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  • Portrait : Oriane Bertone

    © Red Bull Née le 10 mars 2005 à Nice, Oriane Bertone découvre l'escalade à l'âge de 8 ans sur l'île de La Réunion, où elle s'installe avec sa famille en 2009. Très vite, elle se distingue par une progression fulgurante qui la propulse sur le devant de la scène internationale.​ Dès ses débuts, Oriane impressionne par ses réalisations en bloc. À 12 ans, elle devient la plus jeune personne à réussir un bloc coté 8B+ avec " Golden Shadow " à Rocklands, en Afrique du Sud.  Cette performance exceptionnelle la place immédiatement parmi les grimpeuses les plus prometteuses de sa génération. En 2019, Oriane remporte les titres de championne du monde jeune en bloc et en difficulté, confirmant ainsi son potentiel exceptionnel.  Elle fait ses débuts en Coupe du monde senior en 2021, décrochant une médaille d'argent lors de l'étape de Meiringen, en Suisse, à seulement 16 ans.  En 2023, elle franchit une nouvelle étape en remportant sa première victoire en Coupe du monde de bloc à Prague, devançant la championne olympique Janja Garnbret. Sélectionnée pour représenter la France aux Jeux olympiques de Paris en 2024 , Oriane participe à l'épreuve combinée bloc-difficulté. Malgré une préparation intense, elle termine à la 8ᵉ place, une expérience riche en enseignements pour la suite de sa carrière.  En 2025, Oriane continue de briller sur la scène nationale en conservant son titre de championne de France de bloc lors des championnats organisés à Anse .  Sa détermination et sa passion pour l'escalade la poussent à repousser sans cesse ses limites, tant en compétition qu'en falaise, où elle s'attaque à des voies de plus en plus exigeantes.​

  • Joseph Vallot : un savant au sommet du Mont-Blanc et de son époque

    Les milliardaires d’aujourd’hui envoient des fusées dans l’espace et se prennent pour des pionniers. Joseph Vallot, lui, montait sur un glacier avec une tente et une idée en tête : prouver que la science pouvait survivre là où les hommes peinaient à respirer . À la fin du XIXᵉ siècle, quand l’altitude relevait encore plus de l’aventure que de la recherche, il choisit le Mont-Blanc comme laboratoire, convaincu que la meilleure façon de comprendre un environnement, c’est d’y vivre. Botaniste, géologue, météorologue, physiologiste, glaciologue, Vallot coche toutes les cases du savant touche-à-tout. Curieux jusqu’à l’obsession, pragmatique jusqu’à la démesure, il incarne l’explorateur-scientifique dans toute sa splendeur : un mélange de rigueur et de folie, de méthode et d’audace. Un homme capable d’investir une fortune pour hisser un observatoire à 4 350 m d’altitude et, dans la foulée, d’imaginer un funiculaire pour que les alpinistes puissent monter plus vite. Un cerveau en ébullition, un corps en altitude, et une existence entière dédiée à comprendre un monde qui se dérobe. Éliane Patriarca, journaliste spécialiste de l’environnement et des sciences de la montagne, exhume la trajectoire fascinante de ce pionnier oublié dans Joseph Vallot, l’histoire méconnue d’un savant alpiniste  (Glénat, 2025) . Un ouvrage qui tombe à pic, alors que 2025 marque le centenaire de sa mort et que son légendaire observatoire du Mont-Blanc s’apprête à entrer dans une nouvelle ère sous l’impulsion du CREA Mont-Blanc. Un laboratoire sur le toit de l’Europe Là où certains voient un décor, Vallot voit un terrain d’expérimentation. En 1887, il monte au sommet du Mont-Blanc et y plante sa tente. Trois nuits à 4 800 mètres, sans abri ni oxygène. Une folie ? Un pari scientifique. Il prouve que l’homme peut non seulement survivre en haute altitude, mais aussi y travailler. Dès lors, il lui faut un observatoire.  Construire à plus de 4 000 mètres à la fin du XIXᵉ siècle, c’est un exploit insensé : chaque poutre, chaque pierre, chaque clou doit être monté à dos d’homme ou de mule . Mais Vallot n’a pas le goût du confort, seulement celui de la recherche. En 1890, le premier laboratoire d’altitude d’Europe voit le jour. Il y mène des recherches pionnières sur l’impact de l’altitude sur le corps humain et sur l’héliothérapie , convaincu que le soleil pourrait bien être un remède sous-estimé. Il y passe plus de trente étés, persuadé que la science ne se fait pas derrière un bureau, mais sur le terrain, là où le vent glace les idées toutes faites. Joseph Vallot n’est pas qu’un scientifique, c’est un bâtisseur. Il comprend avant l’heure que l’alpinisme et la recherche ne peuvent exister sans infrastructures . Il imagine un funiculaire jusqu’à l’aiguille du Midi, pose les bases d’un tourisme scientifique avant même que l’idée n’existe. Explorer, observer, comprendre et transmettre : pour lui, tout se tient. Un engagement scientifique jusqu’au dernier souffle Vallot n’est pas seul dans cette obsession. Son père Émile et sa femme Gabrielle soutiennent ses recherches, mais l’altitude, aussi noble soit-elle, use les amours terrestres. Gabrielle finit par le quitter. C’est sa fille, Madeleine, qui prendra le relais, l’accompagnant jusqu’au bout. Il y laisse sa santé, son argent, et un peu de son temps, mais jamais son feu intérieur. Il travaille jusqu’à son dernier souffle, toujours animé par la même frénésie de savoir qui l’avait mené du Languedoc à Paris, puis de Paris aux glaces du Mont-Blanc . Éliane Patriarca : une plume engagée au service d’un savant oublié Si Vallot a disparu des radars, c’est peut-être parce qu’il appartenait à une époque où la science n’était pas encore une marque personnelle.  Éliane Patriarca s’empare de son histoire avec un véritable travail d’enquête, un style limpide et une capacité à faire revivre les figures oubliées . Ancienne journaliste à Libération, où elle a couvert les grandes problématiques environnementales (pollution aux pesticides, catastrophe de l’amiante, réchauffement climatique en montagne), elle est aujourd’hui indépendante. Son CV littéraire reflète une fascination constante pour la montagne et l’exploration, qu’il s’agisse de ses paysages, de ses mutations écologiques ou des figures qui l’ont traversée. Menace sur Saint-Gervais  (Catapac Éditions, 2010) Participation à Mythologies alpines  (JMÉditions, 2012) Coordination de Du souffle dans les mots : 30 écrivains s’engagent pour le climat  (Arthaud, 2015) Co-rédaction de L’Atlas de botanique poétique  avec Francis Hallé (Arthaud, 2016) Avec Joseph Vallot, l’histoire méconnue d’un savant alpiniste , elle tisse un récit à la fois rigoureux et captivant , où la montagne devient un laboratoire, et où la quête de savoir se vit comme une expédition. L’Observatoire Vallot, un héritage toujours vivant Si son nom évoque aujourd’hui un refuge en altitude connu de tous les alpinistes, l’Observatoire Vallot reste avant tout le symbole d’un engagement indéfectible envers la science et l’exploration de montagne . En septembre 2024 , la première pierre d’un projet ambitieux a été posée à Chamonix : transformer l’Observatoire en un tiers-lieu de l’écologie alpine. Le CREA Mont-Blanc, héritier de l’esprit visionnaire de Vallot, y mène des recherches sur l’évolution de la biodiversité et du climat en haute altitude . Un nouveau laboratoire de 90 m², écoconçu, verra bientôt le jour. Le chalet Vallot sera rénové, un jardin scientifique aménagé, et l’observatoire deviendra un lieu où chercheurs, alpinistes et citoyens pourront échanger sur les mutations du climat. Le projet est financé à hauteur de 1,2 million d’euros, avec le soutien du Conseil départemental de la Haute-Savoie, de la Fondation du Patrimoine (via la mission Patrimoine en Péril de Stéphane Bern), de la Fondation de France et de mécènes privés. Un savant d’hier pour les enjeux d’aujourd’hui Pourquoi s’intéresser à Joseph Vallot aujourd’hui ? Parce que son travail sur les glaciers et le climat est d’une actualité brûlante . À l’heure où les neiges éternelles du Mont-Blanc fondent plus vite que les illusions d’un monde durable, son obsession pour la compréhension des phénomènes naturels résonne avec une urgence nouvelle. Joseph Vallot, l’histoire méconnue d’un savant alpiniste  est un livre d’histoire, mais c'est surtout une plongée dans une époque où la science exigeait du terrain, du temps et du courage. Disponible au éditions Glénat, collection Hommes & montagnes.

