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- Deepfreeze : l’hiver, la Walker, et trois alpinistes givrés
1986 : Patrick Gabarrou et Hervé Bouvard tracent une ligne audacieuse dans le granit abrupt des Grandes Jorasses. La Directissime de la Walker devient une voie mythique, un trophée pour ceux qui aiment souffrir avec panache. 2023 : Charles Dubouloz, Symon Welfringer et Clovis Paulin débarquent avec une idée un peu folle. Et si on la refaisait… mais en plein hiver ? Parce que grimper en t-shirt, c’est surfait, et que les parois glacées, ça muscle les convictions. Cinq jours suspendus dans le froid, à jouer les funambules sur des fissures gelées, armés d’un mélange de courage, d’humilité et, avouons-le, d’un ego bien huilé. Mais c’est ce qu’il faut pour affronter une montagne qui ne pardonne rien. Leur aventure, capturée dans l e film Deepfreeze de Yannick Boissenot, a fait le tour des festivals et vient tout juste de devenir accessible gratuitement en ligne . Une plongée fascinante dans le vide… et dans la tête de trois gars qui en redemandent. Le froid, cet entraîneur personnel sadique L’alpinisme hivernal, ce n’est pas pour les touristes en mal de selfies. C’est pour ceux qui aiment quand ça pique, littéralement. À -20 °C, même enfiler ses chaussons devient un combat. Le froid s’immisce partout, transformant les corps en glaçons ambulants. Chaque geste, chaque longueur, devient une négociation où l’on mise gros : son énergie, sa lucidité, parfois son intégrité mentale . Charles, Symon et Clovis ont choisi de jouer à fond la carte du minimalisme. Crampons, piolets ? Oui, mais le strict minimum. Grimpe libre ? Toujours que possible, même si ça veut dire se frotter au granit avec des doigts gelés. Le résultat, c’est une escalade aussi pure qu’impitoyable. Pas de pitié pour les mains, pas d’échappatoire pour l’esprit. Et pourtant, entre deux bourrasques, l’équipe trouve le moyen de rire. Parce que dans ces conditions, l’humour, c’est comme une dernière couche thermique : ça ne règle rien, mais ça réchauffe un peu. Dialogue avec l’héritage de Gabarrou Reprendre la Walker, c’est marcher dans les pas de Patrick Gabarrou et Hervé Bouvard, dont l’exploit de 1986 a marqué l’histoire de l’alpinisme. À l’époque, leur ouverture relevait d’une audace brute, entre esprit pionnier et bricolage inspiré. Leurs pitons, plantés à la main, témoignent encore de leur passage, figés dans le granit. Mais aujourd’hui, la montagne a changé. L’hiver l’a durcie, les fissures se sont scellées sous la glace, et ce qui semblait logique sous le soleil de l’été devient absurde dans les ombres glacées de l’hiver . Pour le trio, reprendre cette voie n’est pas une répétition, mais une réinterprétation . L’idée n’est pas de refaire ce qui a été fait, mais de le transcender. Pourtant, face à une paroi gelée, il n’y a pas de négociation. La montagne impose ses règles, et le jeu consiste à improviser sans jamais perdre pied. La paroi comme théâtre, le film comme miroir Yannick Boissenot ne filme pas une simple ascension : il dissèque un combat. Son objectif s’attarde sur les détails que le froid voudrait effacer — une main qui hésite, un crampon qui cherche sa place, des regards échangés sans un mot. Ici, tout est brut, sans maquillage, comme si le froid avait gelé toute tentative de mise en scène. Symon avance avec la précision d’un chirurgien, ses gestes aussi millimétrés que le grain de la roche. Clovis, le rookie de l’équipe, oscille entre la peur et une énergie presque insolente, comme un funambule qui aurait le vertige. Et Charles, lui, semble habiter la paroi. Ce chaos glacé, c’est sa zone de confort, ou du moins ce qui s’en rapproche. Il bivouaquerait sans doute une nuit de plus, juste pour le plaisir d’y être. Le film, lui, ne cherche pas à vous tenir la main. Pas de grands discours, pas de mise en scène exagérée. Juste l’essence de l’alpinisme : l’effort lent, les doutes qui rongent, et ces moments où le sublime tutoie l’absurde. Une invitation à ressentir, plutôt qu’à comprendre. Un film, une leçon, une montagne Disponible en ligne depuis peu, Deepfreeze est un miroir tendu à tous ceux qui se demandent pourquoi on grimpe. Et la réponse, comme toujours, tient en quelques mots : pour rien. Pour le vide. Pour le geste. Mais surtout pour ce que ça laisse en nous. Les Grandes Jorasses ne sont pas un but ; elles sont un terrain d’expression. Un endroit où l’on apprend à apprivoiser ses peurs, à tester ses limites, et parfois, à accepter que l’on ne conquiert rien. Parce qu’au sommet, il n’y a que le vent et cette certitude étrange : on y reviendra. Alors, prenez une doudoune, un chocolat chaud, et laissez-vous emporter. Ce film, comme cette aventure, a cette capacité rare : il donne froid au corps, mais chaud au cœur. Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .
- Le Footing Vertical : Une révolution pour rendre l'escalade accessible à tous
L'escalade est souvent vue comme une activité réservée aux personnes en pleine forme. Une perception qui est sur le point de devenir obsolète grâce au Footing Vertical, une innovation portée par Mickael et Bassa Mawem , deux athlètes éminents de ce sport. Cette machine est conçue pour rendre l'escalade accessible aux personnes de tous âges, de toutes conditions physiques, et avec ou sans handicaps , transformant ainsi les salles d'escalade en espaces inclusifs et autonomes. À ce jour, l'escalade semble être un privilège réservé à un cercle restreint d'initié(e)s. Les statistiques montrent que sur plus de deux milliards de personnes, comprenant des personnes âgées, des sédentaires et des personnes handicapées, seulement 35 millions pratiquent l'escalade . Le Footing Vertical, créé par les frères Mawem, vise à modifier cette dynamique en offrant une solution pour intégrer des millions de personnes exclues de cette activité. Une innovation qui intègre des technologies brevetées qui adaptent l'effort requis en fonction des capacités individuelles de chaque utilisateur . Cette machine est équipée de systèmes de réglage permettant une progression personnalisée et sécurisée, incluant une fonction anti-panique et un mécanisme de délestage simulant une gravité "lunaire". Adapté pour compenser diverses déficiences – qu'elles soient pondérales, musculaires, neurologiques, visuelles ou mentales – ce dispositif rend l'escalade agréable et accessible à tous. La sécurité est bien entendu un pilier central du Footing Vertical, assurant une expérience sécurisée à 100%, permettant aux utilisateurs de grimper sans crainte. Cette innovation favorise également l'autonomie en permettant à des individus qui nécessiteraient normalement une assistance pour l'activité physique de pratiquer l'escalade en toute indépendance . L'amélioration de l'accessibilité à l'escalade s'aligne avec les objectifs de l'Organisation Mondiale de la Santé sur l'activité physique, jouant un rôle essentiel dans l'amélioration de la santé globale et l'augmentation de l'espérance de vie. Le dispositif est aussi une ressource précieuse pour les établissements scolaires, les clubs associatifs et les salles privées , encourageant l'inclusion et permettant à des personnes souvent marginalisées de participer activement dans ces lieux de socialisations importants. Bien que le développement du Footing Vertical doive encore se poursuivre avant sa commercialisation prévue pour 2025 , l'enthousiasme est palpable, notamment à travers les expériences des premiers utilisateurs. Camille, ancienne gymnaste ayant perdu l'usage de sa jambe après un accident, témoigne : "J’ai tout de suite chopé le virus de la grimpe. Cela m’a permis de fermer une porte et d’en ouvrir d’autres. Être à nouveau essoufflée et surtout entendre mon cœur battre était agréable. Tout revenait à la vie !" En permettant à chacun de défier la gravité, Mickael et Bassa Mawem pourraient bien redéfinir l'avenir de l'escalade , rendant l'escalade accessible au plus grand nombre et transformant profondément cette pratique sportive.
- L’escalade, du contrepied au grand public : quelle voie pour l’avenir ?
