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- Bon Voyage 2057 : Quand l’escalade imagine son propre Black Mirror
Si Black Mirror s’attaquait à l’escalade, il en sortirait probablement un épisode où les grimpeurs en collant argenté jouent au chat et à la souris avec des drones fédéraux. Une version futuriste où le plastique a définitivement avalé le rocher , où grimper dehors est un acte de rébellion, et où James Pearson est un criminel en fuite. © Bon Voyage 2057 Derrière ce scénario barré, Miguel Baudin de Kayoo TV et Seb Berthe n’ont pas cherché à livrer un manifeste politique ni à signer une pétition anti-résine. Ils ont simplement poussé un délire jusqu’au bout, en imaginant ce que donnerait une escalade entièrement domestiquée . Un monde où la sécurité, l’optimisation et la monétisation ont gagné par KO, et où l’idée même de toucher du rocher est aussi archaïque que grimper sans baudrier. La Loi Plastique : une blague qui sonne étrangement juste Dans ce monde parallèle, l’escalade en extérieur a été éradiquée en 2028 , enterrée sous une "Loi Plastique" qui bannit toute grimpe hors des murs homologués. Résultat ? Les falaises sont devenues des vestiges interdits, les murs artificiels règnent en maîtres, et les grimpeurs sauvages sont des hors-la-loi traqués par la Fédération. Science-fiction ? Pas totalement. Aujourd’hui, sans même parler de dystopie, l’escalade mute . Le nombre de salles explose , les formats compétitifs cartonnent, et le rocher, lui, se complique. Trop de monde, trop de règles, trop de frictions. À mesure que la discipline se développe, elle devient un enjeu de régulation, d'encadrement, de responsabilité. Le film ne dit pas que ça va arriver, il joue simplement avec l’idée qu’en poussant un peu plus loin certaines tendances, on pourrait bien s’y retrouver . © Bon Voyage 2057 C’est absurde… mais pas complètement faux Et c’est précisément pourquoi le parallèle avec Black Mirror fonctionne aussi bien. À part ton oncle complotiste, personne ne termine un épisode en disant "Ah ben voilà, c’est exactement ce qui va se passer." Mais tout le monde a une petite voix au fond du crâne qui murmure : "Non, évidemment, ça ne sera pas comme ça… mais quand même, il y a un peu de vrai." Personne ne cherche sérieusement à interdire l’escalade en extérieur. Il n’y a pas un lobby du plastique qui fomente un plan secret contre le caillou . Mais Bon Voyage 2057 fonctionne parce qu’il joue avec des dynamiques bien réelles, qui, mises bout à bout, esquissent un futur qui ne semble plus si absurde. D’un côté, les restrictions pleuvent. À chaque fois, elles ont une logique. Réguler l’accès à une falaise pour protéger une espèce nicheuse ? Qui dirait non. Encadrer l’alpinisme sur des sommets saturés pour éviter que la montagne ne se transforme en autoroute du tourisme ? Ça se défend. Imposer des quotas en canyoning pour limiter l’impact humain sur l’environnement ? Une mesure pleine de bon sens. Mais additionnées, ces décisions grignotent, petit à petit, les espaces de liberté . Ce qui était une pratique spontanée devient un cadre à suivre, un accès à demander, une autorisation à décrocher, un prix à payer. De l’autre, les salles d’escalade tournent à plein régime. Là, pas de restrictions, pas de batailles administratives, pas de soucis d’environnement fragile. Elles sont propres, rentables, sans conflits d’usage, et elles garantissent aux grimpeurs un produit standardisé, consommable, renouvelé chaque semaine. Ce n’est pas un problème en soi – l’indoor a amené un nouveau public, dynamisé la discipline. Mais à mesure que l’outdoor devient plus complexe à défendre, les marques se recentrent sur ce qui est le plus simple à vendre. Certaines ne produisent même plus rien pour l’extérieur. Ça ne veut pas dire que la falaise va disparaître. Mais il y a un schéma qui se répète. Moins d’accès au naturel, plus de business sur l’artificiel. Rire jaune et magnésie sous surveillance Là où Bon Voyage 2057 est malin, c’est qu’il ne cherche jamais à dire "attention, ce futur vous guette." Il préfère balancer des grimpeurs en cosmonautes, des interventions télévisées absurdes et une propagande fédérale dystopique pour nous faire marrer, sans nous interdire de réfléchir . C’est là que l’exagération devient percutante : en poussant la logique trop loin, elle force à voir ce qui est déjà là, en sourdine. Bref, c’est notre avis. Regardez la vidéo et faites-vous le vôtre :
- Le sport et le port du voile : une interdiction en marche ?
Un morceau de tissu, et tout un pays s’enflamme. Ce mardi, le Sénat débat d’une proposition de loi visant à interdire le port de signes religieux ostensibles – et donc du voile – lors des compétitions sportives. L’idée ? Préserver la neutralité des terrains de jeu. Le problème ? On risque surtout de barrer l’accès au sport à certaines pratiquantes. Laïcité, liberté, inclusion : chacun y va de son argument. Mais dans ce chaos législatif, où se place l’escalade ? Le sport, un sanctuaire… ou un filtre ? L’histoire n’a rien de nouveau. En 2024, le Comité olympique français avait déjà interdit le voile pour les athlètes représentant la France aux JO de Paris , au nom de la neutralité républicaine. L’ONU avait alors grincé des dents, dénonçant une mesure discriminatoire. Aujourd’hui, le Sénat pousse le bouchon un peu plus loin : il ne s’agit plus seulement des sélections nationales, mais de toutes les compétitions officielles, du tournoi de quartier aux championnats nationaux . L’argument ? Garantir un sport sans signes religieux, un espace de neutralité. Mais en cherchant à vider le sport de toute marque identitaire, ne risque-t-on pas surtout de le vider de certaines de ses pratiquantes ? Derrière cette interdiction, ce n’est pas qu’un bout de tissu qui est en jeu : c’est aussi l’accès au sport, le droit à la pratique, la possibilité de concilier foi et passion. Des fédérations en ordre dispersé Dans l’arène des fédérations , c’est un vrai puzzle . La FFF (Fédération Française de Football) et la FFR (Fédération Française de Rugby) interdisent déjà le voile, suivant les règles édictées au niveau international. D’autres, comme la Fédération d’Athlétisme, ne voient pas d’inconvénient. Puis il y a la FSGT , cette vieille maison du sport populaire, qui a pris le contrepied. Lors de sa dernière assemblée régionale parisienne de l’activité montagne-escalade , elle a voté contre toute interdiction du voile en compétition . Parce que pour elle, l’essence du sport, c’est l’inclusion. Interdire le voile, c’est refuser l’accès aux terrains de jeu à des milliers de femmes qui, sans cela, n’y mettront jamais les pieds. Et pendant que le Sénat légifère, sur le terrain, l’application reste floue. Beaucoup de clubs gèrent la question au cas par cas, en fonction des sensibilités locales. Autrement dit, ce qui est toléré dans une salle ou une ville peut être proscrit à quelques kilomètres de là. Un terrain miné. Et l’escalade dans tout ça ? Dans le monde vertical, la question n’a jamais pris autant d’ampleur que dans d’autres disciplines. Pas de coup de sifflet, pas de contact physique, pas de danger immédiat lié à une tenue couvrante : l’escalade s’est tenue à l’écart des polémiques. La Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME) n’a jamais statué sur le sujet, et la Fédération Internationale d’Escalade (IFSC) non plus. Mais l’absence de règlement ne signifie pas l’absence de barrière . Certaines salles privées et clubs ont déjà évoqué des questions de sécurité pour refuser le port du voile, en avançant des raisons techniques : compatibilité avec le casque, risque d’accrochage. Des arguments qui, en l’absence de preuve tangible, relèvent davantage de l’interprétation que de la nécessité. À l’international, la situation est encore plus contrastée. En Iran, en Indonésie ou encore en Malaisie, des grimpeuses voilées performent au plus haut niveau sans que cela pose problème . La question n’est pas de savoir si elles peuvent grimper, mais simplement comment adapter leur tenue aux exigences de leur sport. L’escalade a toujours cultivé un certain esprit de liberté. Un sport qui échappe aux dogmes, aux carcans, aux règles trop rigides. Mais cette liberté a-t-elle encore du sens si elle exclut certaines grimpeuses ? Si la loi passe, l’escalade ne pourra pas faire l’économie d’un positionnement. Il faudra bien trancher. Et dans un sport où l’équilibre est une question de survie, mieux vaudra ne pas se tromper de prise.
