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- Le Birdie de BEAL : L’assureur qui donne des ailes (et des couleurs)
BEAL, marque emblématique dans le monde de l’escalade et des équipements de sécurité, a bâti sa réputation sur l’innovation et la fiabilité. Basée à Vienne, en Isère, cette entreprise française est surtout connue pour ses cordes, mais elle se démarque aussi avec des produits comme le Birdie, un assureur à freinage assisté qui revient dans une version revue et améliorée . De quoi rafraîchir un classique et séduire une nouvelle génération de grimpeurs. Une prise en main intuitive et efficace Lors de nos tests, le Birdie a prouvé sa valeur dans toutes les configurations : moulinette, assurage en tête, et même avec une corde proche de son diamètre minimal. Sa fluidité et son design ergonomique le rendent immédiatement accessible . Nous l’avons même confié à une grimpeuse novice, sans aucune expérience des modèles à freinage assisté, et elle a su l’utiliser sans difficulté majeure. Un point fort qui devrait convaincre les débutants comme les grimpeurs chevronnés. Un poids qui se justifie par une solidité remarquable Avec ses 220 g, le Birdie n’est pas le plus léger du marché . À titre de comparaison, le Petzl Grigri affiche 175 g, un écart notable pour ceux qui privilégient la légèreté. Mais le choix d’une construction tout en métal par BEAL s’accompagne d’une robustesse exemplaire. Cet assureur est clairement conçu pour durer, résister à l’usure et répondre aux attentes des grimpeurs exigeants. Une attention particulière à la préservation des cordes Le Birdie ne se distingue pas seulement par sa solidité, mais aussi par sa capacité à ménager vos cordes . Son mécanisme réduit les frottements inutiles et ses contours arrondis limitent l’usure, prolongeant ainsi la durée de vie du matériel. Pour les grimpeurs soucieux de préserver leur équipement, c’est un argument de poids, d’autant plus que l’investissement dans un assureur de qualité s’amortit sur le long terme. Des couleurs qui tranchent et un style affirmé Côté esthétique, le Birdie bouscule les codes. Ses combinaisons de couleurs vives apportent un vrai vent de fraîcheur dans un univers souvent marqué par des designs austères. Ce nouveau look n’est pas qu’un atout cosmétique : il traduit l’ambition de BEAL de moderniser le matériel d’escalade et d’attirer un public varié. Résultat, l’ancien modèle semble déjà dépassé face à ce Birdie qui allie style et performance. Verdict Le Birdie redéfinit les standards des assureurs modernes. Facile à prendre en main, robuste, et conçu pour préserver vos cordes, il s’adresse aussi bien aux novices qu’aux grimpeurs confirmés. Si son poids peut être un inconvénient pour certains, il est largement compensé par sa durabilité et sa fiabilité. Avec un design revisité et des couleurs éclatantes, ce Birdie marque un tournant dans la gamme BEAL. Une réussite à essayer sans hésiter. Caractéristiques techniques Type : Assureur à freinage assisté Poids : 220 g Diamètre de corde recommandé : 8,5 mm à 10,5 mm Freinage assisté : Oui Prix : 69.90 € Disponibilité : Birdie - Beal - En vente sur le site de Snowleader . Toute notre sélection de matériel à retrouver ici .
- Symon Welfringer : L’alpinisme comme un retour aux sources de l’aventure
Dans l’effervescence du Festival International du Film et du Livre d’Aventure de La Rochelle (FIFAV), Symon Welfringer s’impose comme l’une des voix les plus captivantes de l’alpinisme contemporain . Non pas par l’éclat d’un ego surdimensionné, mais par la simplicité désarmante avec laquelle il raconte ce qu’il fait de plus noble : grimper. À travers son histoire, ses inspirations et sa vision de l’alpinisme, il nous invite à repenser ce qu’est véritablement l’exploration en montagne . Des figures historiques comme boussole Symon n’a pas construit son alpinisme en vase clos. Ses inspirations plongent leurs racines dans les exploits de figures emblématiques . Parmi elles, Jean-Christophe Lafaille, dont les voies ouvertes à Céüse illustrent ce délicat équilibre entre grimpe et alpinisme. Ou encore Pierre Béghin, chercheur en physique nucléaire à Saint-Martin-d’Hères, qui incarnait pour Symon cette idée d’un alpiniste complet, partagé entre passion et carrière. Leur héritage dépasse très largement la simple notion de performance : « Ce sont des gars qui avaient une vie à côté, et je trouve ça super intéressant. » « Pour eux, arriver au Népal ou au Pakistan, c’était déjà les vacances. » Il élargit ensuite son panthéon à l’international avec Wojciech Kurtyka, maître du style alpin et pionnier des ascensions techniques sur les géants himalayens. Pour Kurtyka et les alpinistes polonais de son époque, chaque expédition était une échappatoire à un quotidien marqué par les tensions politiques de l’Europe de l’Est . Symon évoque avec respect leur approche minimaliste : « Pour eux, arriver au Népal ou au Pakistan, c’était déjà les vacances. » Ces références ne se limitent pas à des noms. Elles sont une source constante de réflexion et d’inspiration. Parmi les lectures qui l’ont marqué, il cite le livre de Bernadette McDonald sur l’histoire de l’alpinisme polonais, une fresque qui éclaire le courage et la résilience de ces grimpeurs hors normes. Le style alpin, une évidence et un idéal Si le style alpin est central dans les conversations autour de son film "Le Cavalier sans tête" - qui vient d'ailleurs de remporter la prix spécial montagne au FIFAV - Symon, lui, préfèrerait ne pas avoir à l’évoquer. « Mon idéal serait que l’alpinisme ne soit que style alpin, qu’on n’ait même pas besoin de le préciser », lâche-t-il. Mais la réalité impose des distinctions. À l’opposé du tourisme d’altitude ou des expéditions en style himalayen, où les cordes fixes et l’oxygène deviennent des artefacts incontournables , le style alpin revendique une pureté : gravir une montagne d’une seule traite, sans aides extérieures et sans retour en arrière. « Sur quinze expéditions, j’ai peut-être suivi mon plan A une seule fois. L’adaptation, c’est la base du haut niveau. » Pour Symon, cette approche transcende les techniques : c’est une philosophie. Le style alpin suppose une improvisation constante face à l’inconnu. Une descente prévue devient impraticable ? On bascule sur une autre face. Le sommet initial est inaccessible ? On redéfinit l’objectif. « Sur quinze expéditions, j’ai peut-être suivi mon plan A une seule fois. L’adaptation, c’est la base du haut niveau. » L’engagement, une recherche d’exploration pure Symon ne cache pas son goût pour l’exploration brute, celle où l’incertitude et l’engagement total redéfinissent l’expérience . Cette quête l’a mené au Népal, où, face à des imprévus, il a dû gravir une montagne inconnue, sans données précises ni informations préalables. « On a gravi une face dont on ne savait rien, et la première chose qu’on a vérifiée après, c’est si elle avait déjà été faite. » L’été dernier, c’est au Groenland qu’il a poussé cette logique plus loin. Pendant quarante jours, il a parcouru les fjords en kayak, atteignant des sommets vierges à l’écart de toute civilisation . « Là-bas, pendant quarante jours, on n’a croisé aucun humain. Juste nous et le paysage. » Loin des 8000 himalayens et des foules qu’ils attirent, cette aventure mêlait engagement physique, créativité et immersion totale dans une nature sauvage. « Chaque expédition, c’est un défi à plusieurs dimensions : trouver sa ligne, s’adapter, se réinventer. » Pour Symon, l’isolement n’est pas une contrainte, mais une opportunité d’aller plus loin dans l’exploration personnelle. « Chaque expédition, c’est un défi à plusieurs dimensions : trouver sa ligne, s’adapter, se réinventer. » L’avenir de l’alpinisme : réinvention et exploration Alors que certains prédisent la fin des grandes premières, Symon réfute cette idée avec ferveur. Il est convaincu que l’avenir de l’alpinisme réside dans la réinvention des pratiques et la combinaison des disciplines . « Il reste encore tellement de lignes à explorer, sur des montagnes moins hautes mais tout aussi engageantes. » Ce futur passe aussi par une démarche éthique. Symon insiste sur l’importance de faire fonctionner l’économie locale lors des expéditions : engager des porteurs, collaborer avec les habitants. Ce choix, au-delà du confort qu’il apporte, enrichit l’expérience humaine et donne un sens plus profond à ces aventures. À travers son approche, Symon prône une alpinisme où l’exploit ne se mesure pas uniquement en altitude ou en difficulté technique, mais dans la manière d’appréhender la montagne et ses défis. C’est un retour à l’essence même de cette pratique : l’aventure, la découverte et l’adaptation. Un message d’espoir pour conclure Pour Symon Welfringer, l’alpinisme de demain s’annonce riche de possibilités. Il ne s’agit plus de cocher des sommets ou d’atteindre des altitudes records, mais de redécouvrir un terrain de jeu aux mille facettes. « Ce qu’on cherche, c’est l’aventure, pas le chiffre ou la gloire. » Avec des expéditions mêlant kayak, ski ou escalade, il imagine un avenir où les frontières entre les disciplines s’effacent pour donner naissance à de nouvelles formes d’exploration . Et dans un monde où tout semble déjà documenté, Symon nous rappelle que l’aventure n’a pas disparu. Elle attend juste ceux qui osent s’aventurer hors des sentiers battus. Pour prolonger la réflexion sur l’alpinisme moderne, ne manquez pas notre interview de François Carrel réalisée au FIFAV : Himalaya à vendre : l’alpinisme à l’ère du selfie . Découvrez les enjeux d’un monde où les sommets se marchandent autant que les exploits : lire l’article ici . Interview réalisée par Guillaume Guémas et article rédigé par Pierre-Gaël Pasquiou. Pour retrouver l'intégralité de l'échange :