  • France 3 met en lumière la journée de détection en para-escalade à Climb Up Aubervilliers

    Le 23 novembre dernier, ClimbUp Aubervilliers n’était pas seulement un refuge pour grimpeurs en quête de sensations. Ce jour-là, la FFME organisait une journée de détection en para-escalade , un moment clé pour l’avenir de la discipline en France. À cinq ans de Los Angeles 2028 , où l’escalade fera son entrée aux Jeux Paralympiques , il s’agit de repérer les futurs athlètes, d’élargir la base de sélection et de structurer un collectif compétitif. © France TV Parce qu’aujourd’hui, certaines catégories de handicap manquent encore cruellement de grimpeurs . Et sans émulation, difficile de progresser. L’objectif est donc double : donner une chance à ceux qui rêvent du haut niveau et construire une équipe nationale capable de tenir tête aux meilleures nations. France 3, présent sur l’événement, a mis en avant cet enjeu : détecter, accompagner, préparer. L’escalade est un sport où la marge de progression est énorme, et si certains se voient déjà aux Jeux de Los Angeles, d’autres ont encore tout à construire. Mais le message est clair : l’aventure est ouverte à toutes et tous, à condition d’avoir l’envie et de s’en donner les moyens. Jusqu’où grimper ? Les journées de détection ne sont qu’un premier filtre. Elles permettent d’identifier les profils, de tester les aptitudes physiques et techniques, et de voir qui est prêt à s’investir sur le long terme. L’escalade demande un engagement total, et le para-sport encore plus : il ne s’agit pas seulement de grimper, mais de le faire avec un corps qui impose ses propres défis . Force, équilibre, vision, adaptation : chaque athlète doit composer avec ses propres limites… et les dépasser. Pour les plus affûtés, la suite est déjà tracée : les Championnats de France en mars, où les prétendants sérieux pourront se mesurer aux meilleurs. Un passage obligé pour espérer intégrer l’équipe nationale. Pour les autres, la réflexion continue. © France TV Un collectif en construction Si l’escalade paralympique est encore en pleine structuration en France, elle avance. Mais pour exister sur la scène internationale, il faudra plus qu’une poignée d’athlètes motivés. La FFME le sait : sans densité, sans confrontation, pas de grand avenir. Les prochains mois seront donc décisifs pour voir qui franchira les étapes, qui accrochera son nom sur la liste des sélectionnés, et qui sera encore là en 2028. D’ici là, une question reste en suspens, glissée par France 3 comme un défi : Pourquoi pas moi ? Pour voir le replay, cliquez ici .

