USA : 30 ans de prison pour un projet de fusillade sur un rassemblement de grimpe
- Pierre-Gaël Pasquiou

- 16 nov. 2025
- 4 min de lecture
Un grimpeur de 41 ans, originaire de Portland (Oregon), a été condamné à 30 ans de prison pour avoir préparé une fusillade de masse lors d’un rassemblement d’escalade à Smith Rock, l’un des sites les plus connus des États-Unis. Arrêté la veille de l’événement en 2023, alors qu’il était en possession de plusieurs armes à feu et de munitions, il a été reconnu coupable de multiples tentatives de meurtre. Retour sur une affaire qui a marqué la communauté locale de la grimpe.

Smith Rock, c’est un nom familier pour de nombreux·se grimpeur·ses, y compris en France : un site emblématique de l’escalade sportive américaine, régulièrement cité dans les topos et les vidéos. À l’automne 2023, ce décor de carte postale est pourtant passé tout près d’être associé à une tout autre histoire : celle d’une fusillade de masse visant un rassemblement de grimpeur·ses. Ce scénario ne s’est jamais matérialisé. Des proches ont pris au sérieux des messages inquiétants, les autorités ont réagi, et un homme a été arrêté avant même le début de l’événement. Deux ans plus tard, la justice de l’Oregon vient de refermer ce dossier avec une condamnation lourde : 30 ans de prison pour l’auteur du projet. Voici ce que l’on sait de cette affaire, vue depuis la communauté de l’escalade.
Smith Rock, week-end presque ordinaire
Les faits remontent à l’automne 2023. À Smith Rock State Park, dans l’Oregon, se tient chaque année le Craggin’ Classic, un rassemblement organisé par l’American Alpine Club. Au programme : ateliers, grimpe en falaise et soirées, avec plusieurs centaines de participant·es attendu·es sur le week-end.
Quelques jours avant l’événement, un grimpeur de 41 ans, Samson Garner, résidant à Portland, envoie à son ex-compagne et à d’anciens proches une série de messages particulièrement inquiétants. Il y évoque de façon explicite l’idée de tirer sur des grimpeur·ses et des spectateur·rices lors de rassemblements outdoor, et mentionne notamment le Craggin’ Classic. Les échanges sont suffisamment précis pour alerter son entourage, qui décide de prévenir la police.
Lors des audiences, la défense a insisté sur cet état psychologique, évoquant un homme dépressif, isolé, qui aurait davantage voulu se suicider que commettre une attaque de masse.
Informés de ces menaces, les enquêteurs de Portland ouvrent une enquête et suivent ses déplacements. Le 19 octobre 2023, veille officielle du rassemblement, l’homme est repéré dans le secteur de Smith Rock. Il est interpellé sur un parking de départ de sentiers, non loin du site, alors qu’il revient d’une sortie à VTT. Dans son véhicule, les forces de l’ordre découvrent un fusil de type semi-automatique, plusieurs pistolets, un gilet tactique et un volume important de munitions. Il est aussitôt placé en détention provisoire et poursuivi pour un ensemble de chefs liés à la préparation d’une attaque armée.
Malgré cette arrestation, les autorités estiment que la menace est circonscrite à un seul individu. Le Craggin’ Classic est maintenu, avec un dispositif de sécurité renforcé. L’événement se déroule finalement sans incident, et une partie des participant·es ne découvre l’ampleur de la menace que dans les semaines qui suivent.
Un grimpeur en chute libre
Selon la presse locale américaine, Samson Garner n’est pas un inconnu dans la communauté de l’outdoor de Portland. Grimpeur régulier, il a été membre d’une association de montagne locale et participait à des activités en falaise et en montagne. Les éléments présentés au tribunal dressent le portrait d’un homme dont la situation personnelle s’est nettement détériorée dans les années précédant les faits : séparation conflictuelle, éloignement de ses enfants, difficultés financières, problèmes d’addiction. C’est dans ce contexte que ses proches ont vu apparaître des messages mêlant détresse personnelle, propos suicidaires et menaces très explicites de passage à l’acte.
Lors des audiences, la défense a insisté sur cet état psychologique, évoquant un homme dépressif, isolé, qui aurait davantage voulu se suicider que commettre une attaque de masse. Mais pour l’accusation, l’élément décisif est ailleurs : au-delà des mots, l’intéressé avait effectivement pris la route, transporté des armes et des munitions, et s’était rendu sur place à la veille d’un événement présenté comme très fréquenté.
Pour un lectorat français, une affaire de fusillade déjouée peut sembler presque « typique » du contexte américain, marqué par une circulation bien plus large des armes à feu et par une succession de drames dans des écoles, des lieux publics ou des événements culturels.
Le procès s’est tenu en 2025 devant un tribunal du comté de Deschutes, qui couvre notamment la région de Smith Rock. Après environ trois semaines d’audience, un jury a déclaré Samson Garner coupable de plusieurs dizaines de chefs d’accusation, dont de nombreuses tentatives de meurtre et des infractions liées au port et à l’usage illégal d’armes à feu. La peine a été prononcée début novembre : 30 ans de prison. Le tribunal a retenu plusieurs chefs principaux de tentative de meurtre, assortis de peines exécutées de manière consécutive et non simultanée, ce qui explique la durée totale de l’incarcération. Une période de supervision post-carcérale est également prévue à l’issue de sa peine.
Pour justifier cette sévérité, la juge a insisté sur le caractère concret de la menace : déplacement sur les lieux, arsenal complet à bord du véhicule, ciblage d’un événement rassemblant de nombreuses personnes. Le fait qu’aucun coup de feu n’ait été tiré tient, selon l’analyse de la cour, à l’intervention des proches et des forces de l’ordre, et non à une renonciation volontaire de l’accusé.
American crime story
Pour un lectorat français, une affaire de fusillade déjouée peut sembler presque « typique » du contexte américain, marqué par une circulation bien plus large des armes à feu et par une succession de drames dans des écoles, des lieux publics ou des événements culturels. Ce dossier-ci touche toutefois un univers plus familier aux grimpeur·ses : celui des rassemblements.
Cette affaire rappelle surtout une chose : nos falaises et nos salles ne sont jamais totalement à l’abri des failles du monde qui les entoure. À Smith Rock, la fusillade est restée à l’état de projet avorté. À Memphis Rox, en revanche, le drame s’est produit, laissant deux morts et une communauté sous le choc.














