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- Sport Climbing Australia recrute son premier CEO : un tournant pour l’escalade australienne
L’escalade en Australie est à un tournant décisif. Sport Climbing Australia (SCA), l’organe directeur de la discipline, vient d’annoncer le recrutement de son premier Chief Executive Officer (CEO), un signe clair de sa volonté de professionnaliser sa structure et d’accompagner la montée en puissance du sport sur le continent . © David Pillet Jusqu’à présent, SCA fonctionnait avec une gouvernance associative, portée par des bénévoles et des passionnés. L’arrivée d’un dirigeant exécutif à plein temps marque une transition vers un modèle plus structuré , aligné avec les fédérations sportives majeures. Une évolution qui pourrait attirer davantage de financements, faciliter l’organisation de compétitions internationales et renforcer le rôle de l’Australie sur la scène mondiale. Un sport en plein boom L’escalade connaît une croissance fulgurante en Australie. En sept ans, le nombre de compétiteurs inscrits auprès de SCA a triplé , illustrant un engouement aussi bien au niveau amateur que professionnel. Un développement renforcé par la multiplication des salles de bloc et des infrastructures dédiées, ainsi que par l'effet de levier des Jeux Olympiques, qui ont offert une visibilité sans précédent à la discipline. Mais cette montée en puissance ne se fait pas sans défis. Les enjeux du futur CEO Le ou la futur(e) CEO de Sport Climbing Australia devra jongler entre plusieurs défis majeurs : L’accès et la préservation des sites naturels : Avec la hausse du nombre de grimpeurs, la question de l’impact environnemental se pose. Des sites emblématiques comme le mont Arapiles ont été partiellement fermés en raison de préoccupations écologiques et culturelles . Il s’agira de trouver un équilibre entre préservation et accès à la pratique. Le respect des sites sacrés autochtones : L’interdiction d’escalader Uluru en 2019 a mis en lumière la nécessité d’intégrer pleinement les communautés aborigènes aux discussions sur le développement de la discipline. Un sujet sensible qui implique de repenser la relation entre l’escalade et les traditions culturelles locales. La structuration d’un parcours vers le haut niveau : Si des grimpeurs australiens comme Angie Scarth-Johnson commencent à s’imposer sur la scène internationale, la fédération doit encore bâtir un véritable écosystème de formation et de détection pour accompagner les jeunes talents. L’organisation d’événements d’envergure : Avec l'augmentation du nombre de pratiquants, l’Australie pourrait devenir un acteur clé dans l’accueil de compétitions internationales. Mais cela implique de disposer d’une structure capable de répondre aux exigences de la Fédération internationale d’escalade (IFSC) et des standards olympiques. Un modèle en évolution Le recrutement d’un CEO pour SCA s’inscrit dans une tendance globale de professionnalisation des fédérations émergentes. L’objectif : ✔️ Assurer une gestion plus efficace ✔️ Sécuriser des financements et partenariats ✔️ Structurer une vision à long terme pour le développement du sport Une dynamique qui rappelle l'évolution d'autres disciplines qui, après un boom initial, ont dû s'organiser pour franchir un cap. L’escalade australienne à la croisée des chemins Cette nomination ne sera pas anodine. Le futur CEO de SCA devra composer avec des enjeux sportifs, économiques et environnementaux, tout en veillant à conserver l’ADN de la discipline. Entre attractivité commerciale, préservation des sites et montée en puissance du haut niveau, l’Australie est en passe de devenir un acteur clé de l’escalade mondiale. Reste à voir si cette ambition sera suffisamment bien encordée pour résister aux défis à venir. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.
- Pourquoi la sécurité en escalade est un acte social
Dans un sport où la gravité n'est pas vraiment qu’une métaphore, comment rester souple sur la sécurité ? Réponse : en la considérant comme un acte social. Accrochez-vous, on vous explique. Ça a l'air d'être l'éclate ce petit cours de noeuds Dans une salle comme en falaises, les fondements de la confiance se construisent sur un subtil équilibre entre gestes millimétrés et intelligence situationnelle. Dans une situation où on vous demande de faire un nœud de chaise et basta : c’est un geste mais il n’est doté d’aucune intelligence. La plupart des grimpeurs expérimentés vous le diront : les nœuds et les consignes de sécurité s'apprennent d’abord dans un contexte et portent en elles, comme pas mal de choses dans la vie, un certain sens . Ce sens va vous donner la bonne direction pour nouer deux brins comme il vous expliquera la raison pour laquelle on a choisi le nœud de huit pour vous envoyer en l’air. Nous avons une conviction forte : ce sont ces mises en perspective qui construisent l’intelligence situationnelle. La preuve par trois conseils hyper smart. Relire Jean-Jacques Rousseau Si quelqu’un vous demande de faire un nœud de chaise - « vas-y pour voir » - à l’entrée d’une salle d’escalade sans vous expliquer pourquoi, il vous met au défi. C’est le meilleur moment pour tourner les talons et changer d’enseigne. Vous l’aurez compris, la pédagogie est la première condition de l’apprentissage de la sécurité. Si celui ou celle qui vous la prodigue n’a pas d’intelligence situationnelle, l’acte social perd tout son sens et vous aurez vite fait de faire vos gestes de sécurité dans l’inconfort. Et donc, de vous mettre en danger. Nous avons vite fait de considérer que la confiance doit s’obtenir de celui ou celle qui possède l’expérience. C’est un biais cognitif . La confiance se gagne aussi par celle que votre expert·e, quel·le qu’il/elle soit, doit dégager. On est pas si loin du contrat social cher à Jean-Jacques Rousseau , les amis. Même débutant, vous êtes en droit de réclamer un minimum de cadre pour ne pas assurer votre partenaire en faisant de l'eczéma. Réapprendre à s’aimer (pour la vie) En escalade, la sécurité s'articule autour de points clés qui, mis bout à bout, forment une chaîne aussi solide que le mental d’ Alex Honnold . Du nœud à la position de l'assureur, chaque élément fait l'objet d'une vérification systématique. Et dites-vous que ça, c’est pour la vie. Quand on parle de contrôle, la grimpe a ceci de merveilleux que rien ne devient inconscient. Avec l’expérience, beaucoup de sportifs intègrent de manière instinctive leurs propriétés préventives. En escalade, c’est impossible. Nous avons vite fait de considérer que la confiance doit s’obtenir de celui ou celle qui possède l’expérience. C’est un biais cognitif C’est la raison pour laquelle vous verrez des cordées de 20 ans d’expérience contrôler le nœud de huit ou le mousqueton de leur partenaire à chaque ascension. Comme vous avez la vie de votre pote entre les mains, la grimpe vous force à déclarer systématiquement l’acte social que vous avez parachevé à vos débuts. Et si on trempait notre plume dans la rose, on dirait même que c’est un des rares sports qui permet de se jurer fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Protéger l’épanouissement Par définition, un acte est ce que vous en faite. S’il est « l a manifestation concrète de l'activité volontaire de quelqu'un » - merci le Larousse - alors soyez volontaire et régalez-vous. Les consignes et les protocoles pullulent sur les lieux de grimpe, inutile de vous resservir une checklist tiédasse de contraintes. Si l’on considère la sécurité en escalade comme un acte social, c’est aussi parce que nous sommes persuadés qu’il faut développer une culture de la prévention positive . Souvenez-vous la tête de noeud qui vous intimide avec sa corde, et bien nous sommes convaincus qu’il fait autant de mal à la poursuite de votre pratique qu’un règlement intérieur. On souffre tellement d’appropriation individualiste de compétence que, par pitié, si vous savez quelque chose : partagez-le Une fois que vous aurez bien intégré les basiques de l’assurage, n’hésitez pas à remettre votre savoir dans les mains de la cordée d'à-côté, tout comme à vous inspirer de celle peut-être plus expérimentée du couloir d’en face. C’est aussi, l’intelligence situationnelle : il suffit de tourner la tête. On souffre tellement d’appropriation individualiste de compétence que, par pitié, si vous savez quelque chose : partagez-le. On n'a jamais entendu quelqu’un se plaindre d’avoir aider les autres. Surtout quand il s’agit de sauver des vies.
