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- Briançon remplacée par Madrid : une page se tourne pour la Coupe du Monde IFSC
Le verdict est tombé, et cette fois, c’est définitif : Briançon, bastion historique de la Coupe du Monde IFSC, disparaît officiellement du calendrier 2025. Le suspense autour de la fameuse date manquante – celle des 18 et 19 juillet – n’aura duré que trop longtemps. Mais au lieu de revenir à ses premières amours alpines, l’IFSC a préféré flirter avec la capitale espagnole, ajoutant Madrid à son circuit. © David Pillet Un secret (pas si) bien gardé Fidèle à ses habitudes, l’IFSC a une nouvelle fois joué les fantômes, actualisant son site web dans une relative discrétion, sans tambour ni trompette, ni même une once de communication officielle. Une annonce comme seule cette fédération sait les faire : invisible à l’œil nu, sauf pour les observateurs les plus aguerris. Et c’est Le Dauphiné qui a repéré le pot aux roses. Résultat : Briançon, après 14 années d’un règne indiscutable sur le calendrier de la Coupe du Monde, voit ses dates historiques offertes sur un plateau à Madrid . Une claque pour les passionnés d’escalade qui espéraient encore un sursaut de l’IFSC pour préserver cette étape emblématique. D’autant que la ville n’avait pas chômé pour rester dans la course : en 2023, elle inaugurait fièrement "Le Nid", un mur flambant neuf conçu pour assoir son statut sur la scène internationale. Ce joyau d’architecture, signé Grégory Poles , allie design inspiré de la canopée et bois locaux, le tout après neuf années de labeur acharné. Mais apparemment, ça n’aura pas suffi. © David Pillet Madrid, nouvelle coqueluche du circuit Pourquoi Madrid, et pourquoi maintenant ? La réponse n’est pas si limpide. L’IFSC, dans sa quête permanente de diversification, semble vouloir rafraîchir son calendrier avec des destinations inédites . Après Curitiba au Brésil et Klagenfurt en Autriche, voilà Madrid, la capitale espagnole, qui entre en scène. Une ville dynamique, cosmopolite, et sans doute capable d’offrir un public large – mais qui n’a ni l’histoire ni l’aura de Briançon. Soyons clairs : Madrid, c’est sexy sur le papier. Mais ce choix laisse un goût amer. Ce n’est pas juste une affaire de dates ou de logistique, c’est une question d’identité. Avec Briançon, on perd une étape qui respirait la montagne, la vraie . Celle où les grimpeurs se retrouvent entre deux cafés en terrasse, où la sueur se mêle à l’odeur des sapins. Avec Madrid, on gagne une autre capitale. C’est bien, mais c’est différent. Une absence lourde de sens Pour Briançon, cette mise à l’écart est plus qu’une défaite symbolique. La ville ne perd pas seulement un événement sportif, mais aussi une part de son âme estivale . Chaque année, des milliers de grimpeurs et passionnés se rassemblaient autour de cette étape, transformant la petite ville en épicentre de l’escalade mondiale. Les retombées économiques et médiatiques étaient bien réelles, tout comme l’effet sur le moral des troupes locales. Aujourd’hui, la décision de l’IFSC ressemble à un mauvais choix stratégique, ou du moins à une incompréhension de ce qui fait vibrer la communauté . Certes, diversifier les étapes est louable, mais faut-il pour autant sacrifier les piliers qui ont fait la grandeur de ce sport ? Clap de fin ou simple entracte ? Alors, Briançon est-elle définitivement rayée de la carte ? C'est bien probable. Mais une chose est certaine : pour 2025, l’étoile alpine s’éclipse au profit d’un soleil ibérique. Reste à savoir si Madrid parviendra à se hisser à la hauteur de son illustre prédécesseur. En attendant, on ne peut que regretter ce qu’on perd : une étape qui avait du caractère, une histoire, et ce petit supplément d’âme qu’aucune capitale ne pourra jamais totalement reproduire. Briançon, on ne t’efface pas, on te regrette. Madrid, sois digne du vide que tu remplis.
- Team Boulder Arena, l’enfant terrible de l’escalade
Team Boulder Arena , c’est le sale gosse de l’escalade compétitive. Celui qui débarque sans invitation dans le monde des championnats bien rangés, met les pieds sur la table et te regarde avec un sourire narquois. Là où les autres misent sur les podiums et les classements, le TBA préfère les high fives, les coups de théâtre et une ambiance qui frôle la fièvre. Mais derrière les lumières et les cris, ce rebelle questionne : jusqu’où peut-on grandir sans se trahir ? © Baptiste Varappe Une ambiance qui frôle la folie À Jaurès, les guichets avaient affiché complet bien avant que le premier grimpeur ne chausse ses chaussons . Une salle comble à craquer, où l’ambiance oscillait entre euphorie collective et asphyxie légère. D’un côté, les lumières hypnotiques, une foule qui vibrait à chaque mouvement, et des ascensions transformées en véritables performances scéniques. « C’était électrique, » raconte Julien, qui vient pour la première fois. « On sentait l’énergie brute, personne ne pouvait détourner les yeux. » De l’autre, une promiscuité palpable où chacun trouvait une place comme il pouvait, assis dans un joyeux désordre, tandis que d’autres murmuraient qu’on jouait avec les limites du confort . L’année prochaine, les organisateurs ont prévu de changer de lieu, optant pour un espace plus grand. Une décision pragmatique, mais risquée. « Ce qui fait la magie du TBA, c’est cette intensité, cette proximité, » explique un spectateur habitué. « Trop grand, et on pourrait perdre ce lien unique. » Le TBA grimpe plus haut, mais à quel prix ? Trop d’espace, et le feu qui chauffe les murs pourrait bien se dissiper. Trop de monde, et l’étincelle pourrait s’étouffer. © Baptiste Varappe Un bloc pour tous, tous pour un bloc ? Cette année, pour sa troisième édition, un bloc en particulier a capté tous les