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  • Jesse Grupper et l’inhalateur interdit : grimper propre ou grimper pur ?

    Quand la quête du « style » grimpe au cerveau des athlètes, au risque de leur couper le souffle. Analyse haletante. Dans la communauté grimpante, il y a des débats dont personne ne parle. Comme ces cordes fixes oubliées sur les falaises, ces traits de magnésie invisibles, ou encore cette polémique sur les genouillères, accessoires anodins aux yeux du profane mais dont les initiés savent très bien qu’ils vous font gagner un demi-degré en douceur. Pourtant, récemment, c’est un objet encore plus insolite qui a mis le feu aux poudres : un inhalateur, celui-là même qui vous évite d’étouffer entre deux prises. L’homme derrière la controverse ? Jesse Grupper, grimpeur américain aux bras aussi longs que son CV, lourd : deux victoires en Coupe du Monde en 2022, qualifié aux Jeux Olympiques de Paris 2024, et capable de flasher des voies cotées 8c+. Un sportif aguerri, subtil, et habituellement raisonnable, mais qui a choisi ce jour-là de flirter dangereusement avec l’absurde. De l’éthique et de l’asthme : l’art de respirer à moitié Flashback. Octobre 2023. Jesse Grupper tente un exploit quasi mystique : flasher Life of Villains (5.14d / 9a) au cœur de la grotte du Hurricave, dans l’Utah. Il enchaîne impeccablement, arrive tout près du relais, mais chute à deux mouvements de la quille. Pourquoi ? Parce que Jesse a décidé, en conscience, de se priver de son inhalateur, préférant risquer l’asphyxie plutôt que de compromettre la pureté de son ascension. Dit comme ça, c’est vrai que ça sonne moins héroïque. Mais c’est justement là tout le paradoxe : la quête de pureté est-elle plus importante que la santé ? Grimper à vue, proprement, est-il supérieur à grimper sainement ? Jesse, lui, a répondu par la négative après coup, mais seulement après avoir testé les limites de son système respiratoire avec une légèreté qui confine à la poésie absurde. Soyons honnêtes : l’éthique, en escalade, est un serpent qui se mord régulièrement la queue. Une prise taillée, c’est péché mortel. Une genouillère, c’est toléré avec une petite grimace. Une perche pour clipper, ça passe tant que personne ne regarde. Quant aux pads empilés comme un mille-feuilles sous un highball, c’est autorisé, mais gare à celui qui en abuserait trop ouvertement. Tout cela fait partie d’une savoureuse hypocrisie que chacun cultive selon son goût du risque et son rapport personnel au masochisme. Mais Jesse Grupper a poussé le vice plus loin : il n’est pas question d’une assistance matérielle discutable, mais d’un simple traitement médical. Comme s’il existait une version radicalement pure de l’être humain, débarrassée de ses fragilités, libre de toute béquille respiratoire ou pharmacologique. Or, dans un sport où la limite physique et mentale est recherchée, explorée, caressée avec fascination, comment ignorer la réalité du corps ? « On devrait simplement dire clairement comment on a grimpé, avec quels artifices, quelles méthodes. C’est ça la vraie honnêteté » Alexander Megos Pour comprendre ce dilemme, il faut se souvenir que le style, en escalade, n’est pas une simple coquetterie : c’est un manifeste personnel. Patrick Edlinger grimpait en solo intégral torse nu. Lynn Hill libérait le Nose d’El Capitan sans artifice. Dave Graham poussait la précision gestuelle jusqu’à l’obsession. Chaque génération redéfinit les frontières entre pureté et efficacité, tradition et modernité, ascèse et plaisir. Aujourd’hui, les frontières se brouillent davantage : crash pads XXL, magnésie liquide ultra-collante, genouillères adhésives comme des ventouses de poulpe, et maintenant même le petit inhalateur de poche devient un objet de suspicion. Jesse Grupper nous rappelle simplement une vérité inconfortable : le style, c’est avant tout une affaire de valeurs personnelles. La vraie liberté, c’est de choisir son poison Alexander Megos, grimpeur allemand emblématique et défenseur de l’éthique pointilleuse, avoue pourtant sans complexe : « On devrait simplement dire clairement comment on a grimpé, avec quels artifices, quelles méthodes. C’est ça la vraie honnêteté ». Adam Ondra, pragmatique, considère lui que chaque époque redéfinit les normes : les genouillères d’aujourd’hui sont simplement les chaussons ultra-adhérents d’hier. D’autres voix encore rappellent que refuser un traitement médical n’a rien à voir avec le purisme, mais tout à voir avec une forme d’orgueil déplacé. La morale de l’histoire ? Peut-être simplement qu’il n’y en a pas. Que l’éthique, au fond, est avant tout une affaire intime. Jesse Grupper aura au moins eu le mérite d’ouvrir le débat et de rappeler cette vérité inconfortable : l’escalade est aussi une guerre intérieure entre le grimpeur idéal que l’on voudrait être et le grimpeur réel que l’on est, avec ses forces, ses faiblesses et ses inhalateurs. On retiendra aussi que l’escalade ne se résume jamais à une cotation ou à un relais clippé : c’est une discipline philosophique et poétique, faite de compromis, d’élégance, et parfois de contradictions. L’essentiel reste finalement de grimper, de respirer (si possible), et surtout d’être honnête avec soi-même. Alors, à l’avenir, Jesse prendra probablement une bouffée d’air supplémentaire avant de partir dans le dur. Et personne ne lui en voudra vraiment, car il aura eu la sagesse d’admettre une évidence : dans la vie, comme sur le rocher, il n’y a pas de plus belle éthique que celle qui respecte simplement l’être humain derrière le grimpeur. C’est peut-être ça, la vraie pureté. Celle de ne pas sacrifier le souffle au nom d’un style trop abstrait.

  • Ventilo en escalade : est-ce que sécher c’est tromper ? 

