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- Escalade et leadership : Emmanuel Faber, l’engagement corps et âme
Respirer pour ne pas tomber, s’engager sans pouvoir reculer, assumer ses chutes : invité par Vertige Media au Salon de l’Escalade, Emmanuel Faber, ancien patron de Danone, est venu raconter comment la grimpe a façonné sa vision du leadership. Une conférence sans parachute doré, mais avec du vide sous les pieds. Emmanuel Faber © Le Cinoche C’était sans doute l’invité le plus inattendu de ce Salon de l’Escalade 2023. Emmanuel Faber, ex-PDG de Danone, autant habitué aux salles de conseils d’administration qu’aux salles d’escalade, venait expliquer devant un public de grimpeuses et grimpeurs avertis pourquoi l'escalade a été déterminante dans sa façon de diriger. Cette conférence, organisée par Vertige Media, promettait un dialogue inhabituel entre deux mondes souvent éloignés : celui de la grande entreprise et celui de l’engagement vertical. Accompagné de Charlie Buffet, directeur littéraire chez Guérin, Emmanuel Faber s’est prêté au jeu avec une sincérité qui a parfois surpris, souvent touché, mais surtout rappelé à quel point grimper peut être bien plus qu'un sport : une véritable école de vie. Respirer pour survivre : grimpe ou entreprise, même combat Pour Emmanuel Faber, grimper n’est pas qu’une métaphore sympa à glisser en séminaire de management. Au-delà de l’image facile, la respiration est littéralement devenue pour lui une bouée de sauvetage en entreprise. La scène racontée est limpide, presque cinématographique : dans l’ascenseur, quelques secondes avant de passer en direct à la télévision pour annoncer une réorganisation douloureuse chez Danone, il n’y a plus que ce geste primaire. Respirer. « Dans ce moment précis, la seule chose qui comptait, c’était la respiration, exactement comme avant un pas compliqué ou engagé en grimpe. » Et l’image se précise, concrète, fragile, presque intime. Ce n’est plus l’ex-patron, mais l’homme habituellement derrière le costume qui parle. « Si je pense à ma prochaine réunion quand je grimpe, je tombe. En entreprise, si je ne suis pas totalement présent mentalement dans un moment critique, je me plante aussi. » L’aveu est fort, cru, sans détour : respirer pour lui, c’est un acte de survie, ni plus ni moins. Revenir au réel : la grimpe comme antidote à l’illusion corporate Emmanuel Faber ne cache pas son regard critique sur l’univers de la grande entreprise : « On vit dans des avions, on passe d’une réunion à l’autre, on oublie même dans quel fuseau horaire on est. On se coupe du réel. » Et c’est là précisément que grimper prend tout son sens, loin des clichés d’une grimpe idéalisée façon « dirigeant branché ». « Quand je grimpe, je suis entièrement engagé : si mon esprit, mon désir, mes muscles, mes réflexes ne sont pas totalement focalisés sur la prochaine prise, je tombe. » Ce qu’il dit en filigrane, c’est que la grimpe lui permet d’être lui-même, sans le masque du dirigeant, sans le poids de l’image, sans les faux-semblants du monde corporate. Un réel brut, concret, immédiat : diriger comme grimper, c’est choisir d’être présent à soi-même ou disparaître dans le vide. Emmanuel Faber © Le Cinoche Le Queyras, trois semaines pour une décision existentielle Le moment clé où Emmanuel Faber décide d’accepter (ou pas) la direction générale de Danone révèle toute la dimension existentielle de son propos. L’anecdote semble légère au premier abord — trois semaines dans le Queyras pour réfléchir, ça sonne presque comme une publicité pour un séminaire nature. Mais l’enjeu est tout sauf anodin : « Était-ce juste pour multiplier encore mon salaire, accumuler du pouvoir ? » En vérité, c’est son identité même qui est en jeu. Il ne parle pas seulement d’une décision de carrière, mais d’un choix de vie. « Je n’aurais accepté qu’à une seule condition : aller au bout de mes convictions sociales et environnementales. Sinon, ça n’aurait eu aucun sens. » Accepter la chute : ce que l’escalade n’évite pas Mais attention à ne pas tomber dans la caricature facile : non, l’escalade n’est pas une recette miracle pour patrons perdus en quête de sens. Emmanuel Faber le rappelle sans complaisance : en mars 2021, il est éjecté brutalement de chez Danone. Une chute nette, sans ambiguïté, douloureuse. Mais justement, c’est là que la grimpe a une autre leçon à offrir : « Parfois, une chute en grimpe, c’est exactement ce qu’il faut pour comprendre ce qui n’allait pas. Chez Danone, cette chute m’a permis de me réengager ailleurs, de façon encore plus radicale. » Ce nouvel ailleurs, c’est l’ISSB, l’organisme international qu'il pilote aujourd’hui pour fixer des normes comptables climatiques mondiales. Un défi immense, dont l’ampleur rappelle ces moments suspendus sur une paroi où chaque décision, chaque geste peut tout changer. « Si on réussit, 4 000 milliards de dollars par an pourraient financer la transition écologique », rappelle-t-il avec lucidité, sans chercher à enjoliver la complexité. Le climat : du confort du bureau à la dureté de la montagne La réalité climatique qu’il décrit rappelle l’urgence concrète, loin du confort des métaphores : « À 3500 mètres au col du Midi, il ne gèle plus la nuit en été. Ça arrivera bientôt au printemps ou à l’automne. » Cette vérité est brutale, froide, sans échappatoire possible. Il poursuit d’ailleurs en évoquant la Californie, où les assureurs cessent progressivement de couvrir les maisons contre les incendies. « Soit on agit clairement et immédiatement, soit on est emporté par la réalité brutale. » La prochaine longueur : assumer l’incertitude Emmanuel Faber conclut sur une image subtile : sa nouvelle mission à la tête de l’ISSB s'apparente à une deuxième longueur en conditions hivernales. Derrière la légèreté apparente, c’est toute la dimension existentielle de l'escalade qui refait surface. Grimper ou diriger, c’est avant tout apprendre à évoluer dans l’incertitude, accepter de ne pas tout contrôler, assumer que chaque décision, chaque geste a un prix. 📽️ Vidéo complète de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici.
- Inoxtag et Mathis Dumas : Kaizen 2 ?
Les deux potes de Kaizen ont repris le chemin des sommets et viennent de gravir l’Aiguille Verte, un sommet emblématique du massif du Mont-Blanc situé à 4122 mètres d’altitude. La cordée 3.0 @ Mathis Dumas Mathis Dumas l’avait annoncé au détour d’une conversation à Paris avec Vertige Media : « Ce sera moins ronflant que l’Everest mais plus technique ». Après quelques jours de préparation dans les Alpes, le guide de haute montagne et le Youtubeur star Inoxtag viennent tout juste de gravir un des plus hauts sommets des Alpes. Quelques jours avant cette nouvelle croix, le dimanche 31 mars dernier, c’est Inoxtag qui choisit d’épaissir le mystère sur son compte Instagram : « Je repars à la montagne pour un projet qu'on a envie de faire depuis l'Everest ». Une façon à peine masquée de prévenir que cette fois, leur aventure ne se mesurerait pas en likes ou en mètres de dénivelé, mais en engagement brut, sans filet, loin de la montagne à spectacle. Après l'Everest, sommet mythifié autant que banalisé, il semblait que les deux potes cherchaient désormais autre chose : un sommet moins haut, mais une ascension plus technique. Le leurre des Drus, l’évidence de l’Aiguille Verte Certains avaient cru deviner leur terrain de jeu : l'Aiguille des Drus, ce totem brutal et fascinant, situé à 3 754 mètres, rocher instable chargé d’histoire dramatique, symbole indétrônable d'un alpinisme exigeant. Un choix audacieux qui sonnait comme une déclaration de guerre au cliché des sommets convenus. Mais Mathis Dumas et Inoxtag aiment brouiller les pistes, jouer avec les attentes du public. Alors, ils surprennent : aujourd’hui, c’est l’Aiguille Verte – géante de glace et de roche à 4 122 mètres d’altitude – qu’ils annoncent avoir domptée. L’Aiguille Verte, pour qui connaît un peu la montagne, c’est l’antithèse d’une ascension spectacle. Ici, rien à vendre, aucun sommet marketing à exploiter. Juste un monstre froid, une ascension ciselée comme un poème de Mallarmé, minimaliste, complexe et glaçante. Choisir la Verte, c’est embrasser volontairement l’alpinisme sans concession : engagement intégral, solitude absolue, et aucun joker pour vous rattraper si vous ratez une prise. Ils précisent qu’ils ont fait l'ascension sans corde fixe, comme l'exige le style alpin. Pour ceux qui voient encore l'alpinisme comme un joli trek de week-end, il convient de préciser ce que ça signifie : zéro assistance préinstallée, aucune sécurité artificielle, juste leurs propres décisions, leur expérience et leur sang-froid face au vide. À la différence de leur expédition himalayenne et à l'heure où les sommets se vendent au kilo, cela ressemble furieusement à un manifeste discret. Inoxtag et Mathis Dumas viennent rappeler avec finesse mais fermeté que l'alpinisme vrai – celui qui fait trembler, celui qui fait réfléchir – existe encore. Et que, parfois, il se cache précisément là où on ne l'attend plus. Naissance d’une cordée 3.0 Prévue sur huit jours, leur expédition n’a pourtant pas encore tout dévoilé. Chaque jour, une distillation précise et minimaliste de leur aventure nourrit leurs comptes Instagram. Mais derrière cette stratégie digitale affûtée, quelque chose de plus essentiel s’est formé entre ces deux personnages que tout semblait opposer au départ : une véritable cordée. Une complicité forgée par l’exigence commune, par le choix radical de la montagne sans filet. Ils ne jouent plus seulement devant une caméra, ils évoluent désormais ensemble sur une corde tendue, une relation profonde qui échappe totalement aux logiques habituelles du star-system numérique. Cette ascension annonce-t-elle une révolution subtile dans l’univers parfois trop marketé de l’alpinisme moderne ? Inoxtag et Mathis Dumas prouvent en tout cas que même à l’ère du numérique, il reste possible de défendre une montagne exigeante, authentique, et peut-être même poétique. À voir ce que les deux « frérots » feront de leurs nouvelles aventures verticales. Pour l’instant, une simple story. Demain, Kaizen 2 ? Une chose est sûre : Mathis Dumas et Inoxtag ont ouvert la voie à une nouvelle forme de récit alpin, capable d’allier l’impact médiatique à la pureté du geste. Et ça, c’est peut-être leur plus belle dinguerie.
