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- Straight 8s : une symphonie verticale en huit actes
Neil Gresham aurait pu se reposer sur ses lauriers après avoir dompté Lexicon, l’un des E11 les plus exigeants du Royaume-Uni. Mais l’exploit a laissé place à un vide qu’il peine à combler. « En escalade, je n’ai jamais manqué de motivation, mais depuis Lexicon, qui a été le projet le plus dur de ma vie, je me sens un peu perdu et en manque de focus, » confie-t-il. C’est en visionnant 24/8s, le film de Dave MacLeod sur un défi multidisciplinaire en Écosse, qu’il retrouve une direction . « J’ai toujours aimé explorer différents styles d’escalade, donc ça m’a vraiment parlé, » explique Neil. Inspiré, il élabore un défi taillé à sa mesure : boucler en 24 heures un bloc V8, une voie trad E8, une voie sportive 8a, un itinéraire de dry-tooling D8, et terminer par l’ascension de huit sommets des Wainwrights . « Pendant la préparation, j’ai ressenti le besoin de partager cette expérience avec un partenaire, quelqu’un qui partage ma vision, » raconte-t-il. C’est alors qu’il pense à Anak Verhoeven , grimpeuse belge de renom. Anak Verhoeven, hors de sa zone de confort Neil et Anak se sont rencontrés lors d’un rassemblement en Italie. « C’était sa première vraie expérience de l’escalade trad, et à la fin du week-end, elle a ouvert une E7. Elle s’est vraiment éclatée, » se souvient Neil. Lorsqu’il lui propose de participer à son défi, il ne s’attend pas à une réponse positive. « Ça sonnait comme une expérience unique, une chance qui ne se reproduirait pas. » « C’était tellement différent de ce que je fais d’habitude. Je n’avais jamais fait de dry-tooling, et en plus, je ne suis pas particulièrement bonne en randonnée sur de longues distances, » admet-elle. Pourtant, elle embarque dans l’aventure. « Ça sonnait comme une expérience unique, une chance qui ne se reproduirait pas. » Défi lancé : huit étapes d’une intensité folle Le jour J commence au Bowderstone , un site mythique du Lake District . Le premier objectif : un bloc V8. « Ce problème, c’est du pur board-style : surplombant, des petites prises bien crades, et des mouvements explosifs, » détaille Neil. Malgré un échauffement précipité, Neil plaisante sur ses habitudes : « C’est ce que je faisais en compétition : bâcler l’échauffement, me cramer, et après me faire détruire. » Anak, quant à elle, aborde le bloc avec curiosité et méthode, cochant rapidement l’objectif. « Cette traversée trempée, c’était horrible. Tes pieds glissent, tu essayes de les sécher à chaque mouvement. J’ai fini complètement cramé » L’étape suivante, une voie trad E8 à Iron Crag baptisée Way Out West , ajoute une couche de complexité. « Il y avait une traînée humide sur l’itinéraire, juste là où c’est le plus délicat, » raconte Anak. « C’est le genre de journée où, normalement, tu rentres chez toi, » ajoute Neil. Mais le duo persévère. « Cette traversée trempée, c’était horrible. Tes pieds glissent, tu essayes de les sécher à chaque mouvement. J’ai fini complètement cramé » confie Neil, soulagé d’en finir. Le timing devient serré lorsqu’ils atteignent Millside pour la voie sportive 8a. « Normalement, une 8a, c’est dans mes cordes. Mais après tout ce qu’on avait déjà fait, je ne savais pas combien il me restait dans le réservoir, » avoue Neil. Malgré la fatigue, les deux grimpeurs passent l’étape. Le dry-tooling, quatrième épreuve, représente un véritable joker. « J’en avais fait un tout petit peu, mais pour Anak, c’était une première, » précise Neil. « C’était tellement fun, » s’enthousiasme Anak. « J’avais la même sensation que quand j’ai fait du trad pour la première fois : un mélange d’excitation et d’appréhension. » L’épreuve finale : huit sommets à gravir Alors que la nuit tombe, les deux grimpeurs s’attaquent à la dernière partie : une randonnée nocturne à travers huit sommets des Wainwrights . Les conditions se dégradent rapidement. « Le vent était déchaîné. Chaque sommet semblait encore plus loin que le précédent, » raconte Neil. Anak, malgré son manque d’expérience en randonnée, s’accroche : « Je n’avais jamais marché aussi longtemps. Je ne savais pas comment j’allais tenir, mais je me disais juste : un pas après l’autre. » « Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait, mais c’était incroyable. Une expérience comme aucune autre. » Le dernier sommet, Holme Fell , est atteint juste avant la fin des 24 heures. « On était brisés, littéralement. Mais c’était aussi une satisfaction énorme. On avait réussi, » confie Neil. Anak, les yeux brillants de fatigue, partage ce sentiment : « Je n’ai aucune idée de comment j’ai fait, mais c’était incroyable. Une expérience comme aucune autre. » Straight 8s : Un exploit collectif Au-delà de la performance, Straight 8s célèbre une collaboration singulière . « Escalader, c’est souvent un sport individuel, mais ce défi, c’était une vraie aventure d’équipe, » résume Neil. Pour Anak, cette expérience a été une révélation : « J’ai découvert des facettes de l’escalade que je n’aurais jamais explorées. Ça a été épuisant, mais aussi incroyablement enrichissant. » Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .
- Les grandes voix de Freissinières : portraits d’une montagne humaine
Quand on pense à la vallée de Freissinières, nichée au cœur des Hautes-Alpes, on imagine des falaises infinies, des vallons sauvages et des tentes éparpillées au gré des bivouacs estivaux. Mais pour ceux qui y participent, le rassemblement omnisport de la FSGT représente un terrain d’expression politique, espace de solidarité et laboratoire d’utopies . Et c’est précisément ce que capture le documentaire "Les Grandes Voix : un rassemblement sportif et militant", dont la première projection publique est prévue pour le 7 décembre prochain à Césure de Paris . Un film, plusieurs voix Derrière ce projet, une équipe passionnée composée de membres du service communication de la FSGT et d’un vidéaste professionnel. Le tournage a eu lieu cet été, sur les falaises et sentiers de Freissinières, et met en lumière six figures clés du rassemblement . Ces personnages, chacun à leur manière, incarnent les valeurs portées par cet événement : entraide, inclusion et engagement militant. « Ce sont des témoignages qui montrent ce que cela signifie, à un niveau personnel mais aussi politique, de s’investir dans un projet comme celui-là. » « On suit, par exemple, une copine dans une grande voie avec une collègue responsable de projets de solidarité », explique Yves Renoux, impliqué dans l’organisation du rassemblement. « Ce sont des témoignages qui montrent ce que cela signifie, à un niveau personnel mais aussi politique, de s’investir dans un projet comme celui-là. » La montagne comme espace politique Si le documentaire se concentre sur le rassemblement de Freissinières, ses thématiques résonnent bien au-delà de ce cadre. L’objectif ? Montrer que l’activité sportive peut être bien plus qu’un loisir . « C’est un documentaire sur la FSGT dans sa globalité, mais avec le rassemblement comme prisme », précise Yves. Et ce prisme offre une belle opportunité de questionner l’engagement politique au sein d’un cadre naturel qui inspire autant l’humilité que l’action collective. La production se distingue également par sa qualité technique : « On a pris le temps de travailler avec un pro, et ça se voit dans la fluidité des images et la richesse des séquences tournées. » s’enthousiasme Yves. Une projection accessible à toutes et tous Le film sera projeté pour la première fois à l’occasion du rassemblement des clubs montagne-escalade d’Île-de-France, un événement qui se veut inclusif et accessible . En effet, la projection est ouverte à toutes et tous à prix libre , soulignant l’engagement de la FSGT pour des activités qui ne soient pas réservées à une élite. « Est-ce qu’on risque d’être victime de notre succès ? Non, je ne crois pas », plaisante Yves. « On veut que tout le monde puisse venir, et si besoin, on sait s’adapter. L’idée, c’est que ce soit un moment de partage, comme le rassemblement lui-même. » Un avant-goût prometteur Avant cette grande première, une projection privée aura lieu la semaine prochaine pour les proches du projet , y compris la réalisatrice et quelques membres de l’équipe, afin d’apporter les ajustements nécessaires. « Si tu veux le voir avant, tu peux venir », nous propose Yves, toujours prêt à partager son enthousiasme. Ce premier visionnage permettra de peaufiner les détails, mais le message est déjà clair : ce documentaire s’annonce comme un hommage vibrant à l’esprit de Freissinières . À travers les témoignages des six protagonistes, "Les Grandes Voix" illustre l’impact d’un projet collectif sur ses participant(e)s. Et pour toutes celles et ceux qui connaissent le rassemblement, ce film sera sans doute une plongée nostalgique dans les valeurs qui en font un moment unique. Pour les autres, c’est une porte d’entrée parfaite pour découvrir cet événement à la croisée des chemins entre sport et militantisme. Avec ce documentaire, la FSGT donne à voir ce que peut être une communauté : un espace où les différences deviennent des forces, et où la montagne devient le terrain de jeu d’idées parfois aussi audacieuses que les grandes voies qu’on y grimpe. Un rendez-vous à ne pas manquer pour quiconque souhaite comprendre ce qui fait vibrer la montagne… et les cœurs. Pour participer à la projection prévue le 7 décembre à Paris, cliquez ici .
