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- Vertige Media sur le mur : interview perchée avec A Bloc
Il y a les interviews où l’on s’installe confortablement, bien calé sur sa chaise, en enfilant des réponses comme des perles. Et puis il y a celles où l’on parle en transpirant, entre deux essais, avec une caméra qui capte autant les mots que les grimaces. "Grimper avec", la série d’Amaël, alias A Bloc , entre sans hésiter dans cette catégorie. Le principe ? Une session, une discussion, des ratés, des rires, un peu de sueur. À chaque épisode, Amaël part à la rencontre de grimpeuses et grimpeurs, histoire de leur faire parler escalade tout en leur collant un défi sur le mur. Une façon d’échanger où l’on ne triche pas : pas de pose étudiée, pas de phrase révisée, juste l’instant et le grain de voix qui tremble un peu quand l’équilibre part en vrille. Quand il m’a proposé de me prêter au jeu, on a calé ça à Blocoast, Hossegor, en mai dernier. Une salle de bloc cool, une lumière douce, et une bonne occasion d’aller titiller un peu l’essence même de Vertige Media. Vertige Media : grimper, oui. Suivre les lignes, non. Entre deux blocs (et quelques ratés), on a discuté de comment je me suis retrouvé dans l’escalade , presque par accident. Une salle qui ouvre en bas de chez moi, un baudrier qu’on me tend, une séance, et puis une autre, et puis une addiction. Une déconnexion totale qui, dans un monde où les notifications t’arrachent à toi-même toutes les trente secondes, a des allures de miracle. Et de fil en aiguille, Vertige Media est né. Pas pour courir après les perfs, pas pour raconter les derniers 9a+ claqués entre deux tapas, mais pour creuser là où personne ne creuse , pour raconter les histoires de celles et ceux qui grimpent sans podium. Des trajectoires de vie qui croisent les prises, des murs qui ne sont pas que des chiffres, et des sujets que personne ne veut toucher mais qui s’accrochent comme de la magnésie sur un jean noir. L’escalade, c’est aussi ça : un ex-toxicomane qui emmène ses gamins en falaise pour se reconstruire, des falaises que l'on ferme sous couvert d’écologie, une culture qui mute sous les spots des salles indoor. Et ça, c’est ce que Vertige Media raconte. Le bloc moderne, sport ou spectacle ? Amaël, en bon hôte, me pousse aussi à prendre position sur l’évolution de l’escalade . Les blocs modernes qui flirtent avec le parkour ? L’auto-enrouleur qui démocratise mais hérisse les puristes ? L’indoor qui s’éloigne chaque jour un peu plus de l’outdoor ? Ce sont les questions qui fâchent. Là-dessus, je reste campé sur mes appuis : l’évolution est un fait, pas une opinion. Le bloc en salle devient un show, et c’est normal : les compets doivent être télégéniques, spectaculaires, digestes pour un public qui ne grimpe pas. Les auto-enrouleurs permettent de sauter l’étape des manips et d’accéder direct au jeu. Pas un problème, juste un outil. Ceux qui restent attachés à l’essence originelle de la grimpe trouveront toujours leur compte sur du granit abrasif ou dans un dièdre teigneux. Tant mieux. L’important, c’est que chacun trouve son mur. Un grand écart entre passion et business Bien sûr, on parle aussi de la place de Vertige Media dans le paysage de l’escalade. Moins de performances, plus de récits. Moins de cotations, plus d’angles. Le journalisme de grimpe, ce n’est pas que raconter qui a enchaîné quoi, c’est aussi parler de ce que l’escalade devient, des trajectoires qu’elle dessine, des paradoxes qu’elle traîne. Et puis, soyons honnêtes, ce n’est pas non plus un Eldorado économique. Lancer un média sur un sport de niche, c’est accepter que les journées fassent 25 heures et que la passion tienne parfois lieu de salaire. Ça demande du temps, du boulot et un peu de ce masochisme propre aux grimpeurs : aimer recommencer mille fois un mouvement sans savoir si, cette fois, ça passera. Mais comme dans une voie un peu trop dure où t’as aucune raison d’aller, on s’accroche, on essaye, on tombe, et parfois, on enchaîne. Merci Amaël, merci Blocoast, et bonne grimpe !
- En Australie les parkings des salles d’escalade se transforment en tables étoilées
L’escalade, c’est le goût du défi. Mais jusqu’ici, pas celui des bonnes choses. Entre deux runs, on ne trouvait guère mieux qu’une barre de céréales oubliée au fond du sac ou une boisson énergétique au goût douteux. La récupération se faisait à l’arrache, à la va-vite, sans le moindre respect pour le palais . Mais ça, c'est une page qui s'apprête à être définitivement tournée, enfin du moins en Australie. Des anciens de la gastronomie sérieuse, du genre à manier les dressages millimétrés et les cuissons de précision, se sont mis en tête de nourrir les grimpeurs autrement . Leur cuisine ? Des parkings. Leur clientèle ? Des grimpeurs qui découvrent qu’on peut enchaîner un bloc et un yakitori sans perdre en crédibilité. Un choc des cultures ? Plutôt une évidence. © Up Climbing De la haute gastronomie à la haute voltige À Melbourne, la restauration est une affaire d’État, et le sport, une religion. Alors voir un ex-chef étoilé planter son barbecue devant une salle de bloc , c’est peut-être inattendu, mais pas illogique. Cam Tay-Yap, ancien de Amaru (trois toques au Good Food Guide , autant dire que le gigot d’agneau ne se tranche pas au hasard), est un habitué de La Roca Boulders . Depuis des années, il traînait avec les propriétaires, Les Ching et Des Ching, pour des barbecues improvisés sur le parking. Jusqu’au jour où ils ont décidé d’en faire un vrai concept. C’est ainsi qu’est né Pebble , un pop-up culinaire où la carte change toutes les deux semaines, au gré des chefs invités . On y a déjà vu : Mika Chae de Doju, qui a envoyé un agneau glacé au gochujang avec crème de tofu fumé et jus au café (oui, ça existe). Jack Tsai, ex-Lee Ho Fook, qui a sorti un porc char siu à la rhubarbe pour le Nouvel An lunaire. John Demetrios, ancien de Vue de Monde , qui a pris en main la partie desserts avec une précision chirurgicale. Mais si Cam Tay-Yap a choisi l’option cuisine nomade et grand spectacle, Nico Bassand, lui, joue sur un autre tableau : celui du gérant qui n’a pas pu s’empêcher de remettre la main à la pâte. Nico Bassand : du fourneau au mur d’escalade (et retour au fourneau) Nico Bassand est Français, et ça se sent dans son rapport à la gastronomie. En débarquant en Australie, il s’est fait un nom en cuisine dans l’un des restaurants italiens les plus respectés de Melbourne, avant de raccrocher le tablier… ou presque. Aujourd’hui, il est le manager de Up Climbing , une salle de bloc à Balaclava . Son plan initial ? Oublier les fourneaux et se consacrer à l’escalade. Mais on ne désapprend pas à être chef. Dès son arrivée, il repère un vide : côté assiette, c’est morne plaine. Les grimpeurs méritent mieux que des snacks sous cellophane, mais personne n’a les moyens d’installer une vraie cuisine. Plutôt que de bricoler un espace mal fichu, il joue la carte de la débrouille inspirée : il installe un barbecue japonais de 1,5 mètre en plein air, alimente le tout au charbon de bois et lance Ember by Nico . Son terrain de jeu, c’est la brochette, mais version tour du monde express. Une semaine, il grille du yakitori japonais ; la suivante, il enchaîne sur un détour vietnamien avec bo la lot (bœuf en feuille de bétel), nem nuong (saucisse de porc) et cuisses de poulet à la citronnelle. Le tout grillé sur du charbon binchotan, cette braise qui ne fume pas mais qui envoie du feu. Le résultat ? Une file d’attente qui mélange grimpeurs entre deux runs, abonnés du la salle de fitness voisine, et quelques foodies qui ont flairé le bon plan. Et en France, ça donnerait quoi ? On ne va pas se mentir : la France a un rapport à la cuisine qui frôle l’obsession. Un chef qui grille des brochettes entre deux crash pads ? Pas encore vu. Certes, des salles comme Arkose ont compris l’intérêt de soigner leur offre – avec des burgers maison et des bières artisanales bien senties. Mais un ex-chef étoilé qui envoie de la gastronomie de rue pour grimpeurs, en mode feu de camp amélioré ? Ça, on attend toujours. Et pourtant, l’idée a tout pour fonctionner. On a les salles, on a les produits, on a les clients. Il ne manque qu’un chef prêt à troquer sa brigade contre un barbecue en plein air. Imaginez : un ancien de Septime qui envoie des légumes rôtis après une séance de bloc. Un transfuge de la haute gastronomie qui préfère les flammes à la nappe blanche et redonne du sens à la cuisine en revenant à l’essentiel. En Australie, ils l’ont fait. En France, qui sera le premier à allumer le feu ?