  • La France a un incroyable talent : les frères Ladevant

    Chaud Ladevant ! En se plaçant encore en haut du classement des championnats du monde à Longmont (USA), les frangins viennent d’asseoir un peu plus leur palmarès en compétition d’escalade sur glace. Ultra-dominateurs de leur discipline, Tristan, 26 ans et Louna, 24 ans, ont bien plus que les podiums internationaux en partage. Interview fleuve de deux frangins dans le vent, où l’on navigue entre enfance sauvage, précarité et relation fusionnelle. © Les frères Ladevant Votre histoire, c’est avant tout celle d’une relation fusionnelle…   Louna :  Oui, tout à fait. C’est rare que l’on se présente de manière séparée. Avec Tristan, on se considère vraiment comme une équipe. Chaque victoire, chaque médaille, chaque projet, c’est vraiment nous deux qui les portons. Et les bénéfices de ces performances, quels qu’ils soient, sont aussi pour nous deux. Tristan : Je pense que c’est dû à notre éducation : on a toujours veillé l’un sur l’autre. Il était donc logique que notre vie continue dans ce sens. Cela nous permet de désindividualiser beaucoup de choses : les blessures, les performances, les temps d’absence. Vu de l’extérieur, c’est « les frères Ladevant ». On mutualise aussi les démarches, les budgets. Et puis, on s'entraîne constamment ensemble. C’est une vraie émulation  d’avoir toujours quelqu’un pour te pousser quand t’as du mal à avancer, qui connaît la personne que tu es, ce dont tu es capable, et qui ne va pas te mentir comme on peut parfois le faire à soi-même.   L’enfance des frères Ladevant, elle a ressemblé à quoi ?   Tristan :  On a beaucoup voyagé en France quand on était petits. À une période, on a même vécu dans une yourte posée en montagne. D’abord de manière très isolée, puis un peu moins quand les contraintes de la vie nous ont rapprochés de la ville. On n’avait pas l’eau courante, pas l’électricité. Et l’hiver, la yourte n’était pas accessible par la route.   Louna :  On a beaucoup été scolarisés à domicile. Même si on faisait souvent des sauts dans des établissements, en y restant un an, parfois moins. Notre mère nous laissait la liberté d’aller dans le public ou de faire l’école à la maison. Être scolarisé à domicile, c’était des avantages de fou. On était super efficace donc on gagnait un temps énorme qui nous permettait de faire plein d’autres choses. © UIAA « Cette envie d’excellence a toujours été présente. Comme s’il y avait une revanche à prendre. On vient d’un environnement social peu aisé. Ça a même été la grosse galère. » Tristan : On n’était pas mauvais à l’école, en plus. Donc ça facilitait aussi les choses. Les principes  de société, on les trouvait ailleurs, avec les clubs sportifs et les cours de musique. On n’était pas isolés chez nous à voir personne. On a tout de même passé beaucoup de temps dehors à faire des cabanes et des bêtises.. Ce qui nous a, je pense, beaucoup poussés vers la direction dans laquelle on est aujourd’hui. Les expé’ aujourd’hui [ quand ils ne sont pas en Coupe du monde, les frères Ladevant ont l’habitude de partir en expédition, généralement pour faire des big walls, que ce soit en Italie, en Suisse ou bien au Pakistan, ndlr ], c’est un peu le retour aux cabanes de quand on était petits.   Vous évoluez tous les deux en Coupe du monde de cascade de glace. Louna, tu penses avoir suivi le chemin tracé par ton frère ?   Louna :  Totalement. Sans lui, je n’aurais pas eu le même parcours. En parallèle du sport, on faisait beaucoup de musique, de la batterie pour ma part. J’avais vraiment envie de faire ma vie dans ce monde-là. Gamin, je voulais être une star, faire des concerts à travers le monde, etc. De son côté, Tristan a commencé la montagne. Il a notamment découvert ça avec un gars [Jean Marie Taupin, ndlr] qui l’a un peu pris sous son aile. J’ai alors commencé à me demander pourquoi je ne faisais pas ça moi non plus. Tristan : Tu passais huit heures par jour derrière ton instrument. Moi j’étais dehors tout le temps. On ne se voyait plus. Louna : Et puis, je voyais aussi la différence entre ce rêve de gamin, celui de faire des concerts, et la réalité de ce que cela représente, de comment est le milieu. Alors j’ai changé d’avis. Et j’ai suivi Tristan.   Être athlète professionnel, c’était un objectif pour vous ?   Tristan : Non, parce qu’on n’avait pas connaissance de ce milieu. Mais avec du recul, dans nos scénarios de gamins, il y avait toujours une notion d’ambition, de célébrité. Cette envie d’excellence a toujours été présente, quelles que soient les disciplines que l’on ait pu faire. Comme s’il y avait une revanche à prendre. Parce qu’on vient d’un environnement social peu aisé, voire pas du tout pendant une période. Ça a été la grosse galère.   Le jour où il a fallu aller aux Restos du Cœur, ça a été violent pour moi. À ce moment-là, je me suis dit : «  Plus jamais de ma life, je me retrouve dans cette situation  ». Et puis, notre mère nous a toujours éduqués avec l’idée de bien faire les choses. Car si l’on était un peu touche-à-tout, on ne faisait jamais les choses à moitié. Quand on a attaqué le ski, par exemple, on était nuls. Je me souviens qu’elle nous a dit à ce moment-là : « Vous allez être bons, ne vous en faites pas. On va y aller tous les jours  ». On skiait je-ne-sais-pas combien d’heures. Peu importe s’il pleuvait ou neigeait. © UIAA « On est concurrent quand on a nos baudriers en compèt. Mais au final on se bat contre une voie et pas contre l’autre, donc ça calme. »   Louna : L’aspect financier, ça m’a moins marqué. Sans doute que j’étais plus petit. D’autant que c’est quelque chose d’assez relatif. Parce qu’on faisait tout de même du ski alpin en compétition, du basket, de la musique... Mais la vie autour de ça, c’était dur. Je pense tout de même que cette précarité, c’est toujours en moi, de manière plus inconsciente. Aujourd’hui, je ne veux pas travailler pour faire beaucoup d’argent. Mais je veux tout de même gagner de l’argent. Je veux gagner ma vie. Tristan  : Il faut rester connecté avec la réalité du haut-niveau en France [ où près de 60% des athlètes de haut niveau vivent avec moins de 1500€ par mois , ndlr ] . Donc quand quelqu’un te propose de l’argent, tu le prends. Ou sinon, tu vas encore manger des pâtes pendant les six prochains mois.   À quel moment avez-vous basculé dans le monde professionnel ?   Tristan : Ce qui a fait la différence, c’est lorsque mon mentor, dont parlait Louna, [ Jean-Marie Taupin, avec qui Tristan a partagé beaucoup d’autres aventures, à Chamonix, dans les Écrins, des grandes voies un peu partout en France, jusqu’en Suisse et en Italie notamment, ndlr ] m’a proposé de partir en expé. Je n’avais pas 18 ans, c’était l’année de mon bac de français. Et là, il me proposait d’aller aux États-Unis. Il y a eu un peu de discussions avec ma mère et avec Louna. Ça a été l’élément déclencheur. En rentrant, on m’a dit : «  Mais attends, tu sais qu’aujourd’hui, si t’as pas le bac, personne t’embauche. Même pas La Poste  ». Sauf que je savais que j’étais assez intelligent pour toujours m’en sortir sans passer mon bac ni faire d’études. Je suis donc allé à fond dans la direction de la montagne, pour voir où ça allait m'emmener. « Si demain, je veux faire les choses bien écologiquement parlant, alors ma carrière devrait s’arrêter. Car il est impossible pour moi d’être internationalement connu sans être allé à l’international. » Louna :  Quand on m’a dit que Tristan arrêtait les cours, j’ai dit, moi aussi j’arrête maintenant. Sauf que j’avais trois ans de moins. Donc à 15 ans, j’ai tout arrêté. On est partis  pleine balle dans le projet : vivre à fond de la grimpe, quel que soit la forme que cela allait prendre. On devait tout de même continuer à apprendre des choses. L’anglais, puis le russe – le pays leader en cascade de glace à l’époque.   La compétition entre vous n’a jamais posé problème ?   Louna  : Non, jamais. Parce que l’on a trois ans d’écart, donc on n’a jamais été dans les mêmes catégories. Et puis au regard de cet écart d’âge, tu ne te mets pas sur le même piédestal. Parce qu’il y a trop de différences : on n'avait pas d'éléments de comparaison directs donc c’était une compétition qui était hyper saine. Principalement à l’entraînement. Tristan était beaucoup plus fort que moi dans tout. Jusqu’à il n’y a pas longtemps…   Tristan  : On a tout de même été dans la même catégorie assez jeunes. Parce que Louna était surclassé en senior. On a donc très vite participé aux mêmes compétitions. Et dès le début, il m’a mis la fessée, direct. Même quand il avait 16 ans. On est concurrents quand on est avec nos baudriers en Coupe du monde. Mais au final on se bat contre une voie et pas contre l’autre, donc ça calme. Vous parliez d’un besoin de prendre une revanche. Vous considérez l’avoir prise aujourd’hui ?   Louna : Oui, on pourrait parler de revanche par rapport à la première étape qui ne s’est pas passée comme prévu [ en Corée du Sud mi-janvier, où ils avaient respectivement fini 5e et 13e, ndlr ] mais aussi à la dernière (et la seule) de l’année passée [ à la Plagne, étape à laquelle ils avaient choisi de participer malgré leur chose de faire une pause des compétitions sur la saison 2023-2024, ndlr ]. Mais aussi et surtout à des années de compétitions à très haut niveau où l’on n’avait jamais réussi le coup parfait, celui de faire 1e et 2e alors que ça a toujours été notre objectif principal de faire des performances communes. Allier pratique de haut niveau et environnement n’est pas toujours facile. Parce qu’il y a les déplacements en avion pour les compétitions, pour les expéditions aussi. Mais quand on se penche sur votre palmarès, on voit que vous avez fait des expéditions à vélo pour aller grimper des voies extrêmes, dans les Dolomites notamment. Quelle est votre position à ce sujet ?   Tristan  :  Si demain, je veux faire les choses bien écologiquement parlant, alors ma carrière devrait s’arrêter. Car il est impossible pour moi d’être internationalement connu sans être allé à l’international. C’est une réalité. Et les gens qui diront l’inverse, je ne suis pas sûr qu’ils soient très honnêtes avec eux-mêmes. La vie que je mène, c’est mon rêve depuis petit. J’ai mis des quantités d’énergie folles dans ce projet ! Et aujourd’hui, je ne me sens pas capable de me dire qu’en fait j’arrête tout parce que je n’arrive pas à me regarder dans le miroir. Je n’ai pas envie d’être un mec aigri à 40 ans parce qu’il ne se sera pas donné les moyens de ses rêves.   Louna  : Vivre du tourisme, dans une station de ski, ça aurait été une option pour nous. Mais est-ce que, quand ce sont tes clients qui prennent l’avion, ça compte ? Le trip à vélo [ dans les Dolomites, en 2022, ndlr ], on voulait l’aborder sous l’angle sociétal à la base. On voulait montrer aux jeunes qu’il n’y avait pas besoin d’être sponsorisé, d’arriver d’une famille pleine de pognon, pour faire une aventure de ouf. Ça nous a coûté 727 euros, tout compris, sauf la nourriture.   Mais sans parler d’être parfait sur le sujet, ce qui n’est guère réalisable, vous n’avez pas des idées pour réduire votre impact ?   Tristan  : Typiquement, l’année dernière, on a fait une saison sans compétitions. On n’a pris l’avion que pour l’expé au Pakistan. On a donc réussi à faire tourner notre année entière d’athlètes pros sur un seul voyage. Alors, sachant que si tu pars de ce principe-là, tu peux presque prendre l’avion une fois tous les deux ans si tu arrives à monter des projets européens.   Louna  : Sur le long terme, on aimerait fonctionner ainsi, en trouvant des projets, des combos, avec des approches à vélo, en bateau. C’est un truc qui nous motive. Sauf qu’aujourd’hui, on n’a pas fini de faire ce que l’on a envie d’accomplir en compétition. On essaie de jongler avec notre conscience et nos objectifs de la meilleure manière possible pour s’en sortir. On doit garder une certaine forme physique pour la compétition. Ce qui est incompatible avec l’idée d’un long voyage.