- Elnaz Rekabi quitte l’Iran : la liberté, à bout de bras
Certains départs sont bruyants, d’autres se font en silence. Celui d’Elnaz Rekabi, lui, résonne entre les murs d’un pays qui a voulu la garder captive et les parois qu’elle grimpe depuis toujours pour aller voir plus haut. Son frère, Davood Rekabi, a lâché l’information sur Instagram , avec un message aussi sobre que lourd de sens : « La Terre est ta maison, pars et brille ! Si seulement l'Iran était un meilleur endroit pour toi, nous n’aurions pas à porter le poids de cette séparation sur nos cœurs. » Le poids des adieux, le poids des regrets, mais surtout celui d’une décision inévitable. Quitter l’Iran, pour continuer à grimper sans entraves . © IFSC Le point de rupture : Séoul, 2022 On l’avait quittée sous les projecteurs en octobre 2022, aux Championnats d’Asie à Séoul. Une grimpeuse, un mur, et surtout pas de hijab . Une image devenue virale en pleine révolte iranienne après la mort de Mahsa Amini. Un oubli, dira-t-elle plus tard. Officiellement. Officieusement, tout le monde sait que les gestes qui marquent l’histoire sont rarement accidentels. À son retour en Iran, la foule l’accueille en héroïne . Mais derrière les caméras, c’est un autre comité qui l’attend. Interrogatoires, confiscation de passeport, surveillance constante. On la pousse à enregistrer une vidéo où elle explique que tout cela n’était qu’une erreur , qu’elle n’a pas voulu braver les règles. Personne n’y croit. Début 2024, le Comité International Olympique la nomme "Athlete Role Model" pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 . Son rôle : inspirer les jeunes grimpeurs, partager son expérience et incarner les valeurs olympiques. Un choix qui n’a rien d’anodin. C’est Marco Scolaris, président de l’IFSC , qui propose son nom, validé par Thomas Bach, président du CIO. Une manière de reconnaître son impact dans le monde de l’escalade, bien au-delà des podiums. L’illusion d’une liberté sous contrôle Elnaz reprend le chemin des entraînements, mais les portes se ferment une à une. Ses déplacements à l’étranger sont limités, sa carrière devient une impasse. Et pour bien marquer le coup, les autorités rasent la maison familiale . Un hasard administratif, paraît-il. En Iran, le sport est une vitrine, et les athlètes, des ambassadeurs. À condition qu’ils ne pensent pas trop, qu’ils ne s’écartent pas du cadre. Mais Elnaz ne rentre pas dans le moule. Trop talentueuse pour être ignorée, trop indépendante pour être contrôlée. Un exil qui n’est pas un cas isolé Le destin d’Elnaz Rekabi rappelle celui d’autres champions iraniens avant elle . Kimia Alizadeh, médaillée olympique en taekwondo, qui a trouvé refuge en Allemagne. Saeid Mollaei, champion du monde de judo, qui a fui après avoir refusé de se soumettre aux consignes du régime sur les affrontements avec des adversaires israéliens. Vahid Sarlak, Shaghayegh Bapiri, et tant d’autres. Le schéma est toujours le même : devenir une fierté nationale… puis un problème à gérer . Ce scénario-là commence même à intéresser le cinéma. En 2024, la réalisatrice iranienne exilée Zar Amir Ebrahimi co-réalisait Tatami avec l’Israélien Guy Nattiv. Un film sur une judokate forcée d’abandonner une compétition sous pression du régime. Et maintenant ? On ne sait pas encore où Elnaz Rekabi a posé ses valises. L’Europe, l’Amérique du Nord ? Peu importe, tant qu’elle peut grimper sans chaînes. Le régime iranien voulait l’empêcher de partir. Mais à force de vouloir lui couper les ailes, il lui a donné une raison de s’envoler.
- 25 000 $ pour aller se perdre en haute altitude
Chaque année, l’American Alpine Club ouvre son portefeuille pour financer ceux qui n’aiment rien tant que se perdre là où Google Maps ne sait plus quoi répondre. La Cutting Edge Grant , c’est le petit coup de pouce de 25 000 dollars pour cinq expéditions qui ont décidé que les cartes étaient faites pour être redessinées et que l’inconnu méritait d’être sculpté par des crampons bien affûtés. © American Alpine Club Pour décrocher le pactole ? Du terrain vierge, des faces qui donnent le vertige rien qu’en les regardant en photo et une éthique aux petits oignons : style léger, respect de l’environnement et une bonne dose de masochisme montagnard. Ils partent, et nous on va suivre Vitaliy Musiyenko, 6 000 $ en poche, part gratter un bout de l’Himalaya indien , plus précisément la face sud-ouest du Kishtwar Shivling (6 000 m). Ce sommet, aussi confidentiel qu’un bon spot de bloc hors topo, n’a vu son point culminant atteint qu’une seule fois. Il sera accompagné de Sean McLane, et si la météo et leurs mollets sont d’accord, ils pousseront jusqu’à un second sommet encore jamais gravi. Parce qu’après tout, quand on est là-haut, autant rentabiliser l’expédition. Michael Hutchins, lui, s’attaque à Rimo III (7 233 m), une face sud-ouest de 1 600 m encore inexplorée dans l’est du Karakoram indien . Pour l’épauler, une équipe qui ferait baver n’importe quel amateur d’alpinisme extrême : Chris Wright (Piolet d’Or en 2020 pour son ascension du Link Sar) et Stefano Ragazzo, connu pour avoir auto-assuré en solo Eternal Flame sur la Nameless Tower au Pakistan. Wright avait repéré les sommets du Rimo en 2012 et il lui aura fallu 13 ans pour transformer un coup d’œil en expédition. On appelle ça la patience… ou l’obsession. 6 000 $ pour aller voir de plus près. Tad McCrea, lui, vise le Latok III (6 949 m), un sommet où les tentatives sont nombreuses, mais les succès plutôt rares. Le plan ? Gravir le pilier sud-est depuis le glacier Choktoi , un itinéraire que personne n’a encore osé signer. En 2024, Jon Giffin et Thomas Huber l’avaient tenté avec lui, mais la montagne leur avait gentiment suggéré de redescendre avant que la météo ne se charge du rappel forcé. Deuxième manche, avec 4 000 $ pour y retourner et voir si cette fois, ça passe. Zach Lovell, 4 000 $ en main, vise une nouvelle ligne sur le Dorje Lhakpa (6 966 m), un sommet du Jugal Himal à 55 km au nord-est de Katmandou . Avec Japhy Dhungana et Joseph Hobby, ils vont aligner 1 000 m d’escalade technique entre 5 900 et 6 900 m. Dhungana et Lovell avaient déjà ouvert leur première voie alpine ensemble au Népal il y a quelques années, et voilà qu’ils remettent ça, façon madeleine de Proust, avec un retour aux sources pour Dhungana dans son pays natal. Ethan Berman, enfin, s’attaque à la "hidden" pillar de l’Ultar Sar (7 388 m) dans le Karakoram pakistanais . Une ligne qui aligne 3 000 m de verticalité, avec 1 500 m de neige et de glace pour l’échauffement, puis 1 500 m de pur rocher qui fend le ciel jusqu’au sommet. En 2024, Maarten van Haeren, Sebastian Pelletti et Berman ont tenté leur chance, atteignant 6 000 m avant que les conditions ne leur rappellent que, parfois, la montagne a d’autres plans. Trois tentatives, trois demi-tours, et maintenant 5 000 $ pour retenter le coup, avec une meilleure connaissance du terrain et, espérons-le, un peu plus de chance. La Cutting Edge Grant : 100 ans de coups de piolet Si ces cinq équipes ont pu rafler leur part des 25 000 dollars, c’est grâce à une subvention qui n’est pas née de la dernière tempête de neige. Depuis 1925, l’American Alpine Club finance ceux qui tracent de nouvelles lignes sur les cartes et dans l’histoire de l’alpinisme. On lui doit des explorations majeures, comme la première ascension du mont Logan en 1925, l’exploration du Karakoram en 1938 ou encore la première de la face Rupal du Nanga Parbat en 2006. Aujourd’hui, la Cutting Edge Grant, soutenue par Black Diamond, perpétue cette tradition en finançant les alpinistes les plus ambitieux. Mais attention, le chèque ne se décroche pas en cochant quelques cases. Les critères ? Un objectif digne de figurer dans l’histoire : sommets vierges, premières ascensions en libre, itinéraires encore jamais gravis. Une expérience à la hauteur : il faut pouvoir justifier d’un CV montagnard solide. Un engagement environnemental : style léger, minimum d’impact, leave-no-trace. Chaque année, les candidatures s’ouvrent du 1ᵉʳ octobre au 31 décembre, avant que les heureux élus ne soient annoncés en janvier. Ensuite, c’est à eux de jouer : un trip report, des images, et parfois une conférence pour partager leur expérience. L’inconnu, c’est une promesse Une subvention, cinq équipes, un objectif commun : ajouter quelques nouvelles lignes sur les cartes et ramener des histoires à raconter. Parce que si l’inconnu fait peur à certains, pour eux, c’est surtout une promesse.
