Accès à la nature : l'Europe de l'outdoor s'inquiète
Réunis à Sundsvall, en Suède, du 8 au 10 septembre, les acteurs européens des sports de nature ont placé l'accès aux espaces naturels au centre de leurs débats. Cet accès n'est plus une simple question de loisirs : c'est désormais un sujet politique, qui touche à l'égalité, à la gouvernance des territoires et à la protection de la biodiversité.

Du 8 au 10 septembre, Sundsvall a accueilli la huitième édition d'Outdoor Sports Euro'Meet, la première organisée en Suède. Cette ville portuaire de la côte est suédoise se trouve à près de 400 kilomètres au nord de Stockholm. Plus de 200 participant·e·s venu·e·s d'une vingtaine de pays y ont répondu à l'invitation du réseau européen des sports de nature (ENOS) et de la fédération Svenskt Friluftsliv : chercheurs, collectivités, fédérations et gestionnaires d'espaces naturels. La municipalité, l'administration régionale et l'université locale étaient associées à l'organisation.
Les débats tournaient autour de trois thèmes : la force du mouvement outdoor, l'accès et l'accessibilité, l'inclusion et la diversité. Le choix du pays n'avait rien d'anodin. La Suède applique l'allemansrätten, le « droit de tous ». Ce principe coutumier, inscrit dans la Constitution, permet à chacun de circuler et de bivouaquer dans la nature, y compris sur des terrains privés, à condition de les respecter. Le professeur Peter Fredman a d'ailleurs ouvert les conférences par une intervention au titre évocateur : « L'air est gratuit ».
« Comment soutenir la pratique sans supprimer, à force d'encadrement, la liberté qui lui donne son sens ? »
Lisa Mari Watson, directrice de l'organisation norvégienne Tverg.
Dans un long bilan publié le 7 octobre, l'ENOS reconnaît que la rencontre n'a apporté « aucune réponse unique » aux défis du secteur. Plusieurs idées fortes s'en dégagent pourtant. La première : l'accès à la nature n'est « pas réellement acquis tant que chacun ne sent pas que le dehors est un lieu auquel il appartient ». Autrement dit, ouvrir les sentiers ne suffit pas si les barrières sociales, économiques ou culturelles demeurent. La deuxième : les sports de nature ne peuvent plus se contenter de réduire leur impact. Ils doivent aussi contribuer à la bonne santé des paysages et des écosystèmes. La troisième : aucun secteur ne réglera seul les tensions entre fréquentation, protection de la biodiversité et tourisme.
Une question devenue très politique
« Nous devons reconstruire notre capacité à travailler ensemble, entre secteurs, entre pays, par-delà nos différences », plaide Benjamin Billet, président de l'ENOS, cité dans ce même bilan. La Norvégienne Lisa Mari Watson, directrice de l'organisation Tverga, a résumé l'enjeu de toutes ces politiques : « Comment soutenir la pratique sans supprimer, à force d'encadrement, la liberté qui lui donne son sens ? »
En France, la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) a commencé à se retirer des conventions qui lui confiaient la gestion de nombreuses falaises. La question de l'entretien des sites naturels, et de la responsabilité en cas d'accident, reste donc en partie ouverte. La loi « Montagne III » du 18 août 2026 apporte un premier outil. Son article 16 permet d'instituer des servitudes (des obligations de passage imposées à des terrains privés, ndlr) pour garantir l'accès aux sites d'alpinisme, d'escalade et de sports de nature en montagne. Le texte ne crée pas de droit général d'accès comparable au modèle nordique. Mais il fait de l'accès à ces espaces un sujet de politique publique.
Entre ouverture et régulation, le débat se joue désormais à l'échelle européenne. Il reste à savoir si les pratiquants seront associés aux décisions qui concernent leurs propres milieux.













