FAIRE UNE RECHERCHE
Search this site
1316 résultats trouvés avec une recherche vide
- Silence, on grimpe ! Les festivals de films de montagne face au défi de l’accessibilité
Imaginez un instant. Vous êtes passionné de montagne, le genre à frissonner devant des images de grimpeurs suspendus au-dessus du vide, ou à rêver d’expéditions improbables dans des contrées reculées. Mais chaque fois que vous entrez dans une salle de projection, une barrière invisible s’élève : le silence. Pas celui des cimes enneigées, mais celui d’un sous-titrage absent. Une expérience partielle, frustrante. Voilà le quotidien de 6 millions de Français sourds et malentendants, largement exclus des festivals de films de montagne et d’aventure . © Sandrine Chiarena En 2024, le constat est sans appel : seulement 13 % des films projetés dans ces événements étaient sous-titrés . Un chiffre maigrelet qui grince aux oreilles de la loi du 11 février 2005 , censée garantir l’égalité d’accès aux lieux publics. À l’origine de cette sonnette d’alarme, le collectif Silence, on grimpe ! , fondé par Arnaud Guillemot, sourd profond de naissance et militant engagé. Une prise de conscience en altitude En 2022, le bilan était encore plus accablant : aucun des 40 festivals répertoriés n’intégrait de sous-titres à leurs films en français. Il aura fallu deux ans de sensibilisation acharnée pour que certains festivals commencent à grimper – timidement – sur la corde de l’inclusion . En 2024, 12 événements ont pris des mesures. Un progrès certes, mais qui reste largement insuffisant. « Depuis 2023, quelques festivals ont su se mobiliser pour élargir leurs publics, mais ce n’est plus acceptable que la majorité reste inaccessible », martèle Arnaud Guillemot. Malgré des avancées, la communication des festivals pêche par un manque de clarté. 75 % des événements ne mentionnent pas ou insuffisamment les films accessibles sur leurs supports : pas de logo VFST, pas de mention explicite. Résultat ? Un public méfiant qui ne se déplace tout simplement pas. © Delphine Danielou Des montagnes à gravir pour 2025 Si certains festivals continuent de jouer les Saint-Bernard endormis, d’autres montrent la voie. Femmes en Montagne , par exemple, a fait figure de pionnier en 2024 en proposant des interprètes en Langue des Signes Française (LSF) pour tous ses débats . Un coup de piolet salué par le collectif, mais qui reste isolé. En réponse à une lettre ouverte publiée à l’automne dernier, une dizaine d’organisateurs ont annoncé des actions concrètes dès cette année : sous-titrage intégral des films, mentions claires sur les affiches, et même des expérimentations sur la transcription en direct des échanges. Ces mesures pourraient enfin donner un écho aux voix oubliées. « Lorsque l’environnement est adapté, le handicap n’existe plus », rappelle sobrement un membre de Silence, on grimpe ! Une inclusion encore trop discrète Au-delà des chiffres, l’enjeu est culturel. Rendre les festivals accessibles, c e n’est pas seulement une obligation légale, c’est une question de respect et d’enrichissement collectif . Les films de montagne célèbrent l’exploration, l’audace, le dépassement de soi. Ironie du sort, ces valeurs semblent s’arrêter à la porte des salles de projection. Tant que l’inclusion ne sera pas une évidence, des millions de passionnés resteront sur la touche, privés d’une expérience qui devrait pourtant leur appartenir. Peut-être est-il temps que les festivals, si prompts à raconter des histoires de sommets gravis, se lancent dans leur propre ascension : celle d’une véritable accessibilité. © Sandrine Chiarena Silence, on grimpe !, mais cette fois pour tous 2025 pourrait marquer un tournant. Avec des engagements en hausse et une prise de conscience plus affirmée, l’espoir est permis. Mais comme le rappelle Arnaud Guillemot, le chemin est encore long. « Nous sommes là pour accompagner les festivals, mais il est temps que les promesses se traduisent en actes. » Une invitation à grimper ensemble, sans laisser personne au pied de la falaise. Alors, festivals de films de montagne, prêt(e)s à vous hisser vers de nouveaux horizons ?
- Les gagnants des Trophées de la Verticalité sont...
Ce samedi 11 janvier, une foule dense et curieuse s’est amassée autour du podium du Salon de l’Escalade . Au programme : la remise des Trophées de la Verticalité , nouvelle initiative destinée à récompenser celles et ceux qui, avec leurs idées bien accrochées, redéfinissent les contours de l’escalade. Dans un milieu où chaque prise compte, ces quatre distinctions – Écologie, Contenu, Inclusion et Innovation – ne sont pas de simples médailles en chocolat. Elles saluent des projets ambitieux, des visions inspirantes, et surtout, des gens qui grimpent là où d’autres hésitent encore . Et pour remettre ces prix, un jury aussi divers que pertinent : Laury-Anne Cholez (Reporterre), Florine Leplatre (FSGT), Noémie Le Govic (Suunto) et… votre humble serviteur, rédacteur en chef de Vertige Media. Bref, ça sentait le magnésium intellectuel. © Salon de l'Escalade OneTopo : le topo 2.0 décroche le Trophée Innovation On l’a tous vécu : le topo papier. Cet objet à mi-chemin entre le Graal et la relique encombrante. On l’adore, jusqu’au jour où il manque une page, où il disparaît dans la poussière de la bagnole, ou pire… où il est obsolète. OneTopo , c’est tout l’inverse : géolocalisé, toujours à jour, éthique, et pensé pour redistribuer ses gains aux acteurs locaux . Avec OneTopo, plus besoin de partir à l’aveugle sur une falaise inconnue ou de se demander si cette voie est bien une 6c+ ou juste une mauvaise blague. En bref, c’est le topo réinventé pour une génération qui swipe plus qu’elle ne tourne des pages. The Roof Rennes : l’inclusion, mais pas par-dessus la jambe À The Roof Rennes , on ne grimpe pas seulement pour la perf’. Ici, l’escalade est un prétexte à autre chose : casser les codes, ouvrir des voies au sens propre comme au figuré, et faire tomber quelques barrières bien solides. On commence par l’égalité femme-homme : des ouvreuses aux commandes, des compétitions sans interférences patriarcales (oui, ça existe), et des formats qui renversent les conventions. Mais ce n’est qu’une prise parmi d’autres. Deux fois par semaine, la salle coupe la musique et baisse la lumière pour accueillir des personnes à haute sensibilité sensorielle. On y croise aussi des grimpeurs en situation de handicap, des initiatives pour les plus précaires (douches, café, escalade), et des événements para-climbing qui mettent tout le monde sur un pied d’égalité. Ici, l’inclusion n’est pas une belle promesse : c’est une routine. Andrea : un camion, trois vies, et une philosophie Nina Caprez, Jérémy Bernard et leur fille n’ont pas choisi la voie facile – et c’est tant mieux. À bord de leur camion Andrea , ils sillonnent des régions perdues pour partager leur passion. Avec un pan d’escalade amovible, ils proposent un spectacle itinérant qui mêle sport, exploration, et engagement . Andrea, c’est plus qu’un projet : c’est une manière de vivre. Une invitation à se reconnecter à l’essentiel, là où la falaise devient un lieu de rencontre, et le sport, un prétexte pour raconter des histoires qui touchent. Uppossible : l’écologie en mouvement Quand Eline Le Menestrel parle de développement durable, elle le fait en pédalant. Avec son collectif Uppossible, elle parcourt l’Europe à vélo pour promouvoir une escalade écoresponsable . Des spectacles itinérants, des ateliers, et une volonté farouche de prouver qu’une pratique respectueuse de la planète est à la portée de tous. L’idée ? Chaque grimpeur peut contribuer, à son échelle, à limiter son impact. Parce qu’après tout, qu’est-ce qu’un projet impossible si ce n’est une idée qui attend qu’on y croit ? En récompensant ces projets, les Trophées de la Verticalité montrent que l’escalade peut être une source d’inspiration, un levier de changement. Et si cette première édition marque un pas décisif, elle nous rappelle aussi qu’à l’heure où certains grimpeurs cherchent encore leur voie, d’autres la tracent pour eux.