- Résultats de l’étude : Qui sont vraiment les grimpeurs en France ?
L’escalade n’est plus un sport de niche. Fini le temps où seuls quelques passionnés s’acharnaient sur des falaises isolées ou des pans bricolés dans des garages humides. Aujourd’hui, les salles sont pleines à craquer, les néo-grimpeurs débarquent en masse, et l’escalade devient presque un phénomène de société. Mais au-delà des impressions et des tendances visibles sur Instagram, qui sont vraiment les grimpeurs en France ? Combien grimpent régulièrement ? Quels sont leurs critères pour choisir une salle ? Pourquoi certains ne passent-ils jamais au rocher ? Chez Vertige Media, on a voulu aller au-delà des clichés et poser des vraies questions. Alors, on a lancé la plus grande enquête jamais réalisée sur la communauté des grimpeurs en France , avec un chiffre qui parle de lui-même : 15 276 répondants, issus de 253 salles . Des statistiques, du concret, du vrai , pour dresser un portrait fidèle et précis de ceux qui remplissent les salles et occupent les falaises. Et autant te dire que certains résultats vont en surprendre plus d’un. Le boom des néo-grimpeurs et la salle comme terrain de jeu principal Ce n’est plus une intuition, c’est un fait : l’escalade attire toujours plus de monde. Un grimpeur sur trois (32,8 %) a moins de deux ans d’expérience. Autrement dit, le renouvellement est constant, et une grande partie des pratiquants actuels découvrent encore les subtilités du sport . Mais la vraie question, c’est combien d’entre eux resteront sur le long terme. Et s’ils sont nombreux à se mettre à l’escalade, leur terrain de jeu favori est sans appel : la salle. On pourrait croire que tout grimpeur a, à un moment ou un autre, mis les pieds sur du rocher, mais non : 25,2 % des grimpeurs ne grimpent jamais dehors. Pour eux, l’escalade, c’est des tapis bien moelleux, des volumes colorés et une ambiance musicale calibrée pour la motivation. Alors, est-ce que l’escalade est en train de devenir un sport purement indoor ? La question mérite d’être posée. Près de la moitié (48,5 %) des grimpeurs interrogés vont en extérieur de façon occasionnelle , mais seuls 26,2 % grimpent régulièrement dehors. La falaise reste donc une pratique minoritaire, même si elle continue d’attirer une partie des pratiquants. Mais que ce soit en intérieur ou en extérieur, les grimpeurs sont assidus . Plus de 60 % d’entre eux vont en salle au moins deux fois par semaine. Loin du simple hobby, l’escalade devient une véritable habitude, un sport qui s’intègre dans le quotidien. La question pour les salles est donc comment fidéliser ces pratiquants qui reviennent encore et encore . Une étude pour comprendre, et anticiper Ce genre de chiffres, on ne les sort pas d’un chapeau. Cette étude a été menée dans le cadre de l’événement " Best Place To Climb 2024 " , avec un questionnaire détaillé auquel ont répondu plus de 15 000 grimpeurs , couvrant toutes les tranches d’âge, tous les niveaux et l'ensemble du territoire. L’idée n’était pas simplement de collecter des données, mais d’analyser en profondeur les tendances actuelles , d’identifier les évolutions de la pratique, et surtout d’aider les grimpeurs, les salles et les marques à mieux comprendre les attentes et les usages. On a exploré des questions essentielles : Qui sont les grimpeurs aujourd’hui ? Leur âge, leur genre, leur ancienneté dans la pratique. Salle vs extérieur : pourquoi tant de grimpeurs restent exclusivement en indoor ? Qu’est-ce qui fait une "bonne" salle ? Quels critères sont les plus importants pour les grimpeurs ? Qui sont vraiment les neo-grimpeurs et quelles sont leurs habitudes ? Le but n’est pas juste d’avoir des chiffres. C’est de mieux comprendre la grimpe d’aujourd’hui pour imaginer celle de demain. Télécharge l’étude complète et plonge dans les tendances On pourrait continuer à aligner les stats, mais le mieux, c’est encore que tu les découvres par toi-même. L’étude complète est disponible dès maintenant , avec toutes les données sur les grimpeurs en France. 📥 Télécharge l’étude ici Une série d’articles pour décrypter les résultats Et pour aller encore plus loin, on ne va pas s’arrêter là . Plutôt que de tout balancer d’un coup, on va publier une série d’articles pour explorer chaque point clé de l’étude, avec des analyses inédites et des mises en perspective poussées . 📍 Qui sont les grimpeurs en France en 2025 ? – Le portrait détaillé des pratiquants 📍 Salle vs extérieur : la falaise en déclin ? – Décryptage d’une transformation en cours 📍 Les néo-grimpeurs : coup de boost ou effet de mode ? – Qui sont-ils et comment les fidéliser ? 📍 Pourquoi les femmes grimpent-elles moins en extérieur ? – Un sujet sensible, mais essentiel Le premier article arrive dès la semaine prochaine, mais en attendant, télécharge l’étude complète et plonge dans les tendances de la grimpe en France.
