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- Femmes en Montagne : une ascension par la face Nord du récit féminin
Du 13 au 16 novembre 2025, le Festival Femmes en Montagne revient pour sa sixième édition à Annecy. Cet événement est devenu au fil des années une vitrine incontournable de l’alpinisme au féminin : il questionne, bouleverse et impose subtilement une autre façon de voir la montagne. Pour cette année encore, Vertige Media n’est pas juste spectateur : nous sommes partenaire actif et engagé de ce festival pas tout à fait comme les autres. © Femmes en Montagne / Delphine Danielou On nous questionne souvent sur la raison pour laquelle Vertige Media choisit de soutenir avec tant de ferveur Femmes en Montagne plutôt qu’un autre événement. Après tout, il existe mille festivals, mille compétitions, mille sommets à explorer. Mais voilà : si nous sommes ici, c’est parce que ce festival n’est pas seulement une collection de films. C’est un laboratoire d’idées, une remise en question permanente, une ascension narrative par la face nord des clichés. Une ascension que nous partageons intimement. Montagne, je t’aime moi non plus Avant d’être une date immanquable du calendrier annécien, Femmes en Montagne est né d’un ras-le-bol créatif : celui de Tanya Naville et Léo Wattebled face à une montagne médiatisée toujours au masculin, où les femmes n’existent souvent qu’en illustration. En 2016, leur blog au titre malicieux « On n’est pas que des collants » plante le décor : il s’agit de raconter autre chose, autrement, loin du glamour forcé et des récits lissés à la perfection. Trois ans plus tard, le festival prend vie à Annecy. Dès lors, chaque automne, il réunit films amateurs et professionnels, discussions, rencontres, dans une ambiance où convivialité rime avec radicalité douce. Ici, le récit alpin traditionnel perd pied. Ici, la verticalité change de sens. Soyons clair·es : la montagne n’est pas neutre. Derrière ses paysages grandioses se cachent des schémas bien ancrés : héroïsme à outrance, conquête du sommet, verticalité viriliste. Face à cela, Femmes en Montagne ne propose pas une réponse frontale mais une subtile déconstruction narrative. Ici, on questionne tout : maternité, handicap, âge, écologie, identité de genre. On se permet de filmer l’intime plutôt que le spectaculaire, les chutes autant que les sommets. Le festival assume ses paradoxes : il ne donne pas des réponses, il propose des perspectives inédites et inconfortables. Et ça fait du bien. Programme 2025 : une sélection sans corde fixe Du 13 au 16 novembre, la sélection promet d’être riche : une trentaine de films, venus d’ici et d’ailleurs, avec un critère clair – mettre les femmes au centre du récit, devant et derrière la caméra, au-dessus et en dessous du sommet. Le programme ressemble moins à un agenda qu’à une carte aux trésors où chaque film est une surprise qui dérange, intrigue ou émeut profondément. © Femmes en Montagne / Sandrine Chiarena Mais Femmes en Montagne, ce n’est pas qu’un écran dans le noir. C’est aussi des ateliers ouverts à tous·tes, où l’on apprend à filmer, raconter, dessiner ; des débats enflammés, des rencontres improvisées. C’est un moment où l’on repense collectivement ce que signifie « être montagnard·e » aujourd’hui. Vertige Media x Femmes en Montagne : pourquoi ce partenariat est logique, évident, nécessaire On ne va pas faire semblant. Chez Vertige Media, nous n’aimons pas trop les partenariats mous, ces logos qui décorent une affiche sans rien dire. Mais ici, c’est différent. Ce partenariat, on le revendique, on le construit, on le vit, parce qu’il fait sens avec ce que nous sommes : un média qui interroge en profondeur, qui préfère les récits complexes aux exploits faciles. Vertige Media accompagne Femmes en Montagne parce que nous croyons en une montagne intellectuelle, engagée, inclusive. Parce que nous voulons être acteur·ices du changement narratif, des récits pluriels qui bouleversent les codes, les attentes, les habitudes. Nous apportons notre plume, notre exigence, notre goût du détail et de la réflexion critique. Nous rendons visible cette édition 2025 avec l’ambition commune de dépasser les évidences et les clichés qui encombrent encore trop souvent nos imaginaires. Le festival comme contre-culture alpiniste Femmes en Montagne ne vient pas simplement concurrencer les récits dominants, il les dissèque. Chaque film, chaque intervention agit comme une lame de scalpel, découpant minutieusement les représentations dominantes pour faire émerger d’autres visions possibles. Des visions où la performance n’est pas l’unique valeur, où les corps ne sont pas parfaits, où l’aventure se joue aussi dans les coulisses, loin des sommets. Ce festival redonne de l’épaisseur au récit montagnard, en introduisant la nuance, l’ambivalence, les hésitations et les échecs. C’est un festival intelligent parce qu’il nous pousse à repenser nos certitudes sur le genre, la montagne, et nous-mêmes. Le festival ne s’arrête pas aux portes du cinéma Femmes en Montagne est bien plus qu’un festival annuel. Grâce à une tournée scolaire engagée, il sensibilise les jeunes générations à l’égalité des genres dans le sport. Grâce à son accessibilité totale (films sous-titrés, interprétariat LSF), il met en acte une inclusivité réelle, concrète, palpable. © Femmes en Montagne / Sandrine Chiarena En encourageant des femmes à passer derrière la caméra, à réaliser leurs premiers films, le festival devient aussi un tremplin pour de nouvelles voix, des récits qu’on n’entendrait probablement jamais ailleurs. Il ne fait pas seulement parler des femmes, il donne aux femmes la possibilité de parler pour elles-mêmes. Novembre 2025 : pourquoi vous devez (vraiment) venir Si vous aimez les récits bien cadrés, les ascensions héroïques sans aspérité, ce festival risque de vous déranger. Mais si vous préférez les failles aux certitudes, les questions aux réponses définitives, vous devez venir. Pour rencontrer des réalisatrices audacieuses, des athlètes sensibles, des récits inattendus, et pour participer à ce dialogue permanent qui fait de la montagne un espace de pensée autant qu’un terrain d’aventure. Chez Vertige Media, nous serons là, pas seulement pour couvrir l’événement mais pour l’habiter pleinement, avec vous. Parce que nous pensons que changer la montagne commence par changer les récits qu’on en fait. On s’y retrouve ? Toutes les infos et billetterie sont à retrouver sur leur site.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Berne : programme, horaires, streaming et prize money
Du 13 au 15 juin 2025 , après l’étape de Prague , la Coupe du monde IFSC poursuit son tour européen en posant ses valises à Berne (Suisse) . Cette compétition entièrement consacrée au bloc se déroulera dans la célèbre Festhalle , promettant un spectacle sportif exceptionnel au cœur de la capitale suisse. Voici comment suivre la compétition depuis la France : horaires précis, programme complet, streaming et détails sur le prize money. © Jan Virt / IFSC Où regarder Berne 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme d’habitude, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC . Les finales seront cependant bloquées en France et en Europe à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe . Un abonnement est nécessaire pour suivre en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel , une excellente parfaite sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéomais vous pourrez suivre les résultats en temps réel sur le site officiel de l’IFSC . Manon Hily © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Berne) Vendredi 13 juin – Qualifications bloc (pas de streaming vidéo) 09h00 à 13h30 : Qualifications femmes (résultats live uniquement) 15h30 à 21h00 : Qualifications hommes (résultats live uniquement) Samedi 14 juin – Demi-finales et finale bloc femmes 10h00 à 12h30 : Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 17h00 : Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 15 juin – Demi-finales et finale bloc hommes 10h00 à 12h30 : Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 17h00 : Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Berne bénéficie du statut « Premium » de l’IFSC, offrant un prize money supérieur aux étapes classiques : 🥇 1er : 6 000 € 🥈 2e : 4 000 € 🥉 3e : 2 800 € 4e : 2 000 € 5e : 1 600 € 6e : 1 400 € 7e : 1 200 € 8e : 1 000 € Suivre Berne 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Prague 2025 Dates : du 13 au 15 juin 2025, à Berne (Suisse), discipline bloc uniquement. Compétition dans la célèbre Festhalle, en plein cœur de Berne. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Premium : jusqu’à 6 000 € pour les vainqueurs. Résultats live sur https://ifsc.results.info . Mi-juin, la Coupe du monde IFSC pose ses valises à Berne pour offrir aux grimpeurs et spectateurs une compétition exceptionnelle, mettant en lumière les meilleurs spécialistes mondiaux du bloc. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Innsbruck : programme, horaires, streaming et prize money
Du 25 au 29 juin 2025, après l'étape de Berne, la Coupe du monde IFSC continue sa tournée européenne à Innsbruck (Autriche) avec une compétition combinant deux disciplines phares : le bloc et la difficulté. L’événement se déroulera au célèbre Kletterzentrum Innsbruck, haut lieu international de l'escalade sportive. Voici comment suivre l'événement en direct depuis la France, avec les horaires précis, les liens utiles et les détails sur le prize money. © Lena Drapella / IFSC Où regarder Innsbruck 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme chaque étape, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC, mais les finales seront bloquées en France et en Europe à cause des droits exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est requis pour voir en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel, une bonne alternative sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo mais leurs résultats seront accessibles en direct sur le site officiel de l’IFSC. © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire qu'Innsbruck) Mercredi 25 juin – Qualifications Bloc 09h00 à 14h30 : Qualifications hommes (résultats live uniquement) 16h30 à 21h00 : Qualifications femmes (résultats live uniquement) Jeudi 26 juin – Demi-finales & Finales Bloc 13h00 à 15h30 : Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 19h30 à 21h30 : Finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Vendredi 27 juin – Demi-finales & Finales Bloc 13h00 à 15h30 : Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 19h30 à 21h30 : Finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Samedi 28 juin – Qualifications & Demi-finales Difficulté 09h00 à 15h00 : Qualifications hommes et femmes (résultats live uniquement) 19h40 à 22h30 : Demi-finales hommes et femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 29 juin – Finales Difficulté 19h40 à 20h30 : Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 20h40 à 21h30 : Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Innsbruck est classée « Basic » par l’IFSC, voici la répartition des gains pour les finalistes des deux disciplines : 🥇 1er : 3 690 € 🥈 2e : 2 460 € 🥉 3e : 1 722 € 4e : 1 230 € 5e : 984 € 6e : 861 € 7e : 738 € 8e : 615 € Suivre Innsbruck 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Innsbruck 2025 Dates : du 25 au 29 juin 2025, à Innsbruck (Autriche), disciplines bloc et difficulté. Compétition au Kletterzentrum Innsbruck, référence mondiale de l'escalade sportive. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Basic : jusqu’à 3 690 € pour les vainqueurs. Résultats en direct sur https://ifsc.results.info. Fin juin, Innsbruck confirme son statut de ville incontournable pour l’escalade internationale avec une étape combinant deux disciplines majeures, dans un cadre de haut niveau sportif et festif. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.