    Depuis la récente performance du bloqueur français Camille Coudert, le débat sur l’usage du ventilateur en escalade agite un peu plus la communauté. Triche ? Dopage technologique ? Ingéniosité pragmatique ou dévoiement de l’esprit outdoor ? Peut-être simplement l’évolution logique d’une pratique qui s’est toujours appuyée sur les outils de son temps pour progresser. Démêlons le vrai du faux et donnons-nous un peu d'air. L’escalade est une activité qui, historiquement, s’ancre dans la nature. Comme le surf, la planche à voile, le ski de pente raide ou l’alpinisme, elle se pratique en extérieur, dans des environnements instables, changeants, imprévisibles. On grimpe avec la roche que l’on trouve, par le temps qu’il fait, dans des conditions que l’on ne choisit pas. C’est cette part d’incertitude, cette confrontation directe avec l’environnement qui font la richesse (et la difficulté) de ces sports dits outdoor. Et c’est aussi ce qui les différencie de leur déclinaison indoor, où température, humidité, lumière et équipement sont sous contrôle. Contrôle de l’environnement : des airs de déjà-vus Cela dit, aucun de ces sports ne rejette la technologie. Bien au contraire, tous se sont appuyés sur des innovations pour optimiser la performance et améliorer la sécurité : Le carbone a transformé les pagaies de kayak ou les mâts de windsurf Les casques et dorsales sont devenus la norme en ski extrême. La wax est un passage obligé pour préparer sa planche de surf. Le Gore-tex ® et autres textiles techniques font partie des basiques en alpinisme. En escalade, les chaussons, les cordes dynamiques, les alliages de métaux pour les mousquetons sont autant de technologies intégrées depuis longtemps. Il y a une différence fondamentale entre s’adapter aux conditions et les modifier pour les adapter à soi Alors pourquoi un ventilateur poserait-il problème ? En mai dernier, l’un des meilleurs grimpeurs de bloc français, Camille Coudert annonçait sur Instagram avoir enchaîné un bloc nommé Mammunk (assis) en 8B+. Pour réaliser sa performance, l’athlète a utilisé un ventilateur et s’en est expliqué en commentaire. « Toute ma vie de grimpeur, j’ai mouillé. Oui, littéralement. Mes mains, deux éponges humaines… », débute-t-il avant de justifier en trois blocs de texte l’usage de la technologie. Plus bas, dans les autres commentaires, le débat fait rage. Camille Coudert a-t-il triché ? La question en appelle une autre : faut-il s’adapter aux conditions ou les contrôler ? Car c’est ici que la nuance devient intéressante. Il y a une différence fondamentale entre s’adapter aux conditions et les modifier pour les adapter à soi. Dans la logique des sports outdoor, le·la pratiquant·e s’ajuste à l’environnement. On choisit le bon moment, on optimise son échauffement, on adapte sa stratégie… mais on ne modifie pas la falaise, pas plus qu’on ne modifie le vent ou la neige. Prenons des exemples inversés pour en saisir l’absurdité : Un skieur de pente raide installerait-il un canon à neige pour garantir une poudreuse parfaite dans son couloir le jour de sa tentative ? Un surfeur poserait-il de gigantesques ventilateurs sur la plage pour recréer un vent offshore favorable et sculpter des tubes parfaits ? Dès lors qu’on rend sa pratique publique, qu’on la partage, qu’on l’élève au rang d’exemple, il devient nécessaire d’être transparent sur les conditions dans lesquelles la performance a été réalisée Ces scénarios nous paraissent ridicules. Pourquoi ? Parce qu’ils franchissent une ligne : celle de vouloir contrôler un environnement qui, par nature, ne l’est pas. Et c’est exactement ce que pose comme question l’usage du ventilateur en escalade. Repenser notre éthique de la performance Ce débat autour du ventilateur renvoie en réalité à une question plus large : celle de l’éthique en escalade. L’éthique, ce sont les règles du jeu – tacites ou explicites – mais aussi les valeurs et les principes qui donnent du sens à la pratique. C’est ce qui donne de la valeur à la performance. Ce sont les limites que l’on s’impose pour que notre pratique reste crédible, comparable, partageable. C’est notamment ce qui nous amène à différencier l’escalade artificielle, l’escalade sportive, l’escalade traditionnelle (ou trad climbing) et le speed climbing. Cette question est d’autant plus centrale lorsque l’on est grimpeur ou grimpeuse de haut niveau, professionnel·le ou exposé·e médiatiquement. Car dès lors qu’on rend sa pratique publique, qu’on la partage, qu’on l’élève au rang d’exemple, il devient nécessaire d’être transparent sur les conditions dans lesquelles la performance a été réalisée. Ce souci de clarté est déjà présent dans d’autres disciplines. Prenons l’exemple de l’himalayisme : les performances y sont systématiquement contextualisées. A-t-on utilisé de l’oxygène pour atteindre le sommet ? L’ascension a-t-elle été réalisée en style alpin ? Était-ce une hivernale ? Et si oui, selon quels critères calendaires ? Quels équipements thermiques ont été utilisés ? Des chaufferettes, des vêtements chauffants ?` À ce titre, Denis Urubko est souvent cité pour sa rigueur sur ces points. Pour lui, une hivernale ne se définit pas uniquement par les dates, mais aussi par la cohérence de l’engagement et les moyens utilisés. Donc sans oxygène mais aussi et surtout sans chauffages additionnels dans les vêtements. Pourquoi une telle précision ? Parce que le contexte fait partie intégrante de la performance. Et que le respect de certaines règles – même implicites – est ce qui permet aux pratiquant·es de se situer, de se comparer, de se comprendre. Revenons à l’escalade et à la performance de Camille Coudert. Utiliser un ventilateur pour s’assécher les mains ne semble pas, a priori, relever d’un acte attaquable. Après tout, on utilise déjà de la magnésie pour améliorer l’adhérence. En ce sens, le ventilateur pourrait être vu comme un simple outil d’optimisation supplémentaire. Mais la question devient plus complexe lorsqu’on oriente le ventilateur directement sur les prises. Dans ce cas, il ne s’agit plus de sécher la peau du grimpeur, mais de modifier l’état de la prise elle-même – sa température, son taux d’humidité, son adhérence. Ce n’est donc plus une adaptation du grimpeur aux conditions, mais une transformation des conditions elles-mêmes pour les aligner avec un objectif de performance. Il s’agit clairement d’enlever un paramètre de la performance à savoir être capable de produire sa meilleure escalade lorsque les conditions sont là. Et là, une ligne est franchie. Pas nécessairement une ligne rouge… mais une ligne qu’il faut questionner. Le côté obscur de la force Chercher à neutraliser les aléas météorologiques, vouloir contrôler l’environnement plutôt que s’y adapter, c’est peut-être retirer une part essentielle de ce qui fait la richesse – et la difficulté – de l’escalade en extérieur. En effaçant les variables imprévisibles, on rend les performances plus fréquentes, plus sûres… mais aussi potentiellement moins intenses, moins singulières. En voulant fiabiliser la réussite, on risque d’appauvrir l’expérience. Supprimer cette incertitude, c’est lisser l’aventure Car une partie de ce qui fait la saveur d’une croix, c’est précisément l’incertitude. Cette part d’engagement psychologique – être capable de tout donner au bon moment, sans garantie de seconde tentative – participe pleinement de la performance. Quand les conditions favorables ne durent qu’une heure, qu’un essai, qu’une fenêtre météo, cela crée une tension particulière. Une pression douce, mais bien réelle. Et souvent, c’est elle qui transcende l’instant. Supprimer cette incertitude, c’est lisser l’aventure. Et ce n’est pas un simple détail. Alors, on s’interroge : quid des chalumeaux pour sécher les prises ? Des bâches pour couvrir les blocs ? Où place-t-on la limite ? Shawn Raboutou a dû mettre en place toute une installation pour essayer le bloc Burden of Dreams en pleine tempête de neige en Finlande © capture d'écran de « Projecting "Burden of Dreams" V17 in the WORST weather ever?! » sur Youtube Et au fond, si la performance ne reposait que sur l’enchaînement physique des mouvements, pourquoi distingue-t-on encore une réalisation en tête d’un enchainement en moulinette ? Après tout, les prises ne changent pas. Si seul le mousquetonnage constitue la variable, il suffirait de grimper en moulinette tout en démousquetonnant les dégaines pour « compenser » ? Ce type de raisonnement éclaire une chose : en réduisant l’escalade à un pur exercice de force, d’endurance ou de friction, on passe à côté d’un élément fondamental. Car la performance, ce n’est pas juste ce que l’on fait. C’est aussi quand, comment et dans quelles conditions on le fait. Un équilibre subtil en somme. Faut-il préciser l’usage du ventilateur quand on annonce une croix ? Faut-il réserver son usage à la peau, pas aux prises ? Faut-il accepter qu’en extérieur aussi, la performance devienne un simple bien de consommation ? Faut-il gommer cet aspect psychologique de la performance à savoir jouer avec les conditions ? À vous de voir. À vous de décider quelles règles vous vous imposez. Mais à condition de les rendre visibles et de les assumer. Car c’est aussi cela, faire une performance : s’exposer, et accepter d’en discuter.

