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- Solution Guide : le baudrier qui veut tout encaisser
Dalles de granit, fissures interminables, stalactites de glace ou mixte engagé… Black Diamond signe ici un baudrier conçu pour les grimpeurs qui ne se limitent pas à une seule discipline. Avec son confort optimisé, sa capacité de portage impressionnante et son pontet sans coutures, le Solution Guide veut s’imposer comme le choix évident pour les grandes journées sur le caillou. © Black Diamond Un baudrier pour ceux qui passent leurs journées suspendus ? Sur le papier, l’argument est prometteur. Mais qu’en est-il vraiment ? Un baudrier pensé pour durer (et supporter une quincaillerie de mammouth) La première chose qui saute aux yeux, c’est la capacité de portage. Quatre porte-matériels bien larges capables de gober 15 dégaines chacun + une cinquième boucle à l’arrière = un baudrier qui ne fait pas dans la dentelle. Ajoutez à ça quatre passants pour porte-broches Ice Clipper , et vous avez un harnais prêt à affronter aussi bien une face nord verglacée que 30 longueurs sous le cagnard du Verdon. Pour l’endurance en paroi, Black Diamond mise sur des matériaux robustes et une conception durable. Résultat : un baudrier qui ne se tasse pas après quelques mois d’usage intensif , contrairement à certains modèles dont la mousse s’écrase après une saison bien chargée. Un confort calibré pour les longues sessions Les baudriers polyvalents, on le sait, c’est souvent un compromis entre maintien et liberté de mouvement. Ici, BD joue la carte de l’ergonomie ajustée avec : Des tours de cuisses Contour Edge → Pensés pour réduire les points de pression. Une ceinture optimisée → Maintien renforcé au centre, plus souple sur les bords pour éviter les points de compression sur le dos et les côtes. Sangles fessières élastiques et détachables → Un détail qui peut sauver quelques galères sur une grande voie bien gazeuse. Côté sécurité, le pontet Infinity sans coutures en Dyneema évite l’usure prématurée des coutures d’assurage – un détail qui peut faire la différence après des centaines de manips de corde. Version homme, version femme : de vraies différences ? Pas juste un baudrier standard légèrement retaillé, la version femme du Solution Guide propose : Un espacement ceinture-cuisses revu pour mieux s’adapter à la morphologie féminine. Une ceinture et des tours de cuisses ajustés pour éviter les points de compression sur des zones plus sensibles. Un vrai plus pour celles qui en ont marre des baudriers « unisexes » qui serrent là où il ne faut pas et flottent là où ça devrait épouser la morphologie. Affiché à 100 €, le Solution Guide joue dans la même cour que les références de la grande voie et du trad, comme l’ Adjama et le Luna de Petzl. Avec son pontet Infinity sans coutures, ses larges porte-matériels et son confort pensé pour les longues journées suspendues, Black Diamond vise les grimpeurs qui veulent un baudrier à tout faire, capable d’encaisser aussi bien des heures d’assurage en couenne que des courses alpines engagées. Sortie prévue le 1er septembre 2025 : est-ce le baudrier qu’on finit par adopter sans se poser de questions, ou un challenger qui peinera à détrôner les poids lourds du marché ? Verdict sur le terrain.
- 🧗 L’emoji escalade : un petit symbole, une grande histoire
Aujourd’hui, il est partout. Dans vos messages, dans vos stories, sous les posts de vos potes qui enchaînent un 7a après travail et font semblant d’être surpris. Mais avant 2017, l’emoji escalade n’existait pas . Un vide aussi angoissant qu’un dernier point clippé cinq mètres plus bas. Jusqu’à ce que Sasha DiGiulian , grimpeuse au palmarès aussi solide que son grip, décide de s’en mêler. Sasha DiGiulian, la grimpeuse qui tweetait plus vite que son ombre L’escalade avait beau être en croissance, avec des salles qui commençaient à pousser plus vite que des pads sous un highball, un détail clochait : pas d’emoji pour représenter la grimpe . Un comble, quand on sait qu’on pouvait déjà envoyer un 🏄♀️, un 🏌️ ou même un 🤹♂️ (hommage aux finales IFSC). Sasha, première femme nord-américaine à cocher un 9a, ne l’a pas laissé passer. En 2015, elle balance un tweet à @GetEmoji – sorte de standardiste de la hotline des emojis – pour signaler l’anomalie. Une pique bien sentie, qui tombe sous les yeux de Jeremy Burge, le boss d’Emojipedia et surtout membre du redoutable sous-comité Unicode Emoji , autrement dit l’équipe qui décide quel petit pictogramme aura le droit de rejoindre nos claviers. Le Consortium Unicode : là où naissent (et meurent) les emojis Parce que oui, on ne crée pas un emoji comme on dessine un smiley sur un mur de grimpe. Chaque proposition doit passer par un véritable parcours du combattant, façon dalle à grattons pleine de mousse. Le Consortium Unicode, un club très sélect chargé de la normalisation des caractères numériques, impose des règles strictes. Un emoji doit être immédiatement compréhensible, universel, et avoir une utilité avérée (autant dire qu’on attend toujours l’emoji magnésie). Chaque année, seuls quelques élus passent la porte, tandis que d’autres finissent oubliés dans les tréfonds des brouillons numériques. Par exemple, l’emoji escalade a eu plus de chance que certaines suggestions comme : L’emoji limace (recalé en 2021, paix à son âme). L’emoji shaker de whey (apparemment pas assez universel). L’emoji calvitie en progression (celui-là, on ne sait pas si c’est un mal ou un bien). Bref, l’escalade a eu son moment de gloire, alors qu’elle aurait pu rester sur la touche, entre une boîte de sardines et un pigeon pixelisé. Un design à la loupe : casque ou pas casque ? Grâce au lobbying (d)étonnant de Sasha et à l’appui de Jeremy, l’emoji escalade entre en phase de design. Et là, c’est le moment des grandes questions existentielles : Chaussettes ou pas ? (on sait que le débat est aussi tranché que celui sur du port du tshirt). Mur artificiel ou rocher ? (spoiler : le rocher l’a emporté). Quel style de chaussons ? (personne n’a proposé des ballerines usées à la gomme trouée, dommage pour l’authenticité). Finalement, le design retenu représentait un grimpeur sur du rocher, sans casque . Un choix qui n’a pas fait l’unanimité , surtout auprès des falaisistes et des grimpeurs trad, qui voyaient déjà débarquer une armée de novices convaincus que l’assurage dynamique est une question de foi. Unicode corrigera le tir en 2021, en ajoutant une nouvelle version de l’emoji avec casque. Mieux vaut tard que jamais, même si on se demande encore pourquoi il a fallu quatre ans pour ajouter un bout de plastique sur une tête. Un emoji, une victoire pour la grimpe Depuis, 🧗 est devenu un symbole universel. Il s’incruste dans les posts Instagram de grimpeurs, accompagne les récits de croix et sert parfois de prétexte pour justifier une session en pleine semaine ("Vendredi ? Ha non désolé je vais télétravailler à Fontainebleau 🧗"). Mais ce petit emoji fossilise un instant précis de l’histoire de la grimpe . En 2017, l’escalade était encore perçue comme un sport outdoor. Pourtant, aujourd’hui : La majorité des grimpeurs découvrent l’escalade en salle. Les compétitions sont devenues un show à part entière, avec des mouvements spectaculaires sur des volumes XXL. La grimpe en falaise reste un idéal, mais n’est plus la norme pour les nouveaux pratiquants. Alors, l’emoji escalade est-il déjà un vestige numérique ? On parie que dans 10 ans, un nouvel emoji verra peut-être le jour : une silhouette bondissant sur un volume violet, sous un spot de lumière artificielle. Dernière prise avant le relais Il a fallu que Sasha DiGiulian prenne la parole, que le comité Unicode écoute, et que le monde grimpe sur cette vague numérique. Et ça a marché. Alors, la prochaine fois que vous glissez un 🧗 dans un message, rappelez-vous qu’il n’est pas arrivé là par hasard. Derrière ce petit pictogramme, il y a un tweet bien placé, un processus bureaucratique absurde et un brin de détermination. Sauf que là, Sasha a trouvé la ligne, Jeremy a assuré la corde, et Unicode a enchaîné le projet après quelques essais. Résultat : on a tous un emoji pour illustrer nos exploits… ou nos échecs en dalle.
