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  • Arc’teryx Serratus : le pantalon pour ceux qui vivent en diagonale

    On connaît tous ce dilemme. Tu pars grimper ou marcher le matin, mais ta journée ne s'arrête pas là. Après la falaise, il y aura peut-être une terrasse ensoleillée, un rendez-vous, une virée à vélo en ville. Le choix est alors cruel : s’habiller technique et subir le regard intrigué du serveur, ou s’habiller urbain et subir l’inconfort toute la journée. Le pantalon Serratus d’Arc’teryx promet de régler cette équation délicate. Hybride et polyvalent, il navigue avec agilité entre la verticalité et l’horizontalité du quotidien. On l’a testé sans lui faire de cadeaux. Technique mais pas technocrate Sur le papier, le pantalon Serratus est une bête hybride de performance. Deux matières techniques savamment orchestrées : Fortius DW 2.0 là où ça gratte, frotte, fatigue, et Aequora AirPerm aux endroits stratégiques pour refroidir la mécanique humaine quand ça chauffe. Coupe préformée, détails minimalistes et fonctionnels : le pantalon crie (en chuchotant) qu'il est taillé pour grimper. Mais son génie discret, c’est justement de ne pas crier trop fort. Là où d'autres pantalons affichent avec ostentation leur ADN montagnard, le Serratus joue la carte de l'élégance technique sobre. Une silhouette affûtée, sobre, presque urbaine. Le genre à passer sous les radars du citadin pressé ou de l’alpiniste esthète. En clair : c’est un pantalon conçu pour grimper, mais pensé pour vivre. Test grandeur nature : du bloc à la vie quotidienne On l'a trimballé partout. À Fontainebleau, il se fait oublier immédiatement. Pas de résistance au niveau des articulations, pas de tissu rebelle qui remonte quand on étend la jambe sur un pied foireux. Le Serratus épouse le mouvement avec une aisance insolente. Résultat, on grimpe plus fluide, plus concentré sur l’essentiel : la prochaine prise. En rando active, là où les tissus trop techniques tournent parfois au sauna portatif, la ventilation est bluffante. On sent le vent passer pile là où il faut—derrière les genoux, bas du dos. Le Serratus sèche vite, résiste bien aux petits frottements du sac à dos, et reste discret même quand la fatigue s’installe. À vélo ou au café, on oublie qu’on porte du matériel technique. Aucun bruit de sac plastique qu'on retrouve chez les pantalons trop techniques, pas de logo démesuré hurlant à la planète entière que vous êtes un montagnard fraîchement redescendu. Le Serratus conserve un profil bas : fluide, urbain, efficace. Ce qu’on aurait aimé voir en plus (le diable est dans les détails) Évidemment, aucun pantalon n'est parfait. Arc’teryx aurait pu pousser la logique jusqu’au bout avec quelques détails qui auraient sublimé le tout : Un zip bas de jambe pour enfiler ou retirer ses grosses sans danser la Macarena en équilibre. Une poche cargo discrète pour une barre, une clé, ou ce truc qu’on oublie toujours au fond du sac. Un cordon de serrage aux chevilles plus affirmé. L’actuel fait le job, mais semble un peu timide face aux bourrasques alpines. Une déclinaison légèrement plus chaude pour les bivouacs glacés, sur le modèle du Gamma. Mais qui, reconnaissons-le, compromettrait sans doute un peu cette fameuse polyvalence urbaine. Mais soyons justes : ces petits manques sont les défauts des amoureux exigeants. Verdict : Le pantalon qu’on oublie d’enlever Le pantalon Serratus d’Arc’teryx est un hybride comme on les aime. À mi-chemin entre le matériel technique sans concession et la fringue urbaine minimaliste. Il est parfait pour les sessions d'escalade longues comme une journée de boulot, ou les journées de boulot qui ressemblent un peu trop à une session d'escalade. Si le confort consiste vraiment à ne plus penser à ce qu’on porte, alors ce pantalon a tout compris. On l’enfile pour sortir, et on oublie qu’on devait l’enlever en rentrant. C'est peut-être ça, vivre en diagonale : faire du terrain technique son quotidien, et du quotidien un terrain technique. Disclaimer Disons-le quand même : Arc’teryx ne nous a pas payés pour écrire ces lignes. Ils nous ont simplement envoyé un Serratus pour qu'on le teste dans la vraie vie, loin des discours aseptisés des catalogues techniques. Alors on a grimpé, marché, pédalé, sué, pris des cafés en terrasse, parfois tout ça dans la même journée. Et franchement, on recommencerait volontiers. Fiche technique Type : Pantalon softshell hybride Poids : 345g (taille 32) Matières : Fortius DW 2.0 (88% nylon recyclé / 12% élasthanne) Aequora AirPerm™ (86% nylon / 14% élasthanne) Traitement : Déperlant DWR sans PFAS (FC0) Poches : 2 poches zippées compatibles harnais, 1 poche cuisse zippée Ceinture : Ajustable avec boucle décentrée Tailles : 28 à 38 Utilisation idéale : Alpinisme, grande voie, rando technique, vélo urbain Prix : 240 € sur le site de la marque

