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  • « The Sound » : Alex Honnold dans un thriller vertical

    Soyons francs, grimper une voie exigeante est déjà suffisamment stressant quand tu as le vide sous les pieds et un relais douteux au-dessus. Mais si tu ajoutes à ça une mystérieuse entité surnaturelle qui décide de squatter ta paroi en t’envoyant des bruits perturbants dignes d’un acouphène démoniaque, alors là, l’affaire prend clairement une autre dimension. Bienvenue dans The Sound, le thriller qui mélange le rocher et l’effroi avec une délectable mauvaise foi. Brendan Devane, réalisateur jusque-là confiné au cinéma indépendant sans harnais (The Canyonlands), a décidé de nous entraîner dans une aventure verticale d'un genre particulier. Son nouveau film, prévu pour le 27 juin 2025, promet un cocktail d’escalade réaliste et d’horreur paranormale. Autant dire que ce n’est pas exactement le film qui va rassurer votre mère sur vos prochaines vacances à Céüse. Ascension interdite et frissons acoustiques Le scénario est pervers à souhait. Une paroi, baptisée poétiquement « Forbidden Wall », est rouverte après des décennies d'interdiction (on imagine déjà le comité éthique : « Bon, ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu de mort sur ce truc, réouvrons-le ! »). Mais dès les premières longueurs, les grimpeurs entendent un bruit inexplicable, qui vire à l’obsession et finit par provoquer hallucinations et comportements dangereux. En clair, le genre de sortie grimpe qui bascule en très mauvais trip sous LSD. La tension monte au fur et à mesure que les cordées perdent pied. Certains commencent à agresser leur partenaire en pleine voie, bafouant toutes les règles de bienséance verticale (« Non, non, après toi au relais » devient soudain « Va mourir, c’est MON relais ! »). Bref, le silence sacré des falaises devient une torture psychologique implacable. Un casting aussi perché que la falaise Pour incarner ce chaos vertical, Brendan Devane a eu l’idée géniale de mixer des acteurs hollywoodiens rompus aux thrillers (William Fichtner, excellent en héros cabossé, Jocelyn Hudon de la série The Strain, David Clennon, culte depuis The Thing) et des figures emblématiques du milieu grimpe. Parmi eux, bien sûr, l'inévitable Alex Honnold (faut-il vraiment rappeler qu’il est l’auteur du premier solo intégral d’El Capitan ?), mais aussi Hazel Findlay, Brette Harrington et Adrian Ballinger. Hazel Findlay, britannique discrète mais redoutable, est reconnue pour ses ascensions en trad extrême (E9), Brette Harrington est l’aventurière par excellence, capable d’enchaîner des solos engagés en Patagonie comme une simple balade dominicale, et Adrian Ballinger cumule les sommets himalayens (dont l’Everest sans oxygène). Bref, un casting qui ressemble davantage à un line-up de festival d'escalade qu'à une fiche AlloCiné. L’authenticité, au risque de la chute libre En confiant les scènes d'escalade à de véritables grimpeurs-stars, Devane assure une crédibilité rarement atteinte dans ce genre de films. Pas question de doublures approximatives : les prises douteuses en polystyrène à la Cliffhanger, c’est fini. Le tournage s'est déroulé en conditions réelles, sur les falaises spectaculaires du Nevada, sous l’œil aiguisé de Brett Lowell (The Dawn Wall, Reel Rock). Autrement dit, les scènes de chute devraient faire grimacer même les plus blasés des grimpeurs en salle. Pour autant, Devane ne renonce pas à son ambition horrifique. Et là est tout le paradoxe séduisant du film : rendre l’escalade terrifiante, non par les classiques chutes ou le vide vertigineux, mais par un phénomène sonore irrationnel. Le réalisateur exploite astucieusement ce qui, pour les grimpeurs, est un luxe devenu instinct : le silence. C'est le premier film d'escalade où ce n'est pas le vide qui tue, mais ce que vous entendez quand vous êtes suspendu dedans. Son et fureur verticale La présence au générique du compositeur James Iha (ex-guitariste des Smashing Pumpkins) ajoute à l’ironie du concept : demander à un musicien rock culte de concevoir une BO qui rendra insupportable le silence de la grimpe. On imagine déjà les sessions studio : « Tu vois ce silence-là ? Fais-en une musique qui donne envie de se jeter dans le vide ». Ainsi, The Sound joue sur