À mesure que l’escalade s’élève dans l’imaginaire collectif, une question surgit : ce succès massif entraîne-t-il un changement d’identité ? Dans une récente vidéo, Hannah Morris dissèque avec finesse cette trajectoire : des murs d’entraînement aseptisés aux collaborations luxueuses, des podiums olympiques aux cafés branchés des nouvelles salles, la grimpe s’est muée en phénomène culturel mondial . Mais en s’offrant au plus grand nombre, peut-elle rester fidèle à ses racines ? Ou, pour paraphraser une crainte contemporaine : le succès tuera-t-il l’âme de l’escalade ? D’une rébellion silencieuse à la pleine lumière Avant que l’escalade ne devienne tendance, c’était une affaire de marginaux et d’inadaptés. Jimmy Chin, alpiniste et documentariste, rappelle : « L’escalade, c’était pour ceux qui ne trouvaient pas leur place dans le sport traditionnel ou même dans la société. » C’était l’époque des pionniers "dirtbags" des années 70, perchés dans la vallée du Yosemite avec pour seul horizon une ligne de fissure à ouvrir. Depuis, la donne a changé. En dix ans, le nombre de salles d’escalade aux États-Unis a grimpé de 76 %, passant de 353 à 622 établissements . Au Royaume-Uni, la fréquentation des salles a bondi de 60 % en quatre ans. En clair, grimper est devenu une option aussi naturelle qu’une séance de fitness. Ce basculement s’explique en partie par la transformation des salles d’escalade. Jadis austères, elles sont désormais des espaces où le design épouse l’expérience utilisateur : des murs colorés, des itinéraires pour tous les niveaux, un café qui propose du flat white. Pour Jed McDonnell, directeur de The Climbing Hangar, cette mutation est logique : « L’escalade en salle n’a plus besoin de l’escalade en extérieur. C’est devenu un sport en soi. » L’effet olympique et hollywoodien : la puissance des images La bascule du sport "underground" vers la scène mondiale n’est pas le fruit du hasard. Trois catalyseurs ont joué un rôle central : le cinéma, les réseaux sociaux et les Jeux Olympiques . Des films comme Free Solo ou The Dawn Wall ont transcendé l’univers des grimpeurs pour capter l’imaginaire collectif. Alex Honnold suspendu sans corde sur El Capitan est devenu une icône planétaire . Sur YouTube, les vidéos d’escalade explosent, tout comme les recherches en ligne, qui ont bondi de 69 % entre 2014 et 2015. Puis, en 2021, l’escalade fait ses débuts olympiques à Tokyo. Sa version compétitive – spectaculaire, nerveuse et accessible – séduit un public mondial. Un sport qui n’offre pas seulement un défi, mais une dramaturgie immédiate, où le corps et l’esprit s’affrontent contre la paroi. La grimpe comme antidote au vide contemporain Si l’escalade séduit autant aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour son esthétique visuelle ou son caractère accessible. C’est ce qu’elle nous offre en retour qui compte. Dans un monde saturé par le numérique et l’immédiateté, grimper propose une expérience concrète, exigeante et sensorielle . Chaque mouvement est un dialogue entre le corps et la paroi, un retour à quelque chose de plus primitif. Alex Honnold le souligne : « Avec la course et la natation, l’escalade est l’une des façons les plus élémentaires par lesquelles l’être humain a négocié son environnement pendant des millénaires. » Pour Kim Bore, philosophe et grimpeuse, cette quête dépasse la performance : « L’escalade ne perd pas son identité. Elle évolue, comme elle l’a toujours fait. » Des grimpeurs "dirtbags" aux pratiquants d’aujourd’hui, chaque génération façonne ce sport à son image. Mais ce qui reste immuable, c’est ce que l’escalade donne : le dépassement de soi et l’appartenance à une communauté . Une salle comme nouvelle agora sociale L’escalade en salle n’est plus un simple espace d’entraînement : c’est un lieu de vie, de rencontre et de partage. C’est ce que découvre Jen, une novice invitée dans la vidéo. Elle arrive avec ses préjugés : « Je pensais que je n’avais pas assez de force, que ce n’était pas pour moi. » Et pourtant, après quelques essais, l’appréhension laisse place à une satisfaction nouvelle : celle d’avoir défié ses limites. Ces espaces modernes n’excluent plus : ils accueillent. On y croise des familles, des jeunes, des quadragénaires en quête de forme, des groupes d’amis qui transforment la séance en rituel hebdomadaire. L’élitisme de l’époque semble s’effacer, comme le rappelle Jed McDonnell : « Combien de fois dois-tu grimper pour être un grimpeur ? Si tu es sur le mur, tu en es un. » Pour beaucoup, l’escalade devient un prétexte : un moyen de retrouver un collectif dans une société qui en manque cruellement . L’époque des grimpeurs solitaires appartient au passé. La nouvelle identité du sport s’ancre dans le lien social qu’il génère. Escalade et capitalisme : les failles d’un succès Mais cette démocratisation a un prix. Le succès attire le capitalisme, et avec lui, le risque de voir l’escalade perdre ce qui faisait son âme. Les collaborations avec Louis Vuitton ou Gucci ont de quoi faire sourire – ou grincer des dents. Delaney Miller, chroniqueuse chez Climbing.com, résume l’ambiguïté : « Ce sport, qui représente pour beaucoup quelque chose d’artistique et spirituel, est devenu plus monétisable que jamais. » Alors, l’escalade risque-t-elle de devenir une simple marchandise ? Peut-être. Mais pour Hannah Morris, la réponse est ailleurs : dans ce que chacun vient y chercher. Certains grimperont pour l’image, d’autres pour la communauté, d’autres encore pour se retrouver face à eux-mêmes. Retrouver le sens, un mouvement après l’autre À travers l’essor de l’escalade, c’est une soif collective qui s’exprime . Une quête de mouvement dans un monde statique. Une recherche d’ancrage dans une époque flottante. Grimpeurs novices ou confirmés, chacun y trouve un espace où l’effort n’est pas vain, où chaque chute est un apprentissage, et où le sommet n’est jamais une fin, mais le début d’autre chose. En cela, l’escalade répond à une question universelle : comment se reconnecter à l’essentiel dans un monde de plus en plus abstrait ? La réponse tient en une prise. Puis une autre. Et l’élan qui nous pousse toujours plus haut. Ces articles peuvent aussi vous intéresser : L'évolution de l'escalade en salle au Royaume-Uni Gentrification de la grimpe : la nouvelle voie CSP+ L'escalade, un sport de gauche ?
- Jim Pope, failles et éternel recommencement
À travers une vidéo récemment publiée par Wedge Climbing, Jim Pope nous entraîne dans son univers, où chaque voie devient un terrain de jeu et d’exploration. Grimpeur, mais surtout explorateur, il incarne l’esprit d’une escalade complète et sans concessions, oscillant entre compétitions millimétrées et aventures sauvages sur le grès brut du Peak District . Là où certains cherchent la cotation ou la performance, Jim cultive l’art de recommencer, de réinventer son escalade à chaque nouvelle ligne. © Wedge Climbing Un grimpeur façonné entre béton et nature Né en 1998 à Londres, Jim Pope découvre l’escalade enfant, lors d’un séjour en famille dans le Lake District. Dès lors, les salles d’escalade deviennent son refuge dans une ville où la roche naturelle semble bien loin. À Hackney, où il grandit, il s’entraîne avec une régularité de métronome. À seulement 15 ans, il signe une performance précoce en réalisant " Mecca – A Mid-Life Crisis " (8b+), une voie emblématique de Raven Tor. Rapidement repéré, Jim intègre l’équipe nationale britannique et enchaîne les titres de champion national en difficulté. Mais son ambition dépasse les murs artificiels : Jim Pope n’est pas un pur produit de la compétition. Il refuse de choisir entre les disciplines, préférant se nourrir de leurs différences pour enrichir son escalade . « Je veux être bon partout, du bloc au trad, en passant par la grimpe sportive. Pourquoi choisir ? » Cette soif de polyvalence l’amène à repousser ses limites : 8B+ en bloc, 8c+ en escalade sportive, et E10 en trad. Des chiffres impressionnants, mais Jim Pope n’en fait jamais des trophées. Ce qui compte pour lui, c’est l’expérience, l’aventure brute, les heures passées à chercher une ligne encore vierge. Kinder scout : un terrain où le passé rencontre le présent Au cœur du Peak District, le plateau de Kinder Scout s’élève comme un monument de l’histoire de l’escalade britannique. Ici, pas de prises usinées ni de confort moderne : le grès impose ses règles. Cette roche imprévisible, souvent glissante, force les grimpeurs à la précision et à la retenue. « Les lignes ne viennent pas à toi, il faut les chercher, parfois les gratter. Rien que l’approche est une mise à l’épreuve », confie Jim. Pour lui, Kinder est autant un terrain d’aventure qu’un lieu de mémoire. « Le topo n’est pas qu’un guide, c’est un livre d’histoires. Chaque ligne a été grimpée, rêvée ou ratée par d’autres avant moi. C’est comme si tu marchais sur leurs pas. » Mais cette mémoire n’empêche pas la nouveauté. C’est ici que Jim Pope a ouvert " Kindred Spirits ", une ligne sous un toit massif : 25 mouvements sans répit, où la technique côtoie l’endurance pure. « Ce n’est pas la cotation qui est dure, c’est l’ensemble. L’effort continu, les placements de protection… C’est épuisant, mais tellement gratifiant. » De la compétition à l’aventure : l’équilibre subtil Si les lignes sauvages de Kinder nourrissent l’aventurier en lui, Jim Pope reste aussi un compétiteur dans l’âme. Il a connu la pression des qualifications pour les Jeux Olympiques et la rigueur des circuits internationaux. Une expérience qu’il décrit comme formatrice, bien qu’étouffante. « Après des mois d’entraînement millimétré, partir à Kyarn sans plan précis, c’était vital. Plus de chrono, plus de pression. Juste grimper pour le plaisir. » Cette liberté retrouvée contraste avec les salles où tout est calculé. Car pour Jim, l’essence de l’escalade se trouve dans l’inattendu : les blocs qu’on découvre par hasard, les prises masquées sous la mousse, les journées trop longues où l’on rentre les doigts en feu mais le sourire aux lèvres. Un grimpeur complet, à la recherche de nouvelles lignes Jim Pope, c’est aussi un esprit curieux, un explorateur. Il ne se contente pas des voies tracées et cherche sans cesse « la ligne qui n’existe pas encore ». Ses réalisations dans des styles aussi variés que le trad, le bloc et la difficulté en font l’un des grimpeurs britanniques les plus polyvalents . À Kinder Scout, il a trouvé un terrain à sa mesure : brut, exigeant, sans concessions. Mais il n’hésite pas à changer d’horizon pour mieux revenir. En Suisse, il trouve une forme de répit : « Là-bas, tu déplaces ton pad d’un mètre et tu trouves une autre voie cinq étoiles. Ça repose l’esprit. » Un contraste nécessaire avant de replonger dans les terrains d’aventure, là où chaque prise est une conquête. La beauté d’un recommencement perpétuel Ce qui distingue Jim Pope, c’est aussi cette capacité à se remettre en question, à toujours revenir à l’essentiel. Du sommet d’une voie mythique à la ligne encore anonyme d’une vallée perdue, chaque expérience compte. Pour lui, l’escalade n’est pas une affaire de chiffres ou de médailles, mais de moments partagés, d’histoires gravées dans le grès. « Même après des big walls, même après les plus belles ascensions, je reviens ici et je retrouve de la magie dans une petite ligne locale. Ça veut dire qu’il y a toujours plus à découvrir. » Le grès comme école de vie Jim Pope est l’incarnation d’une escalade totale : celle qui ne se limite ni à un mur, ni à une discipline. En équilibre constant entre compétition et aventure, il cultive une polyvalence rare, alimentée par une soif inépuisable de renouveau. Le grès, avec sa beauté brute et ses défis insaisissables, est pour lui bien plus qu’une roche : c’est une école de vie. Un terrain où chaque sommet n’est jamais la fin, mais le début de quelque chose d’autre. Toutes les meilleures vidéos de grimpe sont à retrouver dans notre section dédiée .