- Ebony Peaks : quand gravir une montagne devient un acte de résistance
À qui appartiennent les montagnes ? Posée comme ça, la question semble absurde. Les sommets n’appartiennent à personne, pas vrai ? Pourtant, à observer qui foule les glaciers, qui poste ces photos victorieuses au sommet d’un 4 000 mètres, une autre réalité s’impose : la montagne est un espace codifié. Les grimpeurs blancs, masculins et issus de milieux favorisés dominent l’imaginaire collectif . Le reste ? Invisibilisé. C’est là que la vidéo "Ebony Peaks | Challenging the Stereotype" frappe fort. Signée adidas TERREX, elle suit Maria, Hannah et Helen, trois femmes noires, dans leur tentative de gravir le Bishorn, un sommet alpin de 4 153 mètres . Initiée par Black Canary, un collectif berlinois, cette aventure est une réappropriation. Pour Tsellot Melesse, fondatrice de Black Canary, « Gravir une montagne, ce n’est pas seulement atteindre un sommet. C’est montrer que cet espace nous appartient aussi. » La montagne comme territoire élitiste Historiquement, l’alpinisme est une activité élitiste. Né dans les salons bourgeois du XIXe siècle, il s’inscrit dans une quête de domination – des sommets, mais aussi des cultures . Les expéditions coloniales pour atteindre l’Himalaya en sont l’illustration. En Europe, cette tradition se perpétue : équipements coûteux, culture sportive transmise au sein de familles favorisées… La montagne est restée un privilège. « Là où j’ai grandi, personne ne faisait de yoga ou de randonnée. Ce n’était pas accessible, » raconte Tsellot. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, les sports de plein air évoquent un monde étranger, réservé à une élite qui, à force de ne pas être contredite, a fini par s’imaginer seule légitime dans ces espaces. « Ce que j’aime dans la nature, c’est qu’elle ne fait pas de distinction. Alors pourquoi est-ce que nous en faisons ? » Le collectif Black Canary est né de cette fracture. À travers ses randonnées et expéditions, il propose une alternative : un groupe où la couleur de peau ou le genre ne sont plus des barrières. Pour Tsellot, l’objectif est clair : « Ce que j’aime dans la nature, c’est qu’elle ne fait pas de distinction. Alors pourquoi est-ce que nous en faisons ? » Gravir ses peurs, gravir ses montagnes L’expérience vécue par Maria, Hannah et Helen lors de l’ascension du Bishorn reflète cette ambition. « Je suis Maria. Je n’ai jamais gravi une montagne. » Cette phrase, simple et directe, résume à elle seule l’enjeu de cette aventure : transformer une première fois en acte politique . Pour Helen, cette confrontation avec la montagne est aussi une lutte intérieure. « Extérieurement, je marche sur du plat, mais intérieurement, je gravis constamment des montagnes. » Ces "montagnes invisibles", ce sont les stéréotypes, la peur de ne pas être à sa place , et ce sentiment, partagé par beaucoup, d’être toujours en train de devoir prouver quelque chose. Pour Maria, la peur est plus immédiate : « J’ai peur. Ça ne veut pas dire que je vais échouer, mais c’est important de le dire. » En alpinisme, un monde souvent marqué par l’injonction à la performance, cette sincérité est presque subversive. Quand l’épreuve devient collective Sur le terrain, les obstacles s’enchaînent. Le Bishorn, bien que classé parmi les "sommets accessibles", exige crampons, piolets et cordes. Les participantes, accompagnées par Suzanne, première femme guide de haute montagne en Suisse, découvrent un environnement rude, indifférent à leur fatigue ou à leurs doutes. Après quelques heures de marche, Helen verbalise ce que beaucoup n’osent pas dire : « C’est incroyable ce qu’on fait, et ça me suffit. Je n’ai pas besoin d’atteindre les derniers 200 mètres pour me sentir accomplie. » Une réflexion reprise par Maria : « Dire : ‘Je ne peux pas continuer’ et l’accepter, c’est bien plus fort que d’atteindre le sommet. » Ces moments de vulnérabilité partagée redéfinissent les codes du dépassement. La performance brute – atteindre ou non le sommet – s’efface devant l’expérience collective, marquée par la solidarité et l’écoute. Le sommet comme métaphore À travers la vidéo Ebony Peaks, une autre vision de la montagne émerge . Les glaciers ne sont plus des espaces de domination, mais des terrains d’émancipation. Cette approche casse les codes d’un alpinisme élitiste, tourné vers l’exploit individuel, pour valoriser la diversité et l’inclusion. Ce message est amplifié par le collectif Black Canary, qui cherche à inspirer d’autres parcours. « Si elles y arrivent, alors moi aussi, » résume une participante dans le film. Derrière cette phrase, une ambition : ouvrir la montagne à celles et ceux qui ne s’y voient pas représentés . Une conclusion ouverte : revendiquer sa place L’ascension du Bishorn ne se termine pas par une photo classique au sommet. Et c’est justement ce qui la rend marquante. Pour Helen, cette aventure a été libératrice : « Nous voulions vibrer, profiter, et ne pas nous sentir obligées d’atteindre absolument le sommet. C’était libérant. » Maria, elle, y voit une promesse d’avenir : « Je reviendrai. Et cette fois, je ferai l’ascension complète. » Car au fond, cette aventure dépasse la simple notion de performance sportive. Elle raconte une histoire de courage, de solidarité et de réappropriation . La montagne devient un espace où se redéfinir, un lieu où tout le monde a sa place. Ebony Peaks, disponible sur YouTube, est un manifeste pour un alpinisme à hauteur d’humanité. « Gravir une montagne, c’est bien plus qu’un sommet, » conclut Tsellot. « C’est revendiquer sa place. » Ces articles peuvent aussi vous intéresser : Brown Girls Climb : Un mouvement pour plus de diversité dans l'escalade Quand l'univers du skate rencontre celui de la grimpe Sister Chacha, entre rochers et résilience Femmes en Montagne, le festival qui célèbre l'excellence féminine en altitude
- Himalaya à vendre : l’alpinisme à l’ère du selfie
Lors du Festival International du Film et du Livre d’Aventure (FIFAV) de La Rochelle, nous avons eu la chance de rencontrer François Carrel, journaliste et auteur de Himalaya Business (éditions Guérin), un ouvrage percutant qui plonge dans les coulisses d’un Himalaya méconnu, celui du tourisme de luxe et des expéditions calibrées comme des produits . Dans le cadre de cette 21e édition du FIFAV, son regard acéré sur l’industrialisation de l’Himalaya a résonné avec un public déjà ému par les récits d’aventure authentiques projetés tout au long de la semaine. Ce livre ne laisse pas indifférent : il questionne, dérange, et surtout, fait réfléchir. Voici une plongée dans cet échange sans concessions. « Les Népalais ne sont pas là pour faire de la performance, ils sont là pour bosser » La première question que soulève Himalaya Business, c’est celle de la place des Népalais dans cette transformation du tourisme de haute altitude . Pendant des décennies, les agences occidentales ont verrouillé ce marché. Ce temps est révolu. « Les Népalais ont compris qu’il fallait prendre leur revanche, explique François Carrel. Ils ont adopté les techniques inventées par les guides occidentaux et les ont poussées à leur maximum d’efficacité. » « On est dans un des pays les plus pauvres du monde. Les Sherpas ne cherchent pas la reconnaissance. Ils cherchent à gagner leur vie. » Pour les Népalais, il ne s’agit pas de conquérir des sommets en quête de gloire personnelle, mais de pragmatisme. « On est dans un des pays les plus pauvres du monde. Les Sherpas ne cherchent pas la reconnaissance. Ils cherchent à gagner leur vie et à faire carrière. Ils sont devenus des travailleurs d’altitude, des experts en logistique, et ce sont eux qui tiennent aujourd’hui les rênes de ce business. » Ce modèle, porté par une génération ambitieuse et formée sur le tas, incarne une transformation profonde . Parmi ces figures montantes, Nirmal Purja – alias Nims – est un symbole. « Ce qui est fascinant avec Nims, c’est qu’il n’est pas Sherpa, pas alpiniste de base, et pourtant il a appris des meilleurs. Aujourd’hui, il est à la tête de sa propre agence et représente cette nouvelle vague de patrons d’agences népalaises qui bâtissent des fortunes. » L’Himalaya, produit de luxe garanti « réussite » L’Himalaya, autrefois sanctuaire des aventuriers, est devenu