  • Bon Voyage 2057 : Quand l’escalade imagine son propre Black Mirror

    Si Black Mirror  s’attaquait à l’escalade, il en sortirait probablement un épisode où les grimpeurs en collant argenté jouent au chat et à la souris avec des drones fédéraux. Une version futuriste où le plastique a définitivement avalé le rocher , où grimper dehors est un acte de rébellion, et où James Pearson est un criminel en fuite. © Bon Voyage 2057 Derrière ce scénario barré, Miguel Baudin de Kayoo TV et Seb Berthe  n’ont pas cherché à livrer un manifeste politique ni à signer une pétition anti-résine. Ils ont simplement poussé un délire jusqu’au bout, en imaginant ce que donnerait une escalade entièrement domestiquée . Un monde où la sécurité, l’optimisation et la monétisation ont gagné par KO, et où l’idée même de toucher du rocher est aussi archaïque que grimper sans baudrier. La Loi Plastique : une blague qui sonne étrangement juste Dans ce monde parallèle, l’escalade en extérieur a été éradiquée en 2028 , enterrée sous une "Loi Plastique" qui bannit toute grimpe hors des murs homologués. Résultat ? Les falaises sont devenues des vestiges interdits, les murs artificiels règnent en maîtres, et les grimpeurs sauvages sont des hors-la-loi traqués par la Fédération. Science-fiction ? Pas totalement. Aujourd’hui, sans même parler de dystopie, l’escalade mute . Le nombre de salles explose , les formats compétitifs cartonnent, et le rocher, lui, se complique. Trop de monde, trop de règles, trop de frictions. À mesure que la discipline se développe, elle devient un enjeu de régulation, d'encadrement, de responsabilité. Le film ne dit pas que ça va arriver, il joue simplement avec l’idée qu’en poussant un peu plus loin certaines tendances, on pourrait bien s’y retrouver . © Bon Voyage 2057 C’est absurde… mais pas complètement faux Et c’est précisément pourquoi le parallèle avec Black Mirror  fonctionne aussi bien. À part ton oncle complotiste, personne ne termine un épisode en disant "Ah ben voilà, c’est exactement ce qui va se passer." Mais tout le monde a une petite voix au fond du crâne qui murmure : "Non, évidemment, ça ne sera pas comme ça… mais quand même, il y a un peu de vrai." Personne ne cherche sérieusement à interdire l’escalade en extérieur. Il n’y a pas un lobby du plastique qui fomente un plan secret contre le caillou . Mais Bon Voyage 2057  fonctionne parce qu’il joue avec des dynamiques bien réelles, qui, mises bout à bout, esquissent un futur qui ne semble plus si absurde. D’un côté, les restrictions pleuvent. À chaque fois, elles ont une logique. Réguler l’accès à une falaise pour protéger une espèce nicheuse ? Qui dirait non. Encadrer l’alpinisme sur des sommets saturés pour éviter que la montagne ne se transforme en autoroute du tourisme ? Ça se défend. Imposer des quotas en canyoning pour limiter l’impact humain sur l’environnement ? Une mesure pleine de bon sens. Mais additionnées, ces décisions grignotent, petit à petit, les espaces de liberté . Ce qui était une pratique spontanée devient un cadre à suivre, un accès à demander, une autorisation à décrocher, un prix à payer. De l’autre, les salles d’escalade tournent à plein régime. Là, pas de restrictions, pas de batailles administratives, pas de soucis d’environnement fragile. Elles sont propres, rentables, sans conflits d’usage, et elles garantissent aux grimpeurs un produit standardisé, consommable, renouvelé chaque semaine. Ce n’est pas un problème en soi – l’indoor a amené un nouveau public, dynamisé la discipline. Mais à mesure que l’outdoor devient plus complexe à défendre, les marques se recentrent sur ce qui est le plus simple à vendre. Certaines ne produisent même plus rien pour l’extérieur. Ça ne veut pas dire que la falaise va disparaître. Mais il y a un schéma qui se répète. Moins d’accès au naturel, plus de business sur l’artificiel. Rire jaune et magnésie sous surveillance Là où Bon Voyage 2057  est malin, c’est qu’il ne cherche jamais à dire "attention, ce futur vous guette."  Il préfère balancer des grimpeurs en cosmonautes, des interventions télévisées absurdes et une propagande fédérale dystopique pour nous faire marrer, sans nous interdire de réfléchir . C’est là que l’exagération devient percutante : en poussant la logique trop loin, elle force à voir ce qui est déjà là, en sourdine. Bref, c’est notre avis. Regardez la vidéo et faites-vous le vôtre :

  • Le sport et le port du voile : une interdiction en marche ?

    Un morceau de tissu, et tout un pays s’enflamme. Ce mardi, le Sénat débat d’une proposition de loi visant à interdire le port de signes religieux ostensibles – et donc du voile – lors des compétitions sportives. L’idée ? Préserver la neutralité des terrains de jeu. Le problème ? On risque surtout de barrer l’accès au sport à certaines pratiquantes. Laïcité, liberté, inclusion : chacun y va de son argument. Mais dans ce chaos législatif, où se place l’escalade ? Le sport, un sanctuaire… ou un filtre ? L’histoire n’a rien de nouveau. En 2024, le Comité olympique français avait déjà interdit le voile pour les athlètes représentant la France aux JO de Paris , au nom de la neutralité républicaine. L’ONU avait alors grincé des dents, dénonçant une mesure discriminatoire. Aujourd’hui, le Sénat pousse le bouchon un peu plus loin : il ne s’agit plus seulement des sélections nationales, mais de toutes les compétitions officielles, du tournoi de quartier aux championnats nationaux . L’argument ? Garantir un sport sans signes religieux, un espace de neutralité. Mais en cherchant à vider le sport de toute marque identitaire, ne risque-t-on pas surtout de le vider de certaines de ses pratiquantes ? Derrière cette interdiction, ce n’est pas qu’un bout de tissu qui est en jeu : c’est aussi l’accès au sport, le droit à la pratique, la possibilité de concilier foi et passion. Des fédérations en ordre dispersé Dans l’arène des fédérations , c’est un vrai puzzle . La FFF (Fédération Française de Football) et la FFR (Fédération Française de Rugby) interdisent déjà le voile, suivant les règles édictées au niveau international. D’autres, comme la Fédération d’Athlétisme, ne voient pas d’inconvénient. Puis il y a la FSGT , cette vieille maison du sport populaire, qui a pris le contrepied. Lors de sa dernière assemblée régionale parisienne de l’activité montagne-escalade , elle a voté contre toute interdiction du voile en compétition . Parce que pour elle, l’essence du sport, c’est l’inclusion. Interdire le voile, c’est refuser l’accès aux terrains de jeu à des milliers de femmes qui, sans cela, n’y mettront jamais les pieds. Et pendant que le Sénat légifère, sur le terrain, l’application reste floue. Beaucoup de clubs gèrent la question au cas par cas, en fonction des sensibilités locales. Autrement dit, ce qui est toléré dans une salle ou une ville peut être proscrit à quelques kilomètres de là. Un terrain miné. Et l’escalade dans tout ça ? Dans le monde vertical, la question n’a jamais pris autant d’ampleur que dans d’autres disciplines. Pas de coup de sifflet, pas de contact physique, pas de danger immédiat lié à une tenue couvrante : l’escalade s’est tenue à l’écart des polémiques. La Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME) n’a jamais statué sur le sujet, et la Fédération Internationale d’Escalade (IFSC) non plus. Mais l’absence de règlement ne signifie pas l’absence de barrière . Certaines salles privées et clubs ont déjà évoqué des questions de sécurité pour refuser le port du voile, en avançant des raisons techniques : compatibilité avec le casque, risque d’accrochage. Des arguments qui, en l’absence de preuve tangible, relèvent davantage de l’interprétation que de la nécessité. À l’international, la situation est encore plus contrastée. En Iran, en Indonésie ou encore en Malaisie, des grimpeuses voilées performent au plus haut niveau sans que cela pose problème . La question n’est pas de savoir si elles peuvent grimper, mais simplement comment adapter leur tenue aux exigences de leur sport. L’escalade a toujours cultivé un certain esprit de liberté. Un sport qui échappe aux dogmes, aux carcans, aux règles trop rigides. Mais cette liberté a-t-elle encore du sens si elle exclut certaines grimpeuses ? Si la loi passe, l’escalade ne pourra pas faire l’économie d’un positionnement. Il faudra bien trancher. Et dans un sport où l’équilibre est une question de survie, mieux vaudra ne pas se tromper de prise.