- Reel Rock 19 : une année noire entre polémiques et chaos logistique
Chaque année, Reel Rock est censé être une célébration. Une grand-messe de la grimpe, où l’on vient vibrer devant des ascensions improbables, partager la sueur et les victoires des grimpeurs, et repartir avec l’envie de tout plaquer pour aller vivre sous un crashpad. Mais cette année, ce n’est pas l’appel de la falaise qui domine. Reel Rock 19 s’embourbe. Entre scandales, controverses et distribution en chute libre, l’édition 2025 pourrait bien être la plus clivante de son histoire . Une diffusion en salle compromise Miguel de Kayoo, dans sa dernière vidéo , a mis le doigt sur un problème que beaucoup avaient laissé passer : on ne sait même pas si Reel Rock sera projeté en salle en France cette année . La maison mère reste mutique, le distributeur habituel a claqué la porte, et à l’heure actuelle, impossible de dire si l’édition 2025 aura droit à son rituel de projections collectives ou si elle finira reléguée au streaming. Si ça se confirme, c’est une onde de choc pour un festival qui s’est toujours nourri de cette dynamique communautaire : des salles pleines, des applaudissements, des cris quand une prise lâche à deux mètres du relais. Le voir réduit à une bête vidéo à la demande, c’est une amputation. Mais ce n’est pas seulement sur la forme que Reel Rock vacille cette année. C’est aussi sur le fond. " The Cobra & The Heart " : quand la corde coupe des deux côtés Parmi les films à l’affiche, " The Cobra & The Heart " retrace l’histoire de Didier Berthod, ce grimpeur suisse qui, après des années d’obsession pour la mythique Cobra Crack, a fini par lâcher la grimpe pour se consacrer à la religion. Pas juste une foi discrète en mode quête de sens, mais une immersion totale dans une secte chrétienne ultra-traditionaliste, où il est même devenu prêtre. Le genre de virage qui ne laisse pas indifférent. Mais là où ça devient franchement épineux, c’est du côté de Thomasina Pidgeon, l’autre protagoniste du film. Car Pidgeon n’est pas seulement grimpeuse. Elle est aussi celle qui a signé une lettre de soutien à Charles Barrett, condamné à perpétuité pour viol . Oui, vous avez bien lu, Reel Rock a choisi de mettre en avant quelqu’un qui, noir sur blanc, a pris la défense d’un agresseur sexuel. Face au tollé, Reel Rock a tenté de jouer la carte du dialogue avec un communiqué de presse . Ils reconnaissent la douleur causée aux victimes, admettent que la communauté de la grimpe a un sérieux problème avec la gestion des violences sexuelles et expliquent avoir longuement échangé avec Pidgeon. D’après eux, elle se serait rendu compte trop tard qu’elle avait été “trompée” et “manipulée” par Barrett, et aurait pris conscience de l’ampleur de ses erreurs après coup . Mais au-delà des belles paroles, aucune décision concrète. " The Cobra & The Heart " reste dans la programmation. Reel Rock maintient qu’ils “respectent ceux qui choisiront de ne pas voir le film”, mais ils le diffuseront quand même. Une réponse qui ne convainc pas tout le monde. Pour certains, ce n’est rien d’autre qu’une déclaration d’intention vidée de toute action réelle. Un “nous sommes désolés si vous êtes blessés” sans conséquence. Et surtout, sans remise en question du choix d’inclure Thomasina Pidgeon dans un film censé inspirer. "Death of Villains" : qui choisit ses héros ? L’autre bombe médiatique de cette édition, c’est " Death of Villains ", un film centré sur Kai Lightner, ancien enfant prodige de l’escalade, dans sa quête d’un 9b. Jusque-là, rien à signaler. Sauf que son binôme de cordée dans le film, c’est Joe Kinder. Oui, Joe Kinder, ce grimpeur qui a harcelé Sasha DiGiulian en ligne pendant des années , qui lui a pourri la vie avec un faux compte Instagram et qui a fini par se faire lâcher par tous ses sponsors après que l’affaire ait éclaté. Là encore, Reel Rock joue avec le feu. Un festival censé incarner l’aspiration, la performance et l’éthique choisit de mettre en avant un grimpeur qui traîne une affaire de harcèlement derrière lui. Le pardon a ses limites, et visiblement, elles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Entre polémiques et distribution à l’aveugle : un festival à la croisée des chemins Un festival qui ne sait même pas si son public pourra le voir en salle. Un festival qui met à l’affiche un film porté par une défenseuse de violeur et un autre avec un harceleur avéré. Un festival qui, plutôt que de prendre position, aligne des communiqués enrobés d’empathie, mais vidés de toute conséquence. Autrefois, Reel Rock était une ode à l’aventure verticale, à la beauté brute du geste. Cette année, il donne surtout l’image d’un événement qui s’accroche aux prises sans trop savoir où poser les pieds . Boycott, malaise, distribution en lambeaux : cette 19e édition ne restera sans doute pas dans les mémoires pour ses ascensions. Mais pour son crash en plein vol, en revanche…
- TRUBLUE et USA Climbing : un ticket gagnant jusqu’en 2028
C’est reparti pour un tour. USA Climbing et TRUBLUE prolongent leur partenariat jusqu’aux Jeux Olympiques de Los Angeles. Un mariage sans vagues : depuis 2020 , l’auto-enrouleur de Head Rush Technologies s’est imposé comme un standard sur les compétitions officielles de la fédération américaine. Il faut dire qu’en escalade de vitesse, mieux vaut que la descente soit aussi bien rodée que la montée. © Trublue TRUBLUE, champion toutes catégories de la descente maîtrisée Sur le mur de vitesse, le chronomètre ne tolère pas l’approximation. On parle de records flirtant avec les 4,74 secondes sur 15 mètres . Dans ce contexte, TRUBLUE Speed fait figure d’allié incontournable. Son freinage magnétique breveté, qui régule la descente sans à-coups, permet aux grimpeurs d’enchaîner les runs sans se poser de questions. Emma Hunt et Sam Watson, respectivement recordwoman et recordman américain de la discipline, s’entraînent avec. Un choix pragmatique : on ne change pas une équipe qui grimpe. Marc Norman, président de USA Climbing, le résume sans détour : « Nos athlètes comptent sur TRUBLUE depuis des années, quand chaque fraction de seconde pèse dans la balance. » Un marché verrouillé ? Si TRUBLUE rafle la mise aux États-Unis, la marque n’est pas seule sur le créneau . En face, Perfect Descent, principal concurrent, équipe aussi certaines compétitions internationales avec son modèle Direct Drive™, qui a l’avantage d’être plus léger et compact. On trouve aussi TwinPoint, un système distribué par Pyramide, qui mise sur un double mécanisme de sécurité pour séduire salles et compétitions. Et puis il y a Walltopia, qui joue une autre carte : l’intégration de ses systèmes SmartGate, qui empêchent un grimpeur de s’engager sans être attaché. Une manière de s’aligner sur l’éternel débat de la sécurité des auto-enrouleurs. Un partenariat en béton pour Los Angeles 2028 Avec ce renouvellement, USA Climbing verrouille son matériel pour les prochaines échéances, et surtout pour les Jeux Olympiques de Los Angeles. Une continuité stratégique qui garantit aux athlètes un matériel uniforme entre entraînement et compétition . Le débat sur la suprématie de TRUBLUE reste ouvert, mais une chose est sûre : sur le marché des auto-enrouleurs, mieux vaut ne pas descendre trop vite. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Quatre nouvelles salles à Londres pour Climbing District