- L’escalade : le sport que les séniors n’attendaient pas
On pourrait croire que l’escalade est une affaire de jeunesse. Des muscles toniques, des corps souples, une agilité insolente. Un terrain de jeu réservé à ceux qui bondissent d’une prise à l’autre avec l’insouciance de leur vingtaine. Et puis, il y aurait un âge où l’on devrait se ranger, troquer l’adrénaline contre des promenades digestives et des cours d’aquagym. Foutaises. L’escalade pourrait bien être l’un des secrets les mieux gardés du vieillissement en pleine forme . Un sport qui muscle, équilibre, stimule le mental et coche toutes les cases d’une longévité active. Encore faut-il oser et pouvoir se lancer. Car soyons honnêtes : quand on n’a jamais grimpé de sa vie, un mur d’escalade peut ressembler à une falaise infranchissable. C’est précisément là qu’intervient le Footing Vertical™ . L’escalade : un antidote au vieillissement que personne n’avait vu venir Sur les murs des salles d’escalade, on croise parfois une silhouette qui détonne. Un grimpeur aux cheveux grisonnants, qui avance sur la paroi avec une aisance troublante. Là où les jeunes enchaînent des mouvements saccadés, lui place ses pieds avec la précision d’un horloger, ajuste son poids sans effort apparent, glisse sur la paroi plus qu’il ne la conquiert. Pas de précipitation, pas de force inutile. Tout est question de placement, de coordination, d’intelligence du mouvement. Alors non, on ne va pas vous encourager à envoyer votre grand-mère en solo sur El Capitan. Mais un mur d’escalade en salle, avec un dispositif pensé pour accompagner chaque grimpeur selon ses capacités ? Là, on parle. Footing Vertical™ : grimper en toute confiance, progresser en toute autonomie Micka et Bassa Mawem connaissent mieux que quiconque les bienfaits de l’escalade . Après une carrière en compétition, ils auraient pu se contenter de savourer leur statut de légendes. Mais rester immobiles ? Très peu pour eux. Leur ambition aujourd’hui : ouvrir l’escalade au plus grand nombre . Le Footing Vertical™ est né de cette vision. Ce système ingénieux libère la grimpe de ses contraintes. Plus besoin de quelqu’un pour assurer : un peu comme un enrouleur automatique mais en plus intelligent, qui déleste le grimpeur, lui enlevant une partie de son poids pour faciliter la montée . Imaginez grimper avec 50, 80, voire 120 kg en moins : l’effort est allégé, les mouvements deviennent plus fluides et accessibles, tout en conservant les sensations et les bienfaits de l’escalade. Contrairement aux enrouleurs classiques qui assistent uniquement à la descente, le Footing Vertical™ accompagne activement la montée , permettant de progresser en douceur et en toute confiance. Grâce à une télécommande ou une application, chacun peut ajuster l’assistance selon ses besoins et évoluer à son rythme. Une invention qui change tout, surtout pour les séniors. Car les bienfaits de l’escalade vont bien au-delà du simple plaisir de grimper. Trois raisons imparables de grimper pour les seniors On ne va pas se mentir : le corps évolue avec l’âge. Les muscles s’amenuisent, les articulations deviennent moins souples, l’équilibre se fragilise. Ce qui semblait naturel devient un défi. Mais le mouvement est le meilleur rempart contre ces effets, et l’escalade stimule chaque aspect essentiel du bien vieillir . 1. La gravité n’est pas une fatalité : préserver ses muscles Avec les années, le corps perd de la masse musculaire . Dès 30 ans, un sédentaire peut voir jusqu’à 8 % de ses muscles fondre par décennie. Après 50 ans, le phénomène s’accélère, et avec lui, son lot de conséquences : fatigue accrue, perte de force, mobilité réduite. Mais ce n’est pas une fatalité. Le muscle, ça se travaille. Contrairement à la musculation classique qui cible un muscle à la fois, l’escalade engage l’ensemble du corps en synergie . Chaque traction sollicite les bras, chaque poussée mobilise les jambes, chaque équilibre renforce le dos et la sangle abdominale. Tout est connecté, tout travaille ensemble. L’autre atout ? Un renforcement musculaire sans impact . Pas de chocs traumatisants comme en course à pied, pas de charges excessives à soulever. Un effort progressif, naturel, qui renforce sans malmener. Grimper, c’est entretenir sa force sans user son corps. 2. Équilibre et coordination : la clé pour éviter les chutes Avec l’âge, les chutes deviennent la première cause de mortalité accidentelle . Un simple faux pas, un virage mal négocié, et l’accident peut être lourd de conséquences. Le coupable ? Une proprioception qui s’étiole, un équilibre qui s’affaiblit. Là encore, l’escalade apporte une réponse efficace. Contrairement à la marche ou au vélo, qui offrent un appui stable, grimper impose une adaptation constante . Chaque prise est une leçon d’équilibre, chaque mouvement exige un ajustement du centre de gravité. L’escalade rééduque le corps à gérer l’instabilité. Poser son pied sur une prise, c’est réveiller sa proprioception. Se tendre vers une prise éloignée, c’est maîtriser son poids dans l’espace. Rechercher son équilibre sur un volume, c’est développer des réflexes qui éviteront une chute dans la rue. Et au fil des séances, tout se stabilise : la posture, la démarche, la confiance en ses appuis. 3. Un mental d’acier et une vie sociale active Vieillir, c’est aussi voir son quotidien se rétrécir . Moins d’interactions, moins de stimulations, un isolement progressif qui impacte aussi bien le moral que la cognition. L’escalade est un antidote à cette spirale. C’est un sport collectif. Sur un mur, on grimpe, mais surtout on partage. Les générations se croisent, les conseils s’échangent, les encouragements fusent. Chaque ascension devient un moment de connexion, où l’on célèbre ensemble les petites victoires. Et au-delà de l’aspect social, l’escalade est un jeu d’esprit. Chaque voie est une énigme à résoudre. Observer, anticiper, mémoriser ses mouvements, gérer son stress . Le résultat ? Un cerveau stimulé, une confiance en soi renforcée, un stress réduit. Vieillir, oui. Mais avec un mental aiguisé et un moral au sommet. À vous de jouer Et si votre prochain moment en famille se passait dans une salle d'escalade, plutôt qu’autour d’un café devant la télévision du salon ? Offrez-leur une première ascension, une sensation de hauteur, un défi à relever ensemble. Essayez, testez, et voyez par vous-même ce que ça change. En vous inscrivant au formulaire de MBS Industry ci-dessous, vous pourriez avoir une séance gratuite pour tester le Footing Vertical™ dès qu’il sera disponible dans une salle près de chez vous. 📍 Inscription ici : Testez gratuitement le Footing Vertical™ 📍 En savoir plus : Découvrir le Footing Vertical™ Ne laissez pas l’âge être une excuse. Grimpez, partagez, et redécouvrez ensemble la liberté du mouvement. Avec le soutien de MBS Industry .