- Pollution invisible en salle d’escalade : ce que nos chaussons laissent dans l’air
Adhérence maximale, performance ultime… Et pollution invisible. Une étude scientifique révèle que nos précieux chaussons émettent des additifs chimiques préoccupants dans l’air des salles d’escalade. À trop vouloir coller aux prises, aurions-nous perdu de vue ce qu’on respire ? © Vertige Media C’est l’un des gestes les plus anodins pour une grimpeuse ou un grimpeur : poser son pied sur une prise, ajuster ses appuis, charger son poids, recommencer. Une danse quotidienne, répétée des centaines de fois pendant chaque séance. Mais si ce geste, en apparence inoffensif, libérait à chaque mouvement des particules chimiques invisibles et potentiellement problématiques pour notre santé ? La question n’est plus une hypothèse vague ou paranoïaque, elle fait désormais l’objet d’une étude scientifique détaillée publiée dans la revue de référence ACS ES&T Air. Et les résultats méritent, pour le moins, qu’on s’y attarde sérieusement. Quand la grimpe vire à la chimie industrielle On savait déjà que les salles d’escalade étaient des environnements particuliers, saturés de magnésie et d’humidité, parfois mal ventilés. Mais le sujet mis récemment sur la table par les chercheurs concerne une autre pollution, beaucoup moins visible : les additifs dérivés du caoutchouc (RDCs) libérés par nos chaussons. Oui, vous avez bien lu : nos chaussons. L’étude, menée dans neuf salles européennes (France, Suisse, Espagne et Autriche), révèle des concentrations inédites de ces substances chimiques dans l’air et les poussières déposées. Ces composés aux noms barbares – benzothiazoles, aniline, 6PPD, 6PPD-quinone ou diphénylguanidine (DPG) – sont utilisés industriellement dans le caoutchouc des semelles pour améliorer adhérence, élasticité et durabilité. Le hic, c’est que ces produits ne restent pas sagement à leur place. Ils migrent dans l’air qu’on respire. Pollution invisible, exposition bien réelle Ce que les chercheurs ont mis en évidence est une réalité chimique cachée derrière l’apparente simplicité d’une séance de bloc. Invisibles à l’œil nu mais omniprésentes dans l’air intérieur des salles, les substances chimiques issues de nos chaussons dépassent de loin toutes les attentes initiales des scientifiques. Dans les salles analysées, les mesures précises indiquent ainsi des niveaux de RDCs à couper le souffle (littéralement) : Jusqu’à 28,4 ng/m³ dans la fraction supérieure des particules respirables. Autrement dit, à chaque inspiration, ces composés chimiques entrent directement dans votre nez et votre gorge, pour finir rapidement dans votre organisme par voie digestive. Jusqu’à 7,81 ng/m³ dans la fraction profonde, celle qui atteint directement les alvéoles pulmonaires. Là, la préoccupation monte d’un cran : ces particules fines, riches en RDCs, restent beaucoup plus longtemps dans les poumons, augmentant potentiellement leur impact sur la santé à long terme. Mais la contamination ne s’arrête pas à l’air que l'on respire. La poussière accumulée au sol, que chacun déplace sans y penser, affiche elle aussi des concentrations inquiétantes de RDCs : jusqu’à 55 µg/g, une valeur qui écrase littéralement celles relevées dans d’autres lieux clos comme les maisons, les bureaux ou même les centres commerciaux. Plus troublant encore : ces niveaux sont parfois supérieurs à ceux détectés au bord de routes très fréquentées, là où l’on s’attend logiquement à un air saturé de polluants issus des pneus automobiles. Pour mesurer pleinement l’ampleur du problème, un détail parlant : les salles d’escalade dépassent même les niveaux enregistrés dans des espaces sportifs déjà jugés problématiques, comme les salles de gymnastique chargées en magnésie ou les terrains de sport en gazon synthétique, pourtant connus pour émettre des particules chimiques issues du caoutchouc recyclé des pneus. Autrement dit, en grimpant, nous respirons plus de chimie industrielle qu’en faisant du foot sur un terrain synthétique ou qu’en nous entraînant sur une poutre chargée de magnésie. Qui l’aurait cru ? La question mérite en tout cas d’être posée clairement, sans détour : l’air des salles d’escalade, prétendument saines, ne serait-il finalement qu’une soupe chimique invisible ? © The Invisible Footprint of Climbing Shoes: High Exposure to Rubber Additives in Indoor Facilities La faute aux chaussons (et seulement eux) Évidemment, la première réaction est de chercher les coupables : d’où sort cette pollution chimique, alors même qu’on pensait les salles d’escalade plutôt protégées de ce genre de problématique ? Les chercheurs ont mené l’enquête avec minutie, écartant méthodiquement d’autres pistes éventuelles, pour ne laisser planer aucun doute : les composés chimiques en cause proviennent directement et exclusivement des semelles en caoutchouc des chaussons. Les scientifiques ont analysé en détail pas moins de 30 modèles différents du marché, et le résultat est implacable. Ces semelles, que nous chérissons tant pour leur capacité à coller aux prises, contiennent en réalité de véritables cocktails chimiques, destinés à optimiser adhérence, élasticité et résistance à l’usure. Parmi les composés détectés en très fortes concentrations (jusqu’à 3405 µg/g) figurent des accélérateurs de vulcanisation, des antioxydants industriels et divers dérivés du benzothiazole, tous largement utilisés dans l’industrie du pneu automobile. Chaque appui, chaque « zip », chaque frottement libère ainsi des particules ultrafines chargées en ces additifs chimiques. Et ces particules ne se contentent pas de tapisser les prises. Elles restent en suspension dans l’air ambiant, suffisamment longtemps pour être inhalées par tous les grimpeuses et grimpeurs présents. Mais alors, qu’en est-il de l’autre suspect habituel, la magnésie, accusée à tort depuis des années ? Les chercheurs ont balayé cette piste : l’observation minutieuse au microscope électronique a confirmé sans ambiguïté que les particules problématiques ont une structure caractéristique du caoutchouc. Rien à voir, donc, avec la poudre blanche tant décriée par ailleurs. Distinction entre magnésite et caoutchouc © The Invisible Footprint of Climbing Shoes: High Exposure to Rubber Additives in Indoor Facilities Un air chargé en chimie réactive Et ce n’est malheureusement pas tout. Les composés libérés par l’abrasion des chaussons d’escalade ne restent pas simplement suspendus dans l’air à attendre sagement d’être inhalés. Ils entrent rapidement dans une danse chimique complexe avec l’ozone ambiant, naturellement présent dans les salles. L’étude le démontre clairement : ces réactions chimiques, loin d’être anecdotiques, produisent en réalité des composés secondaires encore plus préoccupants, capables d’amplifier les risques potentiels pour la santé des personnes présentes dans les salles. Parmi les transformations les plus frappantes figure la conversion du 6PPD, un additif chimique largement utilisé comme antioxydant industriel dans le caoutchouc, en 6PPD-quinone, une molécule désormais tristement célèbre pour ses effets toxiques documentés sur la vie aquatique. Ce composé secondaire, déjà pointé du doigt pour avoir causé des mortalités massives chez certaines espèces de saumons sauvages aux États-Unis, se retrouve ainsi, de manière inattendue, dans l’air intérieur des salles de grimpe. Pour appuyer leur démonstration, les scientifiques ont conduit des expériences d’ozonation en laboratoire : des particules de caoutchouc récupérées sur les prises d’escalade ont été exposées artificiellement à des concentrations élevées d’ozone pendant plusieurs heures. Les résultats, sans appel, ont confirmé que ces transformations chimiques surviennent très rapidement. Même si, précisent les chercheurs avec prudence, les niveaux d’ozone employés en laboratoire étaient supérieurs à ceux généralement rencontrés dans les salles d’escalade, l’existence même de ces réactions pose de sérieuses questions sur l’impact sanitaire à long terme. Le phénomène, déjà observé dans d’autres contextes (comme l’usure des pneus automobiles sur les routes), prend donc une dimension nouvelle et inattendue à l’intérieur des salles d’escalade. Il justifie selon les auteurs de l’étude une urgence absolue : poursuivre rapidement les recherches pour évaluer précisément l’ampleur réelle du problème en conditions réelles, avec les concentrations typiques d’ozone des espaces clos sportifs. Exposition : un risque sous-estimé ? Si les niveaux élevés de pollution chimique dans l’air des salles sont désormais établis, reste une question essentielle : quelles sont précisément les conséquences de cette exposition régulière sur les grimpeuses et grimpeurs, et surtout, à quel point ce risque est-il sous-évalué aujourd’hui ? L’étude se penche ainsi en détail sur l’exposition quotidienne des personnes les plus présentes dans ces espaces clos : les grimpeuses et grimpeurs réguliers, mais aussi et surtout les employés, qui passent plusieurs heures chaque jour dans ce milieu potentiellement chargé en RDCs. Les résultats des calculs d’exposition quotidienne potentielle, réalisés à partir des mesures relevées, révèlent des chiffres franchement inquiétants, notamment en ce qui concerne certains composés comme les benzothiazoles et les dérivés du p-phénylènediamine (PPD et quinones associées). Les grimpeurs réguliers – a fortiori ceux qui viennent pendant les pics d’affluence, lorsque la concentration en particules est maximale – seraient ainsi exposés à des niveaux largement supérieurs à ceux observés chez les travailleurs de secteurs industriels pourtant réputés très exposés, comme l’industrie chimique ou les usines de production de caoutchouc synthétique. Plus troublant encore, l’exposition à certains composés spécifiques (notamment les quinones dérivées des PPD) dépasse nettement celle observée chez des travailleurs évoluant quotidiennement au bord de routes à très fort trafic routier, lieux pourtant emblématiques de la pollution chimique issue des pneus automobiles. Pour autant, et c’est là que réside toute la nuance apportée clairement par les chercheurs, ces résultats doivent être interprétés avec prudence : à ce jour, il manque toujours des études toxicologiques approfondies spécifiquement dédiées à ces composés dans un contexte humain. Autrement dit, bien que les niveaux mesurés soient très élevés et donc potentiellement problématiques, on ne dispose pas encore des éléments scientifiques pour prédire précisément leurs effets réels sur la santé à moyen ou long terme. Cette absence de données toxicologiques précises n’est en rien rassurante, au contraire : elle souligne plutôt un vide inquiétant, une lacune de connaissance majeure. L’étude appelle donc avec force à combler rapidement ce manque, en lançant au plus vite des recherches toxicologiques approfondies sur ces substances spécifiques dans le cadre précis des salles d’escalade. En clair, oui, l’exposition est réelle, probablement préoccupante, mais ses conséquences précises restent encore à documenter pleinement. Et il est urgent de le faire avant que les éventuels risques, aujourd’hui sous-estimés ou ignorés, ne se transforment en problèmes sanitaires bien réels. Prévention, responsabilité, innovation : les pistes de solution L’étude ne fait pas que dresser un constat alarmant ; elle suggère aussi des pistes concrètes, réalistes et immédiatement applicables pour faire évoluer la situation. La bonne nouvelle, c’est que le problème, même s’il est sérieux, n’est pas insoluble. Trois leviers principaux émergent clairement des recommandations scientifiques, chacun exigeant des efforts ciblés de la part des différents acteurs concernés. Premier levier, la ventilation : Ce n’est ni nouveau ni spectaculaire, mais c’est efficace. Une ventilation adéquate, avec un renouvellement fréquent de l’air intérieur, permet de réduire très nettement la concentration en composés chimiques libérés par les chaussons. Pour les gestionnaires de salles, cela signifie investir davantage dans des systèmes performants de filtration et d’aération, voire adapter les horaires et l’affluence des séances pour éviter les pics de pollution chimique. Deuxième levier, le nettoyage régulier : Encore une fois, une solution simple mais sous-estimée. Passer régulièrement l’aspirateur, humidifier le nettoyage des sols et des prises, ou encore mettre en place des procédures strictes d’hygiène des espaces collectifs permet de limiter fortement l’accumulation des particules fines chargées en RDCs. Enfin, troisième levier et sans doute le plus stratégique : repenser les chaussons eux-mêmes. La responsabilité incombe ici directement aux industriels et fabricants, invités clairement par l’étude à revoir leur copie. L’enjeu ? Concevoir des semelles innovantes qui offrent toujours adhérence et performance, mais avec une empreinte chimique bien moindre. Cela implique probablement de repenser totalement les formulations actuelles, voire de développer des alternatives plus écologiques, moins chargées en additifs potentiellement problématiques. Ce dernier point interpelle directement toute la filière économique de la grimpe, depuis les grandes marques internationales jusqu’aux petites entreprises spécialisées. L’innovation technique ne devra plus seulement viser la performance sportive pure, mais aussi intégrer des critères sanitaires et environnementaux élevés. Un vrai défi industriel, mais aussi une opportunité unique de montrer que la grimpe peut être pionnière dans l’alliance du sport et du respect de la santé publique. Ces trois leviers – ventilation, nettoyage, innovation des matériaux – nécessitent évidemment une action coordonnée, et surtout une prise de conscience collective rapide. Mais ils constituent aussi, selon les chercheurs, des pistes réelles et efficaces pour sortir de ce piège invisible dans lequel nous nous sommes progressivement enfermés, grimpeurs comme professionnels du secteur. Et maintenant, on agit ou on attend ? L’étude est claire sur un point essentiel : elle ne prétend pas que vos chaussons vous intoxiquent à chaque séance, ni qu’il faudrait soudainement arrêter de grimper. À présent, la balle est dans le camp des acteurs de l’escalade : fabricants de chaussons en tête, mais aussi responsables de salles d’escalade et décideurs du secteur. C’est à eux d’innover, de trouver rapidement des alternatives crédibles, de garantir un environnement réellement sain. L’enjeu est crucial : permettre à chacun de pratiquer l’escalade dans un espace réellement protecteur, sans arrière-pensée sur la qualité de l’air inhalé. Il est temps d’agir, avant que ce sujet, encore discret aujourd’hui, ne devienne le prochain grand scandale sanitaire du sport indoor. On agit maintenant, ou on attend que d’autres le fassent à notre place, avec les conséquences que l’on imagine ? À chacun de choisir. Mais choisir vite. Pour lire l'étude dans son intégralité cliquez ici.