- Taranaki Maunga : La montagne qui a son mot à dire
La Nouvelle-Zélande n’est pas du genre à faire les choses à moitié. Après avoir passé un passeport juridique à une forêt et à un fleuve, elle a décidé que Taranaki Maunga, son volcan fétiche, méritait lui aussi d’avoir son mot à dire. Le 30 janvier 2025, le voilà officiellement doté d’une existence juridique . Un volcan qui, juridiquement, entre dans le cercle très fermé des entités légales. Une lubie d’avocat en manque de clients ? Pas du tout. Plutôt une claque symbolique, une manière de remettre les pendules à l’heure pour les peuples maoris , qui n’ont jamais vu cette montagne comme un simple tas de cailloux. Un sommet qui regarde de haut 2 518 mètres d’altitude, un cône parfait, une silhouette qui en impose. Taranaki Maunga, ce n’est pas juste un paysage de carte postale, c’est un ancêtre, un guide, un repère. Du moins, c’est comme ça que le voient les huit iwi maoris du coin. Mais pendant plus d’un siècle, ils ont été coupés de leur montagne, expropriés en règle par la colonisation britannique. Résultat : une bataille acharnée pour récupérer ce qui leur a été volé. Et après des décennies de discussions, de coups de pression et d’atermoiements, la justice a tranché : Taranaki Maunga n’est pas un décor, c’est une entité vivante . De la roche aux textes de loi Avec cette nouvelle loi, Taranaki Maunga devient " Te Kahui Tupua" , "un tout vivant et indivisible". Ça sonne mystique, mais juridiquement, ça veut dire quelque chose : la montagne a les mêmes droits qu’une personne et sera représentée par un comité partagé entre Maoris et gouvernement . En clair, fini le business as usual : chaque décision qui la concerne devra passer par ce conseil. Une manière d’assurer que la protection du site ne sera pas qu’un vague concept fourré au fond d’un tiroir administratif. Debbie Ngarewa-Packer, figure du parti Te Pati Maori , a posé les mots justes : « Aujourd'hui, Taranaki est libéré des chaînes... de l'injustice, de l'ignorance et de la haine. » Une déclaration qui replace l’histoire dans son contexte. La nature sort les griffes Ce coup de maître n’est pas un one-shot. La Nouvelle-Zélande a déjà fait le coup en 2014 avec la forêt de Te Urewera et en 2017 avec le fleuve Whanganui . Résultat : un modèle qui fait des petits. En Inde, les fleuves Gange et Yamuna ont eux aussi décroché leur carte d’identité légale. En Colombie, c’est le fleuve Atrato qui a été sacralisé par la justice. Ce n’est pas qu’un tour de passe-passe juridique, mais un vrai changement de paradigme . Ici, la montagne cesse d’être un simple relief sur une carte : elle devient un sujet de droit, avec tout ce que cela implique. À quand le Mont-Blanc citoyen ? En France, le débat sur la reconnaissance des droits de la nature progresse. Certaines initiatives comme le Parlement de la Loire explorent l’idée d’une personnalité juridique pour les cours d’eau , et des projets transfrontaliers existent pour une gouvernance commune du massif alpin. L’exemple de Taranaki Maunga pourrait bien faire des vagues. En France, certaines voix réclament déjà que le Mont-Blanc et d’autres sites majeurs suivent le même chemin. Mais on en est encore loin. Pour l’instant, on préfère bétonner des stations et appeler ça du "développement durable". Ce qui est sûr, c’est que la reconnaissance de Taranaki Maunga vient ajouter une pierre de plus à l’édifice d’une nouvelle vision du monde : une où la nature n’est plus un décor passif, mais un acteur à part entière. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : L'éthique de la grimpe en milieu naturel : entre préservation et liberté Escalade et écologie : Un pacte durable pour les Vosges Interview : l’IFSC face au défi de la transition écologique
- L’Arête de l’éternité – L’odyssée perchée de Sandy Allan
C’est un livre que l'on ne cherchait pas, mais que l'on a trouvé. Enfin, que l'on nous a mis entre les mains. Lorraine, la responsable de la boutique Guérin à Chamonix, nous l’a tendu avec ce petit sourire entendu qui veut dire "Tu vas voir, c’est quelque chose" . Elle avait raison. Parce que L’Arête de l’éternité , c’est un récit d’alpinisme pas comme les autres. C’est un pavé dans la face, un journal de bord halluciné sur une ascension qui n’aurait jamais dû aboutir. Sandy Allan (57 ans) et Rick Allen (59 ans), deux Britanniques d’une autre époque, y racontent comment ils ont fait ce que personne n’avait réussi avant eux : la première traversée intégrale de l’arête Mazeno du Nanga Parbat (8 126 m), au Pakistan. Un truc dément, long comme un jour sans oxygène, où la cordée a joué avec les limites du raisonnable… et accessoirement avec sa propre survie. L’Arête Mazeno, une idée qui gratte depuis trop longtemps Le Nanga Parbat, c’est pas exactement la destination rêvée pour un trek familial. Surnommée la " Montagne Tueuse ", elle se dresse au Pakistan, fière de son historique de drames et de récits qui s’achèvent mal. Parmi les itinéraires possibles, l’arête Mazeno est l’option "va voir ailleurs si j’y suis". On parle d’une crête de 13 kilomètres à plus de 7000 mètres , où l’oxygène se fait la malle et où la moindre fausse note se paye cash. Avant Allan et Allen, personne n’avait osé la traversée complète. Trop long, trop paumé, trop casse-gueule. Mais il y a toujours quelques illuminés pour penser que les routes barrées sont les plus belles. 18 jours à se demander ce qu’ils foutaient là Juillet 2012, l’équipe de départ est plus large, mais un à un, ils rendent les armes. Le manque d’oxygène, la fatigue, la peur… Il n’y a plus qu’Allan et Allen pour persévérer. Ce qu’ils traversent ensuite, c’est une descente aux enfers, mais en montée . Un enfer blanc où chaque pas coûte un peu plus de ce qui reste de leur lucidité. Le froid les mord, la faim les ronge, l’altitude les vide, mais ils avancent, têtus, portés par cette folie propre aux alpinistes qui refusent de voir le gouffre sous leurs pieds. Au bout de 18 jours d’ascension, ils atteignent le sommet. Ça pourrait être la fin du livre, mais non. Parce qu’en montagne, le sommet, c’est la moitié du chemin. La descente, par la voie Kinshofer, est une longue agonie où les corps ne répondent plus et où la mort est là, tapie dans l’ombre. Ils arrivent en bas en spectres. Décharnés, vidés, mais vivants. Et dans le genre conte de fées hémoglobine, c’est déjà pas mal. Un livre qui sent la sueur et le doute Dans L’Arête de l’éternité , Sandy Allan ne se regarde pas grimper. Il n’y a pas de fioritures, pas de tape dans le dos, pas de grandiloquence. Juste un texte brut, qui dit la peur, la douleur, et cette obsession étrange qui pousse certains à se coller des défis déraisonnables. C’est aussi un livre sur l’amitié en altitude. Allan et Allen, c’est une cordée à l’ancienne. Loin du bruit et des projecteurs, ils se comprennent en un regard, se supportent sans se ménager. Parce qu’à ces altitudes-là, un coéquipier, c’est pas juste un compagnon de cordée. C’est un gilet de sauvetage. Une récompense et une fin tragique L’histoire aurait pu s’arrêter sur une note triomphale : le duo reçoit le Piolet d’Or en 2013, consacrant cette ascension comme l’une des plus folles du siècle. Mais la montagne n’oublie jamais ses fous. En 2021, Rick Allen disparaît sur le K2 , emporté par une avalanche . Une fin à la hauteur de sa légende. Pourquoi il faut lire L’Arête de l’éternité ? Parce que c’est un récit qui gratte, loin des belles histoires édulcorées d’alpinisme. C’est du rugueux, du réel, du viscéral. Ça parle d’épuisement, de glace, d’hallucinations et de cette absurde nécessité d’aller voir toujours plus haut, même quand tout en bas, ça crie d’arrêter. Un livre que l'on referme en se demandant pourquoi certains s’infligent ça… et pourquoi d’autres, comme nous, aiment tant les lire. Chez Guérin Editions Paulsen, disponible ici .
