FAIRE UNE RECHERCHE
Rechercher sur ce site
1369 résultats trouvés avec une recherche vide
- Veste Serratus d’Arc'teryx : le vent dans le dos, les idées claires
Il existe deux sortes de vestes : celles qu’on choisit pour leur polyvalence discrète, capable de passer incognito de la terrasse parisienne au pied des falaises, et celles qui annoncent clairement leur programme dès l'enfilage. La veste Serratus appartient sans hésitation à cette seconde catégorie. Arc’teryx a conçu cette softshell pour ceux qui grimpent sérieusement, en assumant à fond son caractère alpin. On l’a testée sur le terrain pour voir si elle tient sa promesse. Une coupe pensée pour bouger (et grimper) Soyons clairs : la veste Serratus n’est pas ta veste de ville camouflée en vêtement technique. Sa coupe est volontairement ample, mais pas au point de flotter inutilement. Une polaire s'y glisse naturellement, les mouvements restent libres même quand on étend les bras pour clipper en bout de corde. Finis les poignets découverts et le bas de veste qui remonte jusqu'au nombril au moindre geste vertical. La capuche, compatible casque, est efficace : elle s'ajuste parfaitement sans gêner la vision périphérique. Ça paraît anecdotique, jusqu’à ce que tu te retrouves sur une arête venteuse, à devoir gérer le vide en dessous et la météo au-dessus. Même les grimpeurs aux épaules larges, forgées par des séances de bloc répétées, apprécieront le confort. Les manches longues couvrent largement les poignets, un détail précieux quand tu sens le froid glisser insidieusement sous les gants à l'aube d'une grande voie matinale. La ventilation intelligente (ce n’est pas du marketing) La véritable prouesse de cette veste, c’est sa construction hybride très maîtrisée. Deux tissus distincts sont utilisés avec pertinence : le Fortius DW 2.0 là où l’abrasion et le vent font des dégâts (épaules, bras), et l’Aequora AirPerm™ là où ton corps réclame une ventilation maximale (aisselles, dos). Sur le terrain, la différence est sensible. Quand le soleil cogne au relais, tu ressens immédiatement que ça circule mieux. Pas de surchauffe subite qui transforme ton relais en sauna vertical. Mais attention, la Serratus ne se prétend jamais étanche : elle bloque le vent sec efficacement, mais ne te protégera pas d’un déluge. Minimaliste mais juste Arc'teryx a fait le pari de la simplicité fonctionnelle. Deux grandes poches accessibles même avec baudrier chargé, capuche StormHood™, zip double sens, poignets velcro : l’essentiel est là. Mais pour ceux qui aiment accumuler les gadgets, la veste pourrait sembler spartiate. Pas de poche intérieure pour ranger le téléphone, pas de zips de ventilation sous les bras. Mais c’est précisément cette sobriété qui fait son intérêt : une veste alpine qui assume ses choix techniques sans vouloir satisfaire tout le monde. Évidemment, en cherchant bien… On pourrait toujours espérer quelques détails supplémentaires : Une poche Napoléon histoire de sortir facilement la compote pendant la marche d'approche. Une poche intérieure filet pour glisser les gants ou garder le portable au chaud. Un réglage de capuche plus intuitif, surtout quand tu manques de sommeil et que tu te débats avec tes gants au relais. Mais au fond, ajouter ces petits détails reviendrait sans doute à sacrifier cette simplicité radicale qui fait justement son charme. Verdict : La veste qui connaît son terrain La veste Serratus ne ment jamais sur ses intentions. C’est une veste technique dédiée à l’alpinisme et à l’escalade, sans ambiguïté. Elle ne cherche pas à séduire les urbains en quête de style outdoor, ni à flatter ceux qui ne grimperont jamais plus haut qu'une terrasse ensoleillée. Elle fait exactement ce qu'on attend d'elle en montagne : coupe-vent efficace, protection intelligente, liberté totale de mouvement. Un rappel bienvenu que chez Arc'teryx, on fait encore des vestes pour grimper, pas juste pour s’asseoir en terrasse. Ce test n’a pas été rémunéré. Arc'teryx nous a simplement envoyé la veste pour recueillir notre avis sincère. On l’a testée sans autre obligation que celle d’être honnêtes. Disclaimer Petite précision importante : Arc’teryx ne nous a pas rémunérés pour rédiger ce test. Ils nous ont simplement envoyé la veste Serratus pour voir ce qu’on en pensait vraiment, loin des discours officiels. Alors on l’a emmenée là où elle était censée aller : en grande voie, en altitude, au relais dans le vent frais du matin. Et franchement, on n’aurait pas été contre prolonger encore un peu l’expérience. Fiche technique Poids : 430 g (taille M) Tissus : Fortius™ DW 2.0 + Aequora AirPerm™ Traitement : DWR sans PFAS Capuche : StormHood™, compatible casque Poches : Deux poches haut placées, compatibles harnais Tailles : XS à XXL Prix : 350 € sur le site de la marque Idéale pour : escalade alpine, grandes voies, dry tooling, grimpe par temps froid mais sec
- Les replays des conférences du Salon de l'Escalade sont enfin disponibles !
Paris, Porte de Versailles, Salon de l'Escalade 2025 . Des stands, des crashpads, des discussions animées dans les allées, et surtout, des conférences qui ont secoué les neurones autant que les avant-bras . Cette année, Vertige Media était aux commandes du programme des débats . Résultat ? Une avalanche de questions qui fâchent, de sujets qui grattent et de punchlines bien placées. Vous avez raté une conf ? Vous voulez revivre cette pépite où Alain Robert envoie valser la gravité ou où Emmanuel Faber relie management et escalade comme un pas de bloc bien senti ? Pas de panique, on a tout mis en boîte . Un programme qui cogne (et qui questionne) De l’éthique du free solo aux dessous pas toujours glorieux du rééquipement des falaises, des défis du féminisme dans la grimpe à la cohabitation (parfois houleuse) avec la biodiversité, ces conférences ont creusé bien plus loin que la profondeur d’une réglette. Les replays sont dispo, servez-vous : 🧗 Les dessous des rééquipements de nos falaises – Goujons, scellements et autres réjouissances : qui décide où on met les points ? Avec Sandrine Van Landeghem (Directrice Activités et Sites Naturels FFME) 🎭 Free Solo : entre défi ultime et responsabilité éthique – Funambules de la verticale ou crash-test en puissance ? Avec Alain Robert (Légende), Catherine Destivelle (Légende) et Alexis Landot (Urban Freesolo Climber) Pour aller plus loin : Mythe de l'équipement : Les goujons sont-ils toujours fiables ? Des reliques dangereuses : le Mercantour, un terrain miné pour les grimpeurs La FFME équipe Rabiosa, une grande voie de 900m au Brésil Pour aller plus loin : Seb Bouin et le free solo : malaise Total ? "Il était une fois l’escalade", la BD de Catherine Destivelle Alain Robert récidive : Nouvelle conquête de la GT International Tower en free solo Sous les pavés, les hauteurs : Alexis Landot, grimpeur urbain en quête de sens 🌿 Comment cohabiter avec la biodiversité ? – Quand le rocher n’appartient pas qu’aux grimpeurs. Avec Eline Le Menestrel (RockClimber - Planet Activist), Nolwen Berthier (Co-fondatrice Collectif Mission:Possible) et Gaétane Potard (Consultante sport de nature et environnement) Pour aller plus loin : Vers un nouveau modèle de coexistence avec la nature : Entretien avec Nolwen Berthier Escalade : Éline Le Menestrel, la grimpeuse qui refuse de prendre l’avion Oh My Bloc ! L'événement