regards. Pensé pour être grimpé de la même manière par les hommes et les femmes , il portait une ambition claire : symboliser une certaine idée d’égalité, brute et sans concession. Mais ce choix audacieux a divisé. Lisa, néo-grimpeuse séduite par l’énergie du TBA, applaudit : « C’est génial de voir qu’on peut tous s’attaquer au même défi, peu importe le genre. » Matthieu, grimpeur chevronné, reste plus réservé : « On risque d’aplatir ce qui fait la richesse du sport. Les différences physiques, ça fait aussi partie du jeu. » Ce bloc unique cristallise bien l’esprit du TBA : un terrain d’expérimentation où casser les codes est la règle. Quitte à bousculer les certitudes. Maragda et Matt : une partition bien jouée Pour celles et ceux qui n’avaient pas décroché de billet pour Jaurès, le TBA proposait un live en français et un autre en anglais . Sur le live anglophone, Matt Groom, voix emblématique des JO et de l’IFSC, partageait le micro avec Maragda Gabarre, ouvreuse pour l’IFSC et chez Climbing District Saint-Lazare. Et si son nom ne vous dit rien, il est temps de la découvrir. Maragda, c’est l’art de l’ouverture dans tout ce qu’il a de plus exigeant. Ses créations demandent autant de réflexion que de force, avec ce petit quelque chose de frustrant qui vous accroche. C’est de l’escalade qui raconte une histoire, et si elle vous laisse les bras en feu, c’est que vous avez touché à son essence. © Baptiste Varappe Le Team Boulder Arena : une révolution en marche ? Avec son énergie brute et ses choix assumés, Team Boulder Arena continue de secouer les conventions. Mais à mesure qu’il grandit, le défi devient clair : garder l’esprit turbulent qui fait sa force sans tomber dans le piège de la standardisation . Alors, rébellion durable ou simple feu de paille ? Peu importe. Tant que le TBA continue à faire vibrer grimpeurs et spectateurs, il restera une expérience incontournable. Parce qu’au fond, l’escalade a besoin de ses punks. Et le TBA en est un sacré. Pour aller plus loin, un mini-documentaire qui revient sur les moments marquants de cette troisième édition :
- L’escalade en zones sauvages : une première victoire législative historique aux États-Unis
C’est une première historique qui résonne comme un coup de marteau sur un piton bien planté : l’escalade en zones sauvages américaines est désormais protégée par la loi . Après des mois d’incertitudes et de polémiques, deux annonces successives viennent offrir à la communauté grimpeuse un souffle bienvenu. Et pas des moindres : le National Park Service retire un projet de réglementation controversé , et le Congrès adopte une loi majeure pour préserver le droit de grimper. Les ancrages fixes, l’ennemi public ? Mercredi 18 décembre, première bonne nouvelle : le National Park Service renonce à son projet de bannir les ancrages fixes en zones sauvages . Une idée qui aurait pu transformer des falaises mythiques comme celles de Zion ou Joshua Tree en reliques inaccessibles. Plus de plaquettes, plus de spits : autant demander à un alpiniste de gravir l’Everest en espadrilles. Mais c’est le lendemain que tombe la vraie bombe : le Congrès adopte la loi EXPLORE , et avec elle l’amendement Protect America’s Rock Climbing (PARC) . La Chambre des représentants avait déjà voté le texte en avril, mais il restait à convaincre le Sénat – une tâche loin d’être gagnée dans un contexte où la menace d’un shutdown planait comme une ombre. Résultat : un vote unanime. Oui, unanime, dans un Congrès plus habitué à s’écharper qu’à s’entendre. Une victoire sur tous les fronts Que change cette loi ? Tout. Avec le PARC Act , plus aucune agence fédérale ne pourra qualifier les ancrages fixes ou autres équipements comme "installations illégales" en zones sauvages . En d’autres termes, les spits, pitons, et autres sangles peuvent rester accrochés là où ils ont toujours été : sur les falaises. « EXPLORE bénéficie d’un soutien unanime et bipartisan », explique Erik Murdock, directeur adjoint de l’Access Fund. « Ce n’est pas une loi controversée. Elle ne coûte rien au gouvernement – elle permet même de faire des économies. » Un argument qui a porté, mais pas sans effort. Erik Murdock et l’Access Fund n’ont pas ménagé leur peine, multipliant les rendez-vous à Washington. Des figures politiques comme les représentants John Curtis (Utah) et Joe Neguse (Colorado) ou les sénateurs Joe Manchin (Virginie-Occidentale) et Maria Cantwell (Washington) ont été décisifs pour obtenir ce résultat. Le Forest Service à la traîne Mais tout n’est pas encore réglé. Si la loi rend caduque le projet du National Park Service, le U.S. Forest Service n’a pas encore retiré sa propre proposition de restriction sur les ancrages fixes. Une mesure devenue obsolète, certes, mais dont l’abandon officiel reste attendu . Pour Erik Murdock, cette victoire ouvre la voie à un dialogue plus constructif. L’objectif ? Élaborer des politiques de gestion locales qui respectent autant les zones sauvages que les pratiques des grimpeurs. « Nous espérons que cette loi servira de tremplin pour développer une politique solide qui protège à la fois les zones sauvages et l’escalade », déclare-t-il. Une nouvelle ère pour l’escalade Au-delà des aspects juridiques, cette législation marque un tournant culturel. Elle acte une reconnaissance officielle de l’escalade comme une activité légitime , digne de coexister avec la préservation des espaces naturels. Pour des sites emblématiques comme Joshua Tree ou le Black Canyon of the Gunnison, c’est une promesse d’avenir. Reste à voir comment les parcs nationaux et le Forest Service adapteront leurs plans de gestion. Car si cette victoire est un sommet, le chemin est encore long pour garantir des pratiques harmonieuses et durables sur toutes les falaises.