- Bon Voyage : une voie et des liaisons dangereuses
Dans Bon Voyage 2057 , James Pearson est un fugitif, la falaise est sous haute surveillance, et grimper en extérieur est devenu un acte de dissidence. Mais derrière ce futur sous plastique, Bon Voyage 2057 fait surtout référence à une ligne bien réelle, et pas n’importe laquelle. Une voie qui a traversé les époques et les débats, avant de devenir l’un des plus grands défis du trad moderne. Son histoire commence bien avant que James Pearson ne pose ses doigts dessus. © Petr Chodura Avant James Pearson, une fissure et une bataille Si Bon Voyage est aujourd’hui une référence du trad extrême, son histoire ne débute pas en 2017, mais bien plus tôt. En 2011 , Antoine Barbier et Lionel Catsoyannis ouvrent une ligne évidente sur le secteur de la Chambre du Roi, à Annot. Une fissure parfaite, qui remonte un mur vertical comme tracée à la règle. C’est la voie idéale pour ancrer le trad dans ce site français encore en construction. Mais en France, le trad est un ovni , une rareté coincée entre des milliers de longueurs spitées. À Annot, les ouvreurs souhaitent développer un spot où les protections naturelles règnent, une utopie dans un pays où l’équipement fixe est la norme. Rapidement, certains grimpeurs jugent cette approche "archaïque", "dangereuse" ou "élitiste". Des spits apparaissent sur plusieurs fissures du site, y compris sur leur projet. S’ensuit un jeu de cache-cache : les spits sont posés, puis enlevés , dans une bataille silencieuse qui divise la communauté locale. Pour immortaliser cette lutte, Barbier et Catsoyannis choisissent un nom inspiré d’un débat enflammé sur les forums de l’époque, où un adversaire du trad s’était distingué par des fautes d’orthographe devenues cultes : Les voillage faurmes la jenaice . Mais si la voie existe, personne ne parvient à l’enchaîner . Le projet reste dans l’ombre, une ligne en suspens.Jusqu’en 2017 , où James Pearson s’y attaque et signe la première ascension. Le nom change. Le Voyage est né. D’un Voyage à l’autre En 2017 James Pearson pose les doigts sur un mur que personne n’avait encore osé apprivoiser. Une fissure nette, rectiligne, qui semble avoir été sculptée pour l’escalade trad. Il s’engage, place ses protections avec précision, grimpe en équilibre entre la maîtrise et la peur, et sort en haut. La voie est baptisée Le Voyage . Cotation : E10 7a, ce qui équivaut à un 8B+ trad. James Pearson vient d’écrire un nouveau chapitre du trad extrême, et très vite, cette ligne attire les meilleurs grimpeurs du genre : Babsi Zangerl (2021) la répète, confirmant une fois de plus qu’elle est une des figures incontournables du trad. Steve McClure (mars 2023) la grimpe, prouvant qu’on peut encore se challenger après plusieurs décennies passées à dompter le caillou. Seb Berthe (avril 2023) s’y attaque avec son style puissant et fluide, sans se douter que quelques mois plus tard, il reviendra pour écrire une autre page de l’histoire. Caroline Ciavaldini (novembre 2023), épouse de James Pearson, fait sa propre ascension de la ligne ouverte par son compagnon. Soline Kentzel (mai 2024), grimpeuse française et compagne de Seb Berthe, s’offre à son tour Le Voyage , fermant la boucle. © Vertige Media D’un couple à l’autre, d’une génération à l’autre, Le Voyage s’impose comme bien plus qu’une simple croix dans un carnet. Mais si la fissure originelle a déjà tout d’un chef-d’œuvre, James Pearson, lui, ne s’arrête pas là . Un jour, il lève les yeux vers la gauche. Bon Voyage : une prise de risque encore plus grande Si Le Voyage était une évidence, Bon Voyage est une extrapolation. James Pearson imagine une version plus extrême , qui quitte la fissure "rassurante" pour une séquence où les placements deviennent précaires, les prises plus fuyantes, l’effort plus intense. Moins d’évidence, plus d’engagement. Une ligne qui ne laisse aucune place au hasard. En 2023, il l’enchaîne et propose E12 7a. Un 9a trad, où l’absence d’équipement fixe transforme chaque mouvement en une décision stratégique. Les protections sont rares et demandent une pose millimétrée. L’énergie dépensée à sécuriser la progression s’ajoute à celle nécessaire pour tenir les mouvements. James Pearson reste prudent sur sa cotation . Après la rétrogradation de The Walk of Life en 2008, il préfère attendre que d’autres grimpeurs s’y frottent. En 2024 , Adam Ondra relève le défi. © Raphaël Fourau L’expertise Ondra Quand Adam Ondra pose les mains sur une voie, c’est rarement pour faire de la figuration. Il observe, analyse, teste. Une fois son calage en place, il grimpe avec la fluidité qu’on lui connaît, et il enchaîne. Le verdict ? E12 confirmé. Il estime que si la voie était équipée, elle tournerait autour de 9A sportif . Mais ici, il faut grimper sous pression, poser les protections en pleine intensité, gérer la fatigue mentale qui s’accumule à chaque placement. Ce n’est pas juste une voie dure, c’est un test d’endurance mentale, où la moindre hésitation peut être fatale. Adam Ondra, peu coutumier des formules emphatiques, se contente d’un constat limpide : « L’une des plus belles voies trad du monde. » © Petr Chodura Seb Berthe, troisième grimpeur sur la liste À peine quelques semaines après Adam Ondra, Seb Berthe revient à Annot . Après avoir grimpé Le Voyage un an plus tôt, il décide cette fois de passer en mode Bon Voyage . Il devient le troisième grimpeur à enchaîner la voie. Pour lui, la cotation tient. C’est une ligne qui ne laisse aucune place au doute. Trois répétiteurs, trois confirmations. Bon Voyage s’inscrit définitivement dans l’histoire du trad moderne. Un tournant pour le trad moderne L’escalade traditionnelle a déjà ses références extrêmes. Mais Bon Voyage ne joue pas seulement sur la difficulté. Elle impose une autre approche. Jame Pearson a créé une nouvelle ligne dure, mais surtout il a ouvert un territoire où l’engagement se mêle à la subtilité du placement. Une voie qui demande plus qu’un niveau physique hors norme. Elle exige un mental froid, une lecture parfaite et une capacité à grimper sous pression sans jamais paniquer. Annot, un spot où tout se croise Si Bon Voyage existe, c’est parce qu’elle a trouvé son écrin. Les Grès d’Annot, c’est un spot unique, un équilibre subtil entre tradition et modernité. On y trouve des fissures vierges où seuls les coinceurs dictent la progression , mais aussi des lignes équipées , taillées pour une escalade plus classique. Ici, pas de confrontation entre les styles, mais une cohabitation qui permet à chacun de s’exprimer selon sa vision du caillou. Le Rocher Saint-Vincent , lui, est le bastion du trad. Le Voyage suit une logique implacable, celle d’une fissure parfaite. Bon Voyage , au contraire, s’émancipe de cette évidence pour chercher l’improbable, une gestuelle plus aérienne, une réflexion plus poussée, une approche du mouvement qui brouille les repères. Mais ces deux voies ne sont pas que des morceaux de roche domestiqués par quelques grimpeurs d’exception. Elles ont aussi créé un fil rouge entre celles et ceux qui les ont domptées, tissant des liens entre les générations, les styles et parfois même les vies.
