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L'étrange présence de crash pads sur la tour de lancement d'une fusée Isar Aerospace

Une image étrange a récemment circulé entre les sphères de l’escalade et du spatial : des crash pads Ocún, normalement destinés à amortir les chutes en bloc, étaient sanglés à la tour de lancement d’une fusée Spectrum d’Isar Aerospace. Mais que s'est-il passé ?


Crashpads Ocun fusée
© Isar Aerospace

Le détail a immédiatement attiré l’œil des grimpeur·se·s, d’autant que la marque tchèque elle-même a semblé découvrir la scène presque en même temps que le reste d’internet. L’image a quelque chose de délicieusement absurde. Dans un décor de câbles, de métal et de procédures cryogéniques, on distingue clairement des crash pads Ocún fixés à la structure de lancement. Le genre d’objet que l’on s’attend à voir sous un bloc un peu haut, pas à proximité immédiate d’un lanceur orbital. La scène a notamment été repérée et commentée sur Reddit, où plusieurs internautes ont essayé d’en déduire la fonction à partir de la position des pads sur la tour.


Ocún, de son côté, a joué la carte de la surprise amusée. Sur ses réseaux, la marque a expliqué que son crash pad Dominator s’était retrouvé sur la mission « Onward and Upward » d’Isar Aerospace, avec une formule qui laissait entendre qu’il ne s’agissait pas d’une opération prévue de leur côté : « On n'avait pas prévu ça… mais on est partants. »


Faute de réponse officielle détaillée, l’hypothèse la plus crédible reste donc celle avancée par plusieurs observateurs en ligne : les pads auraient pu servir de protection là où certains éléments d’infrastructure, notamment liés aux connexions ou déconnexions rapides au moment du décollage, risquent de heurter la structure ou d’absorber un choc. Cela reste une supposition, pas un fait établi.


Si cette image a autant circulé, c’est aussi parce qu’elle arrive dans un moment déjà assez chaotique pour Isar Aerospace. Le premier essai de sa fusée Spectrum, le 30 mars 2025, avait bien démarré : la fusée avait décollé depuis Andøya, en Norvège, avant que le vol ne soit stoppé une trentaine de secondes plus tard. Le lanceur était ensuite retombé en mer de façon maîtrisée. Malgré cela, l’entreprise avait présenté l’essai comme utile, car il avait permis de vérifier que le décollage fonctionnait et de récupérer des données pour la suite.


La deuxième mission, baptisée « Onward and Upward », est plus importante. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de tester la fusée : Isar veut aussi valider une étape clé de son programme et envoyer une petite charge dans l’espace, avec cinq mini-satellites et une expérience à bord. Mais là encore, rien ne s’est déroulé comme prévu. Une première tentative, en janvier, a été annulée à cause d’un problème technique. Une autre, le 25 mars, a dû être interrompue à cause d’un bateau entré dans la zone de sécurité, puis d’un souci de température du carburant. Enfin, le 9 avril, l’entreprise a stoppé une nouvelle tentative pour vérifier une fuite sur un réservoir sous pression. Résultat : au moment où l’on écrit ces lignes, la mission n’a toujours pas décollé.


C’est peut-être aussi pour cela que cette histoire de crash pads a pris une telle ampleur dans les communautés grimpe et spatial. Parce qu’elle fait se rencontrer deux mondes que tout semble opposer, mais que relie soudain un même objet de protection. Dans un cas, il amortit les erreurs du corps. Dans l’autre, il semble peut-être absorber une violence purement mécanique. Et il y a, dans ce télescopage entre culture du bloc et industrie du lanceur, quelque chose de presque trop beau pour n’être qu’un détail logistique.

 
 

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