- Thibaud Souhait : l’indépendance à double prise
Dans le monde de l’ouverture en escalade, il existe des chemins tout tracés, et d’autres qui se dessinent au fur et à mesure des prises vissées. Thibaud Souhait appartient à cette seconde catégorie. À la fois salarié et indépendant, il navigue entre la stabilité d’un poste fixe et la liberté du freelance , jonglant entre contraintes, créativité et recherche constante de nouveauté. Un équilibre à trouver dans un métier aussi physique qu’exigeant. © Vertige Media Tomber dedans par hasard… et ne jamais en ressortir Avant de passer ses journées à sculpter le mouvement, Thibaud se destinait à un tout autre univers. « À la base, je voulais entrer dans l’armée », confie-t-il. Un choix que ses parents n’ont pas vu d’un bon œil, l’incitant à poursuivre des études. Direction STAPS, avec l’idée d’obtenir une licence pour intégrer l’institution en tant que sous-officier. C’est là, presque par accident, qu’il découvre l’ouverture . Dans le cadre de ses cours, il doit visser ses premières prises dans une salle d'escalade, et rapidement, l’envie de créer des mouvements l’attrape. « Contrairement à la grimpe où tu dois résoudre des problèmes, là, c’est moi qui les crée. » Une révélation qui le pousse à décrocher un job d’été dans une salle. Test d’ouverture improvisé, essai concluant : il est embauché. À partir de là, tout s’enchaîne. L’ouverture, un travail d’orfèvre Être ouvreur, ce n’est pas simplement visser des prises sur un mur. C’est proposer des mouvements, des idées, des parcours , en tenant compte de multiples paramètres : progression des grimpeurs, variété des styles, équilibre entre accessibilité et challenge. « Pour des cours à l’année, on doit créer un schéma pédagogique. Si les ouvertures suivent la progression de l’apprentissage, tout devient plus fluide » explique-t-il. © Vertige Media Mais dans une salle privée, l’enjeu est différent. Il faut constamment se renouveler pour éviter la monotonie, tout en conservant une certaine cohérence. « On ne peut pas toujours inventer du neuf. Mais une même idée, une même presse, peut évoluer selon les placements, les prises, les volumes… » Une gymnastique mentale qui pousse à s’inspirer partout : compétitions, grimpe en extérieur, autres salles, réseaux sociaux. Le choix de l’indépendance Après plusieurs années de salariat combiné à un statut d'indépendant, Thibaud fait un choix audacieux : devenir complètement indépendant. Une décision motivée autant par des raisons personnelles que professionnelles. « Ma copine est partie vivre à Angers, et je voulais la rejoindre. Le salariat ne me laissait pas cette flexibilité. » L’indépendance, c’est l’opportunité de travailler dans plusieurs salles, de découvrir de nouvelles équipes, d’expérimenter d’autres approches . « Chaque salle a sa patte, ses exigences. Certaines privilégient une esthétique léchée, d’autres veulent des ouvertures qui ressemblent à du naturel, d’autres encore cherchent à recréer des mouvements de Coupe du monde. » Mais ce choix a son revers. Administration, précarité, absence de mutuelle, nécessité de démarcher pour trouver des missions… « Il faut être organisé et accepter une part d’incertitude. » Une instabilité compensée par une rémunération souvent plus intéressante que celle d’un salarié. © Vertige Media L’usure du corps et l’avenir du métier Un ouvreur passe ses journées à visser, dévisser, tester, monter, démonter. Un travail physique qui, avec le temps, pèse sur le corps. « À 50 ou 60 ans, c’est compliqué de continuer. À moins d’évoluer vers un rôle de chef ouvreur, on doit envisager une transition. » Le marché, lui, est en mutation. La demande en ouvreurs explose avec la multiplication des salles , mais l’offre suit le même rythme. « Il y aura toujours de la place pour ceux qui sont bons », analyse Thibaud. La flexibilité de l’indépendance séduit de plus en plus de structures, notamment pour absorber les besoins ponctuels après une compétition ou renouveler les ouvertures sans dépendre d’une seule équipe. Lui, en tout cas, se retrouve pleinement dans ce mode de vie. « J’ai envie d’explorer, d’apprendre, de tester d’autres manières de faire. » Une philosophie qui colle parfaitement à son métier : après tout, un ouvreur passe son temps à imaginer de nouvelles solutions. Cet article s’inscrit dans une série de portraits d’indépendants, initiée en collaboration avec Blank , la plateforme qui accompagne les freelances et entrepreneurs dans leur gestion financière. Blank propose un compte professionnel adapté aux indépendants, avec des outils pour simplifier leur quotidien : facturation, gestion des dépenses, cotisations et support dédié. L’objectif ? Libérer du temps aux indépendants pour se concentrer sur ce qui compte vraiment, tout en leur offrant la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour développer leur activité en toute sérénité.