- Paris enchaîné au premier essai par le Salon de l’escalade
C’était écrit : après avoir traîné ses chaussons de grimpe dans les montagnes grenobloises, le Salon de l’escalade a décidé de tenter le grand saut dans la jungle urbaine . Ce week-end, Paris Expo Porte de Versailles a accueilli la cinquième édition de l’événement. Et quelle édition ! Plus intense qu’un bloc en compression, plus fluide qu’un mouvement à vue, cette première parisienne a hissé l’escalade au sommet des projecteurs hivernaux de la capitale. © Salon de l'Escalade Paris, l’appel du béton Faire monter l’escalade à Paris : un pari risqué ? Plutôt une ascension maîtrisée. Alors que l’édition grenobloise peinait à rivaliser avec les rochers ensoleillés, l’organisateur Eric Hatesse a misé sur un changement radical. Cap sur Paris, où la verticalité se vit différemment, mais n’en reste pas moins inspirante . Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le choix a payé. Dans les allées du parc des expos, on croisait aussi bien des passionnés que des curieux, des familles venues découvrir les joies de l’escalade que des experts à la recherche de matériel dernier cri. « Réunir tout ce microcosme vertical ici, c’était un vrai défi, mais la magie a opéré, » confiait l’organisateur avec un sourire qui en disait long sur le soulagement. © Salon de l'Escalade Avec 265 exposants venus des quatre coins du globe – de la Slovénie au Canada, en passant par la République Tchèque et la Corée –, cette édition avait des airs de sommet international. À cela s’ajoutaient sept structures d’escalade, des frontons de compétition aux murs ajustables dernier cri, qui ont permis à chacun de trouver son bonheur, du grimpeur en herbe au compétiteur aguerri. Oriane, Alain et les autres Les têtes d’affiche du Salon ont été à la hauteur. D’un côté, Oriane Bertone, jeune étoile de l’escalade française , tout juste revenue des finales olympiques. De l’autre, Alain Robert, alias l’Homme-Araignée , dont les récits captivants et les dédicaces ont fait briller les yeux des visiteurs. Deux figures, deux générations, mais une même passion pour la verticalité. Pendant que les stars animaient les stands, les murs d’escalade n’étaient pas en reste. Le contest a rassemblé 190 grimpeurs, offrant un spectacle à la hauteur des attentes : blocs exigeants, efforts intenses, et une belle énergie partagée avec le public. La finale, qui s’est tenue samedi soir, a attiré une foule curieuse et enthousiaste, témoignant de l’engouement pour ce type de format. © Salon de l'Escalade © Salon de l'Escalade Les plus jeunes n’étaient pas en reste, avec des structures adaptées qui leur permettaient de goûter aux joies de la grimpe en toute sécurité. Mention spéciale au Contest Rock Tour Jeunes, qui a vu des enfants grimper avec une énergie et une détermination à faire pâlir d’envie les plus expérimentés. Des conférences qui ont fait mouche Pendant que certains défiaient les murs, d’autres étaient là pour creuser… les idées. Les conférences , pensées et orchestrées par Vertige Media, ont été un véritable temps fort du Salon . Écologie, inclusion, santé : pas de discours convenus, mais des échanges francs et sans détour, taillés pour aller au cœur des préoccupations de la communauté. © Salon de l'Escalade © Salon de l'Escalade Le succès a été tel que certains visiteurs avaient fait le déplacement rien que pour ces moments de réflexion. Salles pleines, débats animés, et, on l’avoue, quelques déçus restés à la porte faute de place. Pour eux, et pour prolonger le plaisir de ceux qui étaient là, l’intégralité des conférences sera bientôt disponible sur Vertige Media. Et impossible de ne pas saluer l’association Le Cinoche , qui a assuré une régie impeccable pour capturer chaque moment et le rendre accessible à tous. Trophées de la Verticalité : le coup de projecteur Cette année, le Salon de l’escalade a ajouté une corde à son arc avec les Trophées de la Verticalité . L’idée ? Mettre en lumière celles et ceux qui ne se contentent pas de suivre la voie tracée, mais qui redessinent les contours de l’escalade . Quatre catégories – Écologie, Contenu, Inclusion et Innovation – ont permis de récompenser des projets ambitieux et inspirants. Et oui, Vertige Media était encore de la partie pour l'organisation de cette nouveauté. Pour découvrir qui a décroché la prise en or et pourquoi, c’est par ici : notre article dédié . Une première édition qui, on l’espère, en appelle beaucoup d’autres. Une communauté rassemblée Avec 6 200 visiteurs, 42 journalistes, et une centaine d’athlètes et intervenants, le Salon de l’escalade a réussi à rassembler tout l’écosystème de la grimpe . Clubs, fédérations, marques, collectivités territoriales… Tous étaient là pour échanger, partager et se retrouver autour d’une passion commune. © Salon de l'Escalade Cette édition parisienne a montré que l’escalade ne se limite plus à ses falaises. Elle est devenue un sport, un loisir, et une culture à part entière, capable de s’épanouir aussi bien en pleine nature qu’en milieu urbain. À l’année prochaine ? Le Salon de l’escalade a prouvé qu’il pouvait grimper aussi haut que les ambitions de ceux qui l’organisent. Un événement à la croisée des mondes, où novices et experts se retrouvent, où la pratique côtoie la réflexion, et où l’amour de la verticalité nourrit chaque instant. Alors, prêt à rechausser les chaussons pour la prochaine édition ? Parce qu’ici, on est déjà dans les starting-blocks.
- Simon : un moniteur d’escalade en quête de liberté
Dans un monde où le salariat tend à perdre de sa superbe et où l’indépendance attire de plus en plus de travailleurs en quête de sens, Simon incarne à merveille ce virage vers une vie plus libre. Ancien cadre chez Canal+, il a choisi de laisser derrière lui les réunions interminables pour se consacrer à sa passion : l’escalade . Mais l’histoire de Simon n’est pas celle d’une simple reconversion. C’est un itinéraire singulier, où se croisent la quête de liberté, le besoin de transmission et l’engagement dans une pratique qui va bien au-delà du sport. Voici le portrait d’un moniteur pas comme les autres. © Vertige Media De Canal+ à la corde : un virage inattendu Simon n’a pas toujours eu les mains pleines de magnésie. Avant de devenir moniteur d’escalade en Île-de-France, il a passé neuf années chez Canal+, plongé dans la direction de projets digitaux. Un quotidien derrière un écran, rythmé par des deadlines, qui a fini par le lasser. « J’étais arrivé au bout de quelque chose. J’avais envie de me reconnecter à l’humain », confie-t-il. C’est au sein de Canal qu’il crée " Canal+ Escalade ", une association qui propose des initiations d’escalade aux nouveaux collaborateurs. Un projet qui, sous des airs de team-building, lui révèle une vocation : transmettre son amour pour la grimpe . Encouragé par ses collègues, Simon quitte le confort de son CDI et se lance dans une reconversion. Entre réflexion et aventure, il parcourt la France en van, découvre les gorges du Verdon et d’autres joyaux de l’escalade . « J’ai pris le temps de m’imprégner des lieux et de développer mon goût pour l’escalade en plein air », explique-t-il. Mais avant de devenir moniteur, une étape était incontournable : la formation. Formation et inspiration : le parcours d’un grimpeur devenu enseignant Devenir moniteur d’escalade ne s’improvise pas. Tests techniques, financement, diplômes : le chemin est exigeant. Simon s’est entouré de mentors comme Benjamin Buisson , créateur de Climbing District, qui l’a guidé dans les étapes de sa formation. « Il m’a vraiment accompagné, et c’est grâce à lui que j’en suis là aujourd’hui », raconte Simon avec gratitude. Son passé d’ingénieur et de gestionnaire de projet l’a aidé à naviguer dans les complexités administratives et logistiques. Tests techniques validés, dossiers de financement montés : Simon était prêt. Il débute alors son apprentissage dans des structures variées, alternant entre salles privées et clubs associatifs. Cette diversité est, selon lui, essentielle pour devenir un moniteur complet. « Il faut toucher à tout : corde, bloc, milieu associatif et privé. La richesse vient de cette expérience multiple. » © Vertige Media Liberté et défis : le quotidien d’un indépendant Aujourd’hui, Simon travaille principalement dans des salles d’escalade comme Arkose, Climbing District ou encore Climb Up. En tant qu’indépendant, il a fait le choix de l’autonomie. « Ce que je gagne ? Une liberté totale : choisir mes clients, mon emploi du temps, mes projets. C’est une forme de luxe que je n’avais pas dans le salariat. » Pourtant, ce mode de vie comporte ses contraintes, notamment administratives. Mais pour Simon, ces étapes sont presque un jeu. « Avec un peu de structure, tout roule. Les outils d’aujourd’hui rendent les démarches simples », ajoute-t-il avec l’assurance de celui qui a conçu ses propres modèles de factures Excel. Cette indépendance, il la savoure autant qu’il en perçoit les limites. Les moniteurs d’escalade sont majoritairement des indépendants, un statut qui, bien qu’avantageux pour les salles, ne permet pas toujours une stabilité financière. « Le modèle évolue. Certaines salles envisagent de salarier davantage, mais l’équilibre est encore à trouver », observe Simon. © Vertige Media L’escalade, un outil de transformation personnelle Pour Simon, enseigner l’escalade va bien au-delà du sport. « On dit souvent que c’est un outil de développement personnel. Et c’est vrai : des élèves me racontent que la grimpe les aide à prendre des décisions importantes dans leur vie », affirme-t-il. Il partage l’histoire d’une élève qui, grâce à l’escalade, a trouvé la force de quitter une relation toxique . Ce genre de révélations nourrit Simon et donne un sens à son métier. Avec les enfants, l’approche est différente. L’escalade devient un prétexte pour travailler la confiance en soi, la motricité et l’intégration sociale. « Les jeux sont omniprésents pour captiver leur attention, mais au fond, l’objectif est de les aider à grandir », explique-t-il. Pour les adultes, le défi est souvent de se reconnecter à leur corps dans un quotidien dominé par l’immobilité. « C’est un sport de pleine conscience. Quand on grimpe, on oublie tout », dit Simon, qui voit dans cette pratique une antidote à la frénésie de la vie moderne. La sécurité en escalade : une vigilance de tous les instants « Quand il y a un accident, c’est qu’on a raté quelque chose », affirme Simon avec sérieux. La sécurité est une préoccupation constante dans son métier , surtout avec la multiplication des systèmes comme les enrouleurs ou les dispositifs d'assurage semi-bloquants. Il regrette que certains raccourcis commerciaux mettent en péril les grimpeurs inexpérimentés. « Ces outils sont présentés comme étant plus sûrs, mais sans une formation adaptée, ils peuvent être trompeurs. » Il plaide pour une responsabilisation collective : moniteurs, grimpeurs et salles doivent collaborer pour maintenir un haut niveau de sécurité. « C’est à nous de sensibiliser les grimpeurs sur ces enjeux, surtout avec la popularisation massive de l’escalade », conclut-il. Simon incarne une nouvelle génération de moniteurs d’escalade, à la fois passionnés et conscients des responsabilités qui leur incombent . Entre transmission, accompagnement et vigilance, il redéfinit les contours d’un métier qui, pour lui, va bien au-delà du sport. « L’escalade, c’est une façon de se découvrir, de progresser et de se connecter aux autres. Et ça, c’est précieux », conclut-il avec un sourire. Cet article s’inscrit dans une série de portraits d’indépendants, initiée en collaboration avec Blank , la plateforme qui accompagne les freelances et entrepreneurs dans leur gestion financière. Blank propose un compte professionnel adapté aux indépendants, avec des outils pour simplifier leur quotidien : facturation, gestion des dépenses, cotisations et support dédié. L’objectif ? Libérer du temps aux indépendants pour se concentrer sur ce qui compte vraiment, tout en leur offrant la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour développer leur activité en toute sérénité.
