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- Qui sont les grimpeurs qui participeront aux Neom Beach Games ?
Une compétition aussi prestigieuse que controversée… et une liste d’athlètes toujours absente des radars à quelques jours du lancement . Alors que le site officiel de l’IFSC publie habituellement les noms des inscrits aux compétitions à venir, aucune trace de celles et ceux participant aux Neom Beach Games . L’année dernière, certains grimpeurs avaient pu jouer la carte du manque d'informations face à la controverse autour de ce projet de mégapole en Arabie Saoudite. Mais cette année, la donne a changé : tout le monde connaît l’enjeu et la polémique. Et dans l’ombre, les opposants guettent avec impatience la décision des athlètes, curieux de voir qui, en toute connaissance de cause, assumera de concourir dans le désert. Le jeu de l’ombre ou de la honte ? Un an après le tollé provoqué par la première édition, où la participation de grimpeurs de haut niveau a été critiquée pour son association avec le projet de la mégalopole Neom en Arabie Saoudite, l’édition de cette année s’annonce tout aussi tumultueuse. Cette opacité autour des participants ajoute une nouvelle couche de malaise , surtout au vu des accusations de "greenwashing" et de "soft-power" reprochées à l'événement. Si certains grimpeurs se sont rendus aux Neom Beach Games l'année dernière, c’est généralement par pragmatisme, mais surtout par méconnaissance. « D’ailleurs, si jamais ça peut éclairer sur la manière dont les grimpeurs sont invités, » nous confie une grimpeuse professionnelle sous couvert d’anonymat, « on reçoit simplement un mail qui nous invite aux Neom Beach Games avec un lien vers l’info sheet, avec un prize money vraiment supérieur aux compétitions habituelles. Mais on n’a aucune info sur le projet Neom. Donc on peut accepter l’invitation comme n’importe quelle autre si on ne s’est pas renseigné avant ; c’était vrai l’an dernier, mais vu la polémique, tout le monde est au courant cette année. » « On n’a aucune info sur le projet Neom. Donc on peut accepter l’invitation comme n’importe quelle autre si on ne s’est pas renseigné avant ; c’était vrai l’an dernier, mais vu la polémique, tout le monde est au courant cette année. » Pour ces athlètes, souvent en quête de financements pour boucler leur saison, une telle opportunité peut sembler irrésistible. « En tant que sportif de haut niveau qui galère à trouver des financements pour son projet, si on n’est pas curieux – et en vrai, on regarde jamais – c’est, sur le papier, une super opportunité. Encore une fois, c’était vrai l’an dernier mais plus maintenant, » ajoute-t-elle. Ce témoignage révèle le dilemme complexe qui se joue dans les coulisses : en acceptant de participer, chaque grimpeur endosse malgré lui un choix de valeurs . Un manque de transparence qui en dit long Ce flou pourrait bien être le signe d’un embarras général, que ce soit pour les athlètes, les sponsors ou même la fédération internationale . Après tout, comment justifier une participation à un événement qui sert de vitrine à un projet d’envergure dont les impacts environnementaux sont dénoncés de toutes parts ? Pour certains grimpeurs, répondre à cette invitation revient à troquer ses convictions pour un podium – ou, pour d’autres, à accepter le financement de sponsors peu regardants sur la localisation de leurs performances. Ce manque de transparence autour des Neom Beach Games relance également le débat sur le positionnement de l’IFSC, supposée promouvoir un sport en harmonie avec les valeurs de la nature et du respect environnemental . À un moment où les jeunes générations de grimpeurs redoublent d’efforts pour limiter leur empreinte, l’opacité sur la participation à un événement aussi controversé risque d’envoyer un message à double tranchant. Entre les ambitions de développement et l’essence même de l’escalade, l’IFSC marche sur une corde raide. Mais jusqu’où cette fédération est-elle prête à aller pour s’impliquer dans un événement aussi controversé, au risque de se détourner de ses propres principes ? Alors, qui seront ces grimpeurs qui oseront relever le défi du désert ? Ceux qui accepteront de se mesurer en plein cœur de cette mégapole en construction, symbole de l'ultra-modernisation et de la consommation énergétique démesurée ? Malheureusement, cette stratégie de silence de la part de l’IFSC risque bien de se retourner contre eux, attisant encore davantage la curiosité autour de cette fameuse liste que nous découvrirons, de toute façon au plus tard le 11 novembre...
- Maurice Latapie, entre pédagogie sauvage et autogestion
Alors que l'étape briançonnaise de la Coupe du monde d'escalade battait son plein, c'est sur la terrasse d’un café, là où il a ses habitudes, que nous avons retrouvé Maurice Latapie, alias Momo. Là où certains préfèrent les discours bien léchés sur l’escalade moderne, Momo, lui, ne s'embarrasse pas de formules. Cette figure emblématique de la FSGT , qui a contribué à tracer les premiers parcours jaunes pour débutants à Fontainebleau dans les années 50, n'a rien perdu de sa verve. Les premières traces : quand tout était à inventer « On était jeunes, naïfs, et on ne connaissait rien en pédagogie » lance Momo, en parlant de cette époque où il fallait tout faire soi-même. Dans les années 50, Fontainebleau n’avait pas de parcours pour les débutants. Alors, avec une bande de copains aussi fauchés que déterminés, ils ont pris l’initiative de créer les premières pistes jaunes pour ceux qui arrivaient parfois en chaussures de randonnées, d’autres avec des baskets . Rien de bien académique, mais c’est là que l’histoire commence, au Rocher Canon, autour de 1956. À l’époque, il n’était pas rare de voir une centaine de jeunes débarquer, et pour une trentaine d'entre eux, le bivouac était de mise. On partait en train, en autocar, et c’était surtout une aventure collective. Momo se souvient encore de ces groupes qui venaient « de la Porte d’Italie » pour finir leur périple « à pied, dans les champs, autour de bouffe collective, mais surtout de convivialité ». La pédagogie, made in FSGT : de l’utopie au concret Si aujourd’hui les méthodes d’apprentissage sont largement codifiées, Momo et ses camarades n’en avaient cure. Ils ont appris sur le tas. « On faisait des simulations entre les arbres pour préparer les grandes voies aux Ardennes belges ou au Saou », raconte-t-il. Le tout, dans une ambiance où le savoir se transmettait d’une manière bien particulière : « On avait nos cinq mousquetons et nos ceintures, et on faisait des démonstrations pour une