- New Heights : l’escalade comme raccourci vers un avenir meilleur
À Kilmarnock, une ville écossaise plus connue pour son industrie et son équipe de foot que pour ses spots de grimpe, un projet atypique tente de tirer vers le haut ceux que la vie a laissé au pied du mur. New Heights, c’est un programme où l’escalade devient plus qu’un sport : un levier pour s’extirper du bitume, un antidote à la fatalité sociale . Aux manettes, une alliance surprenante entre une association œcuménique, EACHa , et une salle d’escalade nichée dans une ancienne église, Above Adventure . L’idée ? Offrir aux laissés-pour-compte – ceux qui ont connu l’errance, les addictions, la galère sous toutes ses formes – un moyen de reprendre confiance en eux, corde en main, prise après prise . Parce qu’avant de gravir les sommets, encore faut-il remonter la pente. © Above Adventure De la foi aux falaises : une église qui change de vocation L’Écosse, terre de whisky et de croyances bien ancrées, n’échappe pas à l’érosion du religieux. Comme partout en Europe, certaines églises se vident plus vite qu’un pub après l’ultime tournée . À Kilmarnock, plutôt que de laisser un bâtiment sacré tomber en ruine, des passionnés de grimpe ont eu une idée : transformer cette nef désertée en cathédrale du vertical. Résultat : après neuf ans de levées de fonds et plus de 5 millions d’euros investis , Above Adventure voit le jour. Un centre d’escalade flambant neuf, installé dans les murs d’une ancienne église , où les croyants d’un autre genre – ceux qui jurent par la magnésie et les mousquetons – viennent tutoyer les hauteurs. Avec ses murs à cordes, son espace bloc et son café, le lieu s’inscrit aussi dans une dynamique plus large : celle de faire de l’escalade un outil d’insertion sociale . Et c’est là que New Heights entre en scène. © John Gilbert Architects L’escalade : école de la confiance et du dépassement Les salles d’escalade, on les connaît souvent comme un terrain de jeu pour citadins en quête de sensations ou d’un bon post Instagram. Ici, l’approche est radicalement différente. On ne grimpe pas juste pour le plaisir de la cotation, mais pour réapprendre à faire confiance – en soi, aux autres, à la vie . New Heights s’adresse à des hommes et des femmes cabossés par l’existence : sans-abri, ex-toxicomanes, laissés-pour-compte du système . Pour eux, chaque ascension devient une métaphore brute et tangible de leur parcours. Se hisser sur un mur, c’est aussi une manière de se prouver qu’ils sont capables de surmonter autre chose que le quotidien qui les cloue au sol. L’escalade, comme souvent, est un révélateur : elle confronte à la peur du vide, force à se concentrer sur l’instant, oblige à faire des choix précis sous peine de chute (heureusement contrôlée). Et quand on a connu l’errance ou la dépendance, remettre du contrôle dans sa vie, c’est déjà une sacrée victoire . Un programme taillé pour casser l’isolement Au-delà de l’escalade, New Heights propose un éventail d’activités pensées pour reconstruire du lien : football, badminton, canoë, randonnées, tir à l’arc, karting... De quoi réveiller l’adrénaline autrement qu’à coups de mauvais choix. Le projet s’appuie sur une communauté de bénévoles et de coachs, qui encadrent entre 15 et 20 participants par session. L’idée est simple : replacer ces hommes et ces femmes dans une dynamique positive, où chaque petit progrès – un pied mieux posé, une main plus assurée – devient un signal fort. En 2024, 61 personnes ont bénéficié du programme . Un chiffre modeste, mais qui prouve que, pour certains, cette approche fonctionne. Un grimpeur du programme l’a d’ailleurs résumé ainsi : "New Heights m’a montré que je suis capable de bien plus que je ne le pensais." © Above Adventure Une reconnaissance au sommet New Heights a déjà fait parler de lui bien au-delà des murs de Above Adventure. Le programme a été salué par le Parlement écossais , qui y voit un exemple à suivre en matière d’inclusion par le sport. Une motion portée par le député conservateur Brian Whittle a officiellement reconnu son impact positif, notamment en matière de réinsertion sociale. Le soutien institutionnel ne s’est pas arrêté là : une subvention de 11 500 euros a été débloquée via la Loterie nationale pour financer une nouvelle année du programme. De quoi prolonger l’aventure, attirer de nouveaux bénéficiaires et ancrer encore un peu plus le projet dans le paysage social écossais. L’ambition ne s’arrête pas là. L’équipe derrière New Heights veut élargir son rayonnement, en collaborant avec les écoles, les services sociaux et les familles pour toucher un public encore plus large. L’objectif ? Offrir une vraie alternative à celles et ceux qui, autrement, n’auraient que peu d’options pour s’en sortir. Grimper pour s’élever, au sens propre comme au figuré New Heights est une success story locale, mais c'est surtout une démonstration grandeur nature de ce que le sport peut accomplir quand il est mis au service d’une cause plus vaste . Dans un pays où l’ascenseur social est souvent en panne, grimper reste parfois le meilleur moyen de s’élever. Ce projet prouve que l’escalade ne se limite pas à une quête de performances ou à une lubie de bobos en manque de sensations. Entre de bonnes mains, elle devient un outil puissant pour reprendre pied dans la vie. Alors oui, tous ceux qui passent par New Heights ne finiront pas enchaînant du 8A. Mais si certains parviennent à reprendre confiance, à se sortir d’un quotidien figé, à envisager une suite plus lumineuse… alors c’est déjà un sommet atteint. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : L'escalade thérapeutique : La grimpe comme outil de guérison Climb4WellBeing : Une initiative pionnière pour le bien-être en escalade « Beyond Rock Bottom » - L'escalade, une nouvelle voie de guérison face à la dépendance L’escalade, un miroir des épreuves de la vie
- Mont Kailash : la montagne que personne ne gravira jamais
Il y a des sommets que l’on rêve de conquérir, et d’autres que l’on contemple, intacts, inaccessibles. Le mont Kailash , au Tibet, appartient à cette seconde catégorie. 6 638 mètres d’une perfection pyramidale, posés là comme un défi silencieux. Mais pas question d’y planter un drapeau ou d’y laisser la trace d’un piolet. Ici, l’homme s’arrête au pied de la montagne. © Ondřej Žváček Pourquoi ? Parce que Kailash n’est pas une montagne comme les autres. Parce que ce sommet est plus qu’une ligne de crête dans le ciel : c’est un mythe, un sanctuaire, un pacte tacite entre le sacré et l’humain . Le centre du monde Tous les chemins ne mènent pas à Rome. Certains tournent autour d’une montagne. Depuis des millénaires, hindous, bouddhistes, jaïns et adeptes du Bön considèrent Kailash comme l’axe de l’univers . Son rôle cosmique varie selon les croyances, mais toutes s’accordent sur un point : il est intouchable. Pour les hindous, c’est le trône de Shiva, le dieu ascète. Il y médite, impassible, pendant que le monde bruisse à ses pieds. Pour les bouddhistes, c’est le Mont Meru, le pilier autour duquel tournent les étoiles et le destin des hommes. Pour les jaïns, c’est le lieu où leur premier Tirthankara a atteint l’illumination. Pour les adeptes du Bön, il est le centre énergétique du monde, le point d’équilibre entre les forces de l’univers. Dans les croyances tibétaines, Kailash est le pivot autour duquel tourne l’existence . Et c’est exactement ce que les pèlerins viennent faire : tourner autour. La Kora : une ascension inversée Ici, on ne grimpe pas. On marche, on tourne, on s’efface. Le véritable exploit n’est pas de toucher le sommet, mais de faire le tour de la montagne , un périple de 52 kilomètres à plus de 5 000 mètres d’altitude. Une boucle qui prend plusieurs jours, éprouve les corps et bouleverse les âmes. Les croyances divergent sur les bienfaits de ce pèlerinage : Une Kora nettoie une vie entière de péchés. Dix-huit Kora effacent le karma de toutes les réincarnations. Cent huit Kora mènent à l’illumination. Certains pèlerins pratiquent la prostration complète. Ils avancent en s’étalant de tout leur long sur le sol, paumes ouvertes vers le ciel, avant de se relever et de recommencer. Pendant des jours. Certains mettent des mois à boucler la Kora de cette manière. Là où d’autres cherchent la hauteur, eux cherchent la profondeur. Une montagne laissée en paix Il y a un siècle, Hugh Ruttledge, explorateur britannique, aurait pu tenter l’ascension. Il a renoncé. Dans les années 1980, Reinhold Messner , légende de l’alpinisme, aurait reçu une autorisation officielle de Pékin pour gravir Kailash. Il a refusé. « Si nous conquérons cette montagne, alors nous conquérons quelque chose dans l'âme des gens. » aurait-il simplement déclaré. Là où l’ Everest croule sous les embouteillages de grimpeurs et les cadavres gelés, le mont Kailash est resté à l’écart. Pas une trace de crampon, pas une corde fixe, pas un camp de base. Un cas unique. Ce n’est pas qu’une interdiction. C’est un respect instinctif, un code non écrit. Même les grimpeurs les plus téméraires comprennent : ici, la vraie ascension est ailleurs. Les menaces du monde moderne Aucun alpiniste ne s’y aventurera. Mais qu’en est-il du reste ? Le régime chinois contrôle la région et réglemente l’accès au site , notamment pour les pèlerins indiens. L’arrivée croissante de touristes pose la question de l’avenir de cet équilibre fragile. Combien de temps encore Kailash restera-t-il à l’abri du monde ? Les autres sommets sacrés d’Asie n’ont pas eu cette chance. En 2001, une équipe espagnole a gravi le mont Genyen, une montagne sacrée du Tibet. Scandale. Pressions internationales. Pékin a dû renforcer l’interdiction sur Kailash. Mais pour combien de temps ? L’histoire a montré que même les lieux les plus intouchables finissent par céder sous le poids des ambitions humaines . Mais peut-être que Kailash fera exception. Peut-être que cette montagne, où l’exploit ne se mesure pas en mètres gravis mais en humilité, résistera. Un sommet que l’on ne gravira jamais Dans un monde où tout doit être conquis, Kailash est une leçon. On ne l’escalade pas. On ne l’annexe pas. On ne le défigure pas. On le regarde. On le contourne. On s’y mesure autrement. Le mont Kailash restera-t-il la dernière montagne préservée ? Peut-être. Mais s’il devait y en avoir une, ce ne pouvait être que celle-là.