- L’escalade, un sport égalitaire ? L’illusion d’un sommet accessible
Cette année, le Salon de l’Escalade , ce n’était pas qu’une débauche de magnésie et de baudriers dernier cri. C’était aussi un lieu où l’on cause. Où l’on creuse. Où l’on met en lumière les failles autant que les prises. Parmi les conférences organisées par Vertige Media , l’une d’elles a pris le pari de poser une question qui gratte : le féminisme a-t-il encore du sens dans l’escalade ? Réponse rapide : oui, mille fois oui. Féminisme et escalade : casser les plafonds de verre © Le Cinoche Mais dans le détail, les nuances sont plus riches, plus contrastées. C’est ce qu’ont exploré Aurélia Mardon (sociologue), Caroline Ciavaldini (athlète et fondatrice de Grimpeuses) et Sophie Berthe (activiste), sous la houlette de Pierre-Gaël Pasquiou , fondateur de Vertige Media. L’escalade, un sport égalitaire ? Ou l’illusion du déjà-acquis L’escalade a l’avantage d’un décor flatteur : des catégories féminines bien établies, des primes égales en compétition, un imaginaire collectif qui se veut bienveillant. « Sur le papier, tout va bien », résume Caroline Ciavaldini. « Mais il suffit de creuser un peu pour voir que la réalité est plus rude. » Le constat d’Aurélia Mardon, sociologue spécialiste du genre et du sport, est sans appel : « Dès l’adolescence, l’appropriation des espaces et des rôles est genrée. Les garçons se dirigent vers le dévers, la salle de muscu, les postes d’ouvreur. Les filles, elles, restent plus souvent en retrait. » Sophie Berthe et Aurélia Mardon © Le Cinoche Un simple biais culturel ? Non, une mécanique qui se perpétue dans le haut niveau. « Aujourd’hui, sur 38 ouvreurs nationaux en France, seules trois sont des femmes », rappelle-t-elle. Et pour cause : si les jeunes grimpeuses ne sont pas encouragées à ouvrir des voies, difficile d’espérer une représentation plus équilibrée à long terme . Sophie Berthe en a fait l’expérience : « L’injonction au corps parfait pèse lourd. Une femme avec un dos musclé, on l’appelle ‘un tank’. Chez un homme, ce serait ‘puissant’. » Ce double standard ne touche pas que l’image : il a un impact direct sur la performance. « Quand tu sais que ta morphologie risque d’être moquée, tu freines ton entraînement. Et, in fine, tes résultats. » La mixité choisie : solution ou repli ? Créer des espaces exclusivement féminins pour favoriser la progression et la confiance, est-ce une avancée ou une impasse ? Pour Caroline Ciavaldini, qui a fondé Grimpeuses , l’objectif n’est pas de s’enfermer entre femmes, mais de leur donner une base solide : « On pousse les filles à grimper en tête, à prendre des décisions, à ne pas se laisser enfermer dans le rôle de ‘celle qui suit’. » Mais une question demeure : si les femmes se retrouvent entre elles, qui éduque les hommes ? Carolina Ciavaldini et Pierre-Gaël Pasquiou © Le Cinoche C’est là que la discussion prend une tournure plus nuancée. Aurélia Mardon souligne que la non-mixité n’est pas une finalité mais un outil : « C’est un levier pour reprendre confiance, mais ça ne doit pas devenir une bulle imperméable. » Sophie Berthe complète : « Ce qu’il faut, c’est que les mentalités évoluent des deux côtés. Les hommes doivent aussi être bousculés dans leurs repères, réaliser que l’escalade n’est pas un terrain neutre. » Prendre conscience, c’est déjà grimper un échelon Une idée revient en boucle : la nécessité d’un regard critique . C’est en déconstruisant ce qui semble anodin qu’on progresse. Sophie Berthe cite un exemple frappant : l’expérience des mentors. « Beaucoup de femmes ont découvert la falaise grâce à un homme. C’est super… mais ça perpétue une certaine dépendance. Pourquoi ne pas voir plus de grimpeuses transmettre leur savoir à d’autres ? » Même mécanique sur l’ouverture des voies. Pierre-Gaël Pasquiou rebondit : « Si on n’encourage pas les filles à ouvrir en club, comment peut-on espérer voir des ouvreuses en compète ? » Et maintenant, on fait quoi ? Les solutions existent, et elles commencent sur le terrain : ✔️ Écouter les grimpeuses . Avant d’expliquer, entendre. ✔️ Interroger ses propres habitudes . Qui grimpe en tête ? Qui décide des voies ? Qui enseigne ? ✔️ Créer des espaces où les femmes peuvent progresser différemment . Caroline Ciavaldini insiste : « Ce qui me fascine, c’est de voir les prises de conscience se faire, petit à petit. On n’a pas besoin d’un grand soir du féminisme en escalade. On a besoin d’un travail de fond, de graines plantées un peu partout. » Vous avez manqué la conférence ? Pas de panique. 📽️ Vidéo de la conférence : 🔗 Retrouvez toutes les conférences du salon ici . Et si après ça, vous voyez encore l’escalade comme un sport égalitaire par nature… vous avez peut-être raté une prise.
- Nolwen Berthier : « L’image de la grimpeuse ne correspond pas à celle qu’on attend d’une femme dans la société »
À l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, Nolwen Berthier, athlète de haut niveau, a lancé « Climb Like a Woman », une campagne invitant chaque grimpeuse à partager une photo d’elle avec les yeux masqués par un rectangle noir. Ce geste symbolique vise à remettre en question les stéréotypes qui entourent le corps des grimpeuses et, plus largement, les injonctions imposées aux femmes dans le sport. Interview musclée. © Christoph Muster « Trop musclée, trop maigre, trop grosse… : le corps des athlètes féminines est souvent jugé sur son apparence plutôt que sur sa force et ses performances » , Katherine Choong , grimpeuse suisse de neuvième degré. « Elle est vraiment carrée pour une meuf, ce n’est pas très féminin » , Fanny Gibert , multiple championne de France de bloc « On s’est moqués plus d'une fois de moi quand je criais en grimpant des mouvements difficiles », Laura Pineau, falaisiste toulonnaise de haut-niveau.. Surfant sur l’initiative de Nolwen Berthier, « Climb Like a Woman », des centaines de grimpeuses rappellent sur les réseaux sociaux que les standards imposés aux femmes par la société sont encore bien ancrés. Une initiative qui cherche à « c élébrer la force, la résilience et le pouvoir des femmes dans l’escalade et au-delà », et qui résonne avec les témoignages récents de grimpeuses comme Hannah Morris , cible de commentaires sexistes sur son apparence physique, ou Janja Garnbret , qui a pris la parole sur les troubles du comportement alimentaire dans le monde de l’escalade . À travers ces prises de parole, un constat commun se dégage : l’image du corps idéal d’une grimpeuse – et plus généralement d’une femme – reste largement dictée par des critères dépassés. Nous avons interviewé Nolwen Berthier sur cette opération sans précédent. Pourquoi avoir lancé « Climb Like a Woman », une campagne qui vise à déconstruire les stéréotypes sur la grimpe féminine ? La campagne est née d’un constat : dans les médias et sur les réseaux sociaux, les images de grimpeuses se ressemblent souvent. Elles correspondent à certains critères esthétiques bien définis. Il est par exemple assez rare de voir des femmes réellement en train de forcer sur une photo d’escalade. À cela s’ajoutent les stéréotypes liés à l’habillement, avec le duo brassière-mini-short, sous-entendant l’idée qu’une grimpeuse doit être peu couverte et pas trop musclée. Pourquoi, selon toi, voit-on si peu de femmes en train de forcer ? On a pourtant tous en tête des images d’Adam Ondra ou d’autres grimpeurs dans l’effort… Parce que ça ne correspond pas à ce que l’on attend d’une femme dans la société, je pense. Le fait même que les femmes pratiquent du sport à haut niveau est finalement assez récent. C’est le poids des héritages qui joue encore aujourd’hui. C’est l’une des premières fois que tu prends la parole sur le féminisme. D’habitude, tu parles davantage d’environnement. Oui, cette prise de parole est le fruit de plusieurs mois de réflexion. Notamment grâce aux événements en non-mixité auxquels j’ai participé, comme Grimpeuses ou le Women’s Bouldering Festival . Ça m’a beaucoup nourrie. Au départ, je voulais juste faire un post sur les standards auxquels on tente de se conformer, que l’on soit médiatisée ou non. Car je pense que toutes les grimpeuses sont concernées par ces injonctions. Puis, je me suis dit que ce serait bien plus puissant d’en faire un élan collectif. Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, était le moment parfait pour ça. J’ai donc commencé à contacter des grimpeuses pour leur proposer cette campagne, avec l’idée de créer quelque chose de bienveillant et fédérateur, qui nous rappelle qu’entre femmes, on se soutient. J’ai particulièrement insisté sur l’importance de mettre un rectangle noir devant les yeux : mon but était de montrer que les messages véhiculés s’adressent à tout le monde. Quand on voit les yeux d’une personne, on l’identifie immédiatement, et cela peut donner l’impression que ses paroles ne concernent qu’elle. Hannah Morris a récemment partagé sur Instagram certains messages qu’elle reçoit de ses haters comme « Built like a fridge » (« Taillée comme un frigo »). Ces remarques alimentent-elles, selon toi, la crainte de certaines grimpeuses d’avoir un physique jugé trop « masculin » ? Oui, c’est un véritable frein à la performance chez de nombreuses femmes et jeunes filles, quel que soit le sport. Beaucoup refusent de faire de la musculation ou s’auto-limitent, parfois sans même en avoir conscience, simplement par peur d’avoir un corps jugé trop masculin. Alors qu’en réalité, c’est juste un corps musclé. Je l’ai beaucoup observé autour de moi. « Mon principal sujet par rapport au corps, c’est ma taille, je dirais. Très vite, j’ai compris que je n’y pouvais rien, alors autant faire avec » Le corps d’une grimpeuse performante ne correspond pas forcément aux standards de beauté imposés aux femmes par la société. Ce qui n’est pas le cas pour un grimpeur. Je suis d’accord. Une grimpeuse qui performe est souvent mince, avec peu de poitrine et des muscles visibles, ce qui ne correspond pas aux canons de beauté traditionnels féminins. Alors qu’un grimpeur, lui, est musclé et généralement mince, ce qui est socialement valorisé. À l’inverse, certaines femmes ont aussi une image bien précise de l’idéal à atteindre, en pensant : « Une grimpeuse, ça doit ressembler à ça ». Oui, j’ai clairement vu des personnes penser de cette façon. Notamment des femmes qui, parce qu’elles ont une carrure plus large ou quelques kilos de plus que « le standard des grimpeuses », peuvent se sentir illégitimes. Mais ces idées peuvent également être limitantes. Car au final, le plus important, c’est d’être passionnée et motivée. Il est essentiel de rappeler que l’on peut être grimpeuse sans forcément viser la performance. C'est marrant, on dirait Nolwen Berthier. © Théo Cartier Et toi, quel est ton rapport à ton corps ? Mon principal sujet par rapport au corps, c’est ma taille, je dirais. [ Nolwen mesure 1,52 mètre, ndlr ]. Très vite, j’ai compris que je n’y pouvais rien, alors autant faire avec. À partir du moment où on accepte cela, on s’ouvre des portes et on cherche des solutions, plutôt que de se focaliser sur les obstacles. Parce que se dire en permanence "Ah, je suis trop petite", c’est vite très limitant. Je me suis dit : soit tu acceptes et tu continues l’escalade en trouvant tes propres solutions, soit tu fais autre chose. Quelles ont été tes solutions ? Faire plus de musculation pour gagner en puissance. Et me concentrer sur la tenue de prises, même si, pour le coup, c’est quelque chose que j’ai toujours eu naturellement. « J’ai clairement vu des personnes penser qu'elle ne ressemblait pas au "standard des grimpeuses. Notamment des femmes qui, parce qu’elles ont une carrure plus large ou quelques kilos de plus peuvent se sentir illégitimes » Ces derniers temps, plusieurs grimpeuses ont pris la parole sur les troubles du comportement alimentaire en escalade. Janja Garnbret, par exemple, avait fait un post qui avait beaucoup circulé. T’es-tu déjà dit : « Si je perdais 2 kg, je serais plus performante » ? Depuis que je suis jeune, certaines personnes pensent que je fais très attention à mon alimentation, parce que je suis naturellement mince. En réalité, je n’ai jamais vraiment été dans cette logique de régimes. Car j’ai vite compris que surveiller mon poids me demandait plus d’énergie que ça ne m’apportait de bénéfices. Je préfère lâcher du lest sur ce sujet, m’entraîner et avoir le poids que j’ai, plutôt que de me contraindre avec des régimes drastiques. Je suis plus heureuse ainsi. Mais sur ce point, nous ne sommes pas tous égaux, car nos métabolismes sont très différents. Que dirais-tu aux grimpeuses qui ont des pensées limitantes vis-à-vis de leur corps ? Votre passion est bien plus précieuse que les standards qu’on vous impose, alors libérons-nous-en. C’était aussi l’objectif de cette campagne : montrer qu’entre grimpeuses, on s’encourage à questionner ces normes et à exprimer ce qu’on n’ose pas toujours dire au quotidien. À travers les différents posts de la campagne, de nombreuses voix se sont exprimées sur la passion, l’ambition, la résilience, la force, les muscles… Des sujets que l’on garde souvent pour soi, par peur de les affirmer pleinement.
- Punta Pioda : dernière face vierge, dernier bastion du sauvage ?
Il y a des montagnes qu'on grimpe pour la légende. Et puis il y a celles qu'on grimpe parce que personne ne l'a encore fait. Celles dont on n'a même pas retenu le nom au premier coup d’œil sur la carte. Pourtant, l’aventure, la vraie, s’écrit aussi là. Entre le 6 et le 9 mars 2025, Roger Schaeli, Filippo Sala et Silvan Schüpbach ont fait tomber l a dernière grande face vierge des Alpes suisses . 700 mètres de muraille brute, du mixte, de l’artif et du libre, quelques bivouacs dans le froid, une ligne qu’ils ont baptisée Luce e Tenebre – lumière et ténèbres. Une ascension aux allures de film noir, mais dont personne n’avait écrit le scénario à l’avance. © Topoguide.de Pioda di Sciora : l’anonyme qui ne voulait plus l’être Punta Pioda , ou Pioda di Sciora pour les intimes, 3 237 mètres d’altitude dans le canton des Grisons . On est ici dans la chaîne des Sciora, ce repaire de granit dressé au-dessus du Val Bregaglia. Un groupe de sommets moins clinquants que les icônes du coin – l’Eiger, le Cervin, les Grandes Jorasses. Et pourtant. La face nord de Punta Pioda avait tout d’un grand terrain de jeu inexploré : raide, engagée, technique. Mais elle était restée intacte, vierge, délaissée comme un dernier bastion du sauvage dans des Alpes saturées de lignes historiques . C’est précisément ce genre de mur oublié qui obsède Silvan Schüpbach, l’un des trois grimpeurs à l’origine de cette première. Il s’est mis en tête de rayer les dernières faces nord jamais gravies des Alpes. Un manifeste pour l’alpinisme d’exploration, un refus des sentiers battus. 4 jours entre le granit et le vide Luce e Tenebre , c’est 700 mètres d’une grimpe qui ne fait pas de cadeaux. Une cotation mixte en M8, A3, 70°, c’est-à-dire une équation parfaite entre l’engagement mental et l’épuisement physique . Dès les premières longueurs, le ton est donné : le rocher est parfois douteux, la protection précaire, le froid mordant. Les trois grimpeurs alternent escalade libre et artif pour négocier la progression. Ils passent une première nuit au refuge Sciora, comme une dernière étape avant de s’engouffrer dans l’inconnu. Puis viennent deux bivouacs suspendus dans la paroi, entre les heures de combat et les tentatives de sommeil dans un froid qui s’infiltre jusque dans les os. “Chaque pitch était un vrai combat” , résume Filippo Sala. Une bataille contre le rocher, contre les forces qui vous tirent vers le bas, et surtout contre cette petite voix qui vous demande pourquoi vous êtes là au lieu d’être dans un canapé, un chocolat chaud à la main. © Thomas Crauwels Une ligne, un style, une philosophie Il y a les premières réalisées au chausse-pied, en traçant la ligne la plus “facile”. Et puis il y a celles qui respectent l’esprit du lieu. Luce e Tenebre appartient à cette seconde catégorie. Une ascension qui n’a pas cherché la facilité, mais le respect du mur. Pas de surenchère technique, juste une ligne qui suit la logique naturelle de la face . La preuve d’un alpinisme qui ne court pas après le chiffre, mais après le frisson de l’inconnu. Et après ? Punta Pioda n’est pas devenue une star. Elle restera une montagne de niche, un terrain d’aventure réservé à ceux qui aiment les faces oubliées. Silvan Schüpbach, lui, ne compte pas s’arrêter là. Il a déjà coché d’autres faces nord, d’autres bouts d’alpinisme encore vierges sur sa carte mentale. Quant à nous, on peut se poser la question : combien reste-t-il de ces faces sauvages en Europe ? Combien de lignes encore vierges à une époque où chaque recoin des Alpes est scruté par Google Earth ?