  • Eska Gang, ou la grimpe façon melting-potes

    L’escalade serait donc réservée aux CSP+, amateurs de quinoa bio et autres dandys urbains ? Eska Gang, collectif atypique né sur WhatsApp, dynamite ce cliché avec une énergie désarmante. À l’occasion d’une sortie sur le viaduc des Fauvettes, organisée avec la précieuse complicité du club FFME « Le 8 Assure », Vertige Media a suivi Mehdi et Jean, fondateurs de cette joyeuse bande décidée à conjuguer verticalité avec diversité. Eska Gang © Adem Tenah On aurait pu penser qu’au sommet du viaduc des Fauvettes, suspendus à leurs cordes au-dessus du vide, les membres d’Eska Gang seraient entièrement absorbés par la gestion de leurs vertiges ou la crainte existentielle d’un plomb inopiné. « Eh, c’est bon, t’inquiète pas, j’te tiens, tu peux grimper tranquille ! », lance Jean à l’une de ses potes restée figée à mi-hauteur du viaduc, entre rires et hésitations. En bas, ils sont une dizaine, des jeunes adultes aux profils étonnamment variés, certains sans aucun matériel, d’autres déjà bien équipés. On entend parler fort, rire encore plus fort, et surtout s’encourager à tout va. Mehdi et Jean, les deux fondateurs de cette troupe informelle devenue phénomène collectif, observent leur communauté avec un œil curieux, presque scientifique. En théorie, Eska Gang est une communauté de grimpeuses et grimpeurs passionnés qui permet à chacun de découvrir et pratiquer l’escalade, principalement en salle mais aussi en extérieur, plusieurs fois par semaine. En pratique, c’est un véritable vecteur de diversité et d’inclusion par l’escalade, où se côtoient aussi bien des jeunes issus de quartiers populaires que des étudiants de grandes écoles parisiennes. Car derrière l’aspect ludique, l’escalade telle que pensée par Eska Gang interroge frontalement les barrières invisibles d’une société segmentée. Une bande de potes devenue laboratoire social À l’origine, Eska Gang n’est qu’une blague entre potes, un groupe WhatsApp où l’invitation à grimper circule aussi rapidement qu’une rumeur dans un lycée. Mehdi, 24 ans, diplômé en commerce originaire de Champigny-sur-Marne, découvre alors un sport qu'il avait longtemps évité, faute de le considérer « accessible ». Jean, Niçois installé à Paris, lui aussi âgé de 24 ans, est déjà initié, mais peine à convaincre ses proches : la grimpe porte en elle une image d’entre-soi social tenace. Pour eux, c’est clair : si leurs potes ne veulent pas venir, c’est parce qu’ils sentent, même inconsciemment, qu’ils ne cochent pas les cases du grimpeur parisien-type. Mehdi plaisante : « Jean a dû insister pendant des mois. À force, j’ai fini par céder ». « On voulait créer un collectif où tout est accessible, où on promet de venir pour pas cher » Session grimpe à Arkose Nation © Adem Tenah L’étincelle surgit à l’automne 2023, lors d’une opération marketing d’Arkose intitulée « Ramène ton pote ». Mehdi s’amuse encore de l'anecdote : « On avait des dizaines de potes à ramener, Arkose ne savait pas ce qui allait leur tomber dessus ! » Ce sera le prétexte parfait. Le 14 octobre, Eska Gang se lance officiellement, avec pour ambition de désamorcer les clichés tenaces qui cloisonnent encore l’univers vertical. Sortir des salles, casser les murs Si l’escalade indoor a permis au sport de toucher de nouveaux publics, elle n’a pas totalement fait tomber les barrières sociales qui le traversent. À force d’observer leurs pairs, Mehdi et Jean ont saisi que le frein principal reste économique et culturel. La solution imaginée par Eska Gang passe donc par la création d’une offre radicalement simplifiée. « On voulait créer un collectif où tout est accessible, où on promet de venir pour pas cher », explique Jean. « Ce qu’on veut, c’est que les gens se disent : ici c’est chez moi, quelle que soit leur origine sociale ou leur quartier » Mehdi Mais surtout, Eska Gang comprend vite que l’expérience ne peut pas se limiter aux salles climatisées des grandes enseignes. Depuis quelques mois déjà, le collectif multiplie les initiatives pour faire découvrir à ses membres d'autres facettes de l'escalade : bloc à Fontainebleau, randonnées-grimpe ou encore le « run and climb », un concept mêlant course à pied et grimpe sur une même sortie. Dans cette logique, Eska nous avait directement contactés après avoir vu qu’on grimpait souvent dehors autour de Paris, entre nous chez Vertige Media, pour savoir si nous étions chauds pour les accompagner le temps d’une journée d’initiation en extérieur. Le Viaduc des Fauvettes s’est imposé naturellement : accessible en RER, c’était l’endroit idéal pour prouver qu’une simple carte Navigo suffit à grimper dehors. Marques, salles d'escalade : une relation gagnant-gagnant Si Eska Gang existe aujourd’hui, c’est aussi grâce à des accords concrets noués avec plusieurs salles d’escalade parisiennes. Le principe est simple : en apportant un nouveau public jeune et diversifié, Eska négocie un tarif préférentiel unique de 10 euros par séance, matériel compris, ainsi qu'une gratuité pour chaque première séance. Mehdi détaille : « Je vais voir directement les directeurs, on échange en face à face. Ils comprennent vite que ça leur amène des gens qu’ils n’auraient pas eu sinon ». Rendez-vous Eska Gang © Adem Tenah Quant aux marques, si plusieurs d'entre elles flairent l'intérêt marketing évident d'une communauté aussi diversifiée, Eska Gang reste prudent face aux sollicitations. Arc’teryx, notamment, leur propose régulièrement des collaborations ponctuelles. Jean précise sans détour : « On accepte seulement des partenariats quand ça permet de rendre les sorties gratuites ou très accessibles à nos membres ». La grimpe comme prétexte à l’amitié sociale En observant le public présent sur le viaduc ce samedi-là, une évidence émerge : la diversité tant revendiquée n’est pas artificielle, elle est évidente, palpable, vivante. Eska Gang a réussi là où beaucoup échouent : créer une dynamique naturelle d’intégration. Mehdi continue : « Ce qu’on veut, c’est que les gens se disent : ici c’est chez moi, quelle que soit leur origine sociale ou leur quartier ». Sans jamais recourir à une communication forcée, ils privilégient la convivialité et l’échange spontané. La diversité ne se décrète pas, elle se vit au quotidien, dans une forme de pragmatisme joyeux. Ainsi, le collectif opère à la façon d’un laboratoire social grandeur nature, où les relations humaines s’enrichissent au fil des rencontres et des sorties. Les témoignages des participants abondent dans ce sens : Eska Gang les a aidés à briser un isolement post-études ou post-Covid, à redécouvrir les bienfaits d'une vie collective hors des cercles habituels. L’escalade devient alors moins une discipline sportive qu’une méthode pour provoquer des rencontres authentiques. Quel avenir pour l'utopie concrète ? Structurer Eska Gang en association pour mieux pérenniser leurs actions est une question récurrente. Mais la vraie interrogation, pour Jean et Mehdi, c’est de savoir comment préserver l’équilibre fragile entre militantisme social et plaisir pur, entre engagement sérieux et esprit festif. « Le jour où on se dira : "J’ai pas envie d’aller à une session", c’est qu’on aura perdu », affirme Jean. Mehdi, issu d’une famille immigrée et ayant grandi en banlieue, perçoit dans leur projet un enjeu symbolique fort : montrer par l’exemple que la mixité sociale et l’ouverture culturelle ne relèvent pas de l'utopie, mais d’une volonté collective. « L’escalade reste un prétexte – le meilleur prétexte – pour créer du lien social » Dans ce contexte, les Fauvettes prennent une dimension symbolique : ce lieu naturel, historique et populaire incarne la vision d’Eska Gang – une escalade véritablement accessible, inclusive et profondément humaine. À travers ce collectif hybride, l’escalade ne se contente plus d’être un sport, elle devient une promesse d’ouverture et de vivre-ensemble. Sortie au Viaduc des Fauvettes Eska Gang <> Vertige Media © Adem Tenah Ce samedi sur le viaduc, en voyant les sourires échangés entre grimpeurs novices et confirmés, étudiants et actifs, habitants de Champigny, de Paris et de Bagnolet, on mesure combien Eska Gang réussit à proposer autre chose que du sport. Ce qu’ils offrent, c’est la possibilité concrète d’une société moins verticale, moins cloisonnée, plus ouverte à l’altérité. « L’escalade reste un prétexte – le meilleur prétexte – pour créer du lien social », conclut Mehdi. Un vertige social en somme, où les frontières habituelles disparaissent avec autant de facilité que les premiers mètres d'une voie escaladée ensemble. Cette sortie a été rendue possible grâce au soutien précieux du club FFME « Le 8 Assure », qui nous a gracieusement mis à disposition du matériel et financé un encadrement professionnel diplômé d’État afin que cette journée se déroule en toute sécurité et avec une pédagogie adaptée.

  • Walltopia et le bouleau russe : un scandale qui nous rattrape

    On n’avait rien demandé. Nous, tout ce qu’on voulait, c’était grimper tranquillement, s’oublier quelques heures en enchaînant des mouvements improbables sur des volumes aux couleurs pastel – loin des crises mondiales, des embargos et des tensions géopolitiques. Sauf que la géopolitique, elle, ne nous oublie jamais vraiment. Et quand on pensait toucher du doigt la liberté, on se retrouve malgré nous à caresser du bois potentiellement « made in Russia », subtilement blanchi par quelques intermédiaires turcs ou chinois experts en camouflage administratif. Ce n’est pas le scénario d’un mauvais film d’espionnage, mais bien l’affaire très réelle révélée par l’enquête coup-de-poing d’Earthsight, qui plonge Walltopia, le numéro un mondial des murs d’escalade, dans un silence gênant – et nous tous avec. À mi-chemin entre la gêne et l'incrédulité. Entre responsabilité industrielle, naïveté collective et crise de conscience grimpeuse, aussi. Bref, bienvenue dans cette drôle d’époque où même l’évasion verticale devient politique. Quand un géant fait feu de tout bois ONG britannique à la réputation d’enquêtrice méthodique, Earthsight a publié un rapport au titre glaçant, « Blood-stained Birch ». L’organisation y révèle qu’en dépit des sanctions européennes interdisant l’importation du bois russe depuis l’invasion de l’Ukraine, le marché du contreplaqué de bouleau russe n’a jamais été aussi fringuant – simplement un peu plus discret. À coup d’arrangements dignes des romans de John le Carré, ce matériau précieux continue de circuler, se faisant passer pour du bouleau turc ou chinois avec une facilité troublante. Dans ce micmac géopolitique, Earthsight pointe explicitement Walltopia, géant bulgare des salles d’escalade qui équipe une grande partie des installations européennes et nord-américaines. Selon le rapport, Walltopia aurait déplacé ses achats vers des fournisseurs très suspects, notamment la société turque SAABR Global Wood, explicitement citée dans des documents internes du géant russe du contreplaqué Sveza comme spécialiste du « blanchiment » de bois russe interdit, et Linyi Camel Plywood en Chine, dont les responsables auraient reconnu sans embarras aux enquêteurs infiltrés qu’ils transformaient du contreplaqué russe en produit certifié chinois d’un simple coup de tampon. Le mécanisme, détaillé avec précision par Earthsight, est aussi efficace que cynique : le bouleau russe sanctionné devient ainsi miraculeusement légal, franchissant les douanes européennes sans même ralentir le pas, grâce à une chaîne complexe d’intermédiaires (Earthsight, section 3). Walltopia, volontairement ou non, ferait partie des bénéficiaires réguliers de ce tour de passe-passe commercial dont la moralité laisse pour le moins perplexe. Le silence très bavard de Walltopia Évidemment, l’entreprise bulgare pourrait avoir mille raisons valables pour expliquer cette situation embarrassante : fournisseur trop peu scrupuleux, certificats falsifiés par des intermédiaires, ou tout simplement ignorance réelle des filières obscures de ses partenaires commerciaux. Mais alors, pourquoi ce silence quasi obstiné ? Depuis les révélations d’Earthsight, Walltopia semble s’être calfeutrée dans une stratégie du « pas vu, pas pris », refusant systématiquement de s’exprimer sur ces accusations pourtant étayées par des documents internes compromettants. Le paradoxe est aussi gênant que réel : aucun grimpeur n’a signé pour devenir complice passif d’une guerre tragique, menée à plusieurs milliers de kilomètres de sa salle préférée. Ce mutisme intrigue, d’autant que même le média économique bulgare Capital.bg s’est cassé les dents sur le refus catégorique de Walltopia de commenter l’affaire. Une telle attitude ne fait que nourrir les spéculations, renforçant cette idée aussi simpliste qu’efficace : qui ne dit mot consent. Or, dans un secteur où les grandes salles d’escalade européennes affichent fièrement leurs engagements environnementaux, sociaux et éthiques, ce silence devient assourdissant – et surtout très risqué à long terme pour l'image de la marque bulgare. © Walltopia Le contreplaqué : matière noble ou boîte de Pandore ? Technique, solide, léger et surtout stable, le bouleau multiplis est depuis toujours le matériau phare des murs d’escalade indoor. C’est un peu la « matière miracle », le secret technique qui fait que vos prises tiennent en place sans que les murs ne pèsent trois tonnes. Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, plus de la moitié du contreplaqué européen venait directement des forêts sibériennes et biélorusses (voir contexte Earthsight). Mais l’embargo décidé par Bruxelles a brusquement fermé ces approvisionnements massifs, provoquant un chaos industriel sans précédent : pénuries en chaîne, prix multipliés par trois ou quatre, et une recherche frénétique de solutions alternatives, parfois moins regardantes sur les étiquettes. Aujourd’hui, d’après les estimations prudentes mais alarmantes d’Earthsight, environ 20 % du contreplaqué de bouleau vendu en Europe proviendrait encore illégalement de Russie, via des circuits détournés en Turquie ou en Chine (voir chiffres clés Earthsight). Les grimpeurs sont-ils complices malgré eux ? Le paradoxe est aussi gênant que réel : aucun grimpeur n’a signé pour devenir complice passif d’une guerre tragique, menée à plusieurs milliers de kilomètres de sa salle préférée. Pourtant, chaque fois que l’on pose la main sur une prise fixée sur un mur Walltopia construit après 2022, la question de la complicité involontaire se pose cruellement. Car derrière l’insouciance apparente du grimpeur-consommateur se cache désormais la complexité morale d’un marché globalisé où les sanctions, les frontières et les consciences éthiques s’entremêlent dangereusement. Pour les grimpeurs cette histoire agit comme un révélateur : derrière le divertissement vertical se cache désormais une exigence éthique nouvelle, incontournable, et finalement bienvenue Les salles d’escalade elles-mêmes sont prises au dépourvu par ce genre de dilemmes : elles se fient généralement aveuglément aux garanties offertes par leurs fournisseurs, préférant ne pas trop creuser, au risque de déranger leur confort économique et marketing. Mais voilà : à force d’éviter les questions difficiles, elles risquent de voir leur image de marque s’effriter silencieusement. Et il viendra un moment où les grimpeurs – cette génération habituée à questionner la provenance de son café, de ses baskets ou de son smartphone – exigeront des réponses claires, précises, presque douloureuses dans leur transparence : « Dis-moi, tu sais d’où vient exactement ton bois ? » Un malaise inévitable, mais nécessaire. Une occasion en or (et du boulot) pour grandir Finalement, cette affaire gênante pourrait paradoxalement offrir une chance rare : celle d’une remise à plat radicale des pratiques d’approvisionnement dans l’industrie de l’escalade indoor. Pour Walltopia, c’est peut-être le moment ou jamais de briser son silence embarrassé, de faire preuve d’une transparence audacieuse et, pourquoi pas, de repenser profondément ses chaînes d’approvisionnement. Ce serait un message fort, un signal puissant envoyé à toute l’industrie pour indiquer qu’une autre voie, plus responsable et plus digne, existe vraiment. Du côté des salles d’escalade, la balle est désormais clairement dans leur camp : elles ont l’opportunité de monter en exigence, de réclamer des garanties solides et vérifiables, quitte à bousculer un peu leurs fournisseurs historiques. Elles pourraient ainsi transformer un embarras latent en avantage compétitif, jouant enfin franc-jeu avec leurs clients et leur éthique revendiquée. Enfin, pour les grimpeurs eux-mêmes, souvent tentés de croire qu’ils peuvent s’abstraire du monde une fois entrés dans leur salle favorite, cette histoire agit comme un révélateur : derrière le divertissement vertical se cache désormais une exigence éthique nouvelle, incontournable, et finalement bienvenue. Parce que grimper, au fond, c’est affronter ce qui nous dérange ou nous inquiète, c’est se confronter à l’inconfort pour mieux grandir. Cette crise du bouleau russe, aussi déplaisante soit-elle, pourrait bien être la voie inconfortable mais indispensable à ouvrir pour l’avenir d’un sport qui mérite mieux qu’une frêle innocence.