  • Taranaki Maunga : La montagne qui a son mot à dire

    La Nouvelle-Zélande n’est pas du genre à faire les choses à moitié. Après avoir passé un passeport juridique à une forêt et à un fleuve, elle a décidé que Taranaki Maunga, son volcan fétiche, méritait lui aussi d’avoir son mot à dire. Le 30 janvier 2025, le voilà officiellement doté d’une existence juridique . Un volcan qui, juridiquement, entre dans le cercle très fermé des entités légales. Une lubie d’avocat en manque de clients ? Pas du tout. Plutôt une claque symbolique, une manière de remettre les pendules à l’heure pour les peuples maoris , qui n’ont jamais vu cette montagne comme un simple tas de cailloux. Un sommet qui regarde de haut 2 518 mètres d’altitude, un cône parfait, une silhouette qui en impose. Taranaki Maunga, ce n’est pas juste un paysage de carte postale, c’est un ancêtre, un guide, un repère. Du moins, c’est comme ça que le voient les huit iwi maoris du coin. Mais pendant plus d’un siècle, ils ont été coupés de leur montagne, expropriés en règle par la colonisation britannique. Résultat : une bataille acharnée pour récupérer ce qui leur a été volé. Et après des décennies de discussions, de coups de pression et d’atermoiements, la justice a tranché : Taranaki Maunga n’est pas un décor, c’est une entité vivante . De la roche aux textes de loi Avec cette nouvelle loi, Taranaki Maunga devient " Te Kahui Tupua" , "un tout vivant et indivisible". Ça sonne mystique, mais juridiquement, ça veut dire quelque chose : la montagne a les mêmes droits qu’une personne et sera représentée par un comité partagé entre Maoris et gouvernement . En clair, fini le business as usual : chaque décision qui la concerne devra passer par ce conseil. Une manière d’assurer que la protection du site ne sera pas qu’un vague concept fourré au fond d’un tiroir administratif. Debbie Ngarewa-Packer, figure du parti Te Pati Maori , a posé les mots justes : « Aujourd'hui, Taranaki est libéré des chaînes... de l'injustice, de l'ignorance et de la haine. » Une déclaration qui replace l’histoire dans son contexte. La nature sort les griffes Ce coup de maître n’est pas un one-shot. La Nouvelle-Zélande a déjà fait le coup en 2014 avec la forêt de Te Urewera et en 2017 avec le fleuve Whanganui . Résultat : un modèle qui fait des petits. En Inde, les fleuves Gange et Yamuna ont eux aussi décroché leur carte d’identité légale. En Colombie, c’est le fleuve Atrato qui a été sacralisé par la justice. Ce n’est pas qu’un tour de passe-passe juridique, mais un vrai changement de paradigme . Ici, la montagne cesse d’être un simple relief sur une carte : elle devient un sujet de droit, avec tout ce que cela implique. À quand le Mont-Blanc citoyen ? En France, le débat sur la reconnaissance des droits de la nature progresse. Certaines initiatives comme le Parlement de la Loire explorent l’idée d’une personnalité juridique pour les cours d’eau , et des projets transfrontaliers existent pour une gouvernance commune du massif alpin. L’exemple de Taranaki Maunga pourrait bien faire des vagues. En France, certaines voix réclament déjà que le Mont-Blanc et d’autres sites majeurs suivent le même chemin. Mais on en est encore loin. Pour l’instant, on préfère bétonner des stations et appeler ça du "développement durable". Ce qui est sûr, c’est que la reconnaissance de Taranaki Maunga vient ajouter une pierre de plus à l’édifice d’une nouvelle vision du monde : une où la nature n’est plus un décor passif, mais un acteur à part entière. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : L'éthique de la grimpe en milieu naturel : entre préservation et liberté Escalade et écologie : Un pacte durable pour les Vosges Interview : l’IFSC face au défi de la transition écologique

