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  • Jakob Schubert : au-dessus des flots, en quête de lignes nouvelles

    Majorque. Une île méditerranéenne baignée de lumière, avec ses falaises abruptes plongeant dans des eaux cristallines. Depuis des décennies, ce paradis vertical attire les grimpeuses et grimpeurs en quête d’aventure et de psicobloc, une discipline exigeante et crue où la roche se mêle à l’immensité de la mer. Jakob Schubert , l’un des meilleurs grimpeurs de sa génération, y signe son retour dans une série documentaire inédite : Above The Sea . Ce premier épisode, disponible depuis peu sur sa chaîne YouTube, annonce une immersion en sept volets dans les coulisses de son dernier périple sur l’île. © Above the sea Une parenthèse loin des projecteurs Après une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Paris 2024 , Schubert aurait pu céder à la routine des salles et des compétitions. Mais l’Autrichien a fait un choix différent. « Après Paris, mon corps n’était plus habitué au repos. Une semaine sans grimper, et j’ai eu une inflammation à la main », confie-t-il face caméra. Ce détour par Majorque n’est pas anodin : c’est une manière de retrouver une escalade plus instinctive , où chaque chute est une immersion salée. « Une grande partie de ce voyage consiste aussi à explorer l’île, à chercher de nouvelles lignes et à ouvrir des projets. » Majorque, Schubert la connaît bien. En 2021, il avait enchaîné Es Pontàs , l’arche mythique ouverte par Chris Sharma, ainsi qu’ Alasha , une ligne tout aussi impressionnante. Mais cette fois, il s’agit de quelque chose de différent. Avec son partenaire de grimpe de longue date, Michael Piccolruaz, il arpente les falaises pour explorer, essayer, échouer, et parfois réussir . © Above the sea Une escalade sans compromis Le psicobloc, ou deep water soloing, est une discipline sans filet. Ici, pas de corde pour rattraper une erreur, seulement une chute dans l’eau. « C’est ce qui rend cette pratique si spéciale. Tu grimpes à vue, sans savoir où mènent les prises, et il y a toujours une part de surprise », raconte Schubert. Dans ce premier épisode, il s’attaque à Mischa Line (8b+), une voie récemment ouverte par Piccolruaz. La séquence est haletante : après une tentative infructueuse et une chute qui lui vaut de croiser une méduse, Schubert revient, déterminé, pour tenter à nouveau le crux. « Le psicobloc, c’est brut, imprévisible. » Et cela se ressent à chaque image. Les prises sont parfois glissantes, les pieds dérapent, et la marge d’erreur est mince. Pourtant, c’est dans cet environnement qu’il semble le plus vivant . © Above the sea © Above the sea Sharma, l’ombre du pionnier Impossible d’évoquer Majorque sans parler de Chris Sharma, figure de proue du psicobloc. C’est lui qui a révélé l’île au monde de l’escalade, avec des lignes comme Es Pontàs ou Alasha . Dans ce premier épisode, Schubert rend hommage à cet héritage. « Chris nous a montré cet endroit », raconte-t-il en désignant Canyamel , un nouveau secteur développé par Sharma lui-même . C’est ici que Schubert et Piccolruaz posent leurs chaussons, prêts à ajouter leur propre pierre à cet édifice vertical. Mais ce n’est pas une simple répétition. Jakob Schubert et son équipe explorent aussi de nouvelles parois, repèrent des lignes encore jamais touchées , et repoussent les limites de ce qui est possible. L’objectif n’est pas seulement de gravir, mais d’ouvrir des perspectives. « C’est toujours excitant de trouver un nouvel endroit, de voir ce qui est possible et de se lancer. » Un épisode prometteur pour une série à suivre Above The Sea c'est un carnet de bord, mais c’est surtout un regard sincère sur l’escalade en milieu naturel . Ce premier épisode pose les bases d’un récit qui promet d’aller au-delà de la performance pour explorer l’humain. Schubert y apparaît vulnérable, fatigué par ses blessures, mais porté par une envie viscérale de grimper. « Je sens encore cette blessure, mais c’est supportable. » Les plans sont soignés, capturant à la fois la beauté sauvage de Majorque et la tension palpable de chaque ascension. Le spectateur est happé par cette escalade sans artifice, où chaque mouvement est une bataille et chaque repos, une victoire temporaire. Une série qui a du souffle Avec ses sept épisodes prévus, Above The Sea s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour les passionnés d’escalade . Mais au-delà du cercle des initiés, c’est une œuvre qui parle à tous ceux qui cherchent à comprendre ce qui pousse un athlète à toujours vouloir aller plus haut, plus loin. Majorque devient un décor et un personnage à part entière, miroir des doutes et des ambitions de Jakob Schubert. Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .

  • La 7ème voie : ce que les vieux grimpeurs savent et vous cachent

    Certains secrets ne s’écrivent pas. Ils se glissent, presque par hasard, dans la conversation. Hier, lors de l’Assemblée Générale de la FSGT où j'étais convié, entre une tranche de pain de campagne et un éclat de rire, un grimpeur aux tempes argentées m’a confié l’un de ces trésors : la 7ème voie . Selon lui, c’est là que tout se joue. Pas avant. Pas après. Une affirmation presque mystique, lancée avec ce mélange d’assurance et de désinvolture propre aux gens qui savent. La 7ème voie, donc. Celle où ton niveau max se révèle. Celle où le corps et l’esprit conspirent enfin pour travailler ensemble, dans une alchimie parfaite. Une phrase si simple qu’elle semble évidente. Une phrase si absurde qu’elle mérite d’être creusée. Le chiffre 7 : mythe ou méthode ? Le chiffre 7 a toujours fasciné. C’est le nombre des contes, des prophéties, des épopées . Sept vies pour le chat, sept merveilles du monde, et bien sûr, les sept péchés capitaux (la paresse ayant sans aucun doute un lien avec mon dernier échec en falaise). Mais en escalade, ce chiffre évoque surtout un cap. Le fameux "passage dans le 7". Ce moment où le grimpeur cesse d’être un amateur éclairé pour devenir un artisan du mouvement, un sculpteur du rocher. Mais ici, ce n’est pas une histoire de cotation. C’est une histoire de cadence. La 7ème voie, c’est cette ligne invisible où tu passes du chauffé au cramé , du rêveur au performeur. Les six premières voies, c’est l’apéro. La 8ème ? Une redescente. Mais la 7ème… Ah, la 7ème, c’est là que tu entres dans le vif du sujet. Le point où le corps ne ment plus, et où le mental n’a plus d’excuse. La science derrière le mythe Pour comprendre ce que ce grimpeur voulait dire, il faut plonger dans les méandres de la physiologie et de la psychologie. Lors de tes premiers mouvements, ton système nerveux s’échauffe lentement. Les premières prises te paraissent rêches, les muscles lourds, l’esprit ailleurs. Puis, petit à petit, l’adrénaline et la concentration montent en puissance. Tes articulations cessent de grincer, ton cerveau arrête de se demander ce que tu fais là, et tes doigts, enfin, se rappellent qu’ils savent grimper. C’est autour de la 6ème voie que le corps atteint son pic : suffisamment chaud pour performer, pas encore fatigué au point de renoncer . La 7ème, c’est ce moment d’équilibre fragile, où le potentiel est à son comble. C’est le flow. Cet état décrit par les psychologues du sport, où l’effort semble disparaître, où chaque mouvement trouve son rythme, sa place, sa raison. Une philosophie de l’effort Mais la 7ème voie, c’est aussi une philosophie . Un rappel que, parfois, il faut aller au bout de soi pour trouver ce que l’on cherche. Les six premières voies, c’est l’échauffement. Les faux-fuyants. Les "je teste juste". La 7ème, c’est autre chose. C’est le seuil. Le moment où tu te mets vraiment au travail. Où tu arrêtes de papillonner entre les lignes faciles pour affronter celle qui te fait peur. Les anciens, ceux qui grimpent depuis que les baudriers étaient des cordelettes nouées, le savent mieux que quiconque. L’escalade, ce n’est pas juste une affaire de cotations ou de photos pour Instagram. C’est une discipline de l’effort, de l’apprentissage, du dépassement. Et pour cela, il faut une 7ème voie. Une invitation à l’expérience Alors, la prochaine fois que tu pars grimper, teste cette théorie. Grimpe six voies. Juste six. Pas plus. Pas moins. Puis, pour la 7ème, choisis une voie qui te fascine. Celle qui te résiste. Celle qui te tente, mais que tu n’oses pas vraiment essayer. Mets-y tout ce que tu as. Ton souffle. Tes doutes. Tes certitudes. En vrai, c’est peut-être une idée trop simple, presque naïve. Une belle histoire qu’on aime raconter, tissée de ce plaisir des mots qui accompagne parfois les grandes vérités. Mais l’escalade, comme la vie, n’est souvent qu’une question de croyance. Ce qui distingue une voie impossible d’une voie réussie, c’est parfois juste le fait d’y croire assez longtemps. Alors oui, ce secret a l’air facile. Mais il a ce charme des évidences qui réveillent un sourire. Et face à ce pan déversant, j’ai envie d’y croire. Parce qu’au fond, croire, c’est déjà grimper.