cinquantaine de jeunes qui regardaient. On avait l’impression d’être des pionniers, mais en réalité on improvisait constamment ». « On avait nos cinq mousquetons et nos ceintures, et on faisait des démonstrations pour une cinquantaine de jeunes qui regardaient. On avait l’impression d’être des pionniers, mais en réalité on improvisait constamment ». Cette culture de la débrouille et de la transmission collective , ils la poursuivent aujourd’hui à Freissinières , un camp d’escalade autogéré où les activités sont multiples : escalade bien sûr, mais aussi VTT, canyoning, randonnées. « On y va tous avec des diplômes béton, mais chacun apporte ses compétences », explique-t-il. Une manière d’éduquer loin des SAE (structures artificielles d’escalade), avec un retour aux fondamentaux : « Pas de SAE l’été, on n’y a pas accès de toute façon ». De l’escalade à la vie collective : des idéaux bien ancrés Ce qui frappe chez Maurice Latapie, c’est la profondeur de ses convictions. Pour lui, l’escalade ne se résume pas à une activité physique, c’est un modèle de société . « On est responsable des autres », martèle-t-il. C’est cette idée de responsabilité collective qui guide encore aujourd’hui l’organisation des camps. « Ce n’est pas une hiérarchie où l’initiateur est là pour dire ‘suivez-moi, regardez mes grosses chaussures’, c’est plutôt ‘on apprend tous ensemble’ » Mais attention, ici, pas de gourou. « Ce n’est pas une hiérarchie où l’initiateur est là pour dire ‘suivez-moi, regardez mes grosses chaussures’, c’est plutôt ‘on apprend tous ensemble’ ». À la FSGT, tout le monde a sa place, des débutants aux vétérans , et chacun peut exprimer ses peurs ou ses forces. « On n’est pas là pour se la jouer, mais pour faire avancer tout le monde ». Quand la montagne devient politique : entre écologie et solidarité Pour Maurice, l’escalade n’a jamais été une activité isolée du reste du monde. Au contraire, les camps sont un lieu de réflexion sur les problématiques de société . Aujourd’hui, ce sont des questions comme la solidarité avec les migrants, le féminisme ou encore l’écologie qui animent les discussions autour du feu de camp. « Avec les JO de 2030 qui s’annoncent, c’est un désastre écologique en préparation », fulmine-t-il. Des milliers de lits touristiques, des télécabines étendues jusqu’au glacier, des routes taillées dans la forêt… le tout pour une poignée de vacanciers privilégiés. « On voit bien que ce modèle est absurde », ajoute-t-il, « et ici, on en parle, on ne reste pas les bras croisés ». Le camp de Fressinières devient alors un lieu de débat où les idées fusent jusqu’au bout de la nuit, avec des intervenants extérieurs et des associations engagées. Un dernier mot : populariser l’escalade ou mourir à petit feu ? Ce qui pourrait sembler paradoxal, c’est que malgré son amour pour l’autogestion et l'accessibilité des pratiques, Momo reconnaît aussi que l’escalade s’est en partie embourgeoisée. « À la FSGT, on a démocratisé l’escalade pour des milliers de personnes, mais aujourd’hui, ça glisse vers des classes moyennes supérieures », regrette-t-il. Les blocs en salle, cette invention pourtant issue de la FSGT , sont devenus une activité lucrative . « Les salles privées font du fric, ok, ça permet de développer l’escalade, mais est-ce qu’on peut vraiment se contenter de ça ? » « Les salles privées font du fric, ok, ça permet de développer l’escalade, mais est-ce qu’on peut vraiment se contenter de ça ? » Pour Momo, l’avenir de l’escalade ne peut pas se réduire à ces pratiques commerciales . Ce qu’il prône, c’est une escalade populaire, conviviale, responsable. « Tout le monde est à la production, pas de leaders, chacun apprend de l’autre ». Et c’est probablement là que réside l’essence de la FSGT, et de Maurice Latapie : dans cette idée que l’escalade, comme la société, doit être portée par toutes et tous, pour toutes et tous.
- Les Grips : toutes les informations sur cette compétition d'escalade hors normes
En décembre, Les Grips débarquent à Montbéliard. L'Axone, habituellement réservé aux concerts et grands événements, devient une arène de grimpe inédite pour accueillir 40 athlètes internationaux . C'est un sacré coup d'éclat pour une compétition d'escalade privée : réunir autant de pointures, du champion Tomoa Narasaki à la française Naïlé Meignan en passant par Brooke Raboutou, c’est tout simplement du jamais-vu. Dans un contexte post-JO où l’escalade attire un nouveau public, Les Grips visent à transformer la compétition de bloc en véritable spectacle , rythmé par des DJ et des blocs déments. Une compétition au cœur du spectacle Oubliez les compétitions classiques : Les Grips cassent les codes. Trois DJs (Vandal X, Ugo et AASH) enchaînent leurs sets pour un événement où chaque étape de la compétition devient spectacle. Quatre ouvreurs reconnus — Pierre Broyer, Rémi Samyn, Gen Hirashima, et Manuel Hassler —, créent 16 blocs aux défis aussi physiques que mentaux, spécialement conçus pour tester les meilleurs athlètes du monde. Les grimpeuses et grimpeurs au rendez-vous Naïlé Meignan (France) Manu Cornu (France) Erin McNeice (Royaume-Uni) Hannah Meul (Allemagne) Sam Avezou (France) Yoshiyuki Ogata (Japon) Brooke Raboutou (États-Unis) Miho Nonaka (Japon) Zélia Avezou (France) Toby Roberts (Royaume-Uni) Meichi Narasaki (Japon) Tomoa Narasaki (Japon) Levgeniia Kazbekova (Ukraine) Mejdi Schalck (France) Paul Jenft (France) Camilla Moroni (Italie) Mickael Mawem (France) Sohta Amagasa (Japon) Cette sélection, déjà impressionnante, va encore s’étoffer d'ici le jour J. Le programme complet Samedi 14 décembre 2024 08:00 - 09:00 : Ouverture du village et accueil du public. 09:00 - 12:00 : Qualifications hommes, avec 20 athlètes qui s’affrontent sur 4 blocs pour décrocher leur place en finale. 12:00 - 14:00 : Changement des blocs par les ouvreurs ; pause pour découvrir le marché de Noël de Montbéliard. 15:00 - 18:00 : Qualifications femmes, avec 20 grimpeuses prêtes à tout pour accéder aux finales. 18:00 : Fin de la première journée et annonce des qualifiés. Dimanche 15 décembre 2024 09:00 - 12:00 : Village des grimpeurs et animations. 14:00 - 16:30 : Finales hommes et femmes, les athlètes en lice tenteront de se hisser sur les blocs les plus coriaces. 16:30 : Cérémonie de clôture. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, Vertige Media propose un espace entièrement dédié aux Grips avec toutes les informations, des interviews exclusives, la liste des athlètes à jour, etc. Et cerise sur le gâteau : On vous offre 15% de réduction pour prendre vos places sur ce site avec le code VM12C .