Ils avaient conquis Paris, puis Milan. Désormais, Climbing District s’attaque à Londres avec l’acquisition de quatre nouvelles salles d’escalade . En l’espace d’un an, la jeune entreprise française a doublé de taille et affiche clairement ses ambitions : imposer son modèle de salles premium dans les grandes métropoles. © Climbing District Un coup d’accélérateur à l’international Fondée en 2020, Climbing District ne ralentit pas. Après une levée de fonds de 10 millions d’euros , l’entreprise a enchaîné les ouvertures dans la capitale française avant de s’implanter à Milan à l’automne dernier avec le rachat d’Urban Wall, un mastodonte de 2 500 m². Cette fois, c’est à Londres qu’elle pose ses crash pads avec l’acquisition de deux chaînes locales bien établies : Stronghold et The Arch , chacune propriétaire de deux salles. Avec cette opération estimée à 4 millions d’euros, Climbing District s’impose comme un acteur incontournable de la grimpe londonienne, juste derrière London Climbing Centers et ses huit salles. Une arrivée qui bouscule le marché local, encore largement dominé par des salles indépendantes. Plutôt que de construire ex nihilo, Climbing District mise sur des rachats stratégiques pour s’adapter aux particularités du marché local . Une phase d’apprentissage avant d’envisager d’autres ouvertures sur le sol britannique. Un marché londonien en retard… et plein d’opportunités Si Londres vibre au rythme de la grimpe, l’offre y est encore limitée par rapport à Paris. « La densité de salles par habitant y est deux fois moindre », soulignent les dirigeants de Climbing District. Une situation d’autant plus paradoxale que l’escalade a gagné en visibilité au Royaume-Uni, portée par les performances de Toby Roberts aux JO de Paris cet été et par l’engouement croissant pour la discipline. Climbing District n’est pas le premier acteur français à tenter l’aventure internationale, mais il le fait avec une approche ciblée. Contrairement à Climb Up et Arkose, qui se développent sur plusieurs territoires européens, Climbing District concentre ses forces sur des implantations urbaines stratégiques . Milan et Londres aujourd’hui, peut-être Rome demain. L’entreprise ne cache pas ses ambitions : l’internationalisation est en marche, et les regards se tournent déjà vers des destinations plus lointaines comme Dubaï ou la Chine. Paris toujours dans la ligne de mire Malgré cette expansion, Climbing District reste solidement ancré à Paris, où il s’apprête à ouvrir deux nouvelles salles . Mais la concurrence y est rude, entre Climb Up (31 salles en France) et Arkose (29 salles, dont Madrid et Bruxelles). Dans cette bataille pour le marché urbain, Climbing District mise sur son modèle premium : des salles spacieuses, design, pensées comme des lieux de vie avec espaces de coworking et une ambiance léchée. Un positionnement qui lui a permis de séduire une clientèle exigeante et de se tailler une place dans le paysage de la grimpe indoor. Avec désormais onze salles sous sa bannière, Climbing District ne cache plus ses ambitions. Londres, Milan… quelle sera la prochaine capitale à tomber sous l’assaut de cette success story made in France ? Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Safe Sport : l’escalade autrichienne muscle sa prévention
Si l’escalade a toujours été un sport où l'on grimpe haut, il est aussi temps de poser le pied sur terre. En Autriche, le Kletterverband Österreich (KVÖ), la Fédération Autrichienne d’Escalade, s’attaque de front à un sujet glissant : les abus, qu’ils soient physiques, psychologiques ou sexuels, dans le milieu du sport . Et oui, même dans un sport où tomber fait partie du jeu, certains coups sont plus durs que d’autres. Avec son concept Safe Sport , le KVÖ entend bien hisser l’éthique aussi haut que ses murs d’escalade. Alors, pionniers éclairés ou simples suiveurs d’un mouvement inévitable ? Spoiler : c’est un peu des deux. En haut de la voie, le vertige des responsabilités L’idée de protéger les jeunes et les athlètes contre les abus n’a rien de révolutionnaire sur le papier, mais la mise en pratique, elle, ressemble parfois à une grande voie en terrain d’aventure : incertaine, périlleuse, et exigeant beaucoup de coinceurs (de rigueur, ici). La Fédération Autrichienne d’Escalade a pourtant décidé de poser ses protections de manière méthodique. Son concept de prévention et de protection , développé avec l’aide d’experts comme la psychologue Simone Tscherntschitz, se veut exhaustif. Workshops, formations et codes de conduite sont au programme, avec un objectif clair : éradiquer toute forme d’abus dans un sport où la proximité physique – parage, assurage, séances individuelles – fait partie du quotidien . L’enjeu est de taille : comment maintenir la confiance entre entraîneurs, encadrants et athlètes dans un sport qui demande de la collaboration et une interaction physique fréquente ? La réponse du KVÖ : une charte claire, des formations continues, et un point de contact indépendant pour les signalements . À écouter le directeur sportif Heiko Wilhelm, il ne s’agit pas de poser un pansement sur une plaie ouverte, mais bien d’instaurer une nouvelle culture : celle de la sécurité, de l’inclusion et du respect. Protéger les enfants, protéger le sport Pourquoi maintenant, et pourquoi l’Autriche ? Le sujet du Safe Sport s’invite depuis quelques années dans les débats sportifs à l’échelle internationale, porté par des affaires qui ont secoué le monde entier, de la gymnastique américaine à certaines disciplines plus confidentielles. Dans le cas de l’escalade, il était urgent de prendre la corde au bon bout. Car derrière l’image d’un sport libre et exaltant, les risques sont bien réels, et les zones grises nombreuses. Dans un sport où le contact physique est parfois inévitable et où la hiérarchie entre entraîneurs et grimpeurs est souvent tacite, les abus peuvent passer inaperçus – ou pire, être ignorés . La KVÖ n’a pas attendu un scandale majeur pour agir, mais a préféré jouer la carte de la prévention . Le sujet avait déjà été abordé en janvier 2024 lors du forum des entraîneurs de la fédération, et il semble que les discussions n’aient pas traîné en longueur. Quelques mois plus tard, un concept détaillé voyait le jour, avec des recommandations précises comme le « principe des 6 yeux » (toujours être en présence de plusieurs témoins lors des séances) ou l’interdiction de contacts physiques non nécessaires. Escalader l’éthique : un modèle à suivre ? Mais alors, le Safe Sport autrichien est-il un modèle exportable ? Oui et non. Si l’intention est louable, sa mise en