- Du livre au podcast : l’alpinisme au féminin continue de s’écrire
L’histoire officielle de l’alpinisme, c’est un panthéon taillé à coups de piolet dans un granit exclusivement masculin. Des héros, des conquérants, des noms qui claquent comme des rafales en face nord. Messner, Bonatti, Desmaison. Un récit taillé à l’ancienne, où les femmes sont reléguées à l’ombre des exploits , des trophées oubliés sur le chemin des grandes premières. © Collection Agresti Mais ces femmes étaient là. Elles ont toujours été là. Seulement, on ne les a pas écoutées. C’est précisément ce que veut changer le podcast L’alpinisme au féminin , conçu par Stéphanie et Blaise Agresti. Une série audio pour rendre justice aux pionnières oubliées, mais surtout braquer le projecteur sur celles qui façonnent la haute montagne aujourd’hui. Celles qui grimpent, qui ouvrent, qui écrivent l’histoire en temps réel. Le livre, l’archive. Le podcast, le présent. Avant le micro, il y a eu l’écrit : Une histoire de l’alpinisme au féminin , publié chez Glénat, fouillait les bibliothèques, ressuscitait des figures gommées des récits officiels. Avec ce podcast, on change de format, mais pas d’intention. L’idée ? Donner enfin la parole aux grimpeuses d’aujourd’hui , celles qui gravissent les sommets, mais surtout les barrières. Chaque mois, une voix, un parcours, un combat. Lise Billon, Piolet d’Or 2016, qui raconte comment, malgré son statut de guide et d’alpiniste reconnue, elle doit encore composer avec les réflexes machistes du milieu. Sophie Lavaud, la "femme aux 14 sommets", dont le nom devrait être aussi évident que celui des grands himalayistes masculins. Marion Poitevin, première femme CRS Montagne, qui s’impose dans un univers ultra-testostéroné où on lui a d’abord dit qu’elle n’avait pas sa place. Plus question de fouiller dans les vieux grimoires. Ici, les récits s’écrivent en direct. Des sommets gravis aujourd’hui, des barrières toujours debout L’alpinisme, au fond, c’est un sport simple : un sommet, une ascension. Mais quand on est une femme, il faut d’abord prouver qu’on a le droit d’être là. Prenons Liv Sansoz , double championne du monde d’escalade, qui a ensuite gravi tous les 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes. Une odyssée hallucinante qui aurait dû la faire entrer au panthéon des légendes vivantes. Pourtant, combien de fois son nom est-il cité face à ses homologues masculins ? Ou encore Nina Caprez , qui ose parler du tabou ultime : la maternité et l’engagement en montagne. Quand un homme devient père, on lui dit bravo. Quand une femme devient mère, on lui demande si elle va ralentir. Et Carla Perez , Équatorienne qui a gravi l’ Everest et le K2 sans oxygène. Un exploit que peu d’hommes ont réussi. Pourtant, combien la connaissent ? Avec L’alpinisme au féminin , ces récits ne sont plus des anecdotes noyées dans le flot des grandes conquêtes. Ils deviennent le centre du récit. Un podcast comme cordée de réhabilitation Dans L’alpinisme au féminin , il n’est pas question de crier à la discrimination systématique, mais de poser la question qui dérange : pourquoi ces femmes doivent-elles encore prouver qu’elles ont leur place dans l’histoire ? Comme le rappelle Blaise Agresti : "Les femmes n’ont jamais été absentes, elles ont juste été invisibilisées." La montagne, elle, ne fait pas de distinction. À -20°C en face nord, la neige ne se demande pas si elle gèle un homme ou une femme. Mais les récits, eux, ont fait le tri. Dans ce podcast, les voix féminines résonnent enfin au même niveau que celles des grands noms masculins. On y parle des premières, des ascensions de légende, mais aussi des enjeux plus vastes : comment diriger une cordée en tant que femme ? Comment concilier maternité et engagement alpin ? Pourquoi les femmes restent-elles sous-représentées dans les récits de montagne ? Simond et Globule Radio : la cordée qui soutient le projet Pourquoi Simond s’investit dans ce podcast ? Parce que la marque chamoniarde a traversé toutes les époques de l’alpinisme. À ses débuts, dans ses catalogues, on trouvait uniquement des hommes équipés de piolets et de crampons dernier cri. Mais aujourd’hui, elle veut participer à la réécriture du récit. Quant à Globule Radio , cette radio associative de Chamonix, elle a toujours été le creuset des récits alternatifs. Bien avant que les grandes institutions ne se penchent sur le sujet, c’est elle qui a tendu un micro aux grimpeuses, aux guides, aux passionnées. Un mariage logique, donc. L’heure de la justice alpine a sonné Avec ce podcast, les femmes de la montagne ne sont plus ces silhouettes perdues dans l’ombre des exploits masculins. Elles deviennent les héroïnes de leur propre histoire . Parce qu’il ne suffit pas de raconter les grandes premières féminines pour équilibrer les récits. Il faut donner de l’espace aux voix d’aujourd’hui , aux grimpeuses qui ouvrent des voies, aux alpinistes qui repoussent les limites. Alors, la prochaine fois qu’on vous demandera de citer une grande figure de l’alpinisme, oubliez un instant les Messner et Desmaison. Et rappelez-vous Lucy Walker, Wanda Rutkiewicz, Alison Hargreaves. Mais aussi Lise Billon, Sophie Lavaud, Nina Caprez, Carla Perez. Parce qu’il est grand temps que ces noms deviennent incontournables. Le podcast L’alpinisme au féminin est disponible sur Globule Radio ainsi que sur les principales plateformes d’écoute : Spotify , Apple Podcasts et Deezer .