un terrain de jeu pour ceux qui peuvent payer . Et les agences népalaises l’ont bien compris. « Les gens déboursent 50 000, 100 000, voire 200 000 dollars pour atteindre un sommet. Mais ce qu’ils achètent, ce n’est pas une aventure, c’est une réussite. » Cette transformation a tout changé. « Sur les 8000 mètres, tout est préparé : cordes fixes, oxygène, itinéraire balisé. Même les treks d’approche, qui étaient une initiation, ont disparu. » François Carrel cite l’exemple du Manaslu, où les expéditions commencent directement au camp de base, en hélicoptère. « Ce qui faisait l’essence de l’himalayisme – la marche, l’acclimatation progressive – a disparu au profit d’un tourisme déconnecté, totalement hors-sol. » « À Katmandou, certaines agences proposent des allers-retours en hélicoptère au camp de base de l’Everest. Une journée suffit pour ‘vivre l’expérience’. Vous posez un pied sur place, prenez un selfie, et repartez. » Et ce hors-sol ne s’arrête pas là. « À Katmandou, certaines agences proposent des allers-retours en hélicoptère au camp de base de l’Everest. Une journée suffit pour ‘vivre l’expérience’. Vous posez un pied sur place, prenez un selfie, et repartez. L’émotion reste intacte, mais elle est vidée de tout son sens. » « 100 % de réussite, mais à quel prix ? » Ce système repose sur une organisation militaire, presque infaillible. « Aujourd’hui, les meilleures agences népalaises assurent un taux de réussite de 100 %. Si elles emmènent 15 clients, elles garantissent que 14 arriveront au sommet. Mais où est l’exploit ? » Cette obsession du résultat vient au détriment de l’autonomie, qui est pourtant l’essence même de l’alpinisme . « L’alpinisme, c’est savoir renoncer. C’est choisir son itinéraire, porter son matériel, assumer l’échec. Aujourd’hui, tout est décidé pour vous. Les clients ne choisissent même plus leur moment de départ. » « Un jour, il y aura un gros carton. Quand 400 personnes sont sur une même voie à 8000 mètres, il suffit d’un grain de sable pour que tout s’effondre. » François Carrel met en lumière un autre point troublant : le manque de formation des guides. « Sur les 3000 guides et porteurs de haute altitude, seuls une centaine ont suivi une formation agréée au niveau international. Le reste apprend sur le tas. » Si tout se passe bien, ce système fonctionne. Mais que se passe-t-il en cas de tempête, de rupture de cordes fixes ou d’oxygène ? « Un jour, il y aura un gros carton. Quand 400 personnes sont sur une même voie à 8000 mètres, il suffit d’un grain de sable pour que tout s’effondre. » Une émotion fugace qui remplace l’aventure Les récits des pionniers de l’Himalaya, comme celui de Pierre Mazeaud dans Everest 78, rappellent une époque où l’approche de la montagne faisait partie intégrante de l’expérience. « Mazeaud décrit l’émotion de voir l’Everest pour la première fois après trois semaines de marche. Aujourd’hui, cette émotion est remplacée par un survol en hélicoptère et une photo prise en deux minutes. » Cette marchandisation a des conséquences bien réelles pour les populations locales . « Dans certaines vallées, les habitants se révoltent contre la multiplication des hélicoptères. Ils n’ont pas accès à des évacuations sanitaires, alors que des touristes sont déposés chaque jour dans leurs villages. » « L’Himalaya n’est plus un mythe, mais un produit » Pour François Carrel, l’Himalaya ne devrait plus être vu comme le sommet de l’aventure . « Le mythe des 8000 est aujourd’hui sévèrement obscurci. Les voies normales sont devenues des autoroutes. Ce n’est plus de l’alpinisme, c’est du tourisme. » Mais l’auteur refuse de condamner ce système. « Tant mieux pour les Népalais, qui ont réussi à construire une économie autour de cela. Mais il faut arrêter de parler d’exploit. Il faut être honnête avec ce que c’est devenu. » Alors, où se trouve encore l’aventure ? « Elle est ailleurs. Dans les sommets vierges, les faces jamais gravies. Là, il y a encore une véritable aventure à vivre. Mais cela demande de sortir des sentiers battus, de renoncer à la gloire facile des 8000. » Une invitation à repenser l’alpinisme Himalaya Business n’est pas un réquisitoire. C’est une invitation à réfléchir. À remettre en question notre fascination pour un Himalaya qui a perdu son âme . « L’autonomie, l’économie de moyens, le respect des populations locales, voilà ce qui doit redevenir central. » Parce qu’au-delà des selfies et des records, l’Himalaya mérite mieux que d’être réduit à un simple produit de luxe. Interview réalisée par Guillaume Guémas et article rédigé par Pierre-Gaël Pasquiou. Pour retrouver l'intégralité de l'échange : Pour se procurer "Himalaya Business" de François Carrel, cliquez ici .
- Les Grips : 10 raisons de venir vibrer à Montbéliard
Les 14 et 15 décembre, Montbéliard devient le cœur battant de l’escalade mondiale. Pour la première fois, l’Axone, une salle connue pour ses concerts à grand spectacle, se transforme en un théâtre vertical où 40 grimpeurs et grimpeuses internationaux repousseront les limites du possible. Entre adrénaline brute, blocs d’anthologie et ambiance électrique, Les Grips ne jouent pas les demi-mesures . Si vous cherchez une raison de vous déplacer, en voici dix. Mais soyons honnêtes : une seule suffit. Parce que c’est LE rendez-vous grimpe de l’année. 1. Une compétition taillée comme un spectacle Ici, pas de place pour les compétitions aseptisées ou les formats poussiéreux. Chaque moment a été pensé pour mettre le feu, du premier bloc des qualifications jusqu’au dernier mouvement des finales. Les Grips, c’est du sport, oui, mais surtout du grand spectacle. 2. Un casting XXL Tomoa Narasaki, Brooke Raboutou, Mejdi Schalck, Hannah Meul… Et ce n’est qu’un échantillon. 40 athlètes parmi les plus cotés, aux styles et approches variés, se retrouvent à Montbéliard pour une compétition qui fera date. Les Grips n’ont pas juste invité, ils ont trié sur le volet. 3. Les meilleurs ouvreurs au service du show Avec Pierre Broyer , Rémi Samyn, Gen Hirashima et Manuel Hassler aux commandes, chaque bloc sera un casse-tête physique et mental. Leur mission ? Faire exploser les limites des grimpeuses et grimpeurs, mais aussi tenir le public en haleine. 4. Une ambiance sous haute tension Trois DJs, une sono qui claque, des lumières calibrées pour sublimer chaque instant. Ce n’est pas une compète, c’est une arène. L’objectif : faire vibrer les murs de l’Axone et tous ceux qui s’y trouvent. 5. Un programme calibré pour vous scotcher Deux jours, deux temps forts : qualifications le samedi, finales le dimanche. Entre les deux, vous avez carte blanche pour profiter du marché de Noël de Montbéliard ou du village des grimpeurs, bourré d’animations. Une pause ? Juste ce qu’il faut pour recharger les batteries avant le grand final. 6. Une diversité qui claque Des pointures japonaises comme Tomoa Narasaki ou Miho Nonaka, des grimpeurs français comme Naïlé Meignan et Sam Avezou, des talents européens et américains… Les Grips, c’est un melting-pot de techniques et de styles. Une belle vitrine pour l’escalade à l’international. 7. L’Axone : un écrin inattendu Ici, pas de falaises ou de salles d’escalade traditionnelles. L’Axone, habituée aux foules de concerts, change de costume pour devenir une arène verticale où chaque grimpeur aura l’impression de jouer sa vie. Juste épique. 8. L’escalade comme vous ne l’avez jamais vue Avec le boom post-JO, l’escalade cherche son nouveau souffle. Les Grips l’ont trouvé : un mélange explosif de compétition, de spectacle et de pure adrénaline. Si vous aimez les sports qui décoiffent, c’est ici que ça se passe. 9. Une ambiance qui mêle tous les publics Grimpeurs acharnés ou simples curieux, chacun trouvera sa place. Le village des grimpeurs, les animations, la proximité avec les athlètes… Les Grips ouvrent les portes d’un univers fascinant à tout le monde. 10. Des places à prix cassé Vertige Media vous gâte : 15 % de réduction sur vos billets avec le code VM12C . Une bonne raison de plus de ne pas rester sur la touche. Alors, prêt(e) à entrer dans l’arène ? Réservez vos 14 et 15 décembre 2024 et préparez-vous à vivre deux jours d’escalade comme jamais. Suivez Les Grips sur Vertige Media pour des interviews exclusives et toutes les coulisses de cet événement explosif.