- B’Wall joue l’expansion en Bretagne : Vannes et Quimper dans la foulée
Après Lanester, B’Wall pousse les murs. Deux ans après son ouverture, la salle d’escalade devenue incontournable en Bretagne sud s’apprête à déployer son modèle à Vannes et Quimper . Une expansion rapide, portée par un marché en plein boom et une levée de fonds de 3,5 millions d’euros. © EP Climbing B’Wall, le hold-up de l’escalade indoor en Bretagne Quand B’Wall a débarqué à Lanester en 2022, la grimpe indoor en Bretagne sud relevait encore du terrain vague. Deux ans plus tard, la salle engrange près de 90 000 entrées par an et a déjà poussé les murs pour passer à 2 300 m². Le tout en s’imposant parmi les grandes structures privées d’escalade en France. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais Aurélien Desclavelières et Rémi Lestang voient plus haut. Le duo, qui a bâti B’Wall en structurant son projet pendant les confinements, enclenche désormais la vitesse supérieure. Deux nouvelles salles sont annoncées : Vannes pour l’été 2025, Quimper avant la fin de l’année . L’objectif est clair : occuper le terrain avant que les grandes chaînes ne viennent quadriller la région. Vannes et Quimper : les nouvelles prises de B’Wall Le plan est rodé. À Vannes, la salle prend place sur le parc du Golfe, en face du Chorus, sur trois niveaux avec des voies culminant à 15 mètres. À Quimper, c’est un bâtiment racheté près du Décathlon qui est en pleine mue pour accueillir une version optimisée du concept B’Wall. Même ADN que Lanester : du bloc, des voies, un espace enfants, et un lieu pensé pour l’expérience grimpe et la convivialité. L’ambition reste la même : s’implanter là où la grimpe en salle était inexistante . En deux ans, B’Wall a non seulement rempli sa propre salle, mais a aussi « créé le besoin », ouvrant l’escalade à un public plus large que jamais, des actifs aux grands-parents venus accompagner leurs petits-enfants. 3,5 millions d’euros et une stratégie d’indépendants Pas question pour B’Wall de perdre la main sur son projet. Pour financer cette expansion, Aurélien Desclavelières et Rémi Lestang ont levé 3,5 millions d’euros, tout en restant les seuls maîtres à bord . Pas d’investisseurs gourmands, pas de franchisation. L’idée est de conserver une réactivité totale sur la gestion des salles et d’assurer un développement progressif sans brûler les étapes. Avec trois salles en Bretagne sud d’ici fin 2025, B’Wall atteint un palier stratégique. L’objectif immédiat : stabiliser l’activité et asseoir la notoriété de l’enseigne. Mais la question plane déjà : cette expansion restera-t-elle régionale, ou B’Wall s’attaquera-t-il à d’autres territoires ? L’escalade indoor en pleine mutation B’Wall surfe sur une vague plus large : l’explosion des salles privées en France. L’escalade indoor est désormais une pratique urbaine de masse, entre sport, loisir et mode de vie. Face aux grandes chaînes qui occupent le territoire, les indépendants jouent la carte du local, de l’identité et de la flexibilité. Reste à voir si ce modèle tiendra sur le long terme. Pour l’instant, Aurélien Desclavelières et Rémi Lestang continuent d’avancer sans corde fixe, mais avec une stratégie bien assurée. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- IFSC Officials Seminar 2025 : là où se décide l’avenir de la compétition
L’escalade de compétition ne se résume pas aux athlètes qui enchaînent des runs spectaculaires sous les projecteurs. En coulisses, il y a toute une armée d'officiels qui définissent les règles, tranchent les litiges et façonnent le jeu. Et comme chaque année, l’IFSC les rassemble pour un séminaire stratégique . En 2025, cap sur Tai’an, en Chine , où 71 juges, ouvreurs et délégués poseront les bases de la saison à venir. Mais cette édition a une saveur particulière : pour la première fois, tous les corps de métier sont réunis sous le même toit . L’idée ? Aligner les visions, resserrer les rangs et éviter que les évolutions du circuit ne se décident en silo. Les coulisses de la saison 2025 se jouent ici Ce séminaire, c’est l’équivalent d’un gros briefing d’avant-match, mais à l’échelle d’un sport entier. Pendant deux jours, les acteurs clés de la discipline vont éplucher la saison 2024 pour en tirer les leçons, ajuster les règlements et affiner les processus. Au programme : Retour sur les Jeux de Paris 2024 , avec une table ronde entre officiels olympiques. Le but : comprendre ce qui a (ou pas) fonctionné et amorcer déjà les réflexions pour Los Angeles 2028. Évolutions techniques et innovations sur le matériel : nouvelles prises, changements d’équipement, ajustements sur la règlementation… Ce qui sortira de Tai’an pourrait redéfinir les standards des compétitions de demain. Arbitrage et ouverture : quelles tendances ? Entre l’évolution du style des blocs et la nécessité d’assurer une équité maximale, juges et ouvreurs vont devoir accorder leurs violons. Inclusion et diversité : une discussion pour faire avancer les réflexions sur la place des femmes, des athlètes en situation de handicap et des profils sous-représentés dans l’escalade de haut niveau. Et pour ne pas rester bloqué en mode théorique, le tout sera agrémenté d’ateliers pratiques dans une salle de grimpe locale , histoire que les débats ne restent pas sur papier. Un format inédit qui pourrait faire école Chaque année, l’IFSC délocalise ce séminaire pour équilibrer les déplacements et impliquer les fédérations nationales. L’édition 2025 marque un tournant : c’est la première fois que juges, ouvreurs, délégués et para-spécialistes se retrouvent ensemble . Une volonté affichée de resserrer la cohésion entre les rôles et d’éviter que chacun bosse dans son coin avec des logiques différentes. D’ailleurs, ce séminaire servira aussi à rattraper les réunions annulées en décembre dernier lors de la Commissions Week de l’IFSC à Turin. Ouvreurs et juges auront donc des sessions dédiées pour finaliser les décisions techniques qui n’avaient pas pu être discutées. Et pour les acteurs du marché, qu’est-ce que ça change ? Si vous travaillez dans cet univers, que ce soit pour une salle, une marque ou en tant qu’organisateur, ce qui se décidera à Tai’an pourrait bien avoir un impact direct sur votre activité : Les nouvelles orientations des ouvreurs : Quels styles de blocs vont dominer en compétition ? Quel impact sur la formation des grimpeurs et l’évolution des salles commerciales ? L’évolution des règles d'arbitrage : Moins de subjectivité ? Plus de standardisation ? De quoi donner des indices sur la direction que prend l’IFSC en termes d’arbitrage. Les innovations sur le matériel : Si de nouvelles prises ou équipements passent dans le circuit officiel, l’industrie suivra. L’inclusivité en escalade : Plus de diversité dans les compétitions pourrait aussi pousser les salles et les marques à adapter leur offre. En clair, ce qui va se discuter à Tai’an ne restera pas à Tai’an. Les décisions prises ici redessineront les contours de la compétition mondiale , et avec elle, une partie du marché. Reste à voir quelles orientations en sortiront. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Laurent Lagarrigue, nouveau DTN de la FFME : continuité ou renouveau ?