escalade durable à Milly 🌍 Escalade et intégration : L’équipe des réfugiés vers les JO – Du précipice de l’exil au sommet de la compétition. Avec Afraa Mohammad (Athlète), Paola Gigliotti (Membre honoraire de l’IFSC) et Alain Carrière (Président FFME) Pour aller plus loin : Réfugiée, apatride, athlète : Mon combat pour l'inclusion dans l'escalade 💊 L’escalade sur ordonnance : un remède pour le corps et l’esprit – Grimpez, c’est bon pour la santé (scientifiquement prouvé). Avec Fadl Moudni (Médecin du Sport), Sébastien Kuehn (Directeur technique MBS) et Bassa Mawem (COO et expert escalade MBS) Pour aller plus loin : Le Footing Vertical : Une révolution pour rendre l'escalade accessible à tous 📈 Escalade et leadership : La résilience au sommet – Ce que les grands patrons devraient apprendre des grimpeurs (indice : tomber et recommencer). Avec Emmanuel Faber (Auteur et Chair ISSB) ♀️ Féminisme et escalade : casser les plafonds de verre – Parce que la perf n’a jamais été qu’une histoire de biceps. Avec Aurélia Mardon (Sociologue), Caroline Ciavaldini (Athlète) et Sophie Berthe (Activiste) Pour aller plus loin : Aurélia Mardon : Prendre de la hauteur – Quand l'escalade en salle forge le genre à l'adolescence Grimpeuses, l'événement raconté par Coralie Portrait d'une activiste de l'escalade : Sophie Berthe 🎬 Le film d’escalade : rêve ou mirage financier ? – Pourquoi Hollywood préfère encore les dinosaures aux grimpeurs. Avec Miguel Baudin (YouTuber) Pour aller plus loin : Kayoo TV : La chaîne YouTube des amoureux de la grimpe ⛑️ Un casque, une vie : récit d’un accident – Un rappel (sans jeu de mots) sur la fragilité du vertical. Avec Lucille Bolomey (Athlète) Pour aller plus loin : Un casque, une vie : récit d’un accident 🎭 L’escalade, une pratique en croissance, bonne ou mauvaise nouvelle ? – Quand la popularité d’un sport devient un casse-tête pour les sites naturels et les salles. Avec Lucien Martinez (Rédacteur en Chef de Grimper) et Gilles Rotillon (FSGT) Pour aller plus loin : Lucien Martinez, Rédacteur en Chef de Grimper, à cœur ouvert 📜 Femmes alpinistes, les grandes oubliées de l’histoire – De pionnières invisibilisées aux grimpeuses d’aujourd’hui, une autre lecture de l’alpinisme. Avec Stéphanie Agresti (Autrice) et Blaise Agresti (Auteur) Pour aller plus loin : Une histoire de l'alpinisme au féminin : justice pour celles qu’on a oubliées 🕺 Danse escalade – Vers une autre manière de grimper – Quand l’escalade devient mouvement artistique et dialogue avec la danse. Avec Antoine Le Menestrel (Artiste) et Ivan Le Pays (Artiste) Pour aller plus loin : "Emprises", l’escalade en sculpture, de Fontainebleau à Bastille par Ivan Le Pays Petite métaphysique de la grimpe avec Antoine Le Menestrel "Le Folambule" : Antoine Le Menestrel, entre escalade et danse 🦾 Para-escalade et non-para : même combat ? – Quels ponts entre l’escalade valide et la para-escalade ? Entraînements, défis, inclusion : on en parle. Avec Mélissa Césarone (Athlète), Hélène Lerouge (CTN Référente Para Escalade FFME) et Aristotelis Liontos (Entraîneur National) Pour aller plus loin : Para-escalade : Mélissa Cesarone expose les failles d'un sport en quête d'inclusion À la rencontre d'un duo inspirant : Mélissa et Aristote L'escalade para intégrée aux Jeux paralympiques de 2028 à Los Angeles ⚖️ Escalade : Un sport de gauche ? – Démocratisation, inclusion, valeurs militantes : la grimpe est-elle politiquement marquée ? Avec Yves Renoux (Formateur FSGT) et Clothilde Sauvages (Créatrice du podcast Vent Debout) Pour aller plus loin : L'escalade, un sport de gauche ? Maurice Latapie, entre pédagogie sauvage et autogestion L'alpinisme populaire et l'escalade : Une histoire de démocratisation du sport 💪 Récupération et optimisation : Le secret des grimpeurs – De la gestion des blessures à la nutrition, comment durer en escalade ? Avec Edwin Gaufres (Physiothérapeute | Coach | Nutrition), Caroline Milenkovic Messin (Nutritionniste) et Héloïse Doumont (Athlète) Pour aller plus loin : Interview - La nutrition au service de la grimpe avec Caroline 🎤 La non-conférence d’Alain Robert – Pas de plan, pas de slides, juste des histoires de grimpe et d’adrénaline. Avec Alain Robert (Légende) À voir, revoir et partager Les replays, c’est comme un bon topo : on les consulte, on les annote, et surtout, on les passe aux copains. Alors prenez de quoi vous poser, attrapez un café, et laissez-vous embarquer dans ces échanges où l’escalade se pense autant qu’elle se pratique. 👉 Lien vers la page des vidéos
- Dégaine tombée, dégaine foutue ? Plongée dans un mythe bien accroché
Il y a des lois tacites en escalade, des vérités murmurées de baudrier en baudrier, transmises avec la solennité des grandes leçons de vie : "Ne grimpe jamais avec une dégaine tombée." Un simple choc suffirait à créer une microfissure invisible à l’œil nu, traîtreuse et insidieuse, qui transformerait ton mousqueton en bombe à retardement. © Hard is easy Une règle simple, pratique, qui ne laisse pas place au doute. Trop simple, peut-être ? Parce qu’à force de ne jurer que par les certitudes, on finit par oublier de poser la question qui pique : est-ce que c’est vrai ? La chaîne Hard Is Easy a décidé de trancher le débat. Et au lieu d’y aller à coups d’opinions de comptoir et de "j’ai entendu que", ils ont sorti l’artillerie lourde : tests de chute, analyses en laboratoire, simulations de charge extrême, consultation d’experts en métallurgie. Résultat : une enquête aussi passionnante qu’inattendue. Le test des cœurs fragiles : largage de dégaines à 100 mètres Premier round : du concret. Faire tomber des dégaines pour voir ce qu’elles deviennent. Mais pas juste d’un relais au hasard, non. Ici, on pousse le concept à fond avec des lâchers méthodiques de 50, puis 100 mètres de haut sur une surface dure. Un impact digne des pires scénarios. Et là, premier hic. Les dégaines, censées plonger droit comme un parpaing et exploser à l’impact, ont d’autres plans. Elles planent. Elles virevoltent comme des feuilles mortes, amortissant d’elles-mêmes leur chute. Résultat : elles touchent le sol, rebondissent, se rayent un peu, parfois se tordent… mais ne cassent pas. Pas une seule fois. Et la microfissure invisible, alors ? C’est l’étape suivante : direction un scanner à tomographie assistée par ordinateur, une machine capable de fouiller l’intérieur du métal au micron près. L’objectif : dénicher la moindre fissure sournoise. Résultat ? Zéro. Rien. Nada. Les mousquetons sont intacts en profondeur. Le test ultime : 5 000 cycles de charge pour voir où ça lâche D’accord, ils n’ont pas cassé sur l’instant. Mais la vraie menace, c’est la fatigue du métal : une faiblesse qui s’installe progressivement avec le temps et les chocs répétés. Pour tester ça, passage dans une machine infernale qui reproduit des chutes réelles par milliers. 