- Cinq livres pour s'élever : la sélection engagée de la librairie Libertalia
À Montreuil, la librairie Libertalia cultive l’indépendance comme une philosophie. Plus qu’un simple lieu de vente, elle incarne un espace de pensée critique où chaque ouvrage raconte un fragment d’histoire ou une lutte . Nous avons rencontré Florent, l’un des visages de ce bastion littéraire, pour découvrir sa sélection de cinq livres. Entre récits de montagne, voyages et réflexions politiques, ces ouvrages invitent à repenser nos rapports au monde, à la nature et à ceux qui la traversent. © Vertige Media Alpinisme et anarchisme : une contre-histoire engagée « Dans l’alpinisme, il y a toujours une tension entre liberté et solidarité », explique Florent. Cette idée centrale irrigue Alpinisme et anarchisme de Guillaume Goutte. Loin des récits convenus sur les exploits individuels, cet ouvrage déploie une réflexion politique inattendue : et si la montagne était une incarnation de l’anarchisme ? L’auteur s’appuie sur l’histoire de l’alpinisme, né dans les hautes sphères britanniques au XIXᵉ siècle, pour montrer comment ce sport s’est rapidement ancré dans des milieux populaires et ouvriers . Il explore des figures et des collectifs militants comme la FSGT, fondée dans les années 1930 pour allier sport et lutte contre le fascisme, ou Alpinismo Molotov, collectif italien actuel. Florent souligne aussi le parallèle entre les notions de cordée et de solidarité : « La cordée, c’est l’inverse du ‘premier de cordée’ qu’on nous vend parfois. C’est un acte collectif pur, un pacte de confiance qui reflète l’essence même de l’anarchisme. » Pour compléter, Libertalia propose également Militant du sport populaire , un livre qui plonge au cœur de l’histoire de la FSGT et de ses combats. Ensemble, ces ouvrages redonnent à l’alpinisme une dimension politique longtemps oubliée. © Vertige Media Élisée Reclus : science, poésie et écologie avant l’heure Avec Histoire d’une montagne. Histoire d’un ruisseau , Élisée Reclus, géographe et communard, offre une perspective à la fois scientifique et poétique sur la nature . Réédité par Libertalia, ce texte du XIXᵉ siècle résonne étrangement avec les préoccupations écologiques actuelles. Reclus ne se contente pas de décrire les phénomènes géologiques : il leur insuffle une vie propre. « Une montagne bouge, vit, s’écroule et renaît », écrivait-il. Ses descriptions mêlent science, poésie et une profonde réflexion morale. Il observe la nature comme un organisme en perpétuel mouvement , sensible aux forces qui l’habitent et aux impacts de l’activité humaine. « C’est un texte qui aiguise le regard et invite à écouter le paysage », note Florent. Élisée Reclus y dénonce déjà les effets destructeurs du capitalisme industriel , donnant à son œuvre une portée prophétique. Un classique intemporel, où la montagne devient un miroir de nos sociétés. © Vertige Media Une vie avec Alexandra David-Néel : un hommage en bande dessinée Avec Une vie avec Alexandra David-Néel , Libertalia nous emmène cette fois dans les dernières années de l’une des grandes figures féminines du voyage . À travers une bande dessinée en quatre tomes, le lecteur découvre l’exploratrice à travers les yeux de Marie-Madeleine, son assistante au caractère opposé. Le récit oscille entre le présent des années 1960, dessiné en noir et blanc, et les flashbacks en couleur qui retracent les grands moments de la vie de David-Néel : sa traversée du Tibet en 1924, son dialogue avec le Dalaï-Lama ou encore sa conversion au bouddhisme. « Cette dualité visuelle sert magnifiquement le récit », commente Florent, qui salue également le trait semi-réaliste de Mathieu Blanchot. Cette BD n’est pas qu’un hommage biographique : c’est une réflexion sur la transmission, la liberté et la quête d’absolu. © Vertige Media Corine Morel Darleux : une exploration hybride Avec Nous irons trouver la beauté ailleurs , Corine Morel Darleux livre un texte inclassable, entre carnet de voyage, manifeste politique et journal intime . L’autrice, militante écologiste et libertaire, raconte ses expériences dans le Vercors, en Inde et ailleurs, pour questionner notre rapport au monde. « Elle tisse un récit où l’écologie, la littérature et la philosophie s’entrelacent », explique Florent. Ce livre, hybride par essence, pousse à repenser le mouvement : non pas comme une fuite, mais comme une reconquête de soi et du collectif. À travers une écriture intime mais jamais prétentieuse, Corine Morel Darleux alterne entre réflexions personnelles et observations universelles. Pour Florent, ce texte est une véritable passerelle entre les amateurs d’essais et ceux qui préfèrent la littérature , « une porte d’entrée vers des thématiques exigeantes mais accessibles ». Lucia Azema : les femmes qui voyagent Enfin, avec Les femmes sont aussi du voyage , Lucia Azema dresse un panorama des grandes figures féminines du départ . Exploratrices, aventurières ou simples marcheuses, ces femmes ont osé se confronter à un monde souvent hostile. « Encore aujourd’hui, voyager seule reste semé d’embûches pour une femme », rappelle Florent. Azema combine analyse féministe et récit inspirant , explorant autant des figures historiques comme Nelly Bly que des héroïnes oubliées. Elle imagine aussi ce que serait le voyage dans un monde libéré du patriarcat : une vision joyeuse et galvanisante, où chaque pas devient un acte d’émancipation. « Ce livre fait du bien, et ça se voit », raconte Florent. « Les lectrices reviennent souvent pour l’offrir, preuve qu’il résonne profondément. » Un manifeste pour toutes celles qui rêvent de partir, qu’il s’agisse d’un trek himalayen ou d’une simple marche en montagne. © Vertige Media Libertalia : une philosophie pirate En filigrane de cette sélection, Libertalia réaffirme son engagement. Maison d’édition autant que librairie, elle incarne une indépendance farouche, fidèle à ses racines militantes . « Ici, pas de compromis avec les grands groupes », insiste Florent. « On reste libres et entiers. » Fondée par des militants proches du punk et du syndicalisme, Libertalia refuse de céder aux pressions commerciales, privilégiant les rééditions d’œuvres oubliées et les textes contemporains engagés. C’est une maison où la pensée critique trouve refuge, et où chaque livre devient une arme de résistance. Florent conclut avec une touche d’humour : « C’est pirate, mais ça fonctionne. Et franchement, qui ne voudrait pas embarquer ? »
- Santé mentale et bien-être global : le secret d’une ascension sereine
En escalade, le mental est aussi important que la technique ou la force. Si grimper teste notre force physique, c’est aussi un exercice constant de résilience mentale . Garder son calme face au stress, trouver la motivation quand l’énergie vacille… ces défis nécessitent des outils adaptés. Et si la nature pouvait nous venir en aide ? Un essai en tête sur une voie exposée, une compétition qui approche ou simplement un défi qui nous obsède… Le stress, bien qu’invisible, peut devenir un véritable mur infranchissable. Pourtant, avec quelques gestes simples et un coup de pouce naturel, il est possible de transformer ce sentiment en une force tranquille. Visualisez votre réussite : l’ascension commence dans la tête Imaginez chaque mouvement, chaque prise, le rythme de votre respiration, jusqu’à ce moment où vos doigts se referment sur la prise finale. La visualisation, adoptée par les plus grands athlètes, est une arme redoutable . Ajoutez-y quelques gouttes d’ huile essentielle de Lavande vraie Bio , à appliquer sur vos tempes ou à diffuser, et vous obtenez un duo apaisant parfait pour calmer les pensées envahissantes. Pour un effet encore plus profond, tournez-vous vers la Camomille romaine Bio ou le Petitgrain bigarade Bio . Leurs propriétés sédatives vous aident à lâcher prise, tandis que la Marjolaine à coquilles Bio soulage les tensions les plus persistantes. Diffusez ces huiles essentielles une demi-heure avant votre séance ou appliquez-les