une peur primaire et instinctive, celle que tout grimpeur a déjà ressentie sans oser le dire : celle d'entendre quelque chose qu'il ne devrait pas là-haut. Une grimpe hollywoodienne mais pas stupide À ceux qui penseraient que ce film est une énième tentative marketing pour surfer sur la popularité croissante de l’escalade, détrompez-vous : Devane semble sincèrement passionné par ce sport. Preuve en est son casting choisi avec soin et son choix de collaborer avec des professionnels chevronnés de la communauté grimpe. Le réalisateur n'essaie pas de caricaturer l'escalade mais plutôt de l'utiliser comme une matière noble pour une expérience cinématographique nouvelle. Ce film, quelque part, est un clin d'œil à une discipline qui se prête à merveille aux métaphores existentielles, aux vertiges métaphysiques et, désormais, à une terreur sensorielle subtile. The Sound pourrait bien être le premier film d'escalade qui parle autant au grimpeur qu'au cinéphile amateur de sensations fortes. À écouter dans toutes les bonnes falaises ? Bien sûr, on voit venir les puristes : « L'escalade, ça ne se vit pas dans une salle obscure mais en falaise ». Certes. Mais quand un film est capable de transformer l'expérience intime d'une ascension en un cauchemar sonore mémorable, on serait tenté de lui pardonner cette petite trahison. Et puis, après tout, chaque grimpeur sait que les vraies voies sont celles qui vous hantent longtemps après la descente. Finalement, le 27 juin, vous aurez le choix : grimper en écoutant le silence rassurant de votre partenaire qui vous dit « Sec ! », ou vous confronter à l’angoisse auditive du « Forbidden Wall » dans une salle obscure.

  • Le Népal verrouille l’Everest : fini l’alpinisme pour tous ?

    L’Everest a fini par se lasser des touristes du dimanche. À force de laisser monter tout et n’importe qui vers son sommet, la montagne mythique menaçait de devenir le symbole du consumérisme en gore-tex. Le Népal vient de taper du poing sur la table et annonce une révolution alpine : dès 2026, seuls les alpinistes capables de prouver une ascension réussie à plus de 7 000 mètres (et pas n’importe où, au Népal uniquement) auront le droit d’aller tutoyer son sommet. En clair : pour grimper l’Everest, il faudra désormais montrer autre chose que sa carte bancaire ou son égo surdimensionné. Victime de son succès : l’Everest façon Disneyland Si Sir Edmund Hillary revenait faire un tour sur les flancs de l’Everest, pas sûr qu’il apprécierait le paysage. Ces dernières années, l’image désolante de centaines d’aspirants alpinistes faisant sagement la queue à plus de 8 000 mètres d’altitude a fait le tour du globe. Des files d’attente dignes d’un parc d’attractions, mais avec moins d’oxygène et plus de morts. En mai 2023, le désastre atteignait son paroxysme : 900 alpinistes coincés dans la tristement célèbre « zone de la mort », provoquant indirectement la disparition de 17 personnes en quelques jours. Mourir en montagne, passe encore. Mais mourir d’avoir trop attendu son tour pour atteindre le sommet relève d’un ridicule cruel et morbide. Et que dire des tonnes de déchets jonchant les pentes glacées ? Les sommets de la chaîne himalayenne se sont progressivement transformés en une gigantesque déchetterie d’altitude, où bouteilles d’oxygène et tentes éventrées côtoient les excréments gelés des aventuriers pressés de redescendre. Nouvelle loi au Népal : le filtrage par l’expérience Face à ces images qui salissent autant la montagne que la réputation du pays, le Népal propose donc un projet de loi radical, déposé au Parlement en avril 2025 : aucun permis d’ascension de l’Everest ne sera désormais délivré sans la preuve d’une expérience préalable sur un sommet népalais de plus de 7 000 mètres. En résumé : finis les grimpeurs débutants venus jouer les héros sur le toit du monde. Avant de s’attaquer à l’Everest, il faudra désormais commencer par des montagnes moins instagrammables, histoire de faire ses classes sans prendre toute la chaîne himalayenne à témoin de son éventuel échec. Cette mesure n’est pas une lubie soudaine : déjà en 1996, le Népal avait tenté une règle similaire (à 6 000 mètres), vite abandonnée sous pression économique. Mais cette fois, le gouvernement semble décidé à tenir bon, convaincu que le jeu