5 000 cycles de charge brutale. Si une fissure cachée devait s’agrandir et trahir la structure, c’est ici qu’elle parlerait. Mais toujours rien. Les dégaines malmenées encaissent l’intégralité du test sans céder. Pire encore : certains mousquetons cabossés ont résisté mieux que les neufs. Pourquoi ? Effet de durcissement du métal sous contrainte. Plus un mousqueton est sollicité dans ses limites, plus il devient résistant. Ironie du sort : les coups durs, ça forge. Alors, danger réel ou psychose collective ? Le verdict est sans appel : une dégaine ne casse pas parce qu’elle est tombée. Ce qui abime un mousqueton, c’est une usure prolongée, des entailles profondes, un doigt de mousqueton qui ne fonctionne plus correctement. En clair : ce n’est pas la chute qui compte, mais ce qui se passe après. Est-ce que ça veut dire qu’on peut balancer ses dégaines du haut des voies juste pour le fun ? Évidemment pas. Mais ça veut dire que la panique irrationnelle autour des chutes des dégaines est exagérée. La vraie règle d’or ? Inspecter. Une rayure, un choc visuel ? Pas dramatique. Une fissure visible, une usure anormale, un mécanisme qui ne ferme plus bien ? Là, oui, on remplace. L’enquête ne dit pas qu’il faut tout relativiser, mais qu’il faut regarder au bon endroit. Le danger ne vient pas du mystique, de la légende transmise sans preuve. Il vient de l’oubli, de l’usure qu’on ne surveille pas, du contrôle qu’on néglige. Alors, la prochaine fois que quelqu’un te sort l’histoire de la microfissure spontanée, demande-lui combien de cycles de charge il a testés avant d’affirmer ça. Pour visionner la vidéo en entier :
- Dave MacLeod : détricoter les mythes des suppléments pour grimpeurs
Les grimpeurs modernes aiment leurs gadgets : baudriers ultralégers, chaussons à la pointe de la technologie, et bien sûr, ces fameux shakers qui promettent force et récupération à chaque gorgée. Mais dans cet océan de poudre et de marketing, que reste-t-il vraiment d’utile ? Pour Dave MacLeod, grimpeur de légende et esprit rigoureux, la réponse est claire : pas grand-chose. Dans sa vidéo "The Ultimate Climbing Supplement Tier List", il démonte une à une les fausses promesses des suppléments et propose une hiérarchie basée sur la science, son expérience personnelle, et une bonne dose de pragmatisme. Avec une carrière qui conjugue performances en escalade extrême et diplômes en sciences du sport et nutrition, MacLeod ne se laisse pas duper par les slogans accrocheurs. Son credo ? Rien ne vaut une alimentation équilibrée, et les suppléments ne devraient être qu’une roue de secours, jamais une béquille. Retour sur ses conclusions, enrichies de données et de perspectives. 1. Protéines : la whey brille, mais gare aux abus « La whey est un excellent supplément... si vous en avez besoin. » Voilà comment MacLeod introduit cette star des shakers. La protéine de lactosérum, réputée pour sa richesse en acides aminés essentiels, est idéale pour compléter un régime alimentaire pauvre en protéines. Mais pour MacLeod, qui consomme entre 120 et 150 grammes de protéines par jour via son alimentation, la whey est superflue : « Je n’en prends pas parce que j’en ai déjà assez dans mon régime alimentaire. » Et les protéines végétales ? Elles ont leur place dans le classement, mais uniquement sous leur forme mélangée (comme les poudres de plusieurs sources végétales combinées). « Une protéine végétale mélangée peut être aussi bonne que la whey, mais ce n’est pas le cas si vous vous contentez de manger les aliments bruts. » En clair, la biodisponibilité des protéines végétales reste un défi, sauf dans des formes isolées ou concentrées. Conclusion ? Si votre régime est équilibré, ni la whey ni les protéines végétales ne sont nécessaires. Mais pour les grimpeurs ayant du mal à structurer leur alimentation, ces suppléments peuvent faire la différence. Encore faut-il les choisir judicieusement. 2. Collagène et BCAAs : entre hype et réalité scientifique Le collagène, souvent plébiscité pour renforcer tendons et articulations, n’obtient pas la bénédiction de MacLeod. « Ce n’est pas une protéine de grande qualité, » explique-t-il. Riche en glycine et en proline, mais pauvre en acides aminés essentiels comme la leucine, le collagène manque d’arguments pour convaincre. La science, bien que prometteuse sur certains points, reste floue sur son efficacité à long terme. Quant aux BCAAs, ces acides aminés à chaîne ramifiée, leur réputation est également remise en question. « Il vaut mieux consommer une protéine complète avec tous les acides aminés essentiels, » tranche MacLeod. Des études plus récentes montrent que les BCAAs ne sont pas aussi efficaces qu’on le pensait, notamment lorsqu’ils sont pris isolément. En résumé, ces deux produits jouent davantage sur leur aura marketing que sur une réelle valeur ajoutée, surtout si votre régime alimentaire est déjà riche et varié. 3. Créatine : l’exception qui confirme la règle Si un supplément trouve grâce aux yeux de MacLeod, c’est bien la créatine. « Elle dispose d’une solide base de recherche montrant des effets positifs pour de nombreux athlètes, » affirme-t-il. En escalade, son principal atout réside dans sa capacité à faciliter des efforts répétés de haute intensité, ce qui peut s’avérer utile en entraînement. Mais les surprises ne s’arrêtent pas là : « La créatine a également des effets prouvés sur la mémoire, l’humeur et la performance cognitive. » Un avantage souvent ignoré dans le milieu sportif. Pourtant, MacLeod lui-même ne la consomme pas, estimant que son régime riche en viande rouge lui fournit déjà une dose naturelle suffisante. Pour les végétariens et vegans, en revanche, il la considère comme essentielle, notamment pour compenser leur déficit naturel en créatine alimentaire. 4. Les pièges marketing : AG1 et Red Bull sous la loupe Certaines marques, comme AG1, surfent sur la vague des « superaliments » pour vendre leurs produits à prix d’or. Mais MacLeod reste sceptique. « AG1 ne contient ni fer ni vitamine D, pourtant deux des carences les plus courantes dans le monde. » En d’autres termes, pourquoi payer une fortune pour un produit qui pourrait être remplacé par un multivitamines basique coûtant cent fois moins cher ? Même sort pour les boissons énergétiques comme le Red Bull. « C’est du sucre pur qui remplace des aliments denses en nutriments dans votre régime. » Bien que populaires pour leurs effets rapides, ces produits contribuent à déséquilibrer le régime à long terme, tout en masquant les véritables besoins nutritionnels. 5. La leçon de MacLeod : retour à l’essentiel Au-delà des suppléments, MacLeod prône un retour à une alimentation simple, mais efficace. Œufs, viande rouge, poisson gras, légumes frais : voilà, selon lui, la base d’une diète qui répond à la plupart des besoins. Ses seuls suppléments personnels ? La vitamine D, incontournable dans les pays peu ensoleillés comme l’Écosse, et les oméga-3, qu’il prend sous forme d’huile de poisson en raison de son allergie aux produits de la mer. Pour MacLeod, les suppléments ne doivent jamais remplacer une alimentation de qualité, mais simplement corriger des déficits spécifiques. « Si vous mangez des œufs, de la viande rouge et du saumon, vous n’avez pas besoin de suppléments. » Conclusion : ne soyez pas esclaves de votre shaker L’approche de Dave MacLeod bouscule l’obsession moderne pour les poudres magiques. À ses yeux, la véritable performance réside dans une alimentation équilibrée et adaptée, où chaque supplément doit être justifié par un besoin réel. Avant de dépenser votre argent dans des produits miracle, posez-vous la question : et si la clé de votre progression en escalade se trouvait déjà dans votre assiette ? Une réflexion que tous les grimpeurs, amateurs ou confirmés, gagneraient à méditer.