- Australie : Mont Arapiles, champ de bataille culturel et vertical
Au sud-est de l’Australie, dans l’État de Victoria, les plaines monotones s’arrêtent net devant un bastion de grès : le mont Arapiles, ou Dyurrite, comme l’appellent les Wotjobaluk, ses premiers gardiens. On y trouve de tout : des fissures exigeantes, des dalles techniques, des toits qui mettent les nerfs à rude épreuve. Mais derrière les lignes dessinées par les grimpeurs, la roche porte aussi les traces d’une histoire millénaire, celle d’un peuple pour qui ce lieu est bien plus qu’une suite de falaises. © Parks Victoria Depuis trois ans, ce paradis de l’escalade australienne est au cœur d’une tension croissante . D’un côté, des grimpeurs attirés par ces parois uniques. De l’autre, les Wotjobaluk, déterminés à préserver un héritage culturel qui dépasse la verticalité. Ici, chaque geste, chaque décision semble peser lourd, et la corde entre les deux mondes est plus tendue que jamais. Les Wotjobaluk, mémoire vive de Dyurrite Les Wotjobaluk, peuple autochtone de l’ouest du Victoria, ne considèrent pas Dyurrite comme un simple relief sur une carte. Ce mont est un témoin de leur histoire, un espace spirituel où la terre et leurs ancêtres se mêlent . Des enquêtes archéologiques récentes ont mis au jour des vestiges d’une valeur inestimable : des arbres à cicatrices, témoins d’un artisanat millénaire ; des outils façonnés, abandonnés sur les lieux mêmes où ils furent utilisés ; des peintures rupestres qui défient le temps. Ces découvertes, discrètes mais omniprésentes, rappellent que chaque pierre de Dyurrite porte une signification. Pour les Wotjobaluk, les grimpeurs ne dégradent pas seulement des sites physiques ; ils empiètent sur une mémoire vivante. Alors, face à l’afflux croissant des amateurs de verticalité, la demande de protection devient pressante. Arapiles : bastion de la grimpe libre Depuis les années 1960, le mont Arapiles est devenu un haut lieu de l’escalade australienne, avec ses 3 000 voies qui attirent grimpeurs de tous niveaux. Des secteurs emblématiques comme Mitre Rock ou The Organ Pipes abritent des lignes techniques et variées, offrant autant d’épreuves pour les débutants que de défis pour les experts. Parmi ces lignes, certaines ont acquis une renommée mondiale. Kachoong (6c), avec son toit suspendu au-dessus du vide, est devenue une icône de l’escalade traditionnelle, un rite de passage pour les amateurs d’audace. À l’autre extrémité du spectre, Punks in the Gym (8b+), libérée par Wolfgang Güllich en 1985, a marqué un jalon dans l’histoire de l’escalade sportive, étant reconnue comme la première voie au monde à atteindre ce niveau de difficulté . Fermetures en cascade C’est dans ce contexte que Parks Victoria, gestionnaire du parc, a lancé son projet de gestion du mont Arapiles. L’objectif : protéger les sites culturels identifiés par les Wotjobaluk. La méthode : fermer 48 % des voies d’escalade . Une mesure qui coupe court à toute subtilité. Pour les grimpeurs, cette décision est un coup de massue. Près de 1400 voies seraient interdites, sans nuance, sans distinction entre les zones réellement sensibles et celles où l’impact est négligeable . Pis encore : aucune consultation initiale n’a été menée auprès des utilisateurs du site. Le message est clair, presque brutal : l’accès n’est plus un droit, mais une tolérance révisable. Un dialogue sous tension Les Wotjobaluk, eux, dénoncent une autre forme de marginalisation. Ils n’ont pas été pleinement associés à l’élaboration de ce projet, et la prolongation de la consultation publique jusqu’en février 2025 est perçue comme un geste vide de sens. Entre grimpeurs frustrés et propriétaires traditionnels en colère, Parks Victoria semble avoir réussi l’exploit de braquer tout le monde . Mais le véritable problème, ici, c’est l’absence de dialogue. Les grimpeurs ne sont pas des ennemis de la culture autochtone. Au contraire, beaucoup sont prêts à respecter ces lieux, pour peu qu’on leur explique leur importance. Les Wotjobaluk, de leur côté, ne rejettent pas la grimpe dans son intégralité, mais demandent qu’on prenne en compte leur perspective. Le terrain d’entente existe. Il pourrait passer par des fermetures ciblées, une meilleure sensibilisation des grimpeurs, et une collaboration plus étroite entre toutes les parties. Mais cela nécessite une volonté réelle de coopération – et de pédagogie. Dyurrite, ou l’art de la tension permanente Le mont Arapiles est bien plus qu’un amas de grès perdu au bout du monde. Il est devenu un symbole, celui d’une cohabitation impossible entre des usages modernes et un héritage immémorial . Mais au-delà des tensions locales, il interroge notre rapport aux espaces naturels : peut-on encore imaginer partager ces lieux sans en sacrifier une partie ? En France, des problématiques similaires émergent. Fermetures de falaises pour raisons écologiques, restrictions pour protéger la biodiversité : partout, la tension monte entre usagers et gestionnaires. Ce que nous enseigne Dyurrite, c’est que la falaise est un miroir de nos contradictions. Grimper, ce n’est pas s’approprier une paroi. C’est dialoguer avec elle. Comprendre son histoire, ses fragilités. Trouver cet équilibre fragile entre liberté et respect. À Dyurrite, ce dialogue est encore à inventer. Mais une chose est sûre : ce ne sont pas les prises qui manquent.
- Escalade en France : FFME, FFCAM, FSGT – Qui tient la corde ?
En France, l’escalade rassemble une communauté de 2 millions de grimpeurs. Pourtant, derrière les salles en pleine expansion, les compétitions spectaculaires et les falaises naturelles, peu connaissent réellement les fédérations qui structurent cette pratique . Que ce soit la FFME , la FFCAM ou encore la FSGT , ces organes jouent un rôle essentiel : organiser des compétitions, préserver les sites naturels d’escalade (SNE), former les grimpeurs ou encore défendre leurs intérêts. Malgré leur importance, ces fédérations restent largement méconnues, ou au mieux, perçues comme des entités lointaines . Alors que le sport se transforme sous l’effet de l’escalade indoor et de son entrée aux Jeux Olympiques, un questionnement s’impose : quelles sont leurs missions, et comment s’adaptent-elles à une communauté qui évolue ? Plongée dans l’univers des fédérations françaises pour décrypter leurs rôles et leurs défis. FFME : L’industrielle de l’escalade sportive L’histoire La Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME), fondée en 1987, est le fruit de la fusion entre plusieurs institutions montagnardes. Mais très vite, elle s’est recentrée sur une mission claire : faire briller l’escalade sportive, que ce soit sur les murs d’entraînement ou sur les podiums internationaux . Missions Les compétitions : Délégataire officielle de l’escalade sportive, la FFME est la seule institution en France à gérer les compétitions de bloc, de difficulté et de vitesse. Elle sélectionne les élites et les prépare pour l’arène mondiale sous l’égide de l’IFSC. Les clubs et la formation : Avec 1 100 clubs affiliés et des milliers de pratiquants, elle forme les entraîneurs, ouvreurs et officiels qui bâtissent la scène compétitive. Les sites naturels : Jusqu’en 2020, la FFME gérait les conventions de nombreux Sites Naturels d’Escalade (SNE). Face au poids juridique et financier, elle a décidé de revoir son modèle, en redistribuant une partie des responsabilités vers les collectivités locales, les associations et, dans certains cas, la FFCAM. Toutefois, la FFME reste engagée, collaborant avec ces acteurs pour garantir l’accès et la préservation des falaises, tout en continuant à investir dans leur entretien. Les chiffres Licenciés : Environ 117 000, une communauté solide mais en léger recul. Clubs : 1 100 clubs, bien implantés dans les grandes zones urbaines et rurales. Forces et limites Forces : Une organisation robuste, structurée et tournée vers la haute performance. Limites : Une image parfois perçue comme éloignée des grimpeurs en falaise et des amateurs de liberté. FFCAM : Les gardiens des sommets L’histoire Héritière directe du Club Alpin Français, fondé en 