- Jeux Olympiques LA28 : l’escalade s’offre une vue sur l’océan à Long Beach
Exit les salles aseptisées aux faux airs de hangars industriels. En 2028, à Los Angeles, l’escalade olympique pose ses valises à Long Beach, face au Pacifique, avec promesse de sunsets instagrammables à l’infini. De quoi donner aux athlètes une bonne raison de tomber, ne serait-ce que pour admirer la vue. L’info, lâchée par l'IFSC avec son enthousiasme olympique habituel, confirme le spot provisoire du Convention Center Lot comme arène officielle de la grimpe. Trois disciplines olympiques — Difficulté, bloc et vitesse — auront droit à leur scène perso, le tout adossé à un décor naturel qui ressemble à s’y méprendre à une pub pour une marque de surf californienne. « Une vue spectaculaire sur l’océan », claironne l'IFSC. Traduction : les stories Instagram de juillet 2028 auront toutes la même couleur pastel, et tant pis pour ceux qui préfèrent le béton gris. Il faut croire que le Comité olympique a définitivement basculé en mode West Coast. Après le show XXL de la clôture parisienne (souvenez-vous, Billie Eilish, les Red Hot et le grand Snoop himself en maître de cérémonie), c’est désormais l’esprit surf-skate et chill californien qui infuse jusque dans les choix sportifs. L’escalade, en quête perpétuelle de reconnaissance, s’offre ainsi une dose supplémentaire de hype en s’associant à l’image légendaire de Long Beach, berceau du gangsta rap et temple des sports nautiques. Mais au-delà du décor, LA28 offre surtout une montée en gamme bienvenue à l’escalade. Trois épreuves distinctes (exit les combinés discutables), 76 athlètes au lieu des 68 de Paris 2024, et enfin, pour la première fois dans l’histoire des Jeux, la para-escalade officiellement invitée à la fête. De quoi renforcer encore davantage le statut d’un sport qui rêve toujours de devenir plus qu’une simple parenthèse verticale dans l’olympisme. Bref, à Los Angeles, la grimpe muscle son jeu autant qu’elle soigne sa mise en scène. On imagine déjà Snoop Dogg, roi autoproclamé de Long Beach, venir squatter les gradins, lunettes noires vissées sur le nez, en train de commenter avec une désinvolture contagieuse la chute malheureuse d’un Adam Ondra trop distrait par la beauté du cadre. Parce qu’entre un crux délicat et le spectacle d’un dauphin passant au loin, le dilemme pourrait être cruel. Rendez-vous donc dans trois ans pour vérifier si les embruns salés auront un effet apaisant sur les nerfs des grimpeuses et grimpeurs olympiques. Quelque chose nous dit que non, et c’est tant mieux.
- Brno 2027 : l’Europe refait surface, sans tambour ni drapeau
Avec 53,25 % des voix, Brno accueillera les Championnats du monde d'escalade 2027. Un choix tout sauf anodin, qui marque moins un retour nostalgique vers les racines européennes du sport qu’un subtil rééquilibrage diplomatique face au tropisme asiatique des compétitions internationales. © David Pillet Europe-Asie : pourquoi Brno l’a emporté sur Pékin À 53,25 %, la victoire de Brno face à Pékin est nette, mais sans emphase. Juste assez pour qu'on se demande pourquoi la ville tchèque, deuxième cité du pays, l'a emporté sur la capitale chinoise, pourtant rodée aux grands événements. La Chine était un choix évident : infrastructure prête, financement solide, expérience des circuits mondiaux. Mais précisément, cette évidence a peut-être fini par jouer contre elle. Depuis quelques années, l’escalade internationale penche fortement vers l’Asie. Après les JO de Tokyo et bientôt les Championnats du monde de Séoul en 2025, le circuit IFSC semblait inexorablement attiré par l’Orient. Face à ce mouvement, Brno apparaît moins comme une rupture que comme un contrepoids subtil mais efficace. Car Brno n’est ni Chamonix ni Innsbruck : aucune nostalgie alpine ici. Ce choix est plus médian, plus politique. Une ville européenne capable d’accueillir sans saturer, de porter un événement mondial sans céder à la démesure. En clair, Brno est l’Europe raisonnable, une sorte de solution diplomatique dans un contexte sportif devenu géopolitique. Brno, ou l’art tchèque de l’équilibre discret Avec sa toute nouvelle Arena Brno, multifonctionnelle et subtilement high-tech, la Tchéquie propose exactement ce que le circuit international attend aujourd’hui : une infrastructure impeccable, sobre, efficace, sans excès scénographique. Le pays n’est pas novice en la matière : Prague accueille déjà régulièrement des étapes de la Coupe du monde, preuve que les Tchèques savent organiser sans éblouir inutilement. © Arena Brno Brno n’a pas gagné par hasard : elle a été choisie pour sa capacité à rassurer, tout simplement. Elle offre une promesse réaliste, une organisation fiable, et une vision claire du rôle qu’elle peut jouer sur l’échiquier sportif mondial. Derrière cette discrétion assumée, il y a une vraie lucidité : en 2027, on ne choisit plus une ville pour éblouir, mais pour garantir. Ce que dit Brno, finalement, c’est que l’Europe n’a pas vraiment reconquis son influence. Elle la réaffirme sans tambour ni drapeau. Le choix de cette ville tchèque est un moyen intelligent de rappeler qu’entre les nouvelles puissances asiatiques et les vieilles places fortes européennes, il existe encore une troisième voie. Ni tradition poussiéreuse, ni modernité tape-à-l’œil, mais quelque chose de moins visible, de moins attendu. Et peut-être, justement, de plus durable.
