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  • Accidentologie en escalade : ce que les chiffres de la FFME pour 2023-2024 nous disent vraiment

    Chaque année, la Fédération Française de Montagne et d’Escalade (FFME) dresse un état des lieux de la sécurité dans nos pratiques verticales . La saison 2023-2024, marquée par un record de 120 080 licencié.e.s, dévoile une accidentologie stable mais toujours préoccupante. Avec 445 sinistres enregistrés et deux décès tragiques , ce rapport n'est pas un simple inventaire : il invite à une réflexion collective sur nos responsabilités en tant que grimpeurs et encadrants. Plongée dans les chiffres et les récits qui dessinent l’état de la sécurité dans l’escalade. Des chiffres globalement stables, mais révélateurs Si le ratio sinistres/licencié.e.s reste faible (0,37 %), ce chiffre cache des nuances importantes. Parmi les sinistres, 76 % concernent l’escalade , toutes formes confondues, un chiffre en légère baisse par rapport à 2023 (81 %). Cependant, les blessures graves et les décès rappellent la dure réalité des risques inhérents à ces activités. © FFME Les autres disciplines couvertes par la FFME, comme le ski-alpinisme et le ski alpin, connaissent une augmentation notable des accidents, avec 64 sinistres en 2023-2024 contre 52 l’année précédente. Une évolution qui soulève des questions sur les conditions de pratique dans ces environnements exigeants. SAE, SNE : des environnements différents, des risques communs La distinction entre escalade sur structure artificielle (SAE) et en site naturel (SNE) permet d’affiner l’analyse : En SAE, 25 % des accidents liés à la difficulté proviennent de défauts d’assurage . Parmi les 194 sinistres en escalade avec corde, une proportion significative est imputable à une mauvaise maîtrise des outils, comme les freins à blocage assisté. En SNE, les accidents graves sont plus fréquents, notamment en grande voie . Le cas d’un grimpeur ayant chuté mortellement dans les Pyrénées espagnoles sur une voie non équipée illustre les défis spécifiques de cet environnement. © FFME Ces constats mettent en lumière l’importance de formations adaptées et d’une vigilance accrue , quel que soit le cadre de pratique. Des causes récurrentes et des signaux inquiétants Le rapport identifie des patterns familiers dans l’accidentologie : Les chutes normales représentent 61 % des sinistres , confirmant leur prévalence. Les mouvements traumatiques, en revanche, affichent une augmentation alarmante , passant de 11 % à 24 % des sinistres. Cette hausse pourrait refléter une évolution dans les types de mouvements demandés, notamment dans les blocs en compétition. En escalade de bloc, la hauteur des structures est mise en cause dans plusieurs accidents . Le rapport cite des cas où des jeunes grimpeurs, confrontés à des sommets mal adaptés, ont subi des blessures graves. Pour y remédier, la FFME a imposé de nouvelles règles pour les catégories U16 et plus jeunes, limitant la hauteur des prises finales et rendant les prises de descente obligatoires. © FFME Exemples marquants : quand l’urgence devient une menace Le rapport 2023-2024 regorge de récits qui traduisent les risques concrets sur le terrain. Parmi eux : Un nœud oublié dans l’urgence : lors d’une grande voie, un grimpeur blessé a dû redescendre en hâte. La corde, trop courte, n’avait pas été sécurisée par un nœud en bout, mettant la vie du grimpeur en danger. Ce n’est qu’à la dernière seconde qu’un assureur a pu limiter les dégâts en avançant sur une plateforme. Une chute au premier point : en école d’escalade, une grimpeuse débutante a lourdement chuté sur le dos en ratant le clippage de la première dégaine, provoquant une fracture des vertèbres. © FFME Ces incidents, bien que rares, rappellent l’importance des fondamentaux : parer systématiquement, vérifier son matériel et ne jamais céder à la précipitation. Mineurs, majeurs, hommes, femmes : des profils variés face aux risques Les données montrent que les adultes représentent 76 % des sinistres , malgré une proportion plus élevée de licencié.e.s mineurs. Ce contraste pourrait être lié à des comportements plus prudents dans les groupes encadrés ou à des sur-estimations fréquentes des capacités chez les grimpeurs expérimentés. Sur le plan du genre, la répartition des sinistres (54 % pour les hommes, 46 % pour les femmes) reflète fidèlement celle des licencié.e.s. Un équilibre qui témoigne d’une pratique désormais largement partagée entre les sexes. © FFME La réponse de la FFME : prévention et pédagogie Pour enrayer ces tendances, la FFME multiplie les initiatives : Apprentissage de la chute : un programme progressif vise à enseigner des techniques sûres, aussi bien en bloc qu’en escalade de difficulté. Sécurité en SAE : des affiches pédagogiques et un protocole spécifique pour les enrouleurs automatiques ont été mis en place. Compétitions jeunes : les hauteurs et mouvements en bloc ont été revus pour réduire les risques chez les U16 et plus jeunes. La fédération rappelle aussi l’importance de souscrire à une assurance individuelle accident. Bien qu’optionnelle, elle peut couvrir des frais médicaux non remboursés, souvent coûteux après un accident. Une vigilance collective à renforcer Si le rapport 2023-2024 met en lumière des progrès, il souligne aussi des marges d’amélioration significatives . La sécurité en escalade repose autant sur des règles claires que sur une vigilance de tous les instants, qu’on soit débutant ou expert. L’engouement pour cette discipline continue d’attirer de nouveaux pratiquants, et avec lui, une responsabilité croissante. Faire de l’escalade un sport sûr tout en préservant son essence aventureuse est un équilibre délicat, mais indispensable. Cliquez ici pour consulter le bilan de l’accidentologie de la saison [2023-2024] . Ces articles peuvent aussi vous intéresser : Statistiques des accidents dans les salles d'escalade Climb Up Lyon : L'accident mortel qui relance le débat sur la sécurité en salle 10 règles tacites en salle de bloc Les enrouleurs automatiques au cœur des nouvelles directives de la FFME

  • Les Grips : Pierre Broyer, maître de l’ouverture à l’assaut de l’arène

    Pierre Broyer, c’est un nom qui claque dans le monde de l’escalade. Difficile de l’ignorer : il incarne une nouvelle génération d’ouvreurs, à la fois créatif, persévérant, et un brin provocateur. Ce n’est pas juste un ouvreur de talent ; c'est celui que l’on appelle lorsqu’un événement exige des blocs iconiques, inattendus, où l’audace rivalise avec la technique . Des salles d’Île-de-France aux compétitions internationales, Pierre impose sa signature. Et c’est entre deux coups de "choqueuse", sur une pause à Copenhague où il ouvre pour une compétition, que nous avons pris le temps de discuter avec lui des Grips , où il est "Head Setter", mais aussi de son parcours et de sa vision d’un métier aussi exigeant que captivant. © Flathold Les premiers pas d’un ouvreur passionné Pierre débute l’escalade presque par hasard, mais se prend vite au jeu. « Assez vite, je me souviens avoir été fasciné, » raconte-t-il. À peine quelques mois après ses débuts en salle, il observe l’ouvreur Laurent Julien, alors actif chez Antrebloc, un lieu emblématique en Île-de-France, et se met en tête de lui emboîter le pas. Grâce à un arrangement avec le propriétaire de la salle, Pierre décroche ses premières opportunités d’ouverture, marquant ainsi le début d’un parcours intense dans ce monde où la technique devient art. « Je venais de mettre un pied dans l’ouverture », se souvient-il. Il plonge alors dans cette quête d’unicité et de précision, où chaque bloc doit poser des défis tout en racontant une histoire . L’affirmation d’un style en perpétuelle construction Si dès le début certains voient en lui une identité d’ouvreur déjà affirmée, Pierre explique que son style s’est forgé au fil du temps : « Il y a une première période où j’étais un peu touche-à-tout. On finit par ouvrir des blocs où l’on se sent à l’aise », confie-t-il. Mais au fil des années, sa démarche s’affine, chaque bloc devient une pièce unique où rien n’est laissé au hasard. « Ce n’est pas du talent mais de la persévérance », insiste Pierre, refusant de se voir comme un prodige. Il évoque l’un de ses blocs iconiques, créé pour les championnats du monde à Berne, autour d’un "no foot" avec des prises transparentes : une configuration audacieuse qui a demandé des années d’essais pour atteindre le résultat voulu . Ce bloc, comme d’autres, illustre son approche : donner à l’escalade une dimension inattendue, presque théâtrale. © Flathold Les dilemmes de l’ouverture en compétition : entre échec et dépassement Ouvrir en compétition, c’est accepter une part d’échec , un concept que Pierre embrasse pleinement. À chaque compétition, la pression monte lorsqu’un bloc échoue à révéler le niveau des grimpeurs et grimpeuses. « Quand les mouvements ne passent pas, tu as des ouvreurs qui fixent leur téléphone, d’autres qui sortent prendre l’air. » Pierre se souvient d’un moment frustrant pour Colin Duffy à Maringen, en Suisse, où un bloc de départ complexe avait empêché les athlètes de comprendre l’intention derrière le mouvement. « Sur le coup, tu te dis pourquoi on a passé autant de temps là-dessus », avoue-t-il. Pourtant, chaque critique, même acerbe, alimente son envie d’aller plus loin et de perfectionner l’expérience grimpeur. « Quand les mouvements ne passent pas, tu as des ouvreurs qui fixent leur téléphone, d’autres qui sortent prendre l’air. » Technologie et ouverture : entre inspiration et limites Avec le mur Titan de EP , le monde de l’ouverture pourrait franchir un nouveau cap, en permettant de reproduire à l’identique des blocs à travers le globe. Pour Pierre, « le fait de standardiser et pouvoir reproduire des blocs » pourrait en effet offrir une opportunité aux fédérations qui se trouvent loin des hubs d’ouverture , comme l’Europe, les États-Unis ou l’Asie. Mais pour lui, le cœur de l’ouverture, c’est aussi de « chercher systématiquement quelque chose de différent et de nouveau. » La technologie, bien que prometteuse, ne remplace pas l’esprit d’invention qui définit le métier d’ouvreur, un domaine où l’improvisation et l’intuition restent irremplaçables. © Flathold Les Grips : un terrain de jeu à part entière En décembre, Les Grips débarquent à Montbéliard, transformant l’Axone, habituée aux concerts, en véritable arène de grimpe . Pas de compétition classique ici : il s’agit d’un show où les meilleurs mondiaux s’affrontent sous les projecteurs, au rythme de sets live signés Vandal X, Ugo et AASH. « Au début, ça paraissait tellement gros, je me disais que ça ne resterait qu’un projet », confie Pierre Broyer qui a été contacté par Morgane Morel pour superviser l’ouverture. « Au début, ça paraissait tellement gros, je me disais que ça ne resterait qu’un projet » Pour le contexte, pour cette première édition Les Grips réussit à réunir une quarantaine de pointures internationales, de Tomoa Narasaki à Naïlé Meignan, en passant par Brooke Raboutou . Leur défi : affronter les 16 blocs signés par Pierre et trois autres figures de l’ouverture — Rémi Samyn, Gen Hirashima, et Manuel Hassler. Une équipe que Pierre connaît bien, avec qui il a beaucoup appris, mais pour cette fois, « c’est un peu un challenge, les rôles s’inversent », dit-il en riant, évoquant ses anciens mentors devenus collaborateurs. « On a quand même passé tous les quatre ces deux dernières années à essayer de coller à des cahiers des charges, des guidelines » Les Grips lui offrent surtout une liberté rare, loin des contraintes officielles : « On a quand même passé tous les quatre ces deux dernières années à essayer de coller à des cahiers des charges, des guidelines », explique-t-il. Cette fois, « on va pouvoir être un peu plus libres sur cette ouverture. » Mais ce n’est pas tout. Pour une fois, les ouvreurs ne resteront pas dans l’ombre . « Finalement, on va faire partie du décor, là où d’habitude on ouvre, le rideau se lève et les ouvreurs disparaissent », ajoute Pierre, qui apprécie ce clin d’œil. Entre deux rotations de blocs, les ouvreurs seront eux aussi en scène, travaillant au rythme des DJ et des jeux de lumière , comme des chefs d’orchestre de l’ombre, au cœur du spectacle. © Flathold « Pour une fois, on montre l’envers du décor, et c’est une bonne chose » Avec Les Grips, Pierre Broyer signe donc non seulement pour une compétition d’escalade, mais aussi pour un spectacle total. Loin des circuits où les ouvreurs restent invisibles, il s’apprête à livrer une performance en direct, où chaque bloc sera une partition taillée sur mesure pour les meilleurs grimpeurs du globe . « Pour une fois, on montre l’envers du décor, et c’est une bonne chose » conclut-il, le sourire en coin. Pour Pierre, c’est l’occasion d’aller encore plus loin dans sa vision de l’escalade, de prouver que l’ouverture, au-delà des murs et des blocs, peut aussi conquérir une scène , voire un public entier. Les Grips sont là pour ouvrir la voie, et Pierre est bien décidé à marquer les esprits. Fidèle à son style, il garde ses idées bien secrètes, laissant planer le suspense sur ce qu’il réserve aux grimpeuses et grimpeurs. Une chose est sûre : il n’a pas fini de surprendre. Toutes les informations sur Les Grips sont disponibles sur notre espace dédié .