  • Grimper mieux, grimper serein : notre guide bien-être et performance est là !

    Grimper, c’est un sport passionnant et exigeant. Ça sollicite vos muscles, vos tendons, votre esprit… et parfois même vos nerfs. Que vous soyez à l’aise dans une salle de bloc, émerveillé(e) par les grandes voies en pleine nature, ou concentré(e) sur une compétition, une chose est sûre : grimper ne s’improvise pas. Prévenir les blessures, optimiser la récupération, gérer le stress ou tout simplement prendre soin de soi : ce sont des clés essentielles pour progresser durablement. Et c’est exactement ce que ce guide vous propose. Un guide pensé pour chaque grimpeur et grimpeuse Chez Vertige Media, on sait que grimper, ce n’est pas juste une activité physique : c’est un mode de vie, une quête personnelle. Ce guide, on l’a conçu pour vous, quels que soient votre niveau, votre pratique ou vos objectifs. Nous avons rassemblé des conseils pratiques et des solutions naturelles pour accompagner chaque étape de votre parcours. Un contenu complet pour répondre à vos besoins : Préparation et prévention : échauffements ciblés, huiles essentielles pour activer la circulation, astuces pour éviter les blessures récurrentes des grimpeurs (tendons fragiles, articulations sur-sollicitées). Performance et gestion de l’effort : hydratation, endurance, et même les baumes pour garder vos muscles réactifs pendant les longues séances. Récupération et bien-être global : tout ce qu’il faut savoir pour récupérer efficacement après une séance : bains relaxants, compléments alimentaires, massages ciblés. Santé mentale : des solutions naturelles pour calmer le stress, canaliser votre énergie avant une compétition et éviter le burn-out sportif. Un guide enrichi par les solutions naturelles d’Aroma-Zone Pour ce guide, on a eu la chance de collaborer avec Aroma-Zone, une référence incontournable dans le domaine des produits naturels . Grâce à leur expertise, on a pu sélectionner des huiles essentielles, des baumes, et des compléments alimentaires parfaitement adaptés aux besoins spécifiques des grimpeuses et grimpeurs. Aroma-Zone, c’est plus de 20 ans d’engagement pour offrir des solutions respectueuses de la nature et de ceux qui la pratiquent. Des huiles essentielles pour la préparation, des baumes pour la récupération, des compléments pour booster l’énergie : leur gamme complète nous a permis de composer un guide qui combine efficacité et simplicité. Vous voulez en savoir plus ? Retrouvez leur univers sur www.aroma-zone.com . Pour qui, et comment se le procurer ? Ce guide est pour vous si : Vous voulez grimper plus intelligemment, en limitant les risques de blessures. Vous êtes en phase de reprise après une pause ou une blessure, et vous cherchez des routines adaptées. Vous préparez une compétition ou une sortie en falaise et souhaitez optimiser vos performances. Ou simplement si vous voulez combiner plaisir et longévité dans votre pratique ! Comment se le procurer ? Rien de plus simple : cliquez sur le lien, téléchargez-le gratuitement, et plongez dans un contenu riche de conseils et d’astuces, pensé pour chaque grimpeur. 👉 Télécharger le guide Grimper, c’est bien. Grimper mieux, c’est encore mieux. Avec ce guide, nous vous offrons des clés pour allier plaisir, performance et longévité dans votre pratique. Bonne lecture et surtout… bonne grimpe à toutes et tous !

  • Seb Berthe : un nouveau round sur le Dawn Wall

    Seb Berthe n’a pas fait le voyage de retour à Yosemite pour le simple plaisir de relier les points. Le grimpeur belge, qu’on ne présente plus, revient là où son ambition et ses limites s’étaient confrontées de manière presque tragique en 2022. Deux ans après une première tentative sur le Dawn Wall, le big wall le plus difficile du monde, il se relance dans l’aventure , avec, comme lors de son dernier voyage, une volonté farouche de limiter son empreinte écologique. Fidèle à ses convictions écologiques, Seb Berthe a de nouveau opté pour un voyage sans avion : une traversée de l'Atlantique en catamaran suivie d’un périple terrestre à travers l’Amérique latine pour rejoindre le Yosemite. Une répétition de son voyage de 2022, preuve que, pour lui, la démarche importe autant que la destination. Retour sur l’échec d’hier : une chute sur la L14 C’est en 2022, aux côtés de Siebe Vanhee, que Seb Berthe avait pour la première fois posé les pieds sur le Dawn Wall. Une ascension de 900 mètres où la difficulté atteint des sommets, avec des passages cotés 9a. Après plus de trois semaines passées suspendu sur la paroi, l’échec est survenu au dernier mouvement de la longueur clé, la L14 . Ce jour-là, le sommet n’a pas été atteint, et Seb a dû se résoudre à la vérité brute : « L’enchaînement n’allait pas se faire cette fois-ci », comme il le raconte sans fard sur ses réseaux sociaux. Une défaite cuisante qui n’a pourtant pas freiné sa détermination ; au contraire, elle a nourri la flamme d’un retour. En attendant ce retour, Seb Berthe a mis à profit les deux années passées pour parcourir le monde, entre projections de son film " Captains on El Cap " et partages de son histoire, souvent accompagnés de cette phrase pleine de confiance : « Je reviendrai finir le travail ». Mais derrière l’assurance affichée, un doute sous-jacent, plus intime, a persisté : « Au fond, j’étais rempli de doutes sur la vérité de ces mots », confie-t-il aujourd'hui. Les doutes, comme tout grimpeur averti, il les laisse de côté lorsqu’il se frotte à l’épreuve. Une approche nouvelle, une aventure globale Si le big wall de Yosemite fait figure de sommet à gravir, c’est aussi l’idée de rejoindre un lieu mythique de l’escalade dans une démarche consciente de son empreinte écologique qui nourrit l’aventure . Il n’a pas pris l’avion comme la plupart des grimpeurs, mais a opté pour un périple qui a commencé par une traversée transatlantique à la voile, suivie d’un voyage terrestre, du Panama à la Californie. Une manière, pour lui, de réinventer le voyage, de rappeler qu’il n’y a pas que la destination qui compte, mais aussi le chemin. Un message en résonance avec les défis du monde moderne, où il s’agit de remettre en question nos modes de déplacement et la manière dont nous nous projetons dans l'avenir. Des défis personnels à la mise en scène collective La nouvelle tentative de Seb Berthe sur le Dawn Wall s’inscrit dans la continuité d’une démarche collective chère à son approche. Cette fois encore, il est accompagné d’une équipe solide et variée, incluant des grimpeurs comme Soline Kentzel , Aidan Roberts, Miquel Mathieu, Garance Jourdan et Cédric Lombaerde, ainsi que d’autres compagnons partageant son aventure. Si chacun joue un rôle différent dans cette expédition, l’esprit de solidarité et de fraternité, déjà au cœur de son périple en 2022, demeure une constante. L’avenir sous les pieds, les doutes sur les bras Mais, au fond, que reste-t-il de tout cela une fois sur la paroi ? Seb Berthe fait face à ses peurs, ses doutes et ses épreuves, comme tout grimpeur confronté à la verticalité. L’échec, cet ultime point de rupture, qui donne naissance à une nouvelle tentative, plus solide et plus sage. Parce que l’escalade, c’est d'abord ça : une série d’échecs successifs qui préparent à l’accomplissement. Si ce second round sur le Dawn Wall n’est pas encore l’histoire de la victoire, il est sans doute le récit d’une exploration personnelle et collective, où les doutes se font face à la beauté brute de la nature. Et, au-delà de la conquête de la paroi, ce qui restera sera peut-être la promesse d’un autre type d’aventure : celle qui, d’abord, est intérieure.