- Babsi Zangerl : la fulgurance d’un flash sur El Capitan
Yosemite, novembre 2024 – Quand l’histoire de l’escalade se réécrit, elle le fait parfois avec une intensité qui laisse sans voix. Barbara "Babsi" Zangerl, alpiniste autrichienne de renom, a gravé son nom au panthéon des exploits verticaux en réalisant le premier flash de Freerider , la mythique voie de 1 000 mètres sur El Capitan . Une ascension qui redéfinit les contours mêmes de ce que l’on croyait atteignable. Une voie, un mythe, un héritage Freerider , variante "adoucie" de la mythique Salathé Wall , se déploie sur la face ouest d’El Capitan, cette cathédrale de granit qui incarne l’épreuve ultime de l’escalade big wall . Premièrement libérée en 1998 par les frères Huber, elle est entrée dans l’imaginaire collectif en 2017, grâce au free solo d’Alex Honnold . Pourtant, aucun grimpeur, aussi illustre soit-il, n’avait jusque-là réussi à la flasher. Jusqu’à Babsi. « Rien n’est facile sur El Cap, » rappelle-t-elle. « Même les longueurs qui semblent abordables sur le topo demandent une attention constante et une énergie sans faille. » Cette confession dit tout de l’ampleur de son accomplissement, et souligne combien cette paroi demeure une épreuve de vérité pour les meilleurs. Duo au sommet : entre complicité et solitude Avec Jacopo Larcher, son compagnon de vie et de cordée, Babsi forme un binôme soudé par des années d’expéditions communes. Mais si leur succès résulte d’un travail d’équipe, l’épreuve du flash impose une solitude intérieure. « Jacopo a été fondamental, confie-t-elle. Sans lui, rien n’aurait été possible. » Jacopo, pourtant si proche de son propre flash, a chuté sur le crux de la Boulder Pitch , cette séquence exigeante qui a brisé tant de rêves . « Il n’a pas vu une prise-clé sous le toit. Il est tombé, a retenté immédiatement et enchaîné, mais pour le flash, c’était fini, » explique Babsi. Une chute qui n’a en rien entamé son soutien. « Il m’a donné toutes les informations nécessaires pour que je réussisse. Son abnégation est une leçon. » Préparer l’imprévisible Freerider n’était pas un projet murement prémédité, mais une opportunité née de leurs pérégrinations sur les parois du Yosemite. Après avoir libéré The Nose en 2019, le duo s’est confronté à la légendaire Monster Offwidth , cette fissure béante qui terrorise autant qu’elle fascine. « On avait entendu tellement d’histoires d’horreur qu’on l’avait évitée pendant des années, » avoue Babsi. Pourtant, le défi s’est imposé à eux comme une évidence. « Quand on a grimpé Magic Line, on a compris qu’on devait s’entraîner spécifiquement pour cette longueur. Alors, on a passé quatre jours à affronter des fissures comme Generator Crack et Twilight Zone. C’était infernal, mais nécessaire. » Malgré cette préparation, la Monster Offwidth a failli lui coûter son flash. « Après 40 mètres, j’étais à bout de souffle. Mon corps était en crampes. Et puis, je me suis rappelée un conseil d’Alex Honnold : si ça devient insupportable, incline-toi pour bloquer ta jambe et reprendre ton souffle. Cette astuce m’a sauvée. » Une ascension, mille batailles L’épreuve d’El Capitan dépasse largement une simple longueur clé ou un défi isolé. Les quatre jours passés dans la voie, ponctués de bivouacs précaires , ont mis à rude épreuve leur endurance physique et mentale. «Même après la Boulder Pitch , je n’ai pas soufflé. L’ Enduro Corner m’attendait encore, et chaque longueur demandait un engagement total.» Le style big wall impose aussi une logistique implacable : des relais suspendus, des kilomètres de corde à dérouler, et une gestion millimétrée du temps et des ressources. Mais c’est bien la tête qui commande. « Je crois que c’est le plus grand défi mental de ma carrière, » admet Babsi. « On doit se battre à chaque instant pour ne pas céder au doute. » Entre triomphe et mélancolie Quand enfin le sommet s’est dévoilé, l’émotion fut double. « C’était irréel. J’étais heureuse pour moi, mais triste pour Jacopo. On n’a qu’une chance pour un flash, et cette unicité peut être cruelle sur une paroi de 1 000 mètres. » Cette lucidité confère à sa victoire une profondeur rare : une célébration humble d’un moment unique, et une gratitude immense envers celui qui l’a accompagnée jusqu’au bout . Avec cet exploit, Babsi Zangerl inscrit son nom aux côtés des légendes . Pas simplement pour l’acte technique, mais pour ce qu’il symbolise : un mélange de détermination, de résilience et de vision. « Je n’ai jamais pensé que c’était possible. Pourtant, nous avons osé essayer. »
- Jirishanca : une montagne qui fond, des légendes qui résistent
Josh Wharton n’a pas d’Instagram. Ni de Facebook. Pas de TikTok non plus – même s’il en a vaguement entendu parler. À 39 ans, ce grimpeur originaire du New Hampshire préfère les sommets silencieux aux projecteurs. Sa vie ressemble à celle d’un personnage à contre-courant, presque caricatural : un alpiniste « old school » , stoïque, sans hyperboles ni fioritures. « Je grimpe parce que j’aime ça. » Point. Pourtant, en 2023, Wharton a signé l’une des ascensions les plus marquantes de sa carrière, et pas sur n’importe quel sommet. Avec Vince Anderson, autre légende vivante du monde vertical, il s’est attaqué au Jirishanca. Perché à 6 094 mètres dans la cordillère Huayhuash, au Pérou , ce géant s’est transformé en piège à rêves. Parce que l’altitude ne suffit pas : ici, tout se joue dans des murs calcaires précaires, des champignons de neige instables, et des surplombs de glace qui défient la gravité. Un endroit où, depuis vingt ans, personne n’a atteint le sommet. Pas un seul. Une montagne en train de mourir « Le Jirishanca, c’est tout ce qu’un grimpeur recherche et redoute à la fois, » confie Wharton dans Jirishanca, le documentaire produit par Patagonia. « Ça n’a rien d’un terrain de jeu, rien de rassurant. Et aujourd’hui, c’est encore pire. La montagne fond, littéralement. » Depuis sa première tentative en 2015, Josh a vu les glaciers reculer comme si quelqu’un avait pressé le bouton avance rapide . « Quand je suis revenu en 2019, le glacier avait reculé de plusieurs centaines de mètres. Et cette année, je dirais qu’il n’y avait presque plus rien. » Le constat est implacable. « Dans vingt ans, le glacier aura disparu. Ce sera une autre montagne. Enfin, si on peut encore appeler ça une montagne. » « En 2005, je grimpais des montagnes qui étaient couvertes de glace. Aujourd’hui, on grimpe sur de la roche effritée. Le changement climatique, c’est un bulldozer. » Pour Vince Anderson, 53 ans et Piolet d’Or en poche, ce spectacle est encore plus brutal. « En 2005, je grimpais des montagnes qui étaient couvertes de glace. Aujourd’hui, on grimpe sur de la roche effritée. Le changement climatique, c’est un bulldozer. Et on est là, coincés entre l’envie de gravir et le dégoût de ce qu’on voit. » Quand le risque change de visage Wharton n’est pas seulement un alpiniste chevronné. Il est père de famille. Sa fille, Hera, a neuf ans, et elle adore son père. Lui, il adore grimper. Et parfois, ces deux réalités se télescopent. « Être parent, ça change tout. Avant, je prenais des risques inconsidérés. Maintenant, je réfléchis plus. Enfin… un peu plus, » plaisante-t-il. Mais derrière la boutade, il y a un homme lucide. En 2019, Wharton et Anderson étaient à quelques encablures du sommet. « On était à bout de forces. Pas d’eau, pas de bivouac. À un moment, j’ai regardé Vince et je lui ai dit : ‘Je crois qu’on devrait rentrer pour voir nos familles.’ Et il a acquiescé. » « Le risque, c’est comme une banque. Tu ne peux pas te permettre de tout retirer en une fois. » Ces choix, Anderson les comprend mieux que quiconque. Père de trois garçons, il sait que chaque ascension est un retrait sur le compte fragile de la vie. « Le risque, c’est comme une banque. Tu ne peux pas te permettre de tout retirer en une fois. Surtout quand tu as des gosses. Mais tu ne veux pas non plus vivre en fermant ce compte. » Pour Wharton, cette philosophie ne l’empêche pas de grimper, mais elle l’incite à choisir ses défis avec soin . « Chaque fois que je retourne au Jirishanca, je sais que je mets beaucoup sur la table. Mais si je dois prendre des risques, je veux que ce soit pour quelque chose de beau, de grand. » Le duo improbable Il y a quelque chose d’un peu ironique dans le partenariat entre Wharton et Anderson. Josh est réservé, presque timide. Vince, lui, c’est un mélange de métal et de vinyles poussiéreux. « Je suis un mec nostalgique, » plaisante Anderson. « J’adore les vinyles, les t-shirts de groupes improbables, et je pense que j’aurais dû être le frontman d’un groupe de rock. Mais au lieu de ça, je suis guide de montagne. » Cette dynamique fonctionne pourtant à merveille. « Vince est mon yin, » dit Wharton. « Il est tellement cool et posé. En montagne, c’est l’équipier rêvé. Il sait quoi faire, il anticipe tout, et il ne panique jamais. » Ce respect mutuel est la clé de leur succès. Et en 2023, ce respect les a menés là où personne n’était allé depuis deux décennies . Une ascension brutale Le documentaire de Patagonia ne fait pas dans la poésie . Il montre des grimpeurs épuisés, transis de froid, mais obstinés. « On a eu une fenêtre météo après plusieurs jours d’attente. On savait que c’était notre seule chance, » raconte Wharton. L’ascension commence par une succession de murs calcaires vertigineux. « De la grimpe pure, technique. Chaque mouvement est un test. » « Ces surplombs, c’est le point d’orgue du Jirishanca. C’est beau, mais tellement difficile. À chaque coup de piolet, tu ne sais pas si ça va tenir. » Puis viennent les surplombs de glace, des structures improbables, défiant les lois de la gravité. « Ces surplombs, c’est le point d’orgue du Jirishanca. C’est beau, mais tellement difficile. À chaque coup de piolet, tu ne sais pas si ça va tenir. » Et enfin, la dernière étape : une crête sommitale qui ressemble à une succession de champignons de neige instables. « Imaginez essayer de grimper dans du sable mouillé. Chaque pas est un effort monumental. » Le 22 août 2023, après trois jours d’efforts, Wharton et Anderson atteignent enfin le sommet . « C’était irréel, » se souvient Vince. « Aider Josh à réussir, c’était aussi fort pour moi que d’atteindre le sommet. » Pour Wharton, cette ascension es une manière de mettre en lumière les ravages du changement climatique . « Je ne grimpe pas pour être célèbre, » dit-il. « Mais si mon expérience peut montrer à quel point ces montagnes disparaissent, alors ça en vaut la peine. »
- Yasuhiro Shiota, le bottier devenu ressemeleur indépendant à Fontainebleau
Au pied des blocs mythiques de Fontainebleau, Yasuhiro Shiota redonne vie à des milliers de chaussons d’escalade . Installé dans son atelier-boutique, cet artisan japonais devenu maître du ressemelage pour grimpeurs a troqué la mode sur-mesure pour des paires de chaussons usées jusqu’à la corde. Un choix de passion, d’audace et d’indépendance totale. Du Japon à Fontainebleau : l’itinéraire d’un bottier rebelle Yasuhiro Shiota n’avait rien du profil du bottier classique. Fils de Tokyo, formé en Angleterre, il arrive en France pour se perfectionner dans le sur-mesure de luxe . « J’étais bien, en théorie. Le boulot était stable. Mais la crise du Covid a tout chamboulé, et l’atelier pour lequel je travaillais a fermé, » raconte-t-il. Face à l’incertitude, Yasuhiro, grimpeur depuis plus de dix ans, voit là un tournant possible. « J’avais une autre idée derrière la tête. À l’époque, il n’y avait quasiment pas de services de ressemelage de chaussons d’escalade en France. C’était un terrain vierge, à exploiter. » « J’avais une autre idée derrière la tête. À l’époque, il n’y avait quasiment pas de services de ressemelage de chaussons d’escalade en France. C’était un terrain vierge, à exploiter. » Le destin l’attendait à Fontainebleau, l’épicentre mondial de l’escalade de bloc. « Fontainebleau, c’est la Mecque, tous les grimpeurs y passent un jour ou l’autre. J’y allais tous les week-ends en train et en vélo. Et à force, je me suis dit : autant m’installer ici, faire quelque chose de concret pour les grimpeurs, » dit-il. En 2023, son atelier ouvre ses portes. Un endroit où on répare des chaussons ; mais aussi un lieu où l’on parle, on échange, on partage des récits d’escalade. Le ressemelage : art et défi quotidien Le quotidien de Yasuhiro est rythmé par le bruit des machines et l’odeur du caoutchouc chauffé. Chaque matin, il s’attaque aux paires préparées la veille. « Il y a toute une procédure à respecter. Je termine les paires laissées 24 heures pour que la colle prenne, puis je nettoie, enlève les anciennes gommes, prépare les nouvelles semelles. C’est répétitif, mais il faut que ce soit parfait à chaque fois, » explique-t-il avec précision. Mais loin d’être un simple ouvrier, Yasuhiro voit chaque paire de chaussons comme une prolongation de son propre art . « En travaillant, je pense à mes propres projets d’escalade. À chaque paire, je me dis : ‘Qu’est-ce que j’aimerais que ces chaussons apportent ? Comment je peux améliorer leur performance ?’ » En tant que grimpeur lui-même, il voit dans le ressemelage bien plus qu’un travail technique. « En travaillant, je pense à mes propres projets d’escalade. À chaque paire, je me dis : ‘Qu’est-ce que j’aimerais que ces chaussons apportent ? Comment je peux améliorer leur performance ?’ » Et cette réflexion, les clients la ressentent. Certains viennent avec des paires qui traînaient au fond d’un placard depuis des années , d’autres ramènent leurs modèles vintage, usés jusqu’à la corde. « Pour eux, chaque paire a une histoire. Et moi, j’essaie de la prolonger. » Éthique et écologie : prolonger la vie des chaussons Pour Yasuhiro, le ressemelage n’est pas seulement un métier, c’est aussi un acte militant . « Les chaussons d’escalade, c'est un gros budget, et ils s’usent à une vitesse folle. Si tu grimpes trois fois par semaine, ta paire n'est plus utilisable après trois mois. Le ressemelage, c’est un gain énorme pour le portefeuille des grimpeurs, et ça évite de jeter des tonnes de caoutchouc et de plastique, » explique-t-il. Le ressemeleur s’assure de travailler avec des matériaux de haute qualité, notamment des gommes officielles pour les modèles les plus populaires. « Ça me permet de garantir un bon résultat, surtout pour les chaussons les plus utilisés comme ceux de La Sportiva. » « Les chaussons contiennent des gommes, du plastique, toutes ces choses qui mettent des années à se décomposer. Alors, autant faire durer. » En prolongeant la durée de vie des chaussons, Yasuhiro contribue à un geste écologique significatif . « Ce que je fais, ce n’est pas parfait pour l’environnement, bien sûr, mais c’est toujours mieux que de jeter. Les chaussons contiennent des gommes, du plastique, toutes ces choses qui mettent des années à se décomposer. Alors, autant faire durer. Certains clients, je leur ressemelle les mêmes paires quatre, cinq fois ! Ça dépend de la qualité de la fabrication, de l'état dans lequel les chaussons arrivent à l'atelier, mais tant que c'est possible, je continue. » Indépendance : un choix de vie brut et sans compromis Le passage au statut d’indépendant n’a pas été facile pour Yasuhiro, mais c’était une décision mûrement réfléchie . « J’ai quitté un boulot où tout était stable. Chaque mois, tu reçois ton chèque, tu fais ton travail, tu rentres chez toi. C’est confortable, trop confortable même, » avoue-t-il sans détour. « À force, tu te retrouves enfermé dans une routine. Tu espères une augmentation, tu te bats pour des miettes… C’est là que tu te dis qu’il y a autre chose à vivre. » « Quand je travaille, je sais que chaque effort, chaque heure de travail, ça me revient directement. Ça te rend plus vivant, parce que tout ce que tu fais, c’est pour toi, pas pour quelqu’un d’autre. » Aujourd’hui, il gère tout, de l’artisanat aux papiers administratifs, en passant par la comptabilité . « Être indépendant, c’est jongler avec tout ça. Personne ne t’aide, et les mois ne se ressemblent jamais. Mais c’est ce qui me motive. C’est moi qui décide de tout : mon rythme, mes choix. Et c’est pour ça que je me lève le matin. » Pour Yasuhiro, l’indépendance est aussi un défi personnel, une manière de prouver qu’il est maître de son destin . « Quand je travaille, je sais que chaque effort, chaque heure de