  • Shaker de protéines et escalade : bonne ou mauvaise idée ?

    Vous avez sûrement déjà vu une personne siroter un shaker de protéines après sa séance d’escalade et vous vous êtes demandé : Devrais-je en prendre aussi ? Est-ce vraiment utile, même pour un grimpeur amateur ? Et qu’en est-il si vous êtes végétarien.ne ou vegan ? En tant que diététicienne spécialisée en nutrition sportive et passionnée d’escalade, je vous propose de faire le point sur cette question. L’objectif ? Vous donner toutes les clés pour décider en toute connaissance de cause . Les protéines en poudre, c’est quoi ? Les protéines en poudre sont des compléments alimentaires concentrés, souvent utilisés pour couvrir les besoins accrus des sportifs. Leur popularité tient à leur praticité et à leur efficacité : dans une seule portion, vous obtenez en moyenne 20 à 27 g de protéines. Mais toutes les poudres ne se valent pas : La whey , issue du lait, est une des plus connues pour sa rapidité d’absorption. La caséine , également dérivée du lait, est absorbée plus lentement, idéale pour un apport prolongé. Les BCAA , un mélange d’acides aminés essentiels, sont souvent utilisés pour soutenir la récupération musculaire. Le collagène , quant à lui, est souvent utilisé pour favoriser la santé des articulations et des tissus conjonctifs, bien qu’il ne soit pas une source complète d’acides aminés. Les alternatives végétales , comme le mélange pois-riz, offrent un profil d’acides aminés équilibré pour les régimes vegan. Chacune a ses spécificités et son utilité, mais l’essentiel reste de bien comprendre vos besoins avant de les intégrer à votre routine. Quels besoins pour les grimpeur.se ? Les besoins en protéines d’un sportif amateur dépendent de plusieurs facteurs : le type d’activité physique pratiquée, l’intensité des entraînements, vos objectifs personnels et votre poids corporel. En général, la recommandation se situe entre 1,2 et 2 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour. Cette fourchette est large : 1,2 g/kg/jour convient davantage à une personne sédentaire. 2 g/kg/jour est plus adapté pour ceux qui pratiquent des activités intenses, comme la musculation ou une prise de masse. Pour un.e grimpeur.se amateur.e, je recommande principalement un apport de 1,5 à 1,6 g/kg/jour. Cela correspond à environ 90 à 96 g de protéines par jour pour une personne de 60 kg. Une autre méthode consiste à calculer vos besoins en protéines en fonction de vos apports énergétiques totaux : 20 à 25 % des calories consommées selon votre pratique. Si votre activité est occasionnelle, vous serez plus proche des 20 %, tandis que des objectifs sportifs plus poussés vous rapprocheront des 25 %. Cette méthode est plus personnalisée, mais si les calculs vous rebutent, la formule basée sur le poids corporel est une solution simple et efficace. L’essentiel reste de répartir vos apports en protéines tout au long de la journée et d’intégrer des sources variées et de qualité pour maintenir votre masse musculaire et favoriser une bonne récupération. Et pour végétarien.ne ou végétalien.ne ? « C’est impossible d’apporter suffisamment de protéines si tu es végé ou vegan ! » Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase. Mais pourquoi cette idée est-elle si répandue ? Revenons sur les particularités des protéines végétales. Le premier défi des protéines végétales réside dans leur composition en acides aminés. Contrairement aux protéines animales, chaque catégorie végétale n’apporte pas tous les acides aminés essentiels en quantité optimale : Les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) sont riches en lysine, mais pauvres en méthionine. Les céréales (riz, blé, avoine) sont l’inverse : elles manquent de lysine mais apportent de la méthionine. En les combinant, comme dans un plat de riz et lentilles, vous obtenez un profil complet d’acides aminés. En revanche, les oléagineux (noix, graines) sont pauvres en lysine et en isoleucine, rendant leur utilisation seule insuffisante. Associer ces aliments à des légumes ou des crudités est essentiel pour équilibrer vos apports. Le second défi concerne l’absorption des protéines végétales, qui est souvent moins efficace. Nos systèmes digestifs ne sont plus aussi habitués à digérer des aliments bruts comme les légumes secs. Cela peut limiter l’assimilation des nutriments, notamment si la paroi intestinale est fragilisée. C’est pourquoi de nombreuses études recommandent d’augmenter légèrement les apports en protéines pour les sportifs vegans, jusqu’à 2,3 g/kg/jour . Les végétariens, quant à eux, bénéficient encore des protéines animales issues des œufs et des produits laitiers, ce qui leur permet de compléter plus facilement leurs besoins. Pour les végétariens et vegans, couvrir correctement leurs besoins en protéines n’est pas mission impossible ! Mais cela demande de bien réfléchir aux associations et à la diversité des aliments consommés . Une solution pratique pour assurer des apports suffisants peut être l’utilisation de protéines en poudre : La whey , issue du lait, est compatible avec une alimentation végétarienne. Associée à la caséine ou mélangée avec du lait, elle permet un apport équilibré. Les alternatives végétales , comme le mélange pois-riz en proportion 80-20, sont une excellente option vegan. Elles apportent un profil complet d’acides aminés et sont idéales en complément d’une alimentation bien pensée. Qu’il s’agisse de protéines classiques ou végétales, une portion de ces poudres fournit généralement entre 20 et 27 g de protéines, un soutien efficace pour atteindre vos objectifs nutritionnels. Shaker ou assiette bien garnie ? Il est toujours préférable de se concentrer en premier lieu sur ce que l’on met dans son assiette. Les aliments complets sont ce qu’il y a de mieux comme carburant . Ils constituent une matrice riche en nutriments, apportant non seulement des protéines, mais aussi des glucides, des lipides, des fibres et des vitamines, tous indispensables pour bien fonctionner et performer. À l’inverse, les protéines en poudre se limitent… à des protéines ! Prenons l’exemple des BCAA : ces acides aminés peuvent déclencher l’anabolisme, mais si votre corps ne dispose pas des autres nutriments nécessaires (comme les glucides ou d'autres protéines), leur effet sera limité. C’est pour cela qu’ils doivent être consommés en parallèle d’une alimentation variée et adaptée à vos besoins sportifs. Et pour les végétariens ou vegans ? Même pour eux il est tout à fait possible de répondre à leurs besoins en protéines uniquement grâce à l’alimentation . Comme expliqué précédemment, cela demande simplement de diversifier et de bien associer les sources végétales. Avec une planification intelligente, vous pouvez atteindre vos objectifs nutritionnels sans difficulté, tout en respectant vos préférences alimentaires. Quels sont les avantages à prendre de la poudre ? Les besoins en protéines des sportifs peuvent être élevés, et il n’est pas toujours simple d’atteindre, par exemple, 100 g de protéines par jour uniquement avec l’alimentation. Cela peut devenir encore plus compliqué avec un emploi du temps chargé ou pour les régimes végétariens et vegans. Dans ces cas-là, les protéines en poudre, comme la whey, représentent une solution simple et efficace pour compléter vos apports , tout en restant en complément d’une alimentation équilibrée. Elles permettent d’atteindre vos objectifs sans ajouter de complexité inutile à votre routine alimentaire. Selon vos besoins spécifiques, ces produits peuvent aussi jouer un rôle clé : Prise de masse ou sèche : pour ajuster vos apports sans excès caloriques inutiles. Rééducation après une blessure : pour favoriser la récupération musculaire. Chaque type de protéine a ses spécificités : créatine, collagène, whey, alternatives végétales… Il s’agit d’adapter votre choix à vos objectifs. Cependant, avant de vous précipiter pour acheter un pot de protéines, il est essentiel d’en parler avec un.e professionnel.le de santé. Bien utilisées et en respectant les quantités recommandées par votre diététicien.ne et les fabricants , les protéines en poudre sont sûres. Mais privilégiez toujours des marques reconnues et de qualité pour garantir leur efficacité et leur sécurité. Mon avis de diététicienne et grimpeuse Les besoins en protéines des grimpeuses et grimpeurs, même amateurs, peuvent être élevés, notamment si vous avez des objectifs spécifiques liés au sport ou au physique. Cela dit, il peut s’avérer difficile de couvrir ces besoins uniquement par l’alimentation. Dans ces situations, les protéines en poudre peuvent être une aide précieuse. Elles permettent de compléter vos apports en protéines de manière simple et efficace . Cependant, elles ne doivent jamais remplacer une alimentation équilibrée. Une assiette bien pensée apportera toujours plus de bénéfices globaux qu’une alimentation désordonnée complétée par un shaker quotidien. De mon point de vue de diététicienne et grimpeuse, les shakers de whey ou de BCAA ne sont absolument pas des indispensables. Si vous rencontrez des difficultés à atteindre vos objectifs nutritionnels par vous-même, je vous encourage à vous faire accompagner par un.e diététicien.ne spécialisé.e. Un suivi personnalisé vous apportera bien plus qu’une simple prise de protéines en poudre. Qui suis-je ? Je m’appelle Gabrielle Gauthier, diététicienne spécialisée en nutrition sportive depuis bientôt 3 ans. J’accompagne aussi bien des sportifs que des personnes atteintes d’obésité, avec des suivis personnalisés en distanciel. Je propose également des interventions de prévention dans les écoles, les entreprises et les salles d’escalade. Passionnée d’escalade, je pratique aussi bien le bloc que la voie, en salle comme en extérieur, en tant qu’amatrice et compétitrice. J’ai la chance de vivre pleinement mes deux passions : l’escalade et la nutrition, à travers mon métier de diététicienne et mon podcast d’escalade Grimposphère , cofondé avec Agathe Clément. Pour toute question ou pour un accompagnement, vous pouvez me contacter : 📩 Mail : gabrielleg.nutrition@gmail.com 📱 Instagram : @gabrielle.nutrition Pour plus d’informations, retrouvez mes services sur mon site internet .