- Découvrez les athlètes des Olympic Qualifier Series 2024 en escalade sportive
Dans l'univers de l'escalade sportive, l'anticipation monte à l'approche des Olympic Qualifier Series 2024, un jalon crucial sur la route vers les Jeux Olympiques de Paris 2024 . Cet événement emblématique mettra en vedette plus de 160 grimpeurs et grimpeuses d'exception, tous unis par un même objectif : se qualifier pour les JO et réaliser leur rêve olympique. Les épreuves, prévues pour se dérouler entre mai et juin 2024 , sont promises à être des moments phares pour les enthousiastes et les professionnels de l'escalade olympique. Crédit : David Pillet La Fédération internationale d'escalade sportive (IFSC) orchestre ce défi avec précision, distribuant les places convoitées : dix pour chacune des spécialités de l'escalade , à savoir le bloc, la difficulté, et la vitesse. Ces disciplines testeront non seulement la force et l'agilité des compétiteurs mais aussi leur détermination et leur stratégie face aux défis. Les Olympic Qualifier Series offrent une scène mondiale où les athlètes des quatre coins du globe convergent vers Shanghai et Budapest pour partager leur passion de l'escalade et leur esprit de compétition. Shanghai, du 16 au 19 mai, et Budapest, du 20 au 23 juin, se transformeront en épicentres de l'escalade, accueillant ces talents dans des lieux spectaculaires. En plus de l'escalade, cet événement multidisciplinaire célèbrera d'autres sports urbains tels que le BMX freestyle, le breaking, et le skateboard, enrichissant ainsi l'expérience olympique. On vous partage la liste des athlètes qui brilleront lors des Olympic Qualifier Series 2024 et qui pourraient se qualifier pour l'escalade sportive aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : Grimpeuses confirmées pour participer aux Olympic Qualifier Series 2024 - Vitesse femmes Australie Grace CROWLEY Chine Di NIU Shaoqin ZHANG Yafei ZHOU Shengyan WANG Corée du Sud Jimin JEONG Hanareum SUNG Heeju NOH Équateur Andrea ROJAS Espagne Leslie Adriana ROMERO PÉREZ Carla MARTÍNEZ VIDAL France Capucine VIGLIONE Victoire ANDRIER Manon LEBON Lison GAUTRON Allemagne Franziska RITTER Indonésie Rajiah SALLSABILLAH Nurul IQAMAH Narda Mutia AMANDA Iran Mahya DARABIAN Italie Beatrice COLLI Giulia RANDI Japon Ai TAKEUCHI Fumika KAWAKAMI Karin HAYASHI Natsumi HAYASHI Kazakhstan Tamara ULZHABAYEVA Pologne Natalia KALUCKA Aleksandra KALUCKA Patrycja CHUDZIAK Anna BROZEK Afrique du Sud Tegwen OATES Grimpeurs confirmés pour participer aux Olympic Qualifier Series 2024 - Vitesse hommes Australie Hayden BARTON Chine Peng WU Xinshang WANG Liang ZHANG Jianguo LONG Équateur Carlos GRANJA Isaac ESTEVEZ Espagne Erik NOYA CARDONA France Pierre REBREYEND Guillaume MORO Allemagne Leander CARMANNS Sebastian LUCKE Indonésie Veddriq LEONARDO Kiromal KATIBIN Aspar ASPAR Raharjati NURSAMSA Iran Reza ALIPOUR SHENAZANDIFARD Italie Ludovico FOSSALI Gian Luca ZODDA Alessandro BOULOS Japon Jun YASUKAWA Ryo OMASA Kazakhstan Rishat KHAIBULLIN Amir MAIMURATOV Corée du Sud Euncheol SHIN Yongjun JUNG Pologne Marcin DZIENSKI Ukraine Yaroslav TKACH Hryhorii ILCHYSHYN États-Unis John BROSLER Zach HAMMER Noah BRATSCHI Grimpeuses confirmées pour participer aux Olympic Qualifier Series 2024 - Bloc et Difficulté femmes Argentine Valentina AGUADO Australie Maya STASIUK Autriche Franziska STERRER Belgique Chloe CAULIER Bulgarie Aleksandra TOTKOVA Canada Alannah YIP Chine Luo ZHILU Corée du Sud Chaehyun SEO Jain KIM Yejoo SEO Sol SA République Tchèque Eliska ADAMOVSKA Michaela SMETANOVA France Hélène JANICOT Manon HILY Fanny GIBERT Zélia AVEZOU Allemagne Hannah MEUL Lucia DÖRFFEL Roxana WIENAND Sandra HOPFENSITZ Grande-Bretagne Molly THOMPSON-SMITH Erin MCNIECE Iran Elnaz REKABI Israël Ayala KEREM Noa SHIRAN Italie Laura ROGORA Camilla MORONI Giorgia TESIO Japon Miho NONAKA Futaba ITO Nonoha KUME Ryu NAKAGAWA Pays-Bas Lynn VAN DER MEER Slovénie Vita LUKAN Mia KRAMPL Sara COPAR Lucka RAKOVEC Serbie Stasa GEJO Suisse Petra KLINGLER Islande Svana BJARNASON États-Unis Brooke RABOUTOU Anastasia SANDERS Kyra CONDIE Kylie CULLEN Ukraine Levgeniia KAZBEKOVA Afrique du Sud Tegwen OATES Grimpeurs confirmés pour participer aux Olympic Qualifier Series 2024 - Bloc et Difficulté hommes Autriche Nicolai UZNIK Jan-Luca POSCH Stefan SCHERZ Australie Dylan PARKS Belgique Hannes VAN DUYSEN Simon LORENZI Nicolas COLLIN Bulgarie Nikolay RUSEV Canada Sean MCCOLL Oscar BAUDRAND République Tchèque Adam ONDRA Martin STRANIK Chine Yufei PAN Espagne Alberto GINÉS LÓPEZ France Mejdi SCHALCK Sam AVEZOU Paul JENFT Mickael MAWEM Allemagne Alexander MEGOS Yannick FLOHÉ Yannick NAGEL Grande-Bretagne Hamish MCARTHUR Maximilian MILNE Jack MACDOUGALL James POPE Hongrie Nimród Sebestyén TUSNÁDY Indonésie Ravianto RAMADHAN Raviandi RAMADHAN Israël Nimrod MARCUS Alex KHAZANOV Yuval SHEMLA Geva LEVIN Italie Stefano GHISOLFI Filip SCHENK Marcello BOMBARDI Giorgio TOMATIS Corée du Sud Dohyun LEE Jongwon CHON Yunchan SONG Lettonie Edvards GRUZITIS Slovénie Luka POTOCAR Anze PEHARC Martin BERGANT Zan LOVENJAK SUDAR Espagne Alberto GINÉS LÓPEZ Suède Hannes PUMAN Suisse Sascha LEHMANN Jonas UTELLI Afrique du Sud Christopher COSSER
- Jeux Olympiques 2028 : l’escalade décroche enfin ses trois médailles olympiques
Jusqu’ici, aux Jeux Olympiques, l’escalade ressemblait à une cohabitation forcée entre trois disciplines qui n’avaient jamais vraiment rêvé de vivre ensemble. Après un combiné discutable à Tokyo et un semi-combiné à Paris, Los Angeles 2028 sonne enfin l’heure de la libération. Le CIO vient d’annoncer que la Vitesse, la Difficulté et le Bloc auront chacune leur podium dédié, avec autant de médailles pour les hommes que pour les femmes. Et franchement, ce n’était pas du luxe. © IFSC Tokyo 2020 : le combiné ou le « trois en un » forcé Petit retour en arrière : en 2020, l’entrée en scène olympique de l’escalade à Tokyo ressemblait à un drôle d’exercice imposé. Une seule épreuve pour trois disciplines, le fameux « combiné » : un peu comme si l’on demandait à un athlète de courir le 100 mètres, puis le 10 000 mètres, avant de conclure par un saut en hauteur. Spectaculaire, certes, mais absurde. Résultat : des athlètes comme Alberto Ginés López ou Janja Garnbret s’étaient imposés grâce à leur polyvalence extrême, plus qu’à leur spécialisation. On saluait l’exploit, mais avec ce goût amer d’avoir assisté à un spectacle où la véritable excellence était bridée par les compromis. Paris 2024 : un pas timide vers l’émancipation Quatre ans plus tard, à Paris, le CIO décidait de faire un premier pas vers une séparation tant attendue, en attribuant deux jeux de médailles : un pour la Vitesse, indépendante désormais, et un autre pour un combiné réduit à la Difficulté et au Bloc. Moins improbable qu’à Tokyo, certes, mais toujours inconfortable. Ce semi-combiné parisien restera probablement dans les mémoires comme une transition nécessaire, mais insuffisante, laissant encore dans l’ombre des athlètes qui excellent sur une seule discipline, mais peinent à briller sur deux à la fois. Los Angeles 2028 : la fin du mariage forcé La cité du cinéma aime les scénarios clairs, nets et précis. À Los Angeles, pas question de continuer à brouiller les pistes. Le CIO a décidé que chaque discipline aurait enfin droit à son propre podium olympique. La nouvelle a fait l’effet d’un véritable soulagement pour toute la communauté de l’escalade. Le président de l’IFSC, Marco Scolaris, a salué cette décision en affirmant : « Depuis le début de notre aventure olympique, notre objectif était clair : trois disciplines, trois podiums. À Los Angeles, chacun pourra enfin découvrir leurs spécificités. » Autrement dit, finies les combines douteuses. Chacun son jeu, chacun ses règles, chacun ses héros. Trois podiums, trois histoires différentes Concrètement, qu’est-ce qui change ? L’essentiel. L’escalade pourra enfin dévoiler clairement ses trois visages distincts : La