  • L’Arête de l’éternité – L’odyssée perchée de Sandy Allan

    C’est un livre que l'on ne cherchait pas, mais que l'on a trouvé. Enfin, que l'on nous a mis entre les mains. Lorraine, la responsable de la boutique Guérin à Chamonix, nous l’a tendu avec ce petit sourire entendu qui veut dire "Tu vas voir, c’est quelque chose" . Elle avait raison. Parce que L’Arête de l’éternité , c’est un récit d’alpinisme pas comme les autres. C’est un pavé dans la face, un journal de bord halluciné sur une ascension qui n’aurait jamais dû aboutir. Sandy Allan (57 ans) et Rick Allen (59 ans), deux Britanniques d’une autre époque, y racontent comment ils ont fait ce que personne n’avait réussi avant eux : la première traversée intégrale de l’arête Mazeno du Nanga Parbat (8 126 m), au Pakistan. Un truc dément, long comme un jour sans oxygène, où la cordée a joué avec les limites du raisonnable… et accessoirement avec sa propre survie. L’Arête Mazeno, une idée qui gratte depuis trop longtemps Le Nanga Parbat, c’est pas exactement la destination rêvée pour un trek familial. Surnommée la " Montagne Tueuse ", elle se dresse au Pakistan, fière de son historique de drames et de récits qui s’achèvent mal. Parmi les itinéraires possibles, l’arête Mazeno est l’option "va voir ailleurs si j’y suis". On parle d’une crête de 13 kilomètres à plus de 7000 mètres , où l’oxygène se fait la malle et où la moindre fausse note se paye cash. Avant Allan et Allen, personne n’avait osé la traversée complète. Trop long, trop paumé, trop casse-gueule. Mais il y a toujours quelques illuminés pour penser que les routes barrées sont les plus belles. 18 jours à se demander ce qu’ils foutaient là Juillet 2012, l’équipe de départ est plus large, mais un à un, ils rendent les armes. Le manque d’oxygène, la fatigue, la peur… Il n’y a plus qu’Allan et Allen pour persévérer. Ce qu’ils traversent ensuite, c’est une descente aux enfers, mais en montée . Un enfer blanc où chaque pas coûte un peu plus de ce qui reste de leur lucidité. Le froid les mord, la faim les ronge, l’altitude les vide, mais ils avancent, têtus, portés par cette folie propre aux alpinistes qui refusent de voir le gouffre sous leurs pieds. Au bout de 18 jours d’ascension, ils atteignent le sommet. Ça pourrait être la fin du livre, mais non. Parce qu’en montagne, le sommet, c’est la moitié du chemin. La descente, par la voie Kinshofer, est une longue agonie où les corps ne répondent plus et où la mort est là, tapie dans l’ombre. Ils arrivent en bas en spectres. Décharnés, vidés, mais vivants. Et dans le genre conte de fées hémoglobine, c’est déjà pas mal. Un livre qui sent la sueur et le doute Dans L’Arête de l’éternité , Sandy Allan ne se regarde pas grimper. Il n’y a pas de fioritures, pas de tape dans le dos, pas de grandiloquence. Juste un texte brut, qui dit la peur, la douleur, et cette obsession étrange qui pousse certains à se coller des défis déraisonnables. C’est aussi un livre sur l’amitié en altitude. Allan et Allen, c’est une cordée à l’ancienne. Loin du bruit et des projecteurs, ils se comprennent en un regard, se supportent sans se ménager. Parce qu’à ces altitudes-là, un coéquipier, c’est pas juste un compagnon de cordée. C’est un gilet de sauvetage. Une récompense et une fin tragique L’histoire aurait pu s’arrêter sur une note triomphale : le duo reçoit le Piolet d’Or en 2013, consacrant cette ascension comme l’une des plus folles du siècle. Mais la montagne n’oublie jamais ses fous. En 2021, Rick Allen disparaît sur le K2 , emporté par une avalanche . Une fin à la hauteur de sa légende. Pourquoi il faut lire L’Arête de l’éternité  ? Parce que c’est un récit qui gratte, loin des belles histoires édulcorées d’alpinisme. C’est du rugueux, du réel, du viscéral. Ça parle d’épuisement, de glace, d’hallucinations et de cette absurde nécessité d’aller voir toujours plus haut, même quand tout en bas, ça crie d’arrêter. Un livre que l'on referme en se demandant pourquoi certains s’infligent ça… et pourquoi d’autres, comme nous, aiment tant les lire. Chez Guérin Editions Paulsen, disponible ici .

  • Bon Voyage : une voie et des liaisons dangereuses

    Dans Bon Voyage 2057 , James Pearson est un fugitif, la falaise est sous haute surveillance, et grimper en extérieur est devenu un acte de dissidence. Mais derrière ce futur sous plastique, Bon Voyage 2057  fait surtout référence à une ligne bien réelle, et pas n’importe laquelle. Une voie qui a traversé les époques et les débats, avant de devenir l’un des plus grands défis du trad moderne. Son histoire commence bien avant que James Pearson ne pose ses doigts dessus. © Petr Chodura Avant James Pearson, une fissure et une bataille Si Bon Voyage  est aujourd’hui une référence du trad extrême, son histoire ne débute pas en 2017, mais bien plus tôt. En 2011 , Antoine Barbier et Lionel Catsoyannis  ouvrent une ligne évidente sur le secteur de la Chambre du Roi, à Annot. Une fissure parfaite, qui remonte un mur vertical comme tracée à la règle. C’est la voie idéale pour ancrer le trad dans ce site français encore en construction. Mais en France, le trad est un ovni , une rareté coincée entre des milliers de longueurs spitées. À Annot, les ouvreurs souhaitent développer un spot où les protections naturelles règnent, une utopie dans un pays où l’équipement fixe est la norme. Rapidement, certains grimpeurs jugent cette approche "archaïque", "dangereuse" ou "élitiste". Des spits apparaissent sur plusieurs fissures du site, y compris sur leur projet. S’ensuit un jeu de cache-cache : les spits sont posés, puis enlevés , dans une bataille silencieuse qui divise la communauté locale. Pour immortaliser cette lutte, Barbier et Catsoyannis choisissent un nom inspiré d’un débat enflammé sur les forums de l’époque, où un adversaire du trad s’était distingué par des fautes d’orthographe devenues cultes : Les voillage faurmes la jenaice . Mais si la voie existe, personne ne parvient à l’enchaîner . Le projet reste dans l’ombre, une ligne en suspens.Jusqu’en 2017 , où James Pearson s’y attaque et signe la première ascension. Le nom change. Le Voyage est né. D’un Voyage à l’autre En 2017 James Pearson pose les doigts sur un mur que personne n’avait encore osé apprivoiser. Une fissure nette, rectiligne, qui semble avoir été sculptée pour l’escalade trad. Il s’engage, place ses protections avec précision, grimpe en équilibre entre la maîtrise et la peur, et sort en haut. La voie est baptisée Le Voyage . Cotation : E10 7a, ce qui équivaut à un 8B+ trad. James Pearson vient d’écrire un nouveau chapitre du trad extrême, et très vite, cette ligne attire les meilleurs grimpeurs du genre : Babsi Zangerl  (2021) la répète, confirmant une fois de plus qu’elle est une des figures incontournables du trad. Steve McClure  (mars 2023) la grimpe, prouvant qu’on peut encore se challenger après plusieurs décennies passées à dompter le caillou. Seb Berthe  (avril 2023) s’y attaque avec son style puissant et fluide, sans se douter que quelques mois plus tard, il reviendra pour écrire une autre page de l’histoire. Caroline Ciavaldini  (novembre 2023), épouse de James Pearson, fait sa propre ascension de la ligne ouverte par son compagnon. Soline Kentzel  (mai 2024), grimpeuse française et compagne de Seb Berthe, s’offre à son tour Le Voyage , fermant la boucle. © Vertige Media D’un couple à l’autre, d’une génération à l’autre, Le Voyage  s’impose comme bien plus qu’une simple croix dans un carnet. Mais si la fissure originelle a déjà tout d’un chef-d’œuvre, James Pearson, lui, ne s’arrête pas là . Un jour, il lève les yeux vers la gauche. Bon Voyage : une prise de risque encore plus grande Si Le Voyage  était une évidence, Bon Voyage  est une extrapolation. James Pearson imagine une version plus extrême , qui quitte la fissure "rassurante" pour une séquence où les placements deviennent précaires, les prises plus fuyantes, l’effort plus intense. Moins d’évidence, plus d’engagement. Une ligne qui ne laisse aucune place au hasard. En 2023, il l’enchaîne et propose E12 7a. Un 9a trad, où l’absence d’équipement fixe transforme chaque mouvement en une décision stratégique. Les protections sont rares et demandent une pose millimétrée. L’énergie dépensée à sécuriser la progression s’ajoute à celle nécessaire pour tenir les mouvements. James Pearson reste prudent sur sa cotation . Après la rétrogradation de The Walk of Life  en 2008, il préfère attendre que d’autres grimpeurs s’y frottent. En 2024 , Adam Ondra  relève le défi. © Raphaël Fourau L’expertise Ondra Quand Adam Ondra pose les mains sur une voie, c’est rarement pour faire de la figuration. Il observe, analyse, teste. Une fois son calage en place, il grimpe avec la fluidité qu’on lui connaît, et il enchaîne. Le verdict ? E12 confirmé. Il estime que si la voie était équipée, elle tournerait autour de 9A sportif . Mais ici, il faut grimper sous pression, poser les protections en pleine intensité, gérer la fatigue mentale qui s’accumule à chaque placement. Ce n’est pas juste une voie dure, c’est un test d’endurance mentale, où la moindre hésitation peut être fatale. Adam Ondra, peu coutumier des formules emphatiques, se contente d’un constat limpide : « L’une des plus belles voies trad du monde. » © Petr Chodura Seb Berthe, troisième grimpeur sur la liste À peine quelques semaines après Adam Ondra, Seb Berthe revient à Annot . Après avoir grimpé Le Voyage  un an plus tôt, il décide cette fois de passer en mode Bon Voyage . Il devient le troisième grimpeur à enchaîner la voie. Pour lui, la cotation tient. C’est une ligne qui ne laisse aucune place au doute. Trois répétiteurs, trois confirmations. Bon Voyage  s’inscrit définitivement dans l’histoire du trad moderne. Un tournant pour le trad moderne L’escalade traditionnelle a déjà ses références extrêmes. Mais Bon Voyage  ne joue pas seulement sur la difficulté. Elle impose une autre approche. Jame Pearson a créé une nouvelle ligne dure, mais surtout il a ouvert un territoire où l’engagement se mêle à la subtilité du placement. Une voie qui demande plus qu’un niveau physique hors norme. Elle exige un mental froid, une lecture parfaite et une capacité à grimper sous pression sans jamais paniquer. Annot, un spot où tout se croise Si Bon Voyage  existe, c’est parce qu’elle a trouvé son écrin. Les Grès d’Annot, c’est un spot unique, un équilibre subtil entre tradition et modernité. On y trouve des fissures vierges où seuls les coinceurs dictent la progression , mais aussi des lignes équipées , taillées pour une escalade plus classique. Ici, pas de confrontation entre les styles, mais une cohabitation qui permet à chacun de s’exprimer selon sa vision du caillou. Le Rocher Saint-Vincent , lui, est le bastion du trad. Le Voyage  suit une logique implacable, celle d’une fissure parfaite. Bon Voyage , au contraire, s’émancipe de cette évidence pour chercher l’improbable, une gestuelle plus aérienne, une réflexion plus poussée, une approche du mouvement qui brouille les repères. Mais ces deux voies ne sont pas que des morceaux de roche domestiqués par quelques grimpeurs d’exception. Elles ont aussi créé un fil rouge entre celles et ceux qui les ont domptées, tissant des liens entre les générations, les styles et parfois même les vies.