- L'École de la Montagne : apprendre l’alpinisme, comprendre la montagne
L’alpinisme impose une forme de patience que notre époque supporte mal. À l’heure où tout se consomme en accéléré – formations express, exploits relayés en boucle sur les réseaux, expériences prêtes à l’emploi –, l’apprentissage des pratiques de haute montagne semble appartenir à un autre temps. Un temps où l’on progressait par étapes, en assimilant les subtilités du terrain, en apprenant à lire l’espace avant d’y inscrire son mouvement. C’est précisément cette approche que défend l’École de la Montagne, avec une formation qui ne promet ni ascension record ni sensationnalisme, mais une chose plus rare : l’autonomie. Pas celle qu’on affiche sur une photo de sommet, crampons plantés pour l’esthétique, mais celle qui permet d’évaluer une ligne, d’anticiper une évolution météo, d’adapter son itinéraire et, si nécessaire, de renoncer. Un apprentissage qui ne se résume pas à une accumulation de techniques, mais à une compréhension globale de la montagne et des dynamiques qui la traversent. © L'École de la Montagne De l’initiation à l’indépendance : un format au long cours La transmission des savoirs en alpinisme oscille entre deux extrêmes : d’un côté, les stages courts, immersifs mais souvent trop fugaces pour réellement s’approprier les compétences ; de l’autre, l’expérience empirique, longue et parfois brutale, où l’on apprend seul, souvent à ses dépens. L’EDLM propose une alternative qui ne cherche ni à brûler les étapes, ni à exposer ses élèves à des risques inutiles : un programme d’un an, pensé pour intégrer progressivement les différentes dimensions de la haute montagne. Les élèves alternent entre stages pratiques encadrés par des guides de haute montagne et formation théorique à distance, afin d’acquérir une connaissance fine des paramètres qui façonnent une ascension : Rocher et terrain d’aventure : grimper en terrain non équipé, placer ses protections, construire un relais. Cascade de glace : lire une ligne, anticiper la qualité de la glace, manier piolets et crampons avec précision, placer des broches. Neige et alpinisme hivernal : évoluer en terrain mixte entre neige, glace et rocher, interpréter le bulletin avalanche. Courses d’arêtes : progresser sur un fil, gérer l’exposition et l'assurage en mouvement. Grande course finale en haute montagne : mise en application complète, avec une ascension pensée et menée en autonomie. Loin d’une simple succession de stages, l’ensemble forme un continuum pédagogique, où chaque module vient nourrir une progression globale. © L'École de la Montagne L’encadrement : un équilibre entre guide et autonomie Former des alpinistes autonomes, ce n’est pas les livrer à eux-mêmes. Chaque stage d'alpinisme est encadré par des guides de haute montagne, garants de la sécurité et de l’apprentissage technique. Mais leur rôle dépasse celui de simple accompagnateur : ils sont là pour corriger, transmettre, déconstruire les erreurs avant qu’elles ne deviennent des automatismes. L’un des aspects souvent sous-estimés de leur encadrement est leur capacité à adapter leur pédagogie à chaque élève. Un grimpeur issu de l’escalade en salle n’aura pas les mêmes réflexes qu’un randonneur habitué aux longues approches. Les guides détectent immédiatement les failles, qu’il s’agisse d’un mauvais placement de pied, d’une surestimation des conditions ou d’une méconnaissance du matériel. Mais l’apprentissage ne se limite pas aux stages encadrés. Entre ces sessions, les élèves sont également accompagnés dans la mise en pratique de leurs acquis à travers des sorties en autonomie sur des itinéraires accessibles, où l’engagement reste mesuré mais où la pédagogie prend tout son sens. Ces sorties intermédiaires, conçues comme des passerelles entre l’encadrement et l’indépendance, permettent aux élèves d’appliquer leurs connaissances sur le terrain, tout en bénéficiant d’un suivi et de conseils pour ajuster leur progression. Autour d’eux, un collectif. Une équipe d’élèves évoluant au même niveau, partageant la même progression et les mêmes questionnements. Car apprendre l’alpinisme, c’est aussi savoir dialoguer avec sa cordée, sentir les tensions et les équilibres, comprendre que la sécurité est autant une affaire de gestes précis que de communication. Loin de l’imagerie de l’aventurier solitaire, l’École de la Montagne défend une vision de l’alpinisme qui repose sur l’apprentissage en groupe, avec un juste dosage entre transmission et responsabilisation. L’autonomie comme finalité, pas comme postulat L’autonomie ne s’apprend pas en théorie. Elle se construit au fil des décisions que l’on prend sur le terrain. Un alpiniste formé à l’EDLM ne sera pas simplement capable d’enchaîner des manœuvres techniques : il saura lire son environnement, anticiper les problèmes, et surtout, faire des choix éclairés. Concrètement, cela signifie : Savoir renoncer : un sommet ne se mérite pas à tout prix, et un bon alpiniste est celui qui sait faire demi-tour au bon moment. Gérer un itinéraire : évaluer la meilleure ligne, identifier les pièges du terrain et adapter sa progression en fonction des conditions. Prendre en charge un partenaire : en cas de blessure ou de difficulté, savoir réagir efficacement et assurer la descente en sécurité. Hector, co-fondateur de l’EDLM, le souligne : « Il est aujourd’hui possible d’atteindre un sommet sans avoir la moindre compréhension du terrain. Suivre un guide, marcher en crampons derrière une cordée, c’est accessible à beaucoup. Mais qu’en reste-t-il une fois redescendu ? Notre but, c’est que nos élèves ne se contentent pas de gravir, mais qu’ils comprennent ce qu’ils font, qu’ils deviennent acteurs de leur progression, maîtres de leurs décisions. » Dans cette optique, l’École de la Montagne ne cherche pas à former des alpinistes formatés, mais à fournir les outils et la méthodologie qui leur permettront d’évoluer avec indépendance. © L'École de la Montagne Vers une nouvelle culture de la formation en alpinisme Au-delà de la simple transmission de savoir-faire, l’EDLM s’inscrit dans une évolution plus large de l’apprentissage de la montagne. L’alpinisme a longtemps reposé sur une culture du compagnonnage, où l’expérience s’acquérait en accumulant des sorties avec des partenaires plus expérimentés. Cette approche fonctionne, mais elle laisse de nombreux pratiquants dans l’incertitude, tributaires de rencontres et d’opportunités pour progresser. En structurant un programme sur un an, en mêlant pédagogie moderne et accompagnement sur le terrain, l’École de la Montagne propose une alternative aux formations éclairs et aux autodidactes laissés à eux-mêmes. À l’heure où la montagne se consomme parfois comme un produit, où les records se partagent en story avant même d’être digérés, cette approche rappelle qu’apprendre, c’est avant tout comprendre. Que grimper, ce n’est pas seulement accumuler des sommets, mais savoir pourquoi et comment on y arrive. Avec le soutien de L'École de la Montagne.
- Coupe du Monde de vitesse annulée à Klagenfurt : l’IFSC perd son sprint final
À peine annoncée, déjà enterrée. La sixième et dernière étape de la Coupe du Monde de vitesse IFSC, prévue en juillet 2025 à Klagenfurt, disparaît brutalement du calendrier officiel. La raison ? Un sponsor clé a décidé de se retirer, laissant l’organisateur autrichien, ACTS Sportveranstaltungen GmbH, complètement à sec. Sans les garanties financières nécessaires, l'IFSC n’a eu d’autre choix que de couper court. © David Pillet La fédération internationale promet qu’elle cherche « sans relâche » une ville de repli, mais soyons honnêtes : trouver une alternative crédible à seulement quatre mois de l’événement ressemble à une mission flash désespérée. Jouable, mais loin d’être gagnée d’avance. L'ambition solitaire de Klagenfurt : trop audacieuse ? Pourtant, sur le papier, tout semblait tenir la route. Klagenfurt devait initialement intégrer la Coupe du Monde dans un événement multisport, une formule qui a déjà fait ses preuves pour l’IFSC, assurant visibilité médiatique et stabilité financière. Mais voilà, la ville autrichienne voulait grimper seule, organisant un événement 100 % escalade. Un choix audacieux, salué au départ, mais qui se termine aujourd’hui dans la zone de chute. Résultat : un sponsor majeur saute en pleine voie, l'équilibre budgétaire s'écroule, et toute une saison sportive se retrouve amputée de sa finale. Innsbruck sauvée, mais le sprint mondial amputé Dans la tourmente, une bonne nouvelle tout de même : l’autre événement majeur autrichien de la saison, organisé par Austria Climbing (la fédération autrichienne d'escalade) à Innsbruck en juin (bloc, difficulté, para-escalade), reste confirmé. Pas de panique donc pour la grand-messe d’Innsbruck, qui continue de jouer dans la cour des grands. Mais pour la vitesse, c’est une tout autre histoire. Privée de son étape finale, c'est la discipline entière qui perd en cohérence. Pour les athlètes, la frustration est évidente : imaginez un championnat sans finale, un thriller sportif sans dénouement. Ce n’est pas juste un événement supprimé du calendrier, c’est tout le récit d’une saison sportive qui perd de son sens. Derrière l'annulation, la question du modèle économique refait surface Bien sûr, l'annulation soudaine d’une Coupe du Monde n'est pas juste un problème d’organisation. Elle révèle surtout la dépendance extrême des organisateurs locaux envers des partenaires privés dont les engagements peuvent disparaître du jour au lendemain. L’exemple autrichien rappelle à quel point la discipline demeure fragile financièrement, même à très haut niveau. On en parlait justement la semaine dernière dans notre analyse : « Fédérations d’escalade : un modèle à bout de souffle ? ». À force de jouer les équilibristes sur des budgets instables, les fédérations nationales et internationales jouent dangereusement à la roulette russe. L’annulation de Klagenfurt montre que l'IFSC, elle aussi, peine à sécuriser un modèle viable sur la durée en dépendant aussi fortement des organisateurs locaux. La vitesse risque ainsi de payer cher cet épisode. Et si l'IFSC ne réinvente pas rapidement sa manière d'organiser ses grands rendez-vous, ce ne sera sûrement pas la dernière fois qu’un événement disparaît aussi brutalement du radar.