- Quand l’escalade sociale décroche : adieu « Women’s Climb Night » en Utah
Dans un État où le conservatisme grimpe plus vite que Paul Watson sur une voie chronométrée, une initiative inclusive vient de se prendre un plomb mémorable. Pendant cinq ans, l’Université d’État de l’Utah (USU) avait réussi un pari audacieux : faire des mardis soir un sanctuaire pour les femmes et les personnes non-binaires, avec les « Women’s Climb Night ». Ces soirées, où grimpeuses et débutantes trouvaient un espace bienveillant pour apprivoiser un mur souvent perçu comme hostile, viennent d’être rayées de la carte . Non pas parce qu’elles n’avaient pas de succès ou de financement, mais parce qu’un texte de loi, aussi sournois qu’un pied glissant sur une dalle humide, a décidé de couper la corde. Bienvenue dans le monde merveilleux de la HB261 , une législation qui se vend comme une grande promotrice d’égalité, mais dont la seule prise consiste à interdire les programmes basés sur des critères démographiques spécifiques . Une loi qui préfère visiblement raser toute initiative d’équité au lieu de viser les vraies inégalités. Un espace d’émancipation dynamité Créées par Jill Woodhouse, ancienne étudiante de l’USU, les soirées « Women’s Climb Night » rassemblaient chaque semaine entre 15 et 35 participantes . Ici, pas besoin de prendre sur soi et de subir les regards condescendants des grimpeurs chevronnés : tout était pensé pour offrir un cocon de bienveillance, où progression rimait avec encouragement. Ces soirées n’étaient pas qu’un simple rendez-vous sportif. Elles servaient de tremplin, une initiative bienvenue pour celles qui n’auraient jamais osé s’aventurer seules dans l’univers de l’escalade. On y tombait, on y riait, et surtout, on y revenait. Mais voilà, la HB261, entrée en vigueur en juillet 2024, a tout balayé. Ironiquement surnommée « Equal Opportunity Initiatives », cette loi n’a d’égalitaire que le nom . Les clubs étudiants : une mauvaise prise Pour se donner bonne conscience, l’USU propose de r ediriger les grimpeuses vers des clubs étudiants . Sur le papier, l’idée semble presque séduisante : autonomie, initiatives locales… Mais dans les faits, c’est un peu comme proposer un baudrier sans point d'encordement : ça ne tient pas. Ces clubs manquent cruellement de ressources. Pas d’équipement fourni, pas de créneaux dédiés, et encore moins de personnel qualifié pour encadrer les sessions. Autrement dit, tout ce qui faisait la force des soirées « Women’s Climb Night » a été soigneusement éliminé. Et ce n’est pas tout : pour rejoindre un club, il faut déjà être intégré dans le milieu, comprendre ses codes. Or, ces soirées étaient précisément là pour celles qui n’avaient pas encore franchi ce cap. L’éternel retour du conservatisme En s’attaquant à des initiatives qui marchent, la HB261 révèle une chose : l’Utah a un don pour escalader les mauvais combats . Car pendant qu’on s’acharne à supprimer des programmes inclusifs, des problèmes continuent de pourrir au pied des murs. L’écart salarial entre hommes et femmes ? L’un des pires des États-Unis. Les défis environnementaux ? Salt Lake City suffoque littéralement. Mais plutôt que de s’y attaquer, les législateurs préfèrent concentrer leurs efforts sur des soirées qui accueillaient à peine quelques dizaines de personnes par semaine. Un choix qui n’a de logique que politique. Caroline Gleich, militante et athlète engagée, n’a pas mâché ses mots en dénonçant ce décalage grotesque : « Cette loi détourne l’attention des vrais problèmes de l’État. » Et derrière ce discours, une vérité amère : la diversité n’est pas seulement oubliée, elle est activement combattue . L’escalade face à son mur Le site Climbing.com rappelle que la suppression des « Women’s Climb Night » n’est que la partie visible d’un iceberg bien plus large. D’autres programmes inclusifs, comme les sorties en extérieur réservées à des groupes spécifiques, ont également été annulés. Ces initiatives, pourtant, jouaient un rôle crucial pour rendre l’escalade accessible à des publics souvent marginalisés . À l’USU, le sentiment de perte est palpable. Les grimpeuses, qui trouvaient dans ces soirées un espace pour grandir et se surpasser, se retrouvent soudainement privées de ce refuge. Beaucoup évoquent la peur que ces suppressions découragent de nouvelles venues, qui pourraient désormais voir l’escalade comme un univers élitiste, fermé, et intimidant. Un sport en déséquilibre Derrière cette polémique se cache une question plus large : comment maintenir des espaces inclusifs dans un contexte où l’égalité est réduite à un slogan vide de sens ? L’escalade, en pleine explosion de popularité, a l’opportunité de devenir un sport accessible et diversifié. Mais en Utah, cette vision semble malheureusement s’éloigner. Et maintenant ? Beaucoup craignent que cette suppression laisse un vide, un trou béant dans la paroi sociale de l’escalade. Car ces soirées ne se contentaient pas d’apprendre à grimper : elles apprenaient à appartenir. Et sans cet ancrage, l’avenir de l’inclusivité dans le sport reste, lui aussi, en suspens. Sources : Climbing.com , « A weekly sanctuary for aspiring women and nonbinary climbers at Utah State University (USU) vanished last week ». Escalade Quebec , « Les soirées de grimpes féminines bannies en Utah ».