  • Femmes en Montagne : La montagne, mais en streaming

    La magie des montagnes d’Annecy et de Talloires s’est peut-être estompée avec la fin du festival en présentiel, mais l’âme de Femmes en Montagne ne s’éteint pas pour autant. Jusqu’au 6 janvier, ce festival pas comme les autres vous convie à un voyage immobile, où les histoires puissantes prennent le relais des panoramas alpins. 28 films, plus de 10 heures de récits uniques, pour explorer les visages de la montagne et des femmes qui la réinventent . Quand la montagne dévoile sa face humaine Ici, la montagne n’est pas seulement un décor. Elle est refuge, défi, miroir. Femmes en Montagne est un espace où les récits de femmes redéfinissent un univers encore trop ancré dans des figures masculines. Ces films racontent des trajectoires de résilience, de métamorphose, ou d’un combat quotidien pour s’arracher aux stéréotypes . Des femmes qui escaladent autant leurs propres limites que les parois du monde. Des récits où l’extraordinaire naît souvent dans l’ordinaire : un pas de plus, une main tendue, un choix radical. Une mosaïque de récits La programmation frappe par sa richesse et sa diversité. Courts-métrages, documentaires, longs-métrages se répondent dans une harmonie subtile, sans jamais céder à l’esbroufe. Chaque film est une facette d’un grand tableau, où la montagne se révèle sous un jour inattendu : La montagne comme refuge, une promesse d’équilibre dans un monde en turbulence. L’effort comme langage, où chaque ascension devient une parabole du dépassement de soi. Le quotidien comme héroïsme, quand il faut conjuguer maternité, blessures ou reconstruction avec la verticalité. Ces récits ne sont pas seulement des exploits, mais des confessions universelles, des histoires où chaque spectateur peut se retrouver. Ce que la montagne révèle de l’humain transcende ici les sommets. À la carte, sans pression Avec son édition en ligne, le festival vous laisse respirer : pas de timing imposé, pas de places à réserver. Les films sont disponibles jusqu’au 6 janvier, à consommer à votre rythme . Une soirée intense ou une immersion progressive ? À vous de choisir. Pour 25 €, c’est une porte ouverte sur 28 films d’une authenticité rare. Vous préférez goûter par petites touches ? Les collections spécifiques à 5 € sur Bonne Projection permettent de sélectionner les projections qui vous intriguent le plus. Pas de compromis : seulement des récits qui méritent d’être découverts. Un écho qui dépasse l’écran Femmes en Montagne ne se limite pas à aligner des plans de drone et des exploits techniques. Ce festival questionne. Il interroge la place des femmes dans la montagne, mais aussi dans le sport, et plus largement dans nos imaginaires collectifs . Ces films ne s’arrêtent pas au sommet : ils descendent en nous, déstabilisent, inspirent. Regarder, c’est se demander ce que signifie avancer, chuter, ou changer de voie. Et si la montagne n’était qu’une métaphore pour ces luttes universelles, ces gestes discrets qui forgent une vie ? Pourquoi attendre ? À l’heure où tout va vite, Femmes en Montagne vous offre une parenthèse. Une invitation à ralentir et à ressentir. Mais le temps presse : après le 6 janvier, ces films retourneront à l’ombre . Alors, prenez votre ticket, laissez-vous porter par ces récits, et découvrez pourquoi la montagne est un terrain d’histoires autant que d’aventures. En savoir plus et accéder à la programmation : Femmes en Montagne en ligne .

  • Un casque, une vie : récit d’un accident

    « La nature fait les êtres humains semblables, la vie les rend différents », cite Lucille Bolomey dans "De la pierre à la lumière". Ces mots de Confucius condensent une vérité universelle, mais dans son récit, ils prennent une résonance viscérale. Plus qu’une maxime, ils deviennent le fil rouge d’une existence recomposée après un accident bouleversant . Nous avons eu la chance d’échanger longuement avec Lucille. Ses mots, empreints de lucidité et d’émotions brutes, ne racontent pas simplement une épreuve : ils en explorent les strates, les nuances, la complexité. Ce livre est une œuvre de résilience, une invitation à plonger au cœur d’une reconstruction où chaque pierre devient lumière. Un dimanche dans le Vercors : la brèche du destin « C’était un beau week-end, en famille », se souvient-elle. Mais parfois, une simple bourrasque semble contenir le frisson d’un présage. « Le vent s’est levé, comme pour me prévenir qu’il allait arriver quelque chose de grave. » Ce dimanche-là, sur une falaise du Vercors, une pierre chute, heurte sa tête, et c’est le noir complet . « Je ne me souviens de rien. Tout me reviendra bien plus tard, par bribes. » Lucille est héliportée à Grenoble où une craniectomie décompressive lui sauve la vie. « Une partie de mon crâne a été retirée pour éviter que mon cerveau, enflé, ne s’étouffe lui-même. » De cette période, elle n’a que des flashes épars, entre absences et délire. « Au début, je croyais que mes enfants étaient morts. J’étais paniquée. » Pourtant, au cœur du chaos, subsistent des fragments de douceur : « Mon frère a pris ma main dans la sienne. Ce contact, si simple, m’a ancrée. » La verticalité de la douleur : l’hôpital comme épreuve Grenoble devient un théâtre d’apprentissage brutal. « J’étais prisonnière de ce lit, attachée, sans explications. Tout semblait hostile. » À la douleur physique s’ajoute une détresse existentielle. « Je voulais marcher, bouger, redevenir moi-même. Mais chaque machine qui sonnait semblait me rappeler que ce corps-là, ce n’était plus le mien. » Et pourtant, au milieu de cette désolation, quelques instants suspendus subsistent, comme des éclats d’humanité : une première douche, « une caresse d’eau si simple et pourtant miraculeuse », ou encore des rires échappés d’une blague entre amis : « Ils avaient surnommé mes mouvements maladroits la ‘Disco de l’Asticot’. Ces moments, dérisoires et précieux, m’ont permis de tenir. » Lavigny : une traversée intérieure Le transfert au centre de rééducation de Lavigny marque une nouvelle étape. « Là-bas, j’ai dû regarder la vérité en face : mon bras gauche, mes doigts, mon équilibre… tout semblait brisé. » Les premiers exercices de physiothérapie sont un miroir cruel. « Pleurer est devenu quotidien. Comment accepter que ce corps fracassé soit le mien ? » Pourtant, au milieu de ces abîmes, de petites victoires émergent : un studio thérapeutique où elle peut préparer son café, un coin de Jura aperçu par la fenêtre. « Ce printemps volé que je touchais du bout des doigts, c’était déjà un début de reconquête. » Lors de notre entrevue, Lucille revient avec une force particulière sur deux promesses qu’elle s’est faites : « Me battre pour récupérer tout ce qui peut l’être, et transformer cette souffrance en quelque chose qui m’élève. » L’escalade : un paradoxe libérateur « C’est l’escalade qui m’a mise à terre, et c’est elle qui m’a relevée. » Ironie du destin, cette discipline, cause de son accident, devient un levier de renaissance. « À force de râler sur ma main gauche qui ne serrait pas les prises, j’ai contacté l’équipe suisse de para-escalade. » Elle décrit ce premier entraînement comme une révélation. « Ces athlètes, chacun avec leurs handicaps, leur force et leur humour… Je me suis sentie adoptée. » Son récit de sa première compétition est poignant : « Monter sur le podium, c’était irréel. Je pleurais de joie, j'étais tellement fière de moi. » Pourtant, Lucille reste lucide sur le prix à payer : « Grimper aggrave la fermeture de ma main. Mais l’escalade m’apporte une joie inégalée. Je préfère vivre cela, quitte à sacrifier autre chose. » Les ombres persistantes : une bataille intérieure Si son corps porte des cicatrices visibles, les blessures invisibles n’en sont pas moins dévastatrices . « La fatigue, les pertes de mémoire, l’hypersensibilité au bruit… Tout cela affecte ma vie de famille, mon couple. » Les crises d’épilepsie, violentes et imprévisibles, sont autant de rappels de sa fragilité. « Ces moments où je suis seule, à convulser sur le sol… Ils résonnent comme des brisures. » Et pourtant, Lucille s’accroche à une vision plus vaste : « Cette vie, même fragmentée, reste pleine de possibilités. Rien n’est jamais acquis, mais tout reste possible. » Une lumière indomptable "De la pierre à la lumière" est un témoignage, mais surtout un manifeste pour la résilience, une œuvre qui touche autant par sa sincérité que par sa profondeur . Lorsque Lucille évoque la rédaction de ce livre, elle confie : « C’était un poids à porter, mais aussi une libération. Maintenant, je me sens prête à ouvrir un nouveau chapitre. » En la quittant, nous sommes habités par une phrase qu’elle nous a confiée : « Malgré tout, je prends la vie comme elle vient, avec ses cicatrices. Tout est encore possible. » À ce jour, "De la pierre à la lumière" est principalement distribué en Suisse, mais Lucille Bolomey reste accessible : il est possible de commander son livre directement en la contactant par mail : lucillebolomey@gmail.com . Ce mode de diffusion, encore intimiste, reflète le parcours hors norme de son autrice. Pourtant, on ne peut qu’espérer une plus large accessibilité à cet ouvrage, tant son récit porte un message essentiel : sensibiliser à l’importance du port du casque, non seulement en escalade, mais dans toutes les activités où la fragilité de nos vies côtoie les aléas de l’imprévisible.