  • Le syndrome du cirque : Jakob Schubert démonte l’escalade moderne

    Dix ans après l’ouverture de BLOC House, Jakob Schubert, grimpeur de légende, revient à Graz (Autriche). Pas pour enchaîner des blocs, mais pour décocher des vérités bien senties . Entre son regard critique sur les compétitions, son analyse des JO et son retour à l’escalade sur rocher, Jakob trace la ligne : l’escalade est à un carrefour, et tout le monde ne semble pas bien assuré. © Bloc House Les jeux : vitrine ou fardeau ? Pour Jakob Schubert, les Jeux Olympiques , c’est un Everest émotionnel. « On s’entraîne si intensément pour cet objectif monumental que, quand c’est fini, c’est un soulagement. Pas que je n’aie pas aimé, j’ai adoré être là-bas, mais mentalement, c’est dur. » Une course contre soi-même qui laisse des traces. Après une semaine de repos post-JO, il avoue que « même se reposer semble mauvais pour [son] corps. » Mais au-delà de l’effort, il y a la portée. « Les Jeux Olympiques, c’est le plus grand événement sportif au monde. Cela attire des gens qui n’en avaient jamais entendu parler. Voir des enfants découvrir la grimpe grâce à ça, c’est génial. » Cette exposition, il la juge essentielle pour un sport encore jeune dans l’arène mondiale. Pour autant, les JO ne viennent pas sans sacrifices. Le calendrier des compétitions en souffre : « Les meilleurs grimpeurs privilégient les qualifications olympiques et les Championnats du monde, laissant de côté les Coupes du monde. Cela affaiblit tout le circuit. » Salles bondées, falaises en surchauffe Avec la multiplication des salles d’escalade, l’engouement pour la discipline n’a jamais été aussi fort . Mais Jakob soulève un point crucial : que se passe-t-il lorsque les grimpeurs urbains débarquent en falaise ? « Si tous les grimpeurs qui commencent dans une salle vont grimper dehors, ce sera un énorme défi. Beaucoup ne savent pas comment se comporter dans la nature. » Pour lui, cette ignorance n’est pas une fatalité, mais le fruit d’un manque d’éducation . « Les athlètes, les salles, les gens qui donnent des cours – on doit tous mieux communiquer les règles. Mais aujourd’hui, c’est un vide. Personne ne s’y attelle vraiment. » Le résultat ? Des comportements inadaptés qui mettent en danger les espaces naturels déjà fragiles. Le syndrome du cirque Quand Jakob parle des compétitions de bloc, le constat est sans appel : « Trop souvent, les compétitions ont beaucoup trop de trucs fous. » Il critique une tendance où la créativité des ouvreurs vire à la surenchère : dynamiques absurdes, mouvements aléatoires, blocs conceptuels. « Il y a des compétitions où la force digitale et la tension corporelle ne comptent pas du tout. Et ça, c’est clairement un problème. » Pour Jakob, ces fondamentaux doivent rester au cœur du bloc, sans quoi il devient un sport complètement déconnecté de l’escalade sur rocher. Le problème ne s’arrête pas là. L’aléatoire impacte directement la compétition : « Si un grimpeur comme Sohta Amagasa gagne une Coupe du monde à Innsbruck et ne passe même pas en demi-finale à la suivante, c’est étrange. On perd en lisibilité. » Et avec elle, la possibilité de créer des icônes. « Regardez le tennis : Federer, Djokovic, Nadal – leur constance a construit le sport. Dans le bloc, on manque de figures régulières. » DNA : retour aux racines Fatigué par les tumultes des compétitions, Jakob se concentre sur son premier amour : le rocher. « Je voulais grimper dehors, juste pour le plaisir. J’ai passé trois semaines à Majorque, à faire du deep water solo, et maintenant, je pars dans le Verdon pour essayer 'DNA'. » Cette voie, cotée 9c et signée Seb Bouin , représente plus qu’un défi technique : c’est une quête de pureté et un retour à l’essence de l’escalade. « Ce qui me motive, c’est partager cette passion. Si plus de gens découvrent cette joie, c’est une victoire. » Dans cette interview publiée par BLOC House, Jakob Schubert trace une critique claire et passionnée des dérives de l’escalade moderne. Entre la surenchère des blocs compétitifs, les paradoxes des JO et l’explosion des salles, il appelle à un rééquilibrage essentiel. Une prise de hauteur bienvenue, à l’image de son style : puissant, précis, et ancré dans les réalités du terrain.