  • Keqiao 2025 : Anraku plane, les Français restent à quai

    Ce week-end à Keqiao, Sorato Anraku a fait exactement ce qu’on attendait de lui : dominer les débats avec une facilité presque agaçante. Derrière lui, le trio français Schalck-Avezou-Jenft confirme que le talent ne manque pas côté hexagonal, mais que transformer ce talent en podium reste une affaire de détails – et de nerfs solides. Retour en profondeur sur une étape où les absents ont eu le bon goût de ne pas trop monopoliser les discussions. © IFSC Anraku-Lee : un duel au sommet, au sens propre comme figuré Sorato Anraku a décidé d’ouvrir la saison en rappelant à tout le monde que sa médaille olympique n’était pas une anomalie statistique. En finale, il empoche 99,7 points, laissant Dohyun Lee à 0,4 point seulement. Le Japonais affiche un calme olympien (c’est le cas de le dire), tandis que Dohyun Lee peut s’en vouloir d’avoir raté quelques essais de trop. Meichi Narasaki complète un podium asiatique sans grande originalité, mais qui rappelle tout de même cette statistique implacable : depuis presque une décennie, le circuit de bloc est dominé par l’Asie. Japonais et Sud-Coréens se passent le relais avec une régularité presque méthodique. On se croirait face à une mécanique parfaitement huilée : quand un champion baisse en régime, un autre surgit aussitôt, tout aussi affûté. Il y a là quelque chose de fascinant autant qu’irritant pour le reste du monde. La recette japonaise : plus qu’une méthode, une obsession Le Japon n’a pas attendu Sorato Anraku pour écrire sa légende : Tomoa Narasaki, Yoshiyuki Ogata, et même Meichi Narasaki (le petit frère qui sort de l'ombre de son aîné en lui soufflant la médaille) sont là pour rappeler que le talent n’est rien sans travail. Le secret japonais ? Des salles d'entraînement au plafond bas mais aux exigences très hautes, où se façonnent des grimpeurs techniques, créatifs et imperturbables. Le moindre millimètre de prise y est scruté, disséqué, maitrisé. Une vraie leçon de minimalisme nippon : faire mieux avec moins – moins d’espace, moins de prises, moins d’erreurs. La Corée du Sud n’est pas en reste, portée par un Dohyun Lee impeccable à Keqiao, qui paie ici au prix fort quelques hésitations coûteuses. Lee avait pourtant dominé toutes les phases précédentes de la compétition. On serait tenté de le plaindre, mais on se doute que sa revanche se déguste déjà froide pour les prochaines étapes. © IFSC Le trio français : proches du podium, loin de l’abattement Côté français, on repart de cette première étape chinoise sans médaille mais avec de solides motifs d’espoir. Sam Avezou et Paul Jenft étaient aux Jeux Olympiques de Paris 2024 : autant dire qu'ils ne découvrent pas la pression internationale. Cette fois, c’est Mejdi Schalck qui mène le peloton bleu, à égalité parfaite de points avec Sam Avezou en finale. Pas mal, mais « pas mal », ça ne fait pas une Marseillaise. Paul Jenft ferme la marche de ce trio avec un courage remarqué, même s’il manque encore de cette pointe de réussite qui transforme les beaux gestes en grandes victoires. En regardant ces Français grimper ensemble, on sent quelque chose se construire : une émulation collective qui pourrait, à terme, renverser l’ordre établi. À condition bien sûr de régler quelques détails techniques, mais surtout de réussir à conjuguer au présent ce futur qu’on leur promet depuis déjà l'an dernier. Nouveau format, nouveaux visages : huit, ça suffit ou ça disperse ? La finale à huit grimpeurs (contre six auparavant) faisait sa grande première à Keqiao. Verdict ? Les athlètes valident la démarche, les spectateurs hésitent encore un peu. Deux finalistes supplémentaires, c’est davantage de suspense et de spectacle, mais c’est aussi un peu plus de confusion dans les classements intermédiaires. Mention spéciale toutefois à l’Israélien Oren Prihed, invité surprise de cette finale élargie, venu découvrir la pression mondiale avec une étonnante décontraction. On attend les prochaines étapes pour trancher définitivement sur l’intérêt sportif de cette formule élargie, mais le pari d'ouvrir les finales à de nouveaux visages semble déjà réussi. Toby Roberts, ou comment tomber de son piédestal en beauté On s’en voudrait de ne pas mentionner l’étrange contre-performance de Toby Roberts, récent champion olympique 2024, éliminé dès les qualifications. Après avoir longuement discuté des absences féminines dans l’épreuve des femmes, reconnaissons humblement qu'être présent sur la ligne de départ ne garantit pas d'être là à l’arrivée. Toby Roberts en a fait l’amère expérience à Keqiao : être titré aux Jeux ne protège pas d’un faux pas, surtout quand la concurrence mord les prises avec autant d’envie. Même constat pour Colin Duffy, passé à côté de sa compétition, rappelant que la frontière entre exploit et échec reste particulièrement mince en escalade de compétition. Concernant Adam Ondra et Jakob Schubert, leur absence à Keqiao semble s'inscrire dans une stratégie visant plutôt les compétitions de difficulté. Le conditionnel reste de mise en attendant de connaître leur calendrier définitif, mais leur choix n'aurait rien d’étonnant, tant ces grimpeurs mythiques maîtrisent l’art subtil du dosage des efforts. Wujiang en perspective : changer de prise, changer de rythme Prochain arrêt : Wujiang, du 25 au 27 avril. Changement radical de discipline, puisque les grimpeurs s’attaqueront désormais à la difficulté et à la vitesse. Sorato Anraku devra prouver qu’il sait grimper haut aussi bien que court, Lee Dohyun aura une revanche à prendre, et les Français une médaille à chercher. Keqiao aura donc posé clairement les bases de cette saison 2025 : domination asiatique persistante, talent français frustrant mais prometteur, et un nouveau format encore en rodage. Les absents, les présents, les favoris, les outsiders : tout ce beau monde sait désormais que rien n’est jamais acquis. Un petit détail peut suffire à vous expédier hors course ou au sommet du podium. En escalade, comme souvent dans la vie, c’est sur le fil que tout se joue. À bon entendeur. Les résultats détaillés et classement de cette étape sont disponibles ici. Et pour retrouver le calendrier complet de cette coupe du monde IFSC 2025 c'est par là.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Wujiang : programme, horaires et streaming en direct

    Après Keqiao, du 25 au 27 avril, Wujiang (Chine) accueille la deuxième étape de la Coupe du monde d’escalade IFSC 2025, avec les épreuves de difficulté et de vitesse. Voici comment suivre les compétitions en direct depuis la France, avec tous les liens et horaires utiles. © Nakajima Kazushige/IFSC Où regarder Wujiang 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France L’IFSC diffuse habituellement les demi-finales et finales en streaming gratuit sur sa chaîne YouTube officielle. Cependant, en France et en Europe, les finales seront bloquées pour des raisons de droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits de diffusion exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et toute l’Europe. Toutes les phases clés, demi-finales et finales, seront diffusées en direct sur ces plateformes. Un abonnement payant est nécessaire. Replays gratuits sur Olympic Channel Les replays des finales seront accessibles gratuitement sur Olympic Channel dès le lendemain des épreuves. Une alternative pratique, sans abonnement ni restriction géographique. Résultats en direct sur le site IFSC Les qualifications, qui ne sont pas diffusées en vidéo, seront à suivre en temps réel sur le site officiel de l’IFSC. Scores, classements actualisés, tops et zones seront disponibles instantanément. Programme complet (heure française UTC+2) (Wujiang est à UTC+8, soit +6h par rapport à Paris) Vendredi 25 avril – Qualifications 03h00 : qualifications difficulté hommes & femmes (pas de streaming vidéo) 13h00 : qualifications vitesse hommes & femmes (pas de streaming vidéo) Résultats live sur IFSC. Samedi 26 avril – Demi-finales difficulté & Finales vitesse 09h00 : demi-finales difficulté hommes & femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) 13h30 : finales vitesse hommes & femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) Les cérémonies de podium auront lieu immédiatement après les finales de vitesse. Dimanche 27 avril – Finales difficulté 13h00 : finale difficulté femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) 14h00 (environ) : finale difficulté hommes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) Les cérémonies de podium suivront immédiatement après. Suivre Wujiang 2025 sur les réseaux sociaux L’IFSC partage également en direct les coulisses, photos, résultats et clips vidéo via ses réseaux sociaux officiels : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir pour suivre Wujiang 2025 Dates : du 25 au 27 avril 2025, à Wujiang (Chine), avec les disciplines difficulté et vitesse. Streaming officiel en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement nécessaire). Finales bloquées sur YouTube en France en raison des droits exclusifs détenus par Discovery+. Replays gratuits disponibles sur Olympic Channel dès le lendemain des finales. Résultats en temps réel sur ifsc-climbing.org. Le week-end du 25 avril, la Coupe du monde IFSC prend de la hauteur avec les premiers affrontements de la saison en difficulté et en vitesse. Depuis Wujiang, suivez l'élite mondiale se lancer à la conquête des podiums. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