œuvre reste à surveiller. Ce n’est pas tant le concept qui pose question – personne ne contestera l’idée de protéger les enfants et les jeunes – mais bien la capacité à l’appliquer sur le terrain. Former les entraîneurs, sensibiliser les parents, et établir une ligne claire entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas : tout cela demande des moyens, humains comme financiers. Et puis, soyons francs : ce n’est pas parce qu’on imprime une charte et qu’on organise trois séminaires qu’on élimine les comportements problématiques . L’escalade, comme tout sport, a ses zones d’ombre, et il faudra plus qu’un vernis éthique pour les éclaircir. Le véritable test, ce sera la réaction de la fédération face aux premiers cas signalés. La promesse est claire : tolérance zéro. Mais entre la parole et les actes, il y a souvent un vide – celui-là même que le KVÖ espère combler. La France à la traîne, mais pas immobile Et chez nous alors ? Si l’Autriche a pris de la hauteur avec son concept Safe Sport , la France semble encore hésiter sur la première prise . La Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME), bien que consciente des risques, avance à un rythme plus lent . Ces dernières années, des initiatives ont vu le jour, notamment après quelques affaires sensibles qui ont fait trembler les murs. On parle ici de formations pour les encadrants, de fiches réflexes issues du Ministère des Sports, et même d’une adresse dédiée pour signaler les abus ( signal-violence@ffme.fr ) . Mais soyons honnêtes : ça reste timide. Des ligues régionales comme celle d’Auvergne-Rhône-Alpes prennent le relais en diffusant des outils de prévention . Et il y a bien une volonté affichée de sensibiliser les clubs, de poser des règles, et d’éduquer les pratiquants. Pourtant, la France n’a pas encore cet outil global, complet et structuré qu’est le Safe Sport autrichien. La FFME s’accroche à la paroi, mais sans topo clair. Une politique de prévention digne de ce nom reste à inventer, et pourquoi pas en s’inspirant des voisins alpins ? Une éthique à réinventer L’initiative du KVÖ n’est pas qu’un geste politique ou médiatique ; c’est un rappel que l’escalade n’est pas exempte des travers du sport en général . La proximité physique, les rapports hiérarchiques implicites, et la confiance presque aveugle qu’implique ce milieu peuvent être des forces comme des failles. Et si l’Autriche grimpe en tête, d’autres pays, France incluse, devront suivre pour garantir un espace sûr à tous les grimpeurs. Ce n’est pas une question d’image ou de marketing, mais de survie pour un sport qui se veut collectif, inclusif et respectueux . Alors que l’escalade continue son ascension en popularité – des salles bondées aux médailles olympiques – la question de l’éthique et de la sécurité doit rester au sommet des priorités. Un sommet que chacun atteindra à son rythme, mais avec un impératif : y arriver ensemble, et en sécurité.
- Seb Berthe sur le Dawn Wall : l’épopée du bout des doigts
Grimper, c’est autant une affaire de trajectoire que de sommet. Certains se contentent de collectionner les croix, d’autres tissent une histoire avec chaque prise. Seb Berthe appartient à la catégorie des grimpeurs qui considèrent que le chemin compte autant que la ligne, et que la performance, aussi exceptionnelle soit-elle, ne suffit pas si elle n’a pas de sens . © Chris Natalie Le 31 janvier 2025, après quatorze jours suspendu sur la Dawn Wall, il s’est hissé au sommet d’El Capitan, achevant l’un des défis les plus exigeants de l’histoire de l’escalade. Un exploit d’autant plus remarquable qu’il ne se résume pas à ces deux semaines de lutte verticale. Il avait commencé bien avant, quelque part sur l’Atlantique, quand Seb et son équipe ont embarqué sur un voilier pour traverser l’océan, refusant de céder à la facilité du transport aérien . « L’intention reste inchangée : se rendre en Amérique et au Yosemite en boycottant le transport aérien pour des raisons claires d’écologie et de justice sociale. » Une manière de rester fidèle à ses convictions, quitte à allonger le voyage et à arriver au pied du mur avec une fatigue en héritage. Mais à quoi bon grimper si ce n’est pas pour aller jusqu’au bout de sa logique ? 900 mètres d’obsession Le Dawn Wall ne se laisse pas conquérir. 900 mètres de granite impassible, 32 longueurs, 19 au-delà du 7c+, deux crux en 9a. Un défi qui, en 2015, avait demandé à Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson sept ans d’efforts acharnés avant qu’ils ne parviennent à en signer la première ascension. Depuis, peu s’y sont frottés, et encore moins l’ont domptée. Seb, lui, avait déjà tenté sa chance en 2022 . Mais la paroi n’était pas prête à lui céder quoi que ce soit. « La quête des solutions pour venir à bout de ces longueurs me hante jour et nuit : quels sont les chaussons à utiliser ? Comment se placer au mieux pour faire tel ou tel mouvement ? Comment gérer ma peau ? » Deux ans plus tard, il revient, mieux préparé, mais sans aucune garantie. Rien n’a changé sur cette paroi, et surtout pas son exigence. L’équilibre fragile entre ténacité et acharnement Dès les premiers jours, les signes sont mauvais. Le corps encaisse avant même que l’escalade ne commence. Hissant 130 kilos de matériel en solo jusqu’au camp portaledge, il se bloque le bas du dos. Impossible de grimper sans douleur. « J’ai une grosse douleur au niveau des lombaires dans n’importe quel mouvement... Il me faut 4 jours de repos. » Quatre jours suspendu entre frustration et résignation, alors que la météo dicte son tempo et que le créneau d’ascension commence déjà à se refermer. Il pourrait attendre, temporiser, mais la fenêtre est trop belle pour être ignorée. Le mur n’attendra pas. Dès les premières longueurs, le combat dépasse la simple grimpe. Il faut remonter sur des centaines de mètres de cordes, hisser des sacs dans un équilibre précaire, gérer la fatigue qui s’installe, le froid glaçant la nuit, le soleil brûlant le jour. La peau s’use plus vite que les forces ne se régénèrent. Les zipettes se succèdent. Arrive alors la longueur 14, un 9a vicieux et précaire, celui-là même qui lui avait coûté sa tentative précédente. Il tombe. Une fois, deux fois, dix fois. « Je m’élance dans le crux 3 avec envie, je n’ai rien à perdre. (...) Je fais le grand mouv, puis le suivant et encore le suivant. Mon pied reste en place. Je m’apprête à aller chercher le bac final... Ça y est ! J’ai enchaîné la 14 ! Sous la neige ! » Ce que la chaleur du jour lui avait refusé, la tempête de neige l’a laissé passer. Un basculement d’équilibre aussi arbitraire que l’escalade elle-même. Le tic-tac du compte à rebours Loin d’être un point final, cette victoire marque le début d’une autre urgence. La tempête approche, et si la pluie s’abat avant qu’il n’ait atteint le sommet, la voie deviendra impraticable pendant une semaine. « Il me reste 2 jours et une nuit de grimpe pour enchaîner les 5 dernières longueurs dures et les 11 longueurs finales