diluées lors d’un exercice de respiration pour retrouver votre centre. Des alliés dans votre tasse : tisanes et compléments pour un mental en acier Parfois, il suffit d’une tasse de tisane pour calmer l’agitation intérieure. La Camomille Bio , douce et relaxante, est idéale pour s’apaiser tout en se réchauffant. Une tasse une heure avant votre session vous offrira un moment de recentrage bienvenu. Pour aller plus loin, la poudre d’ Ashwagandha Bio est un choix judicieux. Cette plante adaptogène équilibre le cortisol, l’hormone du stress, tout en favorisant une clarté mentale précieuse. Une cuillère à café dans votre smoothie matinal, et vous voilà prêt à grimper vers de nouveaux sommets, l’esprit serein. Maintenir la motivation et éviter le burn-out sportif Entre entraînements intenses et compétitions, l’escalade peut parfois perdre de son éclat. La clé ? Trouver un équilibre entre effort, récupération et bien-être. Quelques rituels simples peuvent vous aider à maintenir votre passion intacte, loin du surentraînement et de l’épuisement mental. Après une séance éprouvante, offrez-vous un bain relaxant avec une poignée de sel d’Epsom . Riche en magnésium, il apaise les muscles tout en détendant le mental. Une pause parfaite pour se recentrer et repartir du bon pied. Quand la fatigue pointe le bout de son nez, certaines huiles essentielles peuvent être de véritables boosters. La Menthe poivrée , avec son effet rafraîchissant et stimulant, vous redonne un coup de fouet instantané. Envie d’une énergie plus douce et durable ? Le Citron Bio revitalise le mental, tandis que le Romarin à cinéole favorise la concentration. Associé au Pin sylvestre, tonique et énergisant, ce cocktail d’huiles essentielles vous prépare à relever vos défis avec dynamisme. Diffusez-les au réveil ou avant une séance pour une motivation retrouvée. L’endurance dans l’assiette : compléments et super-aliments Pour un soutien sur le long terme, la Poudre de Maca Bio et la Poudre de Ginseng Bio sont des incontournables. Ces super-aliments boostent votre vitalité tout en respectant l’équilibre naturel de votre corps. La Gelée royale Bio , quant à elle, renforce l’immunité et soutient l’endurance, même dans les périodes d’entraînement intensif. Ajoutez une touche de ces ingrédients dans votre routine, et vous sentirez la différence. Routine conseillée : Bain apaisant : 1 poignée de sel d’Epsom pour relâcher les tensions. Boost matinal : Une cuillère à café de Poudre de Maca Bio ou de Ginseng Bio dans un smoothie. Diffuseur énergisant : 3 gouttes de Menthe poivrée + 2 gouttes de Citron Bio. Un mot sur la sécurité et les précautions d’utilisation Les solutions naturelles sont de précieuses alliées, mais elles doivent être utilisées avec discernement. Consultez toujours un professionnel de santé si vous suivez un traitement ou si vous avez des conditions médicales particulières . Les huiles essentielles, par exemple, nécessitent des précautions spécifiques, notamment pour les enfants ou les femmes enceintes. Utilisez-les avec parcimonie et privilégiez toujours des produits de qualité. Pour en savoir plus sur les précautions d’utilisation des huiles essentielles, n’hésitez pas à consulter ces ressources dédiées . Télécharger le guide complet Votre progression commence ici. 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- Coupe du monde d’escalade sur glace à Champagny : entre adrénaline et enjeux olympiques
Sous l’ombre imposante des falaises immaculées des Alpes savoyardes, Champagny-en-Vanoise se prépare à accueillir une discipline aussi captivante qu’intimidante. L’escalade sur glace, souvent perçue comme une forteresse réservée aux initiés , fascine par ses défis et inspire par son esthétique brute. Du 29 janvier au 1er février 2025, cette étape phare de la Coupe du monde, organisée par la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) avec le soutien de l’Union internationale des associations d’alpinisme (UIAA), coïncide presque avec l’ ICE Climbing , un événement qui permet à toutes et tous de toucher du glaçon et d’en explorer les secrets. © FFCAM Une discipline entre fragilité et puissance Plus qu’une simple pratique hivernale, l’escalade sur glace partage une parenté avec l’escalade classique, mais s’en distingue par un univers où chaque outil — crampons, piolets, broches — devient une extension du corps, permettant d’affronter des surfaces gelées imprévisibles et souvent hostiles. Apparue dans les années 1970, elle s’est progressivement enrichie de variantes , comme le "dry-tooling", une discipline complémentaire qui consiste à grimper sur des parois rocheuses sèches à l’aide de piolets et de crampons. Ce croisement entre glace et roche a permis d’explorer de nouveaux territoires techniques , repoussant encore les limites de la créativité et de l’endurance. « La glace impose ses règles : elle exige une concentration totale et tolère peu d’erreurs. Chaque geste oscille entre précision chirurgicale et intuition brute », explique Nils Guillotin, cadre technique à la FFCAM. Ces compétitions, qu’elles soient en difficulté ou en vitesse, incarnent une rencontre entre technique acérée et énergie brute. © FFCAM © FFCAM Champagny, bastion de l’escalade sur glace Parmi les rares structures artificielles en France, la tour de Champagny-en-Vanoise est une référence incontournable. Depuis les années 2000, ce site accueille des événements de portée internationale et attire des athlètes du monde entier . « Ce n’est pas qu’une simple structure, c’est un laboratoire où s’écrit le futur de l’escalade sur glace », confie un bénévole local. En 2025, ils seront 120 grimpeurs issus de 25 nations à venir tester leur métal dans des épreuves de difficulté et de vitesse . Sous leurs coups de piolets, Champagny deviendra le terrain d’expression ultime pour une discipline en quête de reconnaissance. Une discipline en route pour les JO Avec sa reconnaissance comme discipline de haut niveau par le ministère des Sports en 2022, l’escalade sur glace poursuit un objectif clair : intégrer les Jeux olympiques d’hiver 2030 en tant que sport additionnel. Cette ambition, soutenue par l’UIAA, reflète le chemin parcouru mais également les défis à relever : rendre la discipline plus accessible tout en préservant son essence . Mais l’avenir soulève aussi des questions cruciales. Comment conjuguer compétition d’envergure et durabilité environnementale ? Et peut-on réellement démocratiser un sport qui repose sur une infrastructure aussi complexe que la glace ? © FFCAM La montagne en question Les organisateurs de Champagny invitent également à la réflexion sur l’impact et le sens de ces pratiques. En parallèle des compétitions, une conférence sur le respect de l’environnement dans les activités outdoor rappelle les enjeux liés à l’exploitation des milieux naturels. Et puis, il y a la Gorzderette, ce rendez-vous loufoque qui joue la carte de la montagne festive . Entre descentes en kayak sur neige et courses en luge à foin, cet événement détonne par son esprit de camaraderie et d’autodérision. Si la Coupe du monde reflète l’excellence sportive, la Gorzderette célèbre une montagne accessible, à hauteur d’homme. Une glace qui fond Mais sous les crampons et les piolets, un enjeu plus vaste se dessine. Dans un contexte de réchauffement climatique, l’escalade sur glace devient un plaidoyer silencieux pour la préservation des environnements gelés . Ce lien fragile entre l’homme et la montagne fait de Champagny un espace à la fois sportif et symbolique. Infos pratiques Dates : du 29 janvier au 1er février 2025 Lieu : Champagny-le-Haut, Savoie, France Le programme 29 janvier : Cérémonie d’ouverture (18h) 30 janvier : Épreuves de difficulté (qualifications) 31 janvier : Demi-finales en difficulté, épreuves et finales de vitesse 1er février : Finales en difficulté et cérémonie de clôture (20h) Autres événements : La Gorzderette (1er février), conférences et journée d’initiation ouverte à tous (2 février).