Après 27 ans sous l’ère Paillasson, la FFME change de capitaine. Laurent Lagarrigue, figure bien connue du haut niveau français, prend les rênes en tant que Directeur Technique National (DTN) . Nomination logique ou simple coup de peinture fraîche ? Décryptage. © Oh my lot ! Un homme du sérail On ne pourra pas lui reprocher de débarquer en terrain inconnu. Licencié depuis l’adolescence au club de Cahors, Laurent Lagarrigue a fait tout son parcours dans l’écosystème fédéral. Du Comité territorial FFME du Lot au poste de Conseiller Technique Sportif dans le Cantal et le Tarn-et-Garonne, il a gravi les échelons jusqu’à intégrer la FFME en 2009 . Là, il a navigué entre plusieurs rôles clés du département haut niveau : entraîneur des jeunes, sélectionneur national du bloc, puis coordinateur du combiné bloc/difficulté pour Paris 2024. En tant que coordinateur de la préparation olympique du combiné bloc/difficulté pour Paris 2024 , il a accompagné l’adaptation des grimpeurs français aux exigences de ce nouveau format. Mais être DTN, ce n’est pas juste gérer une équipe de France, c’est piloter toute une fédération . Et c’est là que les enjeux commencent. Haut niveau, formations, terrains de jeu : la triple équation du DTN Le rôle de DTN dépasse largement la seule question des performances sportives. Il faut jongler avec les impératifs politiques, économiques et structurels. Pour Laurent Lagarrigue, les défis sont multiples : Relancer l’équipe de France post-Paris 2024 : Face à des nations comme les États-Unis et le Japon, la France devra analyser ses résultats à Paris 2024 pour adapter sa stratégie. L’évolution des formats de compétition et l’émergence de nouveaux profils d’athlètes imposent une adaptation rapide. Gérer l’équilibre entre performance et formation : La FFME doit continuer à structurer la formation des entraîneurs et le développement des pôles espoirs, tout en garantissant un suivi efficace des athlètes élites. Le développement du haut niveau repose en grande partie sur la capacité des clubs et des structures locales à détecter et accompagner les jeunes talents. Un enjeu central pour la FFME sera d’assurer un lien efficace entre ces structures et l’élite. Faire cohabiter compétition et pratiques outdoor : La fédération doit composer avec des licenciés aux attentes très variées, entre les grimpeurs de gymnase et les défenseurs des falaises, entre les aspirations olympiques et celles des amateurs de grandes voies. La crise des conventions falaises a laissé des traces, et la FFME peine à rassurer les grimpeurs sur sa volonté de défendre l’accès aux sites naturels. Le poste de DTN est un terrain glissant, où chaque choix engage une partie de la communauté FFME. Avec la montée en puissance des salles privées et des pratiques non fédérées, la FFME doit prouver qu’elle reste un acteur incontournable. FFME : stabilisation ou transformation ? La nomination de Laurent Lagarrigue est-elle un signal de continuité ou une opportunité de changement ? La FFME sort de plusieurs années de turbulences : crise des conventions falaises, déclin de certaines structures locales, tensions entre sport fédéral et acteurs privés. En interne, certains attendaient un vent de renouveau. Mais en choisissant un cadre de la maison, la fédération joue la carte de la transition en douceur plutôt que celle de la rupture. La fédération fait également face à des défis budgétaires croissants. Avec la fin de l’effet Jeux Olympiques et la répartition fluctuante des financements publics, le modèle économique de la FFME est sous tension. Entre le soutien aux athlètes de haut niveau et le financement des structures locales, les arbitrages à venir seront scrutés de près. Ses premières déclarations restent prudentes : « Je mettrai toute mon énergie pour lever les freins et donner du sens à nos projets afin que notre fédération continue sa progression. » Le terrain est balisé, reste à voir la trajectoire qu’il prendra. Un poste sous tension Si le DTN a un rôle stratégique, il reste sous le feu croisé des athlètes, des entraîneurs, des clubs et des institutions . Il faut jongler avec les attentes des collectivités, des sponsors, des médias et des grimpeurs eux-mêmes. La FFME, fédération délégataire, est sous pression pour justifier son modèle et sa gestion du haut niveau. La professionnalisation de l’escalade, notamment en compétition, pose également question. Aujourd’hui, rares sont les athlètes français qui vivent confortablement de leur sport . La question de l’accompagnement vers un modèle plus professionnel reste un enjeu majeur. Enfin, la concurrence entre la FFME et les salles privées continue de s’intensifier. De plus en plus de grimpeurs pratiquent exclusivement en indoor sans jamais prendre de licence fédérale . Une tendance qui interroge sur l’avenir du modèle FFME, et sur sa capacité à fédérer au-delà du cercle des compétiteurs. Laurent Lagarrigue, l’homme du compromis ? Laurent Lagarrigue hérite d’un poste où l’exigence est totale et les marges de manœuvre limitées. Sa mission : maintenir l’escalade française au plus haut niveau mondial tout en consolidant une fédération en quête de repères. Il a l’expérience et la connaissance du terrain. Reste à voir s’il aura aussi la liberté et les moyens de ses ambitions. La FFME cherche-t-elle à naviguer en eaux calmes ou à impulser une nouvelle dynamique ? Le choix d’un homme du sérail pourrait rassurer certains et frustrer ceux qui attendaient une rupture plus nette avec l’ancien modèle. Mais dans une fédération qui doit jongler avec des intérêts divergents, un bon DTN est peut-être avant tout un maître du compromis . 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- Le Sommet des dieux : du sommet au mythe, en accès libre
Faites chauffer le thé, coupez les notifications : Comme l'an dernier à la même date, Le Sommet des dieux est en libre accès sur France TV jusqu’au 22 février 2025 . Ce bijou d’animation signé Patrick Imbert, adapté du manga mythique de Jiro Taniguchi et du roman de Baku Yumemakura, plonge dans les abysses de l’obsession alpine. C’est beau, c’est brutal, et ça donne envie d’investir dans un bon duvet. © Le Sommet des dieux Un pari risqué qui touche au sommet Sorti en 2021, Le Sommet des dieux a raflé le César du meilleur film d’animation en 2022, confirmant ce qu’on pressentait déjà : l’histoire avait tout pour devenir une claque visuelle et émotionnelle. Réduire cinq tomes en un film d’1h30 relevait de la haute voltige, mais Patrick Imbert et son équipe s’en sont sortis avec les honneurs . Minimaliste mais percutant, le film ne s’embarrasse pas du superflu : une esthétique sobre, une tension qui monte comme une paroi verglacée et une immersion totale dans l’ivresse de la hauteur. Photographe, alpiniste et un mystère plus grand que l’Everest Katmandou, un troquet enfumé, une silhouette usée par les ans : Fukamachi, reporter japonais, croit tomber sur Habu Jôji, légende de l’alpinisme. Dans ses mains, un appareil photo qui pourrait révolutionner l’histoire : celui de George Mallory, peut-être le premier homme à avoir atteint l’Everest… avant de disparaître en 1924. Est-ce un mythe, une chimère ou la plus grande révélation de l’alpinisme ? La réponse est quelque part entre les falaises et la psyché humaine. Mallory et Irvine : Everest, 1924, dernière transmission Le 8 juin 1924, George Mallory et Andrew "Sandy" Irvine sont vus pour la dernière fois à quelques encablures du sommet de l’Everest, avant que les nuages ne les engloutissent. L'ont-ils atteint avant de disparaître ? Mystère. En 1999, une expédition retrouve le corps de Mallory à 8 156 mètres d’altitude, mais sans l’appareil photo Kodak qui pourrait enfin trancher la question. Depuis, la légende continue d’alimenter fantasmes et débats passionnés entre historiens et alpinistes. © Le Sommet des dieux Un film qui grimpe haut et cogne fort Avec ses plans d’une précision chirurgicale, son animation millimétrée et une bande-son signée Amine Bouhafa, qui oscille entre méditation et tension pure, Le Sommet des dieux capte l’essence du vide. Chaque scène respire la solitude et l’obsession. Tokyo vibre d’un bruit sourd et oppressant, l’Himalaya souffle un vent qui transperce l’écran. On grimpe avec eux, on doute avec eux, on suffoque avec eux. Un film qui met tout le monde d’accord ? Presque. De Le Monde à Écran Large , la presse s’est laissée emporter : « Une pure merveille », « Un choc esthétique et narratif ». Même Franceinfo Culture y va de son couplet : « Un style épuré, fidèle à Taniguchi, sublimant chaque sommet ». Bref, un sans-faute. Mais qu’on soit clair : ce n’est pas un film grand public. Pas de punchlines, pas de rebondissements hollywoodiens. Juste de la montagne, du silence et des hommes qui la regardent droit dans les yeux. Pourquoi vous devez voir Le Sommet des dieux ? Parce que c’est beau. Vraiment. Une masterclass visuelle. Parce que ça parle d’obsession. Celle qui pousse à aller toujours plus haut, toujours plus loin. Parce que c’est une claque. Pas celle qui fait mal, mais celle qui réveille. FAQ : Tout ce que vous vous demandez sur Le Sommet des dieux 📌 Fidèle au manga ou pas ? Oui et non. Le film capture l’âme du manga, tout en condensant certaines intrigues. Mais le souffle est là. 📌 Où voir Le Sommet des dieux en streaming ? Sur France TV, gratuitement, jusqu’au 22 février 2025. 📌 Mallory, premier sur l’Everest ou pas ? La vraie réponse ? Personne ne sait. Le film joue avec cette énigme sans la résoudre, et c’est aussi bien. 📌 C’est un film pour alpinistes uniquement ? Non, c’est un film pour ceux qui aiment les récits fous, les quêtes impossibles et la beauté brute. Grimpeur ou pas, vous allez vibrer. Vous avez jusqu’au 22 février 2025 pour plonger dans cette ascension hallucinée, gratuitement sur France TV. Un film qui vous laisse sur le flanc, comme après une grande voie trop engagée. Préparez-vous à l’ascension. Lien vers la vidéo complète.