  • Para-escalade à Innsbruck : deux jours pour bousculer les pronostics

    C’est parti aujourd’hui même (23 juin 2025) à Innsbruck pour deux jours d’une Coupe du monde de para-escalade particulièrement attendue. Première compétition depuis l’annonce officielle des catégories paralympiques pour Los Angeles 2028, l’étape autrichienne promet d'être électrique. Entre favoris intouchables et jeunes ambitieux, c’est tout un monde qui joue sa saison sur les murs du Tyrol. Gare aux secousses ! Marina DIAS © Lena Drapella/IFSC Innsbruck, ville de montagnes élégantes et de pâtisseries trop sucrées, accueille dès aujourd'hui un événement qu’elle connaît bien : la Coupe du monde de para-escalade. Sauf que cette année, l’atmosphère est un peu différente, plus piquante que le strudel local. Depuis l'annonce des catégories paralympiques pour LA 2028, certains grimpeurs marchent sur des œufs, quand d’autres marchent carrément sur l’eau. Entre promesses de médailles et rêves contrariés, les murs autrichiens vont servir autant de révélateur que de théâtre aux ambitions. Classification : le « bac philo » de la para-escalade La compétition n’a même pas commencé que les enjeux ont déjà été redistribués ce week-end. Avant de s’élancer sur la résine colorée, les grimpeurs sont passés par la case « classification ». Un rendez-vous médical minutieux, qui peut à lui seul transformer une médaille d’or annoncée en simple aventure de milieu de tableau. Certains s'y préparent comme au bac philo, en espérant éviter la mauvaise surprise. Petit topo, sans migraine : les catégories en bref B (visuel) : De l’obscurité totale (B1) à la semi-pénombre (B3), avec des guides vocaux qui connaissent chaque prise par cœur. AL/AU (amputés) : Déficiences variées aux jambes ou aux bras, classées par niveau de mobilité et d’équilibre. RP (puissance et mobilité réduite) : Catégorie ultra-diverse, où les ouvreurs doivent jongler habilement avec les difficultés pour offrir à chacun sa chance sans avantager personne. Un vrai jeu d’équilibriste. 240 athlètes, autant d’histoires Ils sont 240 venus de 27 pays à débarquer sur Innsbruck, formant une sorte de festival du film sportif grandeur nature. Les USA (39 athlètes) débarquent façon Marvel, l’Allemagne suit avec rigueur (34 athlètes), et les Britanniques assurent une présence distinguée mais solide (22 athlètes). Parmi eux, 118 grimpeurs engagés dans les catégories désormais officiellement paralympiques pour LA 2028. AL/AU : les favoris tout-terrain Chez les AL1, l’Autrichien Angelino Zeller affiche un palmarès aussi plat qu’une autoroute : droit devant et sans détour. Son éternel rival Markus Pösendorfer rêve secrètement de lui compliquer la tâche devant son public. Pavitra Vandenhoven (Belgique), quant à elle, aime bien bousculer les certitudes, même en compétition mixte. En AL2, Lucie Jarrige (France) collectionne les victoires avec la régularité d’une abonnée Netflix : elle ne rate aucun épisode depuis 2021. Chez les hommes, Thierry Delarue (France) adopte la même stratégie : gagner d’abord, réfléchir après. Efficace. En AU2, c’est ambiance Game of Thrones chez les hommes : Kevin Bartke (Allemagne), Brian Zarzuela (USA) et Isak Ripman (Norvège) se disputent le trône sans merci. Côté femmes, Solenne Piret (France) et Lucia Capovilla (Italie) nous rejouent un duel franco-italien façon cinéma vintage. AU3 pourrait réserver quelques surprises avec Rosalie Schaupert (Allemagne), grimpeuse précoce qui collectionne les médailles, et Dominic Geisseler (Suisse) prêt à saisir sa chance en l’absence du champion du monde israélien Mor Michael Sapir. RP : l’imprévisibilité au sommet En RP1, Aloïs Pottier (France) règne avec sérénité mais Kim Rishaug (Norvège) et Korbinian Franck (Allemagne) ne se déplacent jamais pour une seconde place. Chez les femmes, la rivalité made in USA entre Hannah Zook et Melissa Ruiz promet d'être piquante. En RP2, Jasmin Plank (Autriche) voudra absolument briller à domicile. Mais Chiara Cavina (Italie) et la très jeune Matoi Futahashi (Japon, 17 ans) pourraient rapidement calmer ses ardeurs. Manikandan Kumar (Inde) et Brayden Butler (USA) tenteront, eux, d’écrire leur propre histoire chez les hommes. En RP3, Tadashi Takano (Japon) vise une série de victoires digne d’une série Netflix à succès. Mais Camille Caulier (Belgique) et Jamie Barendrecht (Pays-Bas) aimeraient bien lui spoiler le scénario. Chez les femmes, Nat Vorel (USA), Marina Dias (Brésil) et Christiane Luttikhuizen (Pays-Bas) incarnent parfaitement l'esprit combatif et varié de la discipline. Catégories visuelles : avec ou sans lumières, le show continue Sho Aita (B1, Japon) est tellement dominant qu’il en devient presque intimidant. Son adversaire espagnol Francisco Aguilar Amoedo rêve de lui jouer un mauvais tour, mais ce rêve commence à durer. Nadia Bredice est elle aussi habituée aux triomphes en B1 féminin. En B2, Fumiya Hamanoue (Japon) devra surveiller Razvan Nedu (Roumanie) tandis que chez les femmes, Linda Le Bon tentera de confirmer son statut de favorite. En B3, Linn Poston (USA) vise le trois sur trois en Coupe du monde, alors que Cosmin Florin Candoi (Roumanie) cherche à prolonger une invincibilité digne des plus grands. Ouvreurs : les auteurs invisibles de l’histoire Maragda Gabarre, Aaron Davis et Nohl Haeckel sont aux commandes des voies et des scénarios verticaux. Eux seuls connaissent la fin de l’histoire avant même que la compétition ne commence. Dans la para-escalade, plus encore qu’ailleurs, leur rôle est crucial pour garantir équité et spectacle. Comment ne rien rater du spectacle ? Qualifications : Aujourd’hui (23 juin), de 9h à 15h30 Finales : Demain (24 juin), de 16h30 à 21h, en direct sur la chaîne YouTube IFSC À Innsbruck, entre sommets enneigés et grimpe en salle, c’est un autre versant du sport de haut niveau qui s’écrit. Moins médiatisé peut-être, mais tellement plus riche en récits humains, ambitions affichées et combats intérieurs. La compétition démarre aujourd’hui. Attachez vos chaussons, ça va secouer.

