stop au cirque ! » : c’est le cri du cœur de Jakob Schubert face à une escalade qui vire au spectacle de foire. Entre mouvements dignes du parkour et gestuelles théâtrales, Schubert tacle un sport qui s’éloigne de ses racines pour séduire les masses. Mais derrière son coup de gueule, cet article explore une vérité plus large : l’escalade est-elle en train de vendre son âme pour se faire une place sous les projecteurs ? Lire l'article complet. Climb Up Lyon : L'accident mortel qui relance le débat sur la sécurité en salle L’accident survenu à Climb Up Lyon a mis la communauté en émoi. Mais au-delà du drame, cet article ouvre le débat : les auto-enrouleurs, outils de démocratisation ou dangers mal compris ? Avec un regard froid et des chiffres à l’appui, ce papier décortique les failles d’un système où la formation des grimpeurs semble parfois passer au second plan. Une réflexion urgente pour éviter que l’histoire ne se répète. Lire l'article complet. La liste complète des 68 athlètes qui seront aux JO 2024 d'escalade Cet article fait le point sur les 68 grimpeurs et grimpeuses qualifiés pour représenter leurs pays aux Jeux Olympiques. Répartitions par discipline, par genre et par nation : tout y est pour comprendre qui sont les athlètes à suivre. En bonus, des informations pratiques pour ne rien manquer des compétitions et une mise en contexte sur les enjeux d’un casting qui représente le gratin de l’escalade mondiale. Lire l'article complet. JO 2024 d'escalade : Comment suivre le live gratuitement ? Pour les passionnés aux poches légères, cet article a été une bouée de sauvetage. Explications claires, astuces efficaces, et un zeste de militantisme pour que le sport reste accessible à tous. Une preuve que la démocratisation passe aussi par l’information. Car quoi de pire que de devoir payer pour vibrer devant une finale olympique pleine de suspense ? Lire l'article complet. Le replay de l'escalade aux Jeux Olympiques de Paris 2024 Si vous avez manqué les épreuves d’escalade des JO de Paris, cet article vous guide pour accéder au replay gratuit sur France TV. Malheureusement, la vidéo regroupe plusieurs disciplines, ce qui nécessite un peu de navigation pour retrouver les moments consacrés à l’escalade. Une ressource pratique pour revivre les ascensions olympiques et plonger dans l’intensité des performances, même après coup. Lire l'article complet. Le New York Times publie une enquête accablante contre Nims Dai Nims Dai, héros charismatique de l’alpinisme, se retrouve au cœur d’une tempête. Cet article s’appuie sur une enquête du New York Times révélant des accusations graves portées par deux femmes : Lotta Hintsa, qui l'accuse d’agression sexuelle, et April Leonardo, dénonçant un harcèlement sexuel. Ces révélations jettent une ombre sur la figure publique de l’alpiniste et soulèvent des questions essentielles sur la responsabilité et les comportements dans ce milieu extrême. Une lecture troublante qui confronte l’image héroïque aux réalités humaines. Lire l'article complet. 2024 aura été une année de grands écarts, entre émerveillement et indignation. À travers ces dix articles, Vertige Media n’a cessé de grimper au cœur des enjeux, quitte à déranger. Mais c’est ça, l’escalade : une quête d’équilibre sur un fil instable, où chaque prise raconte une histoire. Et si 2025 promet déjà de nouveaux défis, une chose est sûre : vous serez là pour lire, réagir et, surtout, continuer à grimper avec nous.