en vaut la chandelle. Guides exclusivement népalais : patriotisme ou verrouillage économique ? Autre aspect crucial du texte, moins consensuel : chaque expédition devra obligatoirement employer un guide principal népalais certifié, excluant ainsi les guides étrangers. La mesure ne plaît évidemment pas à tout le monde, notamment à Lukas Furtenbach, guide autrichien reconnu, pour qui l’important est la qualification IFMGA (certification internationale des guides), « peu importe le passeport ». Mais derrière la rhétorique sécuritaire, c’est bien une question économique qui transparaît : le Népal veut garder la main sur les bénéfices générés par les ascensions. Autant dire que derrière le débat sur la nationalité des guides, il y a aussi un discret mais puissant bras de fer économique entre agences locales et opérateurs internationaux. Une caution environnementale désormais obligatoire Sur l’aspect écologique, le projet népalais ne fait pas non plus dans la demi-mesure : exit la caution récupérable après avoir descendu quelques kilos de déchets ; bonjour la redevance environnementale obligatoire, non remboursable. Autrement dit, impossible désormais d’échapper à sa contribution au nettoyage des camps d’altitude. Cette mesure, sévère mais logique, sera directement intégrée au prix déjà exorbitant des permis d’ascension, assurant au moins une réelle prise en charge du nettoyage des lieux sacrés. Quant à la santé des alpinistes, là aussi, on arrête les frais : un certificat médical récent (moins d’un mois) devient obligatoire pour obtenir le précieux sésame vers le sommet. L’idée ? Limiter les sauvetages dramatiques qui coûtent cher et mettent en danger les équipes de secours en altitude. Un pari économique à haut risque Bien sûr, ce durcissement des règles inquiète les acteurs économiques locaux qui redoutent une chute du nombre de permis délivrés. Moins d’alpinistes, c’est potentiellement moins d’argent dans les caisses. Mais le Népal n’a pas froid aux yeux : dès septembre 2025, le prix du permis augmentera de 36 %, passant de 11 000 à 15 000 dollars par grimpeur. Avec cette hausse, le gouvernement fait le pari que les prétendants à l’Everest seront moins nombreux mais mieux préparés, plus solvables, et donc potentiellement tout aussi lucratifs. L’objectif est clair : moins de monde mais plus de valeur, en espérant éviter une catastrophe économique. Entre Chine et Pakistan : le Népal tente une troisième voie Cette nouvelle réglementation place le Népal dans une position intermédiaire intéressante. En Chine, le versant tibétain de l’Everest est déjà strictement réservé aux grimpeurs ayant fait leurs preuves sur un autre 8 000 mètres. Au Pakistan, c’est l’opposé : n’importe qui, sans critère préalable, peut tenter le K2 ou le Nanga Parbat, pourvu qu’il en assume les risques. En Europe enfin, sur le Mont Blanc notamment, pas de restriction stricte mais des tentatives locales de régulation (réservation obligatoire de refuges, cautions exigées, etc.). Le Népal invente ainsi un modèle hybride inédit, naviguant entre ouverture économique et régulation sécuritaire et écologique. La question qui demeure : ce modèle séduira-t-il assez les alpinistes pour être viable sur le long terme ? Révolution ou dénaturation ? Ce virage législatif interroge profondément l’essence même de l’alpinisme : doit-on réguler un rêve ? À force d’encadrer, l’Everest ne risque-t-il pas de perdre ce qui faisait précisément sa force : être une montagne d’exception, à conquérir avec liberté et responsabilité individuelle ? La ligne entre protection nécessaire et aseptisation excessive est ténue. Mais à voir les dérives récentes, difficile de nier l’urgence d’une remise en ordre. En résumé, le Népal vient de répondre très clairement à une question existentielle : non, l’Everest ne peut plus être une simple attraction pour touristes fortunés. L’Everest, c’est autre chose qu’une destination sur une bucket-list. C’est une expérience, une conquête, une aventure qui se mérite. Il fallait bien que quelqu’un remette l’église au milieu de la montagne. C’est désormais chose faite. À ceux qui veulent atteindre le sommet du monde, il reste une seule option : le faire pour les bonnes raisons. Et pour le reste, comme dirait l’autre, les neiges éternelles jugeront.