  • Kangchenjunga : sommet interdit, crise existentielle de l’alpinisme

    À l’heure où les montagnes semblent n’être plus qu’un décor pour la course à la performance, la demande du Sikkim d’interdire définitivement l’ascension du Kangchenjunga pose un débat vertigineux : jusqu’où peut-on gravir sans perdre l’âme d’un lieu ? Pourquoi gravissons-nous les montagnes ? Par défi sportif, pour repousser nos limites ou par simple vanité ? Le Kangchenjunga, troisième sommet mondial à 8 586 mètres, cristallise aujourd’hui ces interrogations profondes, au cœur d’un bras de fer entre conquête alpine et spiritualité ancestrale. Une tension accentuée par une demande radicale : rendre cette montagne définitivement inaccessible. Un conflit au sommet, entre diplomatie et sacré À cheval entre le Sikkim indien et le Népal, le Kangchenjunga cristallise un conflit inédit : le chef du gouvernement du Sikkim, Prem Singh Tamang, exige une interdiction totale d’ascension, invoquant une violation des croyances locales et des lois indiennes protégeant les lieux sacrés. Le sommet indien est déjà fermé depuis 2000, mais les voies népalaises restent ouvertes, accueillant chaque année des dizaines d’alpinistes venus défier cette cime réputée technique. L’indignation a culminé ce printemps 2025 lorsque des grimpeurs indiens, passant par le Népal, ont fièrement diffusé leur exploit sur les réseaux sociaux, ignorant les appels répétés à respecter le caractère sacré de la montagne. Tamang estime que gravir le Kangchenjunga revient à « profaner une montagne habitée par les dieux », notamment le légendaire Dzo-nga, protecteur des lieux selon les croyances tibétaines locales. Pourtant, cette controverse diplomatique dépasse largement la question politique : elle soulève un débat existentiel pour l’alpinisme moderne. Jusqu’où peut-on repousser les limites sans compromettre ce que certains considèrent comme l’âme même d’un lieu ? La leçon oubliée de 1955 : renoncer pour préserver Cette question n’est pas nouvelle. En 1955 déjà, lors de la première ascension du Kangchenjunga, les alpinistes britanniques Joe Brown et George Band avaient volontairement fait demi-tour à quelques mètres du sommet, respectant ainsi une demande explicite des autorités locales. Cet acte fondateur marquait une rare reconnaissance du sacré dans l’alpinisme de conquête. Depuis, rares sont les expéditions ayant suivi cet exemple. Face à l’industrialisation croissante des sommets himalayens, où les performances sportives l’emportent souvent sur toute autre considération, cette leçon d’humilité semble aujourd’hui oubliée. Mais elle rappelle une possibilité radicale : celle de choisir volontairement de préserver un sommet inviolé, par respect profond et sincère envers les peuples et les lieux. Kailash et Gangkhar Puensum : ces montagnes qui disent non Ce choix radical de la préservation n’est pas unique au Kangchenjunga. Vertige Media l’a rappelé récemment à propos du mont Kailash (6 638 mètres) au Tibet, montagne sacrée pour quatre grandes religions asiatiques. Le mont Kailash n’a jamais été gravi, malgré des tentations historiques, notamment celle de Reinhold Messner dans les années 1980, qui déclara sobrement : « Si nous conquérons cette montagne, nous conquérons quelque chose dans l’âme des gens ». Le Kailash représente donc un symbole puissant, un rappel que certaines montagnes gagnent à rester intactes, préservant leur dimension symbolique et spirituelle par une interdiction tacite, acceptée universellement. Même radicalité au Bhoutan, où le Gangkhar Puensum (7 570 mètres) demeure le plus haut sommet vierge du monde. Depuis 2003, le pays interdit strictement toute ascension au-delà de 6 000 mètres, préférant préserver l’intégrité culturelle et environnementale de ses montagnes sacrées plutôt que de céder à la pression touristique. Ces montagnes intactes illustrent parfaitement l’idée selon laquelle préserver certains sommets peut devenir une décision éthique forte, allant bien au-delà d’une simple interdiction administrative. C’est un geste volontaire de résistance face à la marchandisation du sacré. Everest : la contre-leçon d’une montagne profanée À l’inverse de ces sanctuaires préservés, l’Everest (8 849 mètres) illustre tristement les conséquences d’une absence totale de limites. Avec 403 permis délivrés en 2024, la plus haute montagne du monde est devenue le théâtre d’une véritable saturation touristique, au point que même la Cour suprême népalaise a récemment demandé une limitation urgente des permis d’ascension. Entre déchets accumulés, embouteillages mortels et conflits humains, l’Everest est devenu l’exemple parfait de ce qui arrive lorsqu’un sommet sacré perd toute sa dimension symbolique pour devenir un simple trophée à collectionner. La controverse du Kangchenjunga ne concerne pas seulement un sommet. Elle pointe du doigt le vide existentiel d'un alpinisme devenu parfois trop mécanique, trop avide de conquêtes à inscrire sur un CV sportif. Préserver certains sommets comme le Kailash ou le Gangkhar Puensum ne relève pas seulement du respect du sacré ou des croyances locales : c’est une façon puissante d’affirmer que certaines hauteurs doivent rester hors d’atteinte, précisément pour préserver leur essence. Peut-être que l'alpinisme a désormais besoin, plus que jamais, de sommets qui lui restent inaccessibles—non pas par impossibilité technique, mais par choix assumé, comme un rappel permanent que la vraie grandeur peut résider dans l'acte volontaire de ne pas conquérir.