- Caroline Ciavaldini : « Être parent et grimpeur, c’est apprendre à tout réinventer »
Caroline Ciavaldini n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure. Grimpeuse professionnelle, elle a passé sa vie à poursuivre l’excellence. Mais à presque 40 ans, tout a changé. Devenir mère l’a forcée à repenser ses priorités, sa manière de grimper, et même sa définition de la réussite . Dans Kindness , son dernier court-métrage présenté au festival Femmes en Montagne , elle raconte comment elle a appris à concilier passion, performance et parentalité. Une réinvention radicale. « Être heureux tous les jours : facile à dire, infernal à faire » « La règle numéro un, c’est que je dois être heureuse tous les jours. Ça paraît idiot, mais ça m’a changé la vie. » Pour Caroline, cette décision a été une révolution. « Avant, je pensais qu’il fallait en baver pour réussir. Pleurer après une compète ratée, hurler au pied d’une falaise, ça faisait partie du jeu. Mais quand tu deviens parent, ce n’est plus possible. Je ne veux pas que mes enfants voient ça. » Elle raconte ces scènes qui appartiennent à une autre époque : « J’ai des souvenirs de grimpeurs qui jettent leurs chaussons dans les bois après un mauvais essai. Ou moi, pleurant une semaine entière parce que j’avais raté une coupe du monde. Quand tu es seule, ça passe. Mais tes enfants ? Je ne veux pas qu’ils grandissent avec ça comme modèle. » Un retour sur "Le Voyage" et un apprentissage de soi Kindness suit Caroline sur Le Voyage, une voie mythique de 38 mètres située à Annot , ouverte par son compagnon James Pearson . Une ligne qu’elle avait déjà tenté sans succès avant de devenir mère. « Quand Zoélie est née, j’ai voulu relever ce défi. Mais je savais qu’il fallait tout faire différemment. » « Ils voient quelqu’un qui persévère sans frustration. Qui ne se laisse pas abattre. J’espère qu’ils retiendront ça. » Changer d’approche a été un vrai défi. « Avant, si une journée d’essais était mauvaise, je passais ma soirée à m’en vouloir. Aujourd’hui, je me bats même dans les mauvais jours. Je me demande toujours : Comment tirer le meilleur d’un mauvais jour ? Parfois, ça veut juste dire bien grimper sur des sections faciles. Mais à la fin de la journée, je peux être fière de moi. » Et ses enfants ? Ils apprennent en la regardant. « Ils voient quelqu’un qui persévère sans frustration. Qui ne se laisse pas abattre. J’espère qu’ils retiendront ça. » La parentalité, entre illusions et réalités Devenir parent a obligé Caroline et James à revoir complètement leur pratique. « On était pleins d’illusions. On imaginait grimper avec un porte-bébé. Même le hissage, on l’a envisagé. Complètement débile. Un enfant, ça ne dort pas dans un sac de hissage, et tu ne peux pas lever les bras en portant un bébé. » Elle rit en repensant à ces projets irréalistes, mais reconnaît que l’ajustement a été brutal. « Maintenant, on est flexibles. Fini les journées à huit longueurs. Moi, je grimpe seule parfois, en bloc ou même en auto-assurage. C’est une pratique que je n’aurais jamais envisagée avant. Mais ça marche. » Elle se souvient de l’Éthiopie, où ils sont partis avec leur fils Arthur alors qu’il avait un an. « On avait embarqué les grands-parents pour nous aider. On grimpait sur du caillou pourri toute la journée, et le soir, ils nous refilaient le bébé. Il ne dormait pas à cause des épices, du décalage, et de l’inconfort. On n’a pas fermé l’œil pendant une semaine. C’était héroïque... mais on était contents. » « La compétition ? Je n’en veux pas pour mes enfants » Si l’escalade reste une passion centrale, Caroline est plus critique envers la compétition . « Arthur a presque six ans, et c’est l’âge où tu commences à poser les bases pour aller loin. Mais moi, je ne suis pas sûre de vouloir ça pour eux. La compétition, c’est apprendre à écraser. Ça ne colle pas avec nos valeurs. » Elle questionne ce qu’on lui a inculqué. « On te dit que pour être excellent, il faut oublier les autres. Mais moi, je veux transmettre l’empathie à mes enfants. Et pour ça, il faut montrer autre chose. » Elle cite l’exemple de grimpeurs poussés très jeunes, comme Ashima Shiraishi. « Pour certains, l’escalade devient un boulot dès l’enfance. Ça, je n’en veux pas. Je veux que mes enfants choisissent leur chemin, sans pression. » « L’escalade c’est pas comme se brosser les dents, c’est pas obligatoire. » Caroline revient sur le quotidien d’un parent grimpeur. Un quotidien souvent absurde, où tout se mélange . « Nos enfants ne savent pas que notre vie n’est pas normale. Arthur il a presque 6 ans, je ne suis pas sûr qu’il ait compris que l’escalade c’est pas comme se brosser les dents, c’est pas obligatoire. » Elle rit, mais derrière cette anecdote se cache une vérité plus profonde. « Je veux qu’ils comprennent qu’ils ont le droit de ne pas grimper. Que ce n’est pas une obligation. Mais pour eux, ça reste flou. Grimper, c’est notre travail. Mais c’est aussi notre plaisir. » Émotions, discussions, et progrès Dans leur couple, cette manière de vivre l’escalade est un sujet constant de discussion . « James est anglais, donc il vient d’une culture où les émotions, ça ne s’exprime pas. Moi, je hurle. Je viens des îles, c’est comme ça. Nos enfants voient ces deux extrêmes, et on essaie de leur donner des clés pour comprendre leurs propres émotions. » « On progresse encore, même à 40 ans. » Elle évoque les ajustements permanents. « On progresse encore, même à 40 ans. James aime dire que je l’influence, parce que ça va à l’encontre des clichés sur les rapports de force dans un couple. Mais au final, c’est une progression mutuelle. » La leçon de Kindness : réinventer sans renoncer Caroline conclut avec une sincérité nécessaire. « Si tu crois que tu vas devenir parent et continuer à grimper comme avant, tu rêves. Mais si tu acceptes de changer, tu peux faire des choses incroyables. » « Être parent, ce n’est pas une limite. C’est une opportunité de réinventer ta manière de grimper. » Dans Kindness, elle livre cette leçon de vie : « Être parent, ce n’est pas une limite. C’est une opportunité de réinventer ta manière de grimper. Mais ça demande de la flexibilité, et une bonne dose de bienveillance envers soi-même. » Et cette bienveillance, c’est son mantra. « Être heureuse tous les jours. C’est simple sur le papier. Mais c’est le plus grand défi que je me sois imposé. »
- UNES : Quand le féminisme s’élève à Chamonix