- Comment assouplir des chaussons d’escalade trop serrés ? (Sans les massacrer)
Acheter une nouvelle paire de chaussons d’escalade, c’est souvent un pari risqué . Trop grands, ils manquent de précision. Trop petits, c’est la punition assurée à chaque séance. Si tu fais partie de ceux qui se retrouvent avec des chaussons un peu trop serrés, bonne nouvelle : il existe des moyens de les assouplir sans ruiner leur performance . © Guillaume Guémas Mais attention, toutes les techniques ne se valent pas et certaines pourraient raccourcir la durée de vie de tes précieux chaussons. Voici les meilleures méthodes pour détendre un chausson trop ajusté sans faire de dégâts . 1. Les porter progressivement (sans se broyer les orteils) La meilleure façon d’assouplir un chausson d’escalade, c’est encore… de le porter . La matière (surtout le cuir) va peu à peu se détendre et épouser la forme du pied . ✅ Bonne pratique : Mets-les chez toi quelques minutes par jour avant de grimper. Fais des petites séances courtes , plutôt que de souffrir pendant des heures. En intérieur, grimpe sur des prises volumineuses et en dalle pour éviter d’exercer trop de pression sur l’avant du pied. ⛔ À éviter : Ne pas forcer avec des douleurs insupportables. Un chausson ne s’élargira jamais de plus d’une demi-pointure. 2. Utiliser un sac plastique pour enfiler ses chaussons plus facilement Tu as peut-être remarqué qu’il y a parfois un petit papier ou un plastique fin dans la boîte de tes chaussons neufs. Ce n’est pas là par hasard. Cette technique simple permet de limiter les frottements au moment d’enfiler les chaussons et d’aider la matière à se détendre sans forcer. ✅ Bonne pratique : Glisse un sac plastique fin sur ton pied avant d’enfiler ton chausson. Le pied va rentrer beaucoup plus facilement , sans tirer excessivement sur les lanières ou les velcros. Après quelques séances, le chausson s’adapte et tu n’auras plus besoin du plastique. ⛔ À éviter : Utiliser un plastique trop rigide ou trop épais qui pourrait gêner la sensation dans le chausson. © Guillaume Guémas 3. Les chauffer légèrement (mais pas trop) La chaleur assouplit les matériaux, mais elle peut aussi abîmer la colle et la gomme si elle est mal utilisée. ✅ Bonne pratique : Mets une paire de chaussettes fines , enfile tes chaussons et marche un peu avec. Chauffe-les légèrement avec un sèche-cheveux pendant 30 secondes sur les zones les plus serrées (sans coller la buse du sèche-cheveux contre le chausson). Continue à les porter quelques minutes après les avoir chauffés pour qu’ils prennent la forme de ton pied. ⛔ À éviter : Passer les chaussons au four ou au radiateur. La chaleur excessive abîme la gomme et la colle . 4. Les humidifier (avec modération) L’eau peut détendre certains matériaux, notamment le cuir, mais elle doit être utilisée avec prudence. ✅ Bonne pratique : Mets une paire de chaussettes mouillées , puis enfile tes chaussons et marche quelques minutes. Pour une détente plus rapide, trempe rapidement tes chaussons dans de l’eau tiède (pas chaude), puis porte-les jusqu’à ce qu’ils sèchent légèrement. ⛔ À éviter : Ne jamais les tremper complètement ou les laisser sécher au soleil ou sur un radiateur. Éviter sur les modèles synthétiques , qui ne se détendent presque pas. © Guillaume Guémas 5. Utiliser des embauchoirs ou du papier journal Pour un assouplissement plus progressif, tu peux utiliser des embauchoirs adaptés ou des astuces maison . ✅ Bonne pratique : Insère du papier journal légèrement humide à l’intérieur des chaussons et laisse sécher. Utilise des embauchoirs spécifiques pour chaussures étroites , réglables pour ne pas forcer excessivement. Si tu n’as pas d’embauchoir, tu peux rouler une chaussette bien remplie et la coincer à l’intérieur. ⛔ À éviter : Mettre un embauchoir trop grand qui risquerait de déformer le chausson et d’altérer sa précision . Trop humidifier le papier journal, ce qui pourrait attaquer la colle . 6. Accepter qu’un chausson trop petit… restera trop petit 🤷♂️ Même avec les meilleures techniques, un chausson trop serré ne deviendra jamais un chausson parfaitement adapté s’il est beaucoup trop petit dès l’achat. Certains modèles (notamment en matière synthétique) ne se détendent quasiment pas. ✅ Bonne pratique : Si après plusieurs essais, c’est toujours une souffrance, revends-les ou échange-les plutôt que de les massacrer. Anticipe au moment de l’achat : certains modèles détendent plus que d’autres (le cuir s’élargit davantage que le synthétique). Conclusion : Patience et méthode avant tout Détendre ses chaussons, c’est possible, mais ça demande de la patience et de la méthode . L’astuce la plus efficace reste de les porter progressivement , en combinant éventuellement une légère chaleur , humidité , ou embauchoir . Le sac plastique est une excellente solution pour éviter de trop forcer dès le départ. Si après tout ça, ils restent inconfortables, il vaut peut-être mieux accepter qu’ils ne sont pas faits pour toi et passer à un modèle plus adapté . Parce que grimper avec des orteils en miettes, ce n’est ni efficace, ni agréable.
- Comment entretenir ses chaussons d’escalade et éviter qu’ils s’usent trop vite ?