- Les glaciers se font la malle, mais la poésie reste : plongée dans Les Sources de Glace
On a tout cramé. Les forêts, les hydrocarbures, nos illusions. Et maintenant, c’est la glace qui trinque. Pas juste une fonte anodine, pas un simple réajustement climatique — non, c’est une hémorragie blanche qui ne cicatrise pas. En 2025, les Nations Unies, un peu à la bourre, ont décidé de consacrer une Année internationale de la préservation des glaciers. Une noble intention, qui arrive comme un extincteur face à un feu de forêt. Pendant ce temps, Nastassja Martin et Olivier de Sépibus ont pris un autre chemin : celui de l’art, de la littérature et de la photographie, pour raconter la tragédie en cours avec autre chose que des courbes et des pourcentages. Le résultat, "Les Sources de Glace", est un livre qui ne joue pas le jeu du constat clinique. C’est un cri feutré, une élégie glacée où la puissance des images répond à la densité des mots. Un livre pour ceux qui ont compris que le combat est déjà perdu, mais qui refusent de détourner le regard. Glace sans fard, mots sans filtre Olivier de Sépibus monte à la rencontre des glaciers alpins depuis vingt ans. Il n’en ramène ni selfies ni grimpeurs en collant fluo, juste des paysages sans humains, immenses et désertés. Une matière en train de fondre, au propre comme au figuré. Ses clichés sont bruts, presque austères. Pas d’artifice, pas de mise en scène : juste la montagne qui se délite sous nos yeux. Un travail qui rappelle que, bien avant que l’homme n’invente le concept de paysage, la glace était là, souveraine, indifférente. Et qu’aujourd’hui, elle crève en silence. En face, Nastassja Martin. Anthropologue, écrivaine, poétesse de la fin des mondes. Elle pose des mots là où l’image seule pourrait suffire. Mais pas pour expliquer, encore moins pour consoler. Son écriture est une cartographie de la perte, un voyage entre la peinture, la mythologie et la science pour tenter de comprendre ce qui meurt sous nos yeux. © Vertige Media « Quelque chose meurt, quelque chose se crée, il est temps d’écouter la voix des sources de glace. » La glace parle, gronde, gargouille. Elle se brise et se reforme. Elle ne disparaît pas vraiment, elle se sublime – littéralement. D’état solide à état gazeux, sans passer par la case liquide. Elle nous file entre les doigts, au sens chimique du terme. Glaciers : mémoire d’éléphant, destin de papillon On ne le dit pas assez, mais la glace est une bibliothèque naturelle. Une mémoire de l’atmosphère, piégée dans des bulles d’air vieilles de plusieurs centaines de milliers d’années. On y lit l’histoire du climat, les caprices de l’air, les fièvres de la Terre. Sauf que voilà : on est en train de cramer les archives. La fonte n’est pas qu’un drame paysager ou un défi pour les stations de ski. C’est une perte de savoir, un trou béant dans l’histoire du monde. Les carottes glaciaires qu’on extrait en catastrophe pour les stocker dans des frigos sous atmosphère contrôlée, c’est l’équivalent du pillage des musées au crépuscule d’une civilisation. Une tentative désespérée de sauver les miettes. Et face à ça, les mots de Nastassja Martin sont sans appel : « Nos idées sur le monde ne sont plus tenables, ne sont plus vivables, comme les montagnes et leurs glaciers, elles ne tiennent plus debout. » Le paysage tel qu’on l’a appris, tel qu’on l’a peint, célébré, fantasmé, n’existe plus. Il se dissout sous nos yeux. © Vertige Media De Prométhée à l’Anthropocène : l’hubris en hors-piste Depuis que l’homme a décidé qu’il pouvait domestiquer la nature, il a tout réécrit à sa sauce. La montagne, autrefois domaine des dieux et des esprits, est devenue un terrain de jeu, puis un décor, puis une ressource. On a objectivé le monde, rationalisé l’altitude, balisé l’inconnu. Et maintenant que tout se fissure, on panique. On veut "sauver" ce qu’on a détruit, tout en continuant à jouer aux alpinistes du progrès. Comme si une bonne dose de geoengineering pouvait faire tenir ce qui ne tient plus. Comme si un peu de pompage sous-glaciaire allait ralentir la grande débâcle. « Nous avons stabilisé une idée de la sauvagerie à dompter en nous et hors de nous. (...) Le ciment qui tenait ensemble tout ce bel édifice mythologique se dissipe et la forme s’effondre dans une série d’éboulements fracassants. » Bienvenue dans le post-paysage, où la montagne n’a plus la même gueule qu’avant et où nos certitudes prennent l’eau. © Vertige Media Un livre-manifeste, sans banderole ni slogan Il y a mille manières d’aborder la catastrophe. Les rapports du GIEC, la collapsologie en mode check-list de fin du monde, les vidéos YouTube qui hurlent à l’apocalypse imminente. Les Sources de Glace prend un autre chemin : celui du regard, du langage, du trouble. C’est un livre ni optimiste ni pessimiste, mais lucide. Qui ne cherche pas à convaincre, encore moins à mobiliser. Juste à poser un instantané. Voilà où nous en sommes. Voilà ce que nous avons fait au monde. Voilà ce que nous sommes en train de perdre. « Revenir de la stupéfaction. Réapprendre à voir ce qui meurt, et ce qui naît. » Les Sources de Glace est disponible en librairie depuis le 13 mars. Il ne vous donnera pas les clés d’un futur radieux. Mais il vous rappellera, en mots et en images, pourquoi il faut continuer à aimer ce qui s’efface.
- Vertige Media fait le mur sur France 4
Ces derniers mois, le service public semble s’intéresser de près à l’escalade. Fin janvier, Jean-Laurent Cassely signait une chronique sur France Inter où il s’interrogeait — avec justesse — sur la possible gentrification des salles de bloc urbaines. Vertige Media y était cité comme l’un des rares à documenter cette évolution sans détour. Deux mois plus tard, changement de registre : France 4 nous propose de faire découvrir l’escalade aux enfants. Le tout dans le cadre d’Okoo-koo, une émission diffusée juste avant les dessins animés, destinée aux 6-10 ans. Une animatrice, Manon, s’initie à la grimpe. Et pour l’accompagner : une salle associative, un club FSGT, et Vertige Media. Dix minutes de télévision pour raconter l’escalade autrement. Pas en exploit, pas en défi. En expérience. Pierre-Gaël et Manon © Okoo-koo Parler aux enfants, sans bêtifier Derrière cette invitation, une attente précise : initier sans simplifier. Transmettre des gestes, mais aussi un esprit. Éviter le folklore comme la surpédagogie. Bref, parler à hauteur d’enfant, sans jamais descendre le niveau de discours. Le tournage s’est fait à Cimes 19, club associatif du 19e arrondissement affilié FSGT. Une salle où l’on apprend à grimper comme on apprend à coopérer : par étapes, sans arrogance, avec attention. Bloc, voie, consignes de sécurité… et surtout, un soin particulier au choix des mots. Pas de “challenge”, pas de “succès”. Plutôt : “s’encorder”, “faire confiance”, “observer”. Parce qu’avant de tirer sur les bras, on grimpe d’abord avec les mots. Pierre-Gaël © Okoo-koo Une séquence modeste, mais révélatrice Dix minutes de programme jeunesse, ça peut sembler léger. Mais ce passage dit autre chose : qu’on peut montrer la grimpe sans filtre Instagram ni surcouche héroïque. Que les clubs associatifs ont encore leur mot à dire dans la fabrique des imaginaires. Et que l’escalade, même filmée à hauteur d’enfant, reste une pratique qui engage — le corps, bien sûr, mais aussi l’écoute, le lien, la précision. Après France Inter, France 4. Deux manières d’aborder le même sport. Deux formats, deux tons. Mais un même constat : l’escalade fait désormais partie des sujets qu’on interroge — dans la ville, à l’école, dans les imaginaires collectifs. 👉 Voir l’épisode du 25 mars sur France.tv (le passage sur l’escalade commence à partir de 13’00)
- Danse escalade : et si on arrêtait de viser le sommet ?