- 1988, l’année où l’escalade a décidé de grandir (ou de se vendre ?)
L’escalade a toujours eu un pied dans la marge, entre défi personnel et quête de liberté. Un sport de saltimbanques, un jeu de gamins perchés, une affaire de marginaux en lycra accrochés aux falaises. Alors quand l’idée d’en faire une discipline organisée, compétitive, formatée, a émergé, elle a évidemment divisé. En 1988, l’escalade vacille entre deux mondes : celui des grimpeurs qui jurent que l’adhérence, ça se teste sur du calcaire, et celui d’une génération prête à mettre des numéros sur les performances. Des sponsors à séduire, des règlements à poser, un circuit à structurer… Il faut choisir. La suite de cet article , écrit comme s’il avait été publié à l’époque, nous plonge dans cette année charnière. Quand tout était encore possible. © FFME Bercy, théâtre d’une révolution en marche Paris, Palais Omnisports de Bercy, 6 février 1988. Une falaise artificielle de 12 mètres de haut, dressée en plein centre de l’arène. Les spectateurs sont 3 500, venus voir l ’un des premiers grands événements de l’escalade de compétition . Pas un grain de magnésie en plein air, pas un bout de calcaire : ici, tout est contrôlé, cadré, formaté. Le spectacle se joue aussi ailleurs : trois heures de direct à la télévision, une première pour la discipline, qui tente de séduire. Sur la scène, Didier Raboutou s’élance, Jacky Godoffe a déjà été éliminé . En bas, Lynn Hill , Catherine Destivelle et Isabelle Patissier attendent leur tour, concentrées. Le mur est signé Jean-Marc Blanche, les voies ont été tracées par Antoine Le Menestrel et Fabrice Guillot. Pas question de voir les autres grimper : tout le monde est confiné dans les sous-sols de Bercy avant son passage . Un contrôle strict, inspiré des compétitions de gymnastique. L’enjeu est simple : prouver que l’escalade peut être un sport de compétition sérieux. La grimpe libre face aux règlements Les organisateurs veulent éviter les polémiques qui ont terni les compétitions précédentes : règlements flous, jury contesté, rumeurs de grimpeurs ayant repéré les voies à l’avance. À Bercy, fini l’impro. Les participants n’ont eu que quelques minutes la veille pour observer la paroi à l’œil et au toucher. « La compétition est une donnée encore toute neuve dans l'escalade, admet Jean-Marc Troussier, directeur sportif de l’épreuve. Les grimpeurs ne sont pas habitués à respecter un jury. Beaucoup se sont montrés réticents à l'égard de ces confrontations et ne voulaient pas entrer dans un circuit professionnel. » Cette méfiance se traduit par une absence remarquée : Patrick Edlinger , l’icône du Verdon, ne veut pas en entendre parler. La compétition a encore un goût amer pour certains. En 1985, des figures comme Patrick Berhault, Jean-Baptiste Tribout, Laurent Jacob, Catherine Destivelle ou encore Antoine Le Menestrel signaient le "Manifeste des 19", un texte rejetant l’idée même d’une escalade sous contrainte, encadrée par des règles et des classements. Deux ans plus tard, pourtant, certains d’entre eux sont là, au premier rang des compétitions naissantes , que ce soit sur le mur ou en coulisses. Un pied dans la contestation, un autre dans la construction de ce qui pourrait devenir une discipline à part entière. Patrick Berhault © Escalade Dévers Bercy cristallise ces tensions. D’un côté, ceux qui refusent d’y mettre les pieds, voyant dans la compétition une trahison de l’esprit de la grimpe. De l’autre, ceux qui acceptent d’y participer, parfois avec scepticisme, parfois avec ambition. Mais une autre fracture se dessine, plus subtile. Contrairement au modèle soviétique, où l’escalade s’est imposée comme une confrontation directe basée sur la vitesse , l’approche occidentale mise sur la technicité et l’adaptabilité. À Bercy, le mur de difficulté est conçu pour reproduire les subtilités du rocher, dans un équilibre fragile entre sport et tradition. Mais une autre bataille se joue ailleurs : celle du financement. L’escalade indoor ne sort pas de nulle part. Depuis quelques années, elle gagne du terrain : 130 murs d’escalade existent déjà en France, et le chiffre augmente. Les salles commencent à devenir des lieux de pratique à part entière, indépendants des falaises. En 1986 et 1987, Vaulx-en-Velin accueille les premières compétitions indoor françaises. En novembre 1987, Grenoble organise une autre épreuve, prémices d’un circuit régulier. Le vrai tournant vient en octobre 1987 : sous pression du ministère des Sports, la Fédération française de montagne (FFM) fusionne avec la Fédération française d’escalade (FFE). Naissance de la FFME . Objectif affiché : populariser la grimpe, équiper les villes et structurer la compétition. « Mais il ne faudrait surtout pas que tout cela devienne trop gros, trop vite » prévient Georges Daguenet, représentant d’Edelrid, inquiet de l’image que pourrait renvoyer l’escalade si une compétition tournait mal. Les chiffres, eux, grimpent déjà : 1 million de francs de budget à Thonon en 1987 1,2 million pour le Master de Bercy Les sponsors restent tout de même frileux. Les marques spécialisées (chaussons, cordes) soutiennent l’événement, mais les investisseurs grand public hésitent . Trop confidentiel. Trop risqué. Trop imprévisible. Et il y a une autre inquiétude : l’escalade peut-elle être un sport de spectacle ? « Imaginez un accident lors d’une compétition. Il n’en faudrait pas plus pour faire reculer un partenaire peu familiarisé avec le milieu, » glisse Georges Daguenet. 1988… et après ? Les ambitions sont là : Un championnat de France en 1988. Un circuit international en 1989. Une Coupe du monde envisagée pour 1990. Les Jeux Olympiques ? On en parle, mais peu y croient vraiment. « L'escalade ne remplira jamais un stade, » lâchent les sceptiques. « Il faut bien qu’on vive, » répondent les grimpeurs prêts à professionnaliser leur discipline. D’un côté, ceux qui rêvent de médailles et de reconnaissance. De l’autre, ceux qui voient dans cette standardisation une trahison. Trente-sept ans plus tard… Le pari a été tenu. L’escalade a basculé dans la compétition, avec ses circuits, ses champions et son économie . En 2021, elle a même fait son entrée aux Jeux Olympiques, concrétisant un rêve qui, en 1988, semblait encore lointain. Les murs d’escalade sont devenus omniprésents , ouvrant la pratique au plus grand nombre. Loin du Verdon et des bivouacs sous les surplombs, la grimpe s’est installée en ville , accessible en quelques stations de métro. Mais le débat n’a pas disparu. Il a juste changé de terrain. L’olympisme divise toujours, les compétitions privées bousculent les circuits officiels, et la place du rocher reste un sujet brûlant. L’escalade n’a pas trahi son histoire. Elle en a écrit une autre. Plus structurée, plus visible, mais toujours mouvante. Et une question reste en suspens : que veut-elle devenir demain ?