Mal entretenus, les chaussons d’escalade s’usent plus vite, perdent en adhérence et finissent par sentir le vestiaire de rugby. Heureusement, avec quelques gestes simples, tu peux prolonger leur durée de vie et grimper plus longtemps sans exploser ton budget. Voici les conseils essentiels pour entretenir tes chaussons et optimiser leur longévité . © Julie Fimat 1. Ne pas entreposer vos chaussons dans le froid Laisser ses chaussons dans la voiture en plein hiver ne va pas les ruiner, mais la gomme devient plus rigide et tu risques d’avoir l’impression qu’ils ont rétréci. Résultat ? Plus difficiles à enfiler, plus douloureux et moins d’adhérence sur le mur ou le rocher . ✅ Bonne pratique : Garde-les à température ambiante , chez toi, loin du froid extrême. ⛔ À éviter : Les laisser dehors, dans la voiture ou dans une cave humide. 2. Aérer après chaque séance L’humidité et la sueur sont les meilleurs amis des bactéries et des mauvaises odeurs. Si tes chaussons restent enfermés dans un sac, ils macèrent plutôt qu’ils ne sèchent. ✅ Bonne pratique : Laisse-les sécher à l’air libre après chaque séance. Évite les sacs plastiques fermés , qui retiennent l’humidité. Utilise du bicarbonate de soude : une pincée dans chaque chausson pour absorber l’humidité et neutraliser les odeurs. ⛔ À éviter : Les exposer à une source de chaleur directe (radiateur, sèche-cheveux), ça détériore la colle et les matériaux. 3. Nettoyer ses chaussons (sans les massacrer) Avec le temps, la sueur et la poussière s’incrustent, et la gomme perd en efficacité. Un bon nettoyage prolonge la durée de vie et maintient la performance. ✅ Bonne pratique : Un chiffon humide avec un peu de savon doux pour nettoyer l’intérieur. Une brosse souple pour enlever la magnésie et la poussière de l’extérieur. Nettoyer la semelle avec un chiffon humide pour restaurer l’adhérence de la gomme. ⛔ À éviter : Machine à laver, eau chaude ou produits agressifs. Séchage au soleil ou sur un radiateur. © Julie Fimat 4. Protéger la gomme et éviter une usure prématurée La gomme est l’élément clé de tes chaussons. Si elle est encrassée ou abîmée, tu perds en performance et en durabilité. ✅ Bonne pratique : Évite de marcher avec tes chaussons sur le bitume ou dans la terre , ça les use inutilement. Nettoie la semelle régulièrement pour conserver une adhérence optimale. Utilise tes chaussons uniquement sur le mur ou le rocher et pense à les enlever entre deux essais en falaise. 5. Réparer les petits dégâts à temps Avec le temps, des zones peuvent se décoller, notamment au niveau des talons, contrepointes ou pointes . Une réparation rapide évite que le problème s’aggrave. ✅ Bonne pratique : Toujours avoir un tube de super glue dans son sac de grimpe. Si un morceau de gomme commence à se décoller, colle-le immédiatement pour éviter que le problème s’étende. ⛔ À éviter : Laisser un chausson endommagé traîner trop longtemps, sinon c’est réparation complète ou remplacement. © Julie Fimat 6. Être précautionneux en les enfilant Il arrive souvent que les velcros cassent, la gomme du cou-de-pied se déchire, ou les lanières d’enfilage lâchent . Cela peut être évité en adoptant les bons gestes dès le début. ✅ Bonne pratique : Ne force pas comme un bourrin pour enfiler tes chaussons. Le premier jour, utilise un bout de sac plastique pour faire glisser ton pied plus facilement si tu galères. Manipule les velcros et les lanières avec précaution. ⛔ À éviter : Tirer violemment sur les attaches, surtout si les chaussons sont bien ajustés. 7. Anticiper l’usure et le ressemelage Même bien entretenus, tes chaussons vont s’user. La clé, c’est de ne pas attendre que la semelle soit percée pour réagir. ✅ Bonne pratique : Vérifie l’usure de la gomme sous les points de pression (gros orteil, carres internes et externes). Fais ressemeler avant que la semelle ne soit trouée , c’est plus économique et efficace. Pour un bon ressemelage, privilégie des spécialistes. ⛔ À éviter : Attendre trop longtemps, car si l’enrobage est attaqué, la réparation coûte plus cher et change la sensation du chausson. Conclusion : Un bon entretien, c’est des chaussons qui durent plus longtemps Avec ces quelques gestes simples, tes chaussons resteront performants plus longtemps, éviteront les mauvaises odeurs et te feront économiser des dizaines d’euros en remplacements prématurés . 🌱 Un entretien régulier, c’est aussi un geste écolo : moins de déchets, moins de surconsommation, et plus de sessions avec tes chaussons préférés. Alors, tu les laisses encore traîner dans ton sac ou tu commences à les bichonner ?
- Pourquoi et quand ressemeler ses chaussons d'escalade ?
Les chaussons d’escalade, c’est un peu comme une deuxième peau. Une fois qu’ils sont formés à ton pied, qu’ils ont encaissé des heures de grimpe et qu’ils épousent parfaitement tes sensations sur le rocher ou la résine, difficile de s’en séparer. Mais vient un moment où l’usure du caoutchouc impose un choix : les jeter et racheter une paire flambant neuve, ou leur offrir une seconde vie grâce au ressemelage. © Vertige Media Pourquoi ressemeler ses chaussons d’escalade ? Le ressemelage, c’est avant tout une question d’économie. Avec des prix qui flirtent souvent avec les 100 €, une paire de chaussons ne se remplace pas à la légère. Un bon ressemelage coûte entre 30 et 50 € , ce qui revient nettement moins cher que de racheter une paire. Mais au-delà du porte-monnaie, c’est aussi une affaire de confort et de performance. Quand on achète des chaussons, il y a cette phase de rodage plus ou moins douloureuse : ceux qui chaussent petit savent de quoi on parle. Une fois bien faits à ton pied, les jeter parce que la gomme est usée, c’est un peu comme bazarder un jean parfaitement ajusté juste parce qu’il a un trou au genou. En ressemelant, tu prolonges cette sensation de chausson parfaitement ajusté, sans repasser par la case torture du premier mois. Et puis, il y a l’impact environnemental. Les grimpeurs aiment la nature, mais le marché des équipements sportifs reste largement basé sur des matériaux synthétiques et des procédés de fabrication peu éco-friendly. Un chausson ressemelé, c’est une paire en moins à produire . Moins de déchets, moins d’empreinte carbone : c’est aussi une manière de consommer plus intelligemment. Quand ressemeler ses chaussons ? L’erreur classique, c’est d’attendre trop longtemps. Si la gomme du chausson est percée au niveau de la pointe ou que la bande de renfort latérale est attaquée, c’est souvent trop tard pour un simple ressemelage . À ce stade, il faudra peut-être changer l’enrobage entier, ce qui augmente le coût et altère parfois les sensations d’origine du chausson. © Vertige Media Les signes qu’il est temps de ressemeler : La gomme est amincie sous les points d’appui (gros orteil, carres internes et externes). Moins d’adhérence sur les prises plates ou les grattons (sensation de glissement). Début d’usure sur l’enrobage : si le bord du chausson commence à s’effriter, il ne faut pas tarder. L’idéal ? Anticiper et ressemeler avant que l'on aperçoit le tissu sous la gomme . Ça permet d’économiser sur la réparation et d’éviter de trop modifier le comportement du chausson. Où faire ressemeler ses chaussons ? Il existe plusieurs ateliers spécialisés dans le ressemelage, certains indépendants et d’autres directement affiliés aux grandes marques. En France, quelques artisans ont développé un véritable savoir-faire, notamment les cordonniers agrées par La Sportiva ou Scarpa . L’avantage de ces pros, c’est qu’ils travaillent avec les gommes d’origine des fabricants ( Vibram XS Grip, XS Edge, Trax Rubber, etc. ), assurant une restitution quasi identique des performances du chausson. Envoi postal ou dépôt en magasin spécialisé, les options ne manquent pas. Certains grimpeurs en profitent pour faire ressemeler plusieurs paires d’un coup et optimiser les frais de port. Conclusion : prolonger la vie de ses chaussons, c’est tout bénéf' Ressemeler, c’est économique, éco-responsable et confortable . La clé, c’est d’anticiper l’usure pour éviter une réparation trop lourde, et de choisir un atelier de qualité qui respectera la forme et la gomme d’origine. Avec un bon entretien et un ressemelage au bon moment, une paire de chaussons peut tenir deux, trois, voire quatre vies . Autant en profiter !