L’escalade aujourd’hui ? Un peu comme un open space : chacun dans sa ligne, chacun avec ses codes couleurs, chacun avec sa croix à cocher. On grimpe pour réussir, on grimpe pour le sommet, mais on oublie pourquoi on grimpe. Antoine Le Menestrel et Ivan Le Pays étaient au Salon de l’Escalade pour proposer une autre histoire : celle où grimper, c’est d’abord créer du sens et du mouvement. Antoine Lemnestrel et Ivan Lepays © Le Cinoche Quand la cotation prend le melon Depuis que l’escalade est olympique, elle est devenue une affaire de chiffres : les prises sont fluo, les ouvertures calibrées, et Instagram célèbre surtout les « machines » qui plient des 8a comme on enchaîne les expresso. Ça fait rêver les ados et ça vend des chaussons, mais franchement, ça raconte quoi du geste, de la fluidité, de l’esthétique ? Pierre-Gaël Pasquiou, fondateur de Vertige Media et animateur de la conférence, lance la discussion avec un souvenir qui raisonne : « Ça m’est arrivé plusieurs fois de refaire une voie, et qu'on me dise : 'Pourquoi tu l'as fait ? Tu l’as déjà réussie !' Oui, mais il y avait un truc dans le mouvement que je trouvais sympa. » C’est ça la danse escalade : redécouvrir le plaisir de grimper pour grimper, comme un danseur répète un mouvement. Pas pour la performance, mais parce que c’est beau. Tout simplement. Antoine Le Menestrel : « Le sommet est une voie sans issue » Antoine est l’homme qui danse sur les murs depuis les années 80. Il aurait pu être l'un des meilleurs grimpeurs de son époque ; il a choisi d’être artiste. Mais avant de monter sur scène, il a connu les voies extrêmes et la grimpe comme un exutoire : « Je purgeais ma dépression et mon mal-être dans les voies les plus dures du monde. » Un jour, il choisit de refuser la compétition pour ouvrir les voies des compétiteurs. Paradoxe ? Plutôt révélation : « C’est en assumant ma contradiction que je me suis révélé artiste. » Antoine Lemnestrel © Le Cinoche Aujourd’hui, Antoine danse sur les façades urbaines et en cascade de glace – sans crampons, sans piolets. Une façon poétique et radicale de protester contre une escalade qu’il juge trop industrielle. La grimpe selon lui ? « Le sommet est une voie sans issue. Et la descente n’est pas indécente. » Traduction libre : grimper, ce n’est pas fuir la chute. C’est épouser la gravité. Ivan Le Pays : prise de liberté En face d’Antoine, Ivan Le Pays. Tatoueur, sculpteur et créateur de prises d’escalade hors cadre. Le genre de mec qu'on a envie d'appeler quand on se lasse du défilé des réglettes roses et vertes. Ses prises ? Oubliez les bacs bien visibles à prendre à pleines mains, pensez sculptures allongées en bois, lignes abstraites et courbes organiques inspirées des rochers de Fontainebleau. « Là où je prends le plus de plaisir en salle, c’est quasiment en faisant du multicolore. » Ivan Lepays © Le Cinoche C’est à Antoine qu’il doit le déclic : « J’avais tous ces dessins inspirés des rochers, sans savoir quoi en faire. Jusqu’à ce que je lise une phrase d’Antoine dans son livre : "Je veux jouer avec l’équilibre entre escalade et danse." Ça a fait tilt. » Aujourd’hui, Ivan propose autre chose que grimper en force : grimper pour chercher, imaginer, improviser. Des prises à l’échelle du corps, pas de la main. L’escalade a-t-elle besoin d’une cotation artistique ? Question posée dans la salle : peut-on, faut-il coter la danse escalade ? Antoine sourit, mais la réponse fuse, nette : « Ce n’est pas la cotation qui m’intéresse, c’est l’espace disponible à la poésie dans le geste. » Autrement dit : vouloir tout quantifier, c’est oublier que l’art ne se mesure pas. La danse escalade – ou appelez-la comme vous voulez – est là pour rappeler qu'on peut grimper sans réussir une voie, qu'on peut redescendre autrement, qu'on peut inventer sa propre règle du jeu. Pierre-Gaël Pasquiou © Le Cinoche « Inventez votre façon de grimper » C’est Antoine qui lance l’appel : « Il y a que vous qui dites comment grimper. Tout le reste, c’est une éthique inventée. » L’idée est belle : grimpez en solo ou en cordée, grimpez pour contempler, grimpez les yeux fermés, grimpez pieds nus pour sentir les prises sous vos orteils, grimpez pour raconter une histoire : « Avec Marie-Laure, on faisait de l’escalade poétique. Elle me disait : tu grimpes, tu descends, et tu me racontes l’histoire que la voie t’a racontée. » Grimpez à l’envers, grimpez sans sommet. Grimpez comme vous voulez. Mais grimpez pour quelque chose qui compte, pour vous. Conférence danse escalade © Le Cinoche Sortir du vertical, entrer dans le transversal Pour Ivan, c’est le chemin : décloisonner l’escalade en ouvrant à d’autres pratiques, d’autres disciplines : « Sortir de la verticalité pour aller vers la transversalité. » Son exemple : Ashima Shiraishi, grimpeuse élevée par un père danseur butô, qui grimpe comme on danse. Un modèle ? Plutôt une inspiration. Comme Antoine, comme Patrick Berhault, comme Patrick Cordier avant eux. Et comme tous ceux qui décident que grimper, ce n’est pas uniquement aller vers le haut. Mais c’est surtout aller vers soi. En sortant de la salle de conférence, on ne pense plus vraiment à la cotation ni au classement. Juste à l'envie de prendre une prise autrement, de grimper en multicolore, de faire tourner son pied sur un volume rond et de s'offrir le luxe, pour une fois, de redescendre lentement. Parce qu’après tout, le sommet peut attendre. 📽️ Vidéo de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici. 📖 Antoine Le Menestrel est l’auteur de Folambule, un livre à ne pas lire absolument.