  • Deepfreeze : l’hiver, la Walker, et trois alpinistes givrés

    1986 : Patrick Gabarrou et Hervé Bouvard tracent une ligne audacieuse dans le granit abrupt des Grandes Jorasses. La Directissime de la Walker devient une voie mythique, un trophée pour ceux qui aiment souffrir avec panache. 2023 : Charles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin débarquent avec une idée un peu folle. Et si on la refaisait… mais en plein hiver ? Parce que grimper en t-shirt, c’est surfait, et que les parois glacées, ça muscle les convictions. Cinq jours suspendus dans le froid, à jouer les funambules sur des fissures gelées, armés d’un mélange de courage, d’humilité et, avouons-le, d’un ego bien huilé. Mais c’est ce qu’il faut pour affronter une montagne qui ne pardonne rien. Leur aventure, capturée dans l e film Deepfreeze de Yannick Boissenot, a fait le tour des festivals et vient tout juste de devenir accessible gratuitement en ligne . Une plongée fascinante dans le vide… et dans la tête de trois gars qui en redemandent. Le froid, cet entraîneur personnel sadique L’alpinisme hivernal, ce n’est pas pour les touristes en mal de selfies. C’est pour ceux qui aiment quand ça pique, littéralement. À -20 °C, même enfiler ses chaussons devient un combat. Le froid s’immisce partout, transformant les corps en glaçons ambulants. Chaque geste, chaque longueur, devient une négociation où l’on mise gros : son énergie, sa lucidité, parfois son intégrité mentale . Charles, Symon et Clovis ont choisi de jouer à fond la carte du minimalisme. Crampons, piolets ? Oui, mais le strict minimum. Grimpe libre ? Toujours que possible, même si ça veut dire se frotter au granit avec des doigts gelés. Le résultat, c’est une escalade aussi pure qu’impitoyable. Pas de pitié pour les mains, pas d’échappatoire pour l’esprit. Et pourtant, entre deux bourrasques, l’équipe trouve le moyen de rire. Parce que dans ces conditions, l’humour, c’est comme une dernière couche thermique : ça ne règle rien, mais ça réchauffe un peu. Dialogue avec l’héritage de Gabarrou Reprendre la Walker, c’est marcher dans les pas de Patrick Gabarrou et Hervé Bouvard, dont l’exploit de 1986 a marqué l’histoire de l’alpinisme. À l’époque, leur ouverture relevait d’une audace brute, entre esprit pionnier et bricolage inspiré. Leurs pitons, plantés à la main, témoignent encore de leur passage, figés dans le granit. Mais aujourd’hui, la montagne a changé. L’hiver l’a durcie, les fissures se sont scellées sous la glace, et ce qui semblait logique sous le soleil de l’été devient absurde dans les ombres glacées de l’hiver . Pour le trio, reprendre cette voie n’est pas une répétition, mais une réinterprétation . L’idée n’est pas de refaire ce qui a été fait, mais de le transcender. Pourtant, face à une paroi gelée, il n’y a pas de négociation. La montagne impose ses règles, et le jeu consiste à improviser sans jamais perdre pied. La paroi comme théâtre, le film comme miroir Yannick Boissenot ne filme pas une simple ascension : il dissèque un combat. Son objectif s’attarde sur les détails que le froid voudrait effacer — une main qui hésite, un crampon qui cherche sa place, des regards échangés sans un mot. Ici, tout est brut, sans maquillage, comme si le froid avait gelé toute tentative de mise en scène. Symon avance avec la précision d’un chirurgien, ses gestes aussi millimétrés que le grain de la roche. Clovis, le rookie de l’équipe, oscille entre la peur et une énergie presque insolente, comme un funambule qui aurait le vertige. Et Charles, lui, semble habiter la paroi. Ce chaos glacé, c’est sa zone de confort, ou du moins ce qui s’en rapproche. Il bivouaquerait sans doute une nuit de plus, juste pour le plaisir d’y être. Le film, lui, ne cherche pas à vous tenir la main. Pas de grands discours, pas de mise en scène exagérée. Juste l’essence de l’alpinisme : l’effort lent, les doutes qui rongent, et ces moments où le sublime tutoie l’absurde. Une invitation à ressentir, plutôt qu’à comprendre. Un film, une leçon, une montagne Disponible en ligne depuis peu, Deepfreeze est un miroir tendu à tous ceux qui se demandent pourquoi on grimpe. Et la réponse, comme toujours, tient en quelques mots : pour rien. Pour le vide. Pour le geste. Mais surtout pour ce que ça laisse en nous. Les Grandes Jorasses ne sont pas un but ; elles sont un terrain d’expression. Un endroit où l’on apprend à apprivoiser ses peurs, à tester ses limites, et parfois, à accepter que l’on ne conquiert rien. Parce qu’au sommet, il n’y a que le vent et cette certitude étrange : on y reviendra. Alors, prenez une doudoune, un chocolat chaud, et laissez-vous emporter. Ce film, comme cette aventure, a cette capacité rare : il donne froid au corps, mais chaud au cœur. Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .

  • Le Footing Vertical : Une révolution pour rendre l'escalade accessible à tous

    L'escalade est souvent vue comme une activité réservée aux personnes en pleine forme. Une perception qui est sur le point de devenir obsolète grâce au Footing Vertical, une innovation portée par Mickael et Bassa Mawem , deux athlètes éminents de ce sport. Cette machine est conçue pour rendre l'escalade accessible aux personnes de tous âges, de toutes conditions physiques, et avec ou sans handicaps , transformant ainsi les salles d'escalade en espaces inclusifs et autonomes. À ce jour, l'escalade semble être un privilège réservé à un cercle restreint d'initié(e)s. Les statistiques montrent que sur plus de deux milliards de personnes, comprenant des personnes âgées, des sédentaires et des personnes handicapées, seulement 35 millions pratiquent l'escalade . Le Footing Vertical, créé par les frères Mawem, vise à modifier cette dynamique en offrant une solution pour intégrer des millions de personnes exclues de cette activité. Une innovation qui intègre des technologies brevetées qui adaptent l'effort requis en fonction des capacités individuelles de chaque utilisateur . Cette machine est équipée de systèmes de réglage permettant une progression personnalisée et sécurisée, incluant une fonction anti-panique et un mécanisme de délestage simulant une gravité "lunaire". Adapté pour compenser diverses déficiences – qu'elles soient pondérales, musculaires, neurologiques, visuelles ou mentales – ce dispositif rend l'escalade agréable et accessible à tous. La sécurité est bien entendu un pilier central du Footing Vertical, assurant une expérience sécurisée à 100%, permettant aux utilisateurs de grimper sans crainte. Cette innovation favorise également l'autonomie en permettant à des individus qui nécessiteraient normalement une assistance pour l'activité physique de pratiquer l'escalade en toute indépendance . L'amélioration de l'accessibilité à l'escalade s'aligne avec les objectifs de l'Organisation Mondiale de la Santé sur l'activité physique, jouant un rôle essentiel dans l'amélioration de la santé globale et l'augmentation de l'espérance de vie. Le dispositif est aussi une ressource précieuse pour les établissements scolaires, les clubs associatifs et les salles privées , encourageant l'inclusion et permettant à des personnes souvent marginalisées de participer activement dans ces lieux de socialisations importants. Bien que le développement du Footing Vertical doive encore se poursuivre avant sa commercialisation prévue pour 2025 , l'enthousiasme est palpable, notamment à travers les expériences des premiers utilisateurs. Camille, ancienne gymnaste ayant perdu l'usage de sa jambe après un accident, témoigne : "J’ai tout de suite chopé le virus de la grimpe. Cela m’a permis de fermer une porte et d’en ouvrir d’autres. Être à nouveau essoufflée et surtout entendre mon cœur battre était agréable. Tout revenait à la vie !" En permettant à chacun de défier la gravité, Mickael et Bassa Mawem pourraient bien redéfinir l'avenir de l'escalade , rendant l'escalade accessible au plus grand nombre et transformant profondément cette pratique sportive.

  • L’escalade, du contrepied au grand public : quelle voie pour l’avenir ?

    À mesure que l’escalade s’élève dans l’imaginaire collectif, une question surgit : ce succès massif entraîne-t-il un changement d’identité ? Dans une récente vidéo, Hannah Morris dissèque avec finesse cette trajectoire : des murs d’entraînement aseptisés aux collaborations luxueuses, des podiums olympiques aux cafés branchés des nouvelles salles, la grimpe s’est muée en phénomène culturel mondial . Mais en s’offrant au plus grand nombre, peut-elle rester fidèle à ses racines ? Ou, pour paraphraser une crainte contemporaine : le succès tuera-t-il l’âme de l’escalade ? D’une rébellion silencieuse à la pleine lumière Avant que l’escalade ne devienne tendance, c’était une affaire de marginaux et d’inadaptés. Jimmy Chin, alpiniste et documentariste, rappelle : « L’escalade, c’était pour ceux qui ne trouvaient pas leur place dans le sport traditionnel ou même dans la société. » C’était l’époque des pionniers "dirtbags" des années 70, perchés dans la vallée du Yosemite avec pour seul horizon une ligne de fissure à ouvrir. Depuis, la donne a changé. En dix ans, le nombre de salles d’escalade aux États-Unis a grimpé de 76 %, passant de 353 à 622 établissements . Au Royaume-Uni, la fréquentation des salles a bondi de 60 % en quatre ans. En clair, grimper est devenu une option aussi naturelle qu’une séance de fitness. Ce basculement s’explique en partie par la transformation des salles d’escalade. Jadis austères, elles sont désormais des espaces où le design épouse l’expérience utilisateur : des murs colorés, des itinéraires pour