- Portrait : Oriane Bertone
© Red Bull Née le 10 mars 2005 à Nice, Oriane Bertone découvre l'escalade à l'âge de 8 ans sur l'île de La Réunion, où elle s'installe avec sa famille en 2009. Très vite, elle se distingue par une progression fulgurante qui la propulse sur le devant de la scène internationale. Dès ses débuts, Oriane impressionne par ses réalisations en bloc. À 12 ans, elle devient la plus jeune personne à réussir un bloc coté 8B+ avec " Golden Shadow " à Rocklands, en Afrique du Sud. Cette performance exceptionnelle la place immédiatement parmi les grimpeuses les plus prometteuses de sa génération. En 2019, Oriane remporte les titres de championne du monde jeune en bloc et en difficulté, confirmant ainsi son potentiel exceptionnel. Elle fait ses débuts en Coupe du monde senior en 2021, décrochant une médaille d'argent lors de l'étape de Meiringen, en Suisse, à seulement 16 ans. En 2023, elle franchit une nouvelle étape en remportant sa première victoire en Coupe du monde de bloc à Prague, devançant la championne olympique Janja Garnbret. Sélectionnée pour représenter la France aux Jeux olympiques de Paris en 2024 , Oriane participe à l'épreuve combinée bloc-difficulté. Malgré une préparation intense, elle termine à la 8ᵉ place, une expérience riche en enseignements pour la suite de sa carrière. En 2025, Oriane continue de briller sur la scène nationale en conservant son titre de championne de France de bloc lors des championnats organisés à Anse . Sa détermination et sa passion pour l'escalade la poussent à repousser sans cesse ses limites, tant en compétition qu'en falaise, où elle s'attaque à des voies de plus en plus exigeantes.
- Joseph Vallot : un savant au sommet du Mont-Blanc et de son époque
Les milliardaires d’aujourd’hui envoient des fusées dans l’espace et se prennent pour des pionniers. Joseph Vallot, lui, montait sur un glacier avec une tente et une idée en tête : prouver que la science pouvait survivre là où les hommes peinaient à respirer . À la fin du XIXᵉ siècle, quand l’altitude relevait encore plus de l’aventure que de la recherche, il choisit le Mont-Blanc comme laboratoire, convaincu que la meilleure façon de comprendre un environnement, c’est d’y vivre. Botaniste, géologue, météorologue, physiologiste, glaciologue, Vallot coche toutes les cases du savant touche-à-tout. Curieux jusqu’à l’obsession, pragmatique jusqu’à la démesure, il incarne l’explorateur-scientifique dans toute sa splendeur : un mélange de rigueur et de folie, de méthode et d’audace. Un homme capable d’investir une fortune pour hisser un observatoire à 4 350 m d’altitude et, dans la foulée, d’imaginer un funiculaire pour que les alpinistes puissent monter plus vite. Un cerveau en ébullition, un corps en altitude, et une existence entière dédiée à comprendre un monde qui se dérobe. Éliane Patriarca, journaliste spécialiste de l’environnement et des sciences de la montagne, exhume la trajectoire fascinante de ce pionnier oublié dans Joseph Vallot, l’histoire méconnue d’un savant alpiniste (Glénat, 2025) . Un ouvrage qui tombe à pic, alors que 2025 marque le centenaire de sa mort et que son légendaire observatoire du Mont-Blanc s’apprête à entrer dans une nouvelle ère sous l’impulsion du CREA Mont-Blanc. Un laboratoire sur le toit de l’Europe Là où certains voient un décor, Vallot voit un terrain d’expérimentation. En 1887, il monte au sommet du Mont-Blanc et y plante sa tente. Trois nuits à 4 800 mètres, sans abri ni oxygène. Une folie ? Un pari scientifique. Il prouve que l’homme peut non seulement survivre en haute altitude, mais aussi y travailler. Dès lors, il lui faut un observatoire. Construire à plus de 4 000 mètres à la fin du XIXᵉ siècle, c’est un exploit insensé : chaque poutre, chaque pierre, chaque clou doit être monté à dos d’homme ou de mule . Mais Vallot n’a pas le goût du confort, seulement celui de la recherche. En 1890, le premier laboratoire d’altitude d’Europe voit le jour. Il y mène des recherches pionnières sur l’impact de l’altitude sur le corps humain et sur l’héliothérapie , convaincu que le soleil pourrait bien être un remède sous-estimé. Il y passe plus de trente étés, persuadé que la science ne se fait pas derrière un bureau, mais sur le terrain, là où le vent glace les idées toutes faites. Joseph Vallot n’est pas qu’un scientifique, c’est un bâtisseur. Il comprend avant l’heure que l’alpinisme et la recherche ne peuvent exister sans infrastructures . Il imagine un funiculaire jusqu’à l’aiguille du Midi, pose les bases d’un tourisme scientifique avant même que l’idée n’existe. Explorer, observer, comprendre et transmettre : pour lui, tout se tient. Un engagement scientifique jusqu’au dernier souffle Vallot n’est pas seul dans cette obsession. Son père Émile et sa femme Gabrielle soutiennent ses recherches, mais l’altitude, aussi noble soit-elle, use les amours terrestres. Gabrielle finit par le quitter. C’est sa fille, Madeleine, qui prendra le relais, l’accompagnant jusqu’au bout. Il y laisse sa santé, son argent, et un peu de son temps, mais jamais son feu intérieur. Il travaille jusqu’à son dernier souffle, toujours animé par la même frénésie de savoir qui l’avait mené du Languedoc à Paris, puis de Paris aux glaces du Mont-Blanc . Éliane Patriarca : une plume engagée au service d’un savant oublié Si Vallot a disparu des radars, c’est peut-être parce qu’il appartenait à une époque où la science n’était pas encore une marque personnelle. Éliane Patriarca s’empare de son histoire avec un véritable travail d’enquête, un style limpide et une capacité à faire revivre les figures oubliées . Ancienne journaliste à Libération, où elle a couvert les grandes problématiques environnementales (pollution aux pesticides, catastrophe de l’amiante, réchauffement climatique en montagne), elle est aujourd’hui indépendante. Son CV littéraire reflète une fascination constante pour la montagne et l’exploration, qu’il s’agisse de ses paysages, de ses mutations écologiques ou des figures qui l’ont traversée. Menace sur Saint-Gervais (Catapac Éditions, 2010) Participation à Mythologies alpines (JMÉditions, 2012) Coordination de Du souffle dans les mots : 30 écrivains s’engagent pour le climat (Arthaud, 2015) Co-rédaction de L’Atlas de botanique poétique avec Francis Hallé (Arthaud, 2016) Avec Joseph Vallot, l’histoire méconnue d’un savant alpiniste , elle tisse un récit à la fois rigoureux et captivant , où la montagne devient un laboratoire, et où la quête de savoir se vit comme une expédition. L’Observatoire Vallot, un héritage toujours vivant Si son nom évoque aujourd’hui un refuge en altitude connu de tous les alpinistes, l’Observatoire Vallot reste avant tout le symbole d’un engagement indéfectible envers la science et l’exploration de montagne . En septembre 2024 , la première pierre d’un projet ambitieux a été posée à Chamonix : transformer l’Observatoire en un tiers-lieu de l’écologie alpine. Le CREA Mont-Blanc, héritier de l’esprit visionnaire de Vallot, y mène des recherches sur l’évolution de la biodiversité et du climat en haute altitude . Un nouveau laboratoire de 90 m², écoconçu, verra bientôt le jour. Le chalet Vallot sera rénové, un jardin scientifique aménagé, et l’observatoire deviendra un lieu où chercheurs, alpinistes et citoyens pourront échanger sur les mutations du climat. Le projet est financé à hauteur de 1,2 million d’euros, avec le soutien du Conseil départemental de la Haute-Savoie, de la Fondation du Patrimoine (via la mission Patrimoine en Péril de Stéphane Bern), de la Fondation de France et de mécènes privés. Un savant d’hier pour les enjeux d’aujourd’hui Pourquoi s’intéresser à Joseph Vallot aujourd’hui ? Parce que son travail sur les glaciers et le climat est d’une actualité brûlante . À l’heure où les neiges éternelles du Mont-Blanc fondent plus vite que les illusions d’un monde durable, son obsession pour la compréhension des phénomènes naturels résonne avec une urgence nouvelle. Joseph Vallot, l’histoire méconnue d’un savant alpiniste est un livre d’histoire, mais c'est surtout une plongée dans une époque où la science exigeait du terrain, du temps et du courage. Disponible au éditions Glénat, collection Hommes & montagnes.