  • Salon de l’Escalade 2025 : un programme de conférences pensé par Vertige Media

    Cette année, le Salon de l’Escalade , qui se tiendra les 11 et 12 janvier 2025 à Paris à la Porte de Versailles, a confié à Vertige Media une mission de taille : concevoir et organiser l’intégralité du programme des conférences . Une occasion unique de porter un regard affûté sur les enjeux majeurs et les inspirations qui traversent le monde de la grimpe aujourd’hui. © David Pillet Deux salles, judicieusement nommées Fontainebleau et Yosemite, accueilleront des intervenants de renom, des experts et des figures marquantes du milieu. Technique, écologie, société, créativité… Le programme est aussi dense que passionnant. Voici tout ce qu’il faut savoir pour ne rien manquer. PROGRAMME DU SAMEDI 11 JANVIER 11h00 - 12h00 : Les dessous des rééquipements de nos falaises Salle : Fontainebleau Avec Luc Thibal (CTS FFCAM) et Sandrine Van Landeghem (Directrice Activités et Sites Naturels FFME) Animé par Pierre-Gaël Pasquiou Les rééquipements des falaises ne sont pas qu’une affaire de technique : ce sont aussi des choix éthiques, sécuritaires et parfois politiques. Cette conférence décrypte les processus de décision, les rôles des fédérations et les méthodes employées par les équipeurs pour garantir des terrains de jeu adaptés à tous. Ressources : Mythe de l'équipement : Les goujons sont-ils toujours fiables ? Des reliques dangereuses : le Mercantour, un terrain miné pour les grimpeurs La FFME équipe Rabiosa, une grande voie de 900m au Brésil 11h00 - 12h00 : Free Solo – Entre défi ultime et responsabilité éthique Salle : Yosemite Avec Alain Robert (Légende), Catherine Destivelle (Légende) et Alexis Landot (Urban Freesolo Climber) Animé par Matthieu Amaré Le free solo fascine autant qu’il dérange. Entre prouesses vertigineuses et questions éthiques, les intervenants partagent leurs expériences et interrogent les responsabilités de la communauté et des médias face à cette pratique extrême. Ressources : Seb Bouin et le free solo : malaise Total ? "Il était une fois l’escalade", la BD de Catherine Destivelle Alain Robert récidive : Nouvelle conquête de la GT International Tower en free solo Sous les pavés, les hauteurs : Alexis Landot, grimpeur urbain en quête de sens 12h30 - 13h30 : Comment cohabiter avec la biodiversité ? Salle : Fontainebleau Avec Eline Le Menestrel (RockClimber - Planet Activist), Nolwen Berthier (Co-fondatrice Collectif Mission:Possible) et Gaétane Potard (Consultante sport de nature et environnement) Animé par Pierre-Gaël Pasquiou Face à l’urgence climatique et à la fragilité des écosystèmes, comment concilier escalade en milieu naturel et préservation de la biodiversité ? Les intervenantes partageront des exemples concrets de collaborations réussies et des conseils pour adopter des pratiques respectueuses de l’environnement. Ressources : Vers un nouveau modèle de coexistence avec la nature : Entretien avec Nolwen Berthier Oh My Bloc ! L'événement escalade durable à Milly Eco-Grimpe : Le topo grandes voies sans voiture depuis Grenoble 12h30 - 13h30 : Escalade et intégration : L’équipe des réfugiés vers les JO Salle : Yosemite Avec Afraa Mohammad (Athlète), Paola Gigliotti (Membre honoraire de l’IFSC) et Alain Carrière (Président FFME) Animé par Matthieu Amaré L’escalade comme vecteur d’intégration sociale et d’émancipation : découvrez le parcours inspirant de l’équipe des réfugiés en route pour les Jeux olympiques de Los Angeles. Une table ronde entre témoignages poignants et perspectives optimistes. Ressource : Réfugiée, apatride, athlète : Mon combat pour l'inclusion dans l'escalade 14h00 - 15h00 : L’escalade sur ordonnance : un remède pour le corps et l’esprit Salle : Fontainebleau Avec Fadl Moudni (Médecin du Sport), Sébastien Kuehn (Directeur technique MBS) et Bassa Mawem (COO et expert escalade MBS) Animé par Matthieu Amaré Que ce soit pour la rééducation physique ou le bien-être mental, l’escalade s’impose comme un outil thérapeutique puissant. Ce panel explore ses bienfaits sur le corps et l’esprit, et son rôle dans les parcours de soin. Ressource : Le Footing Vertical : Une révolution pour rendre l'escalade accessible à tous 14h00 - 15h00 : Escalade et leadership : La résilience au sommet Salle : Yosemite Avec Emmanuel Faber (Auteur et Chair ISSB) Animé par Charlie Buffet L’escalade, une école de vie et de management ? Emmanuel Faber, ancien PDG de Danone, partage des leçons de leadership, de résilience et de gestion des crises, directement inspirées par la verticalité. 15h30 - 16h30 : Récupération et optimisation : Le secret des grimpeurs Salle : Fontainebleau Avec Edwin Gaufres (Physiotherapist | Coach | Nutrition), Caroline Milenkovic Messin (Nutritionniste) et Héloïse Doumont (Athlète) Animé par Audrey Arrivetx De la gestion des blessures à la nutrition en passant par les soins de la peau, cette conférence livre les secrets des grimpeurs pour allier récupération et performance. Ressource : Interview - La nutrition au service de la grimpe avec Caroline 15h30 - 16h30 : Féminisme et escalade : Casser les plafonds de verre Salle : Yosemite Avec Aurélia Mardon (Sociologue), Caroline Ciavaldini (Athlète) et Sophie Berthe (Activiste) Animé par Pierre-Gaël Pasquiou De l’évolution des mentalités aux luttes encore en cours, cette discussion explore comment les femmes redéfinissent leur place dans un sport historiquement masculin. Ressources : Aurélia Mardon : Prendre de la hauteur – Quand l'escalade en salle forge le genre à l'adolescence Grimpeuses, l'événement raconté par Coralie Portrait d'une activiste de l'escalade : Sophie Berthe 17h00 - 18h00 : Le film d’escalade : Entre volonté de faire rêver et besoin financier Salle : Fontainebleau Avec Miguel Baudin (YouTuber) Pourquoi l’escalade peine-t-elle à s’imposer dans la fiction ? Miguel Baudin explore les contraintes, clichés et opportunités d’un genre qui peine à faire rêver sur grand écran. Ressource : Kayoo TV : La chaîne YouTube des amoureux de la grimpe 17h00 - 18h00 : La non-conférence d’Alain Robert Salle : Yosemite Avec Alain Robert (Légende) Aucune structure, mais beaucoup d’histoires : Alain Robert, alias le "Spiderman français", livre un moment d’échange unique et imprévisible. PROGRAMME DU DIMANCHE 12 JANVIER 11h00 - 12h00 : Para-escalade et non-para : même combat ? Salle : Fontainebleau Avec Mélissa Césarone (Athlète), Hélène Lerouge (CTN Référente Para Escalade FFME) et Aristotelis Liontos (Entraîneur National) Animé par Matthieu Amaré Quels ponts existent entre la para-escalade et l’escalade valide ? Entraînements, défis, inclusion : cette discussion croisée ouvre de nouvelles perspectives. Ressources : Para-escalade : Mélissa Cesarone expose les failles d'un sport en quête d'inclusion À la rencontre d'un duo inspirant : Mélissa et Aristote L'escalade para intégrée aux Jeux paralympiques de 2028 à Los Angeles 11h00 - 12h00 : Femmes alpinistes, les grandes oubliées de l’histoire Salle : Yosemite Avec Stéphanie Agresti (Autrice) et Blaise Agresti (Auteur) Animé par Pierre-Gaël Pasquiou Les auteurs de "Une histoire de l'alpinisme au féminin" vous invitent à découvrir les exploits méconnus des pionnières de l'alpinisme. Cette conférence explore également les coulisses de la création de leur ouvrage, offrant un regard inédit sur la place des femmes dans l'histoire de la montagne. Ressource : Une histoire de l'alpinisme au féminin : justice pour celles qu’on a oubliées 12h30 - 13h30 : Escalade : Un sport de gauche ? Salle : Fontainebleau Avec Yves Renoux (Formateur FSGT) et Clothilde Sauvages (Créatrice du podcast Vent Debout) Animé par Matthieu Amaré De son histoire militante aux questions d’inclusion, une exploration sociopolitique de l’escalade. Ressources : L'escalade, un sport de gauche ? Maurice Latapie, entre pédagogie sauvage et autogestion L'alpinisme populaire et l'escalade : Une histoire de démocratisation du sport 12h30 - 13h30 : Histoire de l’alpinisme : Les grandes heures Salle : Yosemite Avec Guillaume Guémas (YouTuber) Une plongée dans les exploits et innovations marquants de l’histoire de l’alpinisme. 14h00 - 15h00 : Danse escalade - Vers une autre manière de grimper Salle : Fontainebleau Avec Antoine Le Menestrel (Artiste) et Ivan Le Pays (Artiste) Animé par Pierre-Gaël Pasquiou Quand l’escalade rencontre la danse, le mouvement se réinvente. Antoine Le Menestrel et Ivan Le Pays, deux artistes visionnaires, explorent une approche où le corps s’exprime autrement, mêlant art et sport pour repousser les limites de la verticalité. Ressources : "Emprises", l’escalade en sculpture, de Fontainebleau à Bastille par Ivan Le Pays Petite métaphysique de la grimpe avec Antoine Le Menestrel "Le Folambule" : Antoine Le Menestrel, entre escalade et danse 14h00 - 15h00 : Réfugié(e)s en montagne, notre responsabilité Salle : Yosemite Avec Flora Forjonnel (FSGT) et Anaïs Legaignoux (Directrice Yambi) Animé par Matthieu Amaré La montagne, symbole de liberté, devient un refuge pour les personnes exilées. Cette conférence interroge les défis rencontrés par ces femmes et ces hommes en quête d’intégration et la responsabilité de la communauté montagnarde face à ces parcours de vie marqués par la résilience. 15h30 - 16h30 : L’escalade, une pratique en croissance, bonne ou mauvaise nouvelle ? Salle : Fontainebleau Avec Lucien Martinez (Rédacteur en Chef de Grimper) L’escalade connaît un essor fulgurant, mais cette popularité a un prix. Quels sont les impacts de cette croissance sur les sites naturels, les salles et la communauté ? Une réflexion sur les défis et opportunités liés à l’avenir de ce sport en plein boom. Ressource : Lucien Martinez, Rédacteur en Chef de Grimper, à cœur ouvert 15h30 - 16h30 : Un casque, une vie : récit d’un accident Salle : Yosemite Avec Lucille Bolomey (Athlète) Animé par Pierre-Gaël Pasquiou Après un grave accident en escalade, Lucille Bolomey partage son parcours de reconstruction, rappelant l’importance cruciale du port du casque. Un témoignage poignant sur la résilience et la sécurité dans la pratique de l’escalade. Ressource : Un casque, une vie : récit d’un accident À ne pas manquer Ce programme exceptionnel vous attend pour deux jours d’échanges passionnants et de découvertes. 👉 Réservez vos places dès maintenant sur le site officiel du Salon de l’Escalade !