  • Résultats Coupe du Monde de bloc hommes – Keqiao 2025

    Les 18 et 20 avril 2025, la Coupe du Monde masculine de bloc faisait escale à Keqiao, en Chine. Après la victoire nette d'Annie Sanders côté femmes, dont la finale s'était jouée hier, ce sont aujourd’hui les hommes qui ont clôturé le spectacle. Sorato Anraku s’impose avec une facilité déconcertante, laissant Dohyun Lee à quelques poussières de magnésie du titre, tandis que les Français Mejdi Schalck et Sam Avezou ratent le podium d’un souffle. © IFSC Finale Hommes – Bloc (Keqiao 2025) Sorato Anraku (JPN) – 99,7 points Dohyun Lee (KOR) – 99,3 points Meichi Narasaki (JPN) – 83,9 points Tomoa Narasaki (JPN) – 69,6 points Mejdi Schalck (FRA) – 69,5 points Sam Avezou (FRA) – 69,5 points Paul Jenft (FRA) – 44,6 points Oren Prihed (ISR) – 29,7 points Cette finale masculine aura livré un duel au sommet entre Sorato Anraku et Dohyun Lee, qui se sont rendus coup pour coup jusqu’au dernier bloc. Le Japonais s’offre pourtant la victoire sur le fil grâce à un nombre d'essais plus réduit, confirmant ainsi une précision chirurgicale qui ne cesse d'impressionner sur le circuit international. À noter, Meichi Narasaki complète un podium totalement asiatique, une constante devenue presque habituelle sur ces dernières saisons. Côté français, c'est à la fois solide et frustrant : Mejdi Schalck et Sam Avezou terminent à égalité de points, à seulement un dixième de Tomoa Narasaki et du podium. Paul Jenft, quant à lui, reste un cran derrière sans avoir vraiment pu rivaliser sur cette finale très relevée. Demi-finales Hommes – Bloc (Keqiao 2025) Dohyun Lee (KOR) – 99,3 points Sorato Anraku (JPN) – 84,4 points Mejdi Schalck (FRA) – 69,3 points Oren Prihed (ISR) – 69,1 points Sam Avezou (FRA) – 68,8 points Meichi Narasaki (JPN) – 68,3 points Tomoa Narasaki (JPN) – 59,4 points Paul Jenft (FRA) – 59,4 points Les demi-finales avaient pourtant placé Dohyun Lee comme le grand favori, l'unique grimpeur à réussir quatre tops sur quatre blocs avec une aisance stupéfiante. Sorato Anraku, légèrement moins performant en demi, avait alors semblé à portée. Mais le Japonais a finalement pris sa revanche au meilleur moment, affichant une sérénité troublante sur l'ensemble de la finale. Pour les Français, l'issue est teintée d'amertume malgré de solides performances en demi-finale : Mejdi Schalck, Sam Avezou et Paul Jenft étaient pourtant bien placés pour jouer les trouble-fête, mais aucun n'a réussi à convertir pleinement son potentiel en finale. © IFSC Un scénario qui donne le ton pour la suite de la saison Cette ouverture de saison à Keqiao montre déjà les tendances lourdes de l’année à venir : une domination asiatique toujours forte, une équipe de France placée mais encore en quête d'un supplément d’âme, et un circuit mondial de bloc où chaque détail comptera plus que jamais. Prochain rendez-vous à Wujiang : changement de style, changement de dynamique ? La prochaine étape aura lieu à Wujiang, en Chine, du 25 au 27 avril 2025, et proposera cette fois un format difficulté et vitesse. Autant dire que les cartes seront redistribuées, offrant une nouvelle chance aux grimpeurs français de trouver enfin la faille dans la suprématie actuelle. Pour une analyse complète des enjeux sportifs de cette étape à Keqiao, retrouvez notre article approfondi ici. Consultez le calendrier complet de la Coupe du Monde IFSC 2025.

  • Salon de l’Escalade 2026 : Paris transforme l'essai

    Quand on évoquait la première édition parisienne du Salon de l’Escalade en 2025, quelques sceptiques fronçaient les sourcils : « À Paris ? Sérieusement ? ». Parce qu’entre deux clichés sur la capitale sans âme, on imaginait mal la verticale s’inviter sous les néons blafards d’un pavillon de la Porte de Versailles. C’était oublier que la grimpe s'épanouit aussi dans les paradoxes. Et ce pari improbable, lancé en plein cœur de l’hiver, a fini par porter ses fruits, et pas qu’un peu. © Salon de l'Escalade Fini le spleen grenoblois Reprenons rapidement l’itinéraire qui a mené jusque-là. Avant Paris, le salon avait élu domicile à Grenoble, terre incontestable d'escalade, mais avec un léger détail : l’événement tombait en pleine belle saison. Résultat ? Difficile de blâmer les grimpeuses et grimpeurs d’avoir préféré caresser le rocher plutôt que la moquette industrielle du salon. Ambiance mitigée, sourires crispés, succès en demi-teinte. Alors, avec audace (ou peut-être désespoir), l’organisation décide de migrer au nord et en hiver, là où les prises naturelles se font plus rares et où l’appel des salles chauffées résonne fort. Verdict ? Une édition 2025 transformée en carton plein. Des allées bondées, des exposants aux anges, et un public avide qui ne cachait pas sa satisfaction d'avoir enfin trouvé à Paris un lieu d’échange, de débats et d’idées autour de sa passion. L'attraction fatale des conférences Soyons francs, ce succès ne tient pas seulement à l’emplacement ou à la date. La différence s’est aussi faite dans la substance. Parce qu’un salon ne peut plus simplement être une immense boutique à matos : il doit aussi incarner la communauté, ses enjeux et ses questionnements. C’est précisément là que Vertige Media a su jouer son rôle, imaginant un programme de conférences à la hauteur des attentes (et du niveau d’exigence) de la communauté. Entre débats animés, tables rondes incisives et interventions inspirantes, ces deux journées ont prouvé une chose : l’escalade, ce n’est pas seulement « serrer des arquées », c’est aussi réfléchir, débattre, confronter des idées. Bref, c’est une culture, un art de vivre, un univers à part entière. Et ça, les visiteurs comme les exposants l’ont clairement exprimé : cette dimension intellectuelle et culturelle est devenue un incontournable du Salon. Une deuxième édition parisienne qui promet Fort de ce triomphe inaugural à Paris, le Salon de l’Escalade annonce déjà son retour, prévu les 10 et 11 janvier 2026 à Paris Expo Porte de Versailles. Une nouvelle édition qui s’inscrit clairement dans la continuité : ambition renforcée, espace agrandi, et bien sûr, un programme de conférences piloté par Vertige Media encore plus étoffé, plus incisif, et toujours sans langue de bois. On y parlera autant démocratisation de la grimpe que transitions écologiques, autant éthique sportive que nouvelles technologies. Un cocktail prometteur, à consommer sans modération (et sans avoir peur du vertige intellectuel). Le salon devient alors ce qu’il aurait toujours dû être : le lieu de tous les possibles, où la verticale rencontre l’horizontale des débats. 2026 marquera donc la confirmation d’un événement qui a définitivement changé d’échelle. Paris, capitale des paradoxes et désormais capitale d’une grimpe en pleine mutation.

