Orpierre : le CAF de Roanne jugé après la chute mortelle d’une adolescente
- Pierre-Gaël Pasquiou

- 7 mars 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 avr.
Une adolescente de 16 ans est décédée après une chute survenue le 18 avril 2024 lors d’un stage d’escalade organisé à Orpierre, dans les Hautes-Alpes. L’ancien président du Club Alpin Français de Roanne, le responsable escalade du club et l’association seront jugés le 15 mai devant le tribunal correctionnel de Gap pour homicide involontaire.

L’accident s’est produit le 18 avril 2024, sur le secteur des Blaches, à Orpierre. Ce jour-là, un groupe de vingt adolescent·e·s, âgé·e·s de 14 à 17 ans, participe à un stage d’escalade organisé par le Club Alpin Français de Roanne. Huit bénévoles encadrent la sortie.
Au cours de l’après-midi, une grimpeuse de 16 ans chute d’une quinzaine de mètres. Grièvement blessée, polytraumatisée et inconsciente, elle est prise en charge par les secours de haute montagne avant d’être héliportée vers l’hôpital de Grenoble. Elle succombera à ses blessures quelques jours plus tard.
Une audience prévue à Gap
Dix mois après le drame, le dossier arrive devant la justice. L’ancien président du CAF de Roanne, le responsable escalade du club et l’association elle-même doivent comparaître le 15 mai prochain devant le tribunal correctionnel de Gap. Ils seront jugés pour homicide involontaire.
L’enquête a été menée par la gendarmerie de Briançon et le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM). Elle devra permettre d’établir les circonstances précises de l’accident et les éventuelles responsabilités dans l’organisation du stage, l’encadrement du groupe et les conditions de pratique sur le site.
Selon plusieurs éléments évoqués depuis le drame, la question du matériel utilisé pourrait être au centre des débats, notamment celle d’une corde qui n’aurait pas été adaptée à la hauteur de la voie. Sollicitée sur ce point, la procureure n’a pas souhaité commenter cette hypothèse avant l’audience.
Des encadrants déjà sanctionnés
Avant le procès, des sanctions administratives ont déjà été prononcées. Le Conseil Départemental de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative (CDJSVA) a suspendu quatre encadrants impliqués dans l’organisation du stage : deux pour une durée d’un an, deux autres pour une durée de deux ans.
La préfecture de la Loire a ensuite pris une mesure plus lourde, en prononçant quinze ans d’interdiction d’encadrement à l’encontre de ces quatre personnes. Le club s’est également vu interdire l’organisation de stages de plus de trois jours pendant cinq ans.
Ces décisions ont profondément affecté le fonctionnement du CAF de Roanne. Plusieurs stages ont été annulés, le club a perdu des adhérent·e·s et son activité d’encadrement a été fortement réduite. Cette année, aucun stage ne sera organisé, en hommage à la victime.
L’encadrement au cœur du dossier
Le procès devra déterminer si des fautes ont été commises et si elles ont contribué à la chute mortelle de l’adolescente. Dans une activité où la sécurité repose sur une chaîne de gestes précis — choix du matériel, vérification des nœuds, longueur de corde, consignes données, surveillance des cordées — la justice devra établir si l’accident relève d’une erreur isolée, d’un défaut d’organisation ou d’un enchaînement de négligences.
L’audience ne portera pas seulement sur les circonstances techniques de la chute. Elle devra aussi interroger les responsabilités propres à l’encadrement bénévole en falaise, dans un contexte où les clubs jouent un rôle central dans l’apprentissage de l’escalade en milieu naturel.
Le tribunal de Gap devra dire ce qui, ce jour-là, n’a pas fonctionné. Et si ces manquements relèvent de l’imprudence, de la négligence ou d’une responsabilité pénale.