  • Fermeture de Vertical’Art à Lyon : « L’escalade grandit trop vite et on en paie le prix »

    Les quinze salarié·e·s de Vertical’Art Lyon ont appris la fermeture de leur salle la veille au soir. Si d’aucuns critiquent la brutalité de la nouvelle, la majorité reste lucide sur une décision qui paraissait inéluctable. Et sur un secteur de l’escalade privée qui, loin de la hype supposée, serait bel et bien en crise. Décryptage de l'intérieur. La salle Vertical'Art Lyon © Vertical'Art « On est en train de lire des papiers pour savoir à quelle sauce on va être mangé, c’est un joyeux bordel ». Quand il prend la parole au bout du fil, cela fait à peine 24h que Simon* a appris qu’il ne travaillerait plus jamais dans la salle d’escalade où il se rend pour travailler chaque semaine. Cela fait une heure tout juste qu’on vient de lui notifier son licenciement économique. Alors, évidemment, c’est un peu le bazar. Ce mercredi 30 avril, le groupe Vertical’Art a annoncé la fermeture d’une de ses plus grandes enceintes d’escalade de bloc, à Lyon. Sur la page Instagram de la salle, l’enseigne a posté un message, « le coeur serré », remerciant les grimpeuses et les grimpeurs et refermant le chapitre de 6 années d’activité. Drôle de symbole, car c’est bien la veille de la Fête du Travail que les 15 salariés de la structure ont appris leurs conditions de départ. 24h chrono La majorité d’entre eux/elles sont sous le choc. Il faut dire que le fer est encore rouge. Ce n’est que mardi 29 avril au matin, soit 24h avant l’annonce officielle du groupe, que les salarié·e·s ont appris que leur salle allait fermer définitivement. La nouvelle leur a été communiquée par Jessica Salomon, la directrice de la salle Vertical’Art Lyon, elle-même impactée par le plan de licenciement et mise au courant seulement un jour auparavant. Le lendemain, c’est le PDG du groupe, Lawrence Chapelier, accompagné de la Directrice des Ressources Humaines, Marion Lefrère, qui a fait le déplacement dans la capitale des Gaules pour expliquer aux salariés les conditions dans lesquelles ils allaient quitter l’entreprise. « On a beau comprendre la décision économique, toute l’équipe a vraiment subi un coup, répond Elsa*, une salariée qui a récemment rejoint le groupe. Pour la plupart, la salle, c’était une seconde maison. Je pense à ceux qui étaient là depuis 6 ans. Tu leur annonces du jour au lendemain que c’est fini, c'est quand même ultra-violent. » « En prenant la décision de fermer brusquement, cela envoie le message que l’escalade est devenu un simple produit capitaliste » Une salariée de Vertical'Art Lyon De tous les employé·e·s que Vertige Media a interviewé·e·s, c'est surtout la communication du groupe qui est pointée du doigt. « C’est hyper brutal, témoigne Tristan*, un salarié plus ancien. Même notre directrice s’est sentie déresponsabilisée. On aurait aimé pouvoir l’annoncer correctement aux gens qui le méritent : les clients, les encadrants, les élèves. Histoire de dire au revoir au public qu’on a fédéré depuis 6 ans. » « Après, le PDG du groupe l’a reconnu. Il aurait aimé mieux faire, tempère Elsa. Moi, je pense qu’ils ont voulu nous faire bosser jusqu’au bout, pensant que s’ils nous l'avaient annoncé avant, toute l’équipe se serait désengagée. » Simon, de son côté, l'explique autrement en invoquant des raisons de confidentialité : « Ils craignaient que la nouvelle se propage et qu'elle affecte l'image publique du groupe. C'est compréhensible même si on est beaucoup à prendre ça pour un manque de confiance ». Elsa poursuit : « Le problème, ce n'est pas la fermeture pour des raisons financières, c’est qu’ils ont complètement sous-estimé les facteurs humains et l’engagement émotionnel du staff et de la clientèle ». La grande majorité des salarié·e·s interrogé·e·s sont d'ailleurs lucides sur la situation : Vertical’Art, à Lyon, perdait de l’argent. « En six ans, on n’a jamais atteint la rentabilité, indique Simon. Quand ta structure commence à devenir un gouffre financier et qu'il faut beaucoup d'argent pour rénover des locaux vieillissants, je comprends qu'on décide de lever le crayon. » Il y a un an déjà, des informations circulaient en coulisses selon lesquelles le groupe Climb Up de François Petit aurait fait une offre de rachat. « Cette info que je connaissais en off depuis longtemps nous a été confirmée par la direction ce matin (l’entretien a eu lieu le 30 avril, ndlr), continue Tristan. Seulement depuis, François Petit s’est retiré et Vertical’Art n’a pas trouvé de repreneur. » C’est donc une fermeture administrative qui a bel et bien été prononcée. « Ça nous pendait au