- Petite métaphysique de la grimpe avec Antoine Le Menestrel
L’émission "La Conversation scientifique", animée par Étienne Klein, s’aventure parfois hors des sentiers battus. Dans son dernier épisode, on dépasse la technique et l'exploit physique de l’escalade pour explorer ce qui se joue au-delà du rocher, ce qui se passe dans la tête et dans le corps . Et qui de mieux qu’ Antoine Le Menestrel pour aborder le sujet ? Grimpeur de l’absurde, artiste et créateur, il vient bousculer les clichés, refusant de réduire l’escalade à une simple performance sportive . L’escalade, pour lui, touche au sensible et au philosophique, là où les paradoxes de la gravité, du vide et de la descente redéfinissent notre conception du monde. Le vide et la gravité : danser au bord du précipice Pour le commun des mortels, « le vide », c’est ce gouffre béant qui fait chavirer l’estomac et pâlir le visage. Pour Le Menestrel, c’est tout autre chose. Ce vide, il le connaît intimement, il l’a côtoyé, apprivoisé, jusqu’à en faire son compagnon de route. Étienne Klein rappelle en préambule ce paradoxe étrange : « Lorsque nous grimpons, nous appelons vide l’espace sous nos pieds, alors que, réellement, le vide s’étend bien plus vaste au-dessus de nous. Ce vide-là ne manque pas d’air, il en regorge. » « Lorsque nous grimpons, nous appelons vide l’espace sous nos pieds, alors que, réellement, le vide s’étend bien plus vaste au-dessus de nous. Ce vide-là ne manque pas d’air, il en regorge. » Il s'agit de « gravité », cette force invisible qui « devient pour nous l’arbitre de l’orientation », précise-t-il. Pour lui, cette gravité est un point de tension où se joue la confrontation entre la chute et le maintien. Pour Le Menestrel, la gravité n’est pas simplement ce qui attire au sol, c’est une interlocutrice, une force avec laquelle composer . « Ma gravité, je danse avec, je l’utilise pour descendre. » Une manière de prendre le contrepied de l’angoisse, de se défaire de la peur de tomber. Mais dans cette danse, il s’agit de se retenir au bord de l’abîme, de s’interdire la chute pour ne pas connaître la tombe. Un jeu de funambule, où l'équilibre est fragile, où l’on côtoie de près « la possibilité de la chute. » La descension : refus de l'ascension perpétuelle Antoine Le Menestrel jette un pavé dans la mare des idéologies contemporaines en remettant en cause notre obsession de l’ascension, de la montée sans fin . C’est l’un des rares à parler de « descension » comme un acte délibéré, un refus de se soumettre au mythe de la réussite ascendante. Inspiré par Nietzsche, il défend une vision qui contraste avec celle de la société. « Notre civilisation ne jure que par la croissance : plus haut, c’est mieux, plus loin, c’est admirable. Mais l’escalade, c’est aussi descendre, c’est quitter le sommet, redescendre au monde. » « On oublie trop souvent que pour monter, il faut savoir redescendre, être prêt à retourner là d’où l’on vient. » À ses yeux, la descente a une dignité propre, un rôle essentiel dans le parcours. « On oublie trop souvent que pour monter, il faut savoir redescendre, être prêt à retourner là d’où l’on vient. » Et si, pour une fois, le sommet n’était pas le paradis que l’on nous vend ? « Loin d’être un aboutissement, le sommet n’est qu’un passage, une halte dans l’itinéraire. Redescendre, c’est aussi se confronter à la réalité, c’est ne pas rester dans le mythe de la hauteur. » Une position caustique vis-à-vis de ce mythe, qu’il démystifie à coups d’arguments tranchants. Et il appuie : « Les plus anciens mythes parlent de catabase, cette descente dans les profondeurs pour atteindre ensuite la lumière. Mais aujourd’hui, on délaisse cette sagesse, on perd notre descendeur. » La corde comme ligne de vie : une poétique de l’élévation Pour Le Menestrel, l’escalade n’est pas que physique, elle est intrinsèquement poétique. Elle raconte une reliance, une connexion entre l’individu et l’espace, le vertical et l’horizontal . « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre... et je danse. » La grimpe devient une manière de tisser des liens invisibles, une forme de poésie qui s’écrit avec le corps. Cette vision s’enracine dans une quête artistique et personnelle où il se considère « faiseur de rêves » et place son corps au service de la scène et de l’autre. Il évoque cette « cordée émotionnelle » qui se crée avec le spectateur, qui reste ancré au sol mais s’élève à travers lui. À la verticale, Le Menestrel danse, crée une intimité avec le rocher, transformant le simple acte de grimper en une œuvre chorégraphique où chaque mouvement raconte une histoire. Cette approche de l’escalade comme performance est un pied de nez aux clichés et aux conventions. La compétition rejetée : émulation contre individualisme La compétition, Le Menestrel l’a toujours combattue. En 1985, il signe avec d’autres grimpeurs le « manifeste des 19 », une déclaration sans compromis contre la course aux médailles, le cirque médiatique . « La société déteste les marges, alors elle récupère tout. Et la compétition, c’est le moyen pour récupérer l’escalade, pour l’enfermer dans des règles. » Ce refus est catégorique, il voit dans cette marchandisation de la grimpe une perversion de l’esprit même de la discipline. « La compétition, c’est le moyen pour récupérer l’escalade, pour l’enfermer dans des règles. » Le Menestrel prône l’émulation, l’inspiration collective, plutôt que la lutte acharnée pour la reconnaissance. « L’esprit d’émulation nous pousse à être meilleurs ensemble, pas à dépasser les autres pour une médaille. Ce n’est pas mon énergie vitale que je veux gaspiller dans ce cirque-là. » Pour lui, la pratique de l’escalade doit demeurer une expression personnelle, loin des podiums , une façon de se mesurer à soi-même avant tout. La dimension poétique et spirituelle du corps Plus que de l'entraînement physique, l’escalade est pour Le Menestrel une rencontre avec son propre corps. Il parle d’un corps conscient, d’un « compagnon de cordée » qu’il écoute pour guider ses choix de vie. « Mon corps sait ce que je suis, il me montre la voie, bien avant ma tête. » Cette relation intime s’enracine dans une conscience aiguisée du corps, renforcée par des années de pratique et de méditation. Sa respiration devient un outil, un « cinquième point d’appui » pour se centrer, faire le vide et oublier l’ego. Il décrit aussi comment sa connaissance scientifique, acquise lors de ses études en biochimie, nourrit son rapport au corps : « Quand je respire, je sais ce qui se passe. L’oxygène alimente mes muscles, je mâche pour gagner de l’énergie. » Ce regard lucide et pratique révèle un homme qui réinvente sans cesse sa relation à son corps, un homme pour qui le vide, la concentration et la maîtrise de soi s’entremêlent pour former une unité. Dans la grimpe, chaque mouvement est une forme de méditation, une poésie en mouvement. Cette conversation avec Étienne Klein sur France Culture nous plonge dans la tête d’un grimpeur-philosophe, un homme qui vit l’escalade comme un art de l’équilibre, entre la pesanteur et la grâce. Antoine Le Menestrel ouvre une fenêtre sur une vision poétique, caustique, et résolument anticonformiste de l’escalade . Pour prolonger ce moment de réflexion, le replay de l’émission est disponible sur le site de Radio France .