  • Briançon règle ses comptes et ouvre une nouvelle voie

    « Les Coupes du Monde perdent de leur prestige. » La formule de Franck Prigent, organisateur historique de l’étape briançonnaise, siffle comme une corde qui claque. Après 35 ans de loyauté indéfectible, Briançon s’est faite éjecter du calendrier par une fédération internationale qui semble avoir troqué l’authenticité des montagnes contre les paillettes des grandes capitales. Madrid, c’est chic, mais ça ne sent pas le sapin. Pourtant, si certains pensaient que la décision de l’IFSC laisserait Briançon au pied du mur, c’est mal connaître l’esprit de la ville . © David Pillet Le Nid : promesse envolée, fracture affichée En 2023, Briançon inaugurait « Le Nid », un mur flambant neuf de 18 mètres, financé à hauteur de 1,7 million d’euros par l’État, la Région PACA et le département des Hautes-Alpes. Ce mur c’était une promesse, une déclaration d’amour à l’escalade et à son avenir international dans cette ville qui respire la grimpe depuis des décennies. Et puis, décembre 2024 est arrivé, avec son couperet : Briançon rayée du calendrier au profit de Madrid . Une décision prise sans fracas mais avec fracas. « On nous pousse à investir pour finalement nous retirer l’événement », déplore l'organisateur sur BFM . Cette amertume, nous l’avons entendue de nos propres oreilles lors de la dernière Coupe du Monde à Briançon. Devant la tente presse, des mots acérés fusent entre les organisateurs locaux et des représentants de l’IFSC, sans filtre ni pudeur. À quelques mètres des journalistes présents, on règle ses comptes. Le ton monte, et avec lui, la fracture devient visible : d’un côté, une fédération gourmande et exigeante ; de l’autre, une organisation locale qui donne tout, quitte à s’essouffler. Redistribuer les cartes, et les cordes L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais ce serait mal connaître les Briançonnais. Plutôt que de se lamenter, la ville choisit de repartir de zéro, avec une idée simple : si l’IFSC ne veut plus jouer avec elle, autant réinventer le jeu . « Les top athlètes resteront dans les parages et on sera capable d’organiser des événements rapidement grâce à de gros sponsors avec qui nous sommes déjà en discussion. Les prize money que nous allons proposer participeront à faire la différence », affirme Franck Prigent. Et c’est là que l’affaire devient intéressante. Parce que l’argent, dans le monde de l’escalade, c’est le gros caillou dans le chausson. Trop souvent, les compétitions officielles traitent les grimpeurs comme des artistes affamés, applaudis mais sous-payés. Redistribuer mieux, récompenser davantage : voilà le plan . En offrant des prize money à la hauteur des efforts des athlètes, Briançon veut prouver qu’un modèle indépendant est possible. Si ça marche, l’effet pourrait être ravageur. D’autres villes, lassées des exigences délirantes et des miettes laissées par l’IFSC, pourraient se dire : « Et si on faisait comme Briançon ? » L’échec des Championnats du Monde 2023 à Berne , avec un déficit de 1,8 million d’euros, n’a déjà rien arrangé. Briançon : tracer sa propre voie L’IFSC a peut-être tourné la page, mais Briançon s’apprête à écrire un nouveau chapitre. En remettant les athlètes au centre, en redistribuant les cartes, et en refusant de se plier à un système qui ne la respecte pas, la ville prouve qu’elle a encore de la hauteur. Les montagnes n’ont pas bougé, et Briançon, fidèle à elle-même, grimpe sans regarder en arrière.

  • Staša Gejo : « Le circuit ne m’inspire plus. Il me répugne. »

    Il y a des adieux en larmes, des fins en apothéose, et puis il y a ceux qui referment la porte en la laissant claquer. À 27 ans, après plus d’une décennie sur le circuit, Staša Gejo jette l’éponge . Mais pas avec une révérence élégante : avec une franchise brute, une sortie de route parfaitement assumée. « Le circuit ne m’inspire plus. Il me répugne. » La compétition, elle en a fait le tour. Elle en connaît les rouages, les exigences, les désillusions. Elle sait aussi qu’au-delà des résultats, c’est un système qui façonne ses athlètes, les élève, les broie, les rejette . Et elle a choisi d’en sortir avant d’être digérée. © Ryu Voelkel Un palmarès bâti sans filet Staša Gejo, c’est plus de 50 Coupes du monde, sept médailles internationales, une victoire aux Championnats d’Europe en 2017 et un taux de finales qui ferait rougir plus d’un leader du circuit. Mais derrière les chiffres, une trajectoire à contre-courant : celle d’une athlète issue d’un pays, la Serbie, où l’escalade n’a pas d’institutions solides , où l’accès aux infrastructures de pointe et aux entraîneurs spécialisés relève de l’utopie. Dès ses débuts, elle a dû composer avec l’absence de cadre. Là où les nations majeures envoient leurs athlètes s’entraîner sur les circuits des ouvreurs du circuit IFSC, elle devait se débrouiller. Sans salle dédiée, sans entraîneur haut niveau, sans le moindre accès aux standards compétitifs. Et pourtant, elle a tenu son rang, rivalisant avec les grimpeuses issues de structures bien huilées. Mais en 2024, tout s’est fissuré. « Une année de déceptions, une trahison, la perte de routine, de stabilité. » Un monde qui s’effondre sous ses pieds, une perte de sens qui s’infiltre jusque dans le geste. En août, à Villars, elle sait. Ce sera sa dernière Coupe du monde . Et pourtant, l’émotion ne vient pas. Juste un constat glacial : « J’aimais être là, avec ma famille et mes amis. Mais grimper ? Non. Les finales me dégoûtaient. » L’envie n’y est plus. Pas même l’envie de faire semblant. Le bloc version 2024 : un cirque bien rodé ? Elle aurait pu partir en silence. Mais ce n’est pas son genre. Elle balance les raisons dans un post Instagram . Sans fard, sans prudence. Et en ligne de mire, un adversaire qu’elle désigne sans détour : l’ouverture. « Je n’en peux plus des prises sans texture. Toujours les mêmes têtes qui ouvrent, toujours les mêmes tendances. » Là encore, elle n’est pas la première à grincer des dents. Jakob Schubert, l’un des poids lourds du circuit, le disait récemment : le bloc est en train de devenir une performance scénique plus qu’un exercice d’escalade . Les circuits favorisent l’inattendu, les mouv’ qui font lever les foules, mais où la pure force digitale et la lecture disparaissent derrière des sauts de cabri et des équilibres précaires. © Dimitris Tosidis Sauf que Gejo ne s’arrête pas à une critique esthétique. Derrière son aversion pour ces mouvements artificiels, il y a une réalité cruelle : celle des moyens . Parce que pour suivre ces évolutions, il ne suffit pas d’avoir du talent. Il faut avoir les moyens de payer des ouvreurs privés, de grimper sur des prises dernier cri, de s’entraîner dans des salles calibrées pour simuler ces formats en amont . Elle, elle n’a jamais eu ça. « Je n’ai pas l’équipe, pas la salle, pas les ressources pour payer ces précieuses têtes et suivre les tendances. » On ne grimpe pas tous avec le même ticket d’entrée. Compétition et précarité : un modèle à la dérive L’argent, parlons-en. Parce que Staša l’a déjà fait, et sans détour. En mars dernier, elle exposait une vérité que beaucoup préfèrent ignorer : l’escalade de haut niveau, c’est une galère financière permanente. « Si vous gagnez une Coupe du monde, vous obtenez environ 2 500 euros. Que faites-vous de cela ? » Pas grand-chose, effectivement. Surtout quand on sait que cette somme doit couvrir voyages, entraînements, matériel et une bonne partie du coût de la saison. Loin du glamour des JO, la réalité est brutale : la majorité des grimpeurs internationaux vivent sur un fil , dépendant de sponsors dont les contrats restent précaires, soumis à un système où seuls quelques élus tirent réellement leur épingle du jeu. Pour les autres, la survie passe par des combines, du coaching, des projets annexes. Depuis juillet, Gejo bosse 35 heures par semaine. Et malgré ça, elle tient son niveau. Une anomalie qui en dit long. © Lena Drapella (IFSC) Quitter la scène pour retrouver la grimpe Alors voilà. L’histoire s’arrête là, pas sur une défaite, mais sur un rejet assumé. Staša Gejo ne quitte pas l’escalade, elle quitte la compétition. « J’aime grimper des blocs durs, mais en m’amusant. Avec du repos, avec des amis, sans stress. » Il y a quelque chose d’ironique dans ce départ. L’escalade, dans son essence, est une discipline de liberté. Mais l’escalade de compétition a fini par s’enfermer dans ses propres codes, par s’automutiler sous prétexte d’évolution. Ce que Gejo questionne, c’est plus qu’un simple choix personnel. C’est la viabilité même d’un modèle où la précarité est la norme , où l’ouverture privilégie le spectacle au détriment du geste, où la compétition ressemble de plus en plus à une sélection par les moyens plutôt que par le talent. En quittant la scène, elle pose une question à laquelle le circuit ferait bien de répondre : à quoi bon performer, si l’on n’a plus envie de grimper ?

  • Oriane Bertone : Gagner, et après ?