Vitesse : c’est l’épreuve la plus simple à saisir pour le grand public. Ici, pas de subtilité à outrance, seulement une course verticale effrénée contre la montre. Le sprint en chaussons, pure adrénaline, où le chrono règne en maître. La Difficulté (Lead) : épreuve reine pour les puristes, où chaque mouvement est calculé, réfléchi, presque méditatif. Ici, les athlètes montent très haut, très longtemps, et chaque prise devient une réflexion en soi. Une lutte mentale autant que physique, digne d’un film d’auteur où chaque silence compte. Le Bloc (Boulder) : la plus explosive des trois disciplines. Courts problèmes, haute intensité, mouvements radicaux. Entre stratégie pure et force brute, cette discipline impose un jeu d’échecs physique où chaque erreur peut coûter le podium. Trois disciplines, trois façons de raconter une histoire. Trois scènes séparées, pour trois spectacles différents. Plus d’athlètes, plus d’opportunités ? Le CIO en profite pour augmenter légèrement le quota d’athlètes : 38 femmes et 38 hommes, soit 76 places à répartir sur trois disciplines. Jusque-là, tout est clair. Mais côté détails, on nage encore en pleine zone grise : la répartition précise des places entre la Vitesse, la Difficulté et le Bloc sera finalisée ultérieurement dans le futur système de qualification olympique. Seule certitude, et elle n’est pas anodine : le CIO envisage ouvertement la possibilité pour certains athlètes de participer à plusieurs disciplines. Une nuance subtile mais capitale, qui ouvre la porte à toutes les combinaisons stratégiques possibles… et aux spéculations les plus savoureuses. En attendant ce fameux règlement, chacun pourra donc s'amuser à imaginer ses scénarios favoris. L’enjeu derrière cette séparation Avec ces trois podiums clairement distincts, l’escalade entre enfin dans une ère de lisibilité olympique totale. L’idée est simple : mieux mettre en lumière chaque spécialité, rendre le sport plus clair, plus accessible au grand public sans le dénaturer. Car soyons francs : à force de vouloir mélanger les styles, l’escalade olympique menaçait d’en perdre son identité profonde. Désormais, chaque discipline pourra pleinement exprimer ses qualités spécifiques et attirer un public différent, offrant une visibilité accrue à la richesse de ce sport aux multiples facettes. Los Angeles : un tournant pour la grimpe olympique En attribuant trois podiums, le CIO offre enfin à l’escalade la chance d’écrire clairement sa propre histoire olympique, discipline par discipline. Après Tokyo, après Paris, Los Angeles pourrait bien être le vrai point de départ d’une escalade olympique pleinement assumée, où les athlètes ne seront plus contraints à l’équilibrisme permanent entre polyvalence et spécialisation. Chacune des trois disciplines aura enfin droit à son heure de gloire. Rendez-vous donc pris pour un triple show olympique inédit à Los Angeles, en 2028. C’est sans doute là, sur ces trois podiums enfin séparés, que l’escalade pourra véritablement conquérir le grand public. Et ce ne sera pas trop tôt.
- Annot à Bloc 2025 : La grimpe sauce grès, de retour pour une 12ᵉ édition
Annot à Bloc, c’est comme Fontainebleau, mais avec l’accent du Sud. Moins de Parisiens en doudoune Patagonia, plus de short-sandales et de rosé bien frais. Depuis douze ans maintenant, Annot, village tranquille des Alpes-de-Haute-Provence, se transforme chaque printemps en capitale de la grimpe sur grès. Et ce qui se prépare pour les 24 et 25 mai 2025 promet une nouvelle fois d'envoyer du lourd. @ Marielle Laubie Grès, pastis et convivialité Reprenons du début : Annot à Bloc est né en 2011 avec l’idée folle de faire grimper ensemble, au milieu de la forêt, champions et débutants, enfants et anciens, puristes et amateurs de fêtes villageoises. La recette marche tellement bien que chaque année, on en redemande. Sauf en 2020-2021 évidemment, quand tout le monde faisait du bloc dans son salon. L’édition 2023, celle des 10 ans, était déjà mémorable : 220 grimpeurs chauffés à bloc, dont une marraine d’exception, Solenne Piret, triple championne du monde de para-escalade. L’an dernier, le compteur est monté à plus de 350 participants. Annot à Bloc s’est installé dans le paysage grimpe français comme une valeur sûre. Et pas uniquement parce que c’est l’occasion parfaite pour se balancer des blagues entre potes entre deux blocs, un verre à la main. 2025 : Nouveaux blocs et vieilles recettes Pour 2025, les organisateurs annoncent une centaine de nouveaux passages, tout juste sortis de la mousse, à découvrir dans un secteur inédit à cinq minutes à pied du centre du village. Il y en aura pour tous les niveaux, du 3 pour les néophytes jusqu’au 8 pour les mutants. Oui, même toi, le grimpeur parisien à la casquette Arc'teryx flambant neuve, tu vas te faire rouster sur du grès provincial. Le samedi, la tradition reste la même : contest amical toute la journée, à la cool, avant les finales explosives en plein cœur du village. Le mur artificiel des finales, dressé sur la place du marché, attirera comme toujours la foule – et peut-être quelques cris de joie ou de frustration quand les meilleurs tomberont sur le dernier mouvement. Mais Annot à Bloc ne s’arrête jamais à la grimpe pure : animations, tests matos, concerts et DJ sets prolongeront la fête jusque tard dans la nuit. Parce qu’ici, l’esprit festif compte autant que les réalisations sur le caillou. © Marielle Laubie Urban Boulder : grimper sur les murs du maire (avec son accord, promis) Le dimanche matin, une autre tradition incontournable reprend du service : l’Urban Boulder. Cette épreuve improbable consiste à transformer Annot en une gigantesque salle d’escalade urbaine. On grimpe sur tout : façades, fontaines, ponts, même le fronton de la mairie. Et les autorités locales adorent ça, promis-juré. En parallèle, un concours de jeté viendra agrémenter la journée, histoire de se démonter les épaules avec style, suivi d’une tombola pour gagner du matériel, parce que ce serait dommage de repartir sans cadeau. L’impact : Annot devient incontournable À force de constance et d’originalité, Annot à Bloc a transformé ce petit village provençal en véritable épicentre de l’escalade du sud de la France. Chaque année, plusieurs centaines de visiteurs débarquent, remplissant campings, gîtes et terrasses, donnant un sérieux coup de fouet économique à la commune. Annot, ce n’est pas Chamonix, mais pendant un week-end, le village vibre comme une capitale de montagne – avec davantage de bonne humeur et de pastaga. Au-delà du business, Annot à Bloc, c’est aussi des centaines de blocs nettoyés, ouverts, et rendus accessibles durablement aux grimpeurs. L’événement laisse un héritage concret, palpable, utile aux locaux et à tous les grimpeurs de passage, qui repartent forcément avec l’envie de revenir grimper dans ce décor hors norme. © Marielle Laubie Un événement populaire, jamais populiste Depuis ses débuts, Annot à Bloc a toujours refusé la surenchère élitiste, préférant rester accessible à tous les niveaux. Pas question ici de séparer pros et amateurs : tout le monde grimpe, tout le monde partage, et tout le monde se retrouve le soir autour de la même bière tiède et du même barbecue fumant. C’est l’esprit Annot, celui d’une grimpe populaire mais jamais populiste. Alors, que vous soyez capable de plier un 7C pieds nus ou juste curieux de tâter du grès pour la première fois, la date est à bloquer dès maintenant. Annot à Bloc 2025, ce sera encore une fois de la grimpe, du rire et du plaisir, en toute simplicité. Bref, exactement ce dont on a besoin après une année entière passée à râler contre l’affluence à Bleau. Rendez-vous donc les 24 et 25 mai prochains à Annot, avec vos chaussons et votre bonne humeur. En attendant, vous pouvez toujours bosser vos placements de pieds – ou pas, après tout c’est Annot : ici, personne ne juge. Toutes les informations et inscriptions sont à retrouver sur leur site.