- Caroline Ciavaldini dompte la fissure mythique de Greenspit
Caroline Ciavaldini a frappé fort ce 3 novembre en bouclant l’ascension de « Greenspit » (8b/+), une fissure redoutable nichée dans la vallée dell’Orco en Italie . Elle devient ainsi la troisième femme à signer cet exploit, rejoignant un cercle très restreint de grimpeuses ayant dompté cette ligne mythique. Un défi hors normes pour Caroline, qui s’était lancée cette année dans l’apprentissage exigeant du crack climbing, l’art difficile des fissures où la technique remplace les prises. 2024 a marqué un tournant dans la carrière de Caroline, qui, après des années de grandes réalisations en trad, a décidé de consacrer son énergie à l’art des fissures . Pour cela, elle a fait preuve de créativité : « J’ai construit une “crack-machine” dans mon jardin, avec l’aide des voisins, pour m’entraîner tout en m’occupant des enfants. » Dans son coin, loin des salles de grimpe, elle a dompté les coincements, mais elle a aussi fait un tour chez le légendaire Tom Randall au Royaume-Uni, histoire d’affûter son style. « À la fin de septembre, j’ai recommencé à essayer Greenspit, mais c’était presque comme si je devais tout réapprendre, car j’avais oublié la plupart de mes beta. » En mai dernier, son projet prend un coup dur : une déchirure aux ischio-jambiers la met hors-jeu . Caroline le raconte sans fioritures : « À la fin de septembre, j’ai recommencé à essayer Greenspit, mais c’était presque comme si je devais tout réapprendre, car j’avais oublié la plupart de mes beta. » Le retour n’a rien d’une promenade de santé. Il a fallu se battre pour chaque mouvement, reprendre à zéro et encaisser les frustrations, un vrai bras de fer entre elle et la voie. C’est lors de cette quatrième session de l’automne que le déclic se produit. Après une première montée où elle tombe après avoir atteint un nouveau point haut, Caroline sent qu’elle est proche du but. « C’était le même jeu que chaque fois : je pensais que je n'allais pas réussir. Je me sentais sous pression, un peu grognon. » Rien ne laisse présager une réussite. Pourtant, au lieu de se focaliser sur l’objectif, elle décide de lâcher prise et de profiter : « J’ai réalisé que je devais juste profiter de la grimpe et du fait que James et les enfants étaient là avec moi. » « Des images de cette protection qui lâche et de moi prenant une chute jusqu’au sol, devant mes jeunes enfants, m’ont traversé l’esprit. » Lors de son deuxième essai, elle entre dans la zone, corps et esprit focalisés sur les moindres détails de la voie. L’angoisse monte pourtant quand elle arrive aux derniers mouvements. Elle avait pris la décision de n’utiliser qu’un seul « friend » pour cette section critique, une protection minimaliste qui lui a brièvement glacé le sang : « Des images de cette protection qui lâche et de moi prenant une chute jusqu’au sol, devant mes jeunes enfants, m’ont traversé l’esprit. » Elle chasse cette pensée d’un coup et se concentre. Quelques mouvements plus tard, elle est en haut. « J’ai bloqué cette pensée et réussi à faire ces derniers mouvements. J’avais réussi ! » « C’est mon premier vrai projet de ce genre, et c’était si agréable de me sentir presque débutante à nouveau. » Ce projet, Caroline le décrit comme une plongée dans une discipline où elle a dû tout apprendre : « C’est mon premier vrai projet de ce genre, et c’était si agréable de me sentir presque débutante à nouveau. » Ce défi a exigé plus que de la force, il a demandé de l’endurance mentale, des heures de préparation et une dose de folie. « Le processus d’apprentissage de ces coincements, d’amélioration de ma technique et de dépassement de la douleur, avec toute ma famille qui me soutenait, a été une aventure incroyable. » Greenspit vient s’ajouter à une liste déjà impressionnante de réussites en trad pour Caroline, et cette victoire, en tant que troisième femme à vaincre cette voie, marque une étape de plus dans son impressionnante carrière, faite de défis toujours plus exigeants et de moments uniques sur les parois du monde. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : Kindness : L'équilibre entre l'escalade et la parentalité avec Caroline Ciavaldini James Pearson : Réflexion d’un homme sur l’inclusivité et la déconstruction des rôles en escalade Altitudes : Le podcast qui élargit nos horizons, un épisode à la fois James Pearson marque l'histoire de l'escalade traditionnelle, en toute discrétion
- Bosnie-Herzégovine : aux confins de l’histoire et des parois sauvages
Dans une courte vidéo documentaire, Kirsty et Hardin Pardede, accompagnés de leurs enfants, partent à la découverte de la Bosnie-Herzégovine et révèlent un joyau caché de l’escalade européenne. Ce film, intitulé "Bosnia Herzegovina… What A Dark Horse of Climbing", capture leur périple à Blagaj, une région aussi méconnue qu’étonnante, où tuffas imposantes et voies techniques dessinent un terrain de jeu unique. La famille découvre des voies qui se prêtent aussi bien aux grimpeurs expérimentés qu’aux enfants, faisant de ce voyage improvisé un moment d’aventure. Comme l'affirme Kirsty, cette région est « un dark horse de l’escalade » – un lieu que l’on ne s’attend pas à voir figurer parmi les destinations d’escalade, mais qui, une fois découvert, en révèle tout le potentiel. Les cicatrices visibles d’un passé encore proche Évoquer la Bosnie, c’est aussi convoquer les souvenirs de la guerre civile, et même les plus jeunes ne peuvent y échapper. Pour beaucoup, ce pays reste associé à ses blessures et stigmates laissés par le conflit . « Avant ce voyage, j’avoue que je n’associais la Bosnie qu’à son passé traumatisant », concède l’un des parents, en reconnaissant que cette image était bien ancrée dans leurs esprits. Pourtant, au fil des jours et des échanges, la Bosnie apparaît sous un nouveau jour, celui d’une terre hospitalière et sereine, où l’accueil de la population et la beauté des paysages composent un tableau bien plus nuancé. « Ce qu’il faut voir, c’est sa culture riche, son hospitalité chaleureuse et, pour nous, ses voies d’escalade incroyables », confie Hardin, touché par la diversité et l’authenticité du lieu. Blagaj : un terrain de jeu pour les familles et les grimpeurs aguerris À Blagaj, la diversité des voies permet à chacun de s’y retrouver, des débutants aux experts, et même aux plus jeunes. Dans la vidéo, la famille découvre des secteurs adaptés à tous les niveaux , des voies en 4+ pour les enfants aux 8c pour les plus téméraires. « Regardez cette ligne, c’est absolument incroyable », s’exclame Hardin face aux dalles imposantes et aux tuffas caractéristiques de la région. En voyant ses enfants escalader ces formations uniques, il observe : « C’est ça qu’il nous fallait, un endroit où on peut grimper tous ensemble. » Le secteur Rebro, avec ses dalles accessibles jusqu’au 7a, se révèle parfait pour que toute la famille puisse grimper en toute sécurité tout en admirant la vue, sans pression de performance. Exploration familiale et leçons de liberté Au-delà des voies et des défis, cette vidéo incarne aussi un certain mode de vie, celui de parents passionnés qui choisissent de partager leurs aventures avec leurs enfants . « Beaucoup de gens nous disent que c’est impossible de