- La Sportiva aux JO 2024 : Comment exister sans en avoir le droit
Douze médailles. Sept podiums. Les grimpeurs La Sportiva ont brillé à Paris 2024. Leurs chaussons étaient là. Leur sponsor, lui, devait se taire. Car aux Jeux Olympiques, une marque non partenaire n’existe pas. Pas un mot sur les podiums, pas un post de félicitations, pas même une image suggérant un lien avec l’événement. Une règle du jeu imposée par le CIO. Une règle que La Sportiva n’a pas contournée. Elle l’a jouée autrement. © La Sportiva Règle 40 : être là sans le dire Les athlètes grimpent pour l’or. Les marques, elles, jouent pour la visibilité. La Règle 40 de la Charte Olympique verrouille toute communication pour les sponsors non officiels pendant la période des Jeux. Du 18 juillet au 13 août 2024, il leur est interdit d’associer leur nom aux performances de leurs athlètes . Pensée pour protéger les sponsors olympiques, cette règle se heurte à la réalité des sports où l’élite repose sur des équipementiers techniques, absents des accords avec le CIO. En escalade, ce sont ces marques qui financent les entraînements, affinent les chaussons et ajustent les moindres détails des équipements. Mais quand vient l’heure du podium, elles disparaissent. © Consignes de communication - CIO Depuis Tokyo 2020, le CIO a lâché un peu de lest : les athlètes peuvent désormais remercier leurs sponsors, tant qu’ils ne mentionnent pas explicitement leur médaille ou leur participation aux Jeux. Un grimpeur peut écrire "Merci à mon sponsor pour son soutien", mais pas "Merci à mon sponsor, avec qui j’ai décroché l’or à Paris 2024." Un jeu d’équilibriste où chaque mot est une prise à négocier. Paris sans en parler : La Maison La Sportiva Si la Règle 40 empêche La Sportiva de s’afficher aux Jeux, elle ne l’empêche pas d’exister autour. Pendant toute la durée de Paris 2024, la marque installe La Maison La Sportiva , un espace éphémère en plein cœur de la capitale. Une maison, un pied dans Paris, l’autre en retrait. Workshops, tests de matériel, échanges avec les athlètes : tout sauf une communication officielle sur les Jeux. Pourtant, la scène est là, les sportifs aussi, et le public suit. Un coup double : offrir une vitrine sans enfreindre la règle. Et surtout, préparer l’après. Après les Jeux, l’empreinte Une fois l’embargo levé, les marques reprennent la parole. Mais comment exister sans sonner comme une marque qui débarque après la bataille ? Plutôt que d’inonder ses réseaux de chiffres et de podiums, La Sportiva grave le moment dans l’objet. À ses médaillés, elle remet un seul chausson – toujours le pied droit – conçu uniquement comme un trophée . Un Solution Comp ou un Cobra 4.99 , mais pas pour grimper. Un chausson qui ne verra jamais de mur, dont la seule fonction est d’incarner l’exploit. © La Sportiva © La Sportiva Personnalisé pour chaque athlète, il arbore les couleurs de son drapeau national et une inscription "merci". Sur la semelle, son classement est gravé, comme une signature sur un bloc parfait. Et parce qu’un trophée ne se donne pas dans une boîte en carton, chaque chausson repose dans un coffret en bois de Val di Fiemme , signé par Lorenzo Delladio, PDG de La Sportiva. Un fragment d’histoire. Un objet qui ne dit rien, mais qui veut tout dire. Un héritage ancré dans la compétition Si La Sportiva peut se permettre de jouer avec l’Histoire, c’est parce qu’elle y a déjà un pied bien ancré. Avant Paris, avant Tokyo, il y a eu Bardonecchia 1985. Quarante ans plus tôt, le SportRoccia marque les débuts de la compétition d’escalade en Europe. Ce jour-là, Stefan Glowacz l’emporte avec aux pieds des Mariacher , chaussons signés La Sportiva. Ce premier podium n’a pas seulement consacré Glowacz, il a aussi installé La Sportiva comme un acteur clé de la compétition. Quatre décennies plus tard, la marque est toujours là. Sept de ses athlètes ont décroché une médaille à Paris : Leonardo Veddriq (or Vitesse) Lijuan Deng (argent Vitesse) Sorato Anraku (argent Bloc & Lead) Brooke Raboutou (argent Bloc & Lead) Peng Wu (argent Vitesse) Jakob Schubert (bronze Bloc & Lead) Aleksandra Kalucka (bronze Vitesse) Aux pieds, les Solution Comp , Skwama et Cobra 4.99 . Sur le podium, l’héritage de quatre décennies d’innovation. Une stratégie qui inscrit La Sportiva dans l’histoire Pendant les Jeux, La Sportiva ne pouvait pas parler. Elle n’en avait pas besoin. Ses chaussons étaient là. Ses athlètes aussi. Sa présence était inscrite dans chaque prise tenue, chaque run parfait, chaque podium décroché. Après les Jeux, elle grave ce moment dans un trophée taillé pour la mémoire. Pas besoin de slogans, pas besoin de revendications. Les images, les objets et les souvenirs suffisent. Une présence calibrée, pensée pour exister sans publicité. Enfin… juste ce qu’il faut. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Interview : l’IFSC face au défi de la transition écologique
L’escalade a cette image d’un sport ancré dans la nature, en harmonie avec la roche et les éléments. Une illusion tenace, quand on sait que le circuit de compétition repose sur des murs en contreplaqué, des prises en plastique et un ballet incessant de vols long-courriers. L’IFSC le sait, et veut visiblement prendre le virage de la durabilité avec un plan ambitieux, inspiré des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU . © David Pillet Sur le papier, l’idée est de réduire l’empreinte carbone du circuit, d’améliorer la parité, d’encourager la consommation responsable, de renforcer la sensibilisation du public et des athlètes, mais aussi de mieux prendre en compte la santé mentale des grimpeurs, notamment lors de leur transition post-compétition . L’intention est louable, mais à la lecture du nouveau plan de durabilité une question demeure : comment tout cela va-t-il se concrétiser ? Entre engagements fermes et déclarations d’intention, difficile de démêler ce qui relève du véritable tournant et ce qui reste au stade des bonnes résolutions. On a donc posé nos questions directement à l’IFSC. C’est Federico Ferro, responsable du développement durable, et Silvia Verdolini, directrice de la recherche et du développement, qui nous ont apporté des éléments de réponse, sous l’égide de Fabrizio Rossini, directeur de la communication. Décryptage. Un sommet à atteindre, mais une voie encore à équiper L’IFSC annonce des objectifs clairs de réduction des émissions : -15 % d’ici 2026, -50 % d’ici 2030 et la neutralité carbone en 2040 . Mais ces engagements se mesurent par rapport aux niveaux de 2022, sans que l’on sache précisément où en est la fédération aujourd’hui. On leur a demandé quelles actions concrètes allaient permettre d’y arriver. « Nous avons mis en place un ensemble de lignes directrices en matière de durabilité, applicables aux opérations externes et au personnel interne, spécifiquement conçues pour atteindre ces objectifs. Ces nouvelles lignes directrices seront officiellement lancées en avril 2025 lors de l’Assemblée générale (AG). » Des lignes directrices existeraient déjà, mais impossible d’en savoir plus. Est-ce une question de discrétion ou simplement parce que tout n’est pas encore complètement défini ? Difficile à dire. Ce flou pourrait aussi s’expliquer par un détail non négligeable : l a Sustainability Commission , censée structurer et suivre ces engagements, n’existe tout simplement pas encore . Il faudra attendre avril 2025 et l’Assemblée Générale pour voir si ces orientations prennent une forme plus concrète ou si elles restent suspendues dans le vide. © David Pillet « En attendant la formation de la nouvelle Commission, nous avons un groupe de travail actif composé du vice-président de l’IFSC Wolfgang Wabel, du directeur général Piero Rebaudengo, du responsable de la durabilité Federico Ferro, de la présidente de la Fédération estonienne d’escalade Kristiina Toots et du représentant des athlètes Campbell Harrison. Après l’Assemblée générale de l’IFSC, nous ouvrirons officiellement les candidatures à toutes les fédérations nationales membres pour constituer une Sustainability Commission à part entière. » Autrement dit, les décisions actuelles sont prises par un groupe