tous les niveaux, un café qui propose du flat white. Pour Jed McDonnell, directeur de The Climbing Hangar, cette mutation est logique : « L’escalade en salle n’a plus besoin de l’escalade en extérieur. C’est devenu un sport en soi. » L’effet olympique et hollywoodien : la puissance des images La bascule du sport "underground" vers la scène mondiale n’est pas le fruit du hasard. Trois catalyseurs ont joué un rôle central : le cinéma, les réseaux sociaux et les Jeux Olympiques . Des films comme Free Solo ou The Dawn Wall ont transcendé l’univers des grimpeurs pour capter l’imaginaire collectif. Alex Honnold suspendu sans corde sur El Capitan est devenu une icône planétaire . Sur YouTube, les vidéos d’escalade explosent, tout comme les recherches en ligne, qui ont bondi de 69 % entre 2014 et 2015. Puis, en 2021, l’escalade fait ses débuts olympiques à Tokyo. Sa version compétitive – spectaculaire, nerveuse et accessible – séduit un public mondial. Un sport qui n’offre pas seulement un défi, mais une dramaturgie immédiate, où le corps et l’esprit s’affrontent contre la paroi. La grimpe comme antidote au vide contemporain Si l’escalade séduit autant aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour son esthétique visuelle ou son caractère accessible. C’est ce qu’elle nous offre en retour qui compte. Dans un monde saturé par le numérique et l’immédiateté, grimper propose une expérience concrète, exigeante et sensorielle . Chaque mouvement est un dialogue entre le corps et la paroi, un retour à quelque chose de plus primitif. Alex Honnold le souligne : « Avec la course et la natation, l’escalade est l’une des façons les plus élémentaires par lesquelles l’être humain a négocié son environnement pendant des millénaires. » Pour Kim Bore, philosophe et grimpeuse, cette quête dépasse la performance : « L’escalade ne perd pas son identité. Elle évolue, comme elle l’a toujours fait. » Des grimpeurs "dirtbags" aux pratiquants d’aujourd’hui, chaque génération façonne ce sport à son image. Mais ce qui reste immuable, c’est ce que l’escalade donne : le dépassement de soi et l’appartenance à une communauté . Une salle comme nouvelle agora sociale L’escalade en salle n’est plus un simple espace d’entraînement : c’est un lieu de vie, de rencontre et de partage. C’est ce que découvre Jen, une novice invitée dans la vidéo. Elle arrive avec ses préjugés : « Je pensais que je n’avais pas assez de force, que ce n’était pas pour moi. » Et pourtant, après quelques essais, l’appréhension laisse place à une satisfaction nouvelle : celle d’avoir défié ses limites. Ces espaces modernes n’excluent plus : ils accueillent. On y croise des familles, des jeunes, des quadragénaires en quête de forme, des groupes d’amis qui transforment la séance en rituel hebdomadaire. L’élitisme de l’époque semble s’effacer, comme le rappelle Jed McDonnell : « Combien de fois dois-tu grimper pour être un grimpeur ? Si tu es sur le mur, tu en es un. » Pour beaucoup, l’escalade devient un prétexte : un moyen de retrouver un collectif dans une société qui en manque cruellement . L’époque des grimpeurs solitaires appartient au passé. La nouvelle identité du sport s’ancre dans le lien social qu’il génère. Escalade et capitalisme : les failles d’un succès Mais cette démocratisation a un prix. Le succès attire le capitalisme, et avec lui, le risque de voir l’escalade perdre ce qui faisait son âme. Les collaborations avec Louis Vuitton ou Gucci ont de quoi faire sourire – ou grincer des dents. Delaney Miller, chroniqueuse chez Climbing.com, résume l’ambiguïté : « Ce sport, qui représente pour beaucoup quelque chose d’artistique et spirituel, est devenu plus monétisable que jamais. » Alors, l’escalade risque-t-elle de devenir une simple marchandise ? Peut-être. Mais pour Hannah Morris, la réponse est ailleurs : dans ce que chacun vient y chercher. Certains grimperont pour l’image, d’autres pour la communauté, d’autres encore pour se retrouver face à eux-mêmes. Retrouver le sens, un mouvement après l’autre À travers l’essor de l’escalade, c’est une soif collective qui s’exprime . Une quête de mouvement dans un monde statique. Une recherche d’ancrage dans une époque flottante. Grimpeurs novices ou confirmés, chacun y trouve un espace où l’effort n’est pas vain, où chaque chute est un apprentissage, et où le sommet n’est jamais une fin, mais le début d’autre chose. En cela, l’escalade répond à une question universelle : comment se reconnecter à l’essentiel dans un monde de plus en plus abstrait ? La réponse tient en une prise. Puis une autre. Et l’élan qui nous pousse toujours plus haut. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : L'évolution de l'escalade en salle au Royaume-Uni Gentrification de la grimpe : la nouvelle voie CSP+ L'escalade, un sport de gauche ?