un peu plus faciles. » La notion de difficulté devient relative quand chaque geste coûte plus qu’il ne rapporte. Six doigts en sang, des orteils sans circulation, un corps qui ne répond plus qu’à la force de l’habitude. Il grimpe, non plus pour enchaîner, mais pour tenir, pour avancer, pour ne pas céder. Une nuit blanche pour tout finir À 2h du matin, il atteint Ship Bow , dernier point de repos. Plus de force, plus de lucidité, mais pas d’autre option que d’avancer. « Je dois me battre à chaque relais, j’ai l’impression que je vais m’évanouir, ou vomir. » Le sommet est là, à une poignée de longueurs. À l’aube, il s’élève une dernière fois, dans un état second, le corps en miettes, la tête ailleurs. « Je grimpe la dernière longueur rapidement, dans un état second. Je me rétablis au sommet à 8h. Victoire ! » Il pourrait savourer. Il pourrait crier, laisser éclater la joie. Mais il n’y a plus d’énergie pour ça. Juste une lassitude immense et un mur enfin derrière lui. Un sommet ne suffit pas Ranger cette ascension dans la catégorie des performances sportives serait réducteur. Seb Berthe ne grimpe pas uniquement pour empiler des records. Sur le sommet, il déploie une bannière : "El Cap climbers against Fascism" Le message est clair. L’escalade ne vit pas hors du monde. « Le silence est complice, la résistance est un devoir. Le fascisme ne se résume pas à des discours haineux : il est aussi dans les violences policières, les discriminations racistes et systémiques, les attaques contre les droits des femmes et des minorités de genre. » L’escalade a longtemps voulu croire qu’elle était apolitique , qu’elle pouvait rester neutre. Elle ne l’est pas. Aucun espace ne l’est. Un mur, un combat, une trajectoire Seb Berthe a signé l’une des ascensions les plus dures de l’histoire. Il aurait pu s’arrêter là, savourer son exploit, se fondre dans la tradition du grimpeur discret. Mais grimper, pour lui, ce n’est pas qu’une affaire de lignes et de chiffres. C’est une trajectoire. Un mur à gravir, certes, mais aussi une position à prendre. Et quitte à laisser une trace, autant qu’elle compte.
- Anaïs Bricheux, la chirurgienne textile qui rafistole la montagne
Dans la roulotte Worn Wear, ça sent le tissu usé et la colle à textile. La machine à coudre crache un claquement sec. Anaïs, assise derrière son établi improvisé, lève à peine les yeux. Concentrée. Une veste en souffrance entre les mains, elle tire le fil, suture le tissu. Au début, elle reste en retrait, cachée derrière son travail. On sent qu’elle préfère laisser parler ses mains plutôt que les mots. Puis, à force de tirer sur le fil des souvenirs, elle se détend. Et là, le tissu se relâche. L’histoire se déroule, les anecdotes sortent. Sa trajectoire, ses doutes, ses kilomètres avalés avec la roulotte Patagonia. Et on comprend vite qu’Anaïs ne se contente pas de réparer des vêtements . Elle rafistole des histoires, elle prolonge des vies textiles. © Vertige Media De la com’ aux aiguilles : recoudre sa propre trajectoire Anaïs n’a pas toujours été couturière. Avant, elle a tenté la communication. Un BTS, des concepts, des stratégies de marque bien ficelées. Et puis, rapidement, le textile l’a rattrapée. « J’avais besoin d’un métier qui se touche, qui se voit, qui se ressent. » Alors, elle part. Canada, Nouvelle-Zélande, quelques détours en quête de soi. L’itinérance lui colle à la peau, mais il faut bien rentrer . Là, elle se souvient des mains de sa mère et de sa grand-mère, celles qui cousaient avant elle. Pourquoi pas elle ? Elle passe un CAP Couture, monte son atelier. Six mois plus tard, elle croise la route de Patagonia . Un hasard cousu main. La marque cherche une couturière pour accompagner sa roulotte. Elle embarque. Neuf ans plus tard, elle est toujours sur la route. ICE Climbing Écrins : rafistoler plutôt que remplacer Cette semaine, c’est sur l’ICE Climbing Écrins qu’elle a posé ses bobines de fil. La roulotte Worn Wear est là, plantée sur le village du festival. Dedans, c’est une fourmilière textile : vestes éventrées, pantalons en fin de course, zips fatigués. 75 réparations en deux après-midis. Un marathon du fil et de l’aiguille. « Si j’atteins les 110 en trois jours, je suis contente. C’est mon petit record perso. » Nous, on s’installe à côté. On la regarde faire. Son travail est précis, rapide, mécanique. Mais au fil des échanges, on comprend qu’il y a bien plus que du tissu dans ce métier-là. © Vertige Media Doudounes tatouées et vestes pleines de cicatrices Le tissu, c’est un carnet de voyage. Chaque accroc, une histoire. Mais en France, on aime les souvenirs discrets. « Les gens veulent des réparations invisibles. Moi, j’aimerais qu’on assume les cicatrices des vêtements. Du jaune, du bleu turquoise, du orange… Un patchwork d’aventures ! » Parfois, il y en a qui osent. Comme ce type qui lui laisse une doudoune jaune en lui disant de s’amuser. Elle improvise. Des bandes multicolores sur les manches, un patchwork joyeux. Une réparation qui se voit, qui revendique l’accroc. Quatre ans plus tard, en Bretagne, la roulotte Worn Wear s’arrête sur un autre événement. Au milieu de la foule, un visage familier. Un homme s’approche, sourire en coin, et tend la même doudoune : « Anaïs, c’est toi qui as fait ça, non ? » Elle reconnaît son travail avant même de lever les yeux. Elle l’avait presque oubliée, cette veste. Lui, non. Il la porte toujours, rafistolée mais fière, avec ses couleurs vives et ses cicatrices assumées. « Ça, c’est un vrai kif. Voir que ce que tu fais dure et que ça compte pour quelqu’un. » Dans la roulotte, pendant qu’elle nous parle, ses mains continuent de travailler. Un pantalon suture après suture, une veste recousue sans même qu’elle y pense. Le dernier atelier technique du coin ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’Anaïs Bricheux en France. La réparation textile outdoor, surtout sur du Gore-Tex ou du duvet, est un savoir-faire en voie d’extinction . « On doit être cinq en France à bosser proprement sur du Gore-Tex. Et pourtant, la demande explose. » Elle le sait, elle est précieuse. Et elle bosse beaucoup. Entre son atelier à Chamonix et les tournées Worn Wear, elle gère 80 à 100 vêtements par mois . Patagonia l’a même recrutée pour gérer tout le SAV du magasin de Chamonix, l’un des plus gros centres de réparation textile outdoor en Europe. © Vertige Media Un rêve américain et une route encore longue Anaïs n’a pas prévu de raccrocher ses ciseaux. Son rêve ? Faire la tournée Patagonia aux États-Unis, là où tout a commencé. « Il faut que je me penche sur la question, mais ça trotte dans ma tête. » Elle sourit. Elle n’est plus la même que lorsqu’on est entrés dans la roulotte. Plus détendue, plus à l’aise. Comme si, en parlant d’elle, elle avait recousu son propre parcours sous nos yeux. On la laisse continuer. Il y a encore des vestes à sauver, des souvenirs à réparer. Parce qu’un bon vêtement, c’est comme une belle histoire : ça mérite toujours une deuxième chance.