  • Yosemite bâillonne El Capitan : liberté, j'écrase ton nom

    La direction du parc national de Yosemite ne veut plus voir flotter de drapeaux militants sur El Capitan. Officiellement pour « protéger la nature sauvage ». Officieusement pour que les grimpeurs·ses arrêtent de lui casser les pieds avec leurs revendications gênantes. Et si la véritable nature sauvage, c’était cette liberté d’expression qu’on tente désormais de mettre sous cloche ? « La montagne, ça vous gagne », disait jadis un slogan publicitaire aussi ridicule qu’efficace. Visiblement, à Yosemite, la montagne vous gagne surtout le droit de vous taire. Depuis le 20 mai 2025, le parc national a décidé que les grimpeurs·ses étaient parfait·es quand ils et elles grimpaient, mais nettement moins quand leur voix portait un peu trop loin. Concrètement : interdiction désormais d’accrocher des drapeaux ou banderoles de plus de quinze pieds carrés (1,4 m²) sur les falaises classées sauvages, notamment sur El Capitan. Une montagne récemment devenue tribune improvisée de quelques militant·es trop visibles au goût des autorités. El Capitan, nouvelle tribune à la verticale On rembobine. En juin 2024, Miranda Oakley, grimpeuse respectée et militante, choisit de transformer l’une des plus célèbres parois au monde en cri d’alerte. Avec quelques camarades activistes, elle déploie une immense banderole aux couleurs palestiniennes, un slogan lapidaire flottant au-dessus du vide : « Stop the Genocide ». Ce geste rappelle que la montagne peut être une caisse de résonance dérangeante mais nécessaire, face aux crises du monde. Quelques mois plus tard, en février 2025, une équipe d’ancien·nes employé·es du parc – rien de moins – utilise El Capitan pour lancer un autre message : un drapeau américain hissé à l’envers, symbole international de détresse absolue, alerte sur l’état inquiétant des parcs nationaux américains. Derrière cette initiative, une dénonciation forte des coupes budgétaires orchestrées par une administration Trump plus douée pour miner le budget des parcs que pour préserver leurs paysages. Un geste audacieux destiné à réveiller les consciences face à une urgence écologique et politique grandissante. Enfin, cerise sur le granit, le 20 mai 2025, sept grimpeur·ses LGBTQ+ installent un immense drapeau transgenre, une revendication symbolique mais puissante du droit à exister publiquement, même à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sol. Un acte de visibilité maximal, défi frontal aux discriminations croissantes subies par la communauté trans aux États-Unis. C’est le drapeau de trop pour Yosemite : moins de 24 heures après, l’administration réplique en décrétant l’interdiction brutale et générale des drapeaux sur ses falaises. Trois drapeaux, trois causes puissantes, trois provocations verticales devenues intolérables pour un parc déterminé à étouffer la conversation politique accrochée à ses falaises. Liberté d’expression en montagne : un équilibre fragile menacé Ken Yager, président de la Yosemite Climbing Association, rappelle une vérité délicate : depuis des décennies, grimpeur·ses et autorités avaient progressivement construit un dialogue fragile mais réel. Cette interdiction soudaine, en cherchant à museler l’expression militante sur El Capitan, risque de briser ce fragile équilibre. Yager le résume ainsi pour SFGATE : « Je m’inquiète que les autorités locales doivent commencer à appliquer cette mesure, et que cela nous fasse perdre le terrain gagné au fil du temps. Nous avions vraiment une bonne relation, et je détesterais que l’on revienne en arrière ». Au-delà du seul dialogue entre grimpeur·ses et autorités, cette mesure interroge aussi la légitimité même de la montagne comme espace public d’expression politique. À qui appartient symboliquement une montagne publique comme El Capitan ? Aux grimpeur·ses qui la vivent, l’occupent, la grimpent, ou à une administration soumise à des contraintes politiques nationales ? En imposant une neutralité artificielle, Yosemite tente d’effacer la dimension engagée d’un lieu pourtant historiquement rebelle et ouvert à toutes les voix. Une interdiction pas si neutre Officiellement, l’argument écologique est servi sur un plateau de granit : préserver la pureté sauvage des lieux, respecter le Wilderness Act de 1964, éviter les risques liés aux drapeaux flottants. Mais cet empressement soudain ne convainc personne. Comme l'affirme précisément Miranda Oakley, grimpeuse professionnelle à l’origine de la banderole palestinienne : « Il est difficile de croire que [ces drapeaux] puissent causer des problèmes de sécurité plus graves que ce qu’on voit tous les jours à Yosemite ». Elle rappelle au passage que d’autres messages, beaucoup plus consensuels, n’ont jamais provoqué de réaction du parc : « Je me demande s'il y aurait eu la même interdiction si ces drapeaux avaient été moins controversés, du genre "Go Rangers" ou "Vive l'Amérique". » Ce qui agace particulièrement SJ Joslin, grimpeur·se non-binaire à l’initiative du drapeau trans, c’est justement cette mauvaise foi chronologique du parc : « Même si cette interdiction était dans les tuyaux depuis le drapeau inversé de février, je ne pense pas que la date [du 20 mai, lendemain de notre action] soit entièrement fortuite ». Joslin souligne clairement ce que beaucoup pressentaient : la décision semble avoir été accélérée, voire poussée à dessein pour empêcher spécifiquement leur action. La communauté LGBTQ+ y voit une attaque subtile mais évidente, visant moins la forme que le fond du message : un silence imposé sur une minorité qu’on préférerait discrète, voire invisible. Derrière l’alibi écologique, c’est bien une censure politique qui se profile, transformant la montagne en un espace politiquement aseptisé. Effet domino ou nouvelle génération militante ? Cette interdiction pourrait rapidement inspirer d’autres parcs nationaux américains à imposer une neutralité politique similaire. Dans un contexte national tendu, où chaque initiative militante devient rapidement sujet de polémiques, le bannissement des drapeaux sur El Capitan risque de devenir contagieux. SJ Joslin en est conscient·e : « Le risque, c’est qu’après Yosemite, d’autres sanctuaires naturels ferment eux aussi les yeux sur la réalité politique de leur époque ». La montagne deviendrait alors une sorte de bulle aseptisée, coupée des réalités du monde, un décor figé et silencieux. Mais pour autant, l’interdiction n’annonce pas nécessairement la fin de l’activisme vertical. La créativité politique des grimpeur·ses, historiquement rebelles et libres, est loin d’être épuisée. Joslin l’affirme avec confiance : « Les grimpeurs sont plutôt têtu·es. Dans le passé, quand on disait à un·e grimpeur·se qu’il·elle ne pouvait pas faire quelque chose, il·elle redoublait d’efforts ». Autrement dit, si Yosemite pense que supprimer les drapeaux suffira à étouffer la contestation, le parc pourrait au contraire avoir déclenché une nouvelle génération de militantisme, plus subtile, plus inventive, mais certainement pas silencieuse. À vouloir étouffer le débat, Yosemite pourrait bien avoir réveillé une résistance encore plus profonde.

  • Dopage en escalade : quand la passion vire au scandale

    Le 19 avril 2024, l’IFSC a annoncé la suspension d’un grimpeur suite à un contrôle antidopage positif. Les médias spécialisés ont rapidement relayé l’information, et le sujet du dopage dans l’escalade a pris de l’ampleur . Des professionnels et des personnalités reconnues dans le milieu ont pris la parole, mais au lieu de clarifier la situation, ces interventions n’ont fait qu’accroître la confusion. En écoutant les discussions sur les tapis de bloc ou au pied des falaises, on entend des opinions diverses telles que : « C’était inévitable avec les Jeux Olympiques » ; « Mais un tel prend de la créatine, il est dopé ? » ; « Fumer un pétard, ce n’est pas du dopage » ; « Il n’y a pas d’argent en escalade, pourquoi se doper ? ». Pour y voir plus clair et se forger une opinion, il est nécessaire de clarifier certaines notions. Qu’est-ce que le dopage ? L’Agence mondiale antidopage (AMA) définit notamment le dopage comme « l’usage par un sportif d’une substance interdite ou d’une méthode interdite ». En d’autres termes, si la substance ou la méthode n’est pas interdite, il ne s’agit pas de dopage . Il existe trois listes de substances et méthodes interdites : une pour celles qui sont interdites en permanence, une pour les compétitions, ainsi qu’une troisième concernant certains sports. Par exemple, les agents anabolisants comme le stanozolol, utilisé par le grimpeur iranien suspendu, sont interdits en permanence. Ces substances ont notamment pour effet d’accroître la réponse métabolique, en vue d’augmenter la masse musculaire. D’autres produits, comme les stimulants tels que la cocaïne , sont interdits uniquement en compétition. Enfin, dans certains sports comme le golf, l’apnée ou le ski et snowboard freestyle, les bêtabloquants sont interdits. Cela nous amène alors à la question du concept de conduite dopante, qui est définie comme « la consommation de substances pour affronter une situation (…) dans un but de performance ». Concrètement, le dopage est une forme particulière de conduite dopante qui concerne uniquement les sportifs compétiteurs . Le danger des conduites dopantes est qu’elles peuvent mener au dopage ou à l’utilisation de produits ou méthodes dangereux pour la santé. Prendre des compléments alimentaires comme du collagène ou de la vitamine C n’est pas du dopage tant que leurs ingrédients ne sont pas interdits. Le défi est, d’une part, de trouver des compléments à la composition fiable et, d’autre part, de ne pas glisser progressivement vers des comportements dangereux pour la santé . Car ne l’oublions pas, l’objectif premier de la lutte contre le dopage est la préservation de la santé des sportifs avant celle de l’équité. Le cas de ce grimpeur iranien est-il isolé ? Il semble s’agir d’un cas isolé, mais il est difficile d’être catégorique. Ce n’est pas la première fois que l’escalade est confrontée à des cas avérés de dopage . Voici trois exemples emblématiques. En 2001, Chris Sharma enchaîne Biographie, le premier 9a+. Quelques jours plus tard, il participe à la Coupe du Monde de bloc à Munich où il sera contrôlé positif au cannabis et donc disqualifié. En 2007, Edu Marin est contrôlé positif à la cocaïne à la Coupe du Monde de Zurich et suspendu deux ans. Enfin, la mésaventure de Marine Thevenet qui, en 2009, se retrouve aux urgences après avoir bu dans une bouteille qui n’était pas la sienne et qui contenait de la cocaïne . Qu’est-ce que cela a changé en escalade ? Pour cette période, peu de choses ont changé . Concernant le cas de Chris Sharma, l’image cool de la consommation de cannabis et la popularité du grimpeur ont fait en sorte que dans la communauté de l’escalade, nombre de personnes étaient même en désaccord avec la sanction. Pour Edu Marin, les conséquences ont été plus sévères, notamment en termes d’image et de suspension. Mais après une période de « pénitence », il est revenu aux affaires , notamment sur les falaises et grandes voies. Enfin, pour Marine Thevenet, sa mésaventure ne l’a pas dégoûtée de l’activité car elle continue aujourd’hui à prendre du plaisir et à performer en bloc extérieur . Suite à cet incident, la FFME a peu communiqué sur la prise en compte de ce phénomène. Et aujourd’hui, qu’est-ce qui est fait dans la lutte antidopage ? La FFME, en tant que fédération délégataire, doit respecter le code du sport. Elle est ainsi, depuis 2021, dans l’obligation de participer à la politique de lutte antidopage en lien avec l’IFSC et l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD). Cela consiste notamment en la réalisation d’actions de prévention et d’éducation , de coopération en matière de lutte contre le dopage, de vigilance dans l’application des sanctions disciplinaires ou encore la formation d’escortes antidopage pour les contrôles. En 2023, l’escalade sportive a comptabilisé 37 prélèvements , soit 0,31 % de l’ensemble des prélèvements en France , et aucun n’était anormal. Pourquoi se doper en escalade, alors qu’il n’y a pas d’argent ? Les raisons sont variées. Une fois que l’on écarte les cas de dopage « naïf », qui sont liés à une méconnaissance des produits interdits ou de la composition du produit, le dopage s’explique principalement par la recherche d’amélioration de la performance et par tout ce que cela implique sur le plan psychologique et social . Cela touche à la reconnaissance par les pairs, à l’estime de soi et à l’amélioration de son apparence . Concrètement, il s’agit d’être identifié ou reconnu comme un grimpeur fort, d’être le champion de sa salle ou de sa falaise. Il est aussi question de parvenir à dépasser ses peurs, d’être capable de prendre des risques, autrement dit d’être en mesure d’engager au-dessus du point ou du coinceur. © Kayoo L’escalade n’est donc pas épargnée. Adam Ondra a raison de dire que l’escalade est un sport qui exige beaucoup de technique , mais cela ne protège pas l’activité de cette dérive. L’aspect lucratif n’est pas la motivation première pour se doper ou adopter un comportement dopant. En conclusion, ne soyons pas naïfs. L’escalade, désormais sport olympique , n’est pas plus vertueuse que les autres disciplines. Toutefois, elle se distingue par le fait que la compétition ou la performance ne sont pas ses seules finalités.