1874, la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM) est ancrée dans l’histoire des pratiques verticales. Mais ne vous méprenez pas : derrière cette institution vénérable se cache une fédération bien vivante, tournée vers l’avenir. Missions Les Refuges : La FFCAM gère plus de 120 refuges et cabanes, véritables portes d’entrée vers les montagnes. Les SNE : Suite au désengagement de la FFME en 2020, la gestion des falaises naturelles a été redistribuée principalement vers les collectivités locales et les associations (qui peuvent être des clubs de la FFME ou de la FFCAM). La FFCAM s’implique ponctuellement dans certains projets, collaborant avec ces acteurs pour soutenir la préservation et l’accessibilité des sites, mais sans reprendre la gestion globale des SNE. L’outdoor et l’initiation : Avec 445 clubs, la FFCAM forme les amateurs à l’escalade en milieu naturel et propose des activités complémentaires comme l’alpinisme et le ski de randonnée. Les chiffres Licenciés : Environ 115 000, dont 40 % de femmes, une diversité notable. Clubs : 445, principalement orientés vers les amateurs de nature et de pratique traditionnelle. Forces et limites Forces : Une expertise unique en milieu naturel et une communauté soudée autour des valeurs montagnardes. Limites : Une discrétion sur le terrain des compétitions et des pratiques urbaines. FSGT : L’alternative militantiste L’histoire La Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), née en 1934, est profondément ancrée dans les mouvements ouvriers. Mais sous ses airs militants se cache une approche unique de l’escalade : celle d’une pratique collective, accessible et décentralisée. Missions Autogestion des clubs : À la FSGT, les grimpeurs gèrent eux-mêmes leurs clubs, leurs créneaux et même l’ouverture des voies. Cette philosophie d’autonomie tranche radicalement avec les autres fédérations. Accessibilité totale : Avec des tarifs attractifs et un esprit inclusif, la FSGT met un point d’honneur à démocratiser la pratique. Non-compétitivité : Ici, pas de championnats officiels, mais une escalade centrée sur le plaisir et le collectif. Les chiffres Licenciés : Environ 10 000 en France, dont 6 000 rien qu’en région parisienne, où la FSGT est particulièrement active. Clubs : La FSGT couvre 4 200 clubs toutes disciplines confondues, mais le nombre exact d’entités dédiées à l’escalade reste à affiner. Forces et limites Forces : Une vision humaine et conviviale qui attire ceux que les fédérations classiques rebutent. Limites : Une absence totale de reconnaissance compétitive et une visibilité moindre au niveau national. Un système en tension Avec près de 250 000 licenciés cumulés, les fédérations françaises jouent un rôle clé dans la structuration de l’escalade . Mais elles ne représentent qu’une fraction des pratiquants estimés dans le pays, un chiffre qui grimperait à 2 millions de personnes, selon les projections des acteurs du marché. Ce décalage met en lumière un défi de taille : comment ces institutions peuvent-elles rester des référents incontournables alors que les salles privées redéfinissent les codes du sport ? L’explosion des salles d’escalade, qui approchent aujourd’hui les 300 établissements privés en France, a transformé en profondeur la pratique. Pour beaucoup de nouveaux adeptes, l’escalade commence et reste un sport urbain , taillé pour les contraintes modernes. Cette clientèle jeune, mobile et souvent éloignée des valeurs traditionnelles de l’escalade en milieu naturel, bouleverse le rôle des fédérations. Les trois faces d’un même rocher Qu’on cherche à briller sous les projecteurs, à explorer des falaises ou à partager un moment d’effort collectif, l’escalade française offre des options pour toutes et tous . Mais cette diversité, incarnée par les trois fédérations majeures, ne va pas sans défis. Alors que l’internationalisation et l’urbanisation redéfinissent le sport, les fédérations doivent s’adapter, sans oublier ce qui fait vibrer les grimpeurs : un mélange de performance, de liberté et d’humanité.
- Quand les champions payent la note : l’héritage empoisonné de Berne 2023
À Berne, l’été 2023 avait des allures de sommet conquis. Les Championnats du Monde d’escalade ont transformé la capitale suisse en un terrain de jeu spectaculaire, attirant les projecteurs du monde entier. Mais une fois les cris d’encouragement dissipés, les organisateurs ont découvert une autre réalité : celle d’un gouffre financier de 1,8 million d’euros. Nous avions déjà abordé ce fiasco financier dans un précédent billet , mais de nouveaux éléments récemment portés à notre attention nous poussent à revenir sur le sujet. Car au-delà des chiffres, ce sont désormais les athlètes suisses qui en paient le prix . Et si les prises ont tenu ce jour-là, c’est leur quotidien qui vacille aujourd’hui, bien malgré eux. C’est Sofya Yokoyama, grimpeuse de l’équipe nationale, qui en parle le mieux. Invitée récemment sur le “ That's Not Real Climbing Podcast ”, un podcast dédié à explorer les dessous de l’escalade de compétition à travers des témoignages, elle a levé le voile sur une réalité bien moins glamour. « Pour les quatre prochaines années, on pourrait devoir financer nous-mêmes certains déplacements et hébergements pour les compétitions, car le budget a été réduit. » En cause : ce fameux dépassement de budget lié aux Championnats du Monde qui oblige aujourd’hui le Club Alpin Suisse (CAS) à rogner sur les frais alloués aux athlètes. Un désastre financier qui se traduit en termes bien concrets et qui pourrait bien devenir la norme. « Cette année, tout était pris en charge, sauf pour Séoul. Pour cette Coupe du Monde, j’ai dû payer mon billet d’avion et mon hôtel. Heureusement, je le savais à l’avance, donc j’ai pu m’organiser. (...) Pour l’année prochaine, je ne sais pas encore exactement comment ça va nous impacter, mais c’est sûr que le budget global a été réduit. » Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut revenir à l’origine de ce trou béant. Les Championnats du Monde de Berne, organisés avec toute l’ambition d’un pays habitué à viser les sommets, ont été un exercice d’équilibrisme. Des dépenses mal anticipées, une planification optimiste et un événement qui a dépassé les moyens du CAS. Résultat : un déficit qui, selon Sofya, s’étalera sur « quatre ans » avant d’être absorbé . Pendant ce temps, ce sont les athlètes qui trinquent. Le contraste est saisissant : le CAS, institution emblématique de la montagne suisse, se retrouve à couper dans le budget des jeunes talents qu’il est censé soutenir. Une situation d’autant plus frustrante que ces mêmes grimpeurs continuent de briller sur les compétitions internationales, portant haut les couleurs d’un pays qui ne leur rend pas toujours la pareille. Sofya ne cache pas son amertume. Pour une athlète qui jongle déjà avec les contraintes d’un sport où les revenus sont rares, c’est une pression supplémentaire. « C’est frustrant parce que ce n’est pas de notre faute. On fait ce qu’on peut pour représenter la Suisse, et maintenant on doit payer des frais qui étaient jusque-là couverts. (...) Heureusement, j’ai pu économiser un peu grâce à des aides passées, mais ce n’est pas viable pour tout le monde. » Et pourtant, la grimpeuse garde le sourire, fidèle à l’esprit de résilience propre aux athlètes de haut niveau. Mais derrière ce calme apparent, c’est tout un modèle qui montre ses limites . Organiser un événement de l’ampleur des Championnats du Monde, c’est jongler avec des compétences logistiques, financières et marketing que le CAS, malgré toute sa bonne volonté, ne maîtrisait manifestement pas. Ce qui devait être une célébration du sport suisse se transforme en une leçon d’humilité pour ses dirigeants. Sofya, elle, continue à grimper. Mais désormais, chaque déplacement, chaque compétition, chaque nuit d’hôtel a un prix. Et dans un sport où la passion ne paie ni les billets d’avion ni les loyers, cette réalité pèse de plus en plus lourd. Pour écouter Sofya Yokoyama en parler directement, retrouvez son interview dans l’épisode dédié du “That's Not Real Climbing Podcast”. Les passages évoqués se situent entre les minutes 42:15 et 43:40.