travail, ça me revient directement. Ça te rend plus vivant, parce que tout ce que tu fais, c’est pour toi, pas pour quelqu’un d’autre. » Dans cet atelier à taille humaine, où chaque coin est optimisé, Yasuhiro a su créer un espace à son image : « Mon atelier, c’est mon terrain de jeu. J’y ai mis mes machines, mais aussi mes instruments de musique et même un espace pour m’entraîner physiquement. Personne ne me dicte comment je dois l’aménager. Ça aussi c’est le luxe de l’indépendance. » Un pilier de la communauté de Fontainebleau Yasuhiro Shiota a choisi de s’ancrer au plus près de la communauté des grimpeurs. « Fontainebleau, c’est un carrefour pour les passionnés du monde entier. Je veux que cet atelier soit là pour eux, que ce soit une référence où ils peuvent réparer leurs chaussons au lieu de les jeter. » Pour lui, offrir un service de proximité, qui fait sens pour la communauté, est essentiel . « C’est un moyen pour moi de contribuer, à ma manière, à ce que les grimpeurs puissent profiter de leurs chaussons plus longtemps, sans gâchis. » Depuis son ouverture, l’atelier de Yasuhiro Shiota s’est imposé comme un repère pour ceux qui veulent allier passion et responsabilité. Avec ses machines, son expertise et son amour de l’artisanat, Yasuhiro a redonné ses lettres de noblesse à un métier peu connu mais essentiel. Un atelier où chaque chausson raconte une histoire, et où chaque client repart avec bien plus qu’une semelle réparée : une expérience, une part d’authenticité, et une bonne dose de liberté partagée. Cet article s’inscrit dans une série de portraits d’indépendants, initiée en collaboration avec Blank , la plateforme qui accompagne les freelances et entrepreneurs dans leur gestion financière. Blank propose un compte professionnel adapté aux indépendants, avec des outils pour simplifier leur quotidien : facturation, gestion des dépenses, cotisations et support dédié. L’objectif ? Libérer du temps aux indépendants pour se concentrer sur ce qui compte vraiment, tout en leur offrant la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour développer leur activité en toute sérénité.
- Alex Honnold : dans l’ombre des sommets, la lumière d’un homme
Il y a des noms qui dépassent les frontières de leur discipline, et Alex Honnold en fait indéniablement partie. Connu mondialement pour ses ascensions en solo intégral, il incarne autant l’audace que la maîtrise. Pourtant, ses confidences dans une récente interview pour The InnerView, une série dédiée aux conversations longues et fouillées, révèlent un Honnold moins connu . À travers cet échange, le grimpeur se livre sans détour sur ses choix de vie, ses réflexions intimes et ses engagements pour un monde en mutation. Si son ascension légendaire d’El Capitan en 2017 reste gravée dans la mémoire collective, cette discussion nous emmène bien au-delà des images de falaises vertigineuses. Entre les défis de la parentalité, son engagement écologique et la popularisation massive de l’escalade , Alex Honnold apparaît dans toute sa complexité. Un regard approfondi sur un homme dont la vie et les réflexions, comme ses ascensions, défient les normes. Un van pour quatre : l’aventure sous un autre angle Le van. Symbole d’un mode de vie minimaliste et nomade, il fut longtemps l’univers d’Alex Honnold. Pendant plus d’une décennie, il sillonnait les routes dans un véhicule spartiate, vivant pour grimper, dormir et repartir vers la prochaine paroi. Aujourd’hui, ce van raconte une autre histoire. Celle d’un père de famille qui partage désormais cet espace confiné avec sa femme et ses deux filles . « Rien à voir avec ma vie d’avant », résume-t-il. « Je grimpais, je me reposais, et le reste du temps, je faisais ce que je voulais. Maintenant, je suis constamment occupé avec les enfants. » « Voir leurs yeux s’émerveiller, c’est comme grimper pour la première fois » Cette nouvelle dynamique impose son lot de défis. Voyager à quatre transforme le moindre trajet en une expédition logistique . Pourtant, Alex Honnold n’y voit pas un renoncement mais une redécouverte. Explorer les mêmes parois avec ses filles, leur faire découvrir la magie des lieux qui l’ont façonné, c’est une autre forme d’ascension : celle du partage. « Voir leurs yeux s’émerveiller, c’est comme grimper pour la première fois », confie-t-il. La peur, cette vieille amie Quand on pense à Alex Honnold, la question de la peur revient immanquablement. Comment un homme peut-il affronter des parois gigantesques sans corde, là où chaque faux pas est fatal ? Et surtout : la paternité a-t-elle modifié son rapport au risque ? « Pas vraiment », affirme-t-il, presque désinvolte. « J’étais déjà effrayé par la mort avant d’avoir des enfants. Je le suis toujours. » « J’étais déjà effrayé par la mort avant d’avoir des enfants. Je le suis toujours. » Ce qu’Alex Honnold décrit, c’est une gestion méticuleuse du danger. Préparation exhaustive, répétition des mouvements jusqu’à ce qu’ils deviennent instinctifs, refus du moindre imprévu : sa méthode n’a pas changé. Ce qui a évolué, c’est son calendrier. Moins de grands projets lointains, davantage de grimpe en local, et une pratique moins fréquente . Non pas par peur, mais par nécessité. « Aujourd’hui, chaque ascension doit s’intégrer dans un équilibre familial. Mais l’essence reste la même : être sur la roche, en harmonie avec le lieu. » Voir le monde avec des yeux neufs En 2023, Alex Honnold s’est lancé dans une aventure atypique avec son ami de longue date, Tommy Caldwell. Ensemble, ils ont traversé l’Amérique à vélo pour atteindre le Devil’s Thumb, un sommet majestueux d’Alaska. Cette expédition a offert à Alex Honnold une prise de conscience saisissante . « J’ai réalisé à quel point j’avais une vision biaisée du monde. En tant que grimpeur, je fréquente des lieux préservés : des parcs nationaux, des montagnes isolées. Mais en traversant ces territoires à vélo, j’ai vu une Amérique exploitée, dégradée, où les communautés locales peinent à prospérer. » « Il m’a montré que nous avons encore beaucoup à faire, pour les paysages comme pour les communautés. » Cette expérience renforce un engagement qu’Honnold porte depuis longtemps. Avec la Honnold Foundation , il finance des projets solaires communautaires à travers le monde, liant justice sociale et préservation de l’environnement . « Quand on protège l’environnement, on protège aussi les gens qui en dépendent », insiste-t-il. Et ce voyage à vélo ? « Il m’a montré que nous avons encore beaucoup à faire, pour les paysages comme pour les communautés. » La popularisation de l’escalade : un paradoxe moderne Longtemps marginale, l’escalade est désormais partout : dans les salles, sur les écrans, aux Jeux Olympiques . Ce sport autrefois réservé à quelques initiés est devenu une industrie en pleine expansion. Si certains puristes redoutent une perte de son âme, Honnold y voit une opportunité . « Même si quelqu’un ne grimpe qu’en salle, c’est déjà une porte d’entrée vers quelque chose de plus grand. Et s’ils passent un jour à l’extérieur, ils vivront des expériences inoubliables en pleine nature. » Mais il n’ignore pas les paradoxes de cette massification. L’escalade devient un produit de consommation, standardisé et parfois vidé de sa substance. Pourtant, pour Honnold, l’essentiel demeure : « Plus il y a de grimpeurs, plus il y a de gens connectés à la nature. Et dans un monde où ces espaces sont menacés, c’est crucial. » Une icône qui interroge ses choix Que reste-t-il de l’Alex Honnold d’avant Free Solo, ce grimpeur solitaire prêt à défier la mort pour un moment de grâce sur une paroi ? Tout, et rien. Si ses priorités ont évolué, l’essence de son engagement demeure intacte. « Je grimpe toujours pour les mêmes raisons : parce que c’est un jeu, une joie. » « Si être connu me permet de vivre de ce que j’aime et d’avoir un impact positif, alors c’est un prix que je suis prêt à payer. » Dans cette conversation avec The InnerView, il apparaît lucide sur sa notoriété. « Si être connu me permet de vivre de ce que j’aime et d’avoir un impact positif, alors c’est un prix que je suis prêt à payer. » Pourtant, il reste clair : ce n’est pas la célébrité qui le définit, mais son rapport à la roche, à l’effort, et à la beauté des lieux qu’il explore . Un homme en quête de sens Alex Honnold n’est pas qu’un grimpeur hors norme. Il est aussi un père attentif, un militant engagé et un homme en constante évolution. À travers ses choix de vie, il pose une question fondamentale : pourquoi grimpons-nous ? Pour atteindre des sommets, ou pour le simple plaisir de nous élever ? Sa trajectoire, inspirée autant par les sommets que par les regards émerveillés de ses enfants, nous invite à y réfléchir.