  • B’Wall joue l’expansion en Bretagne : Vannes et Quimper dans la foulée

    Après Lanester, B’Wall pousse les murs. Deux ans après son ouverture, la salle d’escalade devenue incontournable en Bretagne sud s’apprête à déployer son modèle à Vannes et Quimper . Une expansion rapide, portée par un marché en plein boom et une levée de fonds de 3,5 millions d’euros. © EP Climbing B’Wall, le hold-up de l’escalade indoor en Bretagne Quand B’Wall a débarqué à Lanester en 2022, la grimpe indoor en Bretagne sud relevait encore du terrain vague. Deux ans plus tard, la salle engrange près de 90 000 entrées par an et a déjà poussé les murs pour passer à 2 300 m². Le tout en s’imposant parmi les grandes structures privées d’escalade en France. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais Aurélien Desclavelières et Rémi Lestang voient plus haut. Le duo, qui a bâti B’Wall en structurant son projet pendant les confinements, enclenche désormais la vitesse supérieure. Deux nouvelles salles sont annoncées : Vannes pour l’été 2025, Quimper avant la fin de l’année . L’objectif est clair : occuper le terrain avant que les grandes chaînes ne viennent quadriller la région. Vannes et Quimper : les nouvelles prises de B’Wall Le plan est rodé. À Vannes, la salle prend place sur le parc du Golfe, en face du Chorus, sur trois niveaux avec des voies culminant à 15 mètres. À Quimper, c’est un bâtiment racheté près du Décathlon qui est en pleine mue pour accueillir une version optimisée du concept B’Wall. Même ADN que Lanester : du bloc, des voies, un espace enfants, et un lieu pensé pour l’expérience grimpe et la convivialité. L’ambition reste la même : s’implanter là où la grimpe en salle était inexistante . En deux ans, B’Wall a non seulement rempli sa propre salle, mais a aussi « créé le besoin », ouvrant l’escalade à un public plus large que jamais, des actifs aux grands-parents venus accompagner leurs petits-enfants. 3,5 millions d’euros et une stratégie d’indépendants Pas question pour B’Wall de perdre la main sur son projet. Pour financer cette expansion, Aurélien Desclavelières et Rémi Lestang ont levé 3,5 millions d’euros, tout en restant les seuls maîtres à bord . Pas d’investisseurs gourmands, pas de franchisation. L’idée est de conserver une réactivité totale sur la gestion des salles et d’assurer un développement progressif sans brûler les étapes. Avec trois salles en Bretagne sud d’ici fin 2025, B’Wall atteint un palier stratégique. L’objectif immédiat : stabiliser l’activité et asseoir la notoriété de l’enseigne. Mais la question plane déjà : cette expansion restera-t-elle régionale, ou B’Wall s’attaquera-t-il à d’autres territoires ? L’escalade indoor en pleine mutation B’Wall surfe sur une vague plus large : l’explosion des salles privées en France. L’escalade indoor est désormais une pratique urbaine de masse, entre sport, loisir et mode de vie. Face aux grandes chaînes qui occupent le territoire, les indépendants jouent la carte du local, de l’identité et de la flexibilité. Reste à voir si ce modèle tiendra sur le long terme. Pour l’instant, Aurélien Desclavelières et Rémi Lestang continuent d’avancer sans corde fixe, mais avec une stratégie bien assurée. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