- CLIPPE : comment des grimpeurs ordinaires sauvent leurs falaises
Depuis 2020 et le retrait brutal de la FFME des falaises françaises, l’association CLIPPE rassemble des grimpeurs du Royans-Vercors pour maintenir l’accès aux sites naturels. Comment ces passionnés locaux ont-ils réussi à contourner la crise ? Récit d'une bataille pour l'escalade libre. © Simon Destombes Printemps 2020 : la FFME lâche une bombe administrative en annonçant son retrait progressif des conventions de falaises françaises. De quoi transformer les grimpeurs en équilibristes juridiques, suspendus à l’incertitude de perdre leurs spots favoris. Dans le Royans-Vercors, une bande d’irréductibles locaux a refusé cette épée de Damoclès administrative et fondé CLIPPE, un collectif aux accents anarcho-bucoliques dont l'acronyme sent bon l'huile de coude et la résistance calcaire. « Un Far-West vertical » Parmi les visages de cette petite révolte locale, il y a Bastien Minni, grimpeur passionné, entraîneur et franc-tireur de l’escalade installé depuis quelques années dans le Royans-Vercors. Il le dit sans détour : pour les habitués, cette interdiction est presque un détail, « ça ne changera rien, on ira grimper pareil ». Mais loin du confort égoïste d’une falaise désormais privatisée par décret, c’est surtout une démarche « pour tous ceux qui débarquent sans connaître les lieux », les grimpeurs du dimanche, touristes et autres citadins perdus sur du calcaire inconnu, venus « user de la gomme sans la moindre info fiable ». Ce paradoxe, Bastien l’exprime sans prendre de gants : sans convention, les falaises deviennent vite « un far-west vertical ». Plus de topos à jour, plus de panneaux clairs, juste du bouche-à-oreille approximatif et une sécurité approximative elle aussi. Bref, « un jeu de piste absurde » où l’on s’en remet au hasard et à la chance. Face à cette ubuesque situation administrative, CLIPPE préfère donc transformer sa désobéissance civile en combat de terrain. Derrière la posture rebelle se cache ainsi une véritable volonté altruiste : éviter que les parois locales deviennent un piège à grimpeurs imprudents. Une sorte d’anarchisme raisonné, finalement beaucoup moins punk qu’il n’y paraît. CLIPPE : autogestion sauce anarcho-calcaire Sans chef ni hiérarchie, CLIPPE revendique clairement une autogestion joyeusement assumée, façon ZAD du calcaire mais sans les dreadlocks. Derrière ce choix presque philosophique (« on est collégiaux, on n’a pas de dirigeant » précise Bastien), se cache en réalité une nécessité pratique : s’organiser localement, vite et bien, sans attendre le feu vert d’une FFME « obnubilée par la compétition et les promesses olympiques ». « On ne parle pas d’entretien, justement, mais de veille, parce qu’on ne veut surtout pas qu’on vienne nous imposer des normes absurdes. Ici, le caillou du Vercors n’est pas toujours bon, les prises cassent facilement, et on n’a aucune envie de tomber dans un excès sécuritaire » En revanche, pour traiter concrètement les conventions, CLIPPE doit jongler avec les acteurs locaux. À commencer par la Communauté de communes (ComCom) et la FFCAM, qui certes manque de glamour médiatique, mais fait discrètement le job. Avant même d’aborder le volet administratif, l’asso s’est cependant retrouvée confrontée à un casse-tête digne d’un mauvais roman kafkaïen : identifier les propriétaires des terrains équipés. Bastien raconte avec une ironie lasse la complexité du problème, quand « la ComCom donne des parcelles cadastrales pas du tout à jour » et que certains propriétaires découvrent, souvent ébahis, qu’ils possèdent depuis vingt ans un pan de falaise régulièrement squatté par des grimpeurs. © Simon Destombes Une absurdité administrative qui oblige aujourd’hui CLIPPE à maîtriser autant les subtilités du cadastre rural que celles du dévers le plus engagé. Preuve s’il en fallait que dans le Royans-Vercors, sauver ses falaises est devenu un sport extrême à part entière. Entretenir sans normer, la stratégie du flou artistique Pour CLIPPE, tout est dans le choix subtil des mots. Prenez le terme « entretien » : bien trop connoté fédé, normes strictes et règlementations ubuesques. L’asso préfère la notion plus floue, plus poétique, et beaucoup moins contraignante de « veille ». Bastien l’explique avec une ironie soigneusement dosée : « On ne parle pas d’entretien, justement, mais de veille, parce qu’on ne veut surtout pas qu’on vienne nous imposer des normes absurdes. Ici, le caillou du Vercors n’est pas toujours bon, les prises cassent facilement, et on n’a aucune envie de tomber dans un excès sécuritaire ». « Regardez, on le fait, ça fonctionne. Organisez-vous localement pour protéger vos falaises, personne ne le fera mieux que vous » Derrière cette stratégie du flou artistique se cache une volonté affirmée : préserver la liberté historique d’équipement du massif, quitte à froisser quelques maniaques du règlement. En clair, il s’agit de garder le pouvoir sur leur propre rocher, de décider localement ce qui est acceptable ou non, loin des préconisations venues d’en haut. Ou comment transformer une simple question sémantique en arme politique efficace. Concrètement, cette veille repose aussi sur un outil participatif créé par CLIPPE : depuis le site web de l’asso, chaque grimpeur peut désormais signaler un point rouillé ou un relais douteux. Le signalement est transmis au collectif qui vérifie sur place et agit en fonction du besoin réel Falaises libérées, délivrées (ou presque) En deux ans seulement, CLIPPE a déjà quelques victoires bien réelles à afficher à son compteur. La Presqu’île, avec ses secteurs emblématiques (île du Haut, île du Bas), reprend doucement vie grâce à un lent ballet administratif de signatures et tampons officiels. La Taupinière aussi est sur le point de retrouver une existence légale, même si Bastien, avec un sourire de circonstance, avoue : « On attend encore le retour des conventions. En attendant, bien sûr, on y grimpe tous déjà tranquillement ». D’autres secteurs mythiques sont toujours bloqués dans les méandres administratifs. L’ Auberge Espagnole, joyau local, est encore suspendue au bon vouloir bureaucratique : « On en est exactement au même stade. La théorie dit que ça va rouvrir bientôt, mais on attend encore les papiers administratifs », résume Bastien sans surprise. En revanche, certaines falaises comme La Plage ou Côté Cour semblent définitivement hors-jeu. Là, ce sont des conflits insolubles avec des chasseurs locaux, qui voient d’un très mauvais œil ces grimpeurs perçus comme « des jeunes aux cheveux longs » débarquer sur leur territoire, qui condamnent ces secteurs emblématiques à rester dans l'ombre. © Simon Destombes Parmi les terrains difficiles à négocier, on retrouve aussi le secteur des Grands Goulets. Ici, la situation est moins tendue mais demande tout de même un subtil jeu diplomatique. Le propriétaire, lui-même chasseur mais plus conciliant que d'autres, accepterait la grimpe sur ses terrains à condition d’établir un calendrier précis. Une démarche plutôt ouverte et constructive, mais qui souligne encore une fois la délicatesse des négociations : un pas de travers et tout peut basculer. L’avenir : anarchistes, mais pragmatiques Soyons clairs : pour CLIPPE, il ne s’agit pas uniquement de gratter quelques euros (« même si l’assurance coûte quand même 1000 euros par an », soupire Bastien). L’argent compte évidemment, mais le vrai combat se joue ailleurs : il s'agit d’une guerre d’image, presque un bras de fer symbolique. Et face à d’autres lobbies locaux – coucou les chasseurs –, il vaut mieux ne pas passer pour une bande de doux rêveurs à peine sortis de leur combi Volkswagen. « Quand tu arrives à la ComCom et que t’annonces 150 adhérents plutôt que 25, c’est tout de suite plus crédible », résume Bastien avec lucidité. Dans ce rapport de force subtil, chaque nouvel adhérent, même symbolique, pèse plus lourd qu’il n’y paraît. La cotisation n’est plus seulement une entrée solidaire à 10 euros, mais un vrai geste politique, un moyen de rappeler aux élus locaux que l’escalade existe bel et bien, même dans les contrées reculées du Royans-Vercors. Bref, une façon simple mais diablement efficace de montrer qu’ici, quand on parle de falaise, on ne parle pas dans le vide. En refusant d’attendre passivement le retour de la FFME, CLIPPE ouvre une voie résolument différente : celle de l’autogestion locale, radicale et pragmatique. Bastien Minni y voit « un anarchisme au sens d’auto-organisation sans pouvoir ». Mais pas question ici de jouer aux punks du dimanche : cette anarchie-là responsabilise et engage concrètement chaque grimpeur à défendre son terrain de jeu. Cette démarche n’est d’ailleurs pas isolée. Depuis le retrait progressif des conventions décidé par la FFME, un peu partout en France, la réappropriation des falaises par des collectifs locaux et des clubs indépendants s’intensifie. Greenspits, créé dès 2016, avait senti venir cette crise et rassemble déjà plus de 400 adhérents engagés dans la défense et le rééquipement des falaises françaises. Des Alpes du Sud au Jura, en passant par la Bretagne ou même d’autres secteurs du Vercors, une idée fait désormais consensus : face aux inerties institutionnelles, l’escalade ne peut compter que sur elle-même, via des initiatives locales solides et pragmatiques. Le message que porte Bastien à travers CLIPPE est clair, net : « Regardez, on le fait, ça fonctionne. Organisez-vous localement pour protéger vos falaises, personne ne le fera mieux que vous ».