- La bataille mentale de Victor Guillermin pour la mythique Avaatara 9a au Liban
Victor Guillermin, jeune grimpeur français de 18 ans, vient de réaliser l'ascension de la voie légendaire Avaatara 9a au Liban. Ce challenge a été relevé avec brio, malgré des conditions de grimpe difficiles. Mais ce n'était pas seulement un exploit sportif pour Victor, c'était aussi l'opportunité de contribuer au développement de l'escalade au Liban. En partenariat avec Tenaya et Petzl , il a distribué des chaussons et du matériel d'escalade à des jeunes grimpeurs locaux. Avaatara 9a est une voie mythique située près d'un gouffre de 100 mètres de profondeur, ce qui ajoute une dose de stress supplémentaire. Victor a travaillé la voie pendant près de cinq séances avant de trouver la méthode qui lui convient. Enfin, trois jours avant son départ, il réussit l'ascension tant convoitée. C'était un véritable combat mental pour lui, mais une expérience inoubliable. Victor est un grimpeur précoce qui a déjà gravi plusieurs voies prestigieuses à seulement 18 ans. Bien qu'il soit originaire de Normandie, où il n'y a pas de rocher, il s'entraîne dur pour réaliser de nouveaux défis en extérieur. Sa prochaine cible est "Les Yeux Plus Gros que l'Antre" 9a+/b à Russan ou encore "Stoking the fire" 9b à la grotte de Santa Linya. Victor Guillermin est une étoile montante de l'escalade française, et son ascension d'Avaatara 9a ne fait que renforcer cette réputation. Son dévouement envers le développement de l'escalade au Liban est également une preuve de son engagement envers la communauté des grimpeurs. Nous sommes impatients de voir ce que l'avenir lui réserve.
- Escalade et biodiversité : un pacte pour la faune sauvage
Dans le petit monde des grimpeurs, on l’attendait comme un bon topo sur un secteur oublié : la FFME et la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) viennent de signer une convention de partenariat . Pas vraiment un big bang, mais une formalisation qui scelle une évidence. Car grimper sur une falaise, c’est aussi grimper sur un territoire où nichent, s’alimentent et survivent des créatures parfois plus vulnérables que les mains toutes douces d’un grimpeur débutant. Cette signature n’a pas eu lieu dans un bureau austère, mais au Salon de l’Escalade , là où la passion grimpe aussi haut que les cotations. Une poignée de main entre Alain Carrière, président de la FFME, et Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, et le sort des aigles et autres faucons pèlerins se retrouve, sinon gravé dans le granit, au moins signé sur papier. Quand le grimpeur joue les squatteurs L’escalade en milieu naturel, c’est beau, c’est brut, mais c’est aussi une intrusion. Une incursion dans un espace qui, soyons honnêtes, n’a pas attendu les crash pads et les baudriers pour exister. Derrière les enchaînements spectaculaires et les relais de fortune, il y a une faune sauvage qui partage les mêmes vires, fissures et aplombs . Faucons en pleine parade, aigles royaux en nidification, chamois curieux, bouquetins stoïques : tout ce beau monde vit sa vie pendant que nous jouons aux équilibristes. Mais la cohabitation a ses limites. Un dérangement au mauvais moment, c’est parfois une saison de reproduction fichue. Pour la FFME, il était temps de prendre les choses en main. Pas question que les grimpeurs passent pour des bulldozers en collant. Cette convention, c’est l’occasion de montrer que pratiquer en extérieur, c’est aussi respecter l’environnement. On peut aimer la falaise sans écraser tout ce qui y vit. « Cette collaboration entre la LPO et la FFME témoigne de notre volonté commune de promouvoir des pratiques sportives prenant en compte la fragilité des écosystèmes. J’invite le Ministère de la Transition écologique et celui des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, à faire en sorte que cette démarche exemplaire puisse être étendue à d’autres activités de plein air. » partage Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO. Une convention qui parle vrai Le document signé n’est pas un simple exercice de style. Il pose les bases d’une collaboration concrète, loin des discours creux. Au programme : Cartographie des zones sensibles : Identifier où les enjeux sportifs et écologiques se croisent, pour éviter les conflits. Actions ciblées : Fermetures temporaires en cas de nidification ou aménagements spécifiques pour limiter les impacts. Dialogue renforcé : Les structures locales des deux organismes travailleront ensemble pour gérer les situations tendues. Éducation des pratiquants : Des outils pédagogiques pour que chaque grimpeur devienne un allié de la biodiversité. « Nous nous réjouissons de ce partenariat avec la LPO, qui symbolise un engagement fort de notre part en faveur de la préservation de l’accès aux sites naturels tout en étant acteurs de la protection de l’environnement. Ensemble, nous montrerons qu’il est possible d’allier pratique de l’escalade et respect de la biodiversité. » précise Alain Carrière, président de la FFME. Grimpeurs, votre mission si vous l’acceptez Évidemment, tout cela repose sur un point clé : l’implication des grimpeurs . Car une convention ne change rien si elle reste dans un tiroir. Pour que ça fonctionne, il faudra des efforts partagés : adapter ses horaires, éviter les secteurs fermés, et peut-être même accepter de faire demi-tour quand un panneau indique « zone sensible ». Certains diront que c’est une concession de trop, mais soyons sérieux : la beauté d’une voie réside aussi dans la richesse de ce qui l’entoure. Et protéger cet écosystème, c’est garantir que les générations futures grimperont encore sous le regard curieux d’un bouquetin ou le cri lointain d’un faucon. Le compromis sur la corde raide Alors, tout est réglé ? Pas si vite. La cohabitation est un art subtil, et ce partenariat ne suffira pas à lui seul . Entre les fermetures de sites mal comprises et les enjeux locaux souvent complexes, il y aura des ratés. Mais ce pacte montre une chose : les grimpeurs ne sont pas seulement des visiteurs, ils sont aussi des gardiens. La prochaine fois que vous serez suspendu sur une prise fuyante, pensez à lever les yeux. Pas seulement pour chercher la prochaine dégaine, mais pour contempler ce que vous aidez à préserver. Parce qu’au fond, grimper, c’est aussi ça : trouver l’équilibre, même là où tout semble glisser.