  • Résultats Coupe du Monde de bloc femmes – Keqiao 2025

    Les 18 et 19 avril 2025, la Coupe du Monde féminine de bloc reprenait ses droits à Keqiao, en Chine. Et si la victoire finale d’Annie Sanders semble sans appel, l’étape chinoise aura surtout marqué les esprits par son scénario inattendu : Oriane Bertone, dominatrice en demi-finale, laisse filer la victoire, comme prise d’un vertige dont elle peine à sortir. © IFSC Finale Femmes – Bloc (Keqiao 2025) Annie Sanders (USA) – 54,7 points Oriane Bertone (FRA) – 44,9 points Erin McNeice (GBR) – 44,8 points Mao Nakamura (JPN) – 44,4 points Miho Nonaka (JPN) – 44,1 points Melody Sekikawa (JPN) – 29,6 points Chaehyun Seo (KOR) – 19,6 points Oceania Mackenzie (AUS) – 9,9 points En finale, la tension était évidemment palpable : Annie Sanders a su parfaitement gérer l’enjeu, remportant une victoire solide mais à la saveur particulière, en l’absence de plusieurs grandes rivales du circuit. Oriane Bertone, quant à elle, semble avoir été rattrapée par la pression, passant tout près d’un succès pourtant annoncé après des demi-finales presque parfaites. Le podium, incroyablement serré derrière Annie Sanders, s’est joué à quelques dixièmes de points seulement, confirmant la densité croissante du circuit féminin. Demi-finales Femmes – Bloc (Keqiao 2025) Oriane Bertone (FRA) – 84,7 points Oceania Mackenzie (AUS) – 69,5 points Annie Sanders (USA) – 69,3 points Melody Sekikawa (JPN) – 69,3 points Miho Nonaka (JPN) – 54,7 points Mao Nakamura (JPN) – 45 points Erin McNeice (GBR) – 44,9 points Chaehyun Seo (KOR) – 39,4 points La demi-finale avait pourtant été largement dominée par Oriane Bertone, qui semblait alors sur la voie royale pour démarrer idéalement sa saison. Mais en finale, tout s’est inversé pour la Française. Oceania Mackenzie, elle aussi très performante lors de la demi-finale, a finalement totalement raté sa finale, terminant à une surprenante huitième place. © IFSC Absences notables à Keqiao : le poids invisible des absentes Difficile enfin d’évoquer ces résultats sans rappeler que plusieurs athlètes phares du bloc mondial avaient fait l’impasse sur Keqiao : Janja Garnbret, Natalia Grossman (opérée récemment du genou) ou encore Brooke Raboutou. Ces absences stratégiques ont clairement modifié la dynamique sportive, rendant cette première étape à la fois riche en opportunités et source de frustrations pour celles qui n'ont pas su saisir pleinement leur chance. Prochain rendez-vous : Wujiang redistribue les cartes La prochaine étape aura lieu à Wujiang (Chine), du 25 au 27 avril 2025, avec un changement complet de discipline : les grimpeuses se retrouveront cette fois sur la difficulté et la vitesse. Un changement de décor radical qui pourrait rebattre totalement les cartes d’une saison décidément imprévisible. Pour une analyse complète des enjeux sportifs, stratégiques et médiatiques de Keqiao 2025, retrouvez notre article approfondi ici. Et pour consulter le calendrier complet de cette coupe du monde IFSC 2025 c'est ici.

  • Keqiao 2025 : la Coupe du Monde d’escalade inaugure sa saison chinoise avec ambition et panache

    Pour la deuxième année consécutive, le Keqiao Yangshan Climbing Center ouvre le bal des Coupes du Monde IFSC . Si la tradition veut que les grands rendez-vous de la grimpe mondiale oscillent entre continuité et renouvellement, Keqiao 2025 ne fait pas exception à la règle. Cette première étape marque ainsi le 404e rendez-vous de l’histoire du circuit mondial, dont la 154e épreuve de bloc, inscrivant au passage la Chine comme troisième nation la plus accueillante derrière la France et l’Italie. © Nakajima Kazushige/IFSC Absence notable, cartes rebattues L’absence de la Slovène Janja Garnbret , double championne olympique et vainqueure incontestée ici l’an passé, redistribue d’emblée les cartes. Une situation dont pourraient tirer profit l’Italienne Camilla Moroni et la Chinoise Luo Zhilu, respectivement médaillées d’argent et de bronze en 2024, désormais libérées du poids écrasant de la concurrence de Garnbret. Chez les hommes, la stabilité du podium se démarque avec un trio de choc : Narasaki Tomoa, figure tutélaire du bloc international, accompagné du prodige olympique japonais Anraku Sorato , médaillé d'argent à Paris 2024, et du tenace grimpeur belge Hannes Van Duysen, tous revenus pour en découdre. Entre poids lourds et nouvelles figures La compétition rassemble un contingent conséquent de 132 athlètes venus de 29 pays, dont les délégations japonaise (12 grimpeurs), allemande (11) et américaine (10) constituent les principaux blocs concurrentiels face à la délégation chinoise, forte de 13 représentants. Les vétérans nippons Miho Nonaka et Narasaki Tomoa attirent particulièrement l’attention : Nonaka prend part à sa 52e compétition internationale, tandis que Narasaki atteint le chiffre remarquable de 54 participations en Coupe du Monde de bloc. Les jeunes pousses à surveiller Cette édition est aussi marquée par l’entrée en scène de plusieurs athlètes débutants au niveau mondial . Chez les femmes, la Britannique Emma Edwards et l’Américaine Ella Fisher font leurs grands débuts. Côté masculin, le Canadien Dylan Smith, l’Italien Niccolò Antony Salvatore ou encore l’Israélien Oren Prihed tenteront d’imposer leur style face aux vétérans expérimentés. Confirmation ou révélation ? Face à ces nouvelles dynamiques, quelques visages familiers ambitionnent clairement la plus haute marche . Oriane Bertone (France), Miho Nonaka (Japon) et Annie Sanders (USA) côté féminin, ainsi que Mejdi Schalck (France), Toby Roberts (GBR) et les habitués japonais Anraku Sorato, Sugimoto Rei et bien sûr Narasaki Tomoa tenteront d’affirmer leur domination passée. Programme et enjeux Le lancement officiel aura lieu dès demain, vendredi 18 avril, avec les qualifications féminines dès 3h00 (pour la France), suivies par les hommes à partir de 10h00. Ce premier acte donnera très probablement le ton d’une saison où les enjeux sportifs et symboliques seront à la hauteur des attentes des passionnés d’escalade du monde entier. Pour consulter le détail du programme et comme suivre tout ça en live, rendez-vous ici . La compétition de Keqiao promet d’être un premier chapitre riche en rebondissements et en enseignements, tant physiques qu’intellectuels.  Que la grimpe commence.

  • Fédérations d’escalade : un modèle à bout de souffle ?