  • Jim Pope, failles et éternel recommencement

    À travers une vidéo récemment publiée par Wedge Climbing, Jim Pope nous entraîne dans son univers, où chaque voie devient un terrain de jeu et d’exploration. Grimpeur, mais surtout explorateur, il incarne l’esprit d’une escalade complète et sans concessions, oscillant entre compétitions millimétrées et aventures sauvages sur le grès brut du Peak District . Là où certains cherchent la cotation ou la performance, Jim cultive l’art de recommencer, de réinventer son escalade à chaque nouvelle ligne. © Wedge Climbing Un grimpeur façonné entre béton et nature Né en 1998 à Londres, Jim Pope découvre l’escalade enfant, lors d’un séjour en famille dans le Lake District. Dès lors, les salles d’escalade deviennent son refuge dans une ville où la roche naturelle semble bien loin. À Hackney, où il grandit, il s’entraîne avec une régularité de métronome. À seulement 15 ans, il signe une performance précoce en réalisant " Mecca – A Mid-Life Crisis " (8b+), une voie emblématique de Raven Tor. Rapidement repéré, Jim intègre l’équipe nationale britannique et enchaîne les titres de champion national en difficulté. Mais son ambition dépasse les murs artificiels : Jim Pope n’est pas un pur produit de la compétition. Il refuse de choisir entre les disciplines, préférant se nourrir de leurs différences pour enrichir son escalade . « Je veux être bon partout, du bloc au trad, en passant par la grimpe sportive. Pourquoi choisir ? » Cette soif de polyvalence l’amène à repousser ses limites : 8B+ en bloc, 8c+ en escalade sportive, et E10 en trad. Des chiffres impressionnants, mais Jim Pope n’en fait jamais des trophées. Ce qui compte pour lui, c’est l’expérience, l’aventure brute, les heures passées à chercher une ligne encore vierge. Kinder scout : un terrain où le passé rencontre le présent Au cœur du Peak District, le plateau de Kinder Scout s’élève comme un monument de l’histoire de l’escalade britannique. Ici, pas de prises usinées ni de confort moderne : le grès impose ses règles. Cette roche imprévisible, souvent glissante, force les grimpeurs à la précision et à la retenue. « Les lignes ne viennent pas à toi, il faut les chercher, parfois les gratter. Rien que l’approche est une mise à l’épreuve », confie Jim. Pour lui, Kinder est autant un terrain d’aventure qu’un lieu de mémoire. « Le topo n’est pas qu’un guide, c’est un livre d’histoires. Chaque ligne a été grimpée, rêvée ou ratée par d’autres avant moi. C’est comme si tu marchais sur leurs pas. » Mais cette mémoire n’empêche pas la nouveauté. C’est ici que Jim Pope a ouvert " Kindred Spirits ", une ligne sous un toit massif : 25 mouvements sans répit, où la technique côtoie l’endurance pure. « Ce n’est pas la cotation qui est dure, c’est l’ensemble. L’effort continu, les placements de protection… C’est épuisant, mais tellement gratifiant. » De la compétition à l’aventure : l’équilibre subtil Si les lignes sauvages de Kinder nourrissent l’aventurier en lui, Jim Pope reste aussi un compétiteur dans l’âme. Il a connu la pression des qualifications pour les Jeux Olympiques et la rigueur des circuits internationaux. Une expérience qu’il décrit comme formatrice, bien qu’étouffante. « Après des mois d’entraînement millimétré, partir à Kyarn sans plan précis, c’était vital. Plus de chrono, plus de pression. Juste grimper pour le plaisir. » Cette liberté retrouvée contraste avec les salles où tout est calculé. Car pour Jim, l’essence de l’escalade se trouve dans l’inattendu : les blocs qu’on découvre par hasard, les prises masquées sous la mousse, les journées trop longues où l’on rentre les doigts en feu mais le sourire aux lèvres. Un grimpeur complet, à la recherche de nouvelles lignes Jim Pope, c’est aussi un esprit curieux, un explorateur. Il ne se contente pas des voies tracées et cherche sans cesse « la ligne qui n’existe pas encore ». Ses réalisations dans des styles aussi variés que le trad, le bloc et la difficulté en font l’un des grimpeurs britanniques les plus