- 9 prédictions (pas si absurdes que ça) pour l'escalade en 2025
2025 est déjà là, et l’escalade continue son ascension vers des sommets… parfois inattendus. Entre innovations déconcertantes, dérives marketing et absurdités bien réelles, notre sport favori semble prêt à tout pour rester dans la tendance. Et si ces prédictions vous semblent farfelues, détrompez-vous : certaines pourraient bien voir le jour plus tôt qu’on ne le pense. Grimpez bien attaché, on vous emmène découvrir le futur de la grimpe (et du grand n’importe quoi). Les compet’ à la sauce télé-réalité Préparez-vous à voir débarquer des compétitions d’escalade façon télé-réalité. Climbing Survivor, le nouveau format à mi-chemin entre Koh-Lanta et la Coupe du monde, promet des moments de tension extrême. Les grimpeurs devront non seulement dompter des blocs diaboliques, mais aussi jouer la stratégie : alliances au sommet, votes éliminatoires et trahisons à la clef. Le gagnant repartira avec un abonnement à vie chez Arkose. Netflix a déjà commencé le casting. La mode grimpe va trop loin Les chaussons d’escalade débarqueront sur les podiums de la Fashion Week. Les grandes maisons de couture n’ont pas résisté à l’appel de la verticalité. Dior, Gucci, et Prada lanceront leurs collections Haute-Altiture, mêlant style et performance. Les plus audacieux succomberont au dernier concept : le chausson hybride escarpin, pensé pour enchaîner un 7a avant de filer à l’after-work. La question reste entière : est-ce que la gomme Vibram sera assortie au tapis rouge ? Les falaises seront privatisées L’accès libre aux falaises deviendra un lointain souvenir. À partir de l’été 2025, certaines falaises emblématiques comme Céüse ou Buoux seront privatisées et rebaptisées Climbing Resorts. Les amateurs devront réserver leur créneau en ligne, choisir des options incluant l’accès aux voies les moins patinées ou encore la possibilité de se faire filmer par un drone. La présence de Seb Bouin pour souffler les méthodes sera proposée dans le package le plus premium. Les salles deviendront des temples du lifestyle Grimper dans une salle ? Sérieusement ? En 2025, ce sera une activité parmi d’autres dans ces espaces transformés en temples du lifestyle. Vous pourrez y faire vos courses dans un marché local, assister à un atelier de poterie ou apprendre la méditation en suspension (parfait pour "être aligné avec son mousqueton intérieur"). Les murs d’escalade, eux, ne seront plus qu’un décor Instagram pour les influenceurs en quête de contenu. L’IFSC misera tout sur l'e-sport Fatiguée des frais logistiques, l’IFSC se concentrera exclusivement sur l’escalade virtuelle. Les compétitions se feront désormais dans des simulateurs VR, où chaque grimpeur affrontera des murs générés par IA dans des environnements exotiques : l’Everest, la surface de Mars ou encore une cascade de chocolat façon Charlie et la Chocolaterie. Le public pourra voter en direct pour ajouter des pièges : des prises qui disparaissent, des chaussons qui glissent, une poulie surprise, etc. La boisson miracle des grimpeurs En 2025, une start-up lancera une boisson censée révolutionner la performance en escalade : le Crux Boost. Mélange mystérieux de caféine, d’électrolytes, et d’un ingrédient "tenu secret" (spoiler : c’est de la magnésie soluble), elle promet de multiplier par deux votre adhérence aux prises. Les pubs montreront des grimpeurs exécutant des jetés impossibles, tandis que les hashtags #NeverSlip et #AdhérenceMax envahiront Instagram. Le problème ? Le goût sera aussi douteux que la promesse, un mélange improbable de terre et de citrons oubliés. Les influenceurs monopolisent les spots D’ici 2025, les influenceurs grimpeurs auront envahi tous les spots emblématiques. Chaque voie mythique sera rebaptisée en leur nom, avec des hashtags sponsorisés pour les accompagner : "Jeté de Blokcorp, powered by Red Bull." Les falaises seront prises d’assaut par des drones pour capturer LE moment parfait, et il faudra attendre des heures pour grimper une voie bloquée par une séance photo interminable. Pendant ce temps, les grimpeurs anonymes erreront en quête d’un bout de rocher épargné par les filtres. Le NFT de la grimpe L’escalade se digitalisera encore un peu plus avec l’apparition des NFTs (Non-Fungible Token) des ascensions mythiques. Chaque grimpeur qui réussira une voie ou un bloc compliqué pourra acheter une certification numérique de son exploit, immuable et gravée dans la blockchain. En bonus, des "prises virtuelles" seront mises aux enchères, permettant à leurs propriétaires de revendiquer un bout de falaise numérique. Résultat ? Les discussions post-grimpe ne porteront plus sur les cotations, mais sur la valeur spéculative des "crux token" de Adam Ondra. La grimpe sponsorisée devient invasive En 2025, même vos mouvements en falaise seront monétisés. Grâce à des capteurs intégrés dans vos chaussons et baudriers, les marques pourront diffuser des pubs personnalisées en temps réel. Tentez un dyno ? Une annonce vocale vous conseillera d’acheter le dernier modèle d’assureur automatique. Restez trop longtemps sur une prise ? Une bannière surgira pour vous vendre de la magnésie liquide. On vous promet une immersion totale… dans le capitalisme vertical. Alors, convaincus que ces prédictions sont "absurdes" ? Parce qu’à ce rythme, voir un influenceur rebaptiser votre voie préférée ou grimper avec une pub incrustée dans vos chaussons ne semble plus si invraisemblable. Le futur de l’escalade sera peut-être digital, sponsorisé, ou complètement loufoque… mais une chose est sûre : on n’a pas fini d’en parler.
- Le guide Saint-Valentin pour amoureux de la grimpe est là !
Que ce soit dans une salle de bloc ou sur une grande voie, grimper, c’est toujours mieux à deux. Et avec la Saint-Valentin qui approche, on a pensé aux cordées du cœur. Plutôt qu’un cadeau bateau ou une sortie classique, pourquoi ne pas viser juste avec une idée adaptée à votre moitié grimpeuse ? Ce guide, on l’a conçu pour vous, celles et ceux qui savent que l’amour et l’escalade partagent bien plus qu’une simple histoire de prises . À travers une sélection soignée, on vous aide à trouver LE cadeau qui fera mouche. Un guide pensé pour les grimpeurs et grimpeuses amoureux Chez Vertige Media, on sait qu’escalader, ce n’est pas juste un sport, c’est une aventure partagée, une passion à deux. Ce guide est là pour toutes les cordées : les débutants qui découvrent, les grimpeurs confirmés qui s’élancent, ou ceux qui cherchent simplement à célébrer leur amour pour la verticalité. Un aperçu de ce que vous trouverez dans ce guide : Cadeaux pratiques : chaussons bien ajustés, sacs à magnésie stylés, ou le livre parfait pour rêver entre deux ascensions. Équipements pour les cordées : un nouveau casque, des chaussures d'approches ou même une frontale pour briller dans la nuit. Idées originales : un pull en laine, des chaussettes fluo, ou un bonnet pour ceux qui veulent grimper au chaud avec style. Des idées pour ravir le cœur (et la magnésie) Ce guide, c’est bien plus qu’une simple liste de cadeaux. C’est une célébration de ce qui fait vibrer les grimpeurs : l’adrénaline, l’effort, la complicité. On y a mis une dose de fun, une touche de romantisme et beaucoup d’amour pour la grimpe. Pour qui, et comment se le procurer ? Ce guide est fait pour vous si : Vous grimpez en cordée (et en cœur). Vous cherchez une idée originale pour faire plaisir à votre moitié (ou à vous-même, on ne juge pas). Vous voulez mêler amour et passion verticale. Comment l’avoir ? C’est simple : cliquez sur le lien ci-dessous, téléchargez-le gratuitement, et laissez-vous guider pour trouver le cadeau parfait. 👉 Télécharger le guide Saint-Valentin Grimper mieux, grimper ensemble Avec ce guide, on vous donne les clés pour faire plaisir à votre partenaire de cordée ou pour simplement célébrer votre amour pour l’escalade. Bonne lecture et surtout… bonne grimpe à toutes et tous !