- GRAVIR : quand l'escalade devient soin, le soin devient combat
« Être au pied du mur » : cette expression, vidée de son sens par des discours politiques paresseux et des métaphores usées, reprend soudain de l’épaisseur. Pour certains, ce mur est réel. Il se dresse dans les gymnases parisiens, une verticalité silencieuse, imposante, presque provocatrice. Pour les jeunes exilés accompagnés par le Centre Primo Levi, grimper est bien plus qu’un sport : c’est une revanche sur la vie, un pied de nez à leurs traumatismes. C’est GRAVIR, tout simplement. Derrière les murs invisibles du Centre Primo Levi Situé discrètement dans le 13e arrondissement parisien, le Centre Primo Levi reçoit chaque année plus de 400 personnes venues d’une cinquantaine de pays. Son mandat est clair : accueillir et soigner des victimes de torture et de violences politiques. Le traumatisme vécu par ces personnes dépasse souvent les capacités des soins classiques proposés en ville. Ici, l’accompagnement est pluridisciplinaire : psychologique, médical, social, juridique, et même paramédical. Chaque patient bénéficie d’une écoute attentive, souvent via des interprètes, pour garantir une prise en charge sensible et adaptée. Le Centre Primo Levi n’est pas une structure médicale ordinaire. C’est un refuge. Un lieu qui répare les liens brisés par l’horreur, où les traumatismes s’expriment souvent dans des silences assourdissants, des regards fuyants, des corps pliés par le poids d’un passé trop lourd. Mais comment restaurer la confiance en soi et en l’autre lorsqu’elle a été méthodiquement détruite ? La réponse, aussi improbable que radicale, viendra d’un mur d’escalade. Pourquoi l’escalade ? L’intuition thérapeutique d’Hélène Desforges À l’origine de GRAVIR, il y a Hélène Desforges, kinésithérapeute engagée au Centre Primo Levi, qui avait déjà expérimenté l’impact positif de l’escalade auprès d’enfants handicapés moteurs. L’intuition est audacieuse : utiliser l’escalade, pratique sportive exigeante, pour aider ces jeunes à retrouver un ancrage, à canaliser leurs énergies physiques et psychiques. « Nous faisons le pari que l’escalade peut apporter une ossature à nos patients en situation post-traumatique, qui manquent de repères et ont beaucoup de liens à retisser », explique-t-elle. L’idée n’est pas de substituer une thérapie classique à l’escalade, mais plutôt d’offrir une expérience nouvelle, structurante. L’escalade, sport du risque maîtrisé et de l’engagement contrôlé, est un parfait catalyseur pour reconstruire la confiance en soi et en l’autre. Chaque séance devient une métaphore du soin lui-même. La verticalité comme dispositif thérapeutique Chaque semaine, les jeunes sont accueillis autour d’une collation dans un café voisin. Ce premier moment n’est pas anodin : il s’agit d’ancrer dans un rituel apaisant un groupe aux membres souvent hésitants à se livrer. Puis vient le temps de l’échauffement et de l’équipement. Sous la supervision d’un moniteur diplômé d’État, épaulé par des bénévoles du Club Alpin Français et deux cliniciens du Centre, les adolescents grimpent pendant une heure et demie. Dans cet espace, chaque geste prend sens. Le grimpeur doit apprendre à gérer sa peur, à structurer son mouvement. Celui qui assure, lui, doit être pleinement engagé dans l’instant. L’engagement sportif est autant physique que moral : « Je te protège, tu me protèges », explique simplement Hélène Desforges. La confiance perdue se reconstruit sur cette assurance mutuelle, sur cette sécurité réciproque. L’alliance improbable : Primo Levi et le Club Alpin Français Le partenariat avec le CAF peut paraître improbable : une association accueillant des victimes de violences politiques et un club alpin historiquement ancré dans une culture montagnarde traditionnelle. Pourtant, la rencontre fonctionne parfaitement, fondée sur des valeurs communes d’accueil et de transmission. Le CAF offre matériel, assurance et accès aux gymnases parisiens via un système de « PASS », facilitant l’accès à des jeunes dispersés dans toute l’Île-de-France. Mais cette collaboration n’est pas sans difficultés. La nécessité absolue d’anonymat complique la gestion quotidienne. Pas de groupes WhatsApp, pas d’identification numérique directe. Chaque interaction doit être individualisée, soigneusement calibrée, respectueuse de parcours fragiles. Premières prises, premiers résultats Le projet a dépassé toutes les attentes initiales. Alors qu’Hélène Desforges espérait garder 4 à 5 jeunes sur les 10 initiaux, ce sont finalement 9 adolescents qui participent régulièrement. Physiquement, ces jeunes semblent même parfois plus débrouillards que d’autres débutants. Psychologiquement, les bénéfices se font sentir dans les séances au Centre : une confiance en soi accrue, une socialisation apaisée, un rapport au corps retrouvé. Un des jeunes participants raconte spontanément : « Ce n’est pas plus dur que d’aller chercher des fruits dans les arbres quand j’étais enfant ». Un autre souligne la complicité nécessaire en escalade, source de liens solides et réparateurs. Le défi discret du financement Le projet GRAVIR nécessite un financement régulier et conséquent. Encadrement professionnel, matériel (baudriers, chaussons), transport, collations, tout cela a un coût. Dans un contexte politique instable et une réduction drastique des financements publics et privés dédiés à la solidarité, chaque euro se négocie âprement. Le Centre Primo Levi explore actuellement des pistes auprès de fondations privées et lance des campagnes de crowdfunding pour pérenniser GRAVIR, mettant en avant la santé mentale comme grande cause nationale en 2025. Pérenniser, démultiplier, élargir L’avenir du projet est ouvert et ambitieux. Le CAF envisage déjà d’étendre ce modèle à d’autres associations et publics vulnérables. La FSGT, attentive, observe ce projet pilote avec intérêt, consciente des potentialités immenses d’un tel dispositif. À terme, l’idée est claire : permettre aux jeunes exilés de devenir autonomes, intégrés à des clubs sportifs, voire devenir à leur tour transmetteurs de savoirs auprès d’autres jeunes, créant ainsi une dynamique de résilience collective. Devant ce mur, ce ne sont pas seulement leurs corps qu’ils ont élevés, mais leur destin tout entier. Ils ont réinvesti leurs corps, repris confiance, reconstruit des liens essentiels à leur survie psychique. « Ils ne sont plus au pied du mur, ils sont en haut », conclut magnifiquement Hélène Desforges. Et peut-être, dans ce geste-là, ont-ils aidé chacun d’entre nous à voir au-delà des murs, réels ou métaphoriques, que nous dressons trop souvent autour des souffrances qu’on ne veut pas voir.
- Massification de l’escalade : le vertige des grandeurs ?
L’escalade est-elle en train de devenir une pratique mainstream au même titre que le foot ? C’était la question un peu provoc’ posée en janvier dernier par Lucien Martinez, rédacteur en chef de Grimper Magazine, lors d’une conférence organisée par Vertige Media au Salon de l’Escalade. Accompagné par l’économiste Gilles Rotillon, grimpeur et observateur affûté du milieu depuis 60 ans, ils ont tenté de décrypter la « massification » annoncée de l’escalade, entre croissance vertueuse et dérives potentielles. Gilles Rotillon © Le Cinoche L’escalade, nouvelle religion populaire ? À première vue, le succès de l’escalade ne fait aucun doute. « Quand j'étais au lycée, personne ne grimpait autour de moi, personne ne savait ce que c'était des chaussons d'escalade », se souvient Lucien Martinez. « Dans ma famille, personne ne grimpait, mes cousins, cousines ne savaient pas ce que c'était, on me prenait un peu pour un hurluberlu. Ces 5 dernières années, je ne compte plus le nombre de vieilles paires de chaussons que j'ai données à des cousins, à des amis qui ne savaient pas ce que c'était l'escalade à l'époque. » Le constat est unanime, et confirmé par Gilles Rotillon, économiste de l’environnement : « Il y a 20 ans, l'escalade n'apparaissait absolument pas dans ce recensement-là. Aujourd'hui quand vous posez la question, l'escalade apparaît, et elle n'est pas en dernière position des pratiques. Donc ça veut dire quand même qu'au niveau social, dans la société, elle est reconnue comme une activité. » Pour preuve ? La multiplication spectaculaire des salles d’escalade, le boom du matériel, mais aussi la croissance exponentielle des topos recensant les falaises en France : « La première édition du Guide du Cosiroc, qui date de 1982, faisait 100 pages. En 1999, la huitième édition faisait 471 pages. Si on faisait une édition aujourd'hui, elle serait le double de ça, je suis sûr, » affirme Gilles Rotillon. Alors oui, le sport vertical a bel et bien pris de l’envergure, mais s’agit-il pour autant d’une massification générale ou plutôt d’un phénomène ciblé, urbain, réservé à certaines catégories socio-professionnelles ? Lucien Martinez © Le Cinoche Escalade populaire ou élitisme urbain ? Dans la salle, les voix nuancent rapidement l’image triomphante d’une pratique devenue ultra populaire. Un gérant de salle bruxelloise témoigne : « Oui, la fréquentation augmente, mais ce n’est pas encore la facilité absolue, le tapis rouge pour attirer sponsors et partenariats comme dans le foot. » D’autres