- Vertige Party : le programme complet du 12 juin
Après 1000 articles et une année à faire vivre un média indépendant consacré à l'escalade, l'équipe de Vertige Media part enfin en live pour une soirée inédite. Au programme du 12 juin : le bilan d'une aventure vertigineuse, une rencontre impossible entre Alain Robert et Éline Le Menestrel, et un moment de communion collective autour de notre passion commune. Attention, tournis général. Alain Robert, Éline Le Menestrel et Pierre-Gaël Pasquiou. Quand on a créé Vertige Media, on avait peur du vide. D'abord celui qui nous séparait du sol de notre première salle de voies, à Paris. Mais surtout, celui de nos vies à cent à l'heure, bouffées par la pression, les Zooms et les KPIs. On dit souvent que nous sommes entraînés par le précipice. Nous étions happés par le stress et la fast life à deux balles. La grimpe a été thérapeutique. Grâce à elle, on est sortis. Tout de suite. Viaduc, du grès, du Bleau, du bizarre. On s'est ouvert les bras, la tête, et les conversations. On se souviendra à jamais de notre premier contest amateur de bloc. Pour le fun, hein. L'objectif ? Pas finir dernier. On a fini avant-dernier. Et on passait juste derrière un certain… Simon Lorenzi. Contest amateur ? Et mon c**, c'est une poulie ? Un Vertige collectif Depuis trois ans, on a réappris à vivre le temps pour soi. Nos loisirs, nos soirées, nos week-ends. Au départ, c'était deux jours pour vivre. Il y a un peu plus d'un an, c'est devenu six jours pour faire vivre un média. Vertige Media est né et on a pris un virage, sec : parler d'escalade comme on l'a rencontrée. Une voie, une solution, un remède. En thérapie, on a embrassé tout ce qu'il y avait autour de la grimpe. Le lifestyle, bien sûr. Mais aussi les conseils, le dehors, les voyages, les cordées, les histoires, la binouze, les relou·e·s, les sujets. Il y en a mille. Et parmi tout ça, on s'est vite rendu compte d'une chose : Vertige Media ne parle pas de grimpe. Il parle d'un fait social, culturel et politique. Aujourd'hui, après 1000 articles, une cinquantaine de vidéos, des centaines de vannes douteuses, on a réussi à embarquer 20 000 personnes avec nous. C'est facile, c'est digital. La voie dure, la vraie, c'est de se réunir dans la vie, la vraie. C'est pour ça qu'on veut fêter ces kilomètres d'ascension avec vous toutes et tous, le 12 juin prochain. Alors, c'est à Paris - on sait, bouh - mais désolé, c'est juste une vérité : c'est là où l'histoire a commencé. Au programme : trois temps forts pour une soirée mémorable Le thème de la soirée : le vertige collectif. La communion, l'osmose, le partage. On a tellement de choses à vous montrer qu'on ne sait pas par quel nœud commencer. Alors on va faire ça dans l'ordre, voie par voie. 19h30 - Vertige Media, un an après Pierre-Gaël, notre co-fondateur et directeur de la publication, va jeter un coup d'œil dans le rétro en faisant le bilan, calmement, d'une année vertigineuse. Une année à pousser sur les bras un média indépendant consacré à la grimpe. Au menu : des chiffres qui donnent le tournis, les résultats d'une enquête de lectorat réalisée avec soin (spoiler : c’est fou, ndlr), la révélation du tout nouveau manifeste de Vertige Media et la présentation officielle de notre équipe. Une équipe qui, si, si, a bien grandi. 20h00 - La rencontre impossible : Alain Robert et Éline Le Menestrel Prenez un soloïste de 64 ans aux millions d'abonnés sur Insta, fan de champagne et de costume en peau de reptile. Ajoutez une grimpeuse pro de 27 ans, activiste écologiste qui pense sa propre pratique comme un geste politique. A priori, ça n'a pas grand-chose à voir. Et pourtant. Nous voulons confronter deux parcours hors-normes, deux générations, deux lectures du monde et deux manières de voir l'escalade au sein de la société à travers une conversation entre Alain Robert et Éline Le Menestrel. C'est du jamais-vu alors autant vous dire qu'on fait ça sans gri-gri. Cela dit, on vous promet une discussion d’exception entre deux personnalités qui ont plus de similitudes qu'elles n'en ont l'air. Sur une longueur d’une heure, trois grosses terrasses : La place de l'escalade dans leur vie Leur(s) accident(s) comme révélation La place du grimpeur pro dans le monde d'aujourd'hui Le tout, avec de la place pour vos questions à la fin, bien sûr. Parce qu'on sait que vous allez avoir des trucs à dire... 21h - On boit des coups ! Après tout ça, on donnera enfin du mou à la soirée. Ce sera le moment de se détendre en buvant un coup, en se rencontrant, en imaginant la suite tous ensemble. Alors, prêt·e pour cette soirée vertigineuse ? ✨ INFOS PRATIQUES ✨ 📆 QUAND ? Jeudi 12 juin 2025, de 19h à 23h 📍 OÙ ? Le TLM - 105 rue Curial, 75019 Paris 🚇 Métro 5 : Corentin Cariou 🚇 Métro 2 : Crimée 🚆 RER E : Rosa Parks 🎟️ INSCRIPTION : Par ici 👕 BONUS : Stand de goodies Vertige Media disponible sur place ENTRÉE GRATUITE - PLACES LIMITÉES
- Isaac Wright : descente en rappel judiciaire dans une galerie branchée
Une expo photo, du champagne tiède et un artiste aux clichés vertigineux… Il n’y avait à première vue rien de très original à l’inauguration de « Coming Home » d’Isaac Wright, ce soir du 20 mai, à la Robert Mann Gallery de New York. Mais au beau milieu des petits fours bien alignés et des conversations polies sur l'art contemporain, un policier en civil s’est invité discrètement, histoire d’ajouter à la performance un twist que personne n’avait vu venir : Isaac Wright, star montante de la photographie perchée, s’est retrouvé menottes aux poignets sous les regards médusés de ses admirateurs. © Isaac Wright / Robert Mann Gallery Isaac Wright, pour ceux qui vivraient dans une grotte (ou au rez-de-chaussée), c’est ce photographe-cascadeur passé maître dans l’art subtil de transformer n’importe quel immeuble en paroi rocheuse, et chaque ascension clandestine en œuvre artistique. Sa spécialité ? Escalader les gratte-ciels, les ponts, les grues, bref tout ce qui se grimpe mais ne devrait surtout pas se grimper, pour capturer des clichés capables de déclencher autant d’émerveillement que de vertige. Le Queensboro Bridge, l’Empire State Building, autant de noms célèbres qui doivent désormais leur notoriété (ou leur migraine sécuritaire) à ce virtuose du hors-la-loi photographique. Militaire en reconversion ou délinquant artistique ? Avant de devenir l’idole clandestine des réseaux sociaux, Isaac Wright portait un uniforme autrement plus strict : celui de parachutiste dans l’armée américaine. On suppose qu’une fois libéré du cadre militaire, il s’est senti contraint de trouver une autre façon de jouer avec le vide – et les nerfs des autorités. Sa reconversion a ainsi pris la forme d’une série d’ascensions urbaines illégales, dont l’audace confine au génie pour certains et à l’inconscience pour d’autres. Et puisqu’on parle de reconversion, son pseudo Instagram, « Driftershoots », annonce clairement la couleur : en anglais, un drifter, c’est celui qui dérive, qui erre sans attache. Ajoutez-y « shoots » pour la photo et vous obtenez exactement Isaac Wright : un type dont la vie consiste à dériver de toit en toit, toujours à la marge, prêt à tout pour capturer le cliché ultime qui vous retourne autant l’estomac qu’il fait exploser le nombre de likes. Mais soyons clairs : si Isaac grimpe effectivement en haut des gratte-ciels, ce qu’il fait ne ressemble que vaguement à l’escalade au sens classique. Sa pratique relève plutôt du « rooftopping », une discipline née avec Instagram et YouTube, mêlant escalade urbaine illégale, infiltration et prise de risques vertigineuse pour obtenir des clichés hors-normes. Ici, ni chaussons d’escalade ni corde dynamique : on est plutôt sur une forme hybride, urbaine et transgressive, où le but est moins de grimper que d’atteindre, coûte que coûte, l’angle impossible qui permettra d'obtenir la photo parfaite. Un peu comme si Banksy ouvrait boutique chez Vuitton Ses photos, techniquement impeccables, nourrissent une réflexion implicite : où commence l’art, où finit l’illégalité ? Autrement dit, jusqu’à quel point peut-on grimper aux murs pour défendre sa liberté d’expression ? Une question existentielle pour le photographe autant qu’une équation judiciaire particulièrement épineuse pour les autorités américaines, qui ne voient pas nécessairement d’un bon œil ce type d’expression verticale. NFT, méfait et buffet froid En 2020 déjà, Wright avait goûté à une forme de résidence artistique un peu particulière : quatre mois de prison suite à une cavale trans-américaine digne d’un mauvais polar Netflix. Une sanction qui aurait pu le ramener au ras du sol pour de bon, mais non. Notre homme, visiblement peu sensible à la pédagogie judiciaire, a préféré repartir à l’assaut des sommets interdits, tout en trouvant une manière très XXIᵉ siècle de monétiser ses délits : la vente de NFT. Une astuce maligne pour faire passer ses effractions physiques pour des abstractions numériques, du concret de l’illégalité à l’élégance du virtuel. De quoi faire tourner la tête, ou au moins celle des commissaires d’exposition. La Robert Mann Gallery, consciente ou non du danger d’exposer Isaac, pensait sans doute avoir réussi le coup parfait : transformer l’art clandestin en produit culturel totalement licite, acceptable, vendable. Un peu comme si Banksy ouvrait boutique chez Vuitton. Mais visiblement, l’Amérique n’est pas encore prête à passer l’éponge aussi facilement. L’arrestation soigneusement mise en scène de Isaac Wright au milieu même de son exposition en dit long sur l’ambiguïté morale du milieu artistique : si les institutions adorent exposer l’illégalité quand elle s’encadre proprement, elles se gardent bien de protéger celui qui grimpe sans filet (et sans permis) une fois que la police débarque. Vitaliy Raskolov, lui-même grimpeur clandestin, a résumé la situation avec un cynisme parfaitement ajusté : « Ils auraient pu venir le cueillir tranquillement chez lui. Mais non, il fallait gâcher le buffet ». Manière élégante de souligner la tension entre artistes underground et institutions, entre provocation créative et répression d’État. Un artiste entre deux mondes Reste à savoir ce que deviendra Isaac Wright, désormais pris en sandwich entre une justice américaine peu sensible à l’esthétique et un milieu de l’art qui lui tend les bras autant qu’il le pousse vers la porte de sortie. Son exposition, elle, reste ouverte jusqu’à fin juin, preuve ultime de ce paradoxe moderne : l’interdit fait vendre, l’illégalité fascine, mais l’artiste, lui, finit souvent par en payer le prix fort. Isaac Wright se retrouve donc perché sur une frontière fragile : celle qui sépare la reconnaissance de la condamnation, la gloire éphémère des réseaux sociaux des conséquences bien réelles de ses ascensions. On ignore s’il grimpera encore longtemps, mais ses images, elles, resteront accrochées aux murs d’une galerie. En attendant, l'Américain a expérimenté en direct une vérité fondamentale de la création contemporaine : l’art peut certes prendre de la hauteur, mais la justice, elle, n’a aucun problème à le faire redescendre sur terre.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Prague : programme, horaires, streaming et prize money
Du 6 au 8 juin 2025 , après l'étape vitesse à Denver , la Coupe du monde IFSC revient en Europe pour investir Prague (République tchèque) dans une compétition entièrement dédiée au bloc. L'événement se déroulera à Letenská plán, offrant une vue spectaculaire sur la capitale tchèque. Voici toutes les infos pratiques pour suivre cette compétition depuis la France : programme détaillé, horaires précis, streaming et détails sur le prize money. © Dimitris Tosidis / IFSC Où regarder Prague 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme toujours, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC . En revanche, les finales seront bloquées en France et en Europe à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe . Un abonnement est donc indispensable pour suivre les moments clés en direct. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel , une excellente alternative sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo, mais les résultats seront accessibles en temps réel sur le site officiel de l’IFSC . © Dimitris Tosidis / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Prague) Vendredi 6 juin – Qualifications bloc (pas de streaming vidéo) 09h00 : Qualifications hommes (résultats live uniquement) 16h00 : Qualifications femmes (résultats live uniquement) Samedi 7 juin – Demi-finales et finale bloc hommes 12h00 à 14h30 : Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 18h30 : Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 8 juin – Demi-finales et finale bloc femmes 12h00 à 14h30 : Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 18h30 : Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Prague bénéficie du statut « Premium » de l’IFSC, offrant un prize money supérieur aux étapes classiques : 🥇 1er : 6 000 € 🥈 2e : 4 000 € 🥉 3e : 2 800 € 4e : 2 000 € 5e : 1 600 € 6e : 1 400 € 7e : 1 200 € 8e : 1 000 € Suivre Prague 2025 sur les réseaux sociaux Pour profiter pleinement de l'événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Prague 2025 Dates : du 6 au 8 juin 2025, à Prague (République tchèque), discipline bloc uniquement. Compétition en plein air à Letenská plán, lieu emblématique de Prague. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Premium : 6 000 € pour les vainqueurs. Résultats live sur https://ifsc.results.info . Début juin, la Coupe du monde IFSC prend ses quartiers au cœur de Prague pour une étape spectaculaire dédiée au bloc, dans un cadre unique au cœur de la capitale tchèque. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.