- Avalanches en cascade de glace : quand l’expérience trompe la vigilance
En montagne, on aime croire que l’expérience protège. Qu’en analysant les conditions, en choisissant le bon spot, en suivant les autres, on limite les risques. Mais parfois, c’est précisément ce qui mène à l’accident. Deux avalanches en cascade de glace, analysées dans la base SERAC , racontent la même histoire : des grimpeurs expérimentés, persuadés d’être en sécurité, piégés par une coulée de neige lourde. Même erreur, même sidération face à une avalanche "improbable". Alors, qu’est-ce qui a mal tourné ? Pourquoi des grimpeurs aguerris ont-ils été surpris par un danger qu’ils pensaient maîtriser ? Décryptage. Crévoux : la confiance qui aveugle 📍 Les faits Cascade des Razis, Hautes-Alpes. Une trentaine de grimpeurs sur place. Le Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche (BERA) affiche un niveau 3 sur toutes les expositions, ce qui signifie qu’une avalanche peut se produire relativement facilement. Mais le topo ne signalait qu’un risque de coulée sur l’approche. La cascade, elle, semblait hors de danger. Résultat : personne ne s’inquiète. La glace est bonne, il y a du monde, l’ambiance est top. Quelques purges dans la matinée ? Rien d’alarmant. Une coulée un peu plus grosse vers 14h ? Pas de quoi plier bagage. À 15h, la réalité rattrape tout le monde. Une avalanche de neige lourde se détache des pentes surplombantes et ensevelit deux grimpeurs en quelques secondes. Ils seront dégagés rapidement, par chance, mais avec une leçon amère : "Bordel, on n’a pas pris de DVA, de pelle, ni de sonde. Quelle erreur de débutant." ❌ Les erreurs relevées Aucun DVA, ni pelle, ni sonde → tout le matériel est resté à la voiture, car le spot semblait sûr. L’effet de groupe a pris le dessus → certains ont eu un doute, mais la dynamique collective a poussé à rester. Un manque de recul sur le site → en creusant un peu, ils auraient découvert que ce secteur avait déjà connu des avalanches. Vallon du Diable : la vague qui emporte tout 📍 Les faits Cascade des Hémos à Godo, Isère. Un groupe de grimpeurs se lance sur une voie classique. Les conditions semblent bonnes, la cascade est bien formée, et rien d’alarmant n’a été signalé récemment. Ce qu’ils n’ont pas assez pris en compte ? Des vents violents deux jours plus tôt, qui ont accumulé de la neige instable. Un regel nocturne insuffisant, qui rend la couche fragile. En pleine ascension, le bruit arrive. Un grondement sourd. Une vague blanche s’abat sur eux. L’un des grimpeurs réagit au dernier moment et se plaque sur la paroi. Un autre est frappé de plein fouet, mais son relais tient miraculeusement. Silence. Puis cette question qui glace : "Les autres, ils sont où ?" ❌ Les erreurs relevées Mauvaise lecture du BERA → le vent et le faible regel n’ont pas été pris en compte. Excès de confiance → "Ça passera"… sauf que ça n’est pas passé. Absence de plan B → aucune réflexion sur comment évacuer en cas de purge. Pourquoi ces accidents se répètent ? Ce ne sont pas des cas isolés. L’analyse des récits SERAC et les recherches de la Fondation Petzl montrent que les accidents en montagne suivent souvent le même schéma. 1. L’effet de groupe 👉 9 % des récits SERAC relèvent un biais d’influence sociale. "Tout le monde est là, donc ça doit être safe." 2. La focalisation sur les signaux rassurants 👉 8 % des récits montrent une attention biaisée vers les éléments positifs. "Le soleil tape, la glace est bonne, ça déroule, tout va bien." 3. L’illusion de la sécurité des sites connus 👉 44 % des accidents analysés ont lieu sur des sites réputés "faciles". "Ce secteur est grimpé tous les hivers, il est réputé sûr." Les statistiques de secours en montagne le confirment : les accidents surviennent là où on ne les attend pas, souvent à la descente ou sur des sites sur-fréquentés. Comment éviter de se faire avoir ? Les pistes de prévention ne sont pas nouvelles. Mais elles méritent d’être répétées. 1. Intégrer que les cascades de glace sont des zones avalancheuses Lire et interpréter correctement le BERA, en prenant en compte l’impact du vent et du regel nocturne. Analyser les pentes dominantes : s’il y a des accumulations au-dessus, ça finira forcément par purger. 2. Toujours avoir DVA, pelle et sonde Pas de débat. Et savoir s’en servir : un DVA mal maîtrisé est aussi utile qu’un piolet sans lame. 3. Savoir dire stop, même quand tout semble bien se passer Le vent a soufflé fort il y a deux jours ? Remets en question la stabilité. Il y a eu une coulée plus grosse que les autres ? Ça peut être un dernier avertissement. L’effet de groupe pousse à rester ? Sois celui qui ose dire "on se barre". 4. Partager les retours d’expérience Écrire et lire les récits sur SERAC. Analyser les erreurs des autres pour éviter de les répéter. Conclusion : un apprentissage collectif Ces récits de la base SERAC ne sont pas des histoires isolées. Ils sont des schémas récurrents, qui se répètent année après année. L’expérience et le niveau ne protègent pas de l’accident. La remise en question et l’anticipation, si. Contribuez à la base SERAC , partagez vos récits et participez à la construction d’une intelligence collective sur l’accidentologie en montagne.