  • Le Birdie de BEAL : L’assureur qui donne des ailes (et des couleurs)

    BEAL, marque emblématique dans le monde de l’escalade et des équipements de sécurité, a bâti sa réputation sur l’innovation et la fiabilité. Basée à Vienne, en Isère, cette entreprise française est surtout connue pour ses cordes, mais elle se démarque aussi avec des produits comme  le Birdie, un assureur à freinage assisté qui revient dans une version revue et améliorée . De quoi rafraîchir un classique et séduire une nouvelle génération de grimpeurs. Une prise en main intuitive et efficace Lors de nos tests, le Birdie a prouvé sa valeur dans toutes les configurations : moulinette, assurage en tête, et même avec une corde proche de son diamètre minimal. Sa fluidité et son design ergonomique le rendent immédiatement accessible . Nous l’avons même confié à une grimpeuse novice, sans aucune expérience des modèles à freinage assisté, et elle a su l’utiliser sans difficulté majeure. Un point fort qui devrait convaincre les débutants comme les grimpeurs chevronnés. Un poids qui se justifie par une solidité remarquable Avec ses 220 g, le Birdie n’est pas le plus léger du marché . À titre de comparaison, le Petzl Grigri affiche 175 g, un écart notable pour ceux qui privilégient la légèreté. Mais le choix d’une construction tout en métal par BEAL s’accompagne d’une robustesse exemplaire. Cet assureur est clairement conçu pour durer, résister à l’usure et répondre aux attentes des grimpeurs exigeants. Une attention particulière à la préservation des cordes Le Birdie ne se distingue pas seulement par sa solidité, mais aussi par sa capacité à ménager vos cordes . Son mécanisme réduit les frottements inutiles et ses contours arrondis limitent l’usure, prolongeant ainsi la durée de vie du matériel. Pour les grimpeurs soucieux de préserver leur équipement, c’est un argument de poids, d’autant plus que l’investissement dans un assureur de qualité s’amortit sur le long terme. Des couleurs qui tranchent et un style affirmé Côté esthétique, le Birdie bouscule les codes. Ses combinaisons de couleurs vives apportent un vrai vent de fraîcheur dans un univers souvent marqué par des designs austères. Ce nouveau look n’est pas qu’un atout cosmétique : il traduit l’ambition de BEAL de moderniser le matériel d’escalade et d’attirer un public varié. Résultat, l’ancien modèle semble déjà dépassé face à ce Birdie qui allie style et performance. Verdict Le Birdie redéfinit les standards des assureurs modernes. Facile à prendre en main, robuste, et conçu pour préserver vos cordes, il s’adresse aussi bien aux novices qu’aux grimpeurs confirmés. Si son poids peut être un inconvénient pour certains, il est largement compensé par sa durabilité et sa fiabilité. Avec un design revisité et des couleurs éclatantes, ce Birdie marque un tournant dans la gamme BEAL. Une réussite à essayer sans hésiter. Caractéristiques techniques Type : Assureur à freinage assisté Poids : 220 g Diamètre de corde recommandé : 8,5 mm à 10,5 mm Freinage assisté : Oui Prix : 69.90 € Disponibilité : Birdie - Beal - En vente sur le site de Snowleader . Toute notre sélection de matériel à retrouver ici .

