Ali-Sina Mostafavi avait 38 ans. Originaire de Kerman, ville du sud-est de l’Iran, il partageait en ligne ses ascensions, dont celle de l’Everest. Arrêté en avril après les manifestations de janvier 2026, il avait été transféré à l’isolement fin septembre. Sa famille aurait alors été convoquée pour une dernière visite. Selon Human Rights for Sport (HRS), 217 sportifs auraient été tués par des tirs directs et plus d’une centaine de détenus. De son côté, le média indépendant en exil, IranWire, a relayé ces chiffres, qui ne constituent toutefois pas un bilan recoupé.
Les accusations et les zones d’ombre
La justice iranienne accusait Ali-Sina Mostafavi d’attaques armées à Kerman, dont des tirs contre des civils sur la place Azadi le 24 mars 2026, ainsi que de liens avec Reza Pahlavi, prince héritier en exil, et Israël. Ces accusations, rapportées par Mizan News — média officiel lié à l’appareil judiciaire du régime — sont la version des autorités. Loin, très loin du résultat d’une enquête indépendante. À ce jour, les preuves du procès n’ont pas été rendues publiques.
HRANA — Human Rights Activists News Agency, l’agence de presse des activistes des droits humains — a dénoncé des violences en détention et des aveux forcés. Le média britannique indépendant, The Guardian indique quant à lui que la Cour suprême avait bel et bien confirmé la condamnation à mort d’Ali-Sina Mostafavi fin septembre.
« Ce qui lui est arrivé était aussi un avertissement adressé à toute la population : regardez ce que nous pouvons faire à quelqu’un comme lui »
Zohreh Abdollahkhani, membre de Human Rights Watch et ancienne championne iranienne d'escalade sur glace à propos de l'exécution du lutteur Navid Afkari, en 2020.
Ces faits s’inscrivent dans un contexte où des accusations de « guerre contre Dieu », de « corruption sur terre », d’espionnage ou d’atteinte à la sécurité nationale frappent manifestants et opposants au régime iranien. Depuis février 2026, la République islamique d'Iran fait face aux frappes sporadiques des États-Unis et d'Israël. Depuis la mort du guide suprême Ali Khamenei en mars dernier, la direction du pays est très opaque. Amnesty International, Human Rights Watch et des experts de l’ONU dénoncent des procès inéquitables devant les tribunaux révolutionnaires : accès insuffisant à un avocat, procédures expéditives, aveux possiblement extorqués sous la torture. Les chefs d’accusation ne suffisent donc pas à établir les faits.
Des sportifs pris pour cibles
Ali-Sina Mostafavi n’était pas le seul sportif visé. Selon HRS, au moins six autres sportifs risquent actuellement l’exécution : le nageur Ali Pishevarzadeh, le footballeur Ehsan Hosseinpour, le boxeur Mohammad Javad Vafaei-Sani, le combattant Benyamin Naghdi, l’athlète équestre Taraneh Rahimi et l’alpiniste Maryam Siri. Détenu depuis 2020, Vafaei-Sani a vu sa demande de nouveau procès rejetée en 2025, rapporte le Guardian. Le combattant Gholamreza Khani Shakarab a été exécuté en mai, le taekwondoïste Siavash Jamshidi Kheirabadi début octobre.
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Les sportifs ne sont pas poursuivis sous un statut particulier, mais leur notoriété peut donner à leur sort une valeur d’exemple. HRS y voit un avertissement à la population. Et cite le précédent du lutteur populaire Navid Afkari, exécuté en 2020. « Ce qui lui est arrivé était aussi un avertissement adressé à toute la population : regardez ce que nous pouvons faire à quelqu’un comme lui », explique Zohreh Abdollahkhani, membre de Human Rights Watch et ancienne championne iranienne d'escalade sur glace, au Guardian.
La terreur et la répression dans un silence assourdissant
La peine capitale agit aussi dans l’attente : condamnés et proches ignorent quand la sentence sera exécutée. L’isolement ou la convocation familiale pour une dernière visite peuvent annoncer que le délai se referme. HRS affirme que des proches sont surveillés ou arrêtés. « Dans un cas, sa sœur et son beau-frère ont été arrêtés et toute la famille est placée sous surveillance téléphonique. Il est donc tout simplement impossible d’entrer directement en contact », explique Zohreh Abdollahkhani au Guardian. Une campagne menée avec d’autres associations a déjà suspendu l’exécution d’un sportif, sans annuler sa condamnation. Le détenu reste donc menacé. Cette incertitude rend la prise de parole risquée pour les familles comme pour ceux qui documentent les affaires.
Selon les organisations de défense des droits humains, la peine capitale sert à terroriser les opposants et à dissuader la société de se mobiliser. Dit autrement : c’est une forme de terreur d’État.
Quatre eurodéputés avaient écrit à la Fédération internationale de football association (FIFA) avant la Coupe du monde pour l’alerter sur le sort de sportifs iraniens menacés d’exécution, rapporte le Guardian. Zohreh Abdollahkhani affirme que les élus n’ont reçu aucune réponse. Interrogée par HRS, la FIFA dit être au courant des inquiétudes et remercie les parties prenantes pour leur mobilisation, sans répondre directement au sujet de cette lettre. Également sollicité, le Comité international olympique se dit profondément préoccupé par la situation des sportifs iraniens. Il rappelle toutefois qu’en tant qu’organisation non gouvernementale, il ne peut modifier les lois d’un État souverain. Ces limites sont réelles. HRS estime néanmoins que les instances pourraient donner davantage de visibilité à ces affaires et maintenir la pression diplomatique.
L’exécution d’Ali-Sina Mostafavi symbolise une répression politique plus vaste. Selon les organisations de défense des droits humains, la peine capitale sert à terroriser les opposants et à dissuader la société de se mobiliser. Dit autrement : c’est une forme de terreur d’État.
Les instances sportives ne décident pas du sort des prisonniers et leur pouvoir est limité. Mais lorsque leurs réponses se bornent à des déclarations sans effet visible, leur silence les rend lourdement responsables : il laisse la répression meurtrière du régime iranien dans l’ombre. Pour les sportifs encore menacés, maintenir l’attention ne garantit pas le salut. C’est le minimum pour que la terreur et la répression ne s’exercent pas à huis clos.