- Simon Lorenzi : « Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie »
Simon Lorenzi est l’un des meilleurs grimpeurs du monde. Lancé dans l’enchaînement des blocs les plus durs de la planète (les fameux 9a), le Belge de 28 ans s’est jusque-là aventuré sur un chemin qui résonne parfaitement avec les noms de ses croix : Soudain Seul, Burden of Dreams, Return of The Sleepwalker… Solitaire, pesant et insomniaque ? Oui, mais pas que. Interview gigantesque. Simon Lorenzi, en Finlande © Gilles Charlier Vertige Media : Dans un film qui montre ta performance sur Burden of Dreams ( Le poids des rêves en VF, réalisé par Gilles Charlier, ndlr ), on te voit passer une quarantaine de jours en Finlande à t'éclater les doigts sur un bout de rocher penché, dans un froid polaire, parfois à la frontale. Elles ont ressemblé à quoi tes journées ? Simon Lorenzi : Je ne suis pas un lève-tôt hein. Et il ne fallait pas aller au bloc trop tard parce qu'il faisait nuit à 15 heures. Donc bon, c’était un challenge . Je partais au bloc en espérant être en forme et que ma peau ne s’ouvre pas trop. Au début du séjour, tu fais des grosses journées parce qu’il y a beaucoup à défricher. Beaucoup de petits détails à trouver. C’est la partie la plus amusante, parce que tu progresses, tout le temps. Et puis, une fois que tu as fait une bonne grosse séance et que tu es mort de froid, tu rentres, et tu vas dormir. Et quand c'est plus tard dans le processus, là, juste, tu y vas, tu mets quelques essais sur ta journée, et puis après tu rentres. Parfois, ta peau s'ouvre et t’es obligé de rentrer avant. Quand tu sais qu’il te faudra ensuite deux jours de repos , tu te rends compte que c’est beaucoup d'attente pour très peu de grimpe. Vertige Media : Est-on préparé à une certaine forme de monotonie ? Simon Lorenzi : Je ne me prépare jamais à l’avance. L’entraînement nous habitue à cette monotonie. La routine s’adapte toujours au projet, et c’est ce que j’aime : retrouver mes habitudes, répéter les mêmes gestes, comme enfiler mes chaussons toujours dans le même ordre ou brosser les prises de la même façon. Tous ces petits rituels créent une routine, et même quand c’est difficile, j’en garde un bon souvenir. Vertige Media : Entre Return of the Sleepwalker et Burden of Dreams , qu'est-ce qui a différé dans ces deux projets ? Simon Lorenzi : Le confort et la compagnie. Au départ, aux États-Unis, j'étais avec un pote. Puis il est parti, et je me suis retrouvé absolument tout seul. Je dormais dans une voiture, il n’y avait personne au bloc. C’était très très dur. En Finlande, j’étais toujours avec Gilles ( Charlier, le réalisateur du film, ndlr ). C’est vachement plus dur de performer quand tu es tout seul, tout le temps, que tu n’as pas le confort de maison ou quoi que ce soit pour te reposer. Je me suis aussi rendu compte que vivre une aventure sans la partager, ça perd beaucoup de son sens. Vertige Media : Et pourtant, tu l'as fait. Simon Lorenzi : En vérité, j’ai croisé un gars sur la fin. Il devait me rester 10 jours sur place. Le mec habitait à Vegas et je lui ai demandé de m’héberger. J’ai fait les dernières séances avec lui et ça allait à chaque fois un peu mieux. J’étais de plus en plus lucide. Je suis persuadé que c'est grâce au confort mais surtout au partage que je suis venu à bout du bloc. Quand c’est vraiment dur, ça joue énormément sur ta capacité à réussir. « J’ai appris que les contraintes faisaient totalement partie de l’aventure. Et que ça rendait la chose encore plus belle » Vertige Media : Est-ce que ce qui ne diffère pas aussi, c'est le voyage en lui-même ? Simon Lorenzi : À Vegas, il y a 9h de décalage avec la Belgique. C’est beaucoup. Pour communiquer avec tes proches, c’est galère. Même à distance, tu n'as personne avec qui partager de petites choses. Tu dois juste vivre le truc seul, avec toi-même. Aux États-Unis, je ne me sentais vraiment pas chez moi. Les bâtiments, les grandes routes, les nuits dans la voiture… Je me sentais comme dans un environnement hostile. Vertige Media : Comment parviens-tu à t’adapter ? Tu arrives à penser à autre chose ? Simon Lorenzi : Non, je ne déconnecte pas. Je suis à 200% dans mon truc, tout le temps, jusqu'à ce que ça marche. Pour Return of the Sleepwalker , j’ai quand même pris une pause de deux semaines. Je ne savais pas si j’allais réessayer ou pas. Je n’avais plus envie. Et dans ma tête, j'avais accepté le fait que, peut-être, je ne le ferais pas. Ça m’a aidé à être plus serein et de pouvoir y revenir de manière plus saine. À l’arrache quand même puisque j’ai réussi le bloc la veille de mon départ et l’expiration de mon visa . Je pense que j'ai changé, car avant, je restais des heures devant le bloc sans rien lâcher. Mais à force de m’acharner, j’en arrivais à me faire très mal mentalement. Avant cette pause, j’étais vraiment au plus mal. Vertige Media : C’est-à-dire ? Simon Lorenzi : J'ai vraiment expérimenté une perte de sens de ma vie. De façon extrêmement forte. J’étais là-bas pour un seul truc dans lequel j'ai investi toute mon énergie mentale, psychologique. Je mise tout sur un seul projet, ce qui n’est pas la meilleure méthode. Ce genre de défi coûte aussi très cher : tu investis vraiment tout. Alors, quand tu échoues et que la fin du séjour approche, tout perd son sens. Heureusement, j’ai su rebondir, et tout s’est bien terminé. Simon Lorenzi sur un des mouvements de Burden of Dreams © Gilles Charlier Vertige Media : C'est justement la question que beaucoup peuvent se poser en voyant le film : pourquoi t’infliges-tu tout ça ? Simon Lorenzi : Je ne sais pas, c'est assez dur à dire. Mais je pense que de manière globale, on a souvent besoin de quelque chose qui donne une forme de sens à notre vie, quel qu'il soit. Avec ça, vu que je grimpe depuis que je suis tout petit, je crois que c'est le format dans lequel j'ai appris à mettre de l'énergie pour que ça donne du sens à ma vie. Mais je me suis bien rendu compte aux Etats-Unis que ce n'est pas non plus quelque chose qui se suffit entièrement à lui-même. Et qu'en fait, ne fût-ce qu'avoir Gilles avec moi en Finlande - juste un pote qui te filme quoi - c’est ce qui donne le plus de sens au projet. C’est complètement différent et moins bien quand tu es tout seul sans personne sur ton caillou. Vertige Media : Qu’est-ce que cette forme d’obsession dit de toi ? Simon Lorenzi : Mon père est grimpeur depuis toujours. J’ai été éduqué en allant en falaise, on faisait du camping sauvage. On dormait même parfois sous la neige en hiver, au pied des rochers pour grimper la journée. J’ai grandi avec cet esprit, où le confort et le luxe n’étaient pas vraiment au centre de notre vie. J’ai appris que les contraintes faisaient totalement partie de l’aventure. Et que ça rendait la chose encore plus belle . Je pense que j’ai gardé ça en moi. « Quand je réfléchis aux bons moments que j'ai passés, je repense aux trucs qui n'ont souvent rien à voir avec le bloc. En Finlande, c’était les courses chez Lidl. À Bleau, c'était la boulangerie et le pain que j’ai adoré » Vertige Media : Tu dis aussi dans le film que ce genre de processus est une stimulation émotionnelle et cognitive hors du commun. Qu’avec un peu d'introspection, on en apprend beaucoup sur notre façon de fonctionner en tant qu'être humain. Qu'est-ce que tu as appris sur toi avec ce type de projets ? Simon Lorenzi : J’apprends à chaque fois. J’ai l’impression d’être une personne différente d'année en année. Avec ce dernier bloc aux États-Unis, j’ai appris à me reposer sur les autres. Quand c’était dur, j’ai appris à appeler ma copine et aller chercher du soutien ailleurs. Je ne faisais jamais ça avant. Vertige Media : Tu dis tout le temps que c’est dur. Comment parviens-tu à t’épanouir ? Simon Lorenzi : Ces projets de bloc m’ont appris que plus on travaille pour quelque chose, plus la récompense est belle à la fin. Tu passes par des émotions… c'est incroyable. Pour moi, c'est presque une drogue après laquelle on court . C'est comme une espèce de shot de dopamine ou je ne sais pas quoi. À chaque fois que ça survient, on a envie que ça arrive de nouveau. Et contre-intuitivement, ce n’est pas le jour où tu enchaînes le bloc que tu es le plus épanoui. Quand je réfléchis aux bons moments que j'ai passés, je repense aux trucs qui n'ont souvent rien à voir avec le bloc. En Finlande, c’était les courses chez Lidl. Après la séance, avec Gilles, on faisait nos petites courses et le souvenir de passer du froid polaire à la chaleur du magasin, choisir les petits trucs que tu vas manger… C’est ça que je retiens. À Bleau, pour Soudain Seul , on logeait à Milly-la-Forêt. Et le truc dont je me souviens le plus, c’est la boulangerie où on allait et le pain que j’ai adoré. J’étais tellement content d’aller chercher le pain que c’est le premier truc qui me vient à l’esprit en y repensant. Je crois que quand tu vis des moments particulièrement intenses, tu donnes mécaniquement beaucoup de saveurs à des moments d'une simplicité toute bête . Vertige Media : Parviens-tu à mettre des mots sur tes émotions quand tu réussis une telle performance ? Simon Lorenzi : Ce n'est pas évident. Je sais que c’est une forme de soulagement mais le mot n’est pas assez puissant. C’est peut-être une libération. Mais tu vois, pour Return of the Sleepwalker , c’était vraiment… (il marque une pause). L’année qui s’est écoulée pour moi a été une année difficile en compétition. Et faire ce 9a bloc, c’était une manière de légitimer le fait que je pouvais effacer le négatif. Faire table rase et repartir de zéro. J’ai survécu. Et ayant survécu, j’ai pris cette performance comme la fin d’une aventure. Donc instantanément, tu ressens une certaine forme de nostalgie. Un truc qui prenait tout ton temps, toute ton énergie. Le truc qui t’obsédais, tout à coup, il disparaît… Du coup, ton énergie désormais, tu la mets où en fait ? C’est vraiment un mélange d’émotions très particulier. « Si tu es uniquement obsédé par le fait de réussir, d'enchaîner, l’ouverture d’esprit est plus difficile. Une fois que je me suis un peu détaché de la pression, j'ai été beaucoup plus ouvert au jeu. Pendant mes échauffements, je jouais dans le bloc. J’essayais même des trucs débiles parfois... » Vertige Media : On le voit beaucoup transparaître à l'image, dans tes interviews, tu es quelqu'un de résolument obsédé mais aussi très optimiste. Ça vient d'où ? Simon Lorenzi : Le côté obsédé, je ne sais pas. Remarque, c’est peut-être comme l’optimisme, ça vient de mon éducation. Mes parents, ils ne m’ont jamais donné ce que je voulais comme ça. Si je voulais quelque chose, je devais aller le chercher moi-même. Si j’avais un objectif, c’était à moi de faire ce qu’il fallait pour aller le chercher. J’ai appris ça très jeune. Une fois que c’était acté, ils m’ont du même coup toujours laissé faire ce que je voulais. J’ai jamais eu de barrière, de limites. Ils m’ont aussi appris à relativiser, à faire la distinction entre mes échecs et les choses vraiment graves. Ils m’ont toujours rappelé la chance que j’avais d’avoir une vie facile. Bah du coup, je me dis que ma vie est géniale, que ce je que fais, c’est super cool, alors autant continuer ! Le film de l'aventure de Simon Lorenzi dans Soudain Seul, l e 9a bloc qu'il a réalisé le 8 février 2021. Vertige Media : On a l’impression que tu adoptes même une posture face aux problèmes que tu rencontres, que tu entretiens une certaine forme de solutionnisme. Au-delà d’être inné ou issu de ton éducation, est-ce que cet optimisme, tu le travailles ? Simon Lorenzi : Oui, oui. Pour moi, c'est surtout une forme de curiosité. Quand on est au bloc, il faut toujours avoir l'esprit ouvert sur une option qui pourrait s'avérer être meilleure, même quand il s’agit de détails. Un micro-mouvement, un son… Je crois aussi qu’il faut arriver à profiter du moment. Je l’ai vécu aux États-Unis : si tu es uniquement obsédé par le fait de réussir, d'enchaîner, l’ouverture d’esprit est plus difficile. Une fois que je me suis un peu détaché de la pression, j'ai été beaucoup plus ouvert au jeu. Pendant mes échauffements, je jouais dans le bloc. J’essayais même des trucs débiles parfois... Parce que c’est rigolo, parce que le rocher est beau. Plus tu t’amuses, plus tu trouves des solutions. Tu ajustes sans arrêt ton plan pour l’améliorer. Ce n’est pas toujours facile, surtout quand tu es épuisé et sans confort, mais il faut garder le bon état d’esprit. « Si je devais me définir en tant que grimpeur, ce serait vraiment le gars qui est qui est très fort partout, mais le meilleur nulle part » Vertige Media : Quand on arrive à ce genre de performances qui sont presque inédites, ou très peu répétées, qu’est-ce qui compte le plus ? Simon Lorenzi : Ça dépend fort de ton niveau physique. Selon moi, il y a un niveau physique de base requis pour y parvenir. Plus tu te rapproches de ce niveau physique, plus tu vas t’investir mentalement. Et plus tu vas aller au-delà de ce que tu pensais pouvoir atteindre, plus tu vas réussir des trucs qui vont te demander moins d’efforts physiques et te permettre d’autant plus investir ton potentiel mental. Bref, c’est un cercle vertueux, des vases communicants. Vertige Media : Tu as 28 ans, est-ce que tu es parvenu à cerner l’athlète et le grimpeur professionnel que tu es ? Simon Lorenzi : Si je devais me définir en tant que grimpeur, ce serait vraiment le gars qui est qui est très fort partout, mais le meilleur nulle part. C’est comme dans les jeux vidéo, tu vois les graphiques avec les statistiques quand tu choisis les joueurs d’une équipe ? Bah, je pense que j’aurais tous mes graphiques à un très bon niveau mais jamais la note maximale. Vertige Media : De la même manière, tu parviens aujourd’hui à expliquer tes performances et tes contre-performances, que ce soit en compétition ou sur le rocher ? Simon Lorenzi : En compèt, c’est assez facile, parce que c'est tellement court… Il y a si peu de temps pour mettre réellement des choses en place et pouvoir tester ce que tu fais que j'ai l'impression que ça se joue à chaque fois sur un coup de poker. En extérieur, ce sont des petits détails qui font faire la différence. Tu répètes beaucoup donc au bout d’un moment tu captes le truc. Mais attention, c’est un ré-apprentissage éternel. Chaque bloc est différent, et tu te re-découvres toujours un peu. « Je me suis entré dans une boucle négative. Je me suis retrouvé au chômage. Et vraiment, j’étais sur-fauché.Tout est devenu super compliqué à gérer. Je me suis retrouvé complètement perdu. Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie » Vertige Media : Aujourd’hui, où en es-tu avec la compétition ? Simon Lorenzi : Si mes Coupes du Monde de bloc se passent bien, j’irai au championnat du monde ( qui se déroulera à Séoul du 21 au 28 septembre 2025, ndlr ). J’avais mis un gros focus sur la compétition parce qu’il y avait les JO. Ça s’est affreusement mal passé. Depuis, j’ai pris beaucoup de recul. J’ai fait une sorte de burn-out. Aujourd’hui, je ne veux plus être dans l’optique de performer à tout prix. Ça m’a trop bouffé l’an dernier. Je veux retrouver du plaisir en compétition, me concentrer sur ce qui me plaît sur le circuit : me challenger, être avec mes potes. Vertige Media : Comment s'est-il manifesté, ce burn-out ? Simon Lorenzi : J’ai ressenti une vraie perte de sens. Je comprenais plus rien. Je ne savais plus pourquoi je faisais ce que je faisais. C’était devenu mécanique, robotique : je faisais des compétitions parce que je m’étais fixé un objectif et qu’il fallait le faire. Mais ça ne me plaisait pas. Le rapport que j’avais à ça ne me plaisait pas. Je me suis entré dans une boucle négative. J’ai perdu mon contrat Adeps (fourni par l'Administration générale du Sport belge, il soutient financièrement les acteurs du monde du sport de la population en fédération Wallonie-Bruxelles, ndlr ) je me suis retrouvé au chômage. Et vraiment, j’étais sur-fauché. Tout est devenu super compliqué à gérer. Je me suis retrouvé complètement perdu. Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie , ou presque. Sur le mur, j’avais de vrais symptômes. D’abord une incapacité totale à me concentrer... Ensuite, je me sentais complètement déconnecté de mon corps. Quand je grimpais, c'est comme si ce n'était pas moi qui bougeait. Comme si je n'avais plus la capacité de choisir. Les mouvements, je les faisais par automatisme. Mon corps, il se déplaçait tout seul. Je ne pouvais plus mettre d’intention dans la façon dont je voulais grimper. J’étais incapable de réfléchir. C’était une expérience assez particulière. « Je me suis naturellement dit que si je devenais le premier mec à faire tous les blocs les plus durs du monde, je devrais m’en sortir. Et puis en fait, il ne s'est rien passé » Vertige Media : Après tout ce que tu as vécu, est-ce que tu arrives à te projeter dans le milieu de l’escalade, à réfléchir en termes de carrière ? Simon Lorenzi : C’est marrant parce que d’un point de vue stratégique, je me disais qu’enchaîner les 9a, ça allait favoriser ma carrière sportive. Que si je les faisais à la chaîne, j’allais pouvoir en vivre facilement. Bah, pas du tout. Au départ, j’ai même retrouvé le mauvais ressenti de la compétition. Je me suis obstiné, j’ai perdu l’essence de mes projets. Et pendant ce temps-là, personne ne m’appelait alors que je pensais que ce que je réalisais méritait de l’attention. J’ai dû faire ce travail sur moi. J’ai commencé à me dire que je faisais ces blocs d’abord parce que j’en avais envie, pour ce que ça représente pour moi. Et pas pour l’argent ou autre chose. Je me suis retrouvé . Vertige Media : Pour bien se figurer, qu’est-ce qu’on peut attendre en terme de rémunération quand on grimpe des 9a bloc autour du monde ? Simon Lorenzi : Alors je ne suis pas forcément naïf mais quand j’ai commencé à me lancer dans cette course au 9a bloc, je voyais des grimpeurs autour de moi qui performaient dans un niveau inférieur et qui semblaient bien en vivre. Je me suis naturellement dit que si je devenais le premier mec à faire tous les blocs les plus durs du monde, je devrais m’en sortir. Et puis en fait, il ne s'est rien passé. Mais rien. Jusqu’à ce que je prenne une manageuse. Là, ça se débloque un peu. J’ai des contrats avec plusieurs sponsors. J’ai monté un programme de coaching en parallèle avec un pote… Ce n’est toujours pas un truc de malade, mais ça va dans le bon sens en tout cas. Vertige Media : Sur tes fringues on voit que tu affiches quasi en permanence le logo du Camp de base , une salle d’escalade à Bruxelles. Pourquoi tu la mets autant en avant ? Simon Lorenzi : Le Camp de base, c'est une salle qui a pour but de soutenir les athlètes de manière sincère et responsable. C’est les premiers à faire ça en Belgique. Les patrons, ce sont des potes. Ils me soutiennent et m'apportent énormément de reconnaissance. Ils portent des valeurs qui ont de plus en plus de sens aujourd’hui. Représenter cette salle, c’est aussi défendre ces valeurs. Vertige Media : Lesquelles ? Simon Lorenzi : L’écologie, la tolérance envers n'importe quel genre, toutes ces choses-là. C’est des valeurs dans lesquelles je me reconnais , même si je ne me sens pas spécialement politisé. Je soutiens le camp de base et ce qu'ils font, mais je ne suis pas quelqu'un qui va faire des manifestations comme Seb ( Berthe, ndlr ) . Retrouvez l'interview complète en vidéo : Interview réalisée dans le cadre de Montagne en Scène 2025 où Simon Lorenzi présentait son film Burden of Dreams.
- El Capitan : quand la falaise devient un étendard LGBTQ+
Des activistes de Trans Is Natural ont déployé un immense drapeau sur El Capitan à Yosemite. Menée par des grimpeur·euse·s militant·e·s dont la drag-queen écologiste Pattie Gonia, cette action répond à l'effacement des personnes trans par l'administration Trump. Le drapeau n'est resté visible qu'une heure avant d'être retiré à la demande des gardien·ne·s du parc. Son image, elle, a déjà fait le tour du monde, transformant la falaise mythique en étendard de l'inclusion. Explications. © Pattie Gonia / Wyn Wiley Le 20 mai 2025, à l'heure où d’ordinaire seul·e·s quelques grimpeur·euse·s insomniaques s'attaquent aux parois, Yosemite a vu surgir sur El Capitan une autre espèce de cordée. Des activistes perché·e·s à 450 mètres du sol, mi-militant·e·s, mi-poètes provocateur·ice·s, ont déroulé sans préavis un gigantesque drapeau transgenre de 17 mètres par 10, aux couleurs bleu-rose-blanc. De quoi rhabiller le granit de ce vieux géant californien, habitué à en voir passer de toutes les couleurs, mais rarement celles-ci. Le coup d'éclat n'a duré que quelques heures avant que les gardien·ne·s du temple n'exigent de remballer la bannière et les revendications. Trop tard : l'image avait déjà fait le tour des réseaux et marqué les esprits. Ce matin-là, El Capitan, falaise-star de la grimpe mondiale, a pris parti malgré lui, devenant pour un instant le plus spectaculaire étendard de l'inclusion. Des grimpeur·euse·s qui font bouger les lignes Derrière le coup de force d’El Capitan, il y a Trans Is Natural, un collectif d'activistes trans, grimpeur·euse·s queer et allié·e·s qui prend un malin plaisir à mélanger les cordes et les codes. Parmi ces personnalités haut perchées, Pattie Gonia (alias Wyn Wiley) est sans doute la plus connue : drag-queen écolo aux milliers d'abonné·e·s, elle écume Instagram en talons aiguilles sur des sentiers de haute montagne, rappelant à chacun·e que la nature n'appartient pas qu'aux barbus en Patagonia. Pattie incarne une écologie joyeusement provocatrice, convaincue que reconnecter les personnes trans et queer à la nature est une manière de défendre les deux. « Le drapeau est un ancrage visuel et spirituel pour toutes les personnes qu’on a fait se sentir déplacées dans leur corps ou dans ce pays » À ses côtés, SJ Joslin, conservationniste chevronné et cerveau discret du groupe, apporte une expertise de terrain indispensable. C’est l’intello pragmatique, celui qui rappelle qu’une action militante réussie ne s’improvise pas : il faut des mousquetons solides et des idées encore plus robustes. SJ est convaincu que protéger la nature signifie défendre tou·te·s celles et ceux qui l’habitent. Nate Vince complète ce trio militant. Grimpeur aguerri et allié fidèle de la cause LGBTQ+, Nate avait déjà fait sensation à Yosemite en février dernier, coordonnant le déploiement d’un drapeau américain inversé pour dénoncer les coupes budgétaires menaçant les parcs nationaux. Alors forcément, lorsque le collectif lui propose de récidiver pour la bannière trans, Nate remet son baudrier sans hésiter. Leur manifeste est clair comme une voie cotée 4b un jour de grand soleil : amour de l’environnement, défense farouche des droits trans et queer, et volonté affirmée de démocratiser les grands espaces. « Le drapeau est un ancrage visuel et spirituel pour toutes les personnes qu’on a fait se sentir déplacées dans leur corps ou dans ce pays », explique le collectif. Trans Is Natural n’en est d'ailleurs pas à son premier coup : entre randonnées militantes en drag queen, actions inclusives sur les événements de grimpe, et surtout une première retentissante en 2023 – l’ascension d’El Capitan par une cordée 100 % trans (avec Natai Endo et Juniper Welles en tête de cordée, ndlr) – le collectif n’a jamais hésité à s’attaquer frontalement aux parois comme aux préjugés. Quand El Capitan s’habille trans Sur la face sud-ouest d’El Capitan, pile au niveau des Heart Ledges, ces célèbres vires en forme de cœur suspendues à 180 mètres du sol, les activistes de Trans Is Natural ont fait battre très fort le pouls de Yosemite ce matin-là. À l’heure où le soleil perce tout juste la vallée, un drapeau transgenre géant se déplie en quelques secondes sur la paroi, libérant ses couleurs bleu-rose-blanc dans le vide. L'image, stupéfiante, s’impose d’emblée comme l’un des moments iconiques de l’histoire militante du parc. Minutieusement préparée dans la pénombre, l'opération débute bien avant l’aube, lorsque la cordée activiste grimpe discrètement vers ce point stratégique de la falaise. Arrivé·e·s sur la vire, les militant·e·s fixent solidement leur étendard, plié en accordéon, en attendant les premiers rayons du jour. À l’instant T, il suffit d’un geste pour qu’ils recouvrent une portion spectaculaire du granit mythique d’El Cap. En contrebas, des dizaines de curieux·ses et de sympathisant·e·s s’exclament devant cette vision surréaliste. Car personne n’avait jamais encore vu flotter à Yosemite un drapeau trans d’une telle ampleur. Côté technique, les activistes avaient pensé à tout : cordes fixes, points d’ancrage vérifiés plusieurs fois, et aucun risque de chute d’objet sur les touristes en contrebas. Comme lors d’actions précédentes, la sécurité du rocher et des personnes ont été une priorité absolue, rappelant qu’on peut faire parler de soi sans jamais faire parler le danger. Le geste politique, certes audacieux, est resté impeccable d'un bout à l'autre de la bannière. Le timing, soigneusement calculé pour maximiser l’impact sans fâcher trop longtemps les autorités, a permis au drapeau de rester visible environ une heure. À 10 heures, lorsque les gardien·ne·s du parc exigent poliment mais fermement que la banderole soit retirée, les militant·e·s obtempèrent sans protester. Quelques minutes plus tard, la paroi retrouve son calme habituel, les activistes rappellent discrètement, applaudi·e·s par quelques soutiens. Action éclair, efficacité maximale : le message a eu tout le temps de se diffuser sur les réseaux et dans les esprits. « Trans people are natural » Si le drapeau n’a tenu que le temps d’une matinée, son message, lui, continue à flotter durablement dans les consciences. En quelques mots transformés en slogan provocateur, le collectif Trans Is Natural rappelle que la transidentité appartient à l'ordre naturel autant que les forêts, les montagnes et les rivières. « Nous avons hissé le drapeau trans à Yosemite pour rappeler une évidence : les personnes trans sont naturelles et elles sont aimées », explique Pattie Gonia. « Notre existence n’est pas négociable. Être trans fait naturellement partie de la diversité humaine, il est temps de l’embrasser plutôt que de l’effacer » Cette bannière ne fait pas que revendiquer : elle célèbre aussi. Elle défie frontalement les discours qui voudraient réduire la transidentité à une aberration, tout en honorant la diversité humaine dans un cadre mythique. « Appelez ça manif ou fête, dans tous les cas ça élève notre libération », s’amuse Pattie Gonia, pour qui prendre de la hauteur est autant symbolique que littéral. Derrière la punchline « Trans is natural », le collectif avance également un argument scientifique imparable : la nature elle-même est remplie d’exemples de fluidité du genre. Grenouilles adaptatives, poissons-clowns hermaphrodites ou plantes polymorphes… la biologie se moque ouvertement des cases binaires. La diversité naturelle démolit tranquillement l’argument conservateur de « l’ordre naturel ». Pour SJ Joslin, la dimension sociale et solidaire du geste est essentielle : ce drapeau hissé en plein cœur d’El Capitan symbolise une communauté qui refuse d’être divisée ou réduite au silence. « Notre existence n’est pas négociable. Être trans fait naturellement partie de la diversité humaine, il est temps de l’embrasser plutôt que de l’effacer », lance-t-il. Enfin, Nate Vince apporte une voix d’allié à la fois nécessaire et exemplaire, rappelant que la solidarité dépasse les frontières des identités. « Je me mobilise quand mes ami·e·s ont besoin de soutien. Aujourd’hui, il est vital que chacun·e sorte de sa voie pour défendre les droits des personnes trans. » LGBTQ+ aux États-Unis : le grand effacement Cette action spectaculaire sur El Capitan surgit en plein dans une période américaine franchement hostile aux personnes transgenres. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump début 2025, l’administration fédérale mène une véritable opération de nettoyage symbolique, effaçant méthodiquement les références aux identités trans des sites officiels. Éducation, santé, sécurité sociale… tout y passe. Sur les plateformes gouvernementales, les lettres T et Q disparaissent brutalement, comme si d'un coup de gomme administratif, les personnes trans et queer cessaient d’exister. Les Parcs nationaux ne sont pas épargnés par cette entreprise d’invisibilisation. Dès février, le National Park Service (NPS) supprime sèchement les références aux personnes trans sur la page dédiée aux émeutes de Stonewall, pourtant emmenées en partie par des femmes trans de couleur comme Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera. Ironie cruelle : effacer les actrices historiques du mouvement LGBTQ+ au nom duquel le monument avait justement été érigé. Devant les protestations, plutôt que de corriger le tir, le NPS retire carrément tout le contenu, préférant censurer intégralement plutôt que de rétablir les faits. Cette politique d'effacement, digne d’une dystopie, ne s’arrête pas là. Des ressources précieuses sur la santé ou les droits des personnes trans disparaissent mystérieusement des portails fédéraux. Le département de la Défense va même jusqu’à déconseiller des termes comme « femmes », « filles » ou « minorités » dans certains documents internes. Pendant ce temps-là, une avalanche de lois anti-trans se déverse sur les États conservateurs américains, limitant l’accès aux soins, excluant les athlètes trans du sport ou bannissant jusqu’à l’évocation même des identités transgenres à l’école. « Effacer les personnes transgenres de la société est devenu l’un des piliers de l’administration Trump », dénonce la radio publique NPR. Un type qui pense que LGBTQ, c'est juste l'ordre de l'alphabet © Gage Skidmore / Flickr Face à cette offensive massive, la résistance s’organise, spontanée et déterminée. Dès février, des foules manifestent devant le Stonewall National Monument à New York pour rappeler que le « T » n’est pas une lettre optionnelle. En interne, certain·e·s fonctionnaires résistent discrètement, profitant par exemple de la Journée de visibilité trans, le 31 mars, pour dénoncer anonymement les censures imposées. C’est précisément dans ce contexte explosif que s’inscrit le déploiement du drapeau trans à Yosemite : une riposte symbolique face à l’effacement programmé des identités trans. En transformant la falaise emblématique d’El Capitan en tribune verticale, les militant·e·s de Trans Is Natural rappellent au monde entier que les personnes trans font partie intégrante de l’histoire américaine, et que leur présence ne pourra être effacée ni des pages d’un site web ni du paysage réel. Applaudissements en vallée, rappel à l’ordre sur la falaise L’action du 20 mai n’a pas laissé grand-monde de marbre, déclenchant immédiatement l’intervention polie mais ferme des autorités. Les gardien·ne·s du parc, averti·e·s de la présence d’un drapeau non autorisé, ont rapidement demandé aux militant·e·s de replier leur bannière. Aucun bras de fer, cependant : les activistes se sont exécuté·e·s sans discuter, parfaitement conscient·e·s d’avoir déjà réussi leur coup. La direction du parc, elle, a simplement rappelé les règles du jeu administratif sans condamner le message, fidèle à sa stratégie d’équilibre diplomatique déjà expérimentée lors d’actions précédentes. En coulisses, certain·e·s rangers, parfois membres de la communauté LGBTQ+, ont discrètement salué l’audace du geste tout en regrettant la censure imposée par leur hiérarchie. « Je n’en croyais pas mes yeux… Voir ces couleurs surgir sur la paroi, c’était incroyablement émouvant » Côté public, l’action a plutôt déclenché des cris d’enthousiasme. Dans la vallée, ce matin-là, on se passait jumelles et téléobjectifs pour immortaliser l’apparition surréaliste des couleurs trans sur le granit d’El Capitan. « Je n’en croyais pas mes yeux… Voir ces couleurs surgir sur la paroi, c’était incroyablement émouvant », rapporte un grimpeur présent sur place. Sur les réseaux, même emballement : « La plus grande bannière trans jamais vue dans un parc national, quelle fierté ! », lit-on dans un commentaire typique de l’euphorie partagée par la communauté LGBTQ+. Le compte Instagram de Pattie Gonia a même été submergé de messages de soutien et d’amour. Dans les cercles de la grimpe, où le respect de la nature se double souvent d’une réticence à mêler escalade et politique, l’action a globalement remporté les suffrages. Certes, quelques puristes ont rappelé avec prudence que « la montagne doit rester neutre », mais beaucoup d’autres ont salué la créativité et l’audace du geste. Des figures emblématiques comme Tommy Caldwell ou Alex Honnold ont discrètement affiché leur soutien. Sur les forums spécialisés, El Capitan est devenu, le temps d’une journée, « le plus spectaculaire tableau d’affichage militant du monde vertical ». Escalade engagée : les parois américaines comme tribunes militantes Le drapeau trans déployé sur El Capitan n’est pas sorti de nulle part : ces dernières années, la mythique falaise californienne est devenue une sorte de panneau géant à revendications. Le 22 février 2025 déjà, profitant du célèbre firefall qui attire photographes et touristes hypnotisé·e·s par une cascade illuminée par le soleil couchant, des employé·e·s du parc avaient suspendu un drapeau américain retourné à 300 mètres du sol. Objectif : alerter sur les coupes budgétaires fédérales menaçant directement l’avenir des parcs. « Si retourner ce drapeau, c’est défendre Yosemite, alors je suis pour ! » lançait alors un touriste enthousiaste, résumant parfaitement l’impact symbolique du geste. Quelques mois plus tôt, en juin 2024, la face d’El Capitan s’était déjà retrouvée au cœur d’une autre bataille politique. Quatre grimpeur·euse·s du collectif Climbers With Palestine avaient escaladé la voie mythique de la Nose pour y fixer une immense banderole proclamant « Stop the Genocide », un message dénonçant la violence au Moyen-Orient. Emily Weinstein, cofondatrice du collectif, avait justifié l’action avec une malice subtile : « Martin Luther a placardé ses thèses sur une église, nous, on les cloue sur la paroi la plus célèbre du monde vertical. » L’action avait immédiatement fait le tour des médias, dépassant largement le cadre habituel du petit monde de l’escalade. D’autres initiatives similaires émergent ailleurs aux États-Unis. En mars 2025, dans les Rocky Mountains du Colorado, des alpinistes femmes avaient accroché plusieurs drapeaux américains inversés pour dénoncer les politiques fédérales oppressives. Des parcs nationaux ont aussi vu surgir des die-in, des flash-mobs ou encore des drapeaux arc-en-ciel plantés symboliquement au sommet de pics emblématiques lors de journées de visibilité LGBTQ+. Ces actions dessinent les contours d’un militantisme nouveau : celui d’une « escalade engagée », où les cordées portent désormais autant leurs convictions politiques que leur matériel. Dans ce contexte déjà bouillonnant, l’action de Trans Is Natural du 20 mai 2025 pourrait bien devenir un jalon historique. C’est en effet la première fois qu’une cause LGBTQ+, et a fortiori transgenre, s’offre une telle visibilité dans un lieu naturel aussi emblématique. L’image du drapeau bleu-rose-blanc flottant à plusieurs centaines de mètres du sol frappe les esprits bien au-delà des frontières américaines. Ce jour-là, El Capitan est devenu, l’espace d’un instant, l’étendard d’une communauté bien décidée à conquérir tous les sommets – ceux de la montagne, mais aussi ceux de l’égalité.
- Arthur Poindefert : la voie classique
À 22 ans, Arthur Poindefert vient de grimper Digital Crack, une voie légendaire en 8a sur l’arête des Cosmiques. Mais au lieu de célébrer sa performance en descendant boire une bière dans la vallée, il a choisi de jouer Bach sur place, au violoncelle, à près de 3 800 mètres d’altitude. Entre geste sportif et performance musicale, son projet, À travers les cordes, convoque poésie, absurdité logistique et hommage vibrant à Maurice Baquet, pionnier extravagant de cette pratique singulière : faire résonner les cimes autrement qu’à coups de crampons. Arthur Poindefert © Noa Barrau « Va donc jouer en montagne, ce serait un beau projet ! » disaient souvent ses parents musiciens, avec la légèreté propre aux idées irréalisables. Mais Arthur Poindefert, 22 ans, a pris ces mots au sérieux. Alpiniste prometteur, violoncelliste confirmé, il décide de combiner ses deux mondes dans un même geste : gravir une voie extrême, puis jouer Bach au sommet, sans redescendre. Fin avril 2025, après des mois de préparatifs logistiques, techniques et musicaux, il met son plan à exécution sur le gendarme des Cosmiques, perché à près de 3 800 mètres dans le massif du Mont-Blanc. L’objectif : réussir Digital Crack, une voie emblématique cotée 8a, puis enregistrer sur place, face au vide, le célèbre Prélude de la première suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Le projet, intitulé À travers les cordes, porte parfaitement son nom : une fusion improbable entre corde dynamique et corde musicale, entre friction sur le granit et vibration des notes. Filmée par ses compagnons d’aventure, cette performance aboutit à un court-métrage singulier, une « parenthèse artistique d’une poésie brute », désormais disponible gratuitement en ligne. Digital Crack : un mythe in real life Choisir l’arête des Cosmiques n’a rien d’anodin. Ce n’est pas une scène ordinaire. Lieu emblématique de l’alpinisme chamoniard, l’arête, proche de l’aiguille du Midi (3 842 m), abrite surtout un morceau de roche dressé vers le ciel : le Grand Gendarme des Cosmiques. Soixante mètres de granit vertical, posé à près de 3 800 mètres d’altitude, avec sur sa face une fissure devenue légendaire, Digital Crack (8a). Ouverte au milieu des années 80, cette ligne fait partie des premiers 8a au monde réalisés en altitude, toujours aussi redoutée pour son extrême technicité. Arthur Poindefert a beau afficher un niveau très solide en escalade (jusqu’au 8c/9a en falaise), le défi est loin d’être anecdotique. Il s’attaque à Digital Crack à vue, c’est-à-dire dès son premier essai, sans repérage préalable. « Le crux m’a poussé dans mes retranchements, reconnaît-il après coup sur Outside. Là-haut, chaque mouvement est éprouvant. L’altitude aspire l’oxygène, les jambes tremblent sous l’effort et le granite impose une technicité qui ne pardonne rien. » La voie se découpe en trois parties très distinctes : une entrée en matière technique cotée 6c jusqu’à une plateforme intermédiaire, suivie d’un passage extrêmement délicat, une dizaine de mouvements précis sur micro-réglettes et pieds minuscules – le fameux crux, le cœur absolu de la voie –, avant une dernière envolée verticale, moins physique mais tout aussi exigeante. Quand Arthur atteint enfin le relais, des grimpeurs sur le glacier en contrebas applaudissent. Lui ne lâche qu’un seul mot : « Victoire ». 