restreint, sans consultation plus large des fédérations membres. Une gouvernance en transition qui explique sans doute pourquoi certaines réponses restent floues et pourquoi il faudra attendre l'AG de 2025 pour voir plus clair. L’IFSC assure néanmoins qu’elle pourra évaluer ses avancées grâce à des outils de calcul d’émissions carbone et produire un rapport de suivi . Mais là encore, aucune précision sur la fréquence de ces bilans ni sur leur accessibilité. Seront-ils publics ? Publieront-ils les émissions réelles des événements ? À ce stade, on reste dans le brouillard. Compensation carbone : un effort, mais sans détails En 2024, l’IFSC annonce avoir compensé 4 160 tonnes de CO₂ via la plateforme United Nations Carbon Offset pour un budget total de 10 000 €.Nous leur avons demandé quels projets étaient financés et selon quels critères. « Nous allouons des ressources issues des contributions de nos organisateurs d’événements pour compenser les émissions, en veillant à ce que nos actions soient en accord avec nos valeurs et notre héritage. » « En tant que grimpeurs, nous entretenons un lien profond avec la nature, c’est pourquoi nous soutenons des projets qui reflètent notre engagement en faveur de l’environnement et du développement durable. Nos initiatives sélectionnées portent sur des projets d’énergies renouvelables, des efforts de reforestation et des programmes d’efficacité énergétique — des domaines clés qui contribuent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en favorisant une croissance durable. Ces projets ne se contentent pas de soutenir l’action climatique mondiale, ils résonnent aussi avec notre volonté de préserver l’environnement naturel. » Utiliser la plateforme de l’ONU est plutôt un bon point : ça garantit un minimum d’encadrement et ça évite le marché parallèle des crédits carbone plus que douteux. Mais la mention de la reforestation dans la réponse de l’IFSC mérite qu’on s’y attarde. Planter des arbres pour compenser du carbone, ça a un certain charme. Sur le papier. Mais dans la réalité, c’est une méthode bien moins efficace qu’elle en a l’air. Des études ont montré que les effets secondaires du boisement pourraient neutraliser jusqu'à 30 % des bénéfices attendus en matière de captation du carbone. Et surtout, un arbre met des décennies à stocker le CO₂, alors que les émissions d’un événement sont immédiates. Un différé qui fait toute la différence. Pour autant, il faut reconnaître que ce choix est moins critiquable que celui des crédits REDD+, ces programmes qui génèrent des crédits en échange de la simple préservation de forêts existantes, avec l’argument (très hypothétique) que sans eux, ces forêts auraient été rasées. Une enquête a révélé que 94 % de ces crédits étaient sans impact réel . © David Pillet Ceci étant dit, si ces compensations s’inscrivent dans une logique de transition vers une vraie réduction des émissions, elles ont du sens . Mais si elles ne sont qu’un moyen d’absorber des émissions qui auraient pu être évitées, elles restent une rustine sur une corde effilochée. Dans tous les cas, elles ne suffisent pas à elles seules à rendre le circuit plus durable . Le véritable enjeu se trouve désormais dans les actions futures de l’IFSC et leur capacité à réduire réellement leur empreinte carbone en amont, plutôt que de la compenser après coup. Voyages et compétitions : le train oui, mais pas obligatoire L'IFSC espère réduire de 50 % les émissions liées aux déplacements en optimisant les trajets et le calendrier . On leur a donc demandé si cette mesure allait être imposée ou si ça restait une simple incitation. « Notre politique privilégie les trajets en train pour les distances de moins de 500 km, aussi bien pour les officiels de l'IFSC que pour le personnel. Bien que nous ne puissions pas imposer cette exigence aux athlètes, nous la recommandons fortement comme une option de voyage plus durable. » « De plus, le calendrier des compétitions de l'IFSC est soigneusement conçu pour harmoniser les déplacements entre les événements, minimisant ainsi les longs trajets et réduisant les émissions globales. » Pour les athlètes, c’est clair : une simple suggestion, sans obligation . Pour les officiels et le personnel, la formulation laisse un doute. Privilégier ne veut pas dire imposer, et l’IFSC ne précise pas s’il s’agit d’une règle stricte ou d’une incitation forte . Quant au calendrier des compétitions , la réalité est plus nuancée que l'affirmation. La saison 2025 comporte toujours des déplacements intercontinentaux conséquents, avec des allers-retours entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Sud. Certes, des ajustements existent peut-être en coulisses, mais l’idée d’un circuit optimisé pour limiter l’empreinte carbone des voyages reste à relativiser . Concernant l’idée d’un plafond d’émissions par événement, l’IFSC adopte une posture plus prudente : « Les lignes directrices comprendront un ensemble de critères pour limiter l’empreinte environnementale des événements. Concernant l’instauration d’un plafond d’émissions, il est encore un peu tôt pour cela, mais c'est une idée que nous pourrions concrétiser à l’avenir. » On passe donc du simple volontariat à un hypothétique cadre futur, qui pourrait exister… Équilibre hommes-femmes : une trajectoire encore floue L’IFSC affiche une volonté d’atteindre une représentation équilibrée entre hommes et femmes d’ici 2028 . Quand on leur demande quelles mesures concrètes sont mises en place, voici leur réponse : « L’IFSC a rejoint le programme Women Lead Sport, qui a accompagné 24 femmes de 21 pays, ainsi que le programme WISH. Nos statuts prévoient plusieurs mesures pour favoriser la parité, notamment l’article 10.3.5, qui encourage les fédérations nationales à envoyer des délégations mixtes à l’Assemblée Générale. » Des incitations, donc, mais pas de contrainte réelle. L’IFSC rappelle également un autre engagement dans ses statuts : « Atteindre une représentation équilibrée des hommes et des femmes à travers l’organisation, des officiels aux entraîneurs, en passant par les commissions, d’ici Los Angeles 2028. » Cet engagement marque une formalisation de l’objectif, mais l’IFSC va plus loin en insistant sur un historique égalitaire : « Depuis le début, l’escalade sportive a garanti une égalité des récompenses entre hommes et femmes et a toujours eu une participation similaire entre les deux sexes en compétition. » Cette version des faits est séduisante, mais elle gomme des réalités moins flatteuses. L’histoire de l’escalade compétitive n’a pas toujours été aussi égalitaire qu’elle le prétend . Certes, aujourd’hui, la parité en compétition est bien ancrée, mais cela n’a pas toujours été une évidence. Historiquement, des figures emblématiques comme Lynn Hill ont dû lutter pour obtenir l’égalité des prix . © David Pillet Côté rôles techniques, l’IFSC met en avant un plan de développement des officiels, ainsi que sa participation à des programmes comme Women Lead Sport et WISH , destinés à former et accompagner les femmes dans des rôles d’encadrement. Si la trajectoire vers 2028 est affichée, les moyens pour y parvenir restent encore flous. À ce stade, l’IFSC mise davantage sur des incitations et des recommandations que sur des mécanismes contraignants pour accélérer le changement. Est-ce que cette dynamique suffira à faire évoluer durablement la représentation des femmes dans les rôles clés du circuit ? Impossible à dire pour l’instant, mais au moins, la direction est posée . Un plan… en suspens L’IFSC a posé des ambitions claires : réduire son empreinte carbone, favoriser la parité, encourager une consommation plus responsable. Mais à la lecture des réponses, un point saute aux yeux : le comité chargé de mettre en œuvre ces engagements… n’existe pas encore. En attendant sa création après l’Assemblée Générale 2025, les décisions sont entre les mains d’un groupe de travail restreint. Les actions concrètes sont encore floues, et les mesures contraignantes quasi inexistantes. L’IFSC a donc bien un plan. Reste à savoir s’il trouvera les prises pour l’exécuter ou s’il restera un topo ambitieux, mais inachevé.












