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Pourquoi notre club a choisi de soutenir Vertige Media

Président d’EVO, club d’escalade orléanais affilié à la FFME, Maxime Bunel signe une tribune sur la responsabilité des clubs dans l’écosystème de la grimpe. En choisissant de soutenir financièrement Vertige Media au nom de ses 188 licencié·e·s, son club pose un geste qui dépasse le simple don : défendre une culture de l’escalade consciente, critique et indépendante, loin d’une pratique réduite à sa seule consommation.


Escalade Vertical Orléans club
Licencié·e·s du club d’escalade Équilibre Vertical Orléans © EVO

L’idée est arrivée comme arrivent souvent les sujets importants dans un club : au pied des voies. Quelques articles de Vertige Media circulaient déjà entre nous. Ils revenaient dans les discussions, parfois après une séance, parfois entre deux essais, parfois parce qu’un sujet mettait le doigt sur quelque chose que nous sentions sans toujours réussir à le formuler. Puis la campagne de dons a été lancée. À ce moment-là, la question s’est posée assez simplement : est-ce qu’un club comme le nôtre devait rester spectateur, ou pouvait-il participer ?


La clarté d’une évidence : ce média faisait résonner des valeurs que nous essayons déjà de faire vivre au quotidien

J’ai proposé d’inscrire le sujet à l’ordre du jour du conseil d’administration. Nous sommes onze au CA, élu·e·s pour deux ans, et la décision a été votée à l’unanimité. Sans tiraillement, sans calcul d’opportunité, sans stratégie de communication. La clarté d’une évidence : ce média faisait résonner des valeurs que nous essayons déjà de faire vivre au quotidien.


Je tenais aussi à ce que ce soutien soit porté au nom des licencié·e·s. Un club n’est pas une personne. Ce n’est pas la propriété de son président, ni le prolongement administratif de son bureau. Sa légitimité, sa voix et son poids symbolique reposent sur le collectif. À EVO, nous fédérons 188 licencié·e·s. Derrière ce chiffre, il y a des familles, des proches, des parents, tout un petit monde qui gravite autour de notre pratique. Quand un club parle, il ne parle jamais tout seul.


Escalade Vertical Orléans club
Conseil d'administration de Vertical Orléans © EVO

Un grimpeur ou une grimpeuse n’est pas le simple consommateur d’une prestation de service. Il ou elle n’achète pas seulement un accès à un mur, une ouverture de voie ou une sortie encadrée. C’est une voix. Une personne qui participe à la vie d’un sport, d’une communauté, d’un territoire. Si un club se limite à encaisser des adhésions, aligner des créneaux, sécuriser la pratique et préparer des compétitions avant de recommencer l’année suivante, il gère une activité, mais il n’anime pas une culture.


La mission d’un club est pourtant plus large. Elle consiste bien sûr à transmettre une technique : assurer, grimper en tête, gérer la chute, respecter le matériel et le milieu naturel. Mais elle consiste aussi à transmettre une histoire. Comprendre d’où vient l’escalade, pourquoi certains sites existent, qui les a équipés, qui les entretient, comment fonctionnent nos institutions, pourquoi des bénévoles donnent du temps pour que d’autres puissent grimper. Nous ne grimpons pas dans le vide. Nous nous inscrivons dans une histoire collective.


Cet écosystème, nous en bénéficions tous les jours, souvent sans le voir. L’infrastructure est visible : le mur, la falaise, la voie, le relais, le tapis, la prise. Les forces qui rendent tout cela possible le sont beaucoup moins. On voit rarement les heures passées à équiper, entretenir, former, encadrer, défendre l’accès aux sites naturels, négocier avec les collectivités, préserver les falaises, faire vivre les associations. Si les équipeurs se découragent, si le bénévolat s’asphyxie, si les structures collectives s’affaiblissent, c’est l’essence même de notre pratique qui se fragilise.