    L’info n’a pas encore filtré jusqu’aux chaussons des grimpeurs lambda, mais dans les bureaux des clubs affiliés à la FFME , c’est déjà la discussion du moment : les licences pourraient grimper de 10€ . Un courrier officiel, tombé le 18 mars dans les boîtes mail des président(e)s de clubs, annonce la couleur : une hausse soumise au vote lors de l’Assemblée Générale début avril. Pendant ce temps, la FFCAM, fraîchement pilotée par Charles Van der Elst , s’apprête à dégainer une "contribution environnementale" obligatoire pour ses licenciés . L’objectif affiché ? Financer la transition écologique et la rénovation des refuges. Deux hausses, deux visions. Mais une question qui dérange : jusqu’à quand les licenciés seront-ils la seule variable d’ajustement ? © David Pillet FFME : une augmentation qui coince, mais nécessaire Depuis plusieurs années, la FFME fait de la comptabilité acrobatique, et l’équilibre repose largement sur les licences . Quand le budget tangue, le réflexe est toujours le même : revoir les tarifs à la hausse. Cette année, l’augmentation s’explique par l’inflation, des réserves en baisse et la fin du partenariat avec Blank, qui représentait un soutien financier de poids. Pour mieux comprendre les rouages financiers de la fédération, nous avons échangé avec Alain Carrière, président de la FFME. Selon lui, 50 % des recettes de la fédération viennent des licences , un chiffre qui grimpe à 65 % si l’on inclut l’assurance, reversée à un organisme externe. Les formations et autres ressources propres comptent pour 20 %, les subventions plafonnent à 10 %, et les partenariats stagnent à 5 %, un chiffre ridiculement bas comparé à d’autres sports. « Les subventions ont certes augmenté avec l’entrée de l’escalade aux JO, mais elles restent largement inférieures à celles d’autres disciplines », explique Alain Carrière. « Elles ont été définies à une époque où l’État était moins regardant sur ces budgets, et aujourd’hui, il est difficile d’imaginer faire marche arrière. » Dans ce contexte, la hausse fait grincer des dents, mais elle semble aujourd’hui être la seule solution pour éviter que la fédération ne se retrouve en difficulté financière . Les clubs seront partagés : certains voudront défendre leurs licenciés et éviter de leur faire porter ce fardeau, tandis que d’autres reconnaîtront que sans cet ajustement, la FFME risque d’avoir encore moins de marge de manœuvre à l’avenir. L’alternative serait de repenser entièrement le modèle économique de la fédé, mais ça prend du temps. Et le temps, justement, la FFME n’en a pas. FFCAM : écologie ou cache-misère budgétaire ? De l’autre côté, la FFCAM adopte une autre approche, mais le constat de départ est le même : les finances sont tendues. Avec Charles Van der Elst aux commandes, la fédération affiche son ambition écologique et annonce une contribution environnementale obligatoire sur les licences . L’idée : financer la rénovation des refuges et des actions pour la préservation de la montagne. Sur le papier, l’intention est louable. Mais pour l’instant, rien ne dit que cet argent sera strictement fléché vers ces projets, et non absorbé dans d’autres postes budgétaires. D’autant que la FFCAM tire l’essentiel de ses revenus des refuges, mais ce sont aussi eux qui pèsent le plus lourd dans ses dépenses . Chaque rénovation coûte une fortune, malgré les recettes générées. Un équilibre fragile, où chaque chantier devient un casse-tête financier. Si cette contribution environnementale est bien utilisée, elle pourrait être un levier puissant pour inscrire l’alpinisme et l’escalade dans une dynamique plus durable. Mais si elle manque de transparence, elle risque d’être perçue comme une hausse de licence camouflée sous un vernis écolo. Grimpeurs de haut niveau : système D et appel aux dons Pendant que les fédérations tentent de boucler leur budget, les grimpeurs de haut niveau, eux, doivent toujours jongler pour financer leurs saisons. En France, la FFME ne peut pas envoyer tous ses athlètes sur chaque étape du circuit international . Certaines compétitions, notamment celles à l’autre bout du monde, restent inaccessibles faute de budget. Les grimpeurs doivent alors choisir : autofinancer leur déplacement ou faire une croix sur leur participation. Et ce problème ne concerne pas que la France. L’escalade de haut niveau manque de financements partout. L’Allemagne en est un exemple criant : Alex Megos a récemment lancé un appel aux dons pour permettre à ses compatriotes de participer aux compétitions internationales , faute de soutien suffisant de leur fédération. Une initiative qui en dit long sur la précarité du modèle économique de la discipline. Ce paradoxe est frappant : l’escalade se professionnalise, mais son financement reste du bricolage. Salles privées et marques : un angle mort du financement ? Pendant que les fédérations comptent leurs centimes, l’escalade commerciale explose. Les salles privées ouvrent à un rythme effréné, les marques élargissent leurs gammes, et les chaussons s’arrachent en magasin. À première vue, tout roule pour le business de la grimpe. Mais le lien entre cet essor et le financement du sport fédéral reste quasi inexistant. Certes, certaines salles sont affiliées à la FFME et un représentant des salles privées siège au sein de la fédération. Mais leur contribution reste marginale, loin d’être un véritable levier économique pour le haut niveau ou le développement de l’escalade compétitive. Ailleurs, le modèle est plus structuré. En ski, les stations participent au financement des équipes nationales . En athlétisme, les sponsors privés sont un pilier du budget fédéral. En escalade, on est encore loin d’une telle structuration. Mais avant de pointer du doigt les salles privées, il faut regarder leur réalité économique. Ces dernières années, elles aussi ont dû augmenter leurs tarifs pour encaisser l’inflation : coûts énergétiques en hausse, loyers qui flambent, prix du matériel qui explose. Leur équilibre est fragile, et certaines cotisent déjà à la FFME, mais sans que cela suffise à créer un véritable modèle de financement mixte. L’enjeu n’est pas de leur imposer un financement direct, mais de réfléchir à la manière dont l’essor commercial de l’escalade pourrait mieux profiter à son développement sportif . Vers un big wall budgétaire ? 2025 s’annonce comme un tournant. Si la FFME valide sa hausse de tarifs, les grimpeurs paieront encore un peu plus. À la FFCAM, la contribution environnementale viendra alourdir la note. Individuellement, ces ajustements pourraient sembler anodins. Mais mis bout à bout, ils révèlent une fragilité structurelle . Ce n’est pas uniquement une question de manque de moyens, c’est aussi une question de gestion et d’anticipation budgétaire. Le Club Alpin Suisse (CAS) en a fait les frais : après avoir organisé les Championnats du Monde d’escalade 2023 à Berne, la fédération s’est retrouvée avec un déficit abyssal de 1,8 million d’euros . Mauvaise anticipation des coûts, ambitions mal calibrées… Résultat, le CAS a dû puiser dans ses réserves pour colmater la brèche, et l’impact financier continue de peser sur ses activités. Loin de dire que toutes les fédérations gèrent mal leur budget, cet épisode montre à quel point une gestion approximative peut avoir des conséquences lourdes sur des finances déjà fragiles . Les fédérations sont prises entre deux écueils : d’un côté, un financement structurel insuffisant, de l’autre, des prises de risque dont l’ampleur est parfois sous-estimée. Quand un sponsor se retire ou qu’un budget se resserre, la seule variable d’ajustement reste souvent les licenciés. Ce modèle tient encore, mais il ne fait que repousser l’inévitable. Tant qu’il reposera sur des financements instables et des ajustements de dernière minute, chaque turbulence deviendra une crise. Et si rien ne change, ce ne sont pas seulement les fédérations qui risquent de tomber… c’est toute la structuration du sport qui pourrait décrocher.