- Marion Poitevin : Toujours plus haute, toujours plus forte
Dans la grande cordée de l’alpinisme, il y a ceux qui suivent la trace et celles qui la font. Marion Poitevin, elle, a taillé son propre itinéraire. À coups de crampons bien placés et de barrières explosées, elle est devenue la première femme à poser ses piolets là où on ne l’attendait pas : Groupe militaire de haute montagne, École militaire de haute montagne, CRS Montagne… Autant dire des bastions où l’on serrait plus de mains que l’on n’ouvrait de portes aux femmes. © Vertige Media Mais Marion, plutôt que de demander l’autorisation, a fait comme en montagne : elle a regardé la ligne, trouvé l’itinéraire et mis un pied devant l’autre. Et son histoire, elle la raconte dans "Toujours plus haute" , un album jeunesse qui n’a pas froid aux yeux, parfait pour les gosses qui rêvent d’altitude et les parents qui en ont marre des contes de princesses qui attendent qu’on vienne les sauver. D’ailleurs, on sait que ça fonctionne : pour faire les photos de cet article, il a fallu fouiller dans les lits pour le retrouver, entre un pyjama et un doudou. Preuve que le livre a trouvé sa place. Une gamine qui voulait grimper plus haut que son plafond Tout commence comme un rêve de gosse : un Mont Blanc qui s’invite dans le cadre de la fenêtre, des parents qui l’emmènent crapahuter et une furieuse envie de se frotter à la verticalité. Premiers pas sur un glacier en 1999, premier sommet en 2001, un an aux États-Unis en 2002 avec l’Équipe nationale d’alpinisme féminin. À 17 ans, elle a déjà compris que l’altitude, ça se mérite. Puis tout s’emballe : Pakistan, Inde, Canada, Antarctique… Une expé' après l’autre, un CV qui sent la neige froide et les bivouacs improvisés . En 2008, elle décroche le jackpot : une place au Groupe militaire de haute montagne. Sauf que personne ne l’a attendue avec une médaille et un chocolat chaud. Une femme dans l’équipe ? Le genre de première qui fait grincer des dents. Mais Marion s’en fout. La montagne, c’est pas un club privé. Toujours plus haut, toujours en tête On pourrait croire qu’après ça, elle se repose. Mauvaise lecture du topo. En 2011, elle devient la première instructrice de l’École militaire de haute montagne. Deux ans plus tard, elle passe guide de haute montagne – métier où les femmes se comptent encore sur les doigts d’un gant trois saisons. Puis en 2014, elle signe pour les CRS Montagne, cette élite du secours en haute altitude. Parce que visiblement, l’air de l’ordinaire, ça l’étouffe. Et comme l’altitude n’empêche pas la maternité, elle ajoute deux enfants à l’équation, en 2019 et en 2023. Autant dire que certains auraient trouvé plus facile de grimper sans corde que de gérer un bébé en rentrant d’un secours à 4000 mètres. © Vertige Media Un bouquin qui grimpe dans la bibliothèque Mais "Toujours plus haute", ce n’est pas juste une belle histoire. C’est un pavé lancé dans la mare des clichés . Parce que des héroïnes en littérature jeunesse, il commence à y en avoir. Mais des guides de haute montagne qui dégomment les plafonds de glace, ça court pas les pages. Ce livre, illustré par Cosmo Danchin-Hamard , plonge dans un monde où les montagnes prennent des teintes inattendues, où le soleil peut être rose et les cailloux jaune vif. Un univers graphique aussi lumineux qu’onirique, qui réinvente l’alpinisme loin du noir et blanc des clichés . Ici, pas d’illustrations austères mais une explosion de couleurs qui fait vibrer la verticalité et donne à l’histoire de Marion une intensité visuelle aussi forte que son parcours. Et surtout, un bouquin qui glisse un modèle féminin là où on ne l’attendait pas. Parce que l’alpinisme, ça ne se résume pas à des barbus en collants fluo dans les années 80 . Parce que la montagne, ça n’a jamais été une affaire de genre, mais une question de volonté. Un livre pour celles et ceux qui regardent en l'air Alors si vous cherchez un livre qui change des classiques, qui parle de montagne, de cordée, d’engagement et de liberté, "Toujours plus haute" est fait pour vous. À lire aux enfants, à offrir à celles et ceux qui veulent voir plus grand, à garder sous l’oreiller pour se rappeler que les sommets appartiennent à celles et ceux qui osent les gravir. Editions Dessus Dessous, disponible ici à partir du 05/02/2025 .
- Un mur d’escalade en accès gratuit ? Pittsburgh prouve que c’est possible
Pittsburgh, la ville de l’acier trempé et des Steelers. Là où les usines ont forgé l’Amérique et où le ciel hésite souvent entre le gris acier et le gris anthracite. Pas exactement l’endroit où l’on s’attend à voir un temple du bloc en plein air, libre d’accès et soigné comme une salle privée. Et pourtant, Boyce Bouldering Park est bien là. © Walltopia Sept structures imposantes, plus de 100 blocs du 4 au 7C+, des ouvertures dignes d’une salle privée et une ambition claire : faire grimper tout le monde, sans barrière . Un projet qui aurait dû secouer le petit monde de l’escalade commerciale. Parce qu’en général, une infrastructure publique qui fait du bon boulot, c’est un peu comme un ministre qui cite Bourdieu on sent que la fiche Wikipédia a bien tourné. Le mur qui a failli ne jamais voir le jour À l’origine, Boyce n’aurait pas dû être un parc de bloc. Non, le comté d’Allegheny avait dans ses cartons une tour d’escalade de neuf mètres avec des auto-enrouleurs . Un concept classique, mais qui aurait englouti un budget conséquent en maintenance, pour finir comme ces murs municipaux que personne n’utilise vraiment. Heureusement, Dean Privett, ouvreur et patron de salle, a vu venir le naufrage et a réussi à convaincre les décideurs : le bloc, c’était mieux. Plus accessible, plus économique, et surtout, plus intelligent. Exit la tour à mousquetonner, place aux blocs. Et pas du bloc bricolé au rabais : Walltopia pour la structure, Boulder Solutions pour la conception, et un casting d’ouvreurs solides, dont Chris LoCrasto, ouvreur en Coupe du monde IFSC . Un vrai terrain de jeu, pas un prétexte urbain Les parcs publics regorgent de ces "murs d’initiation" qui tiennent plus du mobilier urbain que d’un vrai spot de grimpe. Boyce n’est pas ça. Sept blocs distincts, plus de 100 lignes du 4 au 7C+, des profils variés, et une réouverture complète deux fois par an . Ici, on ne se contente pas de visser des prises au hasard sur un panneau. Il y a des dalles, du dévers, des volumes qui attirent autant l’œil que les doigts. Un terrain de jeu pour tous, du curieux au mutant. © Walltopia Grimper au cœur d’un hub du mouvement Boyce Bouldering Park n’est pas un îlot. Il s’intègre dans un écosystème où l’on roule, glisse et grimpe. Juste à côté, une piste pour les vélos, un skatepark, des sentiers. Un espace où l’on vient sans plan précis et d’où l’on repart rincé, mais content. Dean Privett voit bien l’effet produit : « Je vois des enfants assis sur les blocs, des familles jouer au football pendant que d’autres grimpent… Et souvent, les parents finissent par se