Nous ne pouvons pas toujours attendre que l’écosystème tienne sans nous

C’est là que le rôle d’un média indépendant devient important. Vertige Media ne nous apporte pas seulement de l’information. Il ne se contente pas de dire qui a terminé troisième à telle Coupe du monde ou qui a enchaîné tel bloc. Il apporte de la mémoire et du débat. Il éclaire les mutations sociales, économiques, environnementales et culturelles de la grimpe. Il crée du lien entre des acteurs qui ne se rencontrent pas toujours. Il permet à un club d’Orléans de ne pas rester enfermé dans son périmètre local, mais de se sentir concerné par ce qui traverse l’ensemble de la communauté.


Ce n’est pas abstrait. Quand Vertige publie un article sur le repos en escalade, ce n’est pas seulement un sujet de préparation physique. C’est un texte que l’on peut partager dans un club pour parler autrement de progression, de fatigue, de blessure, de culpabilité à ne pas grimper. C’est typiquement le genre de contenu qui permet d’ouvrir une discussion avec des jeunes, des adultes, des compétiteur·rice·s ou des pratiquant·e·s qui viennent surtout pour le plaisir. Un sujet apparemment simple devient une porte d’entrée vers autre chose : notre rapport à la performance, au corps, à l’arrêt, au temps long.


Escalade Vertical Orléans club
Licencié·e·s du club d’escalade Équilibre Vertical Orléans © EVO

Il serait confortable de rester dans notre périmètre : nos murs, nos sorties, nos compétitions, notre calendrier interne. Mais l’escalade contemporaine est traversée par des questions qui dépassent largement un club d’Orléans : l’accès aux sites naturels, la biodiversité, la démocratisation, la place des structures privées, l’ère olympique, les liens avec les marques, les formes nouvelles de consommation sportive. Dans ce contexte, grimper devient aussi un acte politique. Non pas au sens partisan du terme, mais parce que pratiquer un sport, c’est participer à des choix collectifs : ce que l’on transmet, ce que l’on finance, ce que l’on accepte, ce que l’on questionne, ce que l’on veut préserver.


Pour cela, l’exercice de la critique est indispensable. Un milieu qui refuse de s’interroger se condamne à l’appauvrissement. La critique journalistique n’est pas une hostilité envers l’escalade. Elle peut être, au contraire, une preuve d’attention. On questionne ce que l’on souhaite voir progresser. On interroge ce que l’on ne veut pas laisser s’abîmer. Le désaccord n’est pas une fracture. Il est le signe qu’un milieu est assez mature pour débattre de ses propres choix, de ses contradictions et de son avenir.


Soutenir les voix indépendantes qui documentent, interrogent et relient notre communauté, c’est aussi garantir la vitalité de notre passion commune

À l’heure où l’information spécialisée est largement captée par les marques, les réseaux sociaux, les salles commerciales et les algorithmes, nous avons besoin d’espaces capables de prendre le temps. Des espaces qui enquêtent, croisent les sources, donnent la parole à différents acteurs, vulgarisent des connaissances et les rendent accessibles à celles et ceux qui n’auraient pas forcément le temps d’aller les chercher seuls.


Le modèle gratuit de Vertige Media résonne aussi avec notre éthique associative. Un club défend l’accès, la transmission, le partage. Quand je relaie un article auprès des adhérent·e·s, je ne veux pas devenir l’agent commercial d’un abonnement. Je veux simplement ouvrir une fenêtre de réflexion, inviter à regarder au-delà du bout de ses chaussons.


C’est pourquoi j’invite les autres clubs à engager cette réflexion. Non pas nécessairement pour calquer notre démarche ou reproduire notre contribution financière, mais pour se demander de quoi ils bénéficient, ce qu’ils veulent préserver, et quels acteurs ils acceptent de laisser disparaître faute de soutien. Nous profitons tous d’un écosystème que nous n’avons pas entièrement construit. À un moment ou un autre, il faut aussi participer à son entretien.


Un club ne grimpe jamais seul. Il s’appuie sur des falaises équipées par d’autres, des murs construits par d’autres, des bénévoles formés par d’autres, des récits écrits par d’autres, des combats menés par d’autres. Nous ne pouvons pas toujours attendre que l’écosystème tienne sans nous.


Un club ne saurait être un simple consommateur passif d’escalade. Il en est le coproducteur responsable. Soutenir les voix indépendantes qui documentent, interrogent et relient notre communauté, c’est aussi garantir la vitalité de notre passion commune.

 
 

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