  • Symon Welfringer : L’alpinisme comme un retour aux sources de l’aventure

    Dans l’effervescence du Festival International du Film et du Livre d’Aventure de La Rochelle (FIFAV), Symon Welfringer s’impose comme l’une des voix les plus captivantes de l’alpinisme contemporain . Non pas par l’éclat d’un ego surdimensionné, mais par la simplicité désarmante avec laquelle il raconte ce qu’il fait de plus noble : grimper. À travers son histoire, ses inspirations et sa vision de l’alpinisme, il nous invite à repenser ce qu’est véritablement l’exploration en montagne . Des figures historiques comme boussole Symon n’a pas construit son alpinisme en vase clos. Ses inspirations plongent leurs racines dans les exploits de figures emblématiques . Parmi elles, Jean-Christophe Lafaille, dont les voies ouvertes à Céüse illustrent ce délicat équilibre entre grimpe et alpinisme. Ou encore Pierre Béghin, chercheur en physique nucléaire à Saint-Martin-d’Hères, qui incarnait pour Symon cette idée d’un alpiniste complet, partagé entre passion et carrière. Leur héritage dépasse très largement la simple notion de performance : « Ce sont des gars qui avaient une vie à côté, et je trouve ça super intéressant. » « Pour eux, arriver au Népal ou au Pakistan, c’était déjà les vacances. » Il élargit ensuite son panthéon à l’international avec Wojciech Kurtyka, maître du style alpin et pionnier des ascensions techniques sur les géants himalayens. Pour Kurtyka et les alpinistes polonais de son époque, chaque expédition était une échappatoire à un quotidien marqué par les tensions politiques de l’Europe de l’Est . Symon évoque avec respect leur approche minimaliste : « Pour eux, arriver au Népal ou au Pakistan, c’était déjà les vacances. » Ces références ne se limitent pas à des noms. Elles sont une source constante de réflexion et d’inspiration. Parmi les lectures qui l’ont marqué, il cite le livre de Bernadette McDonald sur l’histoire de l’alpinisme polonais, une fresque qui éclaire le courage et la résilience de ces grimpeurs hors normes. Le style alpin, une évidence et un idéal Si le style alpin est central dans les conversations autour de son film "Le Cavalier sans tête" - qui vient d'ailleurs de remporter la prix spécial montagne au FIFAV - Symon, lui, préfèrerait ne pas avoir à l’évoquer. « Mon idéal serait que l’alpinisme ne soit que style alpin, qu’on n’ait même pas besoin de le préciser », lâche-t-il. Mais la réalité impose des distinctions. À l’opposé du tourisme d’altitude ou des expéditions en style himalayen, où les cordes fixes et l’oxygène deviennent des artefacts incontournables , le style alpin revendique une pureté : gravir une montagne d’une seule traite, sans aides extérieures et sans retour en arrière. « Sur quinze expéditions, j’ai peut-être suivi mon plan A une seule fois. L’adaptation, c’est la base du haut niveau. » Pour Symon, cette approche transcende les techniques : c’est une philosophie. Le style alpin suppose une improvisation constante face à l’inconnu. Une descente prévue devient impraticable ? On bascule sur une autre face. Le sommet initial est inaccessible ? On redéfinit l’objectif. « Sur quinze expéditions, j’ai peut-être suivi mon plan A une seule fois. L’adaptation, c’est la base du haut niveau. » L’engagement, une recherche d’exploration pure Symon ne cache pas son goût pour l’exploration brute, celle où l’incertitude et l’engagement total redéfinissent l’expérience . Cette quête l’a mené au Népal, où, face à des imprévus, il a dû gravir une montagne inconnue, sans données précises ni informations préalables. « On a gravi une face dont on ne savait rien, et la première chose qu’on a vérifiée après, c’est si elle avait déjà été faite. » L’été dernier, c’est au Groenland qu’il a poussé cette logique plus loin. Pendant quarante jours, il a parcouru les fjords en kayak, atteignant des sommets vierges à l’écart de toute civilisation . « Là-bas, pendant quarante jours, on n’a croisé aucun humain. Juste nous et le paysage. » Loin des 8000 himalayens et des foules qu’ils attirent, cette aventure mêlait engagement physique, créativité et immersion totale dans une nature sauvage. « Chaque expédition, c’est un défi à plusieurs dimensions : trouver sa ligne, s’adapter, se réinventer. » Pour Symon, l’isolement n’est pas une contrainte, mais une opportunité d’aller plus loin dans l’exploration personnelle. « Chaque expédition, c’est un défi à plusieurs dimensions : trouver sa ligne, s’adapter, se réinventer. » L’avenir de l’alpinisme : réinvention et exploration Alors que certains prédisent la fin des grandes premières, Symon réfute cette idée avec ferveur. Il est convaincu que l’avenir de l’alpinisme réside dans la réinvention des pratiques et la combinaison des disciplines . « Il reste encore tellement de lignes à explorer, sur des montagnes moins hautes mais tout aussi engageantes. » Ce futur passe aussi par une démarche éthique. Symon insiste sur l’importance de faire fonctionner l’économie locale lors des expéditions : engager des porteurs, collaborer avec les habitants. Ce choix, au-delà du confort qu’il apporte, enrichit l’expérience humaine et donne un sens plus profond à ces aventures. À travers son approche, Symon prône une alpinisme où l’exploit ne se mesure pas uniquement en altitude ou en difficulté technique, mais dans la manière d’appréhender la montagne et ses défis. C’est un retour à l’essence même de cette pratique : l’aventure, la découverte et l’adaptation. Un message d’espoir pour conclure Pour Symon Welfringer, l’alpinisme de demain s’annonce riche de possibilités. Il ne s’agit plus de cocher des sommets ou d’atteindre des altitudes records, mais de redécouvrir un terrain de jeu aux mille facettes. « Ce qu’on cherche, c’est l’aventure, pas le chiffre ou la gloire. » Avec des expéditions mêlant kayak, ski ou escalade, il imagine un avenir où les frontières entre les disciplines s’effacent pour donner naissance à de nouvelles formes d’exploration . Et dans un monde où tout semble déjà documenté, Symon nous rappelle que l’aventure n’a pas disparu. Elle attend juste ceux qui osent s’aventurer hors des sentiers battus. Pour prolonger la réflexion sur l’alpinisme moderne, ne manquez pas notre interview de François Carrel réalisée au FIFAV : Himalaya à vendre : l’alpinisme à l’ère du selfie . Découvrez les enjeux d’un monde où les sommets se marchandent autant que les exploits : lire l’article ici . Interview réalisée par Guillaume Guémas et article rédigé par Pierre-Gaël Pasquiou. Pour retrouver l'intégralité de l'échange :

  • Babsi Zangerl : la fulgurance d’un flash sur El Capitan

    Yosemite, novembre 2024 – Quand l’histoire de l’escalade se réécrit, elle le fait parfois avec une intensité qui laisse sans voix. Barbara "Babsi" Zangerl, alpiniste autrichienne de renom, a gravé son nom au panthéon des exploits verticaux en réalisant le premier flash de Freerider , la mythique voie de 1 000 mètres sur El Capitan . Une ascension qui redéfinit les contours mêmes de ce que l’on croyait atteignable. Une voie, un mythe, un héritage Freerider , variante "adoucie" de la mythique Salathé Wall , se déploie sur la face ouest d’El Capitan, cette cathédrale de granit qui incarne l’épreuve ultime de l’escalade big wall . Premièrement libérée en 1998 par les frères Huber, elle est entrée dans l’imaginaire collectif en 2017, grâce au free solo d’Alex Honnold . Pourtant, aucun grimpeur, aussi illustre soit-il, n’avait jusque-là réussi à la flasher. Jusqu’à Babsi. « Rien n’est facile sur El Cap, » rappelle-t-elle. « Même les longueurs qui semblent abordables sur le topo demandent une attention constante et une énergie sans faille. » Cette confession dit tout de l’ampleur de son accomplissement, et souligne combien cette paroi demeure une épreuve de vérité pour les meilleurs. Duo au sommet : entre complicité et solitude Avec Jacopo Larcher, son compagnon de vie et de cordée, Babsi forme un binôme soudé par des années d’expéditions communes. Mais si leur succès résulte d’un travail d’équipe, l’épreuve du flash impose une solitude intérieure. « Jacopo a été fondamental, confie-t-elle. Sans lui, rien n’aurait été possible. » Jacopo, pourtant si proche de son propre flash, a chuté sur le crux de la Boulder Pitch , cette séquence exigeante qui a brisé tant de rêves . « Il n’a pas vu une prise-clé sous le toit. Il est tombé, a retenté immédiatement et enchaîné, mais pour le flash, c’était fini, » explique Babsi. Une chute qui n’a en rien entamé son soutien. « Il m’a donné toutes les informations nécessaires pour que je réussisse. Son abnégation est une leçon. » Préparer l’imprévisible Freerider n’était pas un projet murement prémédité, mais une opportunité née de leurs pérégrinations sur les parois du Yosemite. Après avoir libéré The Nose en 2019, le duo s’est confronté à la légendaire Monster Offwidth , cette fissure béante qui terrorise autant qu’elle fascine. « On avait entendu tellement d’histoires d’horreur qu’on l’avait évitée pendant des années, » avoue Babsi. Pourtant, le défi s’est imposé à eux comme une évidence. « Quand on a grimpé Magic Line, on a compris qu’on devait s’entraîner spécifiquement pour cette longueur. Alors, on a passé quatre jours à affronter des fissures comme Generator Crack et Twilight Zone. C’était infernal, mais nécessaire. » Malgré cette préparation, la Monster Offwidth a failli lui coûter son flash. « Après 40 mètres, j’étais à bout de souffle. Mon corps était en crampes. Et puis, je me suis rappelée un conseil d’Alex Honnold : si ça devient insupportable, incline-toi pour bloquer ta jambe et reprendre ton souffle. Cette astuce m’a sauvée. » Une ascension, mille batailles L’épreuve d’El Capitan dépasse largement une simple longueur clé ou un défi isolé. Les quatre jours passés dans la voie, ponctués de bivouacs précaires , ont mis à rude épreuve leur endurance physique et mentale. «Même après la Boulder Pitch , je n’ai pas soufflé. L’ Enduro Corner m’attendait encore, et chaque longueur demandait un engagement total.» Le style big wall impose aussi une logistique implacable : des relais suspendus, des kilomètres de corde à dérouler, et une gestion millimétrée du temps et des ressources. Mais c’est bien la tête qui commande. « Je crois que c’est le plus grand défi mental de ma carrière, » admet Babsi. « On doit se battre à chaque instant pour ne pas céder au doute. » Entre triomphe et mélancolie Quand enfin le sommet s’est dévoilé, l’émotion fut double. « C’était irréel. J’étais heureuse pour moi, mais triste pour Jacopo. On n’a qu’une chance pour un flash, et cette unicité peut être cruelle sur une paroi de 1 000 mètres. » Cette lucidité confère à sa victoire une profondeur rare : une célébration humble d’un moment unique, et une gratitude immense envers celui qui l’a accompagnée jusqu’au bout . Avec cet exploit, Babsi Zangerl inscrit son nom aux côtés des légendes . Pas simplement pour l’acte technique, mais pour ce qu’il symbolise : un mélange de détermination, de résilience et de vision. « Je n’ai jamais pensé que c’était possible. Pourtant, nous avons osé essayer. »