  • À Erbil, les femmes prennent de la hauteur – et avec elles, tout le Kurdistan

    Entre l’élan des falaises du mont Safeen et le poids persistant des traditions, Erbil, capitale du Kurdistan irakien, voit émerger une génération de grimpeuses qui redéfinissent subtilement le paysage sportif local. Un récit encore confidentiel, mais dont les implications dépassent largement les parois. Le Kurdistan, c’est la carte postale tragique : montagnes accidentées, conflits sans fin, guérillas en treillis. Mais à Erbil, une autre résistance s’organise en silence. Ici, pas de slogans ni de pancartes, mais des chaussons et des baudriers. Pas de barricades, mais des falaises à franchir : la révolution se fait discrète, verticale, et à majorité féminine. L’escalade au Kurdistan : la révolte en chaussons Grimper, dans une société où les femmes sont priées de rester à l’horizontale – au sens figuré, bien sûr –, c’est déjà franchir une frontière invisible. Sur les parois du mont Safeen, chaque ascension prend des airs de défi discret aux regards obliques et aux traditions qui plombent parfois plus lourd que la gravité. Parmi ces rebelles discrètes, Mina Ayad, 29 ans, a longtemps porté seule sa corde comme une drôle de bannière. Après une brève pause pour reprendre souffle (et confiance), Mina est revenue sur la roche, entêtée mais sereine, prête à entraîner avec elle celles qui n’osaient pas encore y croire. À Erbil on assume le statut d’outsider avec la malice de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à perdre, tout à gagner. Aujourd’hui, elle grimpe régulièrement avec Hedaya Azad, 25 ans, tombée dans l’escalade comme on tombe amoureuse, par hasard mais profondément, lors d’une sortie improvisée en 2024 à Music Valley. Depuis cette rencontre, elles passent quatre jours par semaine sur les parois de Safeen, apprenant à devenir monitrices pour que cette émancipation verticale ne soit pas qu’un accident de parcours mais une voie durable partagée. Leur révolte n’est ni bruyante ni provocatrice, elle est simplement tenace. Mina et Hedaya grimpent pour affirmer tranquillement, mais fermement, que leur place se trouve au-dessus, et qu’elles n’ont pas besoin de crier pour être entendues. Le mont Safeen : le Kurdistan prend de la hauteur (et c’est pas trop tôt) À quelques kilomètres d’Erbil, le mont Safeen pointe ses 1900 mètres avec la nonchalance tranquille d’un sommet qui n’a rien à prouver. Pourtant, depuis peu, cette montagne longtemps oubliée est devenue le terrain de jeu favori de jeunes grimpeurs bien décidés à bousculer les clichés qui collent à leurs chaussons. Une quinzaine de voies y ont fleuri, du 4c douillet au 7b+ un peu teigneux, autant dire qu’ici, chacun peut trouver son plaisir – ou sa limite. Si, dès 2010, quelques expats pionniers avaient déjà tâté timidement de la perceuse au site voisin de Rabin Boya, c’est bien la récente « Music Valley » qui fait aujourd’hui vibrer la corde féminine à Erbil. Chaque semaine, Mina, Hedaya et leur joyeuse bande investissent cette vallée devenue sans le vouloir le symbole d’une émancipation à la fois tranquille et irrésistible. Pour les femmes, même cette forme d’ascension reste empreinte d’une forte dimension contestataire Certes, côté sud, Souleimaniyeh continue de jouer la grande sœur agaçante avec ses falaises bien connues à Hazar Merd, un genre de Fontainebleau kurde. Mais loin d’en faire un complexe, à Erbil on assume le statut d’outsider avec la malice de ceux qui savent qu’ils n’ont rien à perdre, tout à gagner. De son côté, la KMCF (Kurdistan Mountaineering and Climbing Federation), née en 2006 mais longtemps restée endormie, semble avoir finalement décidé de muscler son jeu. Depuis 2022, elle accélère la cadence : formations régulières, escalade sur rocher et glace, secours en montagne… Bref, elle met enfin les moyens là où il faut. De quoi permettre à Erbil de grimper au niveau de sa voisine, voire de la dépasser avec un sourire en coin. L’ascension sociale : le 9a des conventions kurdes L’escalade pourrait sembler être, au premier abord, un sport de pure liberté : une paire de chaussons, de la magnésie et un horizon vertical suffiraient à dépasser toutes les frontières. La réalité kurde est cependant plus complexe. Pour les femmes, le simple geste de s’accrocher à une corde revêt ici un caractère subversif. Beaucoup de familles hésitent encore à autoriser leurs filles à grimper, moins par peur d’un accident que par crainte d’un bouleversement silencieux des normes établies. L’altitude, avant même d’être physique, est avant tout symbolique. Zhino Rafiq, alpiniste venue de Souleimaniyeh, le résumait simplement en 2022 lors de l’inauguration de la première via ferrata d’Irak à Rawanduz : « Quand tu montes, tu ne grimpes pas seulement la roche, tu affrontes aussi le regard des autres » (Rudaw, juillet 2022). Ce regard, souvent chargé de jugements implicites, constitue l’un des premiers obstacles à franchir. La grimpe existe, elle est bien là, et il va falloir s’y faire. Le succès grandissant de cette via ferrata, plus accessible et collective que la grimpe traditionnelle, révèle pourtant une appétence certaine pour la verticalité dans le quotidien des Kurdes. Mais pour les femmes, même cette forme d’ascension reste empreinte d’une forte dimension contestataire. Gravir devient un acte politique discret mais nécessaire, une grimpe sociale sans topo, où chaque mètre gagné compte. . Le crux économique Sur le papier, l’escalade kurde est un beau projet de société : des falaises à équiper partout, des grimpeuses motivées, une Fédération enfin réveillée. Mais le papier ne tient pas bien longtemps sur une paroi mal équipée. Ici, chaque spit posé coûte une petite fortune, chaque relais se négocie avec un banquier imaginaire, plutôt du genre frileux dans un pays économiquement toujours instable. En attendant, comme souvent, la débrouille fait des miracles. À Souleimaniyeh, une salle d’escalade flambant neuve, financée par des dons locaux, attire déjà une foule d’accros au vertical. Erbil regarde cette salle avec l’envie mal dissimulée du petit frère qui rêve de jouer dans la cour des grands. Faute de murs flamboyants, on s’entraîne sur celui du parc Peshmerga, où chaque séance prend des airs de manif pacifique : la grimpe existe, elle est bien là, et il va falloir s’y faire. « L’escalade, c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait nous arriver, résume simplement Hedaya. Ça donne envie d’aller plus haut. » Derrière cette phrase toute simple, c’est toute une génération kurde longtemps collée au sol qui découvre enfin comment parler le langage de la hauteur.