  • Grimpeurs et « baisodromes » : Marianne en pleine sortie de route éditoriale

    En qualifiant les salles d'escalade de « baisodromes », Marianne voulait peut-être simplement attirer le clic. Résultat : une avalanche de réactions indignées chez les grimpeurs, et une question de fond qui mérite d'être posée : peut-on tout simplifier au nom du sensationnalisme médiatique ? Quand on a partagé ce fameux article dans nos stories Instagram ce week-end, on imaginait certes réveiller quelques susceptibilités, mais pas déclencher un tel déluge d’indignation. Rapidement, toute une communauté s’est insurgée, réagissant face à un média dont la subtilité reste malheureusement souvent au vestiaire. Et cette fois, c'est la grimpe qui en fait les frais. Marianne dans le vide, la colère des grimpeurs Dès sa publication, le titre de Marianne a suscité une indignation unanime et immédiate chez les grimpeurs. Sur Reddit, plateforme d’expression certes parfois piquante, mais souvent juste dans son diagnostic, une grimpeuse résume clairement la colère collective : « Associer ces lieux presque à des lieux de prostitution ou de clubs échangistes est scandaleux. Même si c’est une citation, comment peut-on en faire un titre ? Au nom de quelle éthique ? » La question, aussi brutale que pertinente, fait mal parce qu’elle touche à l’essentiel : derrière une apparente légèreté, Marianne choisit sciemment de simplifier une discipline complexe, riche, et porteuse de valeurs fortes, à une formule racoleuse. Certes, efficace. Mais profondément injuste. Plus loin, un autre utilisateur de Reddit, avec une pointe d’agacement teintée de lucidité, souligne le problème de fond : « Ce qui me choque le plus, c’est l’ignorance totale de ce qu’est l’escalade. Si c’était simplement pour parler d’amour, le titre aurait pu rester simple. Mais il fallait évidemment choquer pour attirer le clic. » Touché. Car derrière le choix de ce terme cru, presque grotesque, se dessine un problème journalistique majeur : la tentation permanente d’attirer le clic facile au détriment d’un propos juste, précis et respectueux. Une démarche initiale pourtant bienveillante Le plus troublant dans cette histoire, c’est que l’intention première semblait à mille lieues du racolage final. Quelques jours avant la sortie de son article, la journaliste de Marianne publiait sur son compte LinkedIn un appel à témoignages d’une douceur presque naïve, cherchant à mettre en lumière les rencontres amoureuses permises par le sport. On était alors loin, très loin, de l’ambiance sulfureuse du « baisodrome » final. Que s’est-il passé en trois jours pour transformer cette jolie histoire potentielle en une caricature aussi maladroite ? Probablement rien d’autre qu’une réunion éditoriale, où la nécessité d’un titre accrocheur a pris le pas sur l’éthique d’un sujet. Une histoire d’amour douce-amère entre l’audience et le respect des pratiques qu’on raconte. L’escalade, victime facile du cliché médiatique Bien sûr, personne ne nie l’évidence : les salles d’escalade, comme tous les lieux où se croisent des êtres humains, sont propices à des rencontres. Mais résumer ce sport à cette seule dimension mondaine et sentimentale, qui plus est dans un hebdomadaire d'information politique et générale largement diffusé, est une erreur d’appréciation qui révèle une méconnaissance profonde de ce milieu. Certes, nous-mêmes à Vertige Media ne sommes pas toujours exempts de ce reprochable péché mignon éditorial, notamment quand nous publions des micro-trottoirs humoristiques sur la drague en salle ou des contenus légers à l’occasion de la Saint-Valentin. Mais précisément parce que nous connaissons la tentation de ce type de raccourci, nous savons à quel point la frontière est subtile entre un clin d'œil amusé et une réduction brutale du sujet traité. Un internaute, toujours sur Reddit, pointe intelligemment ce glissement : « L’escalade, c’est avant tout une question de confiance et de respect mutuel. Réduire cela à des rencontres amoureuses, c’est passer à côté de l’essence même de cette discipline. » Voilà précisément ce qui dérange le plus profondément les grimpeurs : le manque de compréhension, d’attention au réel, de finesse dans le regard porté sur leur pratique. Comme si l’escalade ne méritait pas mieux qu’un trait d’esprit bancal et provocateur pour exister médiatiquement. Le clic à tout prix : un symptôme plus profond Évidemment, la facilité consisterait à jeter l’opprobre uniquement sur Marianne. Mais soyons honnêtes : cette tentation du raccourci facile, tous les médias la connaissent. Vertige Media inclus. Et si nous veillons à éviter ces pièges, c’est précisément parce que nous en connaissons l’existence et la séduction permanente. Il serait naïf de nier que le paysage médiatique actuel pousse chaque média à toujours plus de surenchère pour attirer l’attention du lecteur. Mais justement, cette réalité ne peut être une excuse permanente à la déformation, au raccourci blessant, à la caricature facile. Au contraire, elle exige une vigilance accrue, une conscience aiguë des limites à ne jamais franchir. Cette polémique rappelle aussi une évidence : la responsabilité particulière d’un hebdomadaire d’Information Politique et Générale (IPG) tel que Marianne, dont la mission première est précisément de ne pas déformer ou biaiser les sujets sociaux ou sportifs dont il se fait l’écho. À ce titre, cette dérive éditoriale n’est pas seulement maladroite, elle contredit l'essence même du journalisme IPG : éclairer la complexité plutôt que céder au raccourci simpliste. Le choix des mots, entre élégance et responsabilité Si cette polémique a provoqué autant de réactions, c’est justement parce qu’elle rappelle une vérité fondamentale : en journalisme, le choix des mots est un acte de responsabilité, une prise de position éthique. Ce n’est jamais un acte anodin. Chaque formule employée dessine une vision du sujet abordé, chaque terme choisi révèle le respect – ou l’absence de respect – que l’on porte à son lecteur. À Vertige Media, cette affaire nous conforte dans une conviction forte : oui, nous aimons les titres intelligents, incisifs, qui suscitent la curiosité. Mais jamais en sacrifiant la dignité du sujet abordé. Car nous pensons qu’il est possible, et même nécessaire, de conjuguer efficacité éditoriale et exigence intellectuelle. Sans vouloir donner de leçon, Marianne aurait peut-être pu se souvenir d’une règle d’or : à force de vouloir attraper l’attention à tout prix, on finit parfois par perdre ce que l’on voulait raconter. Autrement dit, mieux vaut un titre qui ouvre une réflexion, plutôt qu’une formule qui ferme définitivement le débat.

  • Trump dépeuple les rangers : les parcs nationaux en péril

    Si les parcs nationaux sont les poumons des États-Unis, alors l’administration Trump vient de leur coller un bon coup de hache. Pendant que les visiteurs affluent comme un ruisseau après la fonte des neiges – plus de 325 millions en 2023 –, les effectifs, eux, fondent comme neige au soleil. En quinze ans, le National Park Service (NPS) a perdu 20 % de son personnel, et voilà que des milliers de travailleurs saisonniers viennent de voir leurs offres d’emploi pour 2025 purement et simplement annulées . Un coup dur supplémentaire pour des effectifs déjà exsangues. Un plan de sauvetage… version tronçonneuse Le Wall Street Journal  et le LA Times  le rapportent : la saison 2025 s’annonce sèche . Des milliers d’offres d’emploi, saisonnières et permanentes, viennent d’être balayées d’un revers de décret. Un grand ménage qui ne touche pas les latrines des campings – encore que, vu la situation, ça ne saurait tarder – mais bien les effectifs du NPS. Les intérimaires, habituellement la colonne vertébrale du dispositif, se retrouvent sans poste, alors même que leur rôle est crucial : premiers secours, gestion des feux, entretien des sentiers, accueil des visiteurs… bref, tout ce qui permet aux parcs de ne pas se transformer en Battle Royale  pour randonneurs mal préparés . « C’est inimaginable de faire tourner un parc sans les saisonniers  », confie un employé au LA Times , sous couvert d’anonymat. L’inimaginable, pourtant, est en train de devenir réalité. Le vert en berne, le gris en rade Dans ce paysage en décomposition programmée, le National Park Service  ressemble de plus en plus à un organisme sous respirateur. La situation n’est pas nouvelle : sous-financé depuis des décennies, son budget peine à suivre la courbe ascendante de la fréquentation . L’institution a longtemps tenu grâce à son personnel dévoué – et sous-payé. Phil Francis, ancien ranger et président de la Coalition to Protect America’s National Parks , le dit avec amertume : « On plaisantait en disant qu’on était payés en couchers de soleil. Plus la pause dure, plus la réouverture des parcs devient improbable.  » En clair : moins de rangers, moins d’entretien, plus de sentiers laissés à l’abandon, et une expérience de visite qui risque de ressembler à un épisode post-apocalyptique de Into the Wild  (sans la BO d’Eddie Vedder pour compenser). Derrière les chiffres, une vision à court terme La purge actuelle n’est pas seulement une coupe budgétaire, c’est un choix politique . Un choix qui rappelle la vieille idée du Project 2025 , ce programme piloté par la Heritage Foundation , visant à remplacer une bonne partie des fonctionnaires fédéraux par des employés nommés sur critères politiques . Un retour à l’époque où les emplois fédéraux s’échangeaient comme des bons pour une dinde gratuite avant Thanksgiving. Le problème ? Gérer un parc national, ce n’est pas juste poster un selfie devant El Capitan. Ça demande des connaissances pointues en écologie, en gestion des ressources naturelles et en prévention des risques. Quand on sabre dans ces postes, on joue avec le feu – parfois littéralement, vu la recrudescence des incendies dans l’Ouest américain. Entre idéologie et économie : qui ramasse les pots cassés ? Si l’administration Trump pousse pour une réduction du rôle de l’État, elle oublie un détail : l’économie locale dépend directement des parcs nationaux . Chaque été, des millions de visiteurs viennent camper, randonner, escalader , et surtout consommer dans les petites villes aux abords des parcs. Restaurants, hôtels, magasins de matériel outdoor… Tous ces acteurs économiques vivent grâce aux flux touristiques régulés par les infrastructures des parcs. Moins de personnel, c’est moins d’accès, moins de services, et donc moins de visiteurs prêts à lâcher leurs dollars sur place. Et que dire des bénévoles, qui, depuis des années, comblent déjà les brèches laissées par le manque de moyens ? À force de leur demander de porter la baraque à bout de bras, même les plus passionnés finiront par plier bagage. Le risque d’un terrain à l’abandon La nature a horreur du vide, mais les randonneurs encore plus. Le danger n’est pas seulement économique ou politique : il est écologique et sécuritaire . Un parc mal entretenu, ce sont des sentiers envahis, des sites non surveillés, et des comportements à risque multipliés. Ajoutez à cela l’augmentation de la fréquentation, et vous obtenez un cocktail explosif. « C’est effrayant de voir à quel point les choses peuvent mal tourner quand ces lieux sont abandonnés, sans personne pour les surveiller  », avertit une employée du NPS. Des visiteurs livrés à eux-mêmes, sans briefing ni sensibilisation, c’est le jackpot pour les accidents – et les braconniers. Sans parler des infrastructures qui se dégradent, faute d’entretien. Et maintenant ? Pour l’instant, aucune solution ne semble se dessiner. Des sénateurs tentent d’interpeller le secrétaire à l’Intérieur pour lever le gel des embauches, mais rien ne garantit que l’appel sera entendu. Pendant ce temps, le compte à rebours continue, et les parcs se dirigent lentement mais sûrement vers une saison catastrophique . L’avenir du National Park Service  se joue maintenant. Soit on choisit de préserver ces joyaux, soit on les abandonne à leur sort. Et si certains, à Washington, semblent prêts à les sacrifier sur l’autel de la rigueur budgétaire, il faudra peut-être leur rappeler que la nature n’attend pas – et qu’un parc laissé à l’abandon est bien plus long et coûteux à reconstruire qu’à entretenir. Reste à voir si, cette fois, le cri d’alarme sera entendu. Ou s’il se perdra, une fois de plus, dans le vent.