voyager et d’escalader avec des enfants, mais nous espérons prouver le contraire », explique Kirsty, qui souhaite inspirer d’autres familles à embrasser une vie de liberté. Pour ce couple, chaque ascension est aussi une manière d’inculquer des valeurs de résilience et d’exploration à leurs enfants. « C’est autant pour nous que pour eux, pour qu’ils se rappellent qu’on a traversé tant de pays et cultures ensemble », conclut-elle avec émotion. Cette volonté de capturer et partager des moments simples, loin des infrastructures suréquipées des villes, illustre un choix de vie plus sobre, tourné vers l’essentiel et l’expérience directe. Ce film révèle une Bosnie loin des sentiers battus, une destination qui ne se résume pas à son histoire tourmentée, mais qui s’affirme comme une terre de grimpeurs audacieux. Blagaj, avec ses parois, ses tuffas et ses panoramas époustouflants, pourrait devenir le repaire de ceux qui cherchent autre chose. « Si vous cherchez une destination pour grimper cet hiver, la Bosnie devrait figurer sur votre liste », suggère Hardin, convaincu que cette escapade familiale n’était que le début d’un long amour pour la région. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : Kindness : L'équilibre entre l'escalade et la parentalité avec Caroline Ciavaldini Du rocher à l'espoir : L'ascension de "Climbing for a Reason" en Tanzanie Freya Houlding, autisme en altitude
- Nao Monchois : l’équilibre d’un grimpeur à la croisée des mondes
À 26 ans, Nao Monchois incarne une génération de grimpeurs qui jongle avec aisance entre les murs de résine et les grandes voies en pleine nature. Champion de France de difficulté 2023, sponsorisé par La Sportiva et Beal il fait partie de ceux qui, malgré les apparences, ne vivent pas entièrement de leur passion. Quand il n’est pas en train de grimper, Nao travaille pour un acteur du secteur, un job qui lui permet d’équilibrer les comptes tout en restant connecté à l’univers vertical. Quand on le rencontre, on n’a pas affaire à l’archétype du grimpeur médiatisé qui se complaît dans les shootings pour des marques à la mode. Non, Nao, c’est plutôt l’anti-star. Une gueule de grimpeur qui parle aussi bien des sessions en salle que des longues journées à Chamonix , là où l’air est plus pur et l’ambiance, moins aseptisée. « J’adore faire des grandes voies, du trad’, c’est là où je me sens le mieux. L’escalade, c’est pas juste un sport pour moi, c’est une manière de vivre. » « J’adore faire des grandes voies, du trad’, c’est là où je me sens le mieux. L’escalade, c’est pas juste un sport pour moi, c’est une manière de vivre. » L’anti-héros de la grimpe : une trajectoire à contre-courant Nao Monchois n’a pas grandi en se ponçant les mains sur la résine d'un club de la FFME . Son parcours a pris une tournure un peu différente, marquée par des déplacements fréquents dus au métier de son père, fonctionnaire à l’Institut de la statistique. « J’ai bougé pas mal quand j’étais jeune, notamment à Tahiti où j’ai plutôt fait du surf que de l’escalade. Là-bas, les opportunités pour grimper étaient limitées, mais dès que je suis revenu en France, c’est reparti. J’avais un pote au collège qui faisait de l’escalade, il m’a emmené en salle, et là, ça a été le déclic. » « La compétition, c’est cool, mais rien ne remplace les sensations d’être dehors, en falaise ou en montagne. » Ce retour en métropole marque un tournant pour Nao, qui découvre alors l’escalade en salle, une première pour lui. « La première prise de résine que j’ai touchée, j’ai su que c’était pour moi. » Pour autant, sa passion pour la falaise ne l’a jamais quitté. « La compétition, c’est cool, mais rien ne remplace les sensations d’être dehors, en falaise ou en montagne. » C’est ce double rapport à l’escalade – à la fois compétiteur en salle et passionné en extérieur – qui façonne son approche du sport. « C’est une forme de liberté que t’as pas forcément dans d’autres sports. Le seul truc qui te retient, c’est la corde. » Entre intégrité et compromis : gérer les paradoxes Ces dernières années, l’escalade a explosé en popularité, portée par une augmentation des salles et par la visibilité offerte par les Jeux Olympiques . Pour Nao, cet engouement représente à la fois une opportunité et un défi : « Nous, en tant que sportifs, on le vit bien parce que ça nous permet d’avoir un peu plus de moyens, de participer à des événements plus gros. Mais il faut qu’on arrive à contrôler les effets secondaires. » Certaines compétitions controversées comme les NEOM Beach Games l’ont fait réfléchir sur l’éthique dans le sport : « Je n’étais pas invité, et si on m’invitait à la prochaine édition, je pense que je n’irais pas. Mais je ne me sens pas de juger ceux qui ont fait ce choix. C’est une question personnelle, chacun doit être bien au clair avec ce qu’il fait. » « Je n’étais pas invité, et si on m’invitait à la prochaine édition, je pense que je n’irais pas. Mais je ne me sens pas de juger ceux qui ont fait ce choix. C’est une question personnelle, chacun doit être bien au clair avec ce qu’il fait. » Comme la plupart des athlètes de son niveau, Nao jongle entre sa carrière sportive et la recherche de sponsors pour financer ses projets. « Je suis sponsorisé par La Sportiva depuis huit ou dix ans, et c’est une relation qui s’est construite avec le temps. Je travaille aussi pour un acteur du secteur, et j’ai la chance d’avoir l’aide de Marine Thevenet pour trouver d’autres partenaires. » Mais vivre uniquement de l’escalade reste difficile : « Il y a peut-être une dizaine de grimpeurs en France qui peuvent vraiment vivre de ça. Moi, je fais un peu d’ouverture, mes parents m’aident encore, et c’est ce qui me permet de m’en sortir. » « C’est vrai que certaines marques peuvent poser des questions d’éthique, mais si quelqu’un te propose un gros contrat, est-ce que tu diras non ? » Nao aborde la question des sponsors avec pragmatisme , reconnaissant que certains choix impliquent des compromis : « C’est vrai que certaines marques peuvent poser des questions d’éthique, mais si quelqu’un te propose un gros contrat, est-ce que tu diras non ? C’est un dilemme que beaucoup d’athlètes doivent affronter. » Pour lui, l’essentiel est d’être en accord avec soi-même : « L’important, c’est d’être honnête avec ses valeurs, mais sans imposer ça aux autres. » Grimpe et conscience politique : peut-on vraiment séparer les deux ? Avec l’escalade devenant de plus en plus visible, la question de la responsabilité politique des athlètes se pose naturellement . Nao, bien qu’il ne se définisse pas comme un porte-parole, est conscient de l’impact de ses choix. « Est-ce qu’un athlète doit être politisé ? C’est une bonne question. On porte forcément un message, même inconsciemment, à travers nos actions et nos partenariats. » Il admet que chaque décision, qu’elle soit liée à l’environnement ou aux sponsors, peut avoir des conséquences, mais préfère aborder ces questions sans jugement ni extrémisme. « Je pense qu’il faut réfléchir à tout ça, sans pour autant se poser en donneur de leçons. Le plus important, c’est de rester transparent et de se poser les bonnes questions. » "On porte forcément un message, même inconsciemment, à travers nos actions et nos partenariats." Pour