70 kg sur le dos : une absurdité logistique en altitude Pour réaliser un tel projet, grimper Digital Crack avec un violoncelle et tout l’équipement nécessaire au tournage, il fallait une logistique plus proche du cauchemar que du rêve. Arthur Poindefert s’entoure donc de deux complices indispensables : Jean Rouaux, ami fidèle et compagnon de cordée, et Noa Barrau derrière la caméra. Le trio embarque tout – matériel de grimpe, équipement de bivouac, caméras, drones, et un violoncelle, le tout pour un total délirant de 70 kg – en prenant d’abord le téléphérique de l’aiguille du Midi pour atteindre rapidement les 3 800 mètres. « Mes mains étaient coupées par le granit, complètement gelées. Le vent se levait, la fatigue accumulée devenait pesante. Mais hors de question de faire demi-tour. Je joue le morceau » Arthur Poindefert Mais c’est ensuite que l’affaire se complique. Il faut descendre l’arête des Cosmiques, effectuer un long rappel sur son versant nord, puis contourner par derrière pour remonter, toujours lourdement chargés, une voie d’accès cotée 6b. « Le portage était totalement absurde, confie Arthur à Outside. Chaque mètre comptait. Il nous a fallu des heures pour hisser tout ce matériel là-haut. Mais c’était aussi ça, la magie du projet. » À peine arrivés sur l’étroite plateforme sommitale, le trio installe une tente pour bivouaquer. Mais la montagne ne tarde pas à rappeler ses règles : en pleine nuit, un orage violent éclate. « Le tonnerre nous sort brutalement du sommeil, raconte Arthur, toujours sur Outside. Ayant déjà vécu une expérience traumatisante avec la foudre aux Grandes Jorasses, j’ai tout de suite compris qu’il fallait partir. On a pris l’essentiel – le violoncelle, évidemment – et on a filé en urgence vers l’aiguille du Midi, sous les éclairs et la neige. » Trempés mais indemnes, ils atteignent finalement le refuge du téléphérique, abandonnant sur place tout le reste du matériel. Quelques jours plus tard, profitant d’une éclaircie, ils retournent récupérer leurs affaires – tentes, drones, équipements – miraculeusement intactes après un court séjour au royaume des éclairs. Arthur Poindefert sur le fil des Cosmiques © Noa Barrau Un prélude de Bach, entre ciel et terre Malgré les aléas météorologiques et l’épreuve physique, Arthur Poindefert ne lâche rien. À peine Digital Crack terminée, il sort son violoncelle, s’assoit sur le minuscule promontoire perché à près de 3 800 mètres, et attaque les premières notes du célèbre Prélude de la première Suite en sol majeur de Bach. « Mes mains étaient coupées par le granit, complètement gelées. Le vent se levait, la fatigue accumulée devenait pesante. Mais hors de question de faire demi-tour. Je joue le morceau, Noa filme, et on espère que tout sera dans la boîte », raconte-t-il à Outside. La scène est surréaliste, presque absurde : un type en doudoune rouge, casque vissé sur la tête, joue du violoncelle pour quelques sommets enneigés et des cordées en contrebas, incrédules mais enthousiastes. « Un vrai moment de partage », confie-t-il simplement. Au-delà de la prouesse physique évidente, Arthur assume pleinement la dimension poétique de son geste : « C’était un moment unique, une aventure sportive, artistique, et résolument montagnarde. Suspendu quelque part entre cordes d’escalade et cordes musicales. Je ne suis pas près de l’oublier ». Jouer là-haut n’a rien d’une simple anecdote : le froid rend l’accordage incertain, l’air raréfié complique chaque respiration, et surtout, les doigts, abîmés par la grimpe, peinent à presser les cordes correctement. « En tant que grimpeur, tu as constamment des problèmes de peau. Jouer un morceau en altitude devient vite très compliqué. La beauté du projet, c’était aussi d’enchaîner ces deux défis sans tricher : une voie extrême à près de 4 000 mètres, puis jouer Bach le plus précisément possible. » « Jouer de la musique en altitude, ce n’est pas totalement nouveau, mais personne n’avait encore osé enchaîner un 8a perché à presque 4 000 m, pour ensuite hisser un violoncelle et jouer du Bach face au vide » Gripped Magazine Pourquoi le violoncelle, pourquoi Bach ? La réponse d’Arthur est simple et évidente : « Le violoncelle, c’est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine. Il n’a ni l’aigu un peu perçant du violon, ni le grave écrasant de la contrebasse. Son timbre est rond, chaud, naturel. Quant aux suites de Bach, elles se jouent en solo, sans accompagnement. C’était idéal, la meilleure option possible là-haut ». Maurice Baquet en écho, Arthur Poindefert en héritier Arthur Poindefert ne cache pas son admiration pour ses prédécesseurs. Derrière le titre du projet, À travers les cordes, il y a d’abord un hommage à Maurice Baquet, alpiniste, musicien, et grand complice de Gaston Rébuffat dans les années 1950-1960. « Un joli clin d’œil à Baquet qui, déjà encordé avec Rébuffat, jouait du violoncelle au sommet du mont Blanc et d’autres cimes alpines », souligne Arthur. En effet, Maurice Baquet, personnage aussi atypique que flamboyant, emmenait systématiquement son violoncelle – surnommé « CérÉbos » – dans ses aventures montagnardes, immortalisant des scènes improbables en pleine paroi ou sur les sommets. Pour Arthur, rendre hommage à Maurice Baquet relève de l’évidence. « Son parcours m’inspire depuis longtemps. Il avait de l’humour, une approche joyeuse de la montagne, et un sens artistique très libre. Faire résonner les cordes là-haut, c’est lui faire un clin d’œil discret mais sincère. » Maurice Baquet © Paulsen/Guérin Sur un plan plus personnel, Arthur confie ressentir une « immense fierté » d’avoir mené à terme cette double performance, sportive et artistique, « un rêve de gosse », selon ses propres mots repris par le Dauphiné Libéré. Cette expérience a consolidé chez lui l’idée que la montagne peut être autre chose qu’un terrain de pure conquête : elle peut aussi accueillir une vraie proposition culturelle et artistique. Quant à la question de renouveler ce genre de projet, il reste prudent : « Oui, évidemment, j’aimerais beaucoup. Mais je ne veux pas me précipiter, refaire ça à la pelle juste pour la performance ne m’intéresse pas. Chaque projet doit avoir du sens, le lieu doit être pensé, le choix musical abouti. Je vais prendre le temps nécessaire, pour que ça parle aux autres, mais surtout pour que ça continue à me parler à moi ». La corde sensible du milieu montagnard À travers les cordes n’a pas mis longtemps avant de tourner en boucle dans le milieu montagnard. Mise en ligne début mai 2025 sur YouTube, elle est aussitôt reprise et partagée massivement sur les réseaux sociaux dédiés à l’alpinisme et à la musique. Sur Instagram, les extraits les plus improbables – Arthur perché sur son bout de granite en train de jouer Bach – suscitent rapidement des milliers de vues, captant l’attention d’un public aussi varié qu’international. Les médias spécialisés ne restent pas non plus indifférents. Alpine Mag salue la performance avec sobriété : « C’est beau et c’est un bel hommage à Maurice Baquet. » De son côté, Outside insiste davantage sur la double dimension du geste : « Une performance physique remarquable avec l’ascension à vue de Digital Crack, mais aussi une parenthèse artistique saisissante, merveilleusement retranscrite à l’écran ». Le site prestigieux PlanetMountain relaye l’exploit à l’échelle internationale, tandis que le magazine anglophone Gripped ajoute une touche de perspective historique, non sans une pointe d’ironie : « Jouer de la musique en altitude, ce n’est pas totalement nouveau, mais personne n’avait encore osé enchaîner un 8a perché à presque 4 000 m, pour ensuite hisser un violoncelle et jouer du Bach face au vide ». Cet enthousiasme général montre bien une chose : Arthur Poindefert n’a pas seulement signé un exploit insolite. Il a touché une corde sensible, celle de l’imaginaire collectif où la montagne, la culture et un brin de folie peuvent parfaitement cohabiter. Des notes au sommet : petite histoire musicale des exploits en altitude L’aventure d’Arthur Poindefert est unique par son exigence technique et sa poésie brute, mais elle fait écho à une tradition bien réelle d’exploits musicaux en haute altitude. Si jouer Bach à près de 4 000 mètres reste une première du genre, d’autres ont déjà pris les sommets alpins comme scène improvisée, avec des ambitions plus ou moins assumées. Car ces performances ne font pas toujours l'unanimité. En 2012, Zaz a déclenché une vive controverse après avoir interprété « Je veux » au sommet du mont Blanc. Malgré cinq mois d'entraînement, une partie de la communauté montagnarde l'a accusée d'avoir « commercialisé » le toit des Alpes pour un simple coup médiatique. D'autres artistes ont fait des choix plus intimistes, comme le saxophoniste Sandro Compagnon qui a adapté Bach dans des lieux emblématiques du massif pendant la pandémie, ou Sandy Lavallart du groupe Kwoon, qui a bravé des températures de -15°C pour jouer de la guitare électrique sur l'aiguille du Triolet. Ces initiatives prouvent bien que, depuis une dizaine d’années, la haute montagne n’est plus seulement un territoire réservé aux alpinistes ou aux grimpeurs de haut niveau. Avec des initiatives culturelles grand public, la dimension alpine s’est ouverte à des publics bien plus larges. Parmi elles, l’exemple emblématique du Cosmo Jazz Festival de Chamonix, lancé en 2010 par le musicien André Manoukian, se distingue particulièrement. Chaque été, des artistes internationaux investissent les alpages, les bords de glacier et les rives des lacs de montagne, transformant ces lieux insolites en scènes naturelles improvisées, à plus de 2 000 mètres d’altitude. Le concept séduit vite par sa simplicité audacieuse et son décor spectaculaire. Manoukian résume l’expérience en une formule qui claque : « Un jour, vous êtes assis sur des rochers face aux Drus. Le lendemain allongé dans l’herbe avec vue sur la vallée ». Une façon poétique de dire que la combinaison musique et nature fonctionne à merveille pour intensifier les émotions. Le succès croissant du festival révèle d’ailleurs une vraie tendance : la montagne attire désormais les artistes autant que les sportifs, et le public ne demande qu’à suivre. Qu’il s’agisse d’événements médiatiques à grande échelle ou de défis personnels plus confidentiels, tous ces exemples démontrent clairement une chose : la musique magnifie l’expérience alpine autant que la montagne inspire les musiciens. En signant son projet hors norme, Arthur Poindefert se place donc pleinement dans cette lignée. Avec une ascension en 8a suivie d’une interprétation intimiste de Bach au violoncelle à presque 4 000 mètres, il montre une fois de plus que les sommets ne sont pas seulement des espaces de conquête sportive, mais aussi des sources d’inspiration artistique inépuisables.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Denver : programme, horaires, streaming et prize money
Les 31 mai et 1er juin 2025, après les épreuves de Salt Lake City, la Coupe du monde IFSC reste aux États-Unis, en posant pour la première fois ses valises à Denver, pour une compétition entièrement dédiée à la vitesse. L’événement aura lieu au cœur de la ville, sur la célèbre 16th Street, promettant un spectacle urbain exceptionnel. Voici tout ce que vous devez savoir pour suivre cette compétition depuis la France : programme détaillé, horaires précis, streaming et prize money. Capucine Viglione © Lena Drapella / IFSC Où regarder Denver 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme chaque étape, les finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC, mais elles seront bloquées en France et en Europe en raison des droits exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est nécessaire pour suivre les finales en direct. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront accessibles gratuitement sur Olympic Channel dès le lendemain, une alternative idéale sans contrainte d’abonnement ou restriction géographique. Résultats live sur le site officiel IFSC Les résultats seront mis à jour en temps réel sur le site officiel de l’IFSC. Aleksandra Kalucka © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (Denver est à UTC-6, soit 8h de moins par rapport à Paris) Samedi 31 mai – Qualifications vitesse 00h15 (nuit du samedi au dimanche) : Qualifications vitesse femmes puis hommes (résultats live uniquement) Dimanche 1er juin – Finales vitesse 00h00 (nuit du dimanche au lundi) : Finales vitesse femmes et hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape de Salt Lake City est classée « Basic » par l’IFSC. Voici les récompenses attribuées aux finalistes hommes et femmes : 🥇 1er : 6 000 € 🥈 2e : 4 000 € 🥉 3e : 2 800 € 4e : 2 000 € 5e : 1 600 € 6e : 1 400 € 7e : 1 200 € 8e : 1 000 € Suivre Denver 2025 sur les réseaux sociaux Pour profiter au mieux de la compétition, retrouvez les coulisses, les résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Denver 2025 Dates : 31 mai et 1er juin 2025, à Denver (États-Unis), discipline vitesse uniquement. Compétition urbaine exceptionnelle au cœur de Denver (16th Street). Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, disponibles en replay dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Premium : 6 000 € pour les vainqueurs. Résultats live sur https://ifsc.results.info. Début juin, Denver promet d'offrir aux athlètes et spectateurs un rendez-vous spectaculaire, en plein cœur urbain américain, pour une étape explosive dédiée à la vitesse. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.