  • Femmes en Montagne : une ascension par la face Nord du récit féminin

    Du 13 au 16 novembre 2025, le Festival Femmes en Montagne revient pour sa sixième édition à Annecy. Cet événement est devenu au fil des années une vitrine incontournable de l’alpinisme au féminin : il questionne, bouleverse et impose subtilement une autre façon de voir la montagne. Pour cette année encore, Vertige Media n’est pas juste spectateur : nous sommes partenaire actif et engagé de ce festival pas tout à fait comme les autres. © Femmes en Montagne / Delphine Danielou On nous questionne souvent sur la raison pour laquelle Vertige Media choisit de soutenir avec tant de ferveur Femmes en Montagne plutôt qu’un autre événement. Après tout, il existe mille festivals, mille compétitions, mille sommets à explorer. Mais voilà : si nous sommes ici, c’est parce que ce festival n’est pas seulement une collection de films. C’est un laboratoire d’idées, une remise en question permanente, une ascension narrative par la face nord des clichés. Une ascension que nous partageons intimement. Montagne, je t’aime moi non plus Avant d’être une date immanquable du calendrier annécien, Femmes en Montagne est né d’un ras-le-bol créatif : celui de Tanya Naville et Léo Wattebled face à une montagne médiatisée toujours au masculin, où les femmes n’existent souvent qu’en illustration. En 2016, leur blog au titre malicieux « On n’est pas que des collants » plante le décor : il s’agit de raconter autre chose, autrement, loin du glamour forcé et des récits lissés à la perfection. Trois ans plus tard, le festival prend vie à Annecy. Dès lors, chaque automne, il réunit films amateurs et professionnels, discussions, rencontres, dans une ambiance où convivialité rime avec radicalité douce. Ici, le récit alpin traditionnel perd pied. Ici, la verticalité change de sens. Soyons clair·es : la montagne n’est pas neutre. Derrière ses paysages grandioses se cachent des schémas bien ancrés : héroïsme à outrance, conquête du sommet, verticalité viriliste. Face à cela, Femmes en Montagne ne propose pas une réponse frontale mais une subtile déconstruction narrative. Ici, on questionne tout : maternité, handicap, âge, écologie, identité de genre. On se permet de filmer l’intime plutôt que le spectaculaire, les chutes autant que les sommets. Le festival assume ses paradoxes : il ne donne pas des réponses, il propose des perspectives inédites et inconfortables. Et ça fait du bien. Programme 2025 : une sélection sans corde fixe Du 13 au 16 novembre, la sélection promet d’être riche : une trentaine de films, venus d’ici et d’ailleurs, avec un critère clair – mettre les femmes au centre du récit, devant et derrière la caméra, au-dessus et en dessous du sommet. Le programme ressemble moins à un agenda qu’à une carte aux trésors où chaque film est une surprise qui dérange, intrigue ou émeut profondément. © Femmes en Montagne / Sandrine Chiarena Mais Femmes en Montagne, ce n’est pas qu’un écran dans le noir. C’est aussi des ateliers ouverts à tous·tes, où l’on apprend à filmer, raconter, dessiner ; des débats enflammés, des rencontres improvisées. C’est un moment où l’on repense collectivement ce que signifie « être montagnard·e » aujourd’hui. Vertige Media x Femmes en Montagne : pourquoi ce partenariat est logique, évident, nécessaire On ne va pas faire semblant. Chez Vertige Media, nous n’aimons pas trop les partenariats mous, ces logos qui décorent une affiche sans rien dire. Mais ici, c’est différent. Ce partenariat, on le revendique, on le construit, on le vit, parce qu’il fait sens avec ce que nous sommes : un média qui interroge en profondeur, qui préfère les récits complexes aux exploits faciles. Vertige Media accompagne Femmes en Montagne parce que nous croyons en une montagne intellectuelle, engagée, inclusive. Parce que nous voulons être acteur·ices du changement narratif, des récits pluriels qui bouleversent les codes, les attentes, les habitudes. Nous apportons notre plume, notre exigence, notre goût du détail et de la réflexion critique. Nous rendons visible cette édition 2025 avec l’ambition commune de dépasser les évidences et les clichés qui encombrent encore trop souvent nos imaginaires. Le festival comme contre-culture alpiniste Femmes en Montagne ne vient pas simplement concurrencer les récits dominants, il les dissèque. Chaque film, chaque intervention agit comme une lame de scalpel, découpant minutieusement les représentations dominantes pour faire émerger d’autres visions possibles. Des visions où la performance n’est pas l’unique valeur, où les corps ne sont pas parfaits, où l’aventure se joue aussi dans les coulisses, loin des sommets. Ce festival redonne de l’épaisseur au récit montagnard, en introduisant la nuance, l’ambivalence, les hésitations et les échecs. C’est un festival intelligent parce qu’il nous pousse à repenser nos certitudes sur le genre, la montagne, et nous-mêmes. Le festival ne s’arrête pas aux portes du cinéma Femmes en Montagne est bien plus qu’un festival annuel. Grâce à une tournée scolaire engagée, il sensibilise les jeunes générations à l’égalité des genres dans le sport. Grâce à son accessibilité totale (films sous-titrés, interprétariat LSF), il met en acte une inclusivité réelle, concrète, palpable. © Femmes en Montagne / Sandrine Chiarena En encourageant des femmes à passer derrière la caméra, à réaliser leurs premiers films, le festival devient aussi un tremplin pour de nouvelles voix, des récits qu’on n’entendrait probablement jamais ailleurs. Il ne fait pas seulement parler des femmes, il donne aux femmes la possibilité de parler pour elles-mêmes. Novembre 2025 : pourquoi vous devez (vraiment) venir Si vous aimez les récits bien cadrés, les ascensions héroïques sans aspérité, ce festival risque de vous déranger. Mais si vous préférez les failles aux certitudes, les questions aux réponses définitives, vous devez venir. Pour rencontrer des réalisatrices audacieuses, des athlètes sensibles, des récits inattendus, et pour participer à ce dialogue permanent qui fait de la montagne un espace de pensée autant qu’un terrain d’aventure. Chez Vertige Media, nous serons là, pas seulement pour couvrir l’événement mais pour l’habiter pleinement, avec vous. Parce que nous pensons que changer la montagne commence par changer les récits qu’on en fait. On s’y retrouve ? Toutes les infos et billetterie sont à retrouver sur leur site.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Berne : programme, horaires, streaming et prize money

    Du 13 au 15 juin 2025 , après l’étape de Prague , la Coupe du monde IFSC poursuit son tour européen en posant ses valises à Berne (Suisse) . Cette compétition entièrement consacrée au bloc se déroulera dans la célèbre Festhalle , promettant un spectacle sportif exceptionnel au cœur de la capitale suisse. Voici comment suivre la compétition depuis la France : horaires précis, programme complet, streaming et détails sur le prize money. © Jan Virt / IFSC Où regarder Berne 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme d’habitude, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC . Les finales seront cependant bloquées en France et en Europe à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe . Un abonnement est nécessaire pour suivre en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel , une excellente parfaite sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéomais vous pourrez suivre les résultats en temps réel sur le site officiel de l’IFSC . Manon Hily © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire que Berne) Vendredi 13 juin – Qualifications bloc (pas de streaming vidéo) 09h00 à 13h30 :  Qualifications femmes (résultats live uniquement) 15h30 à 21h00 :  Qualifications hommes (résultats live uniquement) Samedi 14 juin – Demi-finales et finale bloc femmes 10h00 à 12h30 :  Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 17h00 :  Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 15 juin – Demi-finales et finale bloc hommes 10h00 à 12h30 :  Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 17h00 :  Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Berne bénéficie du statut « Premium » de l’IFSC, offrant un prize money supérieur aux étapes classiques : 🥇 1er : 6 000 € 🥈 2e : 4 000 € 🥉 3e : 2 800 € 4e : 2 000 € 5e : 1 600 € 6e : 1 400 € 7e : 1 200 € 8e : 1 000 € Suivre Berne 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Prague 2025 Dates : du 13 au 15 juin 2025, à Berne (Suisse), discipline bloc uniquement. Compétition dans la célèbre Festhalle, en plein cœur de Berne. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Premium : jusqu’à 6 000 € pour les vainqueurs. Résultats live sur https://ifsc.results.info . Mi-juin, la Coupe du monde IFSC pose ses valises à Berne pour offrir aux grimpeurs et spectateurs une compétition exceptionnelle, mettant en lumière les meilleurs spécialistes mondiaux du bloc. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Innsbruck : programme, horaires, streaming et prize money

    Du 25 au 29 juin 2025, après l'étape de Berne, la Coupe du monde IFSC continue sa tournée européenne à Innsbruck (Autriche) avec une compétition combinant deux disciplines phares : le bloc et la difficulté. L’événement se déroulera au célèbre Kletterzentrum Innsbruck, haut lieu international de l'escalade sportive. Voici comment suivre l'événement en direct depuis la France, avec les horaires précis, les liens utiles et les détails sur le prize money. © Lena Drapella / IFSC Où regarder Innsbruck 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme chaque étape, les demi-finales et finales seront diffusées gratuitement sur la chaîne YouTube officielle de l’IFSC, mais les finales seront bloquées en France et en Europe à cause des droits exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport détiennent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est requis pour voir en direct les finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront disponibles gratuitement dès le lendemain sur Olympic Channel, une bonne alternative sans contraintes. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne seront pas diffusées en vidéo mais leurs résultats seront accessibles en direct sur le site officiel de l’IFSC. © Lena Drapella / IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (heure française UTC+2, même fuseau horaire qu'Innsbruck) Mercredi 25 juin – Qualifications Bloc 09h00 à 14h30 : Qualifications hommes (résultats live uniquement) 16h30 à 21h00 : Qualifications femmes (résultats live uniquement) Jeudi 26 juin – Demi-finales & Finales Bloc 13h00 à 15h30 : Demi-finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 19h30 à 21h30 : Finales hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Vendredi 27 juin – Demi-finales & Finales Bloc 13h00 à 15h30 : Demi-finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 19h30 à 21h30 : Finales femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Samedi 28 juin – Qualifications & Demi-finales Difficulté 09h00 à 15h00 : Qualifications hommes et femmes (résultats live uniquement) 19h40 à 22h30 : Demi-finales hommes et femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 29 juin – Finales Difficulté 19h40 à 20h30 : Finale femmes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) 20h40 à 21h30 : Finale hommes (en direct Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape à Innsbruck est classée « Basic » par l’IFSC, voici la répartition des gains pour les finalistes des deux disciplines : 🥇 1er : 3 690 € 🥈 2e : 2 460 € 🥉 3e : 1 722 € 4e : 1 230 € 5e : 984 € 6e : 861 € 7e : 738 € 8e : 615 € Suivre Innsbruck 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l’événement, retrouvez coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir sur Innsbruck 2025 Dates : du 25 au 29 juin 2025, à Innsbruck (Autriche), disciplines bloc et difficulté. Compétition au Kletterzentrum Innsbruck, référence mondiale de l'escalade sportive. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, replays gratuits dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money Basic : jusqu’à 3 690 € pour les vainqueurs. Résultats en direct sur https://ifsc.results.info. Fin juin, Innsbruck confirme son statut de ville incontournable pour l’escalade internationale avec une étape combinant deux disciplines majeures, dans un cadre de haut niveau sportif et festif. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

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