- Svana Bjarnason : « Ce n’est pas qu’une histoire de rocher »
Quand je retrouve Svana Bjarnason pour cette interview au Festival Femmes en Montagne , elle m’accueille comme si on se connaissait depuis toujours. Son sourire est chaleureux, complice même, et pourtant, c’est la première fois que l’on se voit. « Je lis Vertige Media, alors je me sens déjà un peu chez moi », lance-t-elle en s’installant. Une manière d’ouvrir la discussion avec décontraction, même si ce qu’elle partage ensuite est tout sauf léger. Svana Bjarnason a beau être une grimpeuse accomplie, elle refuse de se laisser enfermer dans une image lisse. À travers son film Climbing from the Ashes, la Franco-Islandaise raconte son combat pour enchaîner Mind Control, une voie mythique cotée 8C en Espagne. Mais au-delà de l’exploit sportif, ce documentaire explore les défis personnels, les blessures, et les moments de vulnérabilité qui jalonnent sa vie . Et à mesure qu’elle se confie, on découvre une athlète à la fois sincère, entière, et profondément humaine. © David Pillet Mind Control : la voie, mais pas que Mind Control c’était une épreuve totale, physique et mentale pour Svana. Entre un incendie qui a ravagé la falaise et des blessures récurrentes, le projet a mis à l’épreuve bien plus que ses doigts et son mental de grimpeuse. Pourtant, elle confie que la réussite n’était pas l’objectif principal . « Même si je n’avais pas réussi cette voie, j’aurais gardé des souvenirs incroyables. J’ai tellement appris sur moi-même pendant cette expérience. » Cette voie n’est effectivement qu’un fil conducteur. Climbing from the Ashes ne se concentre pas sur la seule performance, mais sur le processus, les doutes, et les moments où tout semble s’effondrer. « Ce film, je l’aurais fait même si je n’avais pas enchaîné. L’enjeu dépassait largement la réussite. » Dire la vérité, même quand elle dérange Pour Svana, être visible dans le milieu de l’escalade implique une responsabilité implicite : celle d’inspirer sans travestir la réalité. « Je ne veux pas mentir sur les réseaux sociaux. Oui, je suis DJ à mes heures perdues, et oui, ça m’arrive de faire la fête. Je n’ai pas à le cacher. » Mais cet engagement à être elle-même va bien au-delà d’anecdotes légères. Dans son film, Svana choisit d'ailleurs d’aborder un sujet encore largement tabou : son avortement. « Tout est fait pour que tu te sentes honteux. À l’époque, je ne travaillais pas beaucoup, donc poser une journée n’était pas un problème. Mais pour quelqu’un qui bosse à plein temps, il faut poser un congé pour avorter, et on te dit que tu peux travailler en télétravail. Moi, j’étais pliée de douleur sur mon canapé. » © David Pillet Cette expérience l’a poussée à partager son histoire, d’abord avec ses proches, puis plus largement sur les réseaux sociaux . « En parler m’a libérée. J’ai reçu des conseils, et j’ai pu en donner à d’autres. Ça m’a aidée, et ça a aidé des personnes en retour. » Médiatiser autrement : des histoires avant tout Pour Svana, mieux médiatiser l’escalade ne signifie pas en parler davantage, mais mieux. « J’aime l’idée de raconter l’histoire derrière la performance. Dire que quelqu’un a fait une voie dure, c’est plat. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il ou elle a mis en place pour réussir. » Elle cite en exemple Jessica Pilz, qui a récemment enchaîné Papichulo (9a+). « Elle a expliqué qu’au début, elle voulait abandonner. Ce genre de détail, ça humanise l’exploit. » Cette approche se retrouve dans Climbing from the Ashes , où Svana dévoile les coulisses d’une vie de grimpeuse marquée par les hauts et les bas. Neom : un choix difficile Quand on interroge Svana sur son invitation aux Neom Beach Games en Arabie Saoudite, elle confie avoir hésité longuement. « J’ai demandé à des grimpeurs locaux ce qu’ils en pensaient. Ils étaient choqués par la vision que l’Occident a de leur pays et m’ont conseillé de venir voir par moi-même. » Pourtant, le contexte politique et humain entourant l’événement pèse lourd. « Vérifier par soi-même ? Ça ne marche pas. On te montre ce qu’on veut. » Finalement, Svana a choisi de décliner l’invitation. « Je ne voulais pas avoir à me justifier. C’était trop politique pour moi. » Elle admet néanmoins comprendre la complexité de la situation pour d’autres grimpeurs. « Dans un milieu où les moyens financiers sont limités, je ne juge pas ceux qui font des choix différents. » © David Pillet L’escalade d’aujourd’hui : entre démocratisation et contradictions Svana observe avec lucidité l’évolution de l’escalade. « L’escalade en salle, c’est le nouveau fitness. Beaucoup de grimpeurs ne vont jamais dehors, et ce n’est pas grave. Mais il faut les éduquer, car grimper en salle et grimper en falaise, ce n’est pas la même chose. » Malgré l’augmentation du nombre de pratiquants, les conditions de vie des athlètes restent précaires. « Gagner une Coupe du Monde, c’est à peine 3 000 euros. Paradoxalement, des contests privés offrent souvent plus. » Ce paradoxe reflète un marché encore en construction, où les athlètes doivent jongler entre passion et survie financière. Quand on interroge Svana Bjarnason, elle confie ne pas s’attendre à certaines questions, comme si elle ne réalisait pas pleinement à quel point ses choix de vie et ses prises de parole interpellent. Pourtant, c’est bien elle qui, à travers son film et son authenticité assumée, enclenche ce type de discussions. Climbing from the Ashes est un prétexte pour ouvrir des débats qui dépassent largement l’escalade : la résilience face à l’échec, la nécessité de transparence, ou encore les dilemmes éthiques auxquels chacun peut être confronté. Sans chercher à l’être, Svana devient une voix singulière dans le milieu de l’escalade, à la croisée de l’intime et de l’universel. Parce que, comme elle le dit si bien, « ce n’est jamais facile d’en parler, mais c’est toujours essentiel. » Envie de prolonger l’expérience et de découvrir d’autres récits puissants comme celui de Svana Bjarnason ? Le Festival Femmes en Montagne continue de vivre en ligne jusqu’au 6 janvier. Avec 28 films à la carte, plus de 10 heures de récits captivants, l’édition digitale vous plonge dans des histoires de résilience, de dépassement et de métamorphose. Un voyage immobile au cœur de la montagne et des femmes qui la réinventent. À ne pas manquer !
- Nico Pelorson : Kiné, grimpeur, et artisan de l'équilibre
Dans un coin lumineux d’une maison de santé à Nemours, non loin des blocs emblématiques de Fontainebleau, Nico Pelorson enchaîne les consultations. Grimpeur passionné et kinésithérapeute indépendant, il navigue avec une précision millimétrée entre ses deux univers . Une trajectoire atypique qui mêle opportunisme, passion et quête d’équilibre dans un quotidien parfois épuisant, mais toujours riche. © Vertige Media Grenoble-Fontainebleau : un parcours sinueux, mais cohérent Originaire de Grenoble, Nico Pelorson n’avait pas prévu de devenir kinésithérapeute . « À la base, ce n’était pas une vocation, mais une opportunité. Je voulais grimper à Fontainebleau et m’entraîner avec l’équipe de France. Intégrer une école de kiné dans la région, c’était l’occasion parfaite de combiner études et sport. » Ce choix, plus stratégique qu’instinctif, l’a mené à découvrir un métier bien plus vaste qu’il ne l’imaginait. « Je connaissais seulement la kiné du sport, une infime partie du métier. Pendant mes études, j’ai découvert tout le spectre de la profession, de la pédiatrie à la neurologie. Finalement, ça m’a plu, mais c’était un coup de chance. » Quatre ans après l’obtention de son diplôme, Nico exerce désormais dans une maison de santé pluridisciplinaire . Ici, médecins, psychomotriciens et kinés travaillent main dans la main pour offrir un soin complet à leurs patients. Indépendant par choix : la liberté comme maître-mot Comme 85 % des kinés en France, Nico a opté pour l’indépendance . Un statut particulièrement adapté à son style de vie, où la flexibilité est reine. « Être indépendant, c’est la seule façon de jongler entre travail et escalade. Je fais de grosses journées, parfois 20 à 25 patients, pour me libérer du temps dans la semaine. » Cette liberté est un avantage déterminant. « On peut ajuster son emploi du temps en fonction de ses priorités. Besoin de plus de jours pour grimper ? On réduit les consultations. Envie d’augmenter ses revenus ? On peut facilement voir plus de patients. » Il apprécie également la possibilité d’organiser ses vacances à sa guise, grâce à un système d’entraide avec ses collègues : « Quand je pars, ils me remplacent, et je fais de même pour eux. Ça permet une vraie souplesse. » Cependant, ce modèle exige une bonne gestion et une certaine résilience . « Si on tombe malade ou qu’on se blesse, c’est zéro revenu pendant les 14 premiers jours. » Les congés maternité et la retraite ne sont pas aussi avantageux qu’en salariat, mais pour Nico, cela reste un compromis acceptable. Le tarif des séances, lui, pose une contrainte financière. « Une séance de kiné tourne autour de 16 à 20 euros. Après les charges, il reste à peine 10 euros nets. » Pour compenser, il faut voir beaucoup de patients : une exigence qui, malgré tout, ne ternit pas son enthousiasme pour ce mode de vie. « Ce que je perds en sécurité, je le gagne en liberté. Et pour un grimpeur comme moi, pouvoir adapter mon rythme à mes passions n’a pas de prix. » © Vertige Media « Ce que je perds en sécurité, je le gagne en liberté. Et pour un grimpeur comme moi, pouvoir adapter mon rythme à mes passions n’a pas de prix. » Un équilibre fragile, certes, mais qui lui permet de conjuguer son métier et son amour pour la grimpe avec une cohérence qui lui ressemble. La