    Championne de France de bloc. Encore. Mais cette fois, la médaille a un poids différent. Ce n’est pas juste un énième trophée à aligner sur l’étagère de sa chambre. C’est le signe qu’après une saison passée à tanguer, elle tient toujours la barre . © Jan Virt / IFSC Deux mois sans toucher une prise après Paris 2024. Un burn-out , un besoin urgent de décrocher – au propre comme au figuré. Une 8ᵉ place olympique vécue comme un crash, alors qu’elle visait l’orbite. Un retour en compétition sans certitude, juste l’envie de voir si la flamme brûlait encore. Et visiblement, oui. Ce week-end, à Anse, elle a fait ce qu’elle sait faire de mieux : grimper. Et gagner. Un retour qui impose le respect (et une question : pourquoi ?) Avant Anse, on pouvait légitimement se demander où elle en était. La réponse est tombée dès les qualifications : cinq blocs, cinq tops, six essais. Mais la finale, elle, a refusé d’être expédiée. Premier bloc, Oriane Bertone , Selma Elhadj Mimoune et Agathe Calliet prennent l’ascendant. Deuxième bloc, une dalle tordue qui fait chuter tout le monde, même Oriane Bertone, malgré un dernier essai qui frôle la solution. Troisième, plus explosif, mais toujours aucune mainmise définitive. Tout s’est joué sur le dernier mouvement du dernier bloc. Un moment où on reconnaît les patronnes : Oriane Bertone enchaîne, les autres butent. L’écart entre elle et la concurrence tient parfois à un rien, parfois à un instinct. Classement final : Oriane Bertone Selma Elhadj Mimoune Agathe Calliet Un titre, donc. Mais un titre qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Un podium, mais pas une délivrance Ce qui frappe avec Oriane Bertone, ce n’est pas son talent – ça, on savait déjà. C’est le chemin qu’elle doit faire pour le digérer. Après Paris , elle a décroché. L’escalade n’était plus une passion, juste une obligation. Son podium ce week-end montre qu’elle peut toujours grimper au sommet, mais ça ne dit rien sur l’envie. Comment continuer sans se consumer ? Le sport de haut niveau, on en parle comme d’une quête héroïque. C’est souvent plus proche d’une lessiveuse . À force de faire de l’or olympique une religion, on sacrifie parfois ceux qui tentent d’y accéder. Oriane Bertone a mis deux mois à retrouver une relation apaisée avec la grimpe. Est-ce que ce titre prouve qu’elle y est arrivée ? Ou est-ce juste une parenthèse ? Soldate Bertone : Grimper en ordre serré ? Si elle se pose la question de son avenir sportif, il y a une chose qui, elle, est actée : depuis septembre 2024, Oriane Bertone est devenue soldat . Elle a intégré l’ Armée des champions , un programme où 148 athlètes de haut niveau, sous statut militaire, reçoivent une solde en échange d’un engagement minimum de cinq ans . 1 200 euros par mois , une stabilité financière et un cadre structuré. En contrepartie ? Un rattachement au bataillon de Joinville , des obligations militaires et des participations à des événements comme les Championnats du monde militaires en mars 2025 . Un filet de sécurité pour une grimpeuse qui pourrait ne plus avoir envie de s’accrocher aux circuits classiques. Mais aussi un dilemme : quand on pratique un sport aussi individuel que l’escalade, comment se fondre dans une institution qui prône avant tout l’esprit de corps ? « La victoire pour soi-même, c’est bien, mais gagner pour une équipe, c’est encore mieux. » déclarait récemment un général du CNSD . Une phrase qui résonne différemment selon les disciplines. Dans un sport comme l'escalade, on grimpe seul, face au mur, sans coéquipier pour faire la passe décisive. Mais l’esprit d’équipe existe malgré tout : dans l’entraînement, dans le soutien mutuel, dans ces moments où les athlètes se motivent les uns les autres au bord du tapis. © La gazette du CNSD de septembre 2024 / N°1-24/25 Reste une question plus large : en France, le sport de haut niveau peut-il réellement exister sans le soutien des institutions publiques comme l’Armée ? Quand une grimpeuse du calibre d’Oriane Bertone choisit cette voie, est-ce un simple choix stratégique, de conviction, ou le signe d’une nécessité pour les athlètes de disciplines peu médiatisées ? Et maintenant ? Sur le papier, Oriane Bertone est pré-sélectionnée pour la Coupe du monde 2025  grâce à ses podiums passés. Son appartenance au Groupe 1 de la FFME lui garantit une place en équipe de France sans passer par les sélectifs nationaux  de février-mars. Mais rien ne dit qu’elle utilisera cette place . Elle a le choix. Revenir à plein régime sur le circuit ? Espacer les compétitions ? Poursuivre une carrière hybride entre le circuit international et des projets plus personnels ? À Anse, elle a montré qu’elle pouvait encore dominer en France. Mais la vraie question n’est pas là. La vraie question, c’est si elle en a encore envie. À noter :  Chez les hommes, Adrien Lemaire a décroché son premier titre national, devançant Paul Jenft et Max Bertone, qui complètent le podium. Pour voir le replay cliquez ici .

  • Les salles d’escalade en chute libre ? Quand la croissance grippe, les chiffres flippent

    Depuis 20 ans, l’escalade indoor était en mode ascension libre : une industrie en plein boom, des salles qui s’ouvraient comme des champignons après la pluie, et un engouement qui semblait inarrêtable. Sauf que depuis quatre à cinq trimestres, plusieurs acteurs du marché nord-américain commencent à tousser. Croissance en berne, fréquentation stagnante, questionnements stratégiques. Aux États-Unis, le sujet est devenu suffisamment brûlant pour être le fil rouge du prochain CWA Summit , le plus gros événement pro du secteur, qui se tiendra en avril à Salt Lake City. La Climbing Wall Association (CWA) a même lancé une enquête pour tenter de mesurer l’ampleur du phénomène et donner aux patrons de salles quelques clés pour éviter la chute. On parle ici du marché US, mais la question résonne aussi en France, où la dynamique d’ouverture des salles et la diversification du public ont suivi des trajectoires similaires. Alors, est-ce un trou d’air passager ou un vrai tournant ?  Décryptage. Une industrie qui a connu des montagnes russes Si l’escalade indoor a explosé ces deux dernières décennies, elle n’a jamais été un long fleuve tranquille. À chaque phase de boom a succédé un ralentissement, avant de repartir de plus belle. 2000s : L’essor malgré la bulle Internet Dans les années 2000, alors que la bulle Internet éclate et entraîne l’économie dans un grand 8, l’escalade indoor grimpe sans trembler. Des salles poussent aux quatre coins des États-Unis et d’Europe . 2008 : La crise financière et la surprise Quand la crise des subprimes  frappe en 2008, les loisirs sont censés être les premiers à trinquer. Mais en réalité, certaines salles profitent du phénomène des staycations (les vacances à domicile), qui pousse les Américains à chercher des activités locales et abordables. Post-COVID : L’euphorie puis le retour à la gravité Après la pandémie, l’escalade devient un phénomène de société : JO de Tokyo en 2021, Popularisation à grande échelle, Salles qui s’ouvrent en rafale. Mais ces derniers trimestres, l’ambiance a changé. Le marché US montre des signes de saturation, et les chiffres stagnent. Et en France ? Pas de gros crash détecté, mais certaines tendances résonnent : Un marché qui s’est structuré avec de nombreux réseaux de salles. Une concurrence accrue dans les grandes villes. Un public qui évolue, notamment avec la montée en puissance de la Génération Z. Fermetures de salles , preuve que tout ne roule pas aussi bien qu’avant. Rachats et consolidations , certains groupes absorbant des salles moins solides. Augmentation du prix des abonnements, en réponse à l’inflation et aux coûts d’exploitation. La situation n’est pas alarmante, mais elle montre que l’âge d’or où chaque salle pouvait ouvrir sans trop se poser de questions est peut-être derrière nous. Saturation du marché : y a-t-il trop de salles ? Aux États-Unis, le nombre de salles en activité continue d’augmenter  chaque année. Problème : dans certaines villes, l’offre commence à dépasser la demande. Quand plusieurs salles se battent sur le même territoire, trois stratégies émergent : Miser sur la diversification  : rajouter du fitness, du yoga, du coworking… Créer une expérience unique  : ouverture de voie plus ludique, murs interactifs, compets locales… Jouer sur le communautaire  : fédérer un noyau dur de grimpeurs fidèles. En France, la situation varie selon les villes. À Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, la multiplication des salles pousse à la différenciation. Ailleurs, certaines salles ont déjà baissé le rideau faute de viabilité économique. L’effet "trop de salles, pas assez de grimpeurs" commence à se faire sentir. Génération Z : une clientèle plus précaire Autre facteur qui inquiète les patrons de salles aux US : le changement de profil du grimpeur. Après avoir surfé sur la génération des Millennials (25-40 ans aujourd’hui), l’escalade séduit de plus en plus la Génération Z (18-25 ans). Sauf que cette nouvelle vague de grimpeurs arrive avec un budget plus serré : Plus de précarité  : jobs multiples, contrats instables. Plus de dettes étudiantes  : des priorités budgétaires différentes. Une inflation post-COVID  qui pèse sur les abonnements en salle. En gros, ces nouveaux grimpeurs viennent, mais ils hésitent avant de s’engager sur un abonnement annuel. Une tendance qui pourrait bien finir par toucher aussi la France, où les abonnements ont déjà augmenté dans plusieurs salles ces derniers mois. Le pire cauchemar des salles : et si l’escalade devenait "moins cool" ? C’est LA question taboue du moment. L’escalade a connu une hype gigantesque ces dix dernières années : “Tout le monde” a testé la grimpe  après avoir vu Free Solo. Les JO et les stars du circuit (Janja Garnbret, Adam Ondra, Jakob Schubert…) ont propulsé le sport sous le feu des projecteurs. L’ouverture des salles a facilité l’accès à une clientèle qui n’y aurait jamais pensé avant. Mais et si la hype retombait ? Si les nouveaux grimpeurs se lassaient aussi vite qu’ils sont arrivés ? Le problème, c’est que personne ne sait comment détecter ce genre de phénomène avant que la casse soit visible dans les comptes.  D’où la volonté du CWA Summit de creuser cette question. Un avenir incertain, mais pas (encore) un crash En l’état, le marché de l’escalade indoor ne s’effondre pas. Aux États-Unis, il ralentit, il s’ajuste, il se restructure. En France, on observe les tendances, sans vrai coup d’arrêt pour l’instant. Mais les défis à venir sont bien réels : Mieux comprendre la saturation des marchés locaux. Adapter les modèles économiques à un public plus précaire. Anticiper l’évolution de la demande (et éviter l’effet “modasse qui s’efface”). Le CWA Summit  d’avril promet d’apporter des éléments de réponse pour le marché US. En France, il faudra attendre encore un peu pour voir si ces tendances traversent l’Atlantique… ou si on suit une courbe différente. En attendant, une chose est sûre : dans l’escalade comme dans le business, quand la paroi devient plus raide, il faut garder la tête froide.