- Brooke Raboutou retire l’épée du rocher : première femme à briser le mythe du 9b+
Certains mythes attendent patiemment d’être pulvérisés, d’autres demandent qu’on leur règle brutalement leur compte. Brooke Raboutou, elle, vient simplement d’exécuter les deux opérations en même temps. Le 8 avril 2025, l’Américaine de 23 ans s’est attaquée au monument Excalibur, voie mythique cotée 9b+, près d’Arco, dans les Dolomites italiennes. Elle en sort victorieuse, devenant ainsi la toute première grimpeuse à franchir cette frontière symbolique – presque sacrée – du très haut niveau féminin. Autrement dit : le plafond de verre vient d’exploser en mille éclats calcaires, et c’est Brooke Raboutou qui tient le marteau. © Crimp Films Excalibur, cette histoire impossible « Excalibur », tout était écrit dans le nom. Stefano Ghisolfi, qui avait équipé la ligne en 2023, ne s’y était pas trompé : ici, c’est une légende en gestation, un mythe en devenir, pas juste un bout de caillou pour touristes de la résine en mal d’aventures verticales. Excalibur, c’est court, mais violent ; précis, mais brutal. Les Adam Ondra, Jakob Schubert ou Will Bosi ont bien tenté d’apprivoiser la bête, mais jusqu’à présent, ils n’avaient réussi qu’à l’agacer. Cette ligne, techniquement redoutable, leur résistait comme un cauchemar persistant. Brooke, elle, en a fait une affaire personnelle. À tel point que sa relation avec cette voie semble tout droit sortie d’une séance de psychanalyse grandeur nature. Sur Instagram, dans un monologue introspectif aussi intense que ses méthodes de talon impeccables, elle explique : « Dès le début, j’ai été attirée par toi – quelque chose dans ton intensité implacable. Notre relation a fluctué au fil du temps. Certains jours ressemblaient à une harmonie sans effort ; d’autres, nous nous sommes affrontés, nos voix s’élevant. Tu m’as appris à argumenter avec le doute jusqu’à ce qu’il commence à douter de lui-même. » Traduction pour les non-initiés : elle en a bavé, s’est fait mal, a douté, mais elle a gagné. Dynastie verticale et destin implacable Mais la grimpeuse américaine ne vient pas de nulle part. Brooke appartient à une sorte de dynastie verticale : fille de Robyn Erbesfield-Raboutou, légende vivante du circuit des années 90, et de Didier Raboutou, grimpeur de haut vol, Brooke a grandi entre prises de résine et morceaux de falaise. La génétique était bonne, mais encore fallait-il tracer sa propre voie. Médaillée d’argent aux JO de Paris 2024, habituée des podiums en compétition comme des blocs monstrueux dans la nature, Brooke avait le pédigrée idéal pour relever ce défi inédit. En passant au 9b+, elle ne fait pas qu’écrire une nouvelle page : elle en change complètement l’encre, le papier et la couverture. Brooke a-t-elle tué la cotation féminine ? Parce que jusqu’à hier, le « plafond de verre » du 9b semblait figé dans l’histoire de l’escalade féminine. Angela Eiter, Julia Chanourdie, Laura Rogora ou Anak Verhoeven avaient déjà taquiné la limite sans jamais pouvoir franchir le seuil supérieur. En claquant la porte du 9b+ d’un coup de pied assuré, Brooke force désormais à repenser entièrement les standards du sport. Ce n’est plus une histoire de genre ou de barrière symbolique. Non, c’est une histoire de talent, de détermination, de brutalité mentale et d’élégance physique. Une histoire où, désormais, Brooke impose le tempo. L’insolence tranquille des surdoués En décrochant cette première féminine dans le 9b+, Brooke Raboutou secoue sans complexe les conventions, comme ces élèves surdoués au fond de la classe qui résolvent une équation compliquée en deux coups de craie, un sourire espiègle au coin des lèvres. Mais son style n’est ni bravade gratuite ni provocation adolescente : c’est juste le naturel insolent des gens talentueux qui ne s’excusent pas de réussir. Avec Excalibur, Brooke oblige chacun à reconsidérer les limites qu’on avait prises pour acquises. C’est tout l’intérêt des grands exploits : derrière l’effort, ils révèlent toujours une part d’irrévérence salutaire.
- Mathis Dumas : quand la montagne accouche d'une story
Depuis qu’on l’a vu emmener le YouTubeur Inoxtag sur le toit du monde, Mathis Dumas est devenu le guide de haute montagne le plus connu de France. Pourtant, l’ascension au sommet du jeune Ardéchois a été progressive et méticuleusement préparée. Portrait d’un gars sûr. © Mathis Dumas C’est qu’il se cognerait presque la tête en rentrant. Quand il débarque, Mathis Dumas doit presque se plier en deux pour pénétrer dans ce sous-sol exigu du 5ème arrondissement. L’ironie est savoureuse : lui, le guide de haute-montagne qui gravit l’Everest se retrouve coincé dans une cave. Pas vraiment son milieu naturel mais que voulez-vous, ici, c’est Paris. Et les interviews s’organisent dans des espaces aussi grands qu’une cabine de téléphérique. Ce soir, Mathis a quitté la Haute-Savoie pour se rendre à une soirée en l’honneur de Zag, son sponsor, une marque de ski dont les planches multicolores tapissent le mur de la boutique éphémère. Casquette vissée sur la tête, le trentenaire est aussi là pour serrer quelques paluches et peut-être même signer des autographes. « Jamais je n’aurais pensé qu’un film sur la montagne puisse toucher autant de gens. Maintenant, c’est gravé pour l’éternité et je pense sincèrement que dans 20 ans, on en parlera encore » Depuis qu’il a guidé Inoxtag au sommet de l’Himalaya, Mathis Dumas a tout simplement changé de dimension. Second rôle de Kaizen, le documentaire sur la montagne aux 43 millions de vues sur YouTube, il est devenu le guide de haute-montagne le plus médiatisé du pays. Profitant de l’incroyable buzz, il survole alors les plateaux et les émissions de podcast pour répéter à l’envi son parcours ainsi que les coulisses du film. Désormais, Mathis Dumas possède le statut d’un véritable influenceur qui dépasse largement le cercle des amateurs d'alpinisme. 700 000 abonnés sur Instagram, 200 000 autres sur une chaîne YouTube qu’il a créée il y a seulement six mois. À se demander si la casquette, c’est pour le style ou la tranquillité dans les rues de la capitale. « En vrai, je le vis bien, pose la nouvelle vedette. Quand les gens m’arrêtent dans la rue, c’est toujours pour me féliciter donc c’est super agréable. » Selon lui, en plus d’avoir fait un carton, Kaizen a vraiment conquis le grand public. « Étant donné la portée du travail d’”Inox”, je savais que le truc pouvait marcher, continue-t-il. Mais jamais je n’aurais pensé qu’un film sur la montagne puisse toucher autant de gens. Maintenant, c’est gravé pour l’éternité et je pense sincèrement que dans 20 ans, on en parlera encore. » Zen restons zen Mathis Dumas assure que Kaizen a même ravi la caution des professionnels de la montagne. Des esprits pourtant très sceptiques à l’annonce du projet par Inoxtag sur sa chaîne Youtube, le 6 avril 2024. « Je m’en souviens, c’était fou, rembobine le guide. Ça a d’abord fait les titres de la presse spécialisée puis ensuite tout le monde en a parlé. » Pour les guides, les amateurs de montagne ou les commentateurs du milieu de l’alpinisme, le projet d'Inoxtag traduisait ce qu’ils appellent « une surenchère de la montagne ». Pour eux, qu’un Youtubeur aussi influent fasse l’Everest participe forcément à la kermesse que sont devenues les expéditions sur le toit du monde. Mathis Dumas l’admet, il était un des premiers à critiquer l’initiative de son futur pote. « Je ne le connaissais pas, je ne connaissais d’ailleurs aucun YouTubeur à l’époque. Donc j’étais aussi extrêmement sceptique. » Quand on lui propose de participer au film, le guide réfléchira longtemps, de peur de se retrouver dans un véritable bourbier. « Le déclic, c’est quand je me suis dit que si je ne le faisais pas, quelqu’un d’autre allait le faire à ma place, explique-t-il. Et comme Inox me garantissait une grande liberté pour le guider mais aussi pour placer mon regard sur le film, je me suis dit que j’avais là une grande chance de faire valoir ma vision de la montagne. » « Personne n’y croyait. Inès, il a ses codes de mec qui vient des jeux vidéo, son accent de banlieusard, son enthousiasme… rien qui aille avec le milieu très discret des guides de haute montagne » Cette vision, il l’a chevillée au corps depuis qu’il a décidé d’être guide. Pour lui, la montagne en général et l'alpinisme en particulier souffrent de la course aux sommets emblématiques. Alors, « il faut montrer qu’il y autre chose que le Mont-Blanc et l’Everest ». Pour ce faire, Mathis Dumas va pousser son ami à se préparer et à se filmer sur des pics différents de celui de 8849 mètres. Et c’est précisément ce choix qui finira par convaincre les montagnards, les vrais. En vérité, la réception de Kaizen a selon lui, connu trois phases. La première concerne l’annonce du projet, très critiquée. La deuxième survient au moment où Inoxtag met en ligne la vidéo de son ascension du Mont-Blanc, à l’été 2023 (celle où Mathis Dumas apparaît pour la première fois, ndlr). Selon ce dernier, « c’est cette vidéo qui a rassuré beaucoup de gens ». Et la troisième fait référence à la sortie du documentaire « qui a été plutôt bien reçu ». Aujourd’hui, certaines critiques persistent, comme celle de l’alpiniste et photographe Pascal Tournaire dans L'Équipe qui trouve le rendu final « très égocentré » et compare l’ascension sous oxygène de l’Everest à « un tour de France en vélo électrique ». « Pascal, je le connais très bien, il habite à 500m de chez moi, répond