- Statistiques des accidents dans les salles d'escalade
Bien qu'elles soient conçues pour offrir une expérience sécurisée, les salles d'escalade ne peuvent évidemment pas être exemptes d'accidents. À l'heure où le nombre de salles qui ouvrent en France est en explosion, et que ce sport gagne en popularité, la sécurité dans les salles d'escalade va nécessairement devenir un sujet d'analyse de plus en plus important . Crédit : DAV - Marisa Koch S'il est parfois difficile d'obtenir une vision compilée des statistiques sur ce sujet en France, l'Allemagne a publié récemment un rapport détaillé . Des chiffres qui confirment des intuitions et peuvent nous éclairer sur les tendances en France . Et donc d'avoir une meilleure idée des axes sur lesquels apporter de la pédagogie et de la vigilance. L'objectif commun de KLEVER et du DAV, à l'origine de ce travail, est de minimiser les accidents dans les salles d'escalade en améliorant la connaissance des causes. Le DAV et KLEVER supervisent actuellement environ 250 salles, ce qui couvre la majorité des installations d'escalade en Allemagne. Notons que les accidents enregistrés ne concernent que des situations qui impliquent l'intervention des services de secours . C'est le seul moyen d'avoir une base de données exploitable, mais qui ne permet donc pas d'obtenir une vision complètes avec les accidents non déclarés. 1. Statisitiques générales : 76% des accidents pour le bloc contre 19% en voie Sans grande surprise, la grande majorité des accidents se font dans le cadre de la pratique d'escalade de bloc . Les 5% restants concernent d'autres zones des salles (salle d'échauffement, bar, douches, etc.). Crédit : KLEVER et DAV Une tendance qui confirme ce que nous partage sur le sujet le personnel des salles de Arkose Pantin (Murmur) , une salle qui propose à la fois un espace d'escalade sur bloc et un espace dédié à l'escalade de voies. Il est important de souligner que les salles privées d'escalade de bloc attirent un grand nombre de nouveaux pratiquants . Dans ces environnements, l'autonomie est souvent considérée comme acquise, ce qui n'est pas toujours le cas. Cette présomption peut conduire à une augmentation des comportements à risques. Généralement c'est la présence de grimpeuses et grimpeurs expérimentés dans ces salles qui joue un rôle important dans la régulation et la réduction de ces risques. 81% des blessures concernent les jambes et les bras : Que ce soit en voie ou en bloc, la majorité des blessures concernent les extrémités du corps. Les accidents impliquants d'autres parties du corps comme la tête, le bassin, le dos, etc. sont moins présents. Crédit : KLEVER et DAV 2. Blessures en escalade de bloc La grande majorité des blessures en bloc se font au niveau des matelas. C'est au moment des chutes sur les matelas que se font, et de très loin, la majorité des blessures en bloc. Ça concerne surtout les chutes non contrôlées depuis une hauteur importante . Crédit : KLEVER et DAV 3. Blessures en escalade de voie : 49% des accidents en voie sont liés à des retours au sol Sur les accidents signalés, nécessitant l'intervention des services de secours, près de la moitié étaient des chutes au sol (49%), suivies d'accidents dus à des impacts contre le mur (28%), des collisions avec une autre personne (13%) et d'autres blessures (10%). Dans 72% des accidents avec un retour au sol lors de l'escalade en tête, c'est entre la 5ème et la 7ème dégaine que la chute a eu lieu. Crédit : KLEVER et DAV 67% des accidents lors d'escalade en tête : Contre 8% en moulinette et 10% en enrouleurs automatiques. Pour ces derniers cela représente quatre accidents graves qui ont été signalés, dont un mortel . Dans tous les cas, le non-accrochage au système en était la cause. Ça vient confirmer l'enjeu essentiel d'être attentifs avec ce type de dispositif d'assurage automatique et de bien former les nouveaux utilisateurs. Crédit : KLEVER et DAV 4. Détail des chiffres de l'étude : Au total ce sont 210 accidents entraînant des blessures qui ont été recensés en 2022 : Au total : 13 blessures à la tête 18 blessures au tronc 51 blessures au bras 106 blessures à la jambe 13 blessures multiples 9 autres* En bloc : 4 blessures à la tête 13 blessures au tronc 45 blessures au bras 90 blessures à la jambe 1 blessure multiple 7 autres* En voie : 5 blessures à la tête 4 blessures au tronc 5 blessures au bras 13 blessures à la jambe 12 blessures multiples 0 autre* * Ce sont les blessures survenues dans l'environnement de la salle (salle d'échauffement, douches, etc.) Ces statistiques soulignent l'importance de la formation, de la vigilance et de la connaissance des équipements pour garantir la sécurité en salle d'escalade . Bien que ces données concernent un autre pays que la France, elles peuvent servir de référence pour d'autres pays et inciter à la prudence et à la formation continue.
- La Sportiva : Innovation et engagement pour la durabilité
Depuis 1928, La Sportiva, fondée à Val di Fiemme, s'est imposée comme une référence en matière d'équipements de montagne. Derrière leur recherche perpétuelle de performance se cache un autre engagement dont on entend moins parler et qui pourtant est essentiel à la fois pour des questions environnementales et pour notre porte-monnaie : celui de fabriquer des produits que l'on peut utiliser longtemps . Pour en savoir plus sur ce sujet, nous nous sommes procuré leur rapport de durabilité, un document de plus de cent pages que nous avons étudié de long en large. © La Sportiva La durabilité au cœur de l'innovation produit Pour minimiser son impact environnemental, La Sportiva mise sur l'innovation. L'objectif est de proposer des produits performants que leurs propriétaires pourront utiliser dans la durée. Cette approche de la durabilité se traduit par une réflexion spécifique sur les matériaux utilisés à la fabrication, mais également par une conception pensée pour être réparée et prolonger ainsi le cycle de vie des produits. Le ressemelage des chaussons d'escalade est une part intégrante de la culture de La Sportiva . Et ce n'est pas un hasard puisque des études ont montré qu'un chausson d'escalade peut atteindre une épaisseur de semelle minimale après environ 78 utilisations, moment auquel un ressemelage peut s'avérer nécessaire. Il serait également théoriquement possible de maintenir un niveau de performance après trois ressemelages successifs, soit 312 utilisations. Concrètement, cela signifie que l'on peut imaginer utiliser la même paire pendant deux ans, avec un rythme moyen de trois sessions par semaine. C'est donc pour la marque une manière intéressante de limiter l'impact financier pour ses utilisateurs, mais surtout d'impacter significativement l'empreinte carbone de ses produits . Le ressemelage contribue en effet à réduire l'empreinte écologique puisqu'il ne nécessite que 6 à 10 % des ressources utilisées pour produire une nouvelle paire de chaussons. © La Sportiva Le ReSoul Lab : Un laboratoire dédié à la durabilité Pour atteindre une telle optimisation d'une paire de chaussons, on imagine bien qu'il faut réunir quelques facteurs comme le soin apporté aux chaussons ou encore la qualité du ressemelage. C'est la raison pour laquelle La Sportiva a inauguré en 2023 le "ReSoul Lab". Ce laboratoire se consacre exclusivement à l'extension de la durée de vie des chaussons d'escalade grâce à des services de ressemelage. Situé à proximité de leur espace de production, le ReSoul Lab gère directement le ressemelage des chaussons de leurs clients. Ce service propose même de réaliser un diagnostic à partir de photos de votre paire afin de valider ou d'invalider la faisabilité d'un ressemelage optimal. La Sportiva enrichit également chaque année sa liste de "ressemeleurs autorisés". Ces artisans, sélectionnés avec soin et formés directement par le personnel expérimenté de la marque, reçoivent toutes les pièces de rechange originales spécialement conçues pour un renouvellement parfait des produits. Une approche holistique Bien que la durabilité des produits soit centrale, l'engagement de La Sportiva en matière de développement durable s'étend à l'ensemble de sa chaîne de valeur . L'installation de panneaux solaires couvre désormais environ 40 % de ses besoins en électricité. En coopération avec la scierie de la "Magnifica Comunità di Fiemme", l'entreprise utilise également l'énergie thermique issue de la biomasse, valorisant les déchets de bois et réduisant les émissions de CO2. Des démarches qui viennent également impacter la qualité de vie au travail de ses effectifs ainsi que la communauté locale, pilotées par un département dédié à la stratégie et à la durabilité . Créé en 2023, cette équipe travaille en étroite collaboration avec tous les départements pour s'assurer que les pratiques durables sont intégrées à tous les niveaux. La Sportiva a d'ailleurs annoncé son souhait de rejoindre la campagne mondiale "Race to Zero" d'ici fin 2024, avec l'objectif de réduire de moitié ses émissions de CO2 d'ici 2030 et d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 . La Maison La Sportiva Si vous souhaitez mieux connaître cette marque et rencontrer des personnes qui travaillent au quotidien pour La Sportiva, et en profiter pour tester leurs différents modèles de chaussons d'escalade : La Maison La Sportiva ouvre ses portes du 05/08 au 14/08 à Paris . L'occasion aussi de découvrir tout l'univers de la marque et de partager des moments avec différents athlètes qui seront présents. Informations pratiques : Arkose Pantin : 05/08/2024 au 10/08/2024 Climb Up Aubervilliers : 11/08/2024 au 14/08/2024 Adresse du Pop-Up Store : 42 rue des Écoles - 75005 Paris Avec le soutien de La Sportiva.