  • Reinhold Messner : l’homme qui ne plie pas

    On croyait avoir tout lu sur Reinhold Messner. Les quatorze 8000 sans oxygène, l’ascèse de l’alpinisme pur, les déserts, les musées, les conférences — et puis ce regard perçant de vieux chaman qui dérange autant qu’il fascine. À 80 balais, Reinhold publie Par vents contraires, un livre-testament qui ressemble à une dernière cordée en solo. Pas pour gravir un sommet de plus, non. Pour raconter ce que c’est que d’avancer dans la bourrasque. D’exister à contre-sens. Et d’en faire une esthétique. Ici, pas de storytelling prémâché, pas de punchlines de super-héros des cimes. Ou alors des punchlines à l’ancienne : sèches, sans effets spéciaux, mais qui cognent longtemps après la lecture. Reinhold Messner déplie sa vie comme on remonte une arête, ligne par ligne, mot par mot. Un livre sans oxygène, sans sherpa et sans excuses. Brut. Parfois bancal. Souvent touchant. Il n’a jamais fait l’unanimité. C’est même un peu sa marque de fabrique. Tout gosse, il préférait déjà les Dolomites aux équations du tableau noir. Plus tard, il préfère grimper léger, libre, loin des spits et des consensus. Ça crispe. Il critique l'escalade artificielle, démonte les échelles de cotation, secoue les dogmes comme on secoue un arbre mort. L’alpinisme n’est pas un sport pour lui. C’est une ligne intérieure. Une affaire d’éthique, pas de performance. Résultat : il se fâche avec tout le monde. Et il s’en fout. « Je préfère le risque d’un mauvais choix seul à la sécurité du consensus. » C’est dans cette solitude obstinée qu’il a construit sa légende. Et c’est peut-être là aussi qu’il est devenu plus qu’un grimpeur : un homme qui n’a jamais transigé avec lui-même. Le fantôme du Nanga Parbat Mais la corde a cassé un jour, au Nanga. 1970. Günther, son frère, y laisse la vie. L’expé tourne au drame, puis au tribunal moral. On l’accuse d’avoir sacrifié son frère. De mentir. D’écrire l’histoire en solo. Cinquante ans plus tard, il revient là-dessus, sans chercher à s’excuser ni à convaincre. Il pose les faits, ses blessures, ses doutes. Et cette faille qu’aucun sommet n’a jamais comblée. « J’ai survécu à la mort, mais pas aux vivants. » Un aveu cinglant. Et peut-être, la seule phrase qui résume ce que cette tragédie a laissé en lui : une solitude irrévocable. L’ascension contre la pente du monde Il n’a jamais porté les drapeaux. Ni ceux des nations, ni ceux des marques. Il a traversé les quatorze plus hauts sommets de la planète comme un franc-tireur, souvent seul, toujours hors format. Sans oxygène, sans artifices, sans mise en scène. Il grimpe comme d’autres écrivent des manifestes. Contre l’héroïsme de pacotille, contre les images léchées, contre la montagne Disneyland. « Aujourd’hui, les sommets sont des décors. On y grimpe pour se faire voir, plus pour voir. » Il crée des musées, défend l’autonomie du Tyrol, parle d’écologie avant que ce soit un hashtag. Reinhold Messner, c’est l’alpiniste qui a vieilli sans devenir une institution. Même à 80 ans, il reste rugueux, tranchant, pas tout à fait sortable. Et c’est précisément pour ça qu’on le lit. Un livre-testament, sans filtre ni fond de teint Dans Par vents contraires, il parle des morts, de la peur, des médias, de l’amour qu’il porte à sa jeune épouse. Il évoque ses obsessions, ses vérités. Il écrit comme il grimpe : en solo, avec une corde usée et la rage de celui qui n’a rien à prouver, mais encore des choses à dire. Ce n’est pas toujours élégant. C’est souvent juste. « Il y a des jours où je voudrais redescendre, mais il n’y a plus de chemin. » Il règle quelques comptes, mais surtout, il laisse une trace. Une empreinte. Pas celle du héros propret. Plutôt celle du gars qu’on aurait aimé croiser au pied d’une face nord, un jour de tempête, pour lui demander : « Pourquoi tu continues à monter ? » Et l’entendre répondre, un sourire dans les rides : « Parce qu’il y a du vent. » Par vents contraires de Reinhold Messner est disponible depuis le 19 mars 2025 – aux éditions Glénat.

  • Bleau, la forêt qui nous regarde tomber

    Si les rochers de Bleau pouvaient parler, on leur demanderait sans doute de se taire. Non pas qu’on soit mal élevé chez Vertige Media, mais simplement parce que certaines histoires gagnent à rester mystérieuses. Rien de pire qu'un spoiler géologique. À Bleau, le grès ne vous accueille jamais bras ouverts ; au mieux, il consent à tolérer votre présence. Chaque prise est une devinette silencieuse, chaque bloc un bras d’honneur métaphysique adressé au grimpeur trop sûr de lui. En publiant récemment sur YouTube « Les rochers de Fontainebleau, de grès et de force », Arte s’invite dans ce bras de fer subtil, dévoilant au passage quelques secrets vieux de 35 millions d’années. Autant tuer tout de suite le suspense (désolé, encore) : c’est très bon. Bleau, merde alors ! À une petite heure de voiture de Paris, Fontainebleau n’est pas seulement une forêt, c’est une leçon d’humilité version XXL. Il aura suffi d’un soupçon de patience (quelques dizaines de millions d’années, des mers tropicales, une pincée de glaciers pour relever le tout) pour transformer un désert sablonneux en l’un des lieux sacrés de l’escalade mondiale. Jadis fond marin paisible, devenu carrière lucrative, puis muse inspirée pour les artistes de Barbizon, Bleau est aujourd’hui une cathédrale à ciel ouvert pour les amateurs de gestes parfaits. La forêt a eu plus de vies qu’un groupe de rock star fatigué, mais elle continue à remplir les salles. Le grès, ça ose tout Arte nous entraîne délicatement à l’écoute de cette roche rebelle, qui, à Bleau, semble capable de pousser la chansonnette. Ici, les tailleurs de pavés ne plaisantaient pas avec la musique du grès. « Pif » ? Trop dur. « Pouf » ? Trop tendre. « Paf » ? Là, c’était le jackpot, parfait pour fouler les rues de Paris. Le grès résonne comme un Steinway capricieux sous les doigts de Glenn Gould : imprévisible, caractériel, mais irrésistible. Aujourd’hui, les anciennes carrières, noyées sous la mousse, rappellent que cette forêt est autant une cicatrice qu’une œuvre d’art. Une sorte de remix signé Dame Nature — si ça, c’est pas de la poésie, promis je rends mon clavier. Messages codés et délires mystiques Réduire Bleau à une salle de sport en plein air serait une bourde colossale. Quand les premiers homo sapiens débarquent il y a près de 40 000 ans, leur trip n’était pas exactement de placer le parfait talon-pointe pour sortir un 7a mythique. Eux, ils préféraient graver des motifs étranges, spirales mystiques et quadrillages abscons sur plus de 3000 roches. Moins tape-à-l’œil que Lascaux, certes, mais tout aussi cryptique. Le doc d’Arte imagine ces lignes comme des mantras répétitifs, une espèce de prière hypnotique façon chapelet préhistorique. Mystique ? Certainement. Psychédélique ? Carrément. Bleau, laboratoire du geste parfait Quand les grimpeurs débarquent au début du XXe siècle, ils ne pensent pas spiritualité mais pragmatisme : Bleau, c’est juste un amuse-bouche avant le festin alpin. Puis arrive Pierre Allain dans les années 1930, sorte de savant fou de la grimpe, Einstein du chausson qui révolutionne tout en douce. Il enseigne qu’une chorégraphie millimétrée vaut bien mieux qu’un vulgaire concours de biscotos. Bleau devient ainsi le berceau discret d’une révolution gestuelle, fondée sur la délicatesse et l’adhérence improbable, la grâce absolue ou la gamelle mémorable. Arte le rappelle finement : c’est là que l’escalade moderne est née. Merci pour l’info, on n'avait pas remarqué. Grain de folie Et puis il y a ce grain, ce foutu grain de rocher qui pourrait remplir tout un roman noir. Le toucher délicat et implacable du grès bellifontain défie la physique comme une mauvaise blague : ici, « on tient sur des prises sans avoir l’impression qu’il y en a », murmure joliment Arte. L’adhérence y tient plus du rite vaudou que de la mécanique rationnelle. Grimpeurs, grimpeuses, préparez-vous à négocier âprement chaque millimètre de roche, chaque micron d’ego : à Bleau, le grès est un miroir impitoyable. Gogottes, Gogos & Ego-trip Arte rend aussi hommage aux gogottes, ces formations de grès tortueuses façonnées par l’eau, jadis collectionnées par le jardinier de Louis XIV pour Versailles. Ironie cinglante, aujourd’hui ce sont les grimpeurs venus du monde entier qui se font collectionner par ces mêmes gogottes. Dans une ruée verticale parfois un peu trop frénétique. Au passage, Arte glisse habilement une pique aux egos surdimensionnés : le grès porte en lui le poids du temps, il exige plus de respect que d’arrogance. Monumentalement… naturel Bleau ne se réduit pas à une simple falaise déguisée en forêt. Au-delà de l’escalade et des curiosités géologiques, c’est un territoire culturellement sanctuarisé. D’abord carrière, puis « réserve artistique » dès 1861 sous l’influence des peintres de Barbizon, elle deviendra l’une des premières réserves naturelles au monde, aujourd’hui monument naturel. Victor Hugo l’appelait déjà « monument » — le gars avait décidément le sens de la punchline bien sentie. Bleau pose les bonnes questions Le doc d’Arte réalise ce joli tour de force : en dire beaucoup sans nous assommer, ouvrir sans tout dévoiler. Il rappelle subtilement que les blocs de Bleau ne sont pas seulement à escalader, mais aussi à lire, à écouter, à ressentir. Chaque bloc est une question posée autant au corps qu’à l’esprit : « Cette prise existe-t-elle vraiment ? Vais-je déchiffrer cette ligne ? Vais-je tenir cet équilibre précaire ? » Grimper à Bleau, c’est toujours entrer en dialogue avec la pierre et, surtout, avec soi-même. On en ressort rarement indemne (vos doigts confirmeront), mais systématiquement grandi. Plus humble sans doute, plus humain certainement. Ça, même Arte ne l’aurait pas mieux formulé. Le mini documentaire « Les rochers de Fontainebleau, de grès et de force » est dispo sur la chaîne YouTube d’Arte. Et puisqu’il faut tout vous dire : on vous le recommande chaudement.