- L’ICE Climbing Écrins, l’heure des transitions
Chaque hiver, l’Argentière-la-Bessée frissonne au rythme des piolets et des crampons. Pendant trois jours, les cascades gelées des Hautes-Alpes accueillent l’ ICE Climbing Écrins , une fête où la montagne se décline en glace, écologie, et grandes discussions sur l'avenir de nos pratiques . Cette 35ᵉ édition, marquée par les adieux de Cathy Jolibert, symbolise un tournant : une transition soigneusement amorcée mais dont les contours restent à sculpter. © Jan Novak Organisatrice emblématique depuis une décennie, Cathy a donné à l’ICE son caractère engagé, parfois déroutant pour certains, mais toujours authentique. « L’ICE, c’est amener l’esprit de la montagne dans un événement : entraide, amicalité, presque une confrérie », nous confie-t-elle. Alors, sans Cathy, l’ICE perd-il sa boussole ou trace-t-il un nouveau sillon ? Cathy Jolibert : dix ans de montagnes et d’idées fortes Pendant dix ans, Cathy Jolibert n’a pas seulement organisé l’ICE : elle l’a façonné à son image . Un peu rebelle, un peu idéaliste, souvent pragmatique. Des repas végétariens pour limiter l’impact environnemental aux conférences sur la durabilité, elle a transformé ce rendez-vous en laboratoire d’idées. Et pas question de déroger à certaines règles, comme celle où chacun lave sa propre vaisselle. Un détail anecdotique ? Pas pour certains. « Faire ma vaisselle, sérieux ? Et le végétarien, c’est pas mon truc. On a de supers éleveurs locaux, pourquoi pas mettre ça en avant ? », s’agace un guide. Mais Cathy assume : « Le premier jour, ils râlent, et le troisième, ils trouvent ça pas si mal. Il faut laisser aux gens le temps d’évoluer. » © Jan Novak Cette édition était pour elle « l’aboutissement de dix ans d’évolutions », presque une conclusion. « J’avais une idée de là où je voulais arriver, et je pense y être parvenue en termes de notoriété, de rencontres et de valeurs. » Pourtant, Cathy ne s’est pas contentée d’un simple départ. Elle a orchestré une passation, discrète mais réfléchie. « Cela fait trois ans que je forme celles et ceux qui, selon moi, allaient reprendre. J’ai utilisé mes outils de coaching pour transmettre une méthodologie et accompagner l’équipe. Aujourd’hui, je fais un pas de côté pour leur laisser créer leur propre dynamique. » Le mystère reste entier sur les futurs organisateurs. Cathy, fidèle à son esprit protecteur, préfère taire leurs noms. « C’est trop tôt. L’équipe a besoin de temps pour se réunir et se préparer. » On sait seulement qu’Oriane, Julie, Maëlle, ainsi que deux guides, Octave et Nil, seront au cœur de ce collectif. Un camp de base entre barnum, boule et festivités À l’ICE, le centre névralgique, c’est l’Argentière et sa configuration unique . La salle des fêtes accueille les marques comme Petzl, Black Diamond, Simond ou encore Millet, venues présenter leurs dernières innovations – parfois avant même qu’elles n’arrivent sur le marché. À quelques enjambées de là, la salle de l’Amicale Boule Briançonnaise se transforme en bar, en salle de projections, ou en théâtre pour les conférences. Entre les deux trône le barnum où l’on dîne en doudoune, sous une lumière tremblotante, en se réchauffant à coups de soupe servie en libre-service. C’est dans cette ambiance que se croisent débutants intimidés et pros enjoués . « C’est un espace pour apprendre, oser, et se retrouver », explique une habituée. Mais ici, on ne parle pas que d’équipement ou de performances : on réfléchit aussi. © Vertige Media Ateliers pour le corps et l’esprit Cette édition a mis les participants à rude épreuve… et pas seulement physiquement. Antoine Le Menestrel , grimpeur et poète, a animé un atelier de danse-escalade où les piolets ont cédé la place à des gants de soie . « La glace, on la touche, on l’écoute, on dialogue avec elle. Il faut demander à la prise si elle accepte d'être prise. », glissait-il avec ce mélange de sérieux et d’espièglerie qui le caractérise. Un autre temps fort ? L’atelier chaud-froid, animé par Yann Estienne et Simon Marie. Marcher pieds nus dans la neige pour réapprendre l’inconfort, puis se réfugier dans une hutte de sudation où la température monte en flèche . Entre dépassement et lâcher-prise, ces pratiques ont permis à certains d’aborder la montagne sous un jour nouveau. Des soirées qui éclairent autant qu’elles divertissent Quand la nuit tombe, l’ICE ne s’endort pas. Vendredi, les festivités ont commencé par deux projections. Le film " Le cavalier sans tête ", avec Charles Dubouloz et Symon Welfringer , a plongé l’audience dans une expédition extrême. Une courte vidéo sur le "flow" de James Pearson a ensuite ouvert une réflexion sur le dépassement de soi et l’état d’esprit en montagne. Eline Le Menestrel, artiste et activiste, récemment récompensée par le Trophée Écologie aux Trophées de la Verticalité , a aussi captivé l’attention dès le premier jour. Avec son collectif Uppossible, elle promeut une escalade écoresponsable, mêlant spectacles itinérants et plaidoyer écologique . Sa performance, entre récit personnel et vision engagée, a touché juste, rappelant que grimper, c’est aussi réfléchir à l’impact que l’on laisse derrière soi. Eline a ensuite été rejointe par Caroline Ciavaldini et Véronique Dansereau pour débattre de la mobilité douce, un thème qui s’est imposé comme un fil rouge de cette 35ᵉ édition. © Jan Novak Les frères Ladevant, ou l’appel des JO d’hiver Impossible de parler d’escalade sur glace sans évoquer "les frères Ladevant", Louna et Tristan, figures incontournables de la discipline. À l'occasion de notre dernier dîner, Tristan a partagé avec nous sa vision d’un avenir olympique pour les JO d’hiver de 2030 . Et il ne s’agit pas seulement d’intégrer l’escalade sur glace : son plaidoyer vise à défendre l’événement dans son ensemble. Ambassadeur de la FFCAM, Tristan est envoyé auprès des députés et décideurs pour promouvoir ce rêve. « Les infrastructures existent déjà dans les Alpes, et les rénovations nécessaires bénéficieront à tous les pratiquants », argumente-t-il, prenant soin de passer sous silence les coûts estimés pour certaines installations, comme la piste de bobsleigh de La Plagne ( 10 à 15 millions d’euros , tout de même). Un discours bien rodé, mais aussi sincère, porté par la passion d’un athlète qui rêve de voir son sport briller sous les anneaux. Un avenir à réinventer Quand la dernière assiette est lavée et que les parois gelées retrouvent leur calme, une évidence s’impose : l’ICE Climbing Écrins dépasse le simple événement sportif. C’est un carrefour où la montagne parle à ceux qui l’écoutent , où les idées surgissent comme des éclats de glace, prêtes à remodeler nos pratiques. « C’était ma 10ᵉ édition, et j’ai arrêté l’ICE pour créer du vide et faire de la place au renouveau », nous glisse Cathy Jolibert en conclusion. À l’image des sillons gravés sur une paroi gelée, son passage a durablement marqué l’histoire de cet événement. Tandis que la nouvelle équipe se prépare à prendre le relais, une chose reste certaine : la glace des Écrins continuera de fasciner celles et ceux qui osent relever ses défis.