polyvalents . À Kinder Scout, il a trouvé un terrain à sa mesure : brut, exigeant, sans concessions. Mais il n’hésite pas à changer d’horizon pour mieux revenir. En Suisse, il trouve une forme de répit : « Là-bas, tu déplaces ton pad d’un mètre et tu trouves une autre voie cinq étoiles. Ça repose l’esprit. » Un contraste nécessaire avant de replonger dans les terrains d’aventure, là où chaque prise est une conquête. La beauté d’un recommencement perpétuel Ce qui distingue Jim Pope, c’est aussi cette capacité à se remettre en question, à toujours revenir à l’essentiel. Du sommet d’une voie mythique à la ligne encore anonyme d’une vallée perdue, chaque expérience compte. Pour lui, l’escalade n’est pas une affaire de chiffres ou de médailles, mais de moments partagés, d’histoires gravées dans le grès. « Même après des big walls, même après les plus belles ascensions, je reviens ici et je retrouve de la magie dans une petite ligne locale. Ça veut dire qu’il y a toujours plus à découvrir. » Le grès comme école de vie Jim Pope est l’incarnation d’une escalade totale : celle qui ne se limite ni à un mur, ni à une discipline. En équilibre constant entre compétition et aventure, il cultive une polyvalence rare, alimentée par une soif inépuisable de renouveau. Le grès, avec sa beauté brute et ses défis insaisissables, est pour lui bien plus qu’une roche : c’est une école de vie. Un terrain où chaque sommet n’est jamais la fin, mais le début de quelque chose d’autre. Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .

  • Cinq livres pour s'élever : la sélection engagée de la librairie Libertalia

    À Montreuil, la librairie Libertalia cultive l’indépendance comme une philosophie. Plus qu’un simple lieu de vente, elle incarne un espace de pensée critique où chaque ouvrage raconte un fragment d’histoire ou une lutte . Nous avons rencontré Florent, l’un des visages de ce bastion littéraire, pour découvrir sa sélection de cinq livres. Entre récits de montagne, voyages et réflexions politiques, ces ouvrages invitent à repenser nos rapports au monde, à la nature et à ceux qui la traversent. © Vertige Media Alpinisme et anarchisme : une contre-histoire engagée « Dans l’alpinisme, il y a toujours une tension entre liberté et solidarité », explique Florent. Cette idée centrale irrigue Alpinisme et anarchisme de Guillaume Goutte. Loin des récits convenus sur les exploits individuels, cet ouvrage déploie une réflexion politique inattendue : et si la montagne était une incarnation de l’anarchisme ? L’auteur s’appuie sur l’histoire de l’alpinisme, né dans les hautes sphères britanniques au XIXᵉ siècle, pour montrer comment ce sport s’est rapidement ancré dans des milieux populaires et ouvriers . Il explore des figures et des collectifs militants comme la FSGT, fondée dans les années 1930 pour allier sport et lutte contre le fascisme, ou Alpinismo Molotov, collectif italien actuel. Florent souligne aussi le parallèle entre les notions de cordée et de solidarité : « La cordée, c’est l’inverse du ‘premier de cordée’ qu’on nous vend parfois. C’est un acte collectif pur, un pacte de confiance qui reflète l’essence même de l’anarchisme. » Pour compléter, Libertalia propose également Militant du sport populaire , un livre qui plonge au cœur de l’histoire de la FSGT et de ses combats. Ensemble, ces ouvrages redonnent à l’alpinisme une dimension politique longtemps oubliée. © Vertige Media Élisée Reclus : science, poésie et écologie avant l’heure Avec Histoire d’une montagne. Histoire d’un ruisseau , Élisée Reclus, géographe et communard, offre une perspective à la fois scientifique et poétique sur la nature . Réédité par Libertalia, ce texte du XIXᵉ siècle résonne étrangement avec les préoccupations écologiques actuelles. Reclus ne se contente pas de décrire les phénomènes géologiques : il leur insuffle une vie propre. « Une montagne bouge, vit, s’écroule et renaît », écrivait-il. Ses descriptions mêlent science, poésie et une profonde réflexion morale. Il observe la nature