kiné au service des grimpeurs : entre expertise et polyvalence Avec Fontainebleau comme toile de fond, Nico aurait pu se spécialiser dans les blessures propres à l’escalade. Pourtant, il s’en tient à une clientèle variée. « Mon collègue, qui travaille avec l’équipe de France, prend la plupart des grimpeurs. Moi, j’en vois quelques-uns, souvent des potes ou des renforts quand il est débordé. » « Les ruptures de poulie, c’est typique. On ne retrouve ça nulle part ailleurs. Ça demande de connaître l’activité pour proposer un bon suivi. » Les pathologies des grimpeurs sont parfois uniques. « Les ruptures de poulie, c’est typique. On ne retrouve ça nulle part ailleurs. Ça demande de connaître l’activité pour proposer un bon suivi. » Mais la majorité des cas restent classiques : tendinites, douleurs aux épaules, ou luxations . « Ces blessures, on les retrouve dans plein d’autres sports. Les grimpeurs ne sont pas si spéciaux, finalement. » Pour Nico, cette diversité est une richesse. « Je fais de tout : pédiatrie, gériatrie, rééducation générale. Ça évite de rester enfermé dans un seul univers. » Un quotidien chargé, entre satisfaction et défis Les journées de Nico sont denses. « Je commence tôt et je vois entre 20 et 25 patients. Trois ou quatre sont nouveaux, donc je fais un bilan complet pour comprendre leur problème et adapter le traitement. Avec les autres, c’est du suivi. On ajuste les exercices, on vérifie le travail fait à la maison. » Le cabinet, bien équipé, joue un rôle clé. « On a une grande salle commune avec des poids, des espaliers, des vélos, et même des barres parallèles. Ça nous permet de proposer des exercices adaptés à chaque situation. » Malgré cette organisation, la fatigue s’accumule. « Voir autant de patients, ça demande une énergie sociale énorme. Certains cas sont lourds, comme des pathologies dégénératives. Ça peut être dur à encaisser. » Pour retrouver l’équilibre, Nico s’isole parfois. « Après une grosse journée, j’aime aller grimper seul ou avec quelques potes en forêt. Ça recharge les batteries. » © Vertige Media Un métier en constante évolution Dans un secteur où les pratiques évoluent rapidement, Nico met un point d’honneur à se former. « Je fais une formation continue par an. C’est essentiel pour rester à jour sur les nouvelles recommandations scientifiques. » Il s’appuie aussi sur des articles, des réseaux sociaux spécialisés et des échanges avec ses collègues. « Instagram, par exemple, regorge de kinés qui partagent des techniques intéressantes. C’est moins académique, mais parfois très inspirant. » Le travail en maison de santé facilite également les collaborations. « Si j’ai un doute médical, je peux aller toquer à la porte d’un médecin. C’est rapide et ça rassure. » L’équilibre, une quête sans fin Pour Nico, kiné et grimpeur, l’équilibre reste un défi quotidien. « L’idéal serait de voir moins de patients, mais avec les tarifs actuels, c’est impossible. Alors, on jongle, on s’adapte. » Dans cette maison de santé nichée à Nemours, entre consultations et blocs, il continue d’affiner sa pratique, motivé par le plaisir d’aider les autres et de vivre pleinement sa passion . Un parcours qui illustre la résilience et l’ingéniosité de ceux qui choisissent de ne rien sacrifier à leur quête de sens. Cet article s’inscrit dans une série de portraits d’indépendants, initiée en collaboration avec Blank , la plateforme qui accompagne les freelances et entrepreneurs dans leur gestion financière. Blank propose un compte professionnel adapté aux indépendants, avec des outils pour simplifier leur quotidien : facturation, gestion des dépenses, cotisations et support dédié. L’objectif ? Libérer du temps aux indépendants pour se concentrer sur ce qui compte vraiment, tout en leur offrant la sécurité et l’accompagnement nécessaires pour développer leur activité en toute sérénité.
- Récupération et performance : les alliés naturels des grimpeurs
Grimper, c’est avant tout un jeu d’équilibre, mais le vrai challenge commence souvent une fois que vous redescendez au sol . Ce moment-clé, trop souvent négligé, s’appelle la récupération. Loin d’être une simple formalité, elle est l’opportunité d’offrir à votre corps ce dont il a besoin pour repartir de plus belle. Et si on y ajoutait une touche de naturel pour sublimer cette étape essentielle ? Muscles apaisés, corps prêt à repartir Bains récupérateurs : Rien ne vaut un bon bain chaud pour dire adieu aux courbatures. Mais avec une poignée de sel d’Epsom , l’expérience devient un véritable rituel. Riche en magnésium, ce sel apaise les muscles tout en réduisant les inflammations. Accordez-vous 15 à 20 minutes pour profiter de ses bienfaits : vos muscles vous remercieront, et votre esprit aussi. L’art de l’auto-massage : Après une séance intense, vos doigts, avant-bras et épaules ont bien mérité un peu d’attention. Pour les chouchouter, le macérât huileux d’Arnica Bio est un allié de choix : anti-inflammatoire et délassant. Besoin d’un apaisement plus profond ? L’huile de Millepertuis Bio nourrit tout en relaxant. Pour une touche de chaleur, quelques gouttes d’ huile essentielle de Lavandin super suffiront à transformer votre massage en un moment de pur bien-être. Recharger les batteries : alimentation et suppléments naturels La récupération, ce n’est pas qu’une question de repos : votre assiette joue un rôle déterminant. Bien choisie, elle devient votre meilleure arme contre la fatigue et les tensions. Protéines végétales : Pour réparer vos fibres musculaires après l’effort, la poudre de Protéines de Chanvre Bio est une solution parfaite : riche, naturelle et facile à intégrer dans vos smoothies ou yaourts. Une collation rapide et efficace qui booste votre récupération. Super-aliments : Stress oxydatif, inflammations... La Spiruline Bio et la poudre de Baobab Bio sont vos meilleures amies pour contrer ces effets indésirables. Et pour aller plus loin, la curcumine optimisée Bio offre un soulagement rapide des tissus endoloris. Un sommeil réparateur pour une progression assurée Dormir, ce n’est pas juste fermer les yeux : c’est permettre à votre corps de se régénérer en profondeur . Mais après une séance intense en fin de journée, trouver le sommeil peut parfois s'avérer compliqué. Voici quelques astuces pour transformer vos nuits en moments de récupération optimaux. Tisanes relaxantes : Pour préparer votre corps et votre esprit à une nuit paisible, la Tisane chanvre zen Bio est une alliée idéale. Besoin de rêves encore plus doux ? La Tisane rêves de camomille Bio vous offrira une détente florale irrésistible. Huiles essentielles : Quelques gouttes de Lavande vraie Bio sur l’oreiller suffisent à apaiser l’esprit. Envie d’aller plus loin ? La Camomille romaine Bio ou le Petitgrain bigarade Bio sauront calmer les méandres d’un cerveau hyperactif. Diffusez-les ou appliquez-les sur vos tempes pour un effet maximum. Un mot sur la sécurité et les précautions d’utilisation Les solutions naturelles, comme les huiles essentielles ou les compléments alimentaires, sont des alliés précieux pour les grimpeurs. Cependant, elles doivent être utilisées avec discernement. Si vous suivez un traitement ou avez des conditions médicales particulières, consultez un professionnel de santé avant d’intégrer ces produits à votre routine . Soyez également vigilant si vous prévoyez d’utiliser ces solutions pour des enfants ou des femmes enceintes. L’avis d’un spécialiste est indispensable pour garantir leur innocuité et leur pertinence. Pour en savoir plus sur les précautions d’utilisation des huiles essentielles, n’hésitez pas à consulter ces ressources dédiées . Faire de la récupération une seconde nature La récupération est plus qu’un acte de soin : c’est un pilier de votre progression. En adoptant ces gestes simples et naturels, vous optimisez vos performances tout en préservant votre corps. Parce qu’en escalade, chaque détail compte, et la récupération est l’un des plus importants. Pour aller plus loin, téléchargez notre guide complet gratuitement et découvrez comment intégrer ces solutions naturelles dans votre pratique quotidienne. Parce que grimper, c’est aussi savoir prendre soin de soi. 🌿 Ce contenu s’inscrit dans une série dédiée aux solutions naturelles et à leur rôle dans la pratique de l’escalade, en partenariat avec Aroma-Zone, référence incontournable pour les amateurs de produits respectueux de l’environnement. Depuis plus de 20 ans, Aroma-Zone accompagne celles et ceux qui souhaitent prendre soin de leur corps et de leur esprit grâce à des produits naturels de haute qualité : huiles essentielles, macérâts huileux, compléments alimentaires et soins adaptés à toutes les pratiques sportives. L’objectif de cette collaboration ? Mettre en lumière des pratiques simples, naturelles et efficaces, et permettre à chaque grimpeur de découvrir des outils pour enrichir sa routine. Découvrez leur univers et leurs engagements sur : www.aroma-zone.com
- "The Walk of Life" : James Pearson sur le fil de l’existence