- France 3 met en lumière la journée de détection en para-escalade à Climb Up Aubervilliers
Le 23 novembre dernier, ClimbUp Aubervilliers n’était pas seulement un refuge pour grimpeurs en quête de sensations. Ce jour-là, la FFME organisait une journée de détection en para-escalade , un moment clé pour l’avenir de la discipline en France. À cinq ans de Los Angeles 2028 , où l’escalade fera son entrée aux Jeux Paralympiques , il s’agit de repérer les futurs athlètes, d’élargir la base de sélection et de structurer un collectif compétitif. © France TV Parce qu’aujourd’hui, certaines catégories de handicap manquent encore cruellement de grimpeurs . Et sans émulation, difficile de progresser. L’objectif est donc double : donner une chance à ceux qui rêvent du haut niveau et construire une équipe nationale capable de tenir tête aux meilleures nations. France 3, présent sur l’événement, a mis en avant cet enjeu : détecter, accompagner, préparer. L’escalade est un sport où la marge de progression est énorme, et si certains se voient déjà aux Jeux de Los Angeles, d’autres ont encore tout à construire. Mais le message est clair : l’aventure est ouverte à toutes et tous, à condition d’avoir l’envie et de s’en donner les moyens. Jusqu’où grimper ? Les journées de détection ne sont qu’un premier filtre. Elles permettent d’identifier les profils, de tester les aptitudes physiques et techniques, et de voir qui est prêt à s’investir sur le long terme. L’escalade demande un engagement total, et le para-sport encore plus : il ne s’agit pas seulement de grimper, mais de le faire avec un corps qui impose ses propres défis . Force, équilibre, vision, adaptation : chaque athlète doit composer avec ses propres limites… et les dépasser. Pour les plus affûtés, la suite est déjà tracée : les Championnats de France en mars, où les prétendants sérieux pourront se mesurer aux meilleurs. Un passage obligé pour espérer intégrer l’équipe nationale. Pour les autres, la réflexion continue. © France TV Un collectif en construction Si l’escalade paralympique est encore en pleine structuration en France, elle avance. Mais pour exister sur la scène internationale, il faudra plus qu’une poignée d’athlètes motivés. La FFME le sait : sans densité, sans confrontation, pas de grand avenir. Les prochains mois seront donc décisifs pour voir qui franchira les étapes, qui accrochera son nom sur la liste des sélectionnés, et qui sera encore là en 2028. D’ici là, une question reste en suspens, glissée par France 3 comme un défi : Pourquoi pas moi ? Pour voir le replay, cliquez ici .
- La France a un incroyable talent : les frères Ladevant
Chaud Ladevant ! En se plaçant encore en haut du classement des championnats du monde à Longmont (USA), les frangins viennent d’asseoir un peu plus leur palmarès en compétition d’escalade sur glace. Ultra-dominateurs de leur discipline, Tristan, 26 ans et Louna, 24 ans, ont bien plus que les podiums internationaux en partage. Interview fleuve de deux frangins dans le vent, où l’on navigue entre enfance sauvage, précarité et relation fusionnelle. © Les frères Ladevant Votre histoire, c’est avant tout celle d’une relation fusionnelle… Louna : Oui, tout à fait. C’est rare que l’on se présente de manière séparée. Avec Tristan, on se considère vraiment comme une équipe. Chaque victoire, chaque médaille, chaque projet, c’est vraiment nous deux qui les portons. Et les bénéfices de ces performances, quels qu’ils soient, sont aussi pour nous deux. Tristan : Je pense que c’est dû à notre éducation : on a toujours veillé l’un sur l’autre. Il était donc logique que notre vie continue dans ce sens. Cela nous permet de désindividualiser beaucoup de choses : les blessures, les performances, les temps d’absence. Vu de l’extérieur, c’est « les frères Ladevant ». On mutualise aussi les démarches, les budgets. Et puis, on s'entraîne constamment ensemble. C’est une vraie émulation d’avoir toujours quelqu’un pour te pousser quand t’as du mal à avancer, qui connaît la personne que tu es, ce dont tu es capable, et qui ne va pas te mentir comme on peut parfois le faire à soi-même. L’enfance des frères Ladevant, elle a ressemblé à quoi ? Tristan : On a beaucoup voyagé en France quand on était petits. À une période, on a même vécu dans une yourte posée en montagne. D’abord de manière très isolée, puis un peu moins quand les contraintes de la vie nous ont rapprochés de la ville. On n’avait pas l’eau courante, pas l’électricité. Et l’hiver, la yourte n’était pas accessible par la route. Louna : On a beaucoup été scolarisés à domicile. Même si on faisait souvent des sauts dans des établissements, en y restant un an, parfois moins. Notre mère nous laissait la liberté d’aller dans le public ou de faire l’école à la maison. Être scolarisé à domicile, c’était des avantages de fou. On était super efficace donc on gagnait un temps énorme qui nous permettait de faire plein d’autres choses. © UIAA « Cette envie d’excellence a toujours été présente. Comme s’il y avait une revanche à prendre. On vient d’un environnement social peu aisé. Ça a même été la grosse galère. » Tristan : On n’était pas mauvais à l’école, en plus. Donc ça facilitait aussi les choses. Les principes de société, on les trouvait ailleurs, avec les clubs sportifs et les cours de musique. On n’était pas isolés chez nous à voir personne. On a tout de même passé beaucoup de temps dehors à faire des cabanes et des bêtises.. Ce qui nous a, je pense, beaucoup poussés vers la direction dans laquelle on est aujourd’hui. Les expé’ aujourd’hui [ quand ils ne sont pas en Coupe du monde, les frères Ladevant ont l’habitude de partir en expédition, généralement pour faire des big walls, que ce soit en Italie, en Suisse ou bien au Pakistan, ndlr ], c’est un peu le retour aux cabanes de quand on était petits. Vous évoluez tous les deux en Coupe du monde de cascade de glace. Louna, tu penses avoir suivi le chemin tracé par ton frère ? Louna : Totalement. Sans lui, je n’aurais pas eu le même parcours. En parallèle du sport, on faisait beaucoup de musique, de la batterie pour ma part. J’avais vraiment envie de faire ma vie dans ce monde-là. Gamin, je voulais être une star, faire des concerts à travers le monde, etc. De son côté, Tristan a commencé la montagne. Il a notamment découvert ça avec un gars [Jean Marie Taupin, ndlr] qui l’a un peu pris sous son aile. J’ai alors commencé à me demander pourquoi je ne faisais pas ça moi non plus. Tristan : Tu passais huit heures par jour derrière ton instrument. Moi j’étais dehors tout le temps. On ne se voyait plus. Louna : Et puis, je voyais aussi la différence entre ce rêve de gamin, celui de faire des concerts, et la réalité de ce que cela représente, de comment est le milieu. Alors j’ai changé d’avis. Et j’ai suivi Tristan. Être athlète professionnel, c’était un objectif pour vous ? Tristan : Non, parce qu’on n’avait pas connaissance de ce milieu. Mais avec du recul, dans nos scénarios de gamins, il y avait toujours une notion d’ambition, de célébrité. Cette envie d’excellence a toujours été présente, quelles que soient les disciplines que l’on ait pu faire. Comme s’il y avait une revanche à prendre. Parce qu’on vient d’un environnement social peu aisé, voire pas du tout pendant