  • Cotation assistée par IA : la grimpe sous algorithmes

    La cotation en escalade n’a jamais été une vérité absolue. Tout juste un arrangement tacite, une interprétation collective. Alors forcément, quand deux chercheurs américains proposent qu’une intelligence artificielle vienne y mettre son nez, ça pique la curiosité… et un peu l’orgueil. Coter une voie, c’est à peu près aussi objectif que donner une note à un film d’auteur ou choisir son vin préféré chez un caviste bio. Il y a l’instinct, le contexte, l’humeur du moment et, bien sûr, cette fameuse « sensation subjective de difficulté » qui rend la cotation aussi imparfaite qu’indispensable. Que celui qui n’a jamais pesté contre un 7a "offert" par une salle complaisante ou un 6b+ mythique qui en vaut trois fois plus me lance la première prise. Mais voilà : à force d’attirer un public toujours plus nombreux et toujours moins familier des subtilités locales, le milieu de la grimpe s’interroge sur ses propres critères. Et si l’on pouvait enfin définir une cotation universelle, juste, impartiale ? Si ce Saint-Graal de l’équité verticale se trouvait non pas chez les ouvreurs, mais quelque part entre un serveur et une carte graphique ? C’est précisément le terrain glissant sur lequel Blaise O’Mara et Shaad Mahmud, chercheurs en machine learning à l’Université du New Hampshire, ont décidé de faire grimper leur intelligence artificielle. Objectif affiché : corriger les biais, standardiser les cotations, rationaliser une discipline qui jusque-là faisait surtout confiance au feeling et au bouche-à-oreille. L’intention est louable. Mais à quel prix ? La cotation, ce mythe fondateur D’abord, rappelons que la cotation n’est pas née pour être exacte. Elle est née pour être partagée. C’est une langue vivante, imparfaite, dialectale, avec ses accents régionaux et ses subtilités morphologiques. On ne cote pas seulement une difficulté physique ; on cote aussi un mouvement, une intention, parfois même un caractère. Dire d’une voie qu’elle « vaut bien 6b+ », c’est comme raconter une anecdote : ça dépend autant du conteur que de l’auditeur. Mais avec la démocratisation de l’escalade, l’avènement des salles commerciales et la compétition olympique, la cotation s’est retrouvée prise au piège de la nécessité marketing et sportive. Plus question de poésie. Il faut du chiffre, du repère clair, de la lisibilité. Les grimpeurs consommateurs veulent savoir exactement ce qu’ils achètent quand ils s’abonnent à une salle. Et les plateformes numériques veulent des données fiables pour nourrir leurs algorithmes. C’est là qu’arrive l’IA, avec la promesse de mettre tout le monde d’accord. Mais attention : l’objectivité technologique pourrait aussi nous priver d’une partie de ce qui fait l’âme de la grimpe. Comme remplacer un récit épique par une fiche technique. Le MoonBoard comme laboratoire Les chercheurs américains ne sont pas tombés de la dernière voie ouverte : pour entraîner leur intelligence artificielle, ils ont choisi un support parfait, standardisé à l’extrême, déjà massivement documenté : la fameuse MoonBoard. Ce pan incliné à 40°, doté d’un set fixe de prises numérotées, représente pour l’IA ce que la drosophile est à la génétique : un terrain d’expérience idéal. Blaise O’Mara et Shaad Mahmud y ont testé trois approches. Une centrée sur la voie elle-même, une autre sur les grimpeurs, et une troisième mixant les deux, façon « simulateur virtuel » de mouvements. Résultat ? Sur la MoonBoard, la machine devine la cotation exacte d’un bloc avec une précision inquiétante : jusqu’à 85 % à une demi-cotation près. Autrement dit, mieux qu’un débutant qui hésite entre 6b et 6c, et au moins aussi bien qu’un ouvreur un peu pressé. La prouesse technique impressionne autant qu’elle interroge : qu’est-ce qui se joue quand un algorithme « voit » mieux une voie que celui qui l’ouvre ou la grimpe ? Et quelle place reste-t-il au débat, à la nuance, à l’humain tout simplement ? Trois approches, trois regards L’IA route-centric est efficace, mais froide : elle lit une voie comme une équation. L’IA climber-centric mesure plutôt la performance, mais reste subjective : elle dépend entièrement du grimpeur qu’elle observe. Quant à l’approche par simulation, si elle promet d’imaginer des grimpeurs virtuels aux capacités idéales, elle peine encore à reproduire la fluidité et les incertitudes des mouvements humains réels. Finalement, la meilleure solution serait probablement hybride : utiliser l’IA comme un partenaire d’entraînement ou un assistant d’ouverture, capable de pointer les biais ou les incohérences, mais sans lui céder totalement le dernier mot. Car c’est précisément l’arbitraire assumé d’une cotation qui permet à l’escalade de rester un jeu. L’IA ou la fin du débat ? C’est là toute l’ambivalence de cette étude. Oui, l’intelligence artificielle peut rendre service, éviter certains excès, pointer du doigt les cotations trop sévères ou trop indulgentes. Elle pourrait rassurer les débutants et permettre aux ouvreurs de mieux calibrer leurs voies. Mais elle pourrait aussi tuer quelque chose d’essentiel : le plaisir du débat, de l’incertitude, de la mauvaise foi parfois. Ce petit grain de sable qui fait que le 7a du jeudi ressemble à un 6c le samedi suivant, parce qu’il pleut dehors, que les potes sont là, ou simplement parce qu’on a mieux dormi. C’est exactement là qu’il faut décider : voulons-nous une escalade hyper-rationalisée, calibrée au micron par des algorithmes sans âme ? Ou préférons-nous garder notre bazar imparfait, certes frustrant parfois, mais infiniment vivant ? Demain, l’IA partout en salle ? Car au-delà de la cotation, l’intelligence artificielle pointe déjà son nez ailleurs. Surveillance des auto-assureurs par caméras intelligentes, murs connectés qui évaluent ton effort en direct, applis qui te proposent des blocs sur mesure… L’avenir se dessine déjà en salle. Un avenir connecté, mesuré, anticipé. Utile sans doute. Nécessaire peut-être. Mais avec ce risque permanent de transformer un sport intuitif et sensoriel en une discipline totalement sous contrôle. Une escalade où tout serait lu d’avance, où l’imprévu n’aurait plus sa place. Un peu comme grimper avec une canne à pêche en clippant les dégaines à l’avance : pratique, sûr, mais où est passé le frisson ? À nous de garder la main Au fond, cette étude nous rappelle surtout que la cotation reste un choix. Pas un verdict. Un choix humain, culturel, historique. L’intelligence artificielle peut nous aider à mieux comprendre ce choix, mais elle ne devrait jamais nous l’imposer. Car après tout, ce qu’on aime en escalade, c’est aussi cette incertitude-là : essayer, se tromper, recommencer. Et si la voie qu’on croyait dure finit par nous sembler facile, tant mieux. C’est le signe qu’on progresse – ou qu’on s’habitue aux erreurs des autres. Ce n’est pas une IA qui nous apprendra à lire une ligne. Tout au plus pourra-t-elle nous montrer un chemin. Mais la manière de le parcourir, de l’apprivoiser ou de le rejeter, restera toujours humaine. Imperfectible, imparfaite. Et c’est tant mieux. Parce que oui, la cotation, c’est comme une bonne histoire : ça dépend surtout de celui qui la raconte.