- Palestine-France : une cordée au-delà des murs
C’est un sport. Un art du mouvement. Une discipline olympique. Mais en Palestine, l’escalade est surtout un acte de liberté. Un pied de nez aux checkpoints, aux murs et aux restrictions. Depuis 2014, la Palestine Climbing Association (PCA) façonne une génération de grimpeurs pour qui le rocher est plus qu’un simple terrain de jeu : c’est un espace à reconquérir. Un refuge contre l’oppression. Un souffle d’air libre dans une terre où chaque déplacement est une négociation. © Tim Bruns Et cette année, douze grimpeurs et grimpeuses palestinien·nes traverseront la Méditerranée pour un échange inédit. Trois semaines en France, trois semaines d’apprentissage et de transmission, sous l’impulsion de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) . L’objectif ? Partager des savoir-faire, des techniques d’équipement, des expériences de structuration associative . Et, peut-être, faire tomber d’autres murs – ceux de l’isolement et du manque de moyens. Grimper en Palestine : sport ou acte politique ? En Cisjordanie, l’escalade n’a rien d’un simple hobby du week-end. Elle est une affirmation de présence. Les falaises et les blocs ne sont pas toujours accessibles. Prenez le canyon d’ Ein Farah , un des spots les plus prisés du pays. Pour y grimper, les Palestiniens doivent parfois marcher plus d’une heure et demie le long de barbelés, slalomer entre les zones interdites et éviter les patrouilles militaires . Les routes sont surveillées, certaines fermées aux Palestiniens. Il faut jouer avec la topographie autant qu’avec la géopolitique. Et pourtant, depuis plus de dix ans, l’escalade s’impose peu à peu comme un espace de respiration . Les grimpeurs de la PCA ont trouvé dans ce sport un moyen de déjouer les frontières physiques et mentales , de bâtir une communauté soudée autour de la passion du rocher. L’association, récemment reconnue par l’IFSC (Fédération internationale d’escalade sportive), développe des voies, organise des formations et tente de structurer la discipline malgré les contraintes. Un projet d’échange et de transmission Face à cette énergie, la FSGT a décidé de tendre la main. En avril 2025, douze grimpeurs et grimpeuses palestinien·nes débarqueront en France pour une immersion en trois temps : Semaine 1 : La Drôme – Premiers contacts avec les grandes voies. Apprentissage des techniques de sécurité, de progression et d’encordement sur des falaises mythiques. Semaine 2 : Briançon – Place au terrain d’aventure et aux techniques d’équipement. Une semaine encadrée par des bénévoles de la FSGT, pour comprendre comment on ouvre et aménage un site naturel. Semaine 3 : Fontainebleau et Paris – Plongée dans le monde de la grimpe en club, avec des échanges sur la gestion associative et une initiation aux blocs légendaires de Bleau. L’idée, ce n’est pas de leur apprendre à grimper – ils savent déjà très bien le faire. Mais plutôt de partager des expériences , de voir comment une structure associative fonctionne en France, comment un club peut organiser des formations, des compétitions, des sorties. Bref, transmettre une autre manière de concevoir l’escalade. Ce voyage est aussi l’occasion d’un échange culturel fort. Car en France aussi, l’escalade a été un combat. La FSGT, créée en 1934, a toujours défendu un sport accessible , loin du modèle élitiste des grandes fédérations. Elle a joué un rôle clé dans la démocratisation de la grimpe et a toujours porté une dimension sociale dans sa vision du sport. Une cagnotte pour tenir la corde Mais un tel projet a un coût. Voyages, hébergement, repas, assurances, déplacements sur site… Pour que cet échange ait lieu, la FSGT Île-de-France a lancé une cagnotte sur HelloAsso . Objectif : réunir les fonds nécessaires pour accueillir dignement ces grimpeurs et leur permettre de tirer le meilleur de cette expérience. Tout sera encadré par des bénévoles , moniteurs et guides diplômés, prêts à donner de leur temps et de leur expertise pour accompagner cette délégation. Mais sans soutien financier, le projet risque de rester au stade du rêve suspendu. Soutenir cette initiative, c’est plus qu’un simple geste solidaire. C’est aider à bâtir des ponts là où on érige des murs . C’est faire en sorte que l’escalade continue d’être cet espace de liberté, de transmission et d’émancipation. Un projet qui fait sens Ce séjour s’inscrit dans une dynamique plus large. L’escalade en Palestine continue de se structurer malgré les obstacles, portée par l'énergie de ses pratiquants et le travail de la Palestine Climbing Association . Ces dernières années, des événements comme la participation de grimpeurs palestiniens à des compétitions régionales ou la visibilité offerte par le documentaire Resistance Climbing ont permis de mettre en lumière cette scène émergente. Aujourd’hui, l’enjeu est d’aller plus loin. D’ancrer l’escalade comme une discipline organisée, reconnue et capable de former de nouveaux grimpeurs et ouvreurs. Avec ce projet d’échange, la Palestine Climbing Association et la FSGT posent un nouveau piton sur la voie d’une escalade libre et accessible à tous. Reste à voir si la solidarité grimpera aussi haut que les ambitions. 🔗 Pour donner un coup de main (et un coup de pouce) à ce projet : Lien de la cagnotte sur HelloAsso
- Free Solo à l'anglaise : quand Big Ben devient le théâtre d'une ascension engagée
Londres, 8 mars 2025. L’aube est encore pâle sur Westminster quand un homme décide de s’offrir un réveil musclé : escalader Big Ben en free solo, le tout en brandissant un drapeau palestinien . Pas de baudrier, pas de corde, juste un manteau noir, une casquette vissée sur la tête et un keffieh en étendard. Une ascension aux allures de manifeste, qui va tenir la police en haleine et le public en émoi. Big Ben : solo intégral, full symbolique Il est 7h24 quand la Metropolitan Police reçoit l’alerte : un homme est en train de grimper la Tour Elizabeth, l’édifice qui abrite l’horloge la plus célèbre du monde. Sous ses pieds, pas de granite parfait ni de lignes sculptées par le temps, mais la façade néo-gothique du Parlement britannique , avec ses arêtes tranchantes et ses prises douteuses. Très vite, des images commencent à circuler sur les réseaux sociaux. On y voit l’homme progresser avec une assurance qui évoque les grimpeurs les plus audacieux – sauf que lui, il ne vise pas la cotation, mais la visibilité. Brandissant son drapeau palestinien, il transforme Big Ben en panneau publicitaire géant pour une cause qui secoue la planète . En bas, la foule se masse, et le soutien fuse : « Free Palestine ! » L’intéressé, perché à plusieurs dizaines de mètres du sol, ne semble pas pressé de redescendre. « Si vous vous approchez, je vais grimper encore plus haut », prévient-il, ajoutant au spectacle une touche de suspense. Un Hans Solo engagé, sans Millennium Falcon, mais avec une corniche comme siège de fortune. Une descente plus longue que prévu Les autorités ne tardent pas à déployer l’artillerie lourde. Pompiers, police, négociateurs : tout ce beau monde tente de le raisonner. Des nacelles sont envoyées pour lui parler, mais il campe sur sa position, tandis que la nuit tombe et que les températures dégringolent. On s’inquiète pour sa santé, d’autant que des témoins affirment voir du sang sur ses vêtements. Une blessure ? Un simple effet de lumière ? Impossible à dire. Finalement, après plus de 16 heures de siège vertical, il accepte l’offre de redescente assistée. Une nacelle l’embarque, direction le sol, où les policiers l’attendent de pied ferme. Quelques instants plus tard, l’annonce tombe : il est officiellement en état d’arrestation. Une sécurité en roue libre Au-delà du coup d’éclat, l’incident soulève une question autrement plus embarrassante pour le Parlement britannique : comment un individu a-t-il pu, sans trop de difficultés, escalader l’un des bâtiments les plus surveillés du pays ? Des vidéos montrent qu’il lui a suffi de franchir une clôture pour entamer son ascension, sans qu’aucun agent de sécurité ne l’intercepte. Dans une ère où le moindre drone suspect déclenche des protocoles anti-terroristes, voir un homme grimper un monument iconique sans entrave fait un peu désordre. Un porte-parole du Parlement s’est fendu d’un sobre « nous évaluons l’incident », manière élégante de dire « on s’est fait surprendre, mais on préfère ne pas trop l’ébruiter ». Free solo, free speech ? L’acte n’est pas sans précédent. En 2019, un militant d’Extinction Rebellion , grimé en Boris Johnson, s’était déjà offert un tour de Big Ben pour alerter sur l’urgence climatique. Cette fois encore, l’escalade a pris une tournure politique, en s’ancrant dans la vague de manifestations pro-palestiniennes qui secouent le Royaume-Uni et l’Europe depuis des mois . L’homme de Big Ben a-t-il réussi son coup ? Si son objectif était de faire parler, alors oui. S’il voulait réveiller les consciences, la question reste ouverte. Ce qui est certain, c’est qu’il a mis en lumière une faille de sécurité embarrassante, tout en rappelant que l’escalade, qu’elle soit sportive ou militante, reste une affaire de prise de risque. Et dans ce registre, lui aussi vient d’entrer dans l’histoire.