Un van garé à la hâte dans les rues de Paris, un dîner improvisé, et au centre de la table, James Pearson . La veille de la projection de son film The Walk of Life à Londres, le grimpeur britannique s’est posé avec nous pour un échange . Plus qu’un repas, c’est un voyage à travers les souvenirs d’un homme dont la carrière a connu autant de sommets que de précipices. Entre anecdotes intimes et réflexions profondes, il nous a offert un aperçu d’un parcours façonné par la roche, l’adversité et une quête incessante de sens. Intrigués par son récit, nous avons eu la chance de visionner son film en avant-première. Un documentaire saisissant réalisé par Raphaël Fourau, qui, à l’instar de son protagoniste, transcende l’escalade pour toucher à l’essentiel. © The Walk of Life Quand l’ascension se fait chute Pour James Pearson, The Walk of Life n’est pas seulement une voie : c’est un moment charnière, un symbole de tout ce que l’escalade peut offrir… et retirer . « Je me souviens, c’était comme si tout ce que je connaissais s’écroulait sous mes pieds », confie-t-il en évoquant la tempête médiatique qui a suivi la rétrogradation de cette fameuse ascension. Initialement cotée E12, la voie avait été ramenée à E9, déclenchant une onde de choc dans le milieu du trad climbing britannique. Pour saisir l’impact de cet événement, il faut comprendre ce que signifie l’échelle des grades E, propre à l’escalade traditionnelle anglaise. « Ce n’est pas juste une mesure de difficulté, c’est une philosophie. Elle intègre tout : le danger, la qualité du rocher, la difficulté d’accès… » explique James. Le déclassement, relayé à outrance sur les forums et les médias spécialisés, ne fut pas seulement une critique technique : c’était une remise en question publique de son jugement et, par extension, de son identité de grimpeur . « Tout le monde avait une opinion, et aucune d’elles n’était en ma faveur. Ce n’est pas juste le grade qu’on attaquait, c’était moi. » Cet épisode marquera un tournant : celui où l’ascension devient descente. Fuir pour respirer La pression était insupportable. James quitte le Royaume-Uni, emportant avec lui plus que ses affaires : un poids lourd, fait de doutes et d’humiliations. « Partir était la seule option. Chaque pierre, chaque falaise me rappelait cet échec. » Mais la fuite ne libère pas toujours. Loin des roches britanniques, c’est un autre vide qui s’installe, plus sournois encore. C’est en Autriche, alors qu’il cherche à se reconstruire, qu’il rencontre Caroline Ciavaldini , une grimpeuse au tempérament solaire et à l’énergie communicative . Pour lui, il ne fait aucun doute qu’elle a été un pilier dans sa reconstruction, une bouée jetée à temps. Caroline, elle, esquisse une image plus nuancée, évoquant une solidité de façade qui dissimulait des fêlures plus profondes. © The Walk of Life Leur rencontre marque un tournant. Avec elle, James redécouvre la grimpe pour ce qu’elle est vraiment : un espace de liberté, dépouillé des jugements extérieurs. « J’étais obsédé par l’idée de prouver quelque chose. Caroline m’a appris à grimper juste pour le plaisir. » Ensemble, ils bâtissent une vie où voyages, projets et famille se mêlent, offrant à James une stabilité qu’il n’avait jamais connue. Bon Voyage : la voie de l’apaisement C’est pourtant une voie, encore une, qui devient l’épicentre de sa renaissance. À Annot, petit coin de paradis pour les amateurs de grès, James découvre Bon Voyage . Une ligne qui semble à la fois audacieuse, exigeante et étrangement familière. Il réalise alors que cette quête de l’ultime l’a ramené là où il avait grimpé tant de fois, comme si la réponse avait toujours été sous ses yeux, attendant simplement qu’il la voie autrement. Mais Bon Voyage n’est pas une quête de gloire. Cette fois, il ne s’agit plus de briller ou de plaire. « Tout était différent. Je ne cherchais pas à impressionner qui que ce soit. Cette voie, c’était pour moi. » Pendant deux ans, James consacre ses forces à cette ascension. Il y trouve plus qu’un défi technique : un exutoire, un espace pour explorer ses peurs et, finalement, les apprivoiser. © The Walk of Life Le poids d’une cotation Quand James achève finalement Bon Voyage, une autre épreuve l’attend : lui attribuer une cotation. Proposer E12, la plus haute de l’échelle, c’est s’exposer à une critique féroce. « Je savais ce que cela impliquait. Je savais que certains allaient encore chercher à me démolir. » © The Walk of Life L’arrivée d’ Adam Ondra , considéré comme l’un des plus grands grimpeurs de tous les temps, apporte à la fois excitation et appréhension. Mais cette fois, les choses sont différentes. Ondra tente la voie, et ses impressions sont sans appel : « C’est une œuvre d’art », déclare-t-il. Ce soutien inattendu permet à James de proposer, enfin, la cotation E12, avec sérénité. Un chemin vers la lumière Aujourd’hui, James Pearson ne grimpe plus pour les cotations ou la reconnaissance. « J’ai toujours ce besoin de prouver quelque chose, mais je commence à comprendre que ce n’est pas à la communauté que je dois prouver quoi que ce soit. C’est à moi-même. » The Walk of Life , son film, est une extension de cette quête. À travers ce documentaire, il ne raconte pas seulement l’histoire d’un grimpeur, mais celle d’un homme qui chute, se relève, et apprend à se réconcilier avec ses failles . Pour l’instant, il n’est pas possible de visionner le film en ligne, mais il sera projeté dans plusieurs festivals au cours des prochains mois. Une occasion unique de découvrir un récit qui transcende les prises et les sommets pour explorer l’humain dans toute sa complexité. En quittant ce dîner parisien, une phrase résonne encore : « Parler de ce qu’on ressent ne résout peut-être pas tout, mais si tu ne le fais pas, tu as déjà perdu. » Avec James Pearson, les falaises ne se gravissent pas seulement à la force des doigts, mais au courage de se confronter à soi-même.
- Tarifs des salles d’escalade : le grand dévers
À mesure que les enseignes privées attirent des grimpeurs aussi débutants que gentrifiés, une question se pose sur le juste prix de leur entrée. À tel point que même les clients les plus aisés se demandent s’il est bien sérieux de débourser le prix d’un déjeuner en ville pour se coller sur des prises. Alors, pratiquer l’escalade en salle privée coûte-t-il trop cher ? Et bien, ce n’est pas si simple… © Piet pour Vertige Media Commençons par les chiffres, les vrais. En 2024, environ 300 salles privées sont recensées sur le territoire national. Un chiffre en augmentation de 10 % en moyenne chaque année depuis 2019. Certaines salles proposent uniquement du bloc, d’autres de la voie, mais beaucoup font les deux à la fois. Près de la moitié appartiennent à des grands réseaux tels qu’Arkose, Vertical Art, Climb Up ou encore Bloc Session. Les tarifs sur lesquels s’alignent ces groupes ont donc logiquement un impact sur ceux des acteurs indépendants, forcés de suivre la tendance. En observant les prix affichés à l’entrée, les offres varient en fonction de la salle et de la formule proposée. Pour les entrées à l’unité, le tarif normal le plus bas, hors happy hours, démarre à 14 €, tandis que le plus élevé, qui concerne essentiellement les sites parisiens, culmine à 18 €. Sur l’ensemble du territoire, la plupart des entrées uniques sont vendues à 16 ou 17 €. Sur les abonnements annuels, les offres varient énormément, mais en parcourant aléatoirement les sites web de différents types de salles, on s’aperçoit qu’un tarif moyen situé entre 500 € et 600 € se distingue assez vite. Sur la fourchette basse, on trouve Bloc Session, réseau de salles qui opère dans le sud et l’est de la France, souvent identifié comme le plus abordable du marché. Les salles du groupe proposent un abonnement de 42 € par mois, avec un engagement trimestriel, ce qui nous amène à un total de 505 € par an, bien que celui-ci puisse être abaissé à moins de 400 € pour peu que l’abonné s’autorise une coupure estivale. Fourchette haute : Blocbuster, qui se présente comme un groupement de salles premium et affiche un abonnement annuel à 720 €. L’escalade, un sport de riches ? Alors, inutile de s’échauffer plus longtemps : à 16-17 € l’entrée ou 550 € l’année, oui, pratiquer l’escalade en salle coûte cher. Du moins, c’est le cas quand on met ces tarifs en regard du budget annuel moyen des Français pour leur pratique sportive. Selon une étude OpinionWay réalisée pour Sofinco juste avant le début des Jeux Olympiques de Paris 2024, un Français seul qui s’adonne à au moins une activité physique débourse en moyenne 205 € par an en inscriptions, abonnements et matériel sportif. Cela peut sembler peu, surtout pour un public de grimpeurs très CSP+. Pas pour les 62% de Français qui trouvent que le sport leur coûte déjà trop cher. L’escalade en salle se place donc bien au-delà de ces statistiques, fermant à la fois ses portes à tout un pan de la population, tout en rationalisant l’entre-soi socio-professionnel qui s’observe dans de plus en plus d’enceintes. À titre de comparaison, pratiquer la natation, un des sports les plus ancrés dans les habitudes des Français, revient beaucoup moins cher. Le pass annuel d’entrées libres à la piscine olympique Marx Dormoy de Lille coûte 127 €. Même tarif à la piscine Alban Minville de Toulouse, tandis qu’à Paris, là où tout coûte plus cher, l’addition s’élève à 229 € par an pour un accès illimité à la piscine Suzanne Berlioux nichée sous les Halles. Certes, la natation se pratique dans des piscines municipales financées en partie par les communes. Mais cela suffit-il à justifier un écart de prix avec les salles d’escalade de l’ordre du simple au double, voire au triple ? Autre exemple, plus parlant car plus proche du modèle des salles de grimpe : le fitness. Dans ces espaces aseptisés où la culture des pectoraux et fessiers bat son plein, les tarifs varient le plus souvent de 260 € l’abonnement annuel pour les plus abordables (la formule la moins chère chez Basic fit) à 450 € pour les plus complètes (formule premium chez Neoness). Sauna, stand-up et défilés de mode En valeur absolue, l’escalade en salle représente donc un coût élevé. Mais les prix affichés sont-ils pour autant totalement injustifiés ? Ce n’est pas l’avis de Ghislain Brillet, Président de l’Union des salles d’escalade (UDSE), qui considère que les tarifs