- Giulia Delladio : Le défi d'une héritière dans l'univers outdoor
Cet été, nous avons eu la chance de rencontrer Giulia Delladio, l'une des figures emblématiques de l'entreprise familiale La Sportiva . À Pantin, dans l'atmosphère authentique de la salle d'escalade d'Arkose (ex MurMur) , Giulia a partagé avec nous son parcours, son expérience unique en tant que membre de la famille fondatrice, et sa vision pour l'avenir de l'entreprise. Avec une transparence remarquable, elle dévoile des aspects méconnus de La Sportiva, abordant sans détour leur positionnement stratégique, l'évolution du marché et les défis auxquels la marque est confrontée . Son discours offre un regard rare sur les dynamiques internes de l'entreprise et les valeurs profondes qui continuent de guider l'entreprise italienne à travers les décennies. © La Sportiva Il est courant de voir des petites entreprises dirigées par des familles, génération après génération. La Sportiva n'est plus une petite entreprise aujourd'hui, j'imagine que cela a eu un fort impact sur votre développement, de l'enfant que vous étiez à la femme que vous êtes aujourd'hui. Pouvez-vous partager ce parcours avec nous ? Giulia Delladio : Oui, en fait, je suis née à l'étage au-dessus de l'usine où mon père et mon grand-père fabriquaient des chaussons d'escalade et des chaussures d'alpinisme. J'ai donc grandi dans cet environnement depuis toujours, pour moi cela a toujours été naturel de sentir le cuir, le caoutchouc, la colle, etc. Cela a toujours fait partie de ma vie quotidienne. Enfant, je ne réalisais pas que c'était quelque chose de spécial, car c'était simplement ma routine. J'allais à l'usine avec mon grand-père, et j'essayais toujours d'aider. Je m'occupais par exemple d'emballer les chaussures dans l'entrepôt, car c'était facile et ça me permettait de contribuer à l'entreprise familiale, qui était encore petite à l'époque. Ensuite, j'ai commencé à accompagner mon père aux salons professionnels pendant l'été, où j'aidais à tenir le stand avec la machine à café et je rencontrais beaucoup de gens : des journalistes, des clients, et d'autres membres de la communauté. C'était une évolution naturelle pour moi, j'ai grandi avec l'entreprise. Avez-vous envisagé de ne pas travailler dans l'entreprise familiale et de faire quelque chose de totalement différent ? Giulia Delladio : Bien sûr, je suis allée à l'université, j'ai pris du recul en vivant loin de l'usine, j'ai exploré d'autres horizons, voyagé et travaillé à l'étranger. Mais finalement, je suis revenue, car j'aimais vraiment cet environnement. C'était une sorte d'attraction naturelle pour moi de faire partie de cette entreprise. J'aime vraiment vivre à Val di Fiemme , ce qui n'est pas toujours évident pour tout le monde, car vivre dans une petite vallée de montagne peut ne pas plaire à tous. Mais moi, j'adore ça, et c'est probablement en partie dans mon ADN. Mon grand-père me disait toujours : " Tu as le même ADN que moi, car tu as hérité de l'esprit entrepreneurial, celui de faire des choses que tu aimes et de les transformer en entreprise et en travail ". C'est un peu cette magie qui mélange les choses que vous aimez faire et que vous faites naturellement. Parfois, je me demande ce que ma vie aurait été si j'avais travaillé ailleurs, mais je suis heureuse de ce que je fais. J'ai grandi avec l'entreprise, et aujourd'hui, avec 500 employés, cela devient un défi de gérer tout ce monde, de trouver les bonnes personnes et de guider notre équipe tout en préservant notre héritage traditionnel, tout en restant à jour avec les tendances actuelles. © La Sportiva Quand avez-vous officiellement commencé à travailler chez La Sportiva et dans quel domaine ? Giulia Delladio : J'ai commencé par travailler dans notre magasin, donc dans la vente au détail, en étant en contact direct avec nos clients. C'est le magasin situé au siège de l'entreprise, un magasin d'usine où nous vendons toute la collection, plus un espace dédié aux articles en promotion. J'ai travaillé là pendant un certain temps, surtout pendant les étés durant mes années d'université. Ensuite, après avoir obtenu mon diplôme, j'y suis restée environ deux ans. C'était une bonne occasion pour moi de comprendre ce que les consommateurs attendent de notre marque, et c'était une expérience très formatrice, car les clients qui viennent directement au magasin sont souvent les plus exigeants et savent déjà ce qu'ils recherchent. Comment s'est poursuivi votre parcours au sein de l'entreprise ? Giulia Delladio : Après cette expérience en vente au détail, j'ai commencé à travailler principalement dans le département marketing, où je suivais tous les événements, salons, et l'implication des athlètes. À l'époque nous n'étions que trois ou quatre personnes dans le département marketing, contre presque 30 personnes aujourd'hui. Par la suite, j'ai évolué vers le marketing produit, en m'occupant de toute la planification des collections pour la saison suivante, que ce soit pour les chaussures ou les vêtements. Lorsque nous avons ajouté les vêtements, il était nécessaire de gérer la collection globale, en répondant aux besoins des magasins, en sélectionnant les couleurs des produits et en créant une cohérence dans l'offre. À ce moment-là, nous avons commencé à ouvrir plus de magasins en Europe, et je m'occupais de cette partie. En grandissant, nous avons dû embaucher plus de personnes pour gérer chaque tâche que je faisais auparavant. Aujourd'hui, je reporte principalement au directeur général, mais je fais aussi partie du conseil d'administration, avec mon père et mon frère. © La Sportiva Vous avez donc ce double rôle maintenant : être directrice marketing et aussi membre du conseil d'administration. Est-ce que c'est parfois un défi de jongler entre ces deux rôles différents ? Giulia Delladio : Oui, c'est parfois un peu difficile, car il faut jongler entre deux rôles différents et changer d'état d'esprit. Parfois, je suis responsable de mon département, parfois je suis propriétaire de l'ensemble de l'entreprise. On lit souvent dans la presse spécialisée que vous êtes celle qui prendra les rênes de l'entreprise à l'avenir. Quelle est la prochaine étape pour vous ? Giulia Delladio : Mon père est encore 100% impliqué, il est le PDG et le président, il sera là encore pendant un moment. Je ne suis pas pressée d'être nommée. J'aime vraiment ce que je fais dans le département marketing. Bien sûr ça voudra dire être moins impliquée dans les activités quotidiennes, même si c'est ce que j'aime, et de prendre plus en charge les affaires globales, comme la finance, la capacité de production, la recherche de nouveaux fournisseurs, etc. © La Sportiva Comment les gens avec qui vous travaillez vivent-ils le fait que vous soyez une femme à la tête d'une entreprise qui a toujours été dirigée principalement par des hommes ? Giulia Delladio : C'est quelque chose que je ne regarde pas vraiment. Je travaille effectivement principalement avec des hommes au sein du conseil d'administration et je suis la première femme à ce niveau de direction, mais sur neuf personnes au comité de direction il y a désormais trois femmes. Je pense que j'apporte une perspective différente sur certains sujets, avec une vision que peut-être un homme n'aurait pas, ou peut-être plus d'attention sur certains détails que, par exemple, mon père ou mon frère ne voient pas ou ne considèrent pas comme importants. Comme, par exemple, les horaires de travail et leur impact sur nos employés, ou d'autres choses qui peuvent leur sembler insignifiantes mais qui ont un vrai impact. Peut-être que c'est juste une question de sensibilité. Diriez-vous que la principale différence réside dans le choix des sujets ou que cela a aussi un impact sur la manière dont vous faites des affaires, développez des produits, ou communiquez sur vos produits ? Giulia Delladio : Il y a certainement une touche féminine dans tout cela que je ne peux pas nier. C'est probablement une plus grande attention aux détails dans le développement des produits. Je suis toujours en charge du choix des couleurs des produits et des petits détails, comme l'endroit où placer le logo sur les chaussons d'escalade pour une meilleure visibilité. Mon frère, lui, est vraiment bon en ce qui concerne l'aspect technique et la fabrication des chaussons, nous sommes vraiment complémentaires. Il est plus technique et concentré sur les chiffres et les données, tandis que je suis plus axée sur l'esthétique et la communication. C'est un bon mélange pour la prochaine génération à venir. Je ne me concentre pas sur le fait que je sois une femme, mais sur le fait que nous sommes la nouvelle génération qui arrive. À propos de cette nouvelle génération, j'ai vu que vous avez publié un rapport de durabilité qui est très complet sur ce que vous faites chez La Sportiva, mais aussi pour la communauté. Est-ce un sujet que vous avez piloté ? Giulia Delladio : Oui, nous avons une équipe dédiée à la durabilité et à nos ressources humaines. Je suis vraiment impliquée dans ces sujets à travers différents groupes de travail, en travaillant sur la durabilité, tant en ce qui concerne notre impact sur le territoire où nous produisons nos produits, que sur la manière dont nous choisissons nos matières premières, nos processus de production, comment nous pouvons recycler nos produits en fin de vie, ou prolonger leur durée de vie. C'est un gros enjeu pour nous. Et de l'autre côté, toutes les activités de bien-être pour nos employés, c'est vraiment important pour nous. © La Sportiva Travaillez-vous sur une accréditation, comme B Corp ou autre ? Giulia Delladio : Nous ne sommes pas encore dans le processus de certification B Corp, nous évaluons si c'est la bonne voie pour nous ou si nous devons faire autre chose. Nous sommes membres de Blue Sign depuis le début, et nous sommes partenaires de l'Access Fund, qui soutient le nettoyage de tous les chemins menant aux falaises. Nous soutenons également certaines associations locales dans le monde entier. B Corp, nous y réfléchissons, car il y a beaucoup de critères à remplir, et certains d'entre eux ne sont peut-être pas alignés avec notre manière naturelle de produire et de travailler. Certaines des choses que vous devez faire pour être certifié B Corp pourraient, dans notre cas, être moins bonnes que ce que nous faisons déjà, car c'est un niveau de contrôle différent. Y a-t-il des entreprises qui vous inspirent sur ces sujets de développement durable ? Giulia Delladio : Il n'est pas nécessaire de mentionner Patagonia, par exemple, mais c'est clairement l'exemple leader dans notre communauté outdoor, c'est sûr. C'est aussi le cas d'autres marques plus petites qui se concentre sur un aspect spécifique. Nous essayons de trouver notre propre manière d'être durable, et c'est le chemin que nous suivons actuellement. Certaines marques outdoor visent le marché de la mode. The North Face collabore avec Louis Vuitton, Arc'teryx lancent des collections en partenariat avec des artistes... Il semble y avoir une véritable compétition pour s'imposer dans ce secteur. Quelle est la position de La Sportiva à cet égard ? Giulia Delladio : Nous misons sur la fonctionnalité. Nous voulons vraiment proposer au marché des produits qui ont une fonction réelle et qui répondent à un besoin des consommateurs. C'est notre manière de développer des produits. La plupart de vos concurrents répondraient exactement la même chose à cette question... Giulia Delladio : Oui, c'est possible. Mais nous voulons vraiment nous adresser aux gens qui pratiquent nos activités. C'est notre objectif : développer des produits pour ceux qui grimpent, courent, font de l'alpinisme, etc. Nous acceptons évidemment que certains achètent nos produits pour un usage quotidien, mais nous ne voulons pas le promouvoir activement. Par exemple, nous n'avons jamais fait de campagne publicitaire avec quelqu'un marchant dans Milan avec nos produits. Donc, on ne verra jamais La Sportiva faire une collaboration avec LVMH demain ? Giulia Delladio : Non, pas du tout. Par contre, nous planifions d'autres types de collaborations, comme celle prévue prochainement avec Picture par exemple. Cette marque française s'associe avec nous pour sensibiliser nos consommateurs finaux à l'environnement, en particulier sur le glacier du Mont Blanc, et ce, avec le soutien de Protect Our Winters. Cela sera lancé en septembre avec un grand événement à Chamonix. Il s'agit de chaussures d'approche assorties à leur veste best-seller, nous allons proposer cette collaboration en petites quantités pour soutenir ce projet, avec des événements où des personnes de Protect Our Winters parleront des problèmes liés au glacier. C'est le genre de collaboration que nous soutenons, car il y a un objectif commun et des valeurs partagées entre les entreprises. Nous souhaitons rester fidèles à ce que nous sommes et ne pas faire quelque chose qui ne nous ressemble pas. Bien sûr, l'entreprise grandit, nous devons embaucher plus de managers, de directeurs, et chacun peut apporter ses propres idées. Mais étant une entreprise toujours détenue par la famille, nous pouvons encore orienter le style de l'entreprise. Aujourd'hui, 100% des actions de l'entreprise sont toujours détenues par la famille ? Giulia Delladio : Oui, mon père détient 100% des actions. Des investisseurs chinois frappent régulièrement à notre porte mais nous avons décidé de ne pas ouvrir notre capital. Nous avons cette mission et nous espérons pouvoir la maintenir. Est-ce que cela signifie que vous avez pour mission de rester une entreprise familiale pour toujours ? Giulia Delladio : Oui, c'est quelque chose qui est dans notre esprit, et je pense que des événements comme celui-ci, être présents dans cette salle d'escalade et vivre avec les gens qui utilisent vraiment nos produits, est la meilleure façon de nous rappeler ce que nous aimons. L'escalade n'était rien il y a quelques années, et maintenant c'est aux Jeux Olympiques, d'une certaine manière nous avons soutenu l'évolution de ce mouvement. En parlant des JO, ressentez-vous une quelconque frustration à propos du fait que vous accompagnez des athlètes qui participent aux compétitions, mais que vous n'avez pas le droit de communiquer à ce sujet ? Giulia Delladio : Nous respectons les règles. Nous essayons de soutenir les athlètes de manière plus directe, comme envoyer un message à Adam Ondra ou encore à Jakob Schubert après leurs passages. Pour nous, c'est bien plus concret que de dire "oh, ils ont gagné avec les chaussures Solution Comp, venez sur notre site et achetez-les". Nous sommes aussi conscients qu'après ces deuxièmes Jeux Olympiques , l'escalade va encore grandir. Et notre rôle en tant que marque historique est de soutenir les nouveaux venus, les débutants dans le sport, de les aider à comprendre comment l'escalade a évolué, quelles sont les règles, ce qu'il est suggéré de faire ou de ne pas faire. Est-ce que c'est vrai que 60% des personnes qui travaillent chez La Sportiva sont des grimpeurs ? Giulia Delladio : Je devrais demander à mon frère, car c'est lui la référence en matière de grimpeurs dans l'entreprise. Mais oui, il y a beaucoup de grimpeurs parmi nos employés. Nous essayons toujours d'embaucher des personnes qui ont au moins une passion dans notre univers, que ce soit la course à pied ou l'escalade, car il y a plus de chances qu'elles aiment rester ici et profiter de l'environnement que nous offrons. Et si elles ne sont pas encore passionnées mais qu'elles veulent commencer, nous offrons chaque semaine différents cours : escalade en salle, en extérieur, ski de randonnée, cours de yoga, etc. Donc, si elles ne sont pas déjà passionnées ou si elles sont débutantes mais qu'elles veulent évoluer, nous leur offrons le soutien nécessaire pour comprendre le monde dans lequel elles travaillent. Y a-t-il des choses spécifiques que vous devez adapter pour le marché français ou est-ce un marché standard pour vous ? Giulia Delladio : En France, notre marché est couvert par plusieurs agents régionaux. Nous n'avons pas de filiale en France, donc ces agents rapportent directement au siège. Le marché français se distingue par son orientation forte vers l'escalade et l'alpinisme, deux segments qui génèrent la majorité de notre chiffre d'affaires, en particulier avec des produits comme ceux de la gamme Nepal, très populaires dans la région de Chamonix. Nous constatons également une progression dans les segments de la course à pied et du ski de randonnée, bien que la présence de notre ligne de vêtements reste encore limitée, ce qui représente un domaine à développer. Historiquement, la France a été un marché clé pour l'escalade, notamment dans les années 90 avec les Coupes du Monde d'escalade, et cette activité continue de jouer un rôle central dans notre succès aujourd'hui. Vous observez une croissance sur ce marché ? Giulia Delladio : Oui, nous voyons de la croissance dans ces deux catégories, c'est sûr. Le problème que nous rencontrons depuis un certain temps est que nous n'avons pas assez de capacité de production pour couvrir la demande en chaussons d'escalade. Mais nous voulons vraiment maintenir la qualité, les standards, etc. Nous ne voulons pas surproduire et nous retrouver avec des produits de mauvaise qualité sur le marché, c'est crucial. Donc oui, le marché français est vraiment un de nos axes de croissance possibles pour les autres catégories dans les années à venir. Merci beaucoup à Giulia pour cet aperçu particulièrement intéressant de son rôle au sein de La Sportiva et de la manière dont elle navigue entre tradition familiale et défis modernes. Son parcours témoigne d'un profond attachement à l'héritage de son entreprise, tout en montrant une volonté d'apporter sa propre vision et de faire évoluer La Sportiva dans un marché en perpétuelle transformation .