Mathis Dumas. Je comprends sa critique, on en a beaucoup parlé. Après, elle visait surtout ce que l’Everest est devenu. Nous, on a jamais revendiqué une quelconque performance ». Jeux vidéos, esprit de cordée et Kaizen 2 Mathis Dumas traverse l’après-Kaizen comme le franchissement d’une arête : le pied sûr, les sens en alerte. « À un moment donné, il a fallu arrêter la promo, lâche-t-il. Notre objectif avait été atteint et on sentait que nos interlocuteurs voulaient nous mettre à la faute. » Alors, le guide bascule dans une autre vie, gonflé par la notoriété et les nouveaux projets. Du film, il restera son amitié avec Inoxtag, de son vrai nom Inès Benazzouz, qui crève l’écran, 2h durant. « J’appelle ça l’esprit de cordée », résume Mathis Dumas. Soit un lien unique qui se forge entre deux alpinistes reliés par une même corde. Une complicité que les deux partenaires ne se sont pas gênés d’éprouver à nouveau. Le 11 avril dernier, Inès et Mathis sont repartis en montagne dans les Alpes pour gravir l’Aiguille Verte. Un sommet emblématique du massif du Mont-Blanc. « Rien à voir avec la surenchère de la montagne donc, glisse Mathis Dumas. Ce sera moins ronflant que l’Everest, mais plus technique. » La morning routine de Mathis © Zag L’expédition débouchera sur une sorte de Kaizen 2. « Le K2 quoi », plaisante Mathis Dumas. Le genre de projet qui est complètement aligné avec sa vision de la montagne. Et qui va permettre au guide de dévoiler le vrai niveau de son « frérot ». « Il faut savoir qu’Inès est très chaud, confie-t-il. C’est un mec déterminé, rigoureux mais aussi extrêmement doué. Il percute super vite. En trois séances d’escalade, il faisait du 6a en tête. Il lui suffisait d’une seule explication pour réaliser des manip’ de cordes compliquées et de quelques indices pour qu’il sache expliquer parfaitement ce qu’est un sérac ou une rimaye sur un plateau télé. » C’est peut-être ce que Mathis Dumas aime le plus dans ce genre de projets : emmener avec lui une personne a priori étrangère à l’alpinisme et en faire un amoureux de la montagne. « Au départ, personne n’y croyait. Inès, il a ses codes de mec qui vient des jeux vidéo, son accent de banlieusard, son enthousiasme… rien qui aille avec le milieu très discret des guides de haute montagne. C’est aussi pour ça que Kaizen a été critiqué. Parce que ce monde de la montagne est encore très fermé vis-à-vis de personnalités comme celle d’Inès. Alors que moi, ça m’attire. » Avant d’ajouter : « Bon, ça vient peut-être aussi de mon propre parcours ». La mort aux trousses Mathis Dumas a grandi en Ardèche, à 3h de route des Alpes. Au départ, rien ne prédestinait le jeune garçon à cheminer sur les sentiers. Élève médiocre, il commence à décrocher lentement mais sûrement du milieu scolaire quand son père décide de faire une intervention. « Il m’a sérieusement demandé de réfléchir à ce que j’aimais faire parce que pour lui, j’allais tout droit au carton », glisse le trentenaire aujourd’hui. Alors le paternel ne lâche pas son fils qui lui, cherche le « concret » qu’il ne trouve pas dans ses cours de collège. Après d'innombrables recherches pour trouver un établissement qui va bien, la famille porte son choix sur le lycée des métiers de la montagne à Saint-Michel de Maurienne, en Savoie. Là-bas, Mathis part passer un bac pro en maintenance industrielle dédiée aux remontées mécaniques. Un pari. « J’adorais le ski, donc la montagne ça m’allait bien. Et la maintenance mécanique pour moi, c’était très concret », explique-t-il. Sauf que le jeune Mathis part tout seul. « Et franchement le milieu n'est pas facile. Ça parle pas trop, c’est un peu fermé » continue-t-il. Même difficulté deux ans plus tard lorsque l’étudiant va s’installer dans la vallée voisine, à Chamonix, pour poursuivre un BTS. « C’est toujours un univers super particulier. Tout le monde se connaît dans les vallées. Les mecs ont fait du ski ensemble toute leur enfance. Tu ne déboules pas comme ça. Je me rappelle des premiers stages que j’ai fait à l’Aiguille du Midi, les types disaient : “Dumas ? Attends, c’est le fils à qui ? » Aujourd’hui, il en est convaincu, ce parcours en solitaire a construit en grande partie sa carrière professionnelle. « Il a fallu se montrer deux fois plus rigoureux, deux fois plus exemplaire, explique-t-il. Dans le travail, mais aussi dans la vie, en société. Quand tu n'es pas d'ici, tu sens que t’es attendu. Donc je n’avais pas le droit à l’erreur. Il fallait être parfait. » À ce jour, après plus de 15 ans de présence dans la vallée, Mathis Dumas ne se sent toujours pas chez lui. « À Chamonix, les gens sont généralement de passage. Les trois quarts sont des étrangers ultra-riches. Tout est hors de prix. Il faut savoir que les loyers et les chalets sont plus chers au mètre carré qu’à Paris. » À 18 ans, le jeune adolescent galère pour se payer du matos, un forfait, à manger… Mais d’une, le métier commence à rentrer et deux, il sait qu’il a fait le bon choix : la montagne est définitivement son environnement naturel. Alors Mathis Dumas enchaîne les courses, s’amourache de l'escalade sur glace (qu’il pratiquera à haut-niveau en catégorie jeune, ndlr) et caresse l’ambition de devenir guide de haute-montagne. « La montagne, c’est toujours un univers super particulier. Tout le monde se connaît dans les vallées. Les mecs ont fait du ski ensemble toute leur enfance. Tu ne déboules pas comme ça. Je me rappelle des premiers stages que j’ai fait à l’Aiguille du Midi, les types disaient : “Dumas ? Attends, c’est le fils à qui ? » La préparation à l’examen probatoire du diplôme d'État de guide de haute montagne exige ce qu’on appelle « une liste de courses ». Dit autrement, une série de sommets que le candidat doit prouver avoir atteint. À 19 ans, Mathis Dumas est fin prêt. « À cet âge-là, on se sent invincibles, poursuit-il. Et un jour, avec un pote qui passait aussi l’examen, on décide de faire une course ensemble. Au taquet. Arrivés près du sommet, sur une arête débonnaire, je décide de le prendre en photo. Et il a glissé. » Ce dernier chute d’une centaine de mètres. Mathis pense alors qu’il vient d’assister à la mort. Quelques heures plus tard, les secouristes repèrent et récupèrent le corps de son ami qui s’en sortira miraculeusement indemne. « Sauf que moi j’ai vrillé, lâche Dumas. J’y pensais toutes les nuits. J’avais beau savoir que beaucoup d’alpinistes disparaissaient dans leurs ascensions, c’était la première fois que je voyais de mes yeux que la montagne pouvait te tuer. » L’épisode marque un tournant. Si Mathis passe bien son diplôme de guide, il goûte moins à l’engagement et à la prise de risque. Le jeune guide se déporte vers une activité, plus safe mais qui changera définitivement sa carrière : la photo. Suivez le guide Difficile de présenter Mathis Dumas en 2025. Guide de haute montagne ? Photographe extrême ? Réalisateur de films ? Influenceur ? Sans doute un peu tout ça à la fois. Désormais bien installé dans la vallée de Chamonix et en couple avec la quadruple championne du monde de snowboard, Marion Haerty, le jeune homme de 32 ans doit encore parfaire son équilibre. « Bon après, c’est assez simple hein, tempère-t-il sur son tabouret haut. Quand il fait beau, je suis dehors. Et quand il fait un temps pourri, je suis devant l’ordi. » Depuis Kaizen, Mathis Dumas avoue qu’il a du mal à gérer les sollicitations. Il y a les clients qui le veulent comme guide, mais aussi des sponsors, des projets, des collab’... Pour l’instant, l’homme multidimensionnel se concentre surtout sur ses forces : son côté créatif qui embrasse très bien ses facultés de guide. « Après l’accident, je me suis dit que la photo ferait une bonne plus-value à mon activité, souligne-t-il. J’avais abandonné mes ambitions d'alpiniste. Les clients aimaient bien ça et visuellement ça fonctionne très bien. » Mathis se sert alors de son activité de photographe comme d’une vitrine à celle de guide. Il est d’ailleurs le premier à le faire dans la vallée. Et forcément, casser les codes ça fait parfois grincer des dents… « C’est clair que je ne me suis pas fait que des amis au début, confirme-t-il. Culturellement, le milieu des guides de haute montagne est très réservé, très humble. Donner à voir en images, qui plus sur Instagram, leur jardin secret, ils ont pas kiffé. Et puis je me souviens que pendant mes études, un prof m’avait engueulé parce que je vendrais des journées plus chères que lui. » À l’époque, le milieu ne sait même pas vraiment ce dont il s’agit. « Pour la petite histoire, rembobine Mathis, quand on passait devant le bureau des guides pour emmener des clients en montagne, les mecs pensaient qu’on était juste des guides touristiques. Et puis un jour, il y eu un accident et ils ont capté. Là, ils se sont dit : "Mais attendez, vous emmenez vraiment des gens en montagne en fait?!” ». Peu à peu, la médiatisation de la montagne sur les réseaux devient de plus en plus acceptée. Mathis Dumas a sans doute été un des pionniers mais aujourd’hui toute une génération de pro dépoussière l’image du guide de haute montagne qui serait forcément vieux et barbu. Les Benjamin Védrines, ou Charles Dubouloz médiatisent aussi beaucoup leur profession sur les réseaux sociaux. Mathis Dumas poursuit : « Le syndicat national des guides de montagne m’a même invité à donner une conférence consacrée aux réseaux sociaux et à l’influence. C’est bien la preuve que les choses bougent ». Quoi qu’il en soit, le guide-influenceur en profite et compte bien mettre à profit la palette de ses compétences pour montrer tout ce que l’évasion en montagne peut générer en termes de sensation. « Avec le nouveau matériel de plus en plus léger, tu peux combiner le vélo, le parapente, l’escalade, l’alpinisme… les aventures sont infinies, renchérit-t-il. Même chose avec le matos de prod, je me suis mis au drone. C’est incroyable. » En guise de première production sur sa chaîne YouTube, Mathis Dumas a posté Out of Frame. L’histoire derrière la capture d’une photo de montagne spéciale, et toute l’organisation que cela suscite. Le film a déjà dépassé le million de vues. « C’est le propre de ce que je veux raconter, explique-t-il. Les coulisses de mon métier dans des endroits qui sont les plus beaux du monde. » La nouvelle star des guides tient d'ailleurs à le souligner : il ne s’est jamais mis en avant dans son travail, la montagne passe avant tout. « D’ailleurs, je devais même pas me retrouver dans Kaizen à la base ! », sourit-il. Et puis soudain du haut d’un sommet, c’est 43 millions de personnes qui vous contemplent. Tous propos recueillis par Matthieu Amaré, sauf mentions.