Nao, l’évolution des mentalités dans le monde de l’escalade est plutôt positive . « Il y a cinq ans, je ne me posais pas autant de questions. Aujourd’hui, les discussions autour de l’impact de nos choix sont plus fréquentes, et c’est une bonne chose. Ça permet de faire évoluer les mentalités. » L’équilibre entre camaraderie et rivalité Nao Monchois consacre une grande partie de son temps à l’escalade, mais il admet que maintenir la motivation n’est pas toujours facile . « Quand tu vis de l’escalade, surtout à haut niveau, il y a un aspect de performance qui prend de la place. Mais ce qui m’aide le plus, c’est d’être bien entouré. » Installé à Grenoble, Nao s’entraîne avec une grande communauté de grimpeurs. « On est une cinquantaine à habiter près les uns des autres. On grimpe ensemble, on mange ensemble, et ça rend les journées d’entraînement beaucoup plus agréables. » « Quand on était plus jeunes, gérer l’ego et la compétition entre nous n’était pas toujours facile. Mais en grandissant, on apprend à gérer ces situations. » Cette dynamique de groupe est essentielle pour lui, dans un sport qui peut souvent être perçu comme très individuel. « En compétition, tu veux être le meilleur, mais à l’entraînement, c’est différent. On se motive mutuellement. » Cette camaraderie, il l’a partagée dès ses débuts avec des grimpeurs comme Hugo Parmentier et Mejdi Schalck : « Quand on était plus jeunes, gérer l’ego et la compétition entre nous n’était pas toujours facile. Mais en grandissant, on apprend à gérer ces situations. » Quête de performance et plaisir : repenser l’acte de grimper Au-delà de la recherche de la performance, Nao souligne l’importance de ne pas perdre de vue le plaisir . « Il faut réussir à trouver un équilibre entre l’entraînement intensif et le simple plaisir de grimper. Sinon, tu te brûles. » C’est cette passion pour l’escalade, dans toutes ses formes, qui continue de le pousser à explorer. « Le bloc, la difficulté, les grandes voies en montagne, il y a tellement à découvrir dans ce sport. » Nao Monchois incarne cette nouvelle génération de grimpeurs qui doit naviguer entre ambitions, éthique et impératifs financiers. Mais loin des projecteurs, il garde les pieds sur terre et trace son chemin avec honnêteté. « Au final, chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, et c’est déjà pas mal. »
- De la cité à la falaise : Symon Welfringer initie des jeunes à la grimpe en falaise
Symon Welfringer, alpiniste de haut vol et lauréat du "Piolet d'Or", est habitué aux sommets lointains et aux expéditions extrêmes. Mais cette fois, il a troqué les cimes du Népal pour une aventure bien plus proche. Son nouveau projet ? Faire découvrir l’escalade à des jeunes du quartier Mistral, juste à côté de Grenoble , des jeunes qui voient les montagnes tous les jours, sans jamais y mettre les pieds. Et ça, Symon compte bien y remédier. Des falaises sous leurs yeux, mais un monde à part Grenoble est cernée de montagnes, mais pour les jeunes du quartier Mistral, la montagne est restée un décor de fond, inaccessible. « Ces jeunes voient la montagne depuis chez eux, mais ne la pratiquent pas », souligne Amin Boucireb, responsable jeunesse à la MJC Anatole France. Alors l’idée s’est imposée : pourquoi ne pas les emmener là où ils ne vont jamais, même si c’est littéralement à deux pas de chez eux ? « C’est à côté de la maison, et pourtant, on n’y va jamais » L’alpiniste et la MJC ont monté un projet qui, après quelques séances en salle, a emmené ces jeunes découvrir les falaises du Petit Désert, un spot d’escalade en plein air près de Grenoble. Pour des ados comme Ilyes ou Ayoub, c’était la toute première fois. Et le contraste est saisissant : « C’est à côté de la maison, et pourtant, on n’y va jamais », avoue Ilyes, presque désolé. Un peu d’appréhension au départ, puis l’euphorie. « Quand tu arrives en haut, tu es satisfait. On rate vraiment quelque chose à rester tout le temps dans notre quartier.» La montagne, plus qu’un terrain de jeu Mais attention, ce projet, ce n’est pas juste une balade en montagne. Symon et Amin veulent aller plus loin : montrer que la montagne peut être un terrain d’opportunités , pas juste une évasion ponctuelle. « Le but, c’est de les familiariser avec un environnement qui peut aussi être une source d’emploi », explique Amin. Parce que oui, la montagne, ce n’est pas qu’une question de loisirs ou de cartes postales. C’est aussi une industrie, une culture, et peut-être un futur pour ces jeunes qui ont grandi en la regardant de loin. « Le but, c’est de les familiariser avec un environnement qui peut aussi être une source d’emploi » À travers cette expérience, Symon Welfringer montre que l’escalade peut devenir un outil de transformation. Pas besoin de rêver d'Himalaya pour trouver des défis à relever. Ce qui compte, c’est l'accès à ce terrain de jeu immense et sous-estimé, juste là, sous leurs fenêtres. Symon Welfringer : des sommets lointains à l’initiation locale Symon Welfringer , lui, a l’habitude de repousser ses limites aux quatre coins du monde. Du Pakistan au Groenland, il est parti chercher l’inconnu, loin de tout. Mais cette aventure avec les jeunes de Mistral a pris une importance inattendue pour lui. « Je me rends compte qu’il y a des trucs de dingue à découvrir ici aussi », reconnaît l’alpiniste. « Ces jeunes ont une énergie incroyable, et les voir la mettre dans la grimpe, ça fait plaisir ». Ce qui, au départ, n’était qu’une action ponctuelle pourrait bien devenir plus durable. Symon ne cache pas son envie de prolonger l’expérience : « J’aimerais faire ça de manière régulière. Il y a un potentiel énorme chez ces jeunes, c’est dommage de s’arrêter là ». Grimper pour ouvrir d’autres horizons Ce projet, c’est une sorte de déclic pour ces jeunes qui n’avaient jamais vu la montagne autrement que comme un décor lointain. Comme le dit Ilyes, « on rate quelque chose ». Et c’est bien ça que Symon veut changer. Ces montagnes, omniprésentes, deviennent enfin un terrain à explorer. En les initiant à l’escalade, Symon leur a montré que l ’aventure n’est pas forcément à l’autre bout du monde . Elle peut se trouver à quelques kilomètres de chez soi, pour peu qu’on prenne le temps de regarder autrement. Parce qu’au fond, c’est ça la leçon : pas besoin de viser l’Everest pour trouver un défi à la hauteur. Les propos recueillis dans cet article sont tirés de l'interview réalisée par France Bleu dans le cadre du projet de Symon Welfringer avec les jeunes de la MJC Anatole France à Grenoble. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : Maurice Latapie, entre pédagogie sauvage et autogestion Gentrification de la grimpe : la nouvelle voie CSP+ L’alpinisme comme quête identitaire : Nima Rinji Sherpa et Shehroze Kashif, des racines aux sommets Elnaz Rekabi, la grimpeuse iranienne au cœur d'une résistance silencieuse
- Des reliques dangereuses : le Mercantour, un terrain miné pour les grimpeurs