- Les blessures en escalade : briser les idées reçues avec Andy McVitty
Andy McVitty, c’est un mélange d’encyclopédie médicale ambulante et de vieux renard de la grimpe. Avec ses 30 ans de pratique sur les parois (et probablement autant de nuits blanches à déchiffrer des radios de doigts explosés), cet ancien coach devenu kinésithérapeute spécialisé en escalade est le genre de gars qu’on appelle quand ça grince, que ça craque ou que ça lâche. Dans le podcast " That’s Not Real Climbing " , il revient sur les blessures qui gangrènent notre sport préféré, les idées reçues qui nous plombent et les transformations – parfois brutales – du monde vertical. Attention, ça secoue. © David Pillet La dure loi du répétitif 94 %. Ce n’est pas le score d’un bloc au top des répétitions à Fontainebleau, mais le pourcentage des blessures en escalade qui sont chroniques . Comprenez : des blessures à petit feu, nées de cette douce torture qu’on inflige à nos tendons et articulations au fil des séances. « Les blessures, ce ne sont pas des accidents, ce sont des habitudes », martèle McVitty. Un pied mal posé ici, une épaule mal renforcée là, et boum, six mois à bouder les salles et les falaises. Son diagnostic ? Les grimpeurs ignorent les signaux faibles . Une douleur qui traîne ? « Bah, ça passera. » Mauvaise idée. Andy prône un rituel hebdomadaire : un check-up perso de la tête aux orteils. « Si ça tire depuis trois semaines et que tu fais semblant de rien, dis-toi que ton corps va te le faire payer tôt ou tard. » Spoiler : c’est souvent plus tôt que tard. Les doigts, ces faux coupables La force des doigts, c’est le Graal. Mais Andy, lui, balance un pavé dans la mare de magnésie : « Les doigts, c’est rarement eux le problème. Ils sont plus forts qu’on ne l’imagine. Ce qui lâche, c’est tout le reste . » Épaules, hanches, équilibre général… Quand on tombe, on blâme nos mains. Mais peut-être que la vraie question, c’est : qu’est-ce qu’on faisait là-haut dans cette position improbable ? « Les grimpeurs confondent souvent force et technique », explique-t-il. « C’est ton transfert foireux, pas tes doigts, qui t’a fait plonger au sol. » Compétition : quand l’ouverture divise (et déboîte) Les blessures des grimpeurs ne sont pas seulement une question de morphologie. Selon Andy, elles racontent aussi un sport où les ouvreurs dictent la loi . Les nouvelles générations de blocs privilégient des mouvements spectaculaires et explosifs, aux rotations improbables et aux impacts dévastateurs . Et dans ce jeu, les épaules en prennent pour leur grade, surtout chez les femmes. Une étude récente révèle que 35 % des grimpeuses souffrent de blessures à l’épaule, contre 21 % des hommes. Pourquoi ? « Les ouvreurs sont souvent des hommes et créent pour des corps d’hommes », analyse Andy. Sans méchanceté, mais avec lucidité. Résultat : des femmes obligées de compenser avec des mouvements plus risqués ou des prises plus difficiles à atteindre . « L’escalade moderne teste tes limites, mais parfois elle les dépasse aussi. » L’âge ? Juste une excuse de plus Passé 30 ans, le grimpeur moyen se met à parler comme un retraité : « Je suis trop vieux pour progresser. » Andy, lui, rigole. Pour lui, ce déclin supposé n’a rien à voir avec la physiologie. « À 30 ans, t’es à peine sorti de l’adolescence en escalade. » C’est juste qu’à cet âge-là, on a moins de temps, plus de boulot, peut-être une famille à gérer . Bref, on grimpe moins, tout simplement. Son conseil ? « Sois régulier. Grimpe souvent, mais pas forcément longtemps. La progression, c’est un marathon, pas un sprint. » Et surtout, écoute-toi. « Rien ne ralentit plus un grimpeur qu’une blessure. Alors quitte une session en forme, pas en miettes. » Andy McVitty : le pragmatique de la falaise De policier à coach, d’instructeur en plein air à kiné spécialisé, Andy McVitty a suivi une trajectoire aussi éclectique qu’un toit en dévers. Aujourd’hui, il jongle entre consultations et escalade, tout en déconstruisant les mythes qui collent au sport. Non, l’âge n’est pas une limite. Non, les doigts ne sont pas tout. Et non, on ne progresse pas en s’entraînant comme un bourrin . Son approche, c’est celle d’un vétéran de la grimpe qui sait que la route est longue, mais que chaque pas (ou chaque prise) compte. Son mantra : « Fais-en un peu moins, mais fais-le mieux. » Ce qu’on retient ? Andy McVitty n’est pas là pour te dire ce que tu veux entendre, mais ce que tu as besoin de savoir. Que ton corps est une machine incroyable, capable de presque tout, à condition de lui laisser le temps . Que progresser en escalade, c’est aussi comprendre ses limites. Et que parfois, lever un peu le pied, c’est la meilleure façon de continuer à grimper… haut, et longtemps. 🎙️ Pour en savoir plus, écoutez l’épisode complet de That’s Not Real Climbing Podcast . Promis, vos doigts vous diront merci.