- Membranes sans PFAS : la révolution écologique ou l’art délicat du compromis ?
L’histoire du textile outdoor est d’abord celle d’un fantasme : celui de s’extraire, par la magie discrète d’une veste imperméable, des caprices climatiques qui entravent nos envies d’exploration. Ce fantasme, Gore-Tex l’a longtemps incarné avec brio, grâce à une membrane technique miraculeuse et jusqu’à récemment indiscutable : les PFAS. Or voilà que cette solution de facilité, si longtemps adulée, s’effondre brusquement sous le poids d’une vérité scientifique embarrassante : les PFAS, substances fluorées quasi indestructibles, ne sont pas seulement durables, elles sont éternelles. Trop éternelles, même. À tel point qu’elles polluent irréversiblement sols et eaux souterraines, transformant la promesse initiale d’éternité en dystopie environnementale incontrôlable. Récemment invité par Gore-Tex à découvrir l'intégration de la membrane ePE, innovation sans PFAS destinée à remplacer l'ancienne membrane fluorée sur leur tissu le plus technique, le Gore-Tex Pro, Vertige Media a pu mesurer l’ampleur de la tâche à laquelle s’attaque désormais l’industrie outdoor : jongler entre impératifs écologiques, exigences techniques et attentes d’un marché peu habitué à tant de nuances. La fin d’un miracle toxique : adieu aux PFAS « Forever chemicals » : sous cette formule saisissante se cachent les PFAS, substances fluorées d’une redoutable efficacité, capables d’offrir simultanément imperméabilité et respirabilité sans exiger le moindre effort d’entretien. Mais derrière cette performance presque surnaturelle se trouve un lourd tribut écologique et sanitaire. Extrêmement persistants, ces composés s’accumulent silencieusement dans l’environnement, contaminant irrémédiablement sols, cours d’eau, nappes phréatiques, et par extension la chaîne alimentaire. Leur persistance dans le corps humain suscite aujourd’hui une inquiétude sanitaire majeure, plusieurs études ayant mis en évidence leur rôle dans l’apparition de cancers, la perturbation endocrinienne et des troubles de fertilité. Le textile outdoor n’est d’ailleurs qu’un des nombreux secteurs concernés : on retrouve aussi ces composés toxiques dans des domaines aussi variés que l’industrie cosmétique, l’emballage alimentaire, ou encore les mousses anti-incendie utilisées massivement par les services de sécurité civile et l’armée. Face à cette menace désormais bien documentée, l’Union Européenne s’apprête à déployer une réponse réglementaire sans précédent par son ampleur : à partir de 2026, près de 10 000 substances chimiques classées dans la famille des PFAS pourraient être interdites dans les textiles grand public. Toutefois, l’ambition politique se heurte à une réalité complexe : certains usages professionnels critiques (pompiers, militaires, industries stratégiques) bénéficieront vraisemblablement d’une dérogation temporaire faute d’alternatives techniques crédibles à ce jour. Un constat qui montre bien que derrière les annonces spectaculaires se dissimulent des défis techniques et économiques considérables. Pour Gore-Tex et ses concurrents, cette évolution réglementaire radicale n’offre ainsi plus aucun choix : il faut désormais se réinventer en urgence, en misant sur des technologies comme la membrane ePE, en espérant parvenir à concilier performance, sécurité sanitaire, durabilité écologique et réalité économique. Patagonia et Gore-Tex : une réconciliation pragmatique Cette urgence écologique est d’ailleurs à l’origine d’une histoire industrielle singulière : en 2018, Patagonia, champion incontestable de l’éthique environnementale, annonce bruyamment son intention d’abandonner définitivement les PFAS. Cette décision publique résonne comme une critique frontale adressée à Gore-Tex, alors partenaire historique de la marque californienne. Face à cette rupture symbolique, Gore-Tex réagit en lançant la recherche intensive d’une alternative crédible. La membrane ePE (polyéthylène expansé), sans PFAS, voit finalement le jour quatre ans plus tard. Patagonia, pragmatique malgré son idéalisme militant, revient alors vers Gore-Tex en 2022, consciente qu’aucune autre solution technique ne pouvait pleinement satisfaire ses exigences. © Sports Shoes Toutefois, ce retour vers Gore-Tex n’est pas exempt d’interrogations : en effet, la membrane ePE impose un entretien régulier et minutieux aux utilisateurs, une dimension nouvelle de responsabilité individuelle qui dépasse le simple acte d’achat. Patagonia devra désormais convaincre ses adeptes les plus fervents que la durabilité réelle dépend autant de leur implication quotidienne que du choix initial du produit. Un défi subtil, discret mais majeur pour l’avenir de la marque. Garantie Gore-Tex : la responsabilité change de camp Cette question de responsabilité individuelle résonne fortement lorsqu’on évoque la célèbre garantie « Guaranteed to Keep You Dry » de Gore-Tex. Historiquement, celle-ci représentait une promesse facile à tenir pour l’entreprise, dans la mesure où l’imperméabilité durable dépendait presque exclusivement de la membrane elle-même, ne nécessitant aucun entretien particulier de la part du consommateur. Mais l’arrivée de la membrane ePE modifie profondément la donne : la garantie reste certes en vigueur, mais elle est désormais conditionnée par un entretien méticuleux du produit (renouvellement fréquent du traitement déperlant, lavage régulier, réactivation thermique obligatoire). © Gore-Tex Or, les marques partenaires de Gore-Tex, dont Arc’teryx, Millet ou Mammut, ne semblent pas spécialement enclines à intégrer dans leur stratégie de communication cette pédagogie d’entretien pourtant indispensable. Ce transfert subtil de responsabilité place aujourd’hui Gore-Tex devant un défi inédit : celui d’éduquer directement l’utilisateur final, là où elle pouvait auparavant se limiter à une communication axée uniquement sur la performance technique inconditionnelle. Le paradoxe esthétique : un blanc fragile pour une nature salissante À ce défi d’éducation s’ajoute un paradoxe esthétique singulier : les membranes sans PFAS sont particulièrement sensibles aux taches grasses (sébum, crème solaire, sandwichs maladroits). Pourtant, l’industrie outdoor persiste à produire des vestes immaculées — blanches ou pastel — comme si ses designers ignoraient superbement les réalités de l’usage quotidien. La responsable du développement durable de Gore-Tex rappelait justement, lors de notre rencontre, un point crucial : « Le vêtement qui pollue le moins est celui que l’on garde longtemps. » Mais alors, après avoir imposé à ses clients des normes techniques strictes, parfois en conflit avec les requêtes esthétiques ou marketing des marques, Gore-Tex ne risque-t-elle pas de se retrouver face à une contradiction délicate : devoir recommander, voire fortement inciter ses partenaires à éviter certaines couleurs particulièrement vulnérables aux taches ? Du progrès technique au progrès moral : changer notre rapport au vêtement Cette révolution des membranes sans PFAS révèle un enjeu culturel profond : passer d’une logique de performance passive à une logique active, où la durabilité réelle dépend autant du comportement individuel que de l’innovation technologique. La garantie Gore-Tex n’est plus seulement une promesse commerciale facile à honorer, elle devient un contrat moral complexe entre la marque, ses partenaires industriels, et chaque consommateur. Face à toutes ces contraintes nouvelles, certains utilisateurs se montrent ouvertement sceptiques. Lors même de la présentation organisée par Gore-Tex, un confrère d’un média spécialisé nous glissait discrètement, entre ironie et provocation : « Moi, je vais garder ma Gore-Tex en PFAS. » Derrière cette boutade assumée se cache une vérité embarrassante : le confort de l’ancien monde reste tentant, et abandonner une efficacité sans effort exige un véritable changement culturel et moral. Car finalement, la vraie révolution ne réside pas tant dans une membrane miraculeuse que dans notre capacité collective à comprendre que la durabilité réelle ne s’obtient plus simplement en échange d’une étiquette rassurante. Elle repose désormais sur un engagement continu, exigeant, où chaque geste compte et où l'acte même d'entretien devient une responsabilité écologique à part entière.
- Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Keqiao : comment suivre l’épreuve de bloc en direct
Du 18 au 20 avril, Keqiao (Chine) ouvre la saison 2025 de la Coupe du monde d’escalade IFSC, spécialité bloc. Trois jours durant lesquels les meilleurs grimpeurs mondiaux vont batailler sur des blocs créés pour départager ceux qui visent le titre mondial. Voici comment suivre les épreuves en direct depuis la France, avec tous les liens et horaires utiles. © IFSC Où regarder le direct de Keqiao 2025 ? YouTube IFSC : gratuit, mais bloqué en France pour les finales L’IFSC retransmet habituellement les demi-finales et finales gratuitement en direct sur sa chaîne YouTube officielle. Cependant, pour la France et le reste de l'Europe, les finales seront bloquées pour des raisons de droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : accès officiel en France En France, Discovery+ et Eurosport détiennent officiellement les droits de diffusion jusqu’en 2028. Toutes les phases clés, demi-finales et finales, seront donc visibles sur ces plateformes. Un abonnement payant est requis. Replays gratuits sur Olympic Channel Si vous ratez le live, les replays des finales seront accessibles gratuitement 24h plus tard sur Olympic Channel. Une alternative pratique sans abonnement ni restriction. Résultats en direct sur le site IFSC Pour les qualifications (non filmées) et pour avoir les résultats instantanés, rendez-vous directement sur le site officiel IFSC. Tops, zones, classements actualisés en temps réel. Programme complet (heure française) (Heures indiquées en heure de Paris UTC+2, Keqiao est en UTC+8, soit +6h) Vendredi 18 avril – Qualifications 03h00 : qualifications femmes (pas de streaming vidéo) 10h00 : qualifications hommes (pas de streaming vidéo) Résultats live sur IFSC. Samedi 19 avril – Femmes 06h00 : demi-finale femmes (Discovery+ en direct, YouTube hors restriction) 13h00 : finale femmes (Discovery+ en direct, YouTube hors restriction) Dimanche 20 avril – Hommes 06h00 : demi-finale hommes (Discovery+ en direct, YouTube hors restriction) 13h00 : finale hommes (Discovery+ en direct, YouTube hors restriction) Les cérémonies de podium suivent immédiatement les finales. Suivre l’événement sur les réseaux sociaux L’IFSC partage aussi en direct les coulisses, photos et résultats via Instagram, Twitter/X et Facebook. De quoi vivre pleinement l'événement tout au long du week-end. En résumé, les infos clés pour suivre Keqiao 2025 Coupe du monde escalade IFSC Keqiao 2025, spécialité bloc, du 18 au 20 avril Discovery+ et Eurosport diffusent les demi-finales et finales en direct en France Finales bloquées sur YouTube en France à cause des droits exclusifs Résultats en temps réel sur le site officiel de l’IFSC Replays disponibles gratuitement sur Olympic Channel le lendemain Ce week-end, préparez-vous à vous lever tôt. À Keqiao, le spectacle se vit en direct, au petit matin, quand les champions attaquent les premiers blocs. Pour retrouver l'ensemble du calendrier des compétitions de l'IFSC 2025, rendez-vous ici.
- Kirsty Coventry à la tête du CIO : la révolution douce des sports émergents ?
Une femme, une Africaine, une ex-championne olympique à la tête du CIO. Le 20 mars, à Costa Navarino, Kirsty Coventry a été élue présidente du Comité international olympique, dès le premier tour. Une image forte. Une rupture symbolique. Et peut-être, pour les disciplines jeunes comme l’escalade, le signe d’une bascule attendue. © IOC/Greg Martin Une championne du monde réel Sept médailles olympiques. Une légitimité forgée dans le bassin. Mais Kirsty Coventry, 41 ans, ne s’est pas arrêtée là. Depuis 2013, elle siège au CIO. Elle a présidé la commission des athlètes, été vice-présidente de la Fédération internationale de surf, et ministre des Sports au Zimbabwe. Un parcours où le sport de haut niveau croise le pouvoir politique. Sa trajectoire impressionne, mais elle n’échappe pas aux débats. D’un côté, certains soulignent son rôle dans un gouvernement zimbabwéen accusé de violations des droits humains. De l’autre, plusieurs observateurs s’interrogent sur la part de symbole dans son élection : première femme, première Africaine, élue dès le premier tour. Une rupture ? Ou une stratégie de communication bien huilée ? Thomas Bach, son prédécesseur, a balayé ces soupçons d’un revers de main : « Ce n’est pas une question de genre. C’est une question de compétence. » Une alliée naturelle pour l’escalade ? Marco Scolaris, président de l’IFSC, ne s’y est pas trompé. À peine l’élection annoncée, il publie un communiqué enthousiaste : « Une jeune mère, une championne, une voix du Sud, élue dès le premier tour. Quel message d’unité et d’espoir ! » L’IFSC voit en Kirsty Coventry une partenaire de long terme. Quelqu’un qui comprend les besoins des fédérations jeunes, qui a défendu des sports en quête de légitimité, qui sait qu’un public de 20 ans ne consomme pas le sport comme il y a trente ans. L’escalade a tout intérêt à parler ce langage. Kirsty Coventry a déjà prouvé qu’elle pouvait faire avancer ces causes — notamment au sein du surf, également sport additionnel au programme olympique. Elle défend une vision plus souple, plus inclusive, et orientée vers les nouvelles générations. Ce que l’escalade incarne, sans toujours parvenir à le capitaliser. L’après-Bach se joue maintenant Le mandat de Kirsty Coventry démarre officiellement en juin. Et il commence avec une liste de sujets chauds : calendrier olympique saturé, pression des diffuseurs, coût des Jeux, attentes générationnelles, compétition entre disciplines. Pour l’escalade, il ne suffira pas d’avoir coché les cases Tokyo, Paris et Los Angeles. Il faudra montrer que ce sport a trouvé son public, qu’il peut se réinventer, séduire, se structurer — sans perdre son âme. C’est tout l’enjeu des prochaines années. Et si Kirsty Coventry n’est pas là pour renverser la table, elle pourrait au moins redessiner les places autour. À chacun, désormais, de s’assurer qu’il en aura une. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro, votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.