une période. Ça a été la grosse galère. Le jour où il a fallu aller aux Restos du Cœur, ça a été violent pour moi. À ce moment-là, je me suis dit : « Plus jamais de ma life, je me retrouve dans cette situation ». Et puis, notre mère nous a toujours éduqués avec l’idée de bien faire les choses. Car si l’on était un peu touche-à-tout, on ne faisait jamais les choses à moitié. Quand on a attaqué le ski, par exemple, on était nuls. Je me souviens qu’elle nous a dit à ce moment-là : « Vous allez être bons, ne vous en faites pas. On va y aller tous les jours ». On skiait je-ne-sais-pas combien d’heures. Peu importe s’il pleuvait ou neigeait. © UIAA « On est concurrent quand on a nos baudriers en compèt. Mais au final on se bat contre une voie et pas contre l’autre, donc ça calme. » Louna : L’aspect financier, ça m’a moins marqué. Sans doute que j’étais plus petit. D’autant que c’est quelque chose d’assez relatif. Parce qu’on faisait tout de même du ski alpin en compétition, du basket, de la musique... Mais la vie autour de ça, c’était dur. Je pense tout de même que cette précarité, c’est toujours en moi, de manière plus inconsciente. Aujourd’hui, je ne veux pas travailler pour faire beaucoup d’argent. Mais je veux tout de même gagner de l’argent. Je veux gagner ma vie. Tristan : Il faut rester connecté avec la réalité du haut-niveau en France [ où près de 60% des athlètes de haut niveau vivent avec moins de 1500€ par mois , ndlr ] . Donc quand quelqu’un te propose de l’argent, tu le prends. Ou sinon, tu vas encore manger des pâtes pendant les six prochains mois. À quel moment avez-vous basculé dans le monde professionnel ? Tristan : Ce qui a fait la différence, c’est lorsque mon mentor, dont parlait Louna, [ Jean-Marie Taupin, avec qui Tristan a partagé beaucoup d’autres aventures, à Chamonix, dans les Écrins, des grandes voies un peu partout en France, jusqu’en Suisse et en Italie notamment, ndlr ] m’a proposé de partir en expé. Je n’avais pas 18 ans, c’était l’année de mon bac de français. Et là, il me proposait d’aller aux États-Unis. Il y a eu un peu de discussions avec ma mère et avec Louna. Ça a été l’élément déclencheur. En rentrant, on m’a dit : « Mais attends, tu sais qu’aujourd’hui, si t’as pas le bac, personne t’embauche. Même pas La Poste ». Sauf que je savais que j’étais assez intelligent pour toujours m’en sortir sans passer mon bac ni faire d’études. Je suis donc allé à fond dans la direction de la montagne, pour voir où ça allait m'emmener. « Si demain, je veux faire les choses bien écologiquement parlant, alors ma carrière devrait s’arrêter. Car il est impossible pour moi d’être internationalement connu sans être allé à l’international. » Louna : Quand on m’a dit que Tristan arrêtait les cours, j’ai dit, moi aussi j’arrête maintenant. Sauf que j’avais trois ans de moins. Donc à 15 ans, j’ai tout arrêté. On est partis pleine balle dans le projet : vivre à fond de la grimpe, quel que soit la forme que cela allait prendre. On devait tout de même continuer à apprendre des choses. L’anglais, puis le russe – le pays leader en cascade de glace à l’époque. La compétition entre vous n’a jamais posé problème ? Louna : Non, jamais. Parce que l’on a trois ans d’écart, donc on n’a jamais été dans les mêmes catégories. Et puis au regard de cet écart d’âge, tu ne te mets pas sur le même piédestal. Parce qu’il y a trop de différences : on n'avait pas d'éléments de comparaison directs donc c’était une compétition qui était hyper saine. Principalement à l’entraînement. Tristan était beaucoup plus fort que moi dans tout. Jusqu’à il n’y a pas longtemps… Tristan : On a tout de même été dans la même catégorie assez jeunes. Parce que Louna était surclassé en senior. On a donc très vite participé aux mêmes compétitions. Et dès le début, il m’a mis la fessée, direct. Même quand il avait 16 ans. On est concurrents quand on est avec nos baudriers en Coupe du monde. Mais au final on se bat contre une voie et pas contre l’autre, donc ça calme. Vous parliez d’un besoin de prendre une revanche. Vous considérez l’avoir prise aujourd’hui ? Louna : Oui, on pourrait parler de revanche par rapport à la première étape qui ne s’est pas passée comme prévu [ en Corée du Sud mi-janvier, où ils avaient respectivement fini 5e et 13e, ndlr ] mais aussi à la dernière (et la seule) de l’année passée [ à la Plagne, étape à laquelle ils avaient choisi de participer malgré leur chose de faire une pause des compétitions sur la saison 2023-2024, ndlr ]. Mais aussi et surtout à des années de compétitions à très haut niveau où l’on n’avait jamais réussi le coup parfait, celui de faire 1e et 2e alors que ça a toujours été notre objectif principal de faire des performances communes. Allier pratique de haut niveau et environnement n’est pas toujours facile. Parce qu’il y a les déplacements en avion pour les compétitions, pour les expéditions aussi. Mais quand on se penche sur votre palmarès, on voit que vous avez fait des expéditions à vélo pour aller grimper des voies extrêmes, dans les Dolomites notamment. Quelle est votre position à ce sujet ? Tristan : Si demain, je veux faire les choses bien écologiquement parlant, alors ma carrière devrait s’arrêter. Car il est impossible pour moi d’être internationalement connu sans être allé à l’international. C’est une réalité. Et les gens qui diront l’inverse, je ne suis pas sûr qu’ils soient très honnêtes avec eux-mêmes. La vie que je mène, c’est mon rêve depuis petit. J’ai mis des quantités d’énergie folles dans ce projet ! Et aujourd’hui, je ne me sens pas capable de me dire qu’en fait j’arrête tout parce que je n’arrive pas à me regarder dans le miroir. Je n’ai pas envie d’être un mec aigri à 40 ans parce qu’il ne se sera pas donné les moyens de ses rêves. Louna : Vivre du tourisme, dans une station de ski, ça aurait été une option pour nous. Mais est-ce que, quand ce sont tes clients qui prennent l’avion, ça compte ? Le trip à vélo [ dans les Dolomites, en 2022, ndlr ], on voulait l’aborder sous l’angle sociétal à la base. On voulait montrer aux jeunes qu’il n’y avait pas besoin d’être sponsorisé, d’arriver d’une famille pleine de pognon, pour faire une aventure de ouf. Ça nous a coûté 727 euros, tout compris, sauf la nourriture. Mais sans parler d’être parfait sur le sujet, ce qui n’est guère réalisable, vous n’avez pas des idées pour réduire votre impact ? Tristan : Typiquement, l’année dernière, on a fait une saison sans compétitions. On n’a pris l’avion que pour l’expé au Pakistan. On a donc réussi à faire tourner notre année entière d’athlètes pros sur un seul voyage. Alors, sachant que si tu pars de ce principe-là, tu peux presque prendre l’avion une fois tous les deux ans si tu arrives à monter des projets européens. Louna : Sur le long terme, on aimerait fonctionner ainsi, en trouvant des projets, des combos, avec des approches à vélo, en bateau. C’est un truc qui nous motive. Sauf qu’aujourd’hui, on n’a pas fini de faire ce que l’on a envie d’accomplir en compétition. On essaie de jongler avec notre conscience et nos objectifs de la meilleure manière possible pour s’en sortir. On doit garder une certaine forme physique pour la compétition. Ce qui est incompatible avec l’idée d’un long voyage.