- Straight 8s : une symphonie verticale en huit actes
Neil Gresham aurait pu se reposer sur ses lauriers après avoir dompté Lexicon, l’un des E11 les plus exigeants du Royaume-Uni. Mais l’exploit a laissé place à un vide qu’il peine à combler. « En escalade, je n’ai jamais manqué de motivation, mais depuis Lexicon, qui a été le projet le plus dur de ma vie, je me sens un peu perdu et en manque de focus, » confie-t-il. C’est en visionnant 24/8s, le film de Dave MacLeod sur un défi multidisciplinaire en Écosse, qu’il retrouve une direction . « J’ai toujours aimé explorer différents styles d’escalade, donc ça m’a vraiment parlé, » explique Neil. Inspiré, il élabore un défi taillé à sa mesure : boucler en 24 heures un bloc V8, une voie trad E8, une voie sportive 8a, un itinéraire de dry-tooling D8, et terminer par l’ascension de huit sommets des Wainwrights . « Pendant la préparation, j’ai ressenti le besoin de partager cette expérience avec un partenaire, quelqu’un qui partage ma vision, » raconte-t-il. C’est alors qu’il pense à Anak Verhoeven , grimpeuse belge de renom. Anak Verhoeven, hors de sa zone de confort Neil et Anak se sont rencontrés lors d’un rassemblement en Italie. « C’était sa première vraie expérience de l’escalade trad, et à la fin du week-end, elle a ouvert une E7. Elle s’est vraiment éclatée, » se souvient Neil. Lorsqu’il lui propose de participer à son défi, il ne s’attend pas à une réponse positive. « Ça sonnait comme une expérience unique, une chance qui ne se reproduirait pas. » « C’était tellement différent de ce que je fais d’habitude. Je n’avais jamais fait de dry-tooling, et en plus, je ne suis pas particulièrement bonne en randonnée sur de longues distances, » admet-elle. Pourtant, elle embarque dans l’aventure. « Ça sonnait comme une expérience unique, une chance qui ne se reproduirait pas. » Défi lancé : huit étapes d’une intensité folle Le jour J commence au Bowderstone , un site mythique du Lake District . Le premier objectif : un bloc V8. « Ce problème, c’est du pur board-style : surplombant, des petites prises bien crades, et des mouvements explosifs, » détaille Neil. Malgré un échauffement précipité, Neil plaisante sur ses habitudes : « C’est ce que je faisais en compétition : bâcler l’échauffement, me cramer, et après me faire détruire. » Anak, quant à elle, aborde le bloc avec curiosité et méthode, cochant rapidement l’objectif. « Cette traversée trempée, c’était horrible. Tes pieds glissent, tu essayes de les sécher à chaque mouvement. J’ai fini complètement cramé » L’étape suivante, une voie trad E8 à Iron Crag baptisée Way Out West , ajoute une couche de complexité. « Il y avait une traînée humide sur l’itinéraire, juste là où c’est le plus délicat, » raconte Anak. « C’est le genre de journée où, normalement, tu rentres chez toi, » ajoute Neil. Mais le duo persévère. « Cette traversée trempée, c’était horrible. Tes pieds glissent, tu essayes de les sécher à chaque mouvement. J’ai fini complètement cramé » confie Neil, soulagé d’en finir. Le timing devient serré lorsqu’ils atteignent Millside pour la voie sportive 8a. « Normalement, une 8a, c’est dans mes cordes. Mais après tout ce qu’on avait déjà fait, je ne savais pas combien il me restait dans le réservoir, » avoue Neil. Malgré la fatigue, les deux grimpeurs passent l’étape. Le dry-tooling, quatrième épreuve, représente un véritable joker. « J’en avais fait un tout petit peu, mais pour Anak, c’était une première, » précise Neil. « C’était tellement fun, » s’enthousiasme Anak. « J’avais la même sensation que quand j’ai fait du trad pour la première fois : un mélange d’excitation et d’appréhension. » L’épreuve finale : huit sommets à gravir Alors que la nuit tombe, les deux grimpeurs s’attaquent à la dernière partie : une randonnée nocturne à travers huit sommets des Wainwrights . Les conditions se dégradent rapidement. « Le vent était déchaîné. Chaque sommet semblait encore plus loin que le précédent, » raconte Neil. Anak, malgré son manque d’expérience en randonnée, s’accroche : « Je n’avais jamais marché aussi longtemps. Je ne savais pas comment j’allais tenir, mais je me disais juste : un pas après l’autre. » « Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait, mais c’était incroyable. Une expérience comme aucune autre. » Le dernier sommet, Holme Fell , est atteint juste avant la fin des 24 heures. « On était brisés, littéralement. Mais c’était aussi une satisfaction énorme. On avait réussi, » confie Neil. Anak, les yeux brillants de fatigue, partage ce sentiment : « Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait, mais c’était incroyable. Une expérience comme aucune autre. » Straight 8s : Un exploit collectif Au-delà de la performance, Straight 8s célèbre une collaboration singulière . « Escalader, c’est souvent un sport individuel, mais ce défi, c’était une vraie aventure d’équipe, » résume Neil. Pour Anak, cette expérience a été une révélation : « J’ai découvert des facettes de l’escalade que je n’aurais jamais explorées. Ça a été épuisant, mais aussi incroyablement enrichissant. » Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .
- Les grandes voix de Freissinières : portraits d’une montagne humaine
Quand on pense à la vallée de Freissinières, nichée au cœur des Hautes-Alpes, on imagine des falaises infinies, des vallons sauvages et des tentes éparpillées au gré des bivouacs estivaux. Mais pour ceux qui y participent, le rassemblement omnisport de la FSGT représente un terrain d’expression politique, espace de solidarité et laboratoire d’utopies . Et c’est précisément ce que capture le documentaire "Les Grandes Voix : un rassemblement sportif et militant", dont la première projection publique est prévue pour le 7 décembre prochain à Césure de Paris . Un film, plusieurs voix Derrière ce projet, une équipe passionnée composée de membres du service communication de la FSGT et d’un vidéaste professionnel. Le tournage a eu lieu cet été, sur les falaises et sentiers de Freissinières, et met en lumière six figures clés du rassemblement . Ces personnages, chacun à leur manière, incarnent les valeurs portées par cet événement : entraide, inclusion et engagement militant. « Ce sont des témoignages qui montrent ce que cela signifie, à un niveau personnel mais aussi politique, de s’investir dans un projet comme celui-là. » « On suit, par exemple, une copine dans une grande voie avec une collègue responsable de projets de solidarité », explique Yves Renoux, impliqué dans l’organisation du rassemblement. « Ce sont des témoignages qui montrent ce que cela signifie, à un niveau personnel mais aussi politique, de s’investir dans un projet comme celui-là. » La montagne comme espace politique Si le documentaire se concentre sur le rassemblement de Freissinières, ses thématiques résonnent bien au-delà de ce cadre. L’objectif ? Montrer que l’activité sportive peut être bien plus qu’un loisir . « C’est un documentaire sur la FSGT dans sa globalité, mais avec le rassemblement comme prisme », précise Yves. Et ce prisme offre une belle opportunité de questionner l’engagement politique au sein d’un cadre naturel qui inspire autant l’humilité que l’action collective. La production se distingue également par sa qualité technique : « On a pris le temps de travailler avec un pro, et ça se voit dans la fluidité des images et la richesse des séquences tournées. » s’enthousiasme Yves. Une projection accessible à toutes et tous Le film sera projeté pour la première fois à l’occasion du rassemblement des clubs montagne-escalade d’Île-de-France, un événement qui se veut inclusif et accessible . En effet, la projection est ouverte à toutes et tous à prix libre , soulignant l’engagement de la FSGT pour des activités qui ne soient pas réservées à une élite. « Est-ce qu’on risque d’être victime de notre succès ? Non, je ne crois pas », plaisante Yves. « On veut que tout le monde puisse venir, et si besoin, on sait s’adapter. L’idée, c’est que ce soit un moment de partage, comme le rassemblement lui-même. » Un avant-goût prometteur Avant cette grande première, une projection privée aura lieu la semaine prochaine pour les proches du projet , y compris la réalisatrice et quelques membres de l’équipe, afin d’apporter les ajustements nécessaires. « Si tu veux le voir avant, tu peux venir », nous propose Yves, toujours prêt à partager son enthousiasme. Ce premier visionnage permettra de peaufiner les détails, mais le message est déjà clair : ce documentaire s’annonce comme un hommage vibrant à l’esprit de Freissinières . À travers les témoignages des six protagonistes, "Les Grandes Voix" illustre l’impact d’un projet collectif sur ses participant(e)s. Et pour toutes celles et ceux qui connaissent le rassemblement, ce film sera sans doute une plongée nostalgique dans les valeurs qui en font un moment unique. Pour les autres, c’est une porte d’entrée parfaite pour découvrir cet événement à la croisée des chemins entre sport et militantisme. Avec ce documentaire, la FSGT donne à voir ce que peut être une communauté : un espace où les différences deviennent des forces, et où la montagne devient le terrain de jeu d’idées parfois aussi audacieuses que les grandes voies qu’on y grimpe. Un rendez-vous à ne pas manquer pour quiconque souhaite comprendre ce qui fait vibrer la montagne… et les cœurs. Pour participer à la projection prévue le 7 décembre à Paris, cliquez ici .
- Ebony Peaks : quand gravir une montagne devient un acte de résistance
À qui appartiennent les montagnes ? Posée comme ça, la question semble absurde. Les sommets n’appartiennent à personne, pas vrai ? Pourtant, à observer qui foule les glaciers, qui poste ces photos victorieuses au sommet d’un 4 000 mètres, une autre réalité s’impose : la montagne est un espace codifié. Les grimpeurs blancs, masculins et issus de milieux favorisés dominent l’imaginaire collectif . Le reste ? Invisibilisé. C’est là que la vidéo "Ebony Peaks | Challenging the Stereotype" frappe fort. Signée adidas TERREX, elle suit Maria, Hannah et Helen, trois femmes noires, dans leur tentative de gravir le Bishorn, un sommet alpin de 4 153 mètres . Initiée par Black Canary, un collectif berlinois, cette aventure est une réappropriation. Pour Tsellot Melesse, fondatrice de Black Canary, « Gravir une montagne, ce n’est pas seulement atteindre un sommet. C’est montrer que cet espace nous appartient aussi. » La montagne comme territoire élitiste Historiquement, l’alpinisme est une activité élitiste. Né dans les salons bourgeois du XIXe siècle, il s’inscrit dans une quête de domination – des sommets, mais aussi des cultures . Les expéditions coloniales pour atteindre l’Himalaya en sont l’illustration. En Europe, cette tradition se perpétue : équipements coûteux, culture sportive transmise au sein de familles favorisées… La montagne est restée un privilège. « Là où j’ai grandi, personne ne faisait de yoga ou de randonnée. Ce n’était pas accessible, » raconte Tsellot. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, les sports de plein air évoquent un monde étranger, réservé à une élite qui, à force de ne pas être contredite, a fini par s’imaginer seule légitime dans ces espaces. « Ce que j’aime dans la nature, c’est qu’elle ne fait pas de distinction. Alors pourquoi est-ce que nous en faisons ? » Le collectif Black Canary est né de cette fracture. À travers ses randonnées et expéditions, il propose une alternative : un groupe où la couleur de peau ou le genre ne sont plus des barrières. Pour Tsellot, l’objectif est clair : « Ce que j’aime dans la nature, c’est qu’elle ne fait pas de distinction. Alors pourquoi est-ce que nous en faisons ? » Gravir ses peurs, gravir ses montagnes L’expérience vécue par Maria, Hannah et Helen lors de l’ascension du Bishorn reflète cette ambition. « Je suis Maria. Je n’ai jamais gravi une montagne. » Cette phrase, simple et directe, résume à elle seule l’enjeu de cette aventure : transformer une première fois en acte politique . Pour Helen, cette confrontation avec la montagne est aussi une lutte intérieure. « Extérieurement, je marche sur du plat, mais intérieurement, je gravis constamment des montagnes. » Ces "montagnes invisibles", ce sont les stéréotypes, la peur de ne pas être à sa place , et ce sentiment, partagé par beaucoup, d’être toujours en train de devoir prouver quelque chose. Pour Maria, la peur est plus immédiate : « J’ai peur. Ça ne veut pas dire que je vais échouer, mais c’est important de le dire. » En alpinisme, un monde souvent marqué par l’injonction à la performance, cette sincérité est presque subversive. Quand l’épreuve devient collective Sur le terrain, les obstacles s’enchaînent. Le Bishorn, bien que classé parmi les "sommets accessibles", exige crampons, piolets et cordes. Les participantes, accompagnées par Suzanne, première femme guide de haute montagne en Suisse, découvrent un environnement rude, indifférent à leur fatigue ou à leurs doutes. Après quelques heures de marche, Helen verbalise ce que beaucoup n’osent pas dire : « C’est incroyable ce qu’on fait, et ça me suffit. Je n’ai pas besoin d’atteindre les derniers 200 mètres pour me sentir accomplie. » Une réflexion reprise par Maria : « Dire : ‘Je ne peux pas continuer’ et l’accepter, c’est bien plus fort que d’atteindre le sommet. » Ces moments de vulnérabilité partagée redéfinissent les codes du dépassement. La performance brute – atteindre ou non le sommet – s’efface devant l’expérience collective, marquée par la solidarité et l’écoute. Le sommet comme métaphore À travers la vidéo Ebony Peaks, une autre vision de la montagne émerge . Les glaciers ne sont plus des espaces de domination, mais des terrains d’émancipation. Cette approche casse les codes d’un alpinisme élitiste, tourné vers