  • Marco Scolaris reconduit à la présidence de l’IFSC : l’escalade prolonge son règne

    Sans surprise mais non sans débat, Marco Scolaris décroche un ultime mandat à la tête de l’IFSC. Réélu à l’issue d’un scrutin serré, le président historique a désormais quatre ans pour ancrer définitivement l’escalade dans la cour des grands sports olympiques. © IFSC Le 12 avril dernier à Larnaca (Chypre), les coulisses feutrées de la XXIIe Assemblée Générale de l’IFSC avaient des allures de déjà-vu. Après une campagne discrète mais tendue, Marco Scolaris, président emblématique et inamovible depuis 2007, a été reconduit pour quatre années supplémentaires à la tête de la fédération internationale. Face à lui, un challenger crédible et structuré, Tijl Smitz, président de l’IFSC Europe, dont la candidature portait implicitement un appel au renouvellement. Mais l’appel n’a pas suffi : avec 48 voix contre 35 pour son adversaire, Marco Scolaris repart donc pour un dernier tour de piste. Si cette victoire nette valide une continuité rassurante, elle rappelle également que le règne du président italien n’est plus aussi incontestable qu’auparavant. L’escalade sportive, engagée dans un défi historique pour s’ancrer définitivement aux Jeux Olympiques, vient peut-être de choisir la prudence plutôt que l’audace. Reste à savoir si elle ne risque pas de perdre, dans ce choix confortable, une opportunité unique de renouveler profondément ses ambitions. Il faut dire que le président italien a des arguments solides à faire valoir. Sous sa présidence, l’escalade sportive a confirmé sa présence aux Jeux Olympiques, avec un programme ambitieux à Los Angeles en 2028. Là-bas, la discipline atteindra enfin son format rêvé : fini le combiné imposé, place désormais à trois médailles distinctes (vitesse, bloc, difficulté). Cerise sur le gâteau : l’IFSC obtient même huit quotas supplémentaires, portant à 76 le nombre total de grimpeurs olympiques contre 68 prévus pour Paris. De quoi justifier largement le maintien d’un président qui sait visiblement très bien parler olympisme aux oreilles du CIO. Le vieux lion tient encore la corde Avec près de deux décennies aux commandes, Marco Scolaris connaît les rouages comme personne. Sa réélection confirme une évidence : l’IFSC préfère miser sur l’expérience plutôt que sur un pari neuf. La campagne de l’Italien a frappé juste en jouant sur les attentes concrètes du milieu : un calendrier international mieux maîtrisé, un investissement réel pour la para-escalade, et une place olympique enfin gravée dans le marbre. Le tout enrobé dans un discours rassurant sur le « bien-être des athlètes », indispensable caution morale face à des grimpeuses et grimpeurs qui réclament de plus en plus fort d’être entendus. 57,83 % des voix, c’est confortable, mais pas triomphal. Derrière la victoire, perce la nécessité pour Marco Scolaris de ne pas seulement gérer ses acquis, mais de réinventer un peu l’avenir s’il veut laisser une trace plus nette qu’un simple record de longévité. Un casting sans grande surprise, mais avec une nouveauté américaine Côté vice-présidences, les élections ont reconduit en majorité des visages familiers : Naomi Cleary (Australie), Pierre You (France) et Toru Kobinata (Japon) restent en place. Seule petite révolution : l’arrivée remarquée de l’Américaine Anne-Worley Moelter. Un changement qui rappelle subtilement l’importance stratégique de l’Amérique du Nord pour l’avenir olympique de la grimpe. Exit Joachim Driessen (Pays-Bas) et Jan Bloudek (République tchèque), qui n’ont pas réussi à convaincre. Pour les représentants continentaux, là aussi pas de tremblement de terre : Christopher Naude pour l’Afrique, Li Guowei en Asie (au nez d’Anthony Seah, pourtant crédible challenger), Burghilda Beste en Europe, Stephane David en Océanie, et René Sepulveda pour la zone Pan-Américaine. Un board globalisé mais sans véritables outsiders, fidèle à l’esprit IFSC. Au-delà des personnes, c’est aussi sur les projets annoncés que ce dernier mandat sera jugé. Parmi les ambitions affichées, certaines tranchent plus franchement que d’autres : création prévue pour 2027 d’une équipe internationale d’athlètes réfugiés, un nouveau logo pour moderniser l’image de l’IFSC, et surtout un engagement écologique accéléré avec un objectif clair : réduire de moitié les émissions carbone opérationnelles d’ici 2028, soit deux ans avant l’échéance initialement fixée. Moins symbolique mais stratégiquement clé : l’Assemblée Générale a aussi validé l’intégration de deux nouvelles fédérations nationales, le Congo et l’Irak, portant à 101 membres le nombre total de pays représentés à l’IFSC. Un signe clair que sous la gouvernance Scolaris, la fédé continue à étendre méthodiquement son terrain de jeu géographique. Virage numérique et nouvelle frontière Autre nouveauté passée sous les radars mais potentiellement majeure : l’IFSC officialise désormais l’eClimbing et l’ePara Climbing comme disciplines officielles. Derrière ce jargon très eSport se cache une réalité stratégique assumée : coller aux tendances sportives mondiales pour élargir son audience et se positionner habilement dans la course à l’intégration au Comité International Paralympique (IPC). Une manœuvre bien sentie. Enfin, la révélation finale : Riyad accueillera l’Assemblée Générale 2026. Yasmin Gahtani, visage féminin fort du sport saoudien, a présenté une candidature habilement validée par les délégués. Un choix qui, à l’heure où l’IFSC brandit les valeurs d’inclusion et de progrès, ne manquera pas de susciter débats et grincements de dents en coulisse. Marco Scolaris repart donc pour un tour. L’homme est à l’image de l’escalade olympique elle-même : installé mais pas tout à fait assouvi, solide mais toujours sous tension. Reste à savoir si son dernier mandat sera celui du changement ou de la prudence, celui de l’innovation ou de l’immobilisme confortable.

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