  • Jirishanca : une montagne qui fond, des légendes qui résistent

    Josh Wharton n’a pas d’Instagram. Ni de Facebook. Pas de TikTok non plus – même s’il en a vaguement entendu parler. À 39 ans, ce grimpeur originaire du New Hampshire préfère les sommets silencieux aux projecteurs. Sa vie ressemble à celle d’un personnage à contre-courant, presque caricatural : un alpiniste « old school » , stoïque, sans hyperboles ni fioritures. « Je grimpe parce que j’aime ça. » Point. Pourtant, en 2023, Wharton a signé l’une des ascensions les plus marquantes de sa carrière, et pas sur n’importe quel sommet. Avec Vince Anderson, autre légende vivante du monde vertical, il s’est attaqué au Jirishanca. Perché à 6 094 mètres dans la cordillère Huayhuash, au Pérou , ce géant s’est transformé en piège à rêves. Parce que l’altitude ne suffit pas : ici, tout se joue dans des murs calcaires précaires, des champignons de neige instables, et des surplombs de glace qui défient la gravité. Un endroit où, depuis vingt ans, personne n’a atteint le sommet. Pas un seul. Une montagne en train de mourir « Le Jirishanca, c’est tout ce qu’un grimpeur recherche et redoute à la fois, » confie Wharton dans Jirishanca, le documentaire produit par Patagonia. « Ça n’a rien d’un terrain de jeu, rien de rassurant. Et aujourd’hui, c’est encore pire. La montagne fond, littéralement. » Depuis sa première tentative en 2015, Josh a vu les glaciers reculer comme si quelqu’un avait pressé le bouton avance rapide . « Quand je suis revenu en 2019, le glacier avait reculé de plusieurs centaines de mètres. Et cette année, je dirais qu’il n’y avait presque plus rien. » Le constat est implacable. « Dans vingt ans, le glacier aura disparu. Ce sera une autre montagne. Enfin, si on peut encore appeler ça une montagne. » « En 2005, je grimpais des montagnes qui étaient couvertes de glace. Aujourd’hui, on grimpe sur de la roche effritée. Le changement climatique, c’est un bulldozer. » Pour Vince Anderson, 53 ans et Piolet d’Or en poche, ce spectacle est encore plus brutal. « En 2005, je grimpais des montagnes qui étaient couvertes de glace. Aujourd’hui, on grimpe sur de la roche effritée. Le changement climatique, c’est un bulldozer. Et on est là, coincés entre l’envie de gravir et le dégoût de ce qu’on voit. » Quand le risque change de visage Wharton n’est pas seulement un alpiniste chevronné. Il est père de famille. Sa fille, Hera, a neuf ans, et elle adore son père. Lui, il adore grimper. Et parfois, ces deux réalités se télescopent. « Être parent, ça change tout. Avant, je prenais des risques inconsidérés. Maintenant, je réfléchis plus. Enfin… un peu plus, » plaisante-t-il. Mais derrière la boutade, il y a un homme lucide. En 2019, Wharton et Anderson étaient à quelques encablures du sommet. « On était à bout de forces. Pas d’eau, pas de bivouac. À un moment, j’ai regardé Vince et je lui ai dit : ‘Je crois qu’on devrait rentrer pour voir nos familles.’ Et il a acquiescé. » « Le risque, c’est comme une banque. Tu ne peux pas te permettre de tout retirer en une fois. » Ces choix, Anderson les comprend mieux que quiconque. Père de trois garçons, il sait que chaque ascension est un retrait sur le compte fragile de la vie. « Le risque, c’est comme une banque. Tu ne peux pas te permettre de tout retirer en une fois. Surtout quand tu as des gosses. Mais tu ne veux pas non plus vivre en fermant ce compte. » Pour Wharton, cette philosophie ne l’empêche pas de grimper, mais elle l’incite à choisir ses défis avec soin . « Chaque fois que je retourne au Jirishanca, je sais que je mets beaucoup sur la table. Mais si je dois prendre des risques, je veux que ce soit pour quelque chose de beau, de grand. » Le duo improbable Il y a quelque chose d’un peu ironique dans le partenariat entre Wharton et Anderson. Josh est réservé, presque timide. Vince, lui, c’est un mélange de métal et de vinyles poussiéreux. « Je suis un mec nostalgique, » plaisante Anderson. « J’adore les vinyles, les t-shirts de groupes improbables, et je pense que j’aurais dû être le frontman d’un groupe de rock. Mais au lieu de ça, je suis guide de montagne. » Cette dynamique fonctionne pourtant à merveille. « Vince est mon yin, » dit Wharton. « Il est tellement cool et posé. En montagne, c’est l’équipier rêvé. Il sait quoi faire, il anticipe tout, et il ne panique jamais. » Ce respect mutuel est la clé de leur succès. Et en 2023, ce respect les a menés là où personne n’était allé depuis deux décennies . Une ascension brutale Le documentaire de Patagonia ne fait pas dans la poésie . Il montre des grimpeurs épuisés, transis de froid, mais obstinés. « On a eu une fenêtre météo après plusieurs jours d’attente. On savait que c’était notre seule chance, » raconte Wharton. L’ascension commence par une succession de murs calcaires vertigineux. « De la grimpe pure, technique. Chaque mouvement est un test. » « Ces surplombs, c’est le point d’orgue du Jirishanca. C’est beau, mais tellement difficile. À chaque coup de piolet, tu ne sais pas si ça va tenir. » Puis viennent les surplombs de glace, des structures improbables, défiant les lois de la gravité. « Ces surplombs, c’est le point d’orgue du Jirishanca. C’est beau, mais tellement difficile. À chaque coup de piolet, tu ne sais pas si ça va tenir. » Et enfin, la dernière étape : une crête sommitale qui ressemble à une succession de champignons de neige instables. « Imaginez essayer de grimper dans du sable mouillé. Chaque pas est un effort monumental. » Le 22 août 2023, après trois jours d’efforts, Wharton et Anderson atteignent enfin le sommet . « C’était irréel, » se souvient Vince. « Aider Josh à réussir, c’était aussi fort pour moi que d’atteindre le sommet. » Pour Wharton, cette ascension es une manière de mettre en lumière les ravages du changement climatique . « Je ne grimpe pas pour être célèbre, » dit-il. « Mais si mon expérience peut montrer à quel point ces montagnes disparaissent, alors ça en vaut la peine. »