Le Mercantour. Un nom qui fait vibrer les amateurs de grimpe. Mais aujourd’hui, derrière la beauté brute des falaises, la réalité frappe fort : ces parois, autrefois conquises par des pionniers de l’escalade, sont désormais truffées de pièges. Nice Matin le soulignait dans un article publié récemment : des équipements datant de l’après-guerre, laissés à l’abandon, rouillent et se désagrègent en silence. Pour les grimpeurs, le message est clair : confier sa vie à ces reliques, c’est prendre le risque de redescendre de manière définitive. L’héritage d’un passé lointain : des falaises laissées à l’abandon Les voies du Mercantour sont un témoignage de l’histoire, d’une époque où l’escalade se pratiquait sans les normes de sécurité d’aujourd’hui. Des équipements vieux de 60 ou 70 ans jalonnent encore ces parois, rouillés et rongés par le temps. Pourtant, ce ne sont pas des reliques de musée – ce sont des voies sur lesquelles certains se risquent encore. Et à chaque sortie, c’est le même constat : ces équipements ne tiendront pas éternellement. Mais ici, les grimpeurs ne peuvent rien faire. Parce que dans un parc naturel, réhabiliter des voies, ça ne dépend pas que de l’envie et de la bonne volonté . Le Parc national du Mercantour impose des règles strictes de préservation. En clair, chaque intervention sur une voie doit passer par des autorisations. Et ces autorisations, elles arrivent au compte-gouttes. Résultat : 500 voies, pour la plupart usées jusqu’à l’os, sont devenues presque impraticables . La bataille pour préserver – et sécuriser Pour ceux qui veulent sauver ces voies, chaque étape est une épreuve. Dans le Mercantour, il ne suffit pas d’arriver avec son kit d’équipement et de planter un spit neuf dans la roche. La falaise, ici, est aussi le territoire de la Niverolle alpine, un oiseau protégé qui vient nicher chaque année . Et pour le Parc, il est hors de question de perturber sa tranquillité. Le comité scientifique veille et impose des restrictions de temps et de lieu. Résultat : pour rénover une voie, c’est la croix et la bannière. Les bénévoles de la FFME et du Club Alpin Français le savent mieux que quiconque. Quand ils peuvent intervenir, ils le font à pas feutrés, et souvent, ce n’est qu’une infime partie des voies qui peut être rééquipée. Le parc autorise tout juste quelques rénovations chaque année . Une goutte d’eau dans un océan de dégradations. On parle de 500 voies, et chaque rééquipement est une lutte. Pour les bénévoles, c’est presque décourageant. Eux qui investissent leur temps, leur matériel et prennent des risques personnels pour essayer de sécuriser les falaises, ils se retrouvent souvent face à des murs bureaucratiques. Engagés mais limités : les bénévoles à bout de bras Les bénévoles de la FFME et du CAF, ils ne lâchent pas. Pour eux, chaque spit qu’ils remplacent, chaque voie qu’ils sécurisent, c’est un petit morceau d’escalade qui reste en vie. Mais ils ne peuvent pas tout faire. Le matériel coûte cher, et les fonds manquent cruellement. Leur engagement, aussi précieux soit-il, ne suffit pas à compenser l’immensité du problème . Les grimpeurs qui s’aventurent encore sur ces voies jouent gros. Mais entre la passion et le bon sens, la frontière est parfois floue. Pour beaucoup, l’abandon de ces voies serait une défaite. Car ces falaises, elles sont bien plus que des morceaux de roches : elles sont un patrimoine vivant, un terrain de jeu pour les audacieux. Et laisser tout ça à la rouille ? Difficile à accepter. Mais sans soutien, sans moyens, c’est peut-être l’issue inévitable. Un modèle à réinventer Alors, que faire ? Pour les grimpeurs, la solution ne peut pas se limiter à laisser le Mercantour s’effriter en silence. Partout en France, les sites de grimpe font face aux mêmes problèmes. La réglementation, la protection de l’environnement, et au milieu, les grimpeurs, coincés entre leur passion et la sécurité. La montagne est un espace de liberté, mais elle demande aussi du respect et des moyens pour en prendre soin. Tant que les financements resteront au point mort, il sera difficile de protéger et de rendre accessibles ces trésors de roche. Alors, pour l’instant, la falaise reste là, fidèle et brutale. Chaque voie non rééquipée devient un peu plus un souvenir, un témoin silencieux d’une autre époque. Pour les générations futures, il est peut-être temps de repenser ce modèle, avant que les dernières prises ne lâchent sous le poids de l’oubli.
- François Civil, escalade et interview sous les vitraux de Saint-Lazare
François Civil, acteur qu’on ne présente plus, s’est retrouvé dans un cadre atypique pour une interview : une salle d’escalade située à quelques pas de Saint-Lazare, ancien lieu sacré reconverti en temple de la grimpe. Sous les vitraux et entre les étagères métalliques rappelant une bibliothèque d’un autre temps, Hugo Travers (Hugo Décrypte) l’a invité à partager quelques confidences, entre cinéma et escalade . Le décor est planté. Mais attention, ici, on ne reste pas assis à discuter. On grimpe. Saint-Lazare : quand l’escalade prend de la hauteur Avant de plonger dans l'interview, parlons de cette salle. Il y a un peu plus de deux ans, Climbing District a transformé cette ancienne chapelle en salle d’escalade , offrant un cadre unique et inattendu. Un lieu qui a su attirer aussi bien les grimpeuses et grimpeurs novices que les passionné(e)s , grâce à une particularité : pas de nœuds compliqués ni d’assurage manuel. Ici, les auto-enrouleurs font tout le boulot. Pas besoin de technique pour monter au mur, il suffit de s’accrocher et de grimper. C’est peut-être cette simplicité qui en fait une destination prisée autant par les néo-grimpeurs que par les plus expérimentés. On vient ici pour grimper vite, bien, et sans se prendre la tête. Alors, certes, les habitué(e)s peuvent parfois s’agacer des tournages à répétition ou des privatisations pour "team buildings", mais il faut bien avouer que cette salle a tout pour plaire. François Civil : acteur, mais surtout grimpeur dans l’âme Si François Civil s’est fait un nom au cinéma avec des films comme "Le Chant du Loup" ou "Les Trois Mousquetaires", c’est surtout son amour pour l’escalade qui ressort dans cette interview. Hugo Travers ne s’est pas trompé en l’invitant dans un tel cadre. On apprend que François grimpe régulièrement, et qu’il trouve dans cette discipline un moyen de se recentrer . Une façon de "lâcher prise" dans un quotidien où la pression est omniprésente. L’interview bascule vite vers la grimpe, François Civil parlant de ses débuts dans ce sport avec une passion non dissimulée. Ce qu’il aime ? La concentration, le silence, et surtout le fait que, dans l’escalade, tout repose sur soi. Pas de triche possible. Une approche sans filtre, à l’image de l’acteur lui-même. La grimpe devient son terrain de jeu, là où il trouve l’équilibre . Et tant pis s’il enfile ses chaussons… avec des chaussettes. Un faux pas qui ferait grincer des dents les puristes, mais après tout, chacun ses manies. Un ambassadeur de l’escalade malgré lui Ce qui ressort de cette interview, c’est que François Civil est en train de devenir, presque sans le vouloir, un ambassadeur de l’escalade . Il en parle avec enthousiasme sur tous les plateaux, même quand on ne lui pose pas la question. Sans en faire des caisses, il montre que grimper n’est pas réservé à une élite. C’est un sport accessible, exigeant, mais surtout, une manière de se retrouver face à soi-même. Et ça, il le fait passer sans effort. Cliquez ici pour regarder le replay de cette interview.