l’exploit individuel, pour valoriser la diversité et l’inclusion. Ce message est amplifié par le collectif Black Canary, qui cherche à inspirer d’autres parcours. « Si elles y arrivent, alors moi aussi, » résume une participante dans le film. Derrière cette phrase, une ambition : ouvrir la montagne à celles et ceux qui ne s’y voient pas représentés . Une conclusion ouverte : revendiquer sa place L’ascension du Bishorn ne se termine pas par une photo classique au sommet. Et c’est justement ce qui la rend marquante. Pour Helen, cette aventure a été libératrice : « Nous voulions vibrer, profiter, et ne pas nous sentir obligées d’atteindre absolument le sommet. C’était libérant. » Maria, elle, y voit une promesse d’avenir : « Je reviendrai. Et cette fois, je ferai l’ascension complète. » Car au fond, cette aventure dépasse la simple notion de performance sportive. Elle raconte une histoire de courage, de solidarité et de réappropriation . La montagne devient un espace où se redéfinir, un lieu où tout le monde a sa place. Ebony Peaks, disponible sur YouTube, est un manifeste pour un alpinisme à hauteur d’humanité. « Gravir une montagne, c’est bien plus qu’un sommet, » conclut Tsellot. « C’est revendiquer sa place. » Ces articles peuvent aussi vous intéresser : Brown Girls Climb : Un mouvement pour plus de diversité dans l'escalade Quand l'univers du skate rencontre celui de la grimpe Sister Chacha, entre rochers et résilience Femmes en Montagne, le festival qui célèbre l'excellence féminine en altitude
- Himalaya à vendre : l’alpinisme à l’ère du selfie
Lors du Festival International du Film et du Livre d’Aventure (FIFAV) de La Rochelle, nous avons eu la chance de rencontrer François Carrel, journaliste et auteur de Himalaya Business (éditions Guérin), un ouvrage percutant qui plonge dans les coulisses d’un Himalaya méconnu, celui du tourisme de luxe et des expéditions calibrées comme des produits . Dans le cadre de cette 21e édition du FIFAV, son regard acéré sur l’industrialisation de l’Himalaya a résonné avec un public déjà ému par les récits d’aventure authentiques projetés tout au long de la semaine. Ce livre ne laisse pas indifférent : il questionne, dérange, et surtout, fait réfléchir. Voici une plongée dans cet échange sans concessions. « Les Népalais ne sont pas là pour faire de la performance, ils sont là pour bosser » La première question que soulève Himalaya Business, c’est celle de la place des Népalais dans cette transformation du tourisme de haute altitude . Pendant des décennies, les agences occidentales ont verrouillé ce marché. Ce temps est révolu. « Les Népalais ont compris qu’il fallait prendre leur revanche, explique François Carrel. Ils ont adopté les techniques inventées par les guides occidentaux et les ont poussées à leur maximum d’efficacité. » « On est dans un des pays les plus pauvres du monde. Les Sherpas ne cherchent pas la reconnaissance. Ils cherchent à gagner leur vie. » Pour les Népalais, il ne s’agit pas de conquérir des sommets en quête de gloire personnelle, mais de pragmatisme. « On est dans un des pays les plus pauvres du monde. Les Sherpas ne cherchent pas la reconnaissance. Ils cherchent à gagner leur vie et à faire carrière. Ils sont devenus des travailleurs d’altitude, des experts en logistique, et ce sont eux qui tiennent aujourd’hui les rênes de ce business. » Ce modèle, porté par une génération ambitieuse et formée sur le tas, incarne une transformation profonde . Parmi ces figures montantes, Nirmal Purja – alias Nims – est un symbole. « Ce qui est fascinant avec Nims, c’est qu’il n’est pas Sherpa, pas alpiniste de base, et pourtant il a appris des meilleurs. Aujourd’hui, il est à la tête de sa propre agence et représente cette nouvelle vague de patrons d’agences népalaises qui bâtissent des fortunes. » L’Himalaya, produit de luxe garanti « réussite » L’Himalaya, autrefois sanctuaire des aventuriers, est devenu un terrain de jeu pour ceux qui peuvent payer . Et les agences népalaises l’ont bien compris. « Les gens déboursent 50 000, 100 000, voire 200 000 dollars pour atteindre un sommet. Mais ce qu’ils achètent, ce n’est pas une aventure, c’est une réussite. » Cette transformation a tout changé. « Sur les 8000 mètres, tout est préparé : cordes fixes, oxygène, itinéraire balisé. Même les treks d’approche, qui étaient une initiation, ont disparu. » François Carrel cite l’exemple du Manaslu, où les expéditions commencent directement au camp de base, en hélicoptère. « Ce qui faisait l’essence de l’himalayisme – la marche, l’acclimatation progressive – a disparu au profit d’un tourisme déconnecté, totalement hors-sol. » « À Katmandou, certaines agences proposent des allers-retours en hélicoptère au camp de base de l’Everest. Une journée suffit pour ‘vivre l’expérience’. Vous posez un pied sur place, prenez un selfie, et repartez. » Et ce hors-sol ne s’arrête pas là. « À Katmandou, certaines agences proposent des allers-retours en hélicoptère au camp de base de l’Everest. Une journée suffit pour ‘vivre l’expérience’. Vous posez un pied sur place, prenez un selfie, et repartez. L’émotion reste intacte, mais elle est vidée de tout son sens. » « 100 % de réussite, mais à quel prix ? » Ce système repose sur une organisation militaire, presque infaillible. « Aujourd’hui, les meilleures agences népalaises assurent un taux de réussite de 100 %. Si elles emmènent 15 clients, elles garantissent que 14 arriveront au sommet. Mais où est l’exploit ? » Cette obsession du résultat vient au détriment de l’autonomie, qui est pourtant l’essence même de l’alpinisme . « L’alpinisme, c’est savoir renoncer. C’est choisir son itinéraire, porter son matériel, assumer l’échec. Aujourd’hui, tout est décidé pour vous. Les clients ne choisissent même plus leur moment de départ. » « Un jour, il y aura un gros carton. Quand 400 personnes sont sur une même voie à 8000 mètres, il suffit d’un grain de sable pour que tout s’effondre. » François Carrel met en lumière un autre point troublant : le manque de formation des guides. « Sur les 3000 guides et porteurs de haute altitude, seuls une centaine ont suivi une formation agréée au niveau international. Le reste apprend sur le tas. » Si tout se passe bien, ce système fonctionne. Mais que se passe-t-il en cas de tempête, de rupture de cordes fixes ou d’oxygène ? « Un jour, il y aura un gros carton. Quand 400 personnes sont sur une même voie à 8000 mètres, il suffit d’un grain de sable pour que tout s’effondre. » Une émotion fugace qui remplace l’aventure Les récits des pionniers de l’Himalaya, comme celui de Pierre Mazeaud dans Everest 78, rappellent une époque où l’approche de la montagne faisait partie intégrante de l’expérience. « Mazeaud décrit l’émotion de voir l’Everest pour la première fois après trois semaines de marche. Aujourd’hui, cette émotion est remplacée par un survol en hélicoptère et une photo prise en deux minutes. » Cette marchandisation a des conséquences bien réelles pour les populations locales . « Dans certaines vallées, les habitants se révoltent contre la multiplication des hélicoptères. Ils n’ont pas accès à des évacuations sanitaires, alors que des touristes sont déposés chaque jour dans leurs villages. » « L’Himalaya n’est plus un mythe, mais un produit » Pour François Carrel, l’Himalaya ne devrait plus être vu comme le sommet de l’aventure . « Le mythe des 8000 est aujourd’hui sévèrement obscurci. Les voies normales sont devenues des autoroutes. Ce n’est plus de l’alpinisme, c’est du tourisme. » Mais l’auteur refuse de condamner ce système. « Tant mieux pour les Népalais, qui ont réussi à construire une économie autour de cela. Mais il faut arrêter de parler d’exploit. Il faut être honnête avec ce que c’est devenu. » Alors, où se trouve encore l’aventure ? « Elle est ailleurs. Dans les sommets vierges, les faces jamais gravies. Là, il y a encore une véritable aventure à vivre. Mais cela demande de sortir des sentiers battus, de renoncer à la gloire facile des 8000. » Une invitation à repenser l’alpinisme Himalaya Business n’est pas un réquisitoire. C’est une invitation à réfléchir. À remettre en question notre fascination pour un Himalaya qui a perdu son âme . « L’autonomie, l’économie de moyens, le respect des populations locales, voilà ce qui doit redevenir central. » Parce qu’au-delà des selfies et des records, l’Himalaya mérite mieux que d’être réduit à un simple produit de luxe. Interview réalisée par Guillaume Guémas et article rédigé par Pierre-Gaël Pasquiou. Pour retrouver l'intégralité de l'échange : Pour se procurer "Himalaya Business" de François Carrel, cliquez ici .