comme un organisme en perpétuel mouvement , sensible aux forces qui l’habitent et aux impacts de l’activité humaine. « C’est un texte qui aiguise le regard et invite à écouter le paysage », note Florent. Élisée Reclus y dénonce déjà les effets destructeurs du capitalisme industriel , donnant à son œuvre une portée prophétique. Un classique intemporel, où la montagne devient un miroir de nos sociétés. © Vertige Media Une vie avec Alexandra David-Néel : un hommage en bande dessinée Avec Une vie avec Alexandra David-Néel , Libertalia nous emmène cette fois dans les dernières années de l’une des grandes figures féminines du voyage . À travers une bande dessinée en quatre tomes, le lecteur découvre l’exploratrice à travers les yeux de Marie-Madeleine, son assistante au caractère opposé. Le récit oscille entre le présent des années 1960, dessiné en noir et blanc, et les flashbacks en couleur qui retracent les grands moments de la vie de David-Néel : sa traversée du Tibet en 1924, son dialogue avec le Dalaï-Lama ou encore sa conversion au bouddhisme. « Cette dualité visuelle sert magnifiquement le récit », commente Florent, qui salue également le trait semi-réaliste de Mathieu Blanchot. Cette BD n’est pas qu’un hommage biographique : c’est une réflexion sur la transmission, la liberté et la quête d’absolu. © Vertige Media Corine Morel Darleux : une exploration hybride Avec Nous irons trouver la beauté ailleurs , Corine Morel Darleux livre un texte inclassable, entre carnet de voyage, manifeste politique et journal intime . L’autrice, militante écologiste et libertaire, raconte ses expériences dans le Vercors, en Inde et ailleurs, pour questionner notre rapport au monde. « Elle tisse un récit où l’écologie, la littérature et la philosophie s’entrelacent », explique Florent. Ce livre, hybride par essence, pousse à repenser le mouvement : non pas comme une fuite, mais comme une reconquête de soi et du collectif. À travers une écriture intime mais jamais prétentieuse, Corine Morel Darleux alterne entre réflexions personnelles et observations universelles. Pour Florent, ce texte est une véritable passerelle entre les amateurs d’essais et ceux qui préfèrent la littérature , « une porte d’entrée vers des thématiques exigeantes mais accessibles ». Lucia Azema : les femmes qui voyagent Enfin, avec Les femmes sont aussi du voyage , Lucia Azema dresse un panorama des grandes figures féminines du départ . Exploratrices, aventurières ou simples marcheuses, ces femmes ont osé se confronter à un monde souvent hostile. « Encore aujourd’hui, voyager seule reste semé d’embûches pour une femme », rappelle Florent. Azema combine analyse féministe et récit inspirant , explorant autant des figures historiques comme Nelly Bly que des héroïnes oubliées. Elle imagine aussi ce que serait le voyage dans un monde libéré du patriarcat : une vision joyeuse et galvanisante, où chaque pas devient un acte d’émancipation. « Ce livre fait du bien, et ça se voit », raconte Florent. « Les lectrices reviennent souvent pour l’offrir, preuve qu’il résonne profondément. » Un manifeste pour toutes celles qui rêvent de partir, qu’il s’agisse d’un trek himalayen ou d’une simple marche en montagne. © Vertige Media Libertalia : une philosophie pirate En filigrane de cette sélection, Libertalia réaffirme son engagement. Maison d’édition autant que librairie, elle incarne une indépendance farouche, fidèle à ses racines militantes . « Ici, pas de compromis avec les grands groupes », insiste Florent. « On reste libres et entiers. » Fondée par des militants proches du punk et du syndicalisme, Libertalia refuse de céder aux pressions commerciales, privilégiant les rééditions d’œuvres oubliées et les textes contemporains engagés. C’est une maison où la pensée critique trouve refuge, et où chaque livre devient une arme de résistance. Florent conclut avec une touche d’humour : « C’est pirate, mais ça fonctionne. Et franchement, qui ne voudrait pas embarquer ? »

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