ne sont pas chers au vu de ce que les salles ont à offrir à leurs adhérents ainsi qu’aux coûts de fonctionnement. « Une séance d’escalade dans une salle de 1 500m2 chauffée, climatisée, avec un bar, du personnel, des douches individuelles, un turn-over d’ouverture d’un mois pour les blocs, de trois pour les cordes, ça ne coûte “que” 18 €, s’explique-t-il. Ce n’est pas pour rien que la plupart des salles sont alignées sur les mêmes prix. Et il ne faut pas oublier qu’une salle privée est une entreprise, et qu’aujourd’hui, les salles sont à peine à l’équilibre. Alors ces prix me semblent très justes. » Il est vrai qu’en prenant en compte tous les services annexes inclus dans le package des salles et le nombre de séances annuelles d’un grimpeur régulier, il y a de quoi relativiser. Pour un abonné payant environ 550 € par an, deux grimpes par semaine suffisent par exemple à faire tomber le prix par séance à 5 €. Par ailleurs, il faut reconnaître que le concept vendu par les salles d’escalade va plus loin que le simple mur de grimpe en libre accès. Une salle, c’est un espace de rencontre où les grimpeurs vont chercher l’activité sportive autant que le confort des différents espaces et services à leur disposition. La qualité des installations, la musique, l’accueil et les activités de divertissements participent à créer cette effervescence qui pousse les accros de la magnésie à revenir, semaine après semaine. « Les salles vendent tout un écosystème, elles sont un lieu de vie en ville pour les jeunes et les moins jeunes, estime Ghislain Brillet. Chacune a son concept : il y en a qui misent beaucoup sur la restauration, d’autres qui organisent des défilés de mode ou proposent du yoga, un accès au wifi performant pour les télétravailleurs, des compétitions, des soirées ludiques… Mais toutes veulent offrir de l’accessibilité, de la qualité dans les équipements, de la propreté, de la convivialité et de l’ouverture. » Récemment, certaines salles ont même commencé à inviter des humoristes pour des soirées stand-up, tandis que d’autres organisaient des visionnages des épreuves d’escalade aux JO dans des salons de projection cosy, avec les poufs et les canapés qui vont bien. Bien que les prix se justifient à certains égards, cela contente-t-il les principaux concernés, à savoir les grimpeurs ? Si les tarifs n’ont pas l’air d’empêcher les salles de se remplir, du moins aux heures de pointe, les avis de ceux qui les fréquentent sont pour le moins nuancés sur le sujet. Sarah, grimpeuse occasionnelle parisienne, n’est pas choquée par les prix affichés dans les salles de la capitale, qui s’alignent finalement sur celui d’autres activités, mais trouve cela peu adapté et accessible pour les profils comme le sien, qui ne comptent pas s’attaquer aux murs chaque semaine. « Je comprends les prix des abonnements, qui sont sûrement rentabilisés lorsqu’on s’y rend 2 à 3 fois par semaine, reconnaît-elle. Mais dans mon cas, débourser 18 euros pour une séance unique, ou bien acheter un pass pour 10 entrées à 150 euros, c’est beaucoup trop ! » Cela a-t-il un impact sur sa pratique de l’escalade ? « Clairement ! J’aime l’ambiance des salles et j’aime ce sport, alors si les tarifs étaient un peu plus bas j’irai grimper plus souvent » affirme la jeune femme. Même son de cloche pour Jérôme, lui aussi grimpeur occasionnel à Tours. « Les prix sont trop élevés, pose-t-il sans détour. Cela m'empêche de pratiquer l’escalade autant que je le voudrais. Ce serait mieux s’il existait différents forfaits adaptés aux habitudes de chacun et à ce qu’ils attendent d’une salle d’escalade. » L’équation impossible Pour Jean-François Schreiber, fondateur et Président du réseau Bloc Session, les offres et tarifs de la majorité des salles ne sont qu’un trompe-l’œil. S’il reconnaît que les prix affichés sont cohérents avec la promesse des salles d’escalade, la réalité du marché serait plus nuancée. « Dans les faits, bien que les salles s’entêtent à vouloir se positionner sur du premium et des services annexes en tout genre, la demande ne suit pas et les grimpeurs ne sont pas prêts à débourser de telles sommes », pose l’entrepreneur, dont les salles sont considérées comme les plus low cost du secteur. « Il y a un décalage entre les prix affichés et ce que déboursent vraiment les clients. Les salles sont obligées de faire constamment des promotions ou des rabais, et finalement très peu d’entre elles sont rentables. À mon sens, le segment premium n’existe pas. » Le cas d’Etienne, grimpeur confirmé, illustre bien cette réalité. Le Bordelais, féru d’escalade depuis de nombreuses années, s’est débrouillé pour avoir un rabais et payer moins cher ses entrées. S’il apprécie les services annexes, il précise que ce n’est pas du tout cela qui l’amène au pied des blocs « Ce n’est pas ce que je recherche quand je vais à la salle d’escalade. Même si cela peut être plaisant de terminer ma séance par un sauna ou prendre un verre avec des amis grimpeurs » Pour lui, un prix d’abonnement annuel juste devrait se situer « autour de 250 € ». Deuxième constat de Jean-François Schreiber, le décalage entre la promesse et la réalité de l’offre dans les salles. « Cette obsession des salles à vouloir faire du premium, en proposant un accès au sauna ou différents espaces qui font grimper la note, a encore moins de sens quand on voit la véritable utilisation que les abonnés en font : j’ai l’impression que le sauna ne fonctionne qu’une semaine sur deux et que l’espace de renforcement musculaire n’est quasiment pas fréquenté. » Sarah, la grimpeuse occasionnelle parisienne, remet le couvert, cette fois-ci sur l’offre de restauration. « Sur le principe, je trouve ça cool, mais concrètement c’est difficile de savourer sa pinte ou ses tapas quand ça sent la chaussette autour de la table. » La difficile ascension vers la rentabilité Cet engouement décevant des utilisateurs pour certains services annexes est confirmé à demi-mot par Ghislain Brillet, qui reconnaît par exemple que « les espaces de musculation dans les salles d’escalade n’ont pas réussi à faire leurs preuves à ce jour » et qu'une dynamique en faveur des salles à bas coût se dessine doucement. « Ce sont souvent des salles plus petites, elles proposent uniquement du bloc, avec moins de services additionnels, des vestiaires moins confortables et une offre de restauration réduite. » À peu de choses près, la description colle parfaitement aux salles du réseau de Jean-François Schreiber, qui rappelle que « les principaux coûts de fonctionnement sont le loyer et le personnel. » L’emplacement et la taille des salles ont donc un impact décisif sur le prix des entrées et des abonnements, « tout comme le nombre de services exigeant des ressources humaines supplémentaires ». Le modèle de Bloc Session, fondé sur une gestion stricte de ses espaces, des surfaces inférieures à celles d’autres enseignes et une implantation plus lointaine des centres-villes de grandes agglomérations, offre des pistes de réflexion aux gérants de salle pour envisager une escalade indoor plus abordable. Autres inspirations pour une déflation des prix, le modèle des salles associatives. Bien que celles-ci soient difficilement comparables, autant par leur mode de financement que par l’expérience qu’elles proposent, il y a probablement des enseignements à tirer du côté de la gestion collective des salles et de l’offre d’escalade, fondée sur l’entraide, la collaboration et les activités en nature. Faites le Mur, une association située dans le dixième arrondissement de Paris, parvient à proposer une cotisation annuelle de 80 € à ses adhérents pour un accès quasi quotidien au mur d’une salle omnisport appartenant à la mairie. Les horaires sont plus réduits, la salle est partagée avec des clubs de handball et de volleyball, mais pour beaucoup de grimpeurs qui ont commencé l’escalade en salle privée, ces tarifs accessibles sont totalement inconnus. Pour autant, la perspective d’une baisse des tarifs n’est à ce stade qu’une illusion, tant la rentabilité reste un objectif difficile à atteindre pour les salles privées, qui n’ont d’ailleurs jamais cessé d'augmenter leurs prix depuis une quinzaine d’années. En 2020, le Covid a mis un coup d’arrêt au secteur, et après une courte période de relance, l’inflation est venue s’abattre de plein fouet sur les salles comme sur tout le secteur du sport privé. « Le bois coûte plus cher, les ressources humaines et l'électricité aussi, tout comme la taxe foncière » explique le Président de l’UDSE, sans compter le début des remboursements des prêts garantis par l'État contractés lors de la pandémie. « Il y a encore quelques années, toutes les salles étaient à 15 euros l’entrée, même à Paris. Et au début des années 2000, lorsque j’étais gérant, je me souviens avoir affiché le même prix d’entrée de 10 euros pendant au moins 5 ans. Aujourd’hui, les charges augmentent trop vite, et la croissance est un mal nécessaire pour survivre, » soupire Ghislain Brillet. Malgré nos sollicitations, ni l’UDSE, ni les enseignes contactées pour cette enquête n’ont souhaité partager la répartition, même approximative, des principaux coûts et recettes liés à la gestion d’une salle, ce qui complique la visibilité sur la marge de manœuvre dont elles disposent et les pistes de réflexion pour une escalade plus abordable. Le plus probable est donc que les salles augmentent encore leurs tarifs dans les prochaines années. Alors que l’escalade connaît un succès croissant, avec de plus en plus de nouveaux adeptes chaque année, sa pratique en salle est donc à la fois chère pour les grimpeurs et difficilement ajustable pour les gérants en quête de viabilité.