  • Yasuhiro Shiota, le bottier devenu ressemeleur indépendant à Fontainebleau

    Au pied des blocs mythiques de Fontainebleau, Yasuhiro Shiota redonne vie à des milliers de chaussons d’escalade . Installé dans son atelier-boutique, cet artisan japonais devenu maître du ressemelage pour grimpeurs a troqué la mode sur-mesure pour des paires de chaussons usées jusqu’à la corde. Un choix de passion, d’audace et d’indépendance totale. Du Japon à Fontainebleau : l’itinéraire d’un bottier rebelle Yasuhiro Shiota n’avait rien du profil du bottier classique. Fils de Tokyo, formé en Angleterre, il arrive en France pour se perfectionner dans le sur-mesure de luxe . « J’étais bien, en théorie. Le boulot était stable. Mais la crise du Covid a tout chamboulé, et l’atelier pour lequel je travaillais a fermé, » raconte-t-il. Face à l’incertitude, Yasuhiro, grimpeur depuis plus de dix ans, voit là un tournant possible. « J’avais une autre idée derrière la tête. À l’époque, il n’y avait quasiment pas de services de ressemelage de chaussons d’escalade en France. C’était un terrain vierge, à exploiter. » « J’avais une autre idée derrière la tête. À l’époque, il n’y avait quasiment pas de services de ressemelage de chaussons d’escalade en France. C’était un terrain vierge, à exploiter. » Le destin l’attendait à Fontainebleau, l’épicentre mondial de l’escalade de bloc. « Fontainebleau, c’est la Mecque, tous les grimpeurs y passent un jour ou l’autre. J’y allais tous les week-ends en train et en vélo. Et à force, je me suis dit : autant m’installer ici, faire quelque chose de concret pour les grimpeurs, » dit-il. En 2023, son atelier ouvre ses portes. Un endroit où on répare des chaussons ; mais aussi un lieu où l’on parle, on échange, on partage des récits d’escalade. Le ressemelage : art et défi quotidien Le quotidien de Yasuhiro est rythmé par le bruit des machines et l’odeur du caoutchouc chauffé. Chaque matin, il s’attaque aux paires préparées la veille. « Il y a toute une procédure à respecter. Je termine les paires laissées 24 heures pour que la colle prenne, puis je nettoie, enlève les anciennes gommes, prépare les nouvelles semelles. C’est répétitif, mais il faut que ce soit parfait à chaque fois, » explique-t-il avec précision. Mais loin d’être un simple ouvrier, Yasuhiro voit chaque paire de chaussons comme une prolongation de son propre art . « En travaillant, je pense à mes propres projets d’escalade. À chaque paire, je me dis : ‘Qu’est-ce que j’aimerais que ces chaussons apportent ? Comment je peux améliorer leur performance ?’ » En tant que grimpeur lui-même, il voit dans le ressemelage bien plus qu’un travail technique. « En travaillant, je pense à mes propres projets d’escalade. À chaque paire, je me dis : ‘Qu’est-ce que j’aimerais que ces chaussons apportent ? Comment je peux améliorer leur performance ?’ » Et cette réflexion, les clients la ressentent. Certains viennent avec des paires qui traînaient au fond d’un placard depuis des années , d’autres ramènent leurs modèles vintage, usés jusqu’à la corde. « Pour eux, chaque paire a une histoire. Et moi, j’essaie de la prolonger. » Éthique et écologie : prolonger la vie des chaussons Pour Yasuhiro, le ressemelage n’est pas seulement un métier, c’est aussi un acte militant . « Les chaussons d’escalade, c'est un gros budget, et ils s’usent à une vitesse folle. Si tu grimpes trois fois par semaine, ta paire n'est plus utilisable après trois mois. Le ressemelage, c’est un gain énorme pour le portefeuille des grimpeurs, et ça évite de jeter des tonnes de caoutchouc et de plastique, » explique-t-il. Le ressemeleur s’assure de travailler avec des matériaux de haute qualité, notamment des gommes officielles pour les modèles les plus populaires. « Ça me permet de garantir un bon résultat, surtout pour les chaussons les plus utilisés comme ceux de La Sportiva. » « Les chaussons contiennent des gommes, du plastique, toutes ces choses qui mettent des années à se décomposer. Alors, autant faire durer. » En prolongeant la durée de vie des chaussons, Yasuhiro contribue à un geste écologique significatif . « Ce que je fais, ce n’est pas parfait pour l’environnement, bien sûr, mais c’est toujours mieux que de jeter. Les chaussons contiennent des gommes, du plastique, toutes ces choses qui mettent des années à se décomposer. Alors, autant faire durer. Certains clients, je leur ressemelle les mêmes paires quatre, cinq fois ! Ça dépend de la qualité de la fabrication, de l'état dans lequel les chaussons arrivent à l'atelier, mais tant que c'est possible, je continue. » Indépendance : un choix de vie brut et sans compromis Le passage au statut d’indépendant n’a pas été facile pour Yasuhiro, mais c’était une décision mûrement réfléchie . « J’ai quitté un boulot où tout était stable. Chaque mois, tu reçois ton chèque, tu fais ton travail, tu rentres chez toi. C’est confortable, trop confortable même, » avoue-t-il sans détour. « À force, tu te retrouves enfermé dans une routine. Tu espères une augmentation, tu te bats pour des miettes… C’est là que tu te dis qu’il y a autre chose à vivre. » « Quand je travaille, je sais que chaque effort, chaque heure de travail, ça me revient directement. Ça te rend plus vivant, parce que tout ce que tu fais, c’est pour toi, pas pour quelqu’un d’autre. » Aujourd’hui, il gère tout, de l’artisanat aux papiers administratifs, en passant par la comptabilité . « Être indépendant, c’est jongler avec tout ça. Personne ne t’aide, et les mois ne se ressemblent jamais. Mais c’est ce qui me motive. C’est moi qui décide de tout : mon rythme, mes choix. Et c’est pour ça que je me lève le matin. » Pour Yasuhiro, l’indépendance est aussi un défi personnel, une manière de prouver qu’il est maître de son destin . « Quand je travaille, je sais que chaque effort, chaque heure de travail, ça me revient directement. Ça te rend plus vivant, parce que tout ce que tu fais, c’est pour toi, pas pour quelqu’un d’autre. » Dans cet atelier à taille humaine, où chaque coin est optimisé, Yasuhiro a su créer un espace à son image : « Mon atelier, c’est mon terrain de jeu. J’y ai mis mes machines, mais aussi mes instruments de musique et même un espace pour m’entraîner physiquement. Personne ne me dicte comment je dois l’aménager. Ça aussi c’est le luxe de l’indépendance. » Un pilier de la communauté de Fontainebleau Yasuhiro Shiota a choisi de s’ancrer au plus près de la communauté des grimpeurs. « Fontainebleau, c’est un carrefour pour les passionnés du monde entier. Je veux que cet atelier soit là pour eux, que ce soit une référence où ils peuvent réparer leurs chaussons au lieu de les jeter. » Pour lui, offrir un service de proximité, qui fait sens pour la communauté, est essentiel . « C’est un moyen pour moi de contribuer, à ma manière, à ce que les grimpeurs puissent profiter de leurs chaussons plus longtemps, sans gâchis. » Depuis son ouverture, l’atelier de Yasuhiro Shiota s’est imposé comme un repère pour ceux qui veulent allier passion et responsabilité. Avec ses machines, son expertise et son amour de l’artisanat, Yasuhiro a redonné ses lettres de noblesse à un métier peu connu mais essentiel. Un atelier où chaque chausson raconte une histoire, et où chaque client repart avec bien plus qu’une semelle réparée : une expérience, une part d’authenticité, et une bonne dose de liberté partagée. Cet article s’inscrit dans une série de portraits d’indépendants, initiée en collaboration avec Blank , la plateforme qui accompagne les freelances et entrepreneurs dans leur gestion financière. Blank propose un compte professionnel adapté aux indépendants, avec des outils pour simplifier leur quotidien : facturation, gestion des dépenses, cotisations et support dédié. L’objectif ? Libérer du temps aux indépendants pour se concentrer sur ce qui compte vraiment, tout en leur offrant la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour développer leur activité en toute sérénité.