- Les Grips : 10 raisons de venir vibrer à Montbéliard
Les 14 et 15 décembre, Montbéliard devient le cœur battant de l’escalade mondiale. Pour la première fois, l’Axone, une salle connue pour ses concerts à grand spectacle, se transforme en un théâtre vertical où 40 grimpeurs et grimpeuses internationaux repousseront les limites du possible. Entre adrénaline brute, blocs d’anthologie et ambiance électrique, Les Grips ne jouent pas les demi-mesures . Si vous cherchez une raison de vous déplacer, en voici dix. Mais soyons honnêtes : une seule suffit. Parce que c’est LE rendez-vous grimpe de l’année. 1. Une compétition taillée comme un spectacle Ici, pas de place pour les compétitions aseptisées ou les formats poussiéreux. Chaque moment a été pensé pour mettre le feu, du premier bloc des qualifications jusqu’au dernier mouvement des finales. Les Grips, c’est du sport, oui, mais surtout du grand spectacle. 2. Un casting XXL Tomoa Narasaki, Brooke Raboutou, Mejdi Schalck, Hannah Meul… Et ce n’est qu’un échantillon. 40 athlètes parmi les plus cotés, aux styles et approches variés, se retrouvent à Montbéliard pour une compétition qui fera date. Les Grips n’ont pas juste invité, ils ont trié sur le volet. 3. Les meilleurs ouvreurs au service du show Avec Pierre Broyer , Rémi Samyn, Gen Hirashima et Manuel Hassler aux commandes, chaque bloc sera un casse-tête physique et mental. Leur mission ? Faire exploser les limites des grimpeuses et grimpeurs, mais aussi tenir le public en haleine. 4. Une ambiance sous haute tension Trois DJs, une sono qui claque, des lumières calibrées pour sublimer chaque instant. Ce n’est pas une compète, c’est une arène. L’objectif : faire vibrer les murs de l’Axone et tous ceux qui s’y trouvent. 5. Un programme calibré pour vous scotcher Deux jours, deux temps forts : qualifications le samedi, finales le dimanche. Entre les deux, vous avez carte blanche pour profiter du marché de Noël de Montbéliard ou du village des grimpeurs, bourré d’animations. Une pause ? Juste ce qu’il faut pour recharger les batteries avant le grand final. 6. Une diversité qui claque Des pointures japonaises comme Tomoa Narasaki ou Miho Nonaka, des grimpeurs français comme Naïlé Meignan et Sam Avezou, des talents européens et américains… Les Grips, c’est un melting-pot de techniques et de styles. Une belle vitrine pour l’escalade à l’international. 7. L’Axone : un écrin inattendu Ici, pas de falaises ou de salles d’escalade traditionnelles. L’Axone, habituée aux foules de concerts, change de costume pour devenir une arène verticale où chaque grimpeur aura l’impression de jouer sa vie. Juste épique. 8. L’escalade comme vous ne l’avez jamais vue Avec le boom post-JO, l’escalade cherche son nouveau souffle. Les Grips l’ont trouvé : un mélange explosif de compétition, de spectacle et de pure adrénaline. Si vous aimez les sports qui décoiffent, c’est ici que ça se passe. 9. Une ambiance qui mêle tous les publics Grimpeurs acharnés ou simples curieux, chacun trouvera sa place. Le village des grimpeurs, les animations, la proximité avec les athlètes… Les Grips ouvrent les portes d’un univers fascinant à tout le monde. 10. Des places à prix cassé Vertige Media vous gâte : 15 % de réduction sur vos billets avec le code VM12C . Une bonne raison de plus de ne pas rester sur la touche. Alors, prêt(e) à entrer dans l’arène ? Réservez vos 14 et 15 décembre 2024 et préparez-vous à vivre deux jours d’escalade comme jamais. Suivez Les Grips sur Vertige Media pour des interviews exclusives et toutes les coulisses de cet événement explosif.
- Caroline Ciavaldini : « Être parent et grimpeur, c’est apprendre à tout réinventer »
Caroline Ciavaldini n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure. Grimpeuse professionnelle, elle a passé sa vie à poursuivre l’excellence. Mais à presque 40 ans, tout a changé. Devenir mère l’a forcée à repenser ses priorités, sa manière de grimper, et même sa définition de la réussite . Dans Kindness , son dernier court-métrage présenté au festival Femmes en Montagne , elle raconte comment elle a appris à concilier passion, performance et parentalité. Une réinvention radicale. « Être heureux tous les jours : facile à dire, infernal à faire » « La règle numéro un, c’est que je dois être heureuse tous les jours. Ça paraît idiot, mais ça m’a changé la vie. » Pour Caroline, cette décision a été une révolution. « Avant, je pensais qu’il fallait en baver pour réussir. Pleurer après une compète ratée, hurler au pied d’une falaise, ça faisait partie du jeu. Mais quand tu deviens parent, ce n’est plus possible. Je ne veux pas que mes enfants voient ça. » Elle raconte ces scènes qui appartiennent à une autre époque : « J’ai des souvenirs de grimpeurs qui jettent leurs chaussons dans les bois après un mauvais essai. Ou moi, pleurant une semaine entière parce que j’avais raté une coupe du monde. Quand tu es seule, ça passe. Mais tes enfants ? Je ne veux pas qu’ils grandissent avec ça comme modèle. » Un retour sur "Le Voyage" et un apprentissage de soi Kindness suit Caroline sur Le Voyage, une voie mythique de 38 mètres située à Annot , ouverte par son compagnon James Pearson . Une ligne qu’elle avait déjà tenté sans succès avant de devenir mère. « Quand Zoélie est née, j’ai voulu relever ce défi. Mais je savais qu’il fallait tout faire différemment. » « Ils voient quelqu’un qui persévère sans frustration. Qui ne se laisse pas abattre. J’espère qu’ils retiendront ça. » Changer d’approche a été un vrai défi. « Avant, si une journée d’essais était mauvaise, je passais ma soirée à m’en vouloir. Aujourd’hui, je me bats même dans les mauvais jours. Je me demande toujours : Comment tirer le meilleur d’un mauvais jour ? Parfois, ça veut juste dire bien grimper sur des sections faciles. Mais à la fin de la journée, je peux être fière de moi. » Et ses enfants ? Ils apprennent en la regardant. « Ils voient quelqu’un qui persévère sans frustration. Qui ne se laisse pas abattre. J’espère qu’ils retiendront ça. » La parentalité, entre illusions et réalités Devenir parent a obligé Caroline et James à revoir complètement leur pratique. « On était pleins d’illusions. On imaginait grimper avec un porte-bébé. Même le hissage, on l’a envisagé. Complètement débile. Un enfant, ça ne dort pas dans un sac de hissage, et tu ne peux pas lever les bras en portant un bébé. » Elle rit en repensant à ces projets irréalistes, mais reconnaît que l’ajustement a été brutal. « Maintenant, on est flexibles. Fini les journées à huit longueurs. Moi, je grimpe seule parfois, en bloc ou même en auto-assurage. C’est une pratique que je n’aurais jamais envisagée avant. Mais ça marche. » Elle se souvient de l’Éthiopie, où ils sont partis avec leur fils Arthur alors qu’il avait un an. « On avait embarqué les grands-parents pour nous aider. On grimpait sur du caillou pourri toute la journée, et le soir, ils nous refilaient le bébé. Il ne dormait pas à cause des épices, du décalage, et de l’inconfort. On n’a pas fermé l’œil pendant une semaine. C’était héroïque... mais on était contents. » « La compétition ? Je n’en veux pas pour mes enfants » Si l’escalade reste une passion centrale, Caroline est plus critique envers la compétition . « Arthur a presque six ans, et c’est l’âge où tu commences à poser les bases pour aller loin. Mais moi, je ne suis pas sûre de vouloir ça pour eux. La compétition, c’est apprendre à écraser. Ça ne colle pas avec nos valeurs. » Elle questionne ce qu’on lui a inculqué. « On te dit que pour être excellent, il faut oublier les autres. Mais moi, je veux transmettre l’empathie à mes enfants. Et pour ça, il faut montrer autre chose. » Elle cite l’exemple de grimpeurs poussés très jeunes, comme Ashima Shiraishi. « Pour certains, l’escalade devient un boulot dès l’enfance. Ça, je n’en veux pas. Je veux que mes enfants choisissent leur chemin, sans pression. » « L’escalade c’est pas comme se brosser les dents, c’est pas obligatoire. » Caroline revient sur le quotidien d’un parent grimpeur. Un quotidien souvent absurde, où tout se mélange . « Nos enfants ne savent pas que notre vie n’est pas normale. Arthur il a presque 6 ans, je ne suis pas sûr qu’il ait compris que l’escalade c’est pas comme se brosser les dents, c’est pas obligatoire. » Elle rit, mais derrière cette anecdote se cache une vérité plus profonde. « Je veux qu’ils comprennent qu’ils ont le droit de ne pas grimper. Que ce n’est pas une obligation. Mais pour eux, ça reste flou. Grimper, c’est notre travail. Mais c’est aussi notre plaisir. » Émotions, discussions, et progrès Dans leur couple, cette manière de vivre l’escalade est un sujet constant de discussion . « James est anglais, donc il vient d’une culture où les émotions, ça ne s’exprime pas. Moi, je hurle. Je viens des îles, c’est comme ça. Nos enfants voient ces deux extrêmes, et on essaie de leur donner des clés pour comprendre leurs propres émotions. » « On progresse encore, même à 40 ans. » Elle évoque les ajustements permanents. « On progresse encore, même à 40 ans. James aime dire que je l’influence, parce que ça va à l’encontre des clichés sur les rapports de force dans un couple. Mais au final, c’est une progression mutuelle. » La leçon de Kindness : réinventer sans renoncer Caroline conclut avec une sincérité nécessaire. « Si tu crois que tu vas devenir parent et continuer à grimper comme avant, tu rêves. Mais si tu acceptes de changer, tu peux faire des choses incroyables. » « Être parent, ce n’est pas une limite. C’est une opportunité de réinventer ta manière de grimper. » Dans Kindness, elle livre cette leçon de vie : « Être parent, ce n’est pas une limite. C’est une opportunité de réinventer ta manière de grimper. Mais ça demande de la flexibilité, et une bonne dose de bienveillance envers soi-même. » Et cette bienveillance, c’est son mantra. « Être heureuse tous les jours. C’est simple sur le papier. Mais c’est le plus grand défi que je me sois imposé. »