hisser sur le mur eux aussi. » Le genre d’ambiance qu’on ne retrouve que dans les endroits qui respirent la vie. Sécurité et responsabilité : le faux débat Ah, la grande question : et la sécurité alors ? Laisser des gens grimper sans surveillance, c’est pas un coup à voir pleuvoir les entorses ? Non. D’abord, le sol est recouvert de 30 centimètres de copeaux de caoutchouc, les blocs sont limités à 4,5 mètres, et des panneaux rappellent que chacun grimpe sous sa propre responsabilité. Ensuite, soyons sérieux : dans une salle privée, personne ne vous surveille non plus. Pas de filet, pas d’arbitre. Les chutes font partie du jeu. Et surtout, Boyce est un parc public. Aux États-Unis, ce type d’infrastructure bénéficie d’une protection légale qui encadre les risques comme pour les skateparks : c’est " use at your own risk ". Joel Perkovich, architecte paysagiste du projet, assume l’approche : « Il existe déjà des skateparks dans plusieurs parcs de Pittsburgh, et pourtant le skateboard comporte des risques. Nous avons appliqué la même logique à l’escalade. » Dean Privett, lui, tranche avec son franc-parler habituel : « Juste à côté, des skateurs tombent sur du béton. Nous, on parle de chutes de quatre mètres sur du caoutchouc. Ça va aller. » © Walltopia Un problème pour les salles privées ? Ou un tremplin ? Dès qu’un mur gratuit pointe le bout de ses volumes, la question fuse : et les salles privées, elles en pensent quoi ? On pourrait s’attendre à un tollé. Un mur de qualité, en accès libre, à deux pas d’une salle privée ? C’est comme ouvrir un bar à cocktails gratuits devant une brasserie et dire aux patrons de rester cools. Et pourtant, aucune vague à Pittsburgh. Pourquoi ? Parce que Boyce ne vole pas des clients, il crée des grimpeurs. Dean Privett, qui possède lui-même une salle privée, le sait bien : « Quelqu’un découvre l’escalade ici, grimpe pendant un moment, puis vient l’hiver… et il commence à chercher un endroit où continuer. » L’équation est simple : plus il y a de grimpeurs, plus les salles en profitent . Un gamin qui se prend au jeu ici finira par pousser la porte d’une salle d'escalade. L’ennemi, ce n’est pas le mur gratuit. C’est l’absence de culture grimpe . Un débat qui rappelle celui autour de Karma La Villette , la future salle fédérale que la FFME est en train d’ouvrir à Paris. Ici, l’Union des Salles d’Escalade (UDSE) a dénoncé une concurrence déloyale, voyant d’un mauvais œil la fédération entrer sur le marché commercial avec un avantage structurel. Après tensions et négociations, la FFME a dû garantir que Karma fonctionnerait comme une salle privée, avec les mêmes obligations fiscales. Mais au fond, que ce soit à Pittsburgh ou à Paris, le vrai sujet n’est pas la concurrence. C’est la place qu’on veut donner à l’escalade dans l’espace public . Boyce, comme Karma, ne menace pas l’escalade privée. Il la nourrit. Et en France, on pourrait faire pareil ? Pas si simple. En théorie, depuis 2020, la loi protège mieux les gestionnaires d’espaces naturels d’escalade en limitant leur responsabilité. Mais dans les parcs publics, c’est une autre histoire. En France, c’est la collectivité qui est responsable des équipements publics . Le problème, c’est que cette responsabilité est souvent un frein. Là où les Américains appliquent un "grimpez à vos risques et périls", chez nous, les municipalités doivent anticiper, baliser, encadrer, et surtout… couvrir leurs arrières. Résultat ? Très peu de vrais murs en libre accès. Et quand ça existe, c’est souvent pensé comme un décor plus que comme un vrai spot de grimpe. Et pourtant, la demande est là, et elle ne fait qu’augmenter.
- EP Climbing : Nouveau boss, nouveaux enjeux
L’escalade compétitive continue de se structurer, et ça bouge aussi en coulisses. EP Climbing, le mastodonte savoyard des murs et prises d’escalade, change de capitaine . Damien Tatangelo prend la barre et succède à Benoît Beylier à la tête de l’entreprise. Un passage de relais qui tombe à un moment charnière : l’après-Paris 2024 et la montée en puissance vers Los Angeles 2028, où l’escalade fera son retour olympique avec, pour la première fois, une épreuve paralympique . © David Pillet EP Climbing, l’architecte des compétitions internationales Si le grand public connaît les stars du circuit, peu se demandent qui construit leurs terrains de jeu. EP Climbing, fournisseur officiel des Jeux Olympiques de Tokyo et de Paris, vient de prolonger son partenariat avec l’IFSC jusqu’en 2028 . L’entreprise savoyarde, filiale du groupe ABEO, s’est imposée comme un incontournable des compétitions mondiales. Quand un mur de Coupe du Monde sort de terre, il y a de grandes chances qu’il soit siglé EP. Depuis sa création en 1985, EP Climbing a su imposer ses innovations, ses structures modulaires et ses surfaces d’escalade devenues des standards. L’entreprise fait désormais face à une concurrence de plus en plus affûtée, avec des acteurs comme Walltopia, qui lorgnent aussi sur ce marché en pleine expansion . Damien Tatangelo : un stratège à la barre Nouveau patron, mais pas un inconnu. Damien Tatangelo connaît la maison. Après un passage par la Chine au sein du groupe ABEO, il a ensuite pris en charge la politique RSE du groupe avant de prendre la tête d’EP Climbing . Un CV qui peut laisser supposer une accélération vers des structures plus durables et une approche plus responsable, un sujet sur lequel le monde de l’escalade – et du sport en général – est de plus en plus scruté. Son enjeu ? Garder EP Climbing en pole position sur un marché qui ne cesse de croître. D’après un rapport de janvier 2025 , le marché mondial des salles d’escalade, évalué à 3,28 milliards USD en 2024, devrait grimper à 6,68 milliards USD d’ici 2032, avec une croissance annuelle moyenne de 9,3 %. © EP Climbing L’avenir : entre innovation et responsabilité EP Climbing a déjà amorcé un virage écologique en développant des structures et des prises plus respectueuses de l’environnement. Damien Tatangelo devra sans doute accélérer la cadence, car les salles d’escalade et les organisateurs d’événements sont en quête de solutions pour réduire leur empreinte carbone. D’ici Los Angeles 2028, l’entreprise aura l’occasion de façonner l’image future de l’escalade de compétition. L’arrivée de l’épreuve paralympique est une étape clé dans l’inclusivité du sport, et EP Climbing pourrait bien jouer un rôle central dans la conception de ces infrastructures adaptées. Derrière cette nomination, c’est tout l’écosystème de l’escalade compétitive qui continue de se structurer. De discipline confidentielle à sport olympique en moins de vingt ans, la grimpe s’institutionnalise. Pour EP Climbing, le défi sera d’être à la hauteur, à la fois sur l’innovation, l’impact environnemental et la capacité à répondre aux nouvelles exigences du marché. Les murs sont là pour être grimpés, mais encore faut-il qu’ils tiennent la distance.` Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.