questionnent même la définition du terme escalade, renvoyant aux jeux d’enfants dans les arbres ou aux salles aseptisées des grandes villes. À Fontainebleau, un grimpeur souligne un autre biais : « On ne sait pas vraiment si cette croissance est proportionnelle à la démographie générale. Y a-t-il réellement davantage de grimpeurs en pourcentage ou simplement plus de monde ? » Pourquoi cette croissance ? Pour Gilles Rotillon, les racines de ce boom sont doubles. « D'abord, dès les années 70, on a équipé les falaises. La chute, autrefois synonyme de danger mortel, est devenue un moyen de progression. L'escalade s'est autonomisée par rapport à l'alpinisme, elle est devenue une activité en propre. » Mais ce changement technique s’est conjugué à une évolution économique mondiale majeure : la baisse des gains de productivité dans les secteurs industriels classiques. Résultat ? « Des capitaux immenses cherchant de nouveaux marchés ont investi massivement dans le loisir. Et l’escalade était parfaite pour ça : rentable, urbaine, accessible. » Pas étonnant que cette discipline ait rapidement rejoint la liste des nouveaux sports olympiques, aux côtés du skate et du breakdance – activités jeunes, dynamiques, à forte rentabilité potentielle. © Le Cinoche Entre vertus et dérives Mais la croissance est-elle forcément une bonne nouvelle ? Dans l’auditoire, les réactions oscillent entre enthousiasme et méfiance. Une grimpeuse occasionnelle déplore les tarifs prohibitifs des salles urbaines : « Ça reste élitiste, réservé à une catégorie sociale aisée. » Un ouvreur professionnel voit la dynamique d’un œil ambivalent : « Ça crée des emplois, c’est formidable, mais l’ambiance et la culture originelle de la grimpe se diluent. » Pour Gilles Rotillon, il ne s’agit pas tant d’une aseptisation que d’une autonomisation progressive des pratiques : « Il y a une autonomisation relative en ce moment de la pratique en bloc. Le scénario le plus probable, c'est une autonomisation encore plus importante si la gestuelle dans les salles d'escalade continue sur ce chemin, de plus en plus gymnique. C'est autre chose clairement, ce n'est pas la même escalade qu'on trouve en milieu naturel. » Attention au « syndrome de l’Everest » Mais le vrai danger, selon Lucien Martinez, serait ailleurs. Avec la massification se dessinent les premières dérives : « On aménage les falaises à outrance, on bétonne les parkings, on envisage de certifier des falaises comme on certifie un parc d'attraction. » Ce risque de « perte de sens » est réel. Gilles Rotillon abonde : « L'extrême d'une certaine façon, c'est l'Everest. Pourquoi l'Everest se passe comme ça ? Parce qu'on a retiré au maximum le risque de mort, on en a fait un produit commercial. » Pour éviter cela, les deux intervenants insistent : il faut préserver la responsabilité des grimpeurs dans l’équipement et l’entretien des sites, maintenir la culture associative, et surtout favoriser le lien entre salle et falaise. « L'escalade à l'école, par exemple, est quelque chose de formidable, elle démocratise la pratique en la sortant du tout marchand », rappelle Gilles Rotillon. Une vigilance collective Alors, cette croissance, bonne ou mauvaise nouvelle ? Au final, pas de réponse définitive mais un appel à la vigilance. L’escalade évolue, c’est indéniable, mais elle se tient sur une ligne de crête : d’un côté, l’ouverture, la démocratisation, l’emploi ; de l’autre, la perte du sens initial, la marchandisation excessive, l’érosion culturelle. À chacun, grimpeur ou acteur de la grimpe, de peser dans le bon sens. De rester vigilant face aux dérives potentielles, pour que l’escalade reste avant tout ce qu’elle doit être : une histoire de passion, d’équilibre, et d’humanité. 📽️ Vidéo complète de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici.
- Le sauna, cette chaleur qui ne viendra pas
Chronique pour celles et ceux qui ont un jour cru aux promesses de vapeur. Rare image de votre salle en 1972. C’est un mot discret, presque pudique, qu’on glisse souvent au détour d’une brochure, coincé quelque part entre « enrouleurs automatiques » et « smoothies maison ». Trois syllabes chaleureusement boréales qui exhalent des promesses d’évasion nordique, de récupération profonde, de corps apaisés après l’effort. Sauna . Dans l’univers moite des salles d’escalade, il brille comme une utopie tiède : un oasis de vapeur dans un désert de résine . Mais le sauna n’est jamais vraiment là. Ou plutôt : il est toujours là, mais en creux. Présent dans les discours, omniprésent dans les plans 3D et les rêves éveillés de grimpeurs épuisés par un run de trop – mais radicalement absent de la réalité. Le plus souvent, c’est une porte en bois, fermée à double tour, coiffée d’un petit mot maladroit écrit au stylo bleu – « en maintenance », « provisoirement indisponible » –, dont la calligraphie tremblante indique sans équivoque qu’il ne s’agit ni d’un incident ponctuel, ni d’un retard technique. C’est une panne ontologique. Un paradoxe quantique. Le sauna de Schrödinger : il est là et il n'est pas là. Il existe et il s’évapore . Mais ce qu’on lui reproche, au fond, ce n’est pas qu’il ne fonctionne pas. Vous l'aurez compris, le sujet n’est pas technique. Il est métaphysique . Ce que symbolise le sauna, dans une salle d’escalade, ce n’est pas seulement la chaleur du corps, c’est surtout la chaleur de l’idée . Le sauna est donc cette fiction marketing qui ne dit pas son nom, ce supplément d’âme de 4m2 qui nous convainc que nous grimpons dans un lieu pensé, presque spirituel. Un lieu où l’on ne viendrait pas seulement martyriser ses doigts sur des arquées, mais où l’on viendrait aussi prendre soin de soi, réparer ses tendons, et peut-être même sa semaine . Certaines salles poussent d’ailleurs le raffinement jusqu’à promettre un sauna avant même d’avoir coulé les fondations. On annonce fièrement « un espace bien-être à venir » dans des lieux si exigus qu’il faudrait déjà demander pardon au voisin pour ranger son sac à corde. On assure que le sauna arrivera bientôt, éthique, éco-responsable, parfaitement intégré entre une porte coupe-feu et la poubelle à chaussons. À ce stade, on comprend que le sauna n’est pas un équipement mais un horizon. C’est l’Arlésienne thermale du grimpeur moderne : toujours attendue, jamais rencontrée . C’est un besoin de maintenir intacte l’illusion, une fidélité paradoxale au mirage. Comme ces messages qu’on envoie parfois à un amour passé, histoire de vérifier que l’histoire n’est pas complètement terminée. Naturellement, ce doux mensonge laisse des traces. Les messages agacés fleurissent sur Instagram entre deux émojis flammes et un cœur rouge : « Toujours pas réparé le sauna ? », « Hâte de tester l’espace bien-être (lol) », « Vous avez pensé à mettre un panneau ‘fiction’ sur la porte ? ». On les lit, on en sourit, on les écrit sans colère véritable. On tomberait presque pour complicité . Sur Google aussi, les notes à deux étoiles rappellent à l’ordre ces salles qui n’ont jamais tenu leur promesse. Entre une critique sur le prix du houmous et la moquette tachée du vestiaire, la panne permanente du sauna est devenue un genre littéraire en soi . Un folklore digital partagé, comme si chaque grimpeur, un jour ou l’autre, avait voulu rédiger sa petite chronique de l’absence. Mais soyons sincères : personne ne souhaite vraiment sa réparation immédiate. Pas comme on réclamerait un vrai topo ou des prises nettoyées régulièrement. Ce n’est pas un vrai combat . C'est un petit mensonge collectif, dans lequel on aime faire transpirer nos plaisirs coupables. C’est un besoin de maintenir intacte l’illusion, une fidélité paradoxale au mirage . Comme ces messages qu’on envoie parfois à un amour passé, histoire de vérifier que l’histoire n’est pas complètement terminée. Et puis, si par un miracle quelconque, le sauna se décidait enfin à fonctionner, on serait presque déçu . Parce que derrière la vapeur, derrière le bois chaud, il y a Guy. Torse nu, jambes écartées, le regard franc, occupé à te raconter avec passion son stage d'ouverture à Dijon, alors que tu cherches juste un moment de silence pour expier tes chutes répétées dans le dernier 6B du fond. À ce moment précis, le rêve du sauna s’effrite. Il n'y a plus rien d' hygge , il devient une vulgaire cage en bois révélant sa vraie nature dans laquelle on n'a jamais vraiment eu envie de se plonger, juste savoir qu'elle existait . C’est probablement là que réside le vrai malentendu. Ce que l’on poursuit, à travers le sauna, ce n’est pas une chaleur réelle, mais une intention de chaleur . L’idée rassurante qu’ici, dans cette salle où les prises tournent trop vite et les bières restent trop tièdes, quelqu’un, quelque part, a pensé à notre bien-être. Même si c’est faux. Même si c’est une promesse creuse, un élan vers un mieux qui n’arrivera jamais . Alors oui, on continue d’y croire. On le réclame, on commente, on alimente le mythe avec humour, tendresse et fatalisme . On se prend à rêver du jour où, après une séance marquée par des échecs glorieux, on pourra enfin s’y glisser, au calme, sans Guy ni débat interminable sur la magnésie liquide. Mais au fond, on sait déjà que cette chaleur-là ne viendra pas. Et c’est sans doute mieux ainsi .