Chamonix. Terre d’exploits vertigineux et de défis sportifs. Mais derrière les sommets qui fascinent, une autre ascension s’organise : celle des luttes féministes. L’association UNES, portée par des femmes et des minorités de genre, bouleverse le paysage d’une vallée encore marquée par des normes masculines . Iris, trésorière de l’association, partage son parcours et la manière dont UNES s’inscrit dans un militantisme résolument ancré dans le terrain. « Le confinement nous a fait prendre conscience » C’est au sortir du confinement que l’association UNES a germé, portée par un groupe de femmes désireuses de changer les choses : « Après le confinement, on s’est retrouvées entre femmes à Chamonix pour discuter, faire la fête. On s’est rendu compte qu’on avait toutes des histoires liées au sexisme, soit en montagne, soit dans nos vies personnelles. On trouvait ça sympa de parler entre nous, mais on a aussi vu qu’il y avait du travail à faire : il faut manifester, il faut lutter. » « Le fait de vivre à Chamonix, ça ne nous protège pas du tout d’un monde oppressant envers les femmes et les minorités de genre. » À Chamonix, paradis des grimpeurs et skieurs, Iris rappelle que l’isolement géographique ne protège pas des réalités du sexisme : « Le fait de vivre à Chamonix, ça ne nous protège pas du tout d’un monde oppressant envers les femmes et les minorités de genre. » C’est ainsi qu’est née l’idée d’un festival féministe inédit dans la vallée. L’ambition était claire dès le départ : créer un espace pour aborder les luttes féministes sous toutes leurs formes. « On était passionnées dès le début à l’idée de créer un festival féministe à Chamonix, quelque chose qui n’existait pas du tout avant. » UNES : Trois éditions pour tracer un chemin Depuis 2021, le Festival UNES est devenu l’événement phare de l’association . Chaque édition explore des thématiques variées et attire un public en quête de discussions et d’expériences. En 2024, la troisième édition s’est déroulée sur plusieurs jours, avec des thèmes aussi divers que le sport, les arts et les enjeux sociétaux : « On aborde un thème par jour, on invite des musiciens, des artistes femmes. On parle de sujets socioculturels, sportifs, pour les femmes mais aussi pour la population en général, autour du féminisme. » « On a commencé à proposer des cours d’escalade entre femmes, en non-mixité choisie : personnes femmes, non-binaires, trans, etc. On a eu beaucoup de succès. » Pour Iris, UNES n'est pas là uniquement pour proposer un discours militant : il s’agit d’agir concrètement, y compris sur le terrain des pratiques sportives . Cette année, des cours d’escalade en non-mixité choisie ont été proposés avec succès : « On a commencé à proposer des cours d’escalade entre femmes, en non-mixité choisie : personnes femmes, non-binaires, trans, etc. On a eu beaucoup de succès. Elsa, notre copine monitrice d’escalade, aimerait bien continuer à proposer ces cours dans les salles à Chamonix aussi. » Non-mixité choisie : débat et empowerment L’idée de non-mixité choisie suscite des débats, même au sein de l’association : « C’est un sujet qui crée beaucoup de débats, même entre nous. On n’a pas toutes le même rapport au féminisme. » Pour Iris, qui se définit comme une femme queer, ces espaces sont essentiels pour permettre aux minorités de genre de se réapproprier des savoir-faire souvent dévalorisés ou inaccessibles : « Dans nos vies en général, on est soumis à une non-mixité non choisie. En tant que jeune femme, on n’est pas du tout encouragée à bricoler sur une voiture avec son père ou à aller vers les sports à risque. Créer ces espaces, c’est une manière d’apprendre sans pression. » « L’année dernière, on a fait une conférence sur comment être un bon allié, pour les hommes. C’était vraiment un événement focalisé sur nos amis, pour qu’ils puissent retrouver une place dans le féminisme. » Pour autant, UNES ne rejette pas la mixité. En 2023, l’association a organisé une conférence destinée aux hommes . « L’année dernière, on a fait une conférence sur comment être un bon allié, pour les hommes. C’était vraiment un événement focalisé sur nos amis, pour qu’ils puissent retrouver une place dans le féminisme. » « La montagne, un espace à réinvestir » Pour Iris, la montagne reste un espace à réinvestir pour les femmes et les minorités de genre . L’association UNES organise régulièrement des sorties sportives « On a déjà fait des sorties entre femmes, et on a aussi abordé des sujets pratiques, comme comment réparer des skis. » Au-delà des activités sportives, UNES propose également des ateliers pratiques et des conférences gratuites. L’objectif est de rendre ces espaces accessibles à toutes et tous, tout en élargissant la portée du féminisme dans des milieux parfois conservateurs. Projets 2025 et au-delà L’édition 2025 du festival, prévue du 8 au 13 avril, s’annonce encore plus ambitieuse : « On va parler de politique, de sport, et montrer des films sur des personnes queer dans les sports outdoor. Tout le monde est bienvenu. On veut avancer ensemble. » En parallèle, UNES étend son action au-delà de Chamonix. En décembre, l’association participera à un événement à Paris : « On va faire un événement au DOC, qui est un lieu militant pour les artistes. On y parlera de montagne, avec des expositions et des débats. » Une ascension collective À Chamonix, UNES incarne un féminisme ancré dans le quotidien et l’engagement . Iris, comptable de métier, jongle avec son travail à temps plein et son rôle de trésorière : « On est toutes bénévoles dans notre association. Ça demande beaucoup de travail, mais c’est une vraie passion. » L’association prouve qu’il est possible de faire bouger les lignes, même dans un milieu perçu comme conservateur. « On essaie de ramener plus d’inclusivité dans notre vallée de Chamonix, et en montagne en général. » UNES, à travers son festival et ses projets, cherche à redessiner les sentiers pour que chacune et chacun y trouve sa place. 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- Team Boulder Arena 3 : une compétition sans merci et sans filet
Quand on parle de grimpe, il y a ceux qui viennent pour la sueur et ceux qui viennent pour le show. Le Team Boulder Arena , alias TBA, s'inscrit quelque part entre les deux, mais avec une touche d'originalité en plus . Benjamin Bouissou, mieux connu sous le nom de "Ben", est à l’origine de cet événement qui bouscule le confort des compétitions privées traditionnelles. Pour lui, tout a commencé chez Climbing District, avec une idée simple : proposer un format différent . « Notre première compète, c’était pendant le confinement, sur quinze jours, une folie, mais c’était génial, » se souvient-il, avec une pointe de nostalgie. Aujourd’hui, le TBA est devenu un rendez-vous incontournable pour les grimpeurs qui en veulent, et pour ceux qui osent – ou presque . Entre collaboration et compétition : L’esprit TBA Ce qui différencie le TBA des autres compétitions, c’est l’esprit de groupe . Ben a fait un choix audacieux : proposer un format en duo. « Beaucoup de gens n’osent pas faire de compète parce qu’ils pensent qu’ils n’ont pas le niveau. On voulait une compète accessible, où chacun pourrait se lancer, » explique-t-il. Mais que les choses soient claires, ce n’est pas parce que c’est en duo que c’est plus facile. La pression monte d’un cran quand on sait que chaque chute met son partenaire en jeu. « Beaucoup de gens n’osent pas faire de compète parce qu’ils pensent qu’ils n’ont pas le niveau. On voulait une compète accessible, où chacun pourrait se lancer, » Le format en duo rend l’expérience plus immersive, et surtout, plus intense. Dans chaque équipe, il y a un grimpeur sur le mur, l’autre sur les tapis, en train de l’encourager ou de brosser les prises pour lui donner une chance de plus. « Ce qu’il y a de fort, c’est que parfois un grimpeur tombe, et l’autre n’est pas déçu… c’est le jeu, » résume Ben. Ici, on joue collectif, mais chaque erreur compte double. Un circuit impitoyable, où l’erreur ne pardonne pas TBA a fait parler de lui dès la première édition, notamment avec son format éliminatoire : tu tombes, tu es éliminé. Pas de deuxième chance, pas de retour en arrière. Ce choix radical n’a pas plu à tout le monde, et c’est justement ce qui fait son charme . « Le fait que tu échoues