  • Gentrification de la grimpe : la nouvelle voie CSP+

    Alors que la discipline connaît une hype sans précédent, une seule et même catégorie de population semble envahir les salles de grimpe : urbaine, aisée et hyper-connectée. Alors, l’escalade s’est-elle gentrifiée ? Décryptage entre bières artisanales, polaires Patagonia et deux sociologues. © Piet pour Vertige Media Il suffit d’enchaîner quelques sessions de bloc pour s’en rendre compte. À l’échauffement ou entre deux runs, on surprend désormais à coup sûr une conversation sur la dernière levée de fonds de la start-up en vogue, les récentes innovations d’Apple ou le rythme zinzin des cabinets de conseils. Dans certaines enceintes parisiennes, c’est même l’aménagement de l’espace et les services proposés qui frappent. Suffisamment en tout cas pour étonner Alexandre, féru d’escalade depuis le plus jeune âge : « On coupe la musique pour ne pas déranger les gens qui télétravaillent maintenant, lâche-t-il. Dans certaines salles, on trouve même des boxes isolantes pour passer des appels professionnels. C’est à se demander si l’on est dans une salle d’escalade ou un espace de coworking ». AirPods, plante verte et mousqueton On pourrait se demander si Alexandre apprécie l’offre de restauration digne d’un resto bistronomique, la crème hydratante haut de gamme en libre accès ou les alcôves qui diffusent des podcasts d’aventure. Mais il suffit de s’arrêter à son témoignage pour constater que l’escalade en France se situe désormais loin de l’ambiance hippie des années 70, décrite dans le célèbre documentaire Valley Uprising (2014). Mais au-delà des rapides observations, la grimpe est-elle vraiment devenue tendance ? Ou pour le dire autrement, l’escalade connaît-elle un processus de gentrification ? « Ce qui est certain, c’est que ce sport a connu un effet d’offre, pose Olivier Aubel, grimpeur et sociologue du sport. En clair, les nombreuses ouvertures de salles ont provoqué une explosion du nombre de grimpeurs ces dernières années ». À la faveur d’une grande enquête sur la typologie des grimpeurs réalisée en 2020, le chercheur est parvenu à repérer une catégorie socio-professionnelle spécifique en salle d’escalade. « On a remarqué que parmi les adeptes du bloc notamment, on trouve une part importante de cadres supérieurs à haute responsabilité et de grimpeurs déclarant un revenu mensuel supérieur à 5 000 euros par mois », détaille Olivier Aubel « On a remarqué que parmi les adeptes du bloc notamment, on trouve une part importante de cadres supérieurs à haute responsabilité et de grimpeurs déclarant un revenu mensuel supérieur à 5 000 euros par mois » Si l’affluence de ce type de public trouve une origine sociologique, elle est aussi confirmée par quelques hommes de terrain comme Henri d'Anterroches, cofondateur du groupe Climbing District, qui compte 6 salles d’escalade à Paris et en banlieue proche, reconnaît que « parmi nos abonnés, beaucoup viennent de grandes entreprises ou de cabinets de conseil. Ils sont aussi nombreux à venir de la tech, des start-ups, et on compte pas mal d’ingénieurs ». L’entrepreneur précise aussi que cette population correspond à une population parisienne : urbaine, aisée et très connectée. « Quand on est à Paris, on a des Parisiens, et une population à l’image de la ville », plaque-t-il. L’argument suffit-il pour autant à expliquer l’engouement des CSP+ autour de l’escalade en ville que d’aucuns décrivent comme sans précédent ? Pas vraiment. En tout cas, pas assez pour Jean-Laurent Cassely, ancien journaliste et fondateur de Maison Cassely, bureau de tendances spécialisé dans le décryptage des modes de vie et des questions de territoire. Selon lui, la discipline bénéficie surtout, et indéniablement, d’une revalorisation auprès d’une nouvelle génération de citadins. « Une revalorisation qui est liée au besoin des urbains de se reconnecter à la nature, ce qui est encore plus vrai depuis le Covid-19, estime l’essayiste. De la plante verte installée sur son balcon au port de vêtements techniques en ville, il y a une sorte d’obsession pour tout ce qui concerne la nature et la montagne. L’escalade, y compris indoor et en milieu urbain, profite à mon sens de cet engouement ». C’est aussi cette volonté de reconnexion à la nature qui expliquerait les succès grandissants du trail, de la randonnée ou encore l’alpinisme. « Le raz-de-marée Inoxtag suite à la sortie du documentaire sur son ascension de l’Everest en est le dernier indiscutable exemple » relève M. Cassely. Le spécialiste des modes de vie mentionne également le côté pratique des salles d’escalade, dont la souplesse arrange particulièrement le public de cadres supérieurs. En effet, les salles accueillent désormais des grimpeurs à toute heure de la journée, seuls ou en groupe et sans réservation. Pour Jean-Laurent Cassely, c’est une caractéristique assez unique qui « fait de l’escalade un sport totalement aligné avec l’évolution des usages des salariés, notamment ceux qui sont maîtres de leur emploi du temps, en télétravail ou des indépendants ». « Les nouvelles salles se sont adaptées à ce public en envoyant des signaux comme les espaces de coworking, les bières de microbrasseries, et toute une communication très similaire à ce qu’on retrouve dans les cabinets ou les start-ups » Troisième explication, qui découle des deux premières : « Les nouvelles salles se sont adaptées à ce public en envoyant des signaux comme les espaces de coworking, les bières de microbrasseries, et toute une communication très similaire à ce qu’on retrouve dans les cabinets ou les start-ups », explique “l’ethnologue urbain”. L’accueil proposé dans les salles de bloc, inspiré des pratiques de l'hôtellerie, renforce encore davantage ce ciblage conscient ou inconscient de catégories socio-professionnelles élevées. « Il y a une similarité culturelle qui touche particulièrement ces populations. Ce sont des codes qui créent une sensation familière avec ce que l’on reconnaît dans les restaurants lifestyle ou les espaces de coworkings traditionnels qu’ils fréquentent », explique Jean-Laurent Cassely. D’autant plus qu’ils font de la salle d’escalade un espace de substitution au bar à bière tendance, par son aspect fondamentalement social favorisant les rencontres ou les moments d’échange, au pied des murs ou autour du bar. La glamourisation de l’escalade Si l’on peut donc penser à première vue que l’escalade se gentrifie, Jean-Laurent Cassely préfère parler de « glamourisation », dans le sens d’une revalorisation de son image et de l’appropriation des codes de la grimpe par les classes sociales élevées. « Cela fait écho à un processus similaire que l’on retrouve dans la mode, avec les salariés de la Silicon Valley ou du secteur de la French Tech qui portent au bureau des doudounes Patagonia et des chaussures Salomon. Cette tendance a même un nom, le gorpcore, “gorp” signifiant le mélange de fruits secs consommé par les randonneurs, ça ne s’invente pas ! ». « Cela fait écho à un processus similaire que l’on retrouve dans la mode, avec les salariés de la Silicon Valley ou du secteur de la French Tech qui portent au bureau des doudounes Patagonia et des chaussures Salomon » Pour autant, difficile d’utiliser le terme de gentrification, dont la principale condition pour être employé est le remplacement d’une classe populaire par une classe aisée, ce qui n’est pas vraiment le cas de l’escalade, comme l’explique Olivier Aubel, le sociologue de sport. « L’escalade a toujours été une activité pratiquée par un public au capital culturel et économique élevé. Les grimpeurs ont souvent fait des études supérieures et disposent de revenus plus élevés que la moyenne de la population ». Et ce, depuis des décennies, malgré un certain imaginaire collectif qui colle à la discipline et qui voudrait que les grimpeurs soient des vagabonds sans argent, vivant d’amour et d’eau fraîche au pied des falaises. Par ailleurs, la barrière à l’entrée qui peut se dresser face autres catégories socio-professionnelles est d’abord culturelle, avant d’être financière. Il est vrai que pratiquer l’escalade demande un certain coût, mais cela reste largement en deçà de celui du golf ou d’autres sports réputés élitistes. En revanche, en démontrant qu’elles maîtrisent parfaitement les codes culturels d’une population citadine connectée, diplômée et mobile, les salles parviennent à capter plus facilement ce groupe social souvent associé aux CSP+. Des noeuds au cerveau Le succès de l’escalade au sein de cette population tient également à une caractéristique propre à sa nature et reconnue par bon nombre de pratiquants : son côté cérébral. Une sorte de casse-tête mêlant habileté physique et propension à la prise de décision, ce qui attire en particulier les diplômés ou « ceux qui voient en la grimpe une manière de se muscler intelligemment », ajoute Jean-Laurent Cassely. Parmi ceux-là, des ingénieurs, des architectes, des consultants seniors, mais aussi des profils au revenu moins élevé comme les enseignants. D’autres catégories, plus créatives, émergent aussi selon Henri d’Anterroches. « Des artistes, des gens travaillant dans la mode ou le graphisme… ». Tout une panoplie de personnalités séduites par l’aspect plus élaboré et donc valorisant l’escalade par rapport à d’autres sports de salle comme la musculation. En outre, si les cadres à haute responsabilité se démarquent par leur nombre au sein de la communauté des grimpeurs, c’est aussi parce qu’ils se retrouvent davantage que les autres dans l’escalade moderne et autonome que proposent aujourd’hui les salles. À l’image des auto-enrouleurs, qui permettent de s’assurer seul, la prévisibilité, l’efficience et le contrôle sont autant d’éléments qui leurs permettent de prendre leurs marques et s’épanouir rapidement dans cette discipline. « Cela correspond à ce qu’ils recherchent aussi dans leur métier, continue Olivier Aubel. Le côté performance et le fait de se voir progresser rapidement attise encore plus leur attrait pour l’escalade ». Sur ce point, le sociologue et Jean-Laurent Cassely se rejoignent, ce dernier désignant souvent le bloc comme « la nouvelle salle de gym ». Finalement, le décalage ressenti en découvrant l’ambiance des salles qui mêle l’escalade au coworking, à la bistronomie ou encore à la mode, traduit avant tout la spécificité de ce sport, à la croisée de plusieurs modes de vie. « Traditionnellement, les sports collectifs sont plus populaires et les sports individuels plus bourgeois, rappelle Jean-Laurent Cassely. L’escalade, un sport individuel qui se pratique à plusieurs et qui implique de l’entraide, de la transmission, se trouve entre les deux. Ce qui en fait une activité assez unique ». Et difficile à représenter.

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