- Les Prises de la Bastille : un partenariat créatif entre Arc'teryx et Climbing District
L’escalade urbaine prend une nouvelle dimension grâce à un partenariat innovant entre Arc'teryx et Climbing District. " Les Prises de la Bastille " est un projet qui propose une approche unique en matière de design, de communauté et de culture de l’escalade . © Camille Fumarola Un lieu pour se connecter et grandir ensemble Dès le début de leur collaboration, Arc'teryx et Climbing District ont partagé une vision commune : créer un espace où la communauté pourrait se rassembler, échanger et progresser ensemble . Tim, Manager Brand Experience chez Arc'teryx, explique : « Dès nos premières rencontres avec l’équipe de Climbing District, il était clair que nous partagions des synergies naturelles en termes de valeurs et de vision de l’escalade. Nous avons vu dans cette salle bien plus qu’un simple lieu d’activité physique ; il y avait l’opportunité de créer un troisième espace pour la communauté et la culture de l’escalade : expositions, soirées cinéma, événements communautaires. » Henri D'Anterroches, fondateur de Climbing District, ajoute : « Nous avons des valeurs très similaires, et l’idée était de repenser l’escalade avec ces valeurs partagées. » L’objectif était clair : faire de "Les Prises de la Bastille" un lieu où grimpeuses et grimpeurs de tous niveaux peuvent se rencontrer et apprendre les uns des autres. Un redesign centré sur les matériaux naturels L'espace a été conçu dans l'idée d'offrir une expérience qui ne peut exister qu'à l'intérieur d'une salle d'escalade, le projet "Les Prises de la Bastille" prend pour modèle l’architecture urbaine , tout en utilisant des matériaux naturels pour les blocs. « Nous avons repensé les blocs en nous inspirant des toits de Paris et des angles particuliers de la ville », précise Henri. Cette approche urbaine et créative se reflète dans les formes angulaires et variées des volumes, offrant ainsi une expérience de grimpe inédite. Les textures naturelles des blocs – granite, ardoise, bois – permettent de recréer une diversité de mouvements qui rendent l’escalade aussi stimulante que ludique. Ces ouvertures uniques invitent à explorer de nouveaux types de prises et à découvrir l’escalade sous un autre angle , tout en restant fidèle à l'authenticité des matériaux. Au cœur de cet espace de grimpe, le patio extérieur ajoute une dimension de repos et de ressourcement . Ce lieu en plein air, isolé des bruits de la ville, permet à chacun de se détendre après une session, tout en profitant d’une bibliothèque de topos. Véritable havre de paix, ce coin tranquille incarne l’esprit de "Les Prises de la Bastille" : un lieu où la nature, la rencontre et la récupération se rejoignent, au centre de Paris. © Camille Fumarola Transmission et éducation au cœur du projet Un des piliers de ce partenariat est la volonté de transmettre les connaissances et de rendre l’escalade accessible à tous . « On propose dans ce partenariat beaucoup de contenu éducatif avec des cours offerts aux débutants et aux moins débutants pour qu'ils puissent progresser », souligne Henri. La transmission est un élément central du projet, avec des ateliers et des événements animés par des athlètes de haut niveau qui viennent partager leur expertise. Ce volet éducatif s’inscrit dans la continuité d'initiatives comme l'Arc'teryx Academy à Chamonix, où l’objectif est d’offrir des opportunités d’apprentissage tout au long de l’année. Tim ajoute : « Nous voulons créer un environnement aussi accueillant que possible en invitant tous les grimpeurs à découvrir la salle. Nous proposons des sessions d’introduction pour ceux qui souhaitent découvrir l’escalade pour la première fois, ainsi que des sorties en bus le week-end à Fontainebleau, pour faciliter l’accès à l’escalade en extérieur. » Des événements pour fédérer la communauté En parallèle des sessions d'escalade, "Les Prises de la Bastille" propose régulièrement des événements communautaires, renforçant ainsi les liens entre ses membres. Que ce soit pour des expositions, des soirées cinéma ou des rencontres avec des athlètes, l’objectif est de transformer la salle en un lieu vivant et dynamique, dédié à la culture de l’escalade . « Nous voulons encourager les débutants à se lancer et permettre aux passionnés d’approfondir leur pratique », précise Henri. C’est cette vision communautaire qui anime chaque aspect du projet. Le programme dans son ensemble vise à favoriser les connexions et à nourrir la communauté. Toutes les informations et le programme complet à retrouver ici .
- The Climbing Hangar lève 23 millions d’euros et vise l’international
The Climbing Hangar, fondé en 2011 dans un entrepôt de Liverpool, a fait du chemin depuis ses débuts modestes. Avec une première salle dédiée à démocratiser l'escalade en créant un espace convivial et accessible , l’entreprise a rapidement conquis son public. Son modèle hybride, mêlant escalade, restauration et événements communautaires, est aujourd'hui devenu le standard dans l'industrie des salles d'escalade modernes. © The Climbing Hangar Sous l’impulsion de son fondateur et PDG, Ged MacDomhnaill, The Climbing Hangar a toujours misé sur l'innovation pour agrandir sa communauté de grimpeuses et grimpeurs. Cet engagement se renforce aujourd'hui avec une levée de fonds de 23 millions d’euros, apportée par Verlinvest , un acteur connu pour ses investissements dans des marques telles que Oatly et Vita Coco. Ce financement va permettre à l’entreprise d'amorcer son expansion internationale , avec des ambitions claires d'intégrer des technologies de pointe et l’analyse de données pour améliorer l’expérience de ses abonné(e)s. L’escalade indoor connaît une véritable explosion au Royaume-Uni. Selon l'Association of British Climbing Walls (ABC), près d'un million de personnes pratiquent l'escalade en salle chaque année dans le pays, et 75 % des pratiquants préfèrent les conditions prévisibles offertes par les salles indoor . Londres en est un exemple frappant : le nombre de salles est passé de 10 à plus de 50 en une décennie, soulignant la montée en puissance de l’escalade comme phénomène social. Et avec une moyenne annuelle de 151 à 152 jours de pluie, presque un jour sur deux sous des précipitations, on comprend pourquoi l'escalade en intérieur cartonne dans la capitale. © The Climbing Hangar Ce modèle d'expérience communautaire et de bien-être attire également des marques françaises. En janvier dernier, Climbing District, un acteur en plein essor, a levé 10 millions d’euros pour s'implanter non seulement à Londres , mais aussi à Milan, cherchant à capter une part de ce marché en pleine expansion. Le défi est donc double : The Climbing Hangar cherche à s'étendre à l’international tout en consolidant sa position au Royaume-Uni. Avec ses 23 millions d’euros et une stratégie incluant non seulement l'ouverture de nouvelles salles mais aussi des opportunités de fusions et acquisitions avec des partenaires partageant les mêmes valeurs , l'entreprise mise sur une expansion accélérée. Face à cela, Climbing District, en pleine ascension avec ses projets à Londres et Milan, se positionne comme un challenger ambitieux. Reste à voir si cette dynamique entre les deux acteurs prendra la forme d'une confrontation pour conquérir les parts de marché, ou si des rapprochements stratégiques pourraient émerger, notamment autour de collaborations ou de synergies internationales. Dans tous les cas, le paysage de l'escalade indoor est en pleine mutation, et ces stratégies pourraient bien redessiner les règles du jeu.
- Aurélia Mardon : Prendre de la hauteur – Quand l'escalade en salle forge le genre à l'adolescence
Derrière la simplicité apparente des murs d’escalade se cachent des dynamiques sociales bien plus complexes. De plus en plus d’observateurs s’y intéressent, et Aurélia Mardon, sociologue et ancienne grimpeuse, s’est plongée dans cette analyse avec son livre "Prendre de la hauteur, Escalade en salle et fabrique du genre à l'adolescence" . À la croisée de la sociologie, des études de genre et du sport, ce travail s’interroge sur la manière dont l'escalade, loin de sa neutralité supposée, façonne les jeunes grimpeuses et grimpeurs , renforçant parfois les stéréotypes de genre qu’elle semble pourtant vouloir dépasser. © Vertige Media Une sociologue passionnée devenue observatrice distanciée Aurélia Mardon ne cache pas que ses années de pratique ont façonné son regard sur l'escalade. « J'ai grimpé pendant 25 ans », confie-t-elle, « mais au moment de lancer cette enquête, j’ai progressivement arrêté, et cette prise de distance m’a offert un autre regard. » Ce retrait n’a pas affaibli son lien avec la discipline, mais lui a permis d’y revenir avec un œil critique. « Quand on est passionné·e, on ne voit pas toujours les mécanismes sociaux qui opèrent sous nos yeux, notamment ceux qui se jouent dans les interactions », ajoute-t-elle. Ce basculement entre le rôle de pratiquante et celui d'observatrice lui a permis de disséquer des aspects souvent idéalisés de la pratique, tels que la supposée neutralité de genre dans les salles d'escalade . « Ces codes sont là, profondément enracinés, et façonnent la manière dont chacun·e évolue dans l’escalade » Cette neutralité est loin d’être une évidence, en réalité. « L’escalade en salle est perçue comme un sport où les corps, qu'ils soient féminins ou masculins, devraient être traités de la même manière », explique Aurélia Mardon. Mais son enquête révèle l’inverse. « Les stéréotypes de genre sont là, parfois même renforcés par les structures et les pratiques de ce sport. » Que ce soit dans la répartition des rôles, les interactions entre les jeunes, ou encore les attentes autour des performances physiques et techniques, des normes genrées apparaissent, souvent inconsciemment reproduites . « Ces codes sont là, profondément enracinés, et façonnent la manière dont chacun·e évolue dans l’escalade », résume-t-elle. La salle d’escalade : un laboratoire social en pleine expansion Avec la multiplication rapide des salles d'escalade, notamment en milieu urbain, Aurélia Mardon a trouvé un terrain d’étude idéal pour ses recherches. Spécialiste de l’adolescence, elle s’est concentrée sur cette tranche d’âge charnière , où la construction identitaire bat son plein. « Ce qui m’a interpellée, c’est la manière dont l’escalade en salle, perçue comme une activité neutre et mixte, participe en fait à la fabrication du genre », explique-t-elle. Derrière l’apparente égalité, des comportements et des attentes genrés s’installent subtilement, façonnant des trajectoires différentes pour les garçons et les filles. L’un des exemples les plus frappants concerne l’ouverture des voies, une activité technique et prestigieuse. « Elle est largement dominée par les hommes », observe Mardon. Cette répartition inégalitaire s’installe dès l’adolescence. « Que ce soit dans les clubs ou les salles privées, il y a très peu de femmes qui accèdent à ces postes. » Cette réalité n’est pas un hasard : elle reflète une distribution genrée des rôles dès les premières expériences des jeunes grimpeuses et grimpeurs . Les garçons sont davantage poussés à se dépasser physiquement, tandis que les filles sont encouragées à se concentrer sur la technique ou la prudence. Des distinctions qui semblent mineures au premier abord, mais qui finissent par influencer durablement les trajectoires de chacun·e. Les loisirs, un espace où se forment (et se remettent en question) les normes de genre Les loisirs, et plus particulièrement les sports, jouent un rôle clé dans la socialisation de genre , rappelle Aurélia Mardon. « L’escalade en salle valorise la force physique, une qualité traditionnellement associée aux garçons, tandis que les filles sont souvent orientées vers des compétences comme la technique ou la prudence », observe-t-elle. Mais, nuance importante, ces dynamiques varient selon les contextes sociaux. « Dans certains groupes, notamment parmi les jeunes issus de milieux populaires, on observe moins de reproduction des stéréotypes genrés », précise-t-elle. À l’inverse, les adolescents des milieux favorisés, notamment ceux engagés dans la compétition, tendent à reproduire ces stéréotypes de manière plus marquée. « Dans certains groupes, notamment parmi les jeunes issus de milieux populaires, on observe moins de reproduction des stéréotypes genrés » Aurélia Mardon note également que certaines salles et clubs adoptent des pédagogies plus inclusives, visant à briser ces dynamiques . Ces environnements encouragent une répartition plus équitable des compétences et des responsabilités. Mais malgré ces efforts, ils peinent souvent à déconstruire un système où les attentes restent largement différenciées selon le genre, et où les modèles traditionnels persistent. Une écriture accessible et inclusive : une cohérence entre fond et forme Si "Prendre de la hauteur" se distingue, c’est en grande partie grâce à l’accessibilité de son écriture. « Dès le départ, je voulais que ce livre soit lisible par un public large, pas seulement des universitaires », explique Aurélia Mardon. En simplifiant les concepts sans en réduire la profondeur, elle parvient à rendre la sociologie du genre et du sport compréhensible et engageante pour toutes et tous . Un autre aspect marquant de son ouvrage est son choix d’une écriture inclusive, un choix qui, loin de compliquer la lecture, renforce la cohérence de son propos. « L’écriture inclusive était presque incontournable », confie-t-elle. Ce choix stylistique s’aligne avec les sujets abordés, contribuant à rendre l’ouvrage à la fois pertinent et accessible à tous et toutes. Un prisme nouveau sur l’escalade Avec "Prendre de la hauteur", Aurélia Mardon propose un regard neuf sur une pratique souvent perçue comme égalitaire . En explorant les dynamiques sociales et genrées qui se jouent derrière les murs d’escalade, elle invite les grimpeuses et grimpeurs à interroger des aspects souvent invisibles de leur discipline. Accessible, rigoureusement documenté et percutant, cet ouvrage est une lecture incontournable pour quiconque souhaite comprendre l’escalade au-delà des aspects techniques, et saisir les implications sociales qui l'accompagnent. "Prendre de la hauteur. Escalade en salle et fabrique du genre à l'adolescence" est disponible sur le site de la FNAC en cliquant ici .
- 8 millions d’euros pour le 270 Climbing Park : la grimpe britannique s’envole
L’annonce a fait l’effet d’un petit séisme dans le monde de l’escalade britannique : après 30 ans de bons et loyaux services, The Warehouse Climbing Centre, situé à Gloucester, fermera définitivement ses portes fin novembre 2024 . La ville de Gloucester, ancienne cité portuaire au sud-ouest de l’Angleterre, est surtout connue pour son patrimoine médiéval et son imposante cathédrale gothique qui a vu défiler des siècles d’histoire. Peu encline à faire la une des actualités sportives, elle va pourtant marquer l’histoire de la grimpe avec la fermeture de ce centre emblématique. Dans le même souffle, la deuxième phase d’un ambitieux projet de 8 millions d'euros pour le centre 270 Climbing Park , à Bentham près de Cheltenham, ouvrira ses portes début décembre. © The Warehouse Climbing Centre Une fermeture marquante pour un centre précurseur The Warehouse, en activité depuis trois décennies est un lieu où des générations de grimpeurs, petits et grands, ont fait leurs armes. Ouvert à une époque où l’escalade en salle n’était qu’un concept émergeant au Royaume-Uni , le centre était alors le cinquième du pays, bien avant que l’ascension olympique de ce sport ne pousse les murs de grimpe à fleurir partout. Gloucester, même si elle n’est pas aussi connue que Londres ou Manchester, a offert un lieu d’aventure pour les grimpeurs de tout niveau et attiré des passionnés de tout le pays. © The Warehouse Climbing Centre La popularité de l’escalade a explosé ces dernières années, et The Warehouse est resté dans la course, résistant tant bien que mal face aux nouvelles tendances de la grimpe en salle. Mais avec des infrastructures qui n’ont pas évolué et des limites d’espace infranchissables, l'équipe a dû se rendre à l’évidence. « Le moment est venu de passer à autre chose », explique Robert Stevens, l'un des directeurs de The Warehouse et de 270 Climbing Park. Fier de ce qu'ils ont accompli, il parle avec nostalgie mais aussi avec excitation de l'avenir . Un avenir gigantesque avec le 270 Climbing Park L’enthousiasme de Stevens est plus que justifié. Le 270 Climbing Park s’imposant comme un complexe ambitieux en constante expansion. La première phase du projet a vu le jour en 2023 avec l’ouverture d’un gigantesque parcours de cordes hautes, parmi les plus grands d’Europe, proposant ponts suspendus, tyroliennes et autres défis aériens. Ce parcours, inspiré de l’accrobranche mais sur une structure artificielle, attire déjà des aventuriers de tout le pays. © 270 Climbing Situé à Bentham, près de Cheltenham, le parc affiche une superficie cinq fois supérieure à celle de The Warehouse et comprend des murs de bloc culminant à 4,5 mètres. En décembre 2024, le complexe passera à la vitesse supérieure avec la deuxième phase de son développement : l’ouverture d’un espace dédié à l'escalade de bloc de 7 millions de livres (environ 8 millions d’euros) , marquant une étape majeure pour l’escalade au Royaume-Uni. Cette nouvelle section comprendra également un espace "Fun Walls", pensé pour initier les enfants et les débutants aux joies de la grimpe, ainsi qu’un grand café-bar avec vue sur les zones d’escalade. Le projet finalisera sa transformation au printemps 2025 avec la troisième phase, ajoutant un mur de cordes de 17 mètres de haut et consolidant la position du 270 Climbing Park parmi les plus grands centres d’escalade d’Europe . Avec son ampleur et ses installations variées, ce complexe vise à placer le Royaume-Uni sur la carte mondiale de la grimpe indoor, offrant un véritable lieu de rencontre pour grimpeurs amateurs et athlètes professionnels. Le marché britannique en pleine expansion Les chiffres parlent d’eux-mêmes : The Warehouse faisait partie des pionniers à sa création, et aujourd’hui, le pays compte plus de 100 centres d’escalade. Cette expansion est largement encouragée par l’engouement pour l'escalade et la performance de l'équipe britannique aux Jeux olympiques de Paris . Cet attrait pour la grimpe se traduit par des investissements conséquents dans de nouveaux centres modernes et multi-attractions . Gloucester, même si elle semble isolée des grandes métropoles anglaises, illustre parfaitement cette dynamique. Elle rejoint les autres villes du Royaume-Uni qui voient des centres d’escalade transformer leur paysage urbain et répondre à une demande de plus en plus forte. En témoigne également la récente levée de fonds de 23 millions d’euros par The Climbing Hangar — un autre acteur majeur du secteur — qui ambitionne de se déployer à l'international et de renforcer son réseau de salles. Ces deux actualités révèlent un marché en pleine effervescence, bien décidé à étendre ses frontières. Le Royaume-Uni, autrefois en retrait sur la scène mondiale, montre aujourd’hui une volonté claire de s’imposer en tant que bastion de la grimpe indoor en Europe . L’ouverture du 270 Climbing Park à Bentham marque donc un tournant pour la région de Gloucester-Cheltenham et pourrait bien attirer une nouvelle génération de grimpeurs, des débutants curieux aux athlètes confirmés. Avec ce projet audacieux, Stevens et son équipe misent sur une croissance soutenue et l’envie de créer une destination unique, symbolisant l’ambition britannique d’être à la pointe de l’escalade indoor en Europe. Pour les passionnés français, c’est un aperçu d’un marché qui se structure et se développe à vitesse grand V, donnant une perspective intéressante sur l’évolution de l’escalade au-delà de nos frontières.