et que ça s’arrête là, pour beaucoup de gens, c’est trop violent, » reconnaît Ben, en souriant presque face à cette polémique. « Mais c’est comme ça que fonctionne l’escalade au niveau mondial. Si tu veux enchaîner, tu n’as pas le droit de tomber. » « Le premier bloc de la finale, par exemple, est un bloc à vue. Si tu échoues, tu fais perdre ton équipe. Ce moment-là, c’est à la fois frustrant et inoubliable, » Cette règle impitoyable met les athlètes face à une tension rare. « Le premier bloc de la finale, par exemple, est un bloc à vue. Si tu échoues, tu fais perdre ton équipe. Ce moment-là, c’est à la fois frustrant et inoubliable, » raconte Ben. Tout le monde n’est pas fait pour supporter cette pression, et pourtant, c’est ce qui rend le TBA unique . Chaque essai est une prise de risque, chaque mouvement est calculé, et la moindre erreur est sanctionnée. Arc'teryx : un partenaire de choix pour une compétition hors norme Si la troisième édition du TBA, qui démarre le 16 novembre prochain, va prendre encore plus d'ampleur, c’est aussi grâce à Arc'teryx, partenaire essentiel de l’événement. Pour la marque, le TBA a représenté l’un des premiers projets explorés avec Climbing District , marquant le point d'orgue d'une collaboration qui inclut aussi la transformation de la salle Climbing District Bastille avec " Les Prises de la Bastille ". « Climbing District partage notre passion pour développer la communauté d'escalade urbaine de manière audacieuse, » nous explique Tim Harty - Brand Experience Manager pour Arc'teryx. « Cette collaboration permet de soutenir un événement unique qui connecte une communauté internationale et inspire aussi bien les nouveaux grimpeurs que les expérimentés, un engagement auquel nous croyons fermement. » En associant son image à des événements comme le TBA, Arc'teryx vise à promouvoir une vision originale de l’escalade en salle, comme en témoigne leur partenariat avec d’autres compétitions iconiques telles que les "Spraywall Sessions" et "All Rise" . « Nous voulons célébrer l’originalité dans l’escalade, et le TBA incarne parfaitement cette ambition, » Ce qui a particulièrement attiré Arc'teryx dans le TBA, c’est le format en équipes de deux, et surtout l’accent mis sur les athlètes internationaux, invités du monde entier pour participer à cet événement singulier. « Nous voulons célébrer l’originalité dans l’escalade, et le TBA incarne parfaitement cette ambition, » résume-t-on chez Arc'teryx. Une scène internationale, des stars au rendez-vous Avec cette troisième édition, le TBA attire des athlètes de haut niveau venus des quatre coins du monde . Cette année, les meilleurs grimpeurs français seront là, accompagnés de quelques grands noms internationaux. « On aura Sohta, qui a gagné Innsbruck, et bien sûr Brooke Raboutou, notre ‘chouchou’ franco-américaine qui vient tenter sa chance au TBA, » ajoute Ben, en sachant que la compétition sera relevée. Pour les amateurs de grimpe, c’est l’occasion de voir des athlètes en action dans un cadre unique , où chaque performance est un pari contre soi-même et contre le mur. Le TBA est une expérience où l’on vient pour vibrer, pour encourager, pour partager. Cette compétition a su créer une atmosphère rare, où la tension et le collectif se mêlent pour faire de chaque épreuve un moment intense. Que ce soit pour les spectateurs, les grimpeurs, ou même les organisateurs, chaque édition du TBA pousse les limites un peu plus loin. « Ici, tu n’as pas de deuxième chance, » conclut Ben, avec un air de défi. Et c’est bien ce qui fait de cet événement une compétition comme aucune autre. Pour celles et ceux qui n’ont pas pu obtenir de place pour les finales, plusieurs options s’offrent à vous pour suivre l’action en direct. Deux lives seront diffusés : sur YouTube en anglais, commenté par Matt Groom et Maragda Gabarre, et sur Twitch en français avec Laink et Miguel de Kayoo TV. Si vous êtes à Paris, rendez-vous à Climbing District Bastille pour vivre l’événement encore plus intensément : un live sera diffusé dans la salle, avec des surprises à gagner pour pimenter l'expérience. Pour celles et ceux d'entre vous qui n’ont pas pu obtenir de place pour les finales, il y a plusieurs options pour suivre l'action en direct . Deux livestreams seront diffusés : sur YouTube en anglais, avec les commentaires de Matt Groom et Maragda Gabarre, et sur Twitch en français avec Laink et Miguel de Kayoo TV. Si vous êtes à Paris, rendez-vous au Climbing District Bastille pour vivre l'événement encore plus intensément : un livestream des finales sera diffusé sur l'écran géant de l'espace commun, avec des surprises et des goodies Arc'teryx à gagner. Toutes les informations et le programme complet à retrouver ici . Et pour suivre le live, c'est juste ici .
- Pantalon Nival Gravity
Quand l'équipe a eu l'opportunité de tester le pantalon Nival Gravity, c'était avec la promesse d'un équipement confortable, solide et élégant. Après de très nombreuses séances en intérieur, comme extérieur, en voie, comme en bloc, on vous partage notre avis. Léger comme l'air, résistant comme un roc Dès les premières ascensions, la légèreté du Nival Gravity est effectivement une évidence. Pesant seulement 157 g/m², il est très agréable à porter. Mais ne vous y trompez pas, cette plume cache un caractère de fer. Grâce à son tissu ripstop en nylon, il a affronté sans sourciller les très nombreux frottements contre les murs et les falaises, prouvant qu'il est possible d'allier finesse et robustesse. Une seconde peau pour toutes les sessions Ce qui nous a vraiment marqué, c'est la capacité du pantalon à rester confortable et odeurs, même après plusieurs séances d'escalade sans passage en machine. Adieu les marques embarrassantes de transpiration, le Nival Gravity semble défier les lois de la physique, restant frais et présentable. Et pour ceux qui, comme nous, ne prennent pas le temps de replier correctement leurs affaires, ce pantalon a la faculté de se glisser dans un sac sans craindre les froissements, prêt à repartir pour une prochaine session. Engagement et style : Le credo de Nival Porter le Nival Gravity, c'est aussi embrasser les valeurs de Nival. Avec une production limitée, chaque achat contribue au projet Nival Charity, destiné à offrir l'escalade à plus de 200 enfants au Vietnam. Cet engagement se double d'une conscience écologique, le pantalon étant conçu à partir de matériaux durables pour minimiser l'impact environnemental. Points clés : Ultra-léger et ultra-résistant : Un équilibre parfait pour la haute performance. Confort prolongé : Adieu les traces de transpiration et bonjour la fraîcheur, même après plusieurs utilisations sans lavage. Prêt à l'emploi : Sa résistance aux froissements le rend idéal pour les adeptes qui enchainent plusieurs sessions par semaine. Durabilité et responsabilité : Choisir Nival, c'est opter pour une marque qui s'engage socialement et écologiquement. Le Nival Gravity s'est révélé être notre meilleur ami et on a du mal s'en passer lors de nos séances d'escalade. Idéal pour celles et ceux qui souhaitent un vrai pantalon adapté à l'escalade, sans pour autant négliger son style. Prix : 115€ Disponibilité : Pantalon Gravity - Nival - Disponible sur le site de Nival . Pour plus de recommandations de produits, n'hésitez pas à jeter un oeil à notre Climbers' Shopping List en cliquant ici .