  • Alex Honnold : dans l’ombre des sommets, la lumière d’un homme

    Il y a des noms qui dépassent les frontières de leur discipline, et Alex Honnold en fait indéniablement partie. Connu mondialement pour ses ascensions en solo intégral, il incarne autant l’audace que la maîtrise. Pourtant, ses confidences dans une récente interview pour The InnerView, une série dédiée aux conversations longues et fouillées, révèlent un Honnold moins connu . À travers cet échange, le grimpeur se livre sans détour sur ses choix de vie, ses réflexions intimes et ses engagements pour un monde en mutation. Si son ascension légendaire d’El Capitan en 2017 reste gravée dans la mémoire collective, cette discussion nous emmène bien au-delà des images de falaises vertigineuses. Entre les défis de la parentalité, son engagement écologique et la popularisation massive de l’escalade , Alex Honnold apparaît dans toute sa complexité. Un regard approfondi sur un homme dont la vie et les réflexions, comme ses ascensions, défient les normes. Un van pour quatre : l’aventure sous un autre angle Le van. Symbole d’un mode de vie minimaliste et nomade, il fut longtemps l’univers d’Alex Honnold. Pendant plus d’une décennie, il sillonnait les routes dans un véhicule spartiate, vivant pour grimper, dormir et repartir vers la prochaine paroi. Aujourd’hui, ce van raconte une autre histoire. Celle d’un père de famille qui partage désormais cet espace confiné avec sa femme et ses deux filles . « Rien à voir avec ma vie d’avant », résume-t-il. « Je grimpais, je me reposais, et le reste du temps, je faisais ce que je voulais. Maintenant, je suis constamment occupé avec les enfants. » « Voir leurs yeux s’émerveiller, c’est comme grimper pour la première fois » Cette nouvelle dynamique impose son lot de défis. Voyager à quatre transforme le moindre trajet en une expédition logistique . Pourtant, Alex Honnold n’y voit pas un renoncement mais une redécouverte. Explorer les mêmes parois avec ses filles, leur faire découvrir la magie des lieux qui l’ont façonné, c’est une autre forme d’ascension : celle du partage. « Voir leurs yeux s’émerveiller, c’est comme grimper pour la première fois », confie-t-il. La peur, cette vieille amie Quand on pense à Alex Honnold, la question de la peur revient immanquablement. Comment un homme peut-il affronter des parois gigantesques sans corde, là où chaque faux pas est fatal ? Et surtout : la paternité a-t-elle modifié son rapport au risque ? « Pas vraiment », affirme-t-il, presque désinvolte. « J’étais déjà effrayé par la mort avant d’avoir des enfants. Je le suis toujours. » « J’étais déjà effrayé par la mort avant d’avoir des enfants. Je le suis toujours. » Ce qu’Alex Honnold décrit, c’est une gestion méticuleuse du danger. Préparation exhaustive, répétition des mouvements jusqu’à ce qu’ils deviennent instinctifs, refus du moindre imprévu : sa méthode n’a pas changé. Ce qui a évolué, c’est son calendrier. Moins de grands projets lointains, davantage de grimpe en local, et une pratique moins fréquente . Non pas par peur, mais par nécessité. « Aujourd’hui, chaque ascension doit s’intégrer dans un équilibre familial. Mais l’essence reste la même : être sur la roche, en harmonie avec le lieu. » Voir le monde avec des yeux neufs En 2023, Alex Honnold s’est lancé dans une aventure atypique avec son ami de longue date, Tommy Caldwell. Ensemble, ils ont traversé l’Amérique à vélo pour atteindre le Devil’s Thumb, un sommet majestueux d’Alaska. Cette expédition a offert à Alex Honnold une prise de conscience saisissante . « J’ai réalisé à quel point j’avais une vision biaisée du monde. En tant que grimpeur, je fréquente des lieux préservés : des parcs nationaux, des montagnes isolées. Mais en traversant ces territoires à vélo, j’ai vu une Amérique exploitée, dégradée, où les communautés locales peinent à prospérer. » « Il m’a montré que nous avons encore beaucoup à faire, pour les paysages comme pour les communautés. » Cette expérience renforce un engagement qu’Honnold porte depuis longtemps. Avec la Honnold Foundation , il finance des projets solaires communautaires à travers le monde, liant justice sociale et préservation de l’environnement . « Quand on protège l’environnement, on protège aussi les gens qui en dépendent », insiste-t-il. Et ce voyage à vélo ? « Il m’a montré que nous avons encore beaucoup à faire, pour les paysages comme pour les communautés. » La popularisation de l’escalade : un paradoxe moderne Longtemps marginale, l’escalade est désormais partout : dans les salles, sur les écrans, aux Jeux Olympiques . Ce sport autrefois réservé à quelques initiés est devenu une industrie en pleine expansion. Si certains puristes redoutent une perte de son âme, Honnold y voit une opportunité . « Même si quelqu’un ne grimpe qu’en salle, c’est déjà une porte d’entrée vers quelque chose de plus grand. Et s’ils passent un jour à l’extérieur, ils vivront des expériences inoubliables en pleine nature. » Mais il n’ignore pas les paradoxes de cette massification. L’escalade devient un produit de consommation, standardisé et parfois vidé de sa substance. Pourtant, pour Honnold, l’essentiel demeure : « Plus il y a de grimpeurs, plus il y a de gens connectés à la nature. Et dans un monde où ces espaces sont menacés, c’est crucial. » Une icône qui interroge ses choix Que reste-t-il de l’Alex Honnold d’avant Free Solo, ce grimpeur solitaire prêt à défier la mort pour un moment de grâce sur une paroi ? Tout, et rien. Si ses priorités ont évolué, l’essence de son engagement demeure intacte. « Je grimpe toujours pour les mêmes raisons : parce que c’est un jeu, une joie. » « Si être connu me permet de vivre de ce que j’aime et d’avoir un impact positif, alors c’est un prix que je suis prêt à payer. » Dans cette conversation avec The InnerView, il apparaît lucide sur sa notoriété. « Si être connu me permet de vivre de ce que j’aime et d’avoir un impact positif, alors c’est un prix que je suis prêt à payer. » Pourtant, il reste clair : ce n’est pas la célébrité qui le définit, mais son rapport à la roche, à l’effort, et à la beauté des lieux qu’il explore . Un homme en quête de sens Alex Honnold n’est pas qu’un grimpeur hors norme. Il est aussi un père attentif, un militant engagé et un homme en constante évolution. À travers ses choix de vie, il pose une question fondamentale : pourquoi grimpons-nous ? Pour atteindre des sommets, ou pour le simple plaisir de nous élever ? Sa trajectoire, inspirée autant par les sommets que par les regards émerveillés de ses enfants, nous invite à y réfléchir.

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