- "Sugoi" : Keenan Takahashi et Katie Lamb au Japon – Du bloc, de la sueur et des bouleaux
La Sportiva vient de sortir une vidéo qui mérite qu’on s’y attarde. Keenan Takahashi et Katie Lamb ont mis le cap sur le Japon pour explorer ce que le bloc avait à offrir de l’autre côté du monde . Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas été déçus. Le titre ? "Sugoi". Comprenez par là : "incroyable" ou "impressionnant". Un qualificatif qui colle parfaitement à leur aventure, tout sauf ordinaire. Tokyo : entre chaos et blocs urbains Le voyage commence à Tokyo, cette métropole où tout semble aller à cent à l'heure. Entre deux trajets en métro et quelques bouchées d'onigiris, Keenan et Katie s'attaquent aux blocs locaux. Mais attention, ici pas de cartes postales de l’escalade. C’est un défi, pur et dur, où chaque mouvement compte. Même s'ils trouvent le temps de plaisanter sur des forêts de bouleaux, le focus reste clair : grimper, surmonter, et se mesurer aux lignes japonaises, loin des sentiers battus. Après Tokyo, direction Mizugaki, un havre encore épargné par les foules de grimpeuses et grimpeurs . Ici, c'est du bloc à l’état brut : technique, exigeant, et implacable. Les moments d’échec sont nombreux, les mains s’usent, la fatigue s’installe. Mais rien n’est occulté. C’est une plongée directe dans la réalité de l’escalade, celle où chaque tentative compte, et où l’échec fait partie du processus. Kyushu : l’île où la roche et la mer dictent les règles L’étape suivante se déroule à Kyushu, une île au sud du Japon, où la nature reprend ses droits . Là-bas, Keenan et Katie s’attaquent à des blocs côtiers, où la marée impose ses propres limites. Imagine : tu trouves une ligne parfaite, tu montes… et la mer te force à redescendre vite fait, si tu ne veux pas finir avec les crabes. Le rythme de cette partie est implacable. Ils enchaînent les tentatives, les échecs, et les pauses forcées par la nature. Le tout sous un climat qui ne fait aucun cadeau. Et malgré tout, ils persévèrent. Car à Kyushu, il ne s’agit pas seulement de surmonter les difficultés des blocs présents, mais aussi de composer avec les éléments. La ténacité devient leur seul allié. Une leçon d’escalade sans compromis "Sugoi" met en avant ce que l’escalade a de plus authentique. Pas de faux semblants, pas de mise en scène grandiloquente . On assiste à une lutte continue, où la progression est lente, mais où la moindre avancée est arrachée à la roche avec force et détermination. Les tentatives échouées, les moments de doute, tout est montré sans fard. Ce qui en ressort, c’est une vérité simple : grimper, ce n’est pas simplement cocher une voie. C’est accepter la difficulté, et revenir à la charge jusqu’à la réussite. Visuellement, la vidéo est saisissante. On passe des forêts luxuriantes de Mizugaki aux rivages escarpés de Kyushu, chaque paysage imposant une nouvelle réalité à nos grimpeurs. Mais au-delà des décors sublimes, c’est l’effort qui est mis en lumière . Keenan et Katie sont filmés dans leurs gestes les plus précis, chaque mouvement de pied, chaque prise de main raconte l’histoire d’une confrontation avec la roche. "Sugoi" est un hommage à l’effort pur, au combat contre soi-même. Keenan Takahashi et Katie Lamb nous rappellent que l’escalade, c’est une affaire de persévérance, d’échec, de sueur, et parfois, de succès. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : "Je n'ai aucun regret" : Mejdi Schalck, un prodige face à son rêve olympique Ground Up : le documentaire sur l’ascension sans compromis d’El Niño Solène Amoros : La résilience d'une grimpeuse face à l'adversité Au-delà des cotations : La quête intérieure de Katie Lamb
- Qui sont les ouvreurs de la compétition Les Grips ?
Pour cette édition des Grips , quatre ouvreurs de renommée internationale sont aux commandes des ouvertures des blocs , chacun ayant déjà laissé sa marque lors de compétitions d’envergure, y compris les Jeux olympiques de Paris 2024 . Pierre Broyer, Rémi Samyn, Gen Hirashima et Manuel Hassler apportent leur expertise et leur style distinctif pour offrir aux grimpeuses et grimpeurs des défis techniques et surprenants. Voici leur parcours et ce qui les distingue dans l’univers de l’escalade : Pierre Broyer Pierre Broyer, ouvreur français de renom, est un pilier des compétitions IFSC, notamment des Coupes du monde et des championnats . Réputé pour ses blocs physiques et techniques, Pierre a contribué à l’ouverture des blocs des JO de Paris, où ses créations ont mis les meilleurs grimpeurs à l’épreuve. Il est connu pour son style exigeant, qui requiert à la fois force et stratégie. Rémi Samyn Avec son passé de grimpeur dans l’équipe nationale de France et son rôle d’entraîneur , Rémi Samyn apporte une perspective unique à l’ouverture des blocs. Il a été impliqué dans l’ouverture des JO de Paris, offrant des blocs qui exigent une précision absolue et une endurance hors pair. Sa signature est reconnaissable dans des tracés qui ne laissent aucun espace pour l’erreur et qui révèlent le véritable niveau technique des athlètes. Gen Hirashima Gen Hirashima, originaire du Japon, est connu pour son approche technique et créative de l’ouverture . Actif dans les compétitions internationales et aux JO de Tokyo, il est réputé pour ses tracés qui demandent aux grimpeurs une grande capacité d’adaptation. Avec des blocs originaux et complexes, Gen impose aux athlètes un défi constant, alliant force, agilité et stratégie. Manuel Hassler Le Suisse Manuel Hassler, co-fondateur de Flathold, est un maître de l’équilibre et de la subtilité dans ses créations . Sa participation aux JO de Tokyo en tant qu’ouvreur a confirmé sa réputation dans l’élaboration de parcours innovants, qui mettent à l’épreuve la coordination et la réflexion des grimpeurs. Ses blocs aux Grips promettent d’être aussi techniques que surprenants, parfaits pour un spectacle d’envergure. Avec Pierre Broyer, Rémi Samyn, Gen Hirashima et Manuel Hassler aux commandes, Les Grips offrent une compétition où chaque bloc sera une épreuve complète en soi. Pour en savoir plus sur les ouvreurs, l’événement, et pour accéder aux interviews exclusives, rendez-vous sur l’espace dédié de Vertige Media ici et profitez d’une réduction de 15 % pour assister aux Grips avec le code VM12C .