- Nival : la marque de pantalons d'escalade sur la voie de l'excellence
Vous ne connaissez peut-être pas encore Nival, la marque de pantalons d’escalade. Après plusieurs échanges avec Baptiste Rouch, le fondateur de cette jeune marque, il nous a semblé pertinent de partager son parcours atypique dans l'univers du textile dédié aux grimpeuses et grimpeurs. Bien que lancer une marque de pantalons spécialisés pour la grimpe puisse sembler exiger une expertise spécifique, Baptiste est arrivé dans cet univers avec un bagage professionnel tout autre. Diplômé d'un master en journalisme, il s'est rapidement aperçu que sa passion pour la vidéo ne serait probablement pas pleinement satisfaite . Il s’est donc lancé dans le monde de la production audiovisuelle, endossant le rôle de réalisateur et monteur. Las de produire des vidéos corporates pour des entreprises, il décide de tout quitter pour un retour au Vietnam, son pays d'origine, où il avait été adopté dans son enfance . Deux mois avant son départ, influencé par son colocataire se préparant à devenir moniteur d'escalade, il tombe amoureux de ce sport. À son arrivée au Vietnam, il se tourne naturellement vers la communauté locale d’escalade et tisse rapidement des liens . Les sorties en extérieur deviennent fréquentes. Son projet initial de freelance spécialisé en production de vidéos étant contrarié par les confinements successifs, il se consacre entièrement à sa nouvelle passion. « Grimper au Vietnam est une expérience unique. On y allait en moto, logeant chez l'habitant, et se déplaçant de falaise en falaise en scooter, sans casque. » Bien que quelques salles d'escalade commençaient à émerger, la communauté locale aspirait à s'élargir et à séduire davantage d'adeptes. C'est dans cet esprit que naît Nival, initialement conçue pour promouvoir l'escalade au Vietnam à travers des documentaires, sorties, événements, et la découverte de nouveaux blocs . Juste avant de rentrer en France, Baptiste se lance dans l a fabrication de sacs à magnésie sous la marque Nival, utilisant des chutes de vêtements - une forme d’upcycling plus pragmatique que militante à l’époque . De retour à Metz, il découvre Côté Bloc, une chaîne YouTube naissante dédiée à l'escalade, créée par des grimpeurs locaux . Il se joint à eux, apportant son expertise en production vidéo, ce qui permet de professionnaliser le contenu de la chaîne et de bâtir une communauté solide, autour de laquelle il envisage de développer Nival. En parallèle, il crée une agence digitale pour financer le développement de sa marque. Les premiers produits Nival, des t-shirts, ont pour vocation caritative : aider des orphelins vietnamiens à découvrir l'escalade, profitant à quatre ONG différentes. Déçu par l'offre de pantalons d'escalade du marché, Baptiste retourne au Vietnam pour concevoir des prototypes . À cette époque, peu sensible aux arguments écologiques, il découvre néanmoins un matériau recyclé qui l'incite à intégrer cet aspect dans ses créations. Sa première campagne de crowdfunding lui permet de vendre 550 exemplaires de son modèle Explorer . Pour la seconde, il applique la même stratégie pour limiter les besoins en trésorerie, récoltant 507 précommandes pour ses deux nouveaux modèles : Nival Artemis (fabriqué à partir de filets de pêche recyclés) et Nival Gravity (conçu à partir de stocks dormants) . Des pantalons produits en circuit court, avec 90 % des matériaux provenant d’un rayon de 500 km. Et plutôt que de reverser une partie des bénéfices à des organismes caritatifs, Baptiste choisit de gérer cette dimension lui-même, au travers de Nival Charity : « Je voulais voir concrètement les impacts apportés par Nival, une approche plus tangible pour moi. » Si l'idée de base de cette initiative était de construire un mur, le projet a pris une toute autre dimension avec un projet d'une salle d'escalade pour une ONG vietnamienne, bénéficiant à plus de 200 enfants . Dès le seuil symbolique des 1 000 commandes, il se rendra au Vietnam pour construire cette salle. Pour l'avenir, Baptiste travaille à développer ses propres tissus, visant à créer des modèles uniques pour l'escalade, toujours plus résistants . Son objectif est de réduire l'impact écologique en produisant des pantalons durables, ne nécessitant pas d'être remplacés tous les six mois. Son ambition pour les années à venir ? Faire de Nival l'une des trois premières marques de textile d'escalade.
- Lauriane Miara : L’art pour refuge, la montagne comme point d’appui
Au festival Femmes en Montagne , l’atelier d’aquarelle de Lauriane Miara attire les initiées . Elle anime la séance avec des gestes précis, des mots qui dépassent la simple technique du dessin. On reste après la session, intrigué, pour comprendre ce qui se cache derrière cette artiste à l’aura envoûtante. Lauriane raconte son parcours, direct, sans détours : « Je viens d’un milieu rural, du nord-est de la France, Champagne-Ardenne, où l’art, franchement, c’est pas la priorité. Il y a d’autres urgences sociales, économiques, pédagogiques. » Dès l’enfance, le dessin s’installe pourtant comme un espace à part, un endroit où elle trouve refuge. « Ma mère dessinait aussi, elle peignait beaucoup dans son temps libre, et elle nous emmenait, mon frère et moi, dans des musées. Mais voilà, c’est pas comme si j’avais une lignée d’artistes derrière moi. » Lauriane parle de cette connexion au dessin avec simplicité, et derrière cette simplicité, on devine une sensibilité qui la pousse, la structure. Très tôt, elle sent aussi cette attirance pour la nature. « Petite, j’organisais des manifs contre la pollution et des pétitions contre la chasse à la baleine. J’avais six ans. » Elle rit de ses premiers pas dans l’activisme, mais on sent que ce lien avec l’environnement s’est renforcé au fil du temps, en se teignant de nuances plus profondes . « J’essaie de faire passer des messages dans mon travail. Mais je suis pas dans la moralisation. L’humour, par exemple, permet de toucher autrement. » Ce besoin de toucher, de sensibiliser, se fond dans ses aquarelles, sans jamais imposer. L’Alaska : le choc des grands espaces 2016 marque un tournant. Lauriane part en Alaska avec deux amis, et ce voyage se révèle déterminant. « C’est un électrochoc artistique. En Alaska, j’ai découvert un monde brut, sauvage. Rien à voir avec la France, où tout est aménagé, cadré. » En Alaska, elle découvre des étendues qui échappent aux normes et aux contours. Là-bas, la nature est vaste, impérieuse, loin de l’idée de paysage domestiqué. Elle en parle avec une intensité retenue, mais on perçoit bien l’impact que ce voyage a eu sur elle . « En voyant ces paysages immenses, j’ai compris que la nature peut être un sujet à elle seule. Il y a des histoires à raconter, même sans présence humaine. » « Dans l’histoire de l’art, on voit rarement des paysages sans présence humaine, et pourtant, il y a tellement de choses qui se passent dans la nature, des drames, des comédies, des vies animales. » Un moment de silence s’installe, comme si elle revisitait intérieurement ces paysages d’Alaska. Depuis cette expédition, son art s’oriente différemment. Elle cherche désormais à capturer « ce qui est là sans qu’on le voie toujours : les cycles naturels, les écosystèmes qui existent sans qu’on les force ». Cette approche la distingue, et elle souligne : « Dans l’histoire de l’art, on voit rarement des paysages sans présence humaine, et pourtant, il y a tellement de choses qui se passent dans la nature, des drames, des comédies, des vies animales. » L’Alaska, pour elle, marque le moment où elle décide de montrer la nature pour elle-même, sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter l’humain . Elle cherche à s’effacer, à offrir une autre perspective, celle qui regarde sans besoin de capturer ni de posséder. Escalade et contemplation : le rocher comme territoire intérieur En dehors de l’aquarelle, Lauriane se consacre aussi à l’escalade, une pratique où, pour elle, l’idée de compétition n’a pas sa place . « Ce que j’aime dans l’escalade, c’est le contact avec le rocher, être dehors. Je grimpe l’été, et donc à chaque printemps, je repars de zéro. » Pour elle, grimper est une manière de ralentir, de se recentrer. « Pendant une montée, je me concentre uniquement sur où poser mon pied, ma main. C’est mon refuge, un peu comme le dessin. J’ai enfin l’impression d’échapper à l’espèce de frénésie qui nous entoure. » Elle ajoute, presque en confidence, que ce moment suspendu dans la montée la libère de tout le reste : « Tu te rends compte parfois que, pendant la montée, tu as enfin réussi à penser à rien d’autre, et ça fait un bien fou. » « Tu te rends compte parfois que, pendant la montée, tu as enfin réussi à penser à rien d’autre, et ça fait un bien fou. » Lauriane choisit aussi ses mots avec soin pour parler de la montagne, comme elle choisirait une couleur sur sa palette. « La montagne, ce n'est pas un "terrain de jeu". Ce n’est pas un parc d’attractions où on va se défouler. Elle est là pour elle-même. C’est un lieu de vie pour les animaux, les plantes, des écosystèmes entiers. » Pour elle, parler de la montagne comme d'un « terrain de jeu », c’est passer à côté de quelque chose de fondamental . Elle le dit avec ce même respect qu’elle accorde au monde naturel : la montagne n’a pas besoin de nous pour exister. En grimpant, Lauriane semble chercher ce contact brut, direct avec le rocher. Ce qui compte pour elle, ce n’est pas l’effort en soi, mais l’attention pure qu’exige chaque geste, chaque prise, une présence entière, sans autre but que d’être là . Entre science et art : des langages qui se croisent Ce souci du détail, cette curiosité pour les écosystèmes, elle les doit en partie à son parcours académique. Avant de se consacrer pleinement à l’art, Lauriane a étudié les sciences de la Terre . Et pour elle, science et art sont loin d’être opposés. « On pourrait croire que science et art sont deux choses différentes, mais en fait, il y a de la poésie dans la science. » La poésie, elle la trouve dans l’observation, dans cette attention qui capte l’invisible, qui donne à voir sans tout expliquer. Depuis plusieurs années, elle collabore avec des chercheurs, des parcs nationaux, des associations environnementales pour illustrer leurs projets. « Cet été, j’ai fait de la BD de vulgarisation scientifique sur un voilier. C’était un avantage énorme de comprendre le jargon scientifique. Ça m’aidait à simplifier et mettre en image sans trahir les idées. » Elle parle de ce projet avec simplicité, mais on sent bien que cette fusion entre science et illustration fait partie intégrante de son identité . « Aujourd’hui, les chercheurs s’ouvrent davantage au grand public, ils veulent rendre leurs travaux accessibles. Et l’illustration, c’est un moyen fantastique pour vulgariser la science. » « Aujourd’hui, les chercheurs s’ouvrent davantage au grand public, ils veulent rendre leurs travaux accessibles. Et l’illustration, c’est un moyen fantastique pour vulgariser la science. » Elle voit dans cet équilibre entre science et art une forme de transmission nécessaire : éveiller la curiosité sans contraindre le regard , offrir des perspectives ouvertes. Cette vision de l’art comme interface, comme ouverture, est au cœur de plusieurs de ses travaux. L’art de toucher sans tout dévoiler Lauriane Miara est de ces artistes qui donnent à voir, mais sans jamais tout dévoiler. À travers ses aquarelles, elle exprime une sensibilité pour la nature, un respect pour le monde sauvage, mais elle laisse toujours une part d’invisible . « On me dit souvent que mes dessins touchent les gens, qu’ils y voient des choses que je n’avais pas imaginées. » Elle écoute ces retours, attentive, et l’on devine que, derrière son regard perçant, elle garde ses propres paysages intérieurs, des histoires qu’elle ne dévoile qu’en partie, laissant à chacun le soin d’y lire les siennes. Rencontrer Lauriane, c’est découvrir une artiste qui fait parler la nature tout en gardant son jardin secret. Ses aquarelles, loin des codes conventionnels, sont une invitation à aller au-delà du visible. Elle appartient à cette rare catégorie de ceux qui montrent sans orienter, laissant chacun libre de trouver ce qu’il veut – ou ce qu’il peut – dans son monde.