  • IFSC Officials Seminar 2025 : là où se décide l’avenir de la compétition

    L’escalade de compétition ne se résume pas aux athlètes qui enchaînent des runs spectaculaires sous les projecteurs. En coulisses, il y a toute une armée d'officiels qui définissent les règles, tranchent les litiges et façonnent le jeu. Et comme chaque année, l’IFSC les rassemble pour un séminaire stratégique . En 2025, cap sur Tai’an, en Chine , où 71 juges, ouvreurs et délégués poseront les bases de la saison à venir. Mais cette édition a une saveur particulière : pour la première fois, tous les corps de métier sont réunis sous le même toit . L’idée ? Aligner les visions, resserrer les rangs et éviter que les évolutions du circuit ne se décident en silo. Les coulisses de la saison 2025 se jouent ici Ce séminaire, c’est l’équivalent d’un gros briefing d’avant-match, mais à l’échelle d’un sport entier. Pendant deux jours, les acteurs clés de la discipline vont éplucher la saison 2024  pour en tirer les leçons, ajuster les règlements et affiner les processus. Au programme : Retour sur les Jeux de Paris 2024 , avec une table ronde entre officiels olympiques. Le but : comprendre ce qui a (ou pas) fonctionné et amorcer déjà les réflexions pour Los Angeles 2028. Évolutions techniques et innovations sur le matériel  : nouvelles prises, changements d’équipement, ajustements sur la règlementation… Ce qui sortira de Tai’an pourrait redéfinir les standards des compétitions de demain. Arbitrage et ouverture : quelles tendances ?  Entre l’évolution du style des blocs et la nécessité d’assurer une équité maximale, juges et ouvreurs vont devoir accorder leurs violons. Inclusion et diversité  : une discussion pour faire avancer les réflexions sur la place des femmes, des athlètes en situation de handicap et des profils sous-représentés dans l’escalade de haut niveau. Et pour ne pas rester bloqué en mode théorique, le tout sera agrémenté d’ateliers pratiques dans une salle de grimpe locale , histoire que les débats ne restent pas sur papier. Un format inédit qui pourrait faire école Chaque année, l’IFSC délocalise ce séminaire pour équilibrer les déplacements et impliquer les fédérations nationales. L’édition 2025 marque un tournant : c’est la première fois que juges, ouvreurs, délégués et para-spécialistes se retrouvent ensemble . Une volonté affichée de resserrer la cohésion entre les rôles  et d’éviter que chacun bosse dans son coin avec des logiques différentes. D’ailleurs, ce séminaire servira aussi à rattraper les réunions annulées en décembre dernier lors de la Commissions Week de l’IFSC  à Turin. Ouvreurs et juges auront donc des sessions dédiées pour finaliser les décisions techniques qui n’avaient pas pu être discutées. Et pour les acteurs du marché, qu’est-ce que ça change ? Si vous travaillez dans cet univers, que ce soit pour une salle, une marque ou en tant qu’organisateur, ce qui se décidera à Tai’an pourrait bien avoir un impact direct sur votre activité  : Les nouvelles orientations des ouvreurs  : Quels styles de blocs vont dominer en compétition ? Quel impact sur la formation des grimpeurs et l’évolution des salles commerciales ? L’évolution des règles d'arbitrage  : Moins de subjectivité ? Plus de standardisation ? De quoi donner des indices sur la direction que prend l’IFSC en termes d’arbitrage. Les innovations sur le matériel  : Si de nouvelles prises ou équipements passent dans le circuit officiel, l’industrie suivra. L’inclusivité en escalade  : Plus de diversité dans les compétitions pourrait aussi pousser les salles et les marques à adapter leur offre. En clair, ce qui va se discuter à Tai’an ne restera pas à Tai’an. Les décisions prises ici redessineront les contours de la compétition mondiale , et avec elle, une partie du marché. Reste à voir quelles orientations en sortiront. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

  • Laurent Lagarrigue, nouveau DTN de la FFME : continuité ou renouveau ?

    Après 27 ans sous l’ère Paillasson, la FFME change de capitaine. Laurent Lagarrigue, figure bien connue du haut niveau français, prend les rênes en tant que Directeur Technique National (DTN) . Nomination logique ou simple coup de peinture fraîche ? Décryptage. © Oh my lot ! Un homme du sérail On ne pourra pas lui reprocher de débarquer en terrain inconnu. Licencié depuis l’adolescence au club de Cahors, Laurent Lagarrigue a fait tout son parcours dans l’écosystème fédéral. Du Comité territorial FFME du Lot au poste de Conseiller Technique Sportif dans le Cantal et le Tarn-et-Garonne, il a gravi les échelons jusqu’à intégrer la FFME en 2009 . Là, il a navigué entre plusieurs rôles clés du département haut niveau : entraîneur des jeunes, sélectionneur national du bloc, puis coordinateur du combiné bloc/difficulté pour Paris 2024. En tant que coordinateur de la préparation olympique du combiné bloc/difficulté pour Paris 2024 , il a accompagné l’adaptation des grimpeurs français aux exigences de ce nouveau format. Mais être DTN, ce n’est pas juste gérer une équipe de France, c’est piloter toute une fédération . Et c’est là que les enjeux commencent. Haut niveau, formations, terrains de jeu : la triple équation du DTN Le rôle de DTN dépasse largement la seule question des performances sportives. Il faut jongler avec les impératifs politiques, économiques et structurels. Pour Laurent Lagarrigue, les défis sont multiples : Relancer l’équipe de France post-Paris 2024  : Face à des nations comme les États-Unis et le Japon, la France devra analyser ses résultats à Paris 2024 pour adapter sa stratégie. L’évolution des formats de compétition et l’émergence de nouveaux profils d’athlètes imposent une adaptation rapide. Gérer l’équilibre entre performance et formation  : La FFME doit continuer à structurer la formation des entraîneurs et le développement des pôles espoirs, tout en garantissant un suivi efficace des athlètes élites. Le développement du haut niveau repose en grande partie sur la capacité des clubs et des structures locales à détecter et accompagner les jeunes talents. Un enjeu central pour la FFME sera d’assurer un lien efficace entre ces structures et l’élite. Faire cohabiter compétition et pratiques outdoor  : La fédération doit composer avec des licenciés aux attentes très variées, entre les grimpeurs de gymnase et les défenseurs des falaises, entre les aspirations olympiques et celles des amateurs de grandes voies. La crise des conventions falaises a laissé des traces, et la FFME peine à rassurer les grimpeurs sur sa volonté de défendre l’accès aux sites naturels. Le poste de DTN est un terrain glissant, où chaque choix engage une partie de la communauté FFME. Avec la montée en puissance des salles privées et des pratiques non fédérées, la FFME doit prouver qu’elle reste un acteur incontournable. FFME : stabilisation ou transformation ? La nomination de Laurent Lagarrigue est-elle un signal de continuité ou une opportunité de changement ? La FFME sort de plusieurs années de turbulences : crise des conventions falaises, déclin de certaines structures locales, tensions entre sport fédéral et acteurs privés. En interne, certains attendaient un vent de renouveau. Mais en choisissant un cadre de la maison, la fédération joue la carte de la transition en douceur plutôt que celle de la rupture. La fédération fait également face à des défis budgétaires croissants. Avec la fin de l’effet Jeux Olympiques et la répartition fluctuante des financements publics, le modèle économique de la FFME est sous tension. Entre le soutien aux athlètes de haut niveau et le financement des structures locales, les arbitrages à venir seront scrutés de près. Ses premières déclarations restent prudentes : « Je mettrai toute mon énergie pour lever les freins et donner du sens à nos projets afin que notre fédération continue sa progression. »  Le terrain est balisé, reste à voir la trajectoire qu’il prendra. Un poste sous tension Si le DTN a un rôle stratégique, il reste sous le feu croisé des athlètes, des entraîneurs, des clubs et des institutions . Il faut jongler avec les attentes des collectivités, des sponsors, des médias et des grimpeurs eux-mêmes. La FFME, fédération délégataire, est sous pression pour justifier son modèle et sa gestion du haut niveau. La professionnalisation de l’escalade, notamment en compétition, pose également question. Aujourd’hui, rares sont les athlètes français qui vivent confortablement de leur sport . La question de l’accompagnement vers un modèle plus professionnel reste un enjeu majeur. Enfin, la concurrence entre la FFME et les salles privées continue de s’intensifier. De plus en plus de grimpeurs pratiquent exclusivement en indoor sans jamais prendre de licence fédérale . Une tendance qui interroge sur l’avenir du modèle FFME, et sur sa capacité à fédérer au-delà du cercle des compétiteurs. Laurent Lagarrigue, l’homme du compromis ? Laurent Lagarrigue hérite d’un poste où l’exigence est totale et les marges de manœuvre limitées. Sa mission : maintenir l’escalade française au plus haut niveau mondial tout en consolidant une fédération en quête de repères. Il a l’expérience et la connaissance du terrain. Reste à voir s’il aura aussi la liberté et les moyens de ses ambitions. La FFME cherche-t-elle à naviguer en eaux calmes ou à impulser une nouvelle dynamique ? Le choix d’un homme du sérail pourrait rassurer certains et frustrer ceux qui attendaient une rupture plus nette avec l’ancien modèle. Mais dans une fédération qui doit jongler avec des intérêts divergents, un bon DTN est peut-être avant tout un maître du compromis . 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