- L'éthique de la grimpe en milieu naturel : entre préservation et liberté
L’escalade, ce n’est pas juste agripper des prises en résine entre un espace coworking et un bar branché. C’est aussi plonger en pleine nature, se frotter à la roche brute, loin des murs artificiels. Là où chaque mouvement marque, où la sensation de liberté est totale, et où l’on ressort changé, souvent même éraflé. Mais cet accès à la nature a un coût : comment grimper sans dénaturer, sans laisser de traces ? Aujourd’hui, chaque grimpeuse et grimpeur doit jongler entre passion et préservation, sur un chemin qui devient de plus en plus étroit. Une histoire éthique : respect et transmission Les pionniers de l’escalade en milieu naturel savaient déjà que chaque pas gravé dans le paysage n’était pas anodin. Dans les années 1970, le mouvement "Leave No Trace" a émergé aux États-Unis, invitant randonneurs et grimpeurs à minimiser leur impact. L’idée était simple : respecter les lieux, ne pas modifier les paysages, ne rien emporter ni laisser derrière soi . Ce mouvement est devenu, au fil du temps, une règle tacite pour les grimpeurs en extérieur. Au fil des décennies, des campagnes de sensibilisation sur la gestion des déchets et l'impact de la surfréquentation se sont développées . Aujourd’hui, les principes éthiques de "Leave No Trace" sont plus actuels que jamais, mais les dilemmes qu’ils soulèvent restent tout aussi complexes. Les salles d'escalade continuent de croître, offrant un accès facile et sans impact environnemental direct, mais la pratique en extérieur reste un désir profond pour de nombreux grimpeurs. Cependant, la question se pose : comment concilier cette passion avec le respect des espaces naturels de plus en plus fragiles ? La grimpe à l’épreuve de la préservation : impact et réalités L’ascension d’un rocher est simple en apparence, mais ce geste cristallise une problématique bien plus vaste. Les études écologiques montrent que l'escalade, bien que moins impactante que d'autres sports de pleine nature, laisse des traces visibles. Les zones d’assurage, compactées et stériles, les traces de magnésie blanche, sans compter les chemins tracés à la hâte pour rejoindre plus rapidement les blocs et les falaises, deviennent autant de cicatrices laissées par l’activité. Certaines régions imposent de plus en plus de restrictions. Les fermetures temporaires ou permanentes de voies en France, notamment dans les zones protégées, se multiplient pour protéger la biodiversité, préserver les espèces rares et limiter l'érosion. Mais ces politiques de fermeture suscitent des réactions mitigées. Pour certains, elles sont essentielles ; pour d’autres, elles s’apparentent à une privation de liberté, voire à une stigmatisation de l'escalade. Pratiques et règles d’or : une grimpe responsable et respectueuse Pour que l’escalade en extérieur continue d’exister dans sa forme la plus pure, une seule voie semble ouverte : celle d’une grimpe responsable. Plusieurs fédérations et associations travaillent à la promotion de pratiques respectueuses, diffusant des guides de bonne conduite et mettant en place des campagnes de sensibilisation. Quelques règles d'or sont désormais largement acceptées dans la communauté : Réduire l'usage de la magnésie : Les marques blanches laissées sur les prises sont non seulement inesthétiques, mais elles altèrent aussi la perception naturelle du rocher. Éviter la musique : La faune locale est sensible aux nuisances sonores prolongées, et la musique, même en sourdine, peut perturber cet équilibre fragile. Privilégier le silence permet de préserver la tranquillité naturelle du site et de respecter les habitants de ces espaces. Nettoyer après son passage : Ramasser ses déchets, mais aussi les résidus de magnésie, contribue à conserver l’intégrité du site. Respecter les sentiers d'approches : Suivre les chemins balisés aide à réduire l'impact sur l'écosystème. Mais les fédérations d’escalade ne peuvent imposer ces règles sans l’adhésion de chacun. Des associations comme "Mountain Wilderness" ou "Leave No Trace" organisent régulièrement des campagnes pour sensibiliser les grimpeuses et grimpeurs, en rappelant que chaque geste compte pour minimiser notre empreinte collective. Fermetures de sites : entre protection et liberté Les restrictions d’accès, justifiées par des arguments de préservation, sont parfois critiquées. La fermeture des voies soulève en effet des questions de liberté : la nature, patrimoine de tous , devrait-elle être fermée pour quelques espèces rares, au détriment d’un accès pour les pratiquants ? Cette question est d’autant plus complexe que certaines restrictions semblent arbitraires. Dans certains sites, la surfréquentation et la pression des activités humaines ont conduit à des fermetures partielles et à des restrictions d'accès strictes. La question qui émerge est alors : peut-on préserver la nature en restreignant l'accès de certains groupes, alors même que d’autres activités bien plus impactantes sont tolérées ? Certains défenseurs de l'escalade pointent une forme d'injustice : interdire l'escalade pour préserver la nature, mais autoriser la chasse, envoie un signal contradictoire. Vers un compromis : pour une grimpe durable et responsable Si l’escalade est un moyen d’explorer le monde qui nous entoure, elle doit aussi devenir un engagement en faveur de la nature . Des solutions existent pour que la grimpe reste durable : les fédérations et les associations locales sont de plus en plus nombreuses à instaurer des partenariats étroits avec les gestionnaires de parcs. On observe également de plus en plus d'initiatives individuelles pour restaurer les espaces dégradés, pour sensibiliser la communauté, etc. L’avenir de la grimpe en milieu naturel est entre les mains de celles et ceux qui la pratiquent. L’équilibre entre liberté et préservation demande une éthique ferme, mais surtout une passion intacte pour la nature, celle-là même qui nous pousse, à chaque sortie, à redécouvrir un peu plus ses beautés et ses fragilités. L'enjeu est de taille, mais l’escalade est, par essence, une école de patience et de persévérance. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : "Escalade : un sport qui menace la nature ?" - Le documentaire ARTE Vers un nouveau modèle de coexistence avec la nature : Entretien avec Nolwen Berthier 11% d'accès à la nature ne suffisent pas : Le combat du BMC pour l'Angleterre et le Pays de Galles Escalade et écologie : Un pacte durable pour les Vosges