nez, rajoute Elsa. Quand je suis arrivée, on savait déjà que la salle connaissait des difficultés. Elle n’est pas vraiment à Lyon, elle est située sur une commune voisine (à Saint-Priest, ndlr). C’est mal desservi et difficile d’accès. Les directeurs ont espéré que le tram s’y installe. Il n’est jamais arrivé. » D’autres salarié·e·s évoquent le coût d’exploitation. D’après nos informations, la salle aurait eu besoin de 100 000 euros de travaux de rénovation. « Elle était vétuste, lâche Simon. Et quand les investisseurs ont regardé la facture, ils ont préféré siffler la fin de la récréation. » « J’ai l’impression que notre pratique se désengage de l’humain auquel elle fait référence à la base » Une salariée de Vertical'Art Lyon Les limites de l’escalade marchande Fondé en 2013, le groupe Vertical’Art a, depuis, ouvert une quinzaine de salles dans toute la France. Aujourd’hui, et après la fermeture de Lyon, l’enseigne en compte 12 puisqu'elle a déjà vu ses deux salles parisiennes fermées : Chevaleret et Pigalle, respectivement rachetée par Arkose et fermée sans repreneur. L’an dernier, à l’occasion d’une interview exclusive pour Vertige Media, le PDG du groupe, Lawrence Chapelier, expliquait que la stratégie était alors de « se rediriger vers la province, motivée par le potentiel de croissance et de développement hors de Paris ». Manifestement, le potentiel n’a pas été suffisamment exploité à Lyon. Contactée par Vertige Media, la direction de la communication du groupe n’a pas répondu. Pour Tristan, il faut pourtant dépasser les spécificités locales. « Le contexte économique de l’escalade est dégueulasse, lâche-t-il. Entre les grèves et la baisse des chiffres, la fermeture de la salle était à prévoir. L’escalade grandit trop vite et on est en train d’en payer le prix. » D’après lui, le marché des salles privées souffre désormais d’une offre trop importante. « On sait déjà que des petits acteurs tirent la langue en région, continue-t-il. Si tous les groupes s’amusaient à dévoiler leurs chiffres, les gens seraient choqués. Même à Paris, il y a trop de salles pour le nombre de grimpeur·ses. Un jour, ça va péter. » Elsa ne dit pas autre chose même si elle tient à corréler son raisonnement à la fermeture de Vertical’Art Lyon : « En prenant la décision de fermer brusquement, cela envoie le message que l’escalade est devenu un simple produit capitaliste. J’ai l’impression que notre pratique se désengage de l’humain auquel elle fait référence à la base. C’est ce qui me déçoit le plus », explique-t-elle. Désormais notifié·e·s de leur licenciement, les 15 salarié·e·s de Vertical’Art espèrent désormais pouvoir faire passer le leur, de message. « On a réussi à créer une salle familiale où il s’est passé quelque chose de fort, pose Tristan. On a essayé de créer un endroit où les clients avaient envie d’être : une bonne ambiance, de la bonne escalade. En quelques heures, on a reçu tellement de messages de soutien que le staff pense fort à la clientèle à qui nous n’avons malheureusement pas pu nous adresser comme on le souhaitait. » Simon, lui, est plus bref : « Le plus triste, c’est que ce n’est pas qu’une salle d’escalade qui ferme, c’est un lieu de vie ». Vertical’Art Lyon referme ses portes sur six ans d’existence heureuse. Derrière, ce sont désormais les souvenirs qui planent au-dessus des tapis et des murs vides. Comme pour rappeler qu’à rebours d’une hype parfois mythifiée, le monde de l’escalade peut sonner bien creux. *Le prénom a été modifié

  • Réparer plutôt que racheter : Outdoor Fix, la startup qui redonne vie à votre matos

    Réparer plutôt qu’acheter, voilà une phrase qui fleure bon la décroissance et les tutos YouTube bricolés du dimanche soir. Et pourtant, quand la tempête souffle sur la crête et que la confiance en votre équipement décide de suivre la pente descendante, vous êtes loin de penser à votre empreinte carbone ou à votre prochain DIY couture express. Le matériel outdoor, même de qualité, souffre, s'use, se lacère – tout comme votre patience face à une fermeture éclair récalcitrante ou un crampon émoussé. Alors quoi, racheter à neuf pour être tranquille ? Pas si sûr. Outdoor Fix, une startup créée par deux amis alpinistes, veut changer les règles du jeu en proposant une solution simple, efficace et écologique pour redonner vie à votre équipement d'aventure. Une histoire de cordée Outdoor Fix, c’est avant tout l'histoire d’une cordée de deux potes passionnés, Ludovic et Sylvain. À force d'arpenter les montagnes, d’écailler les glaçons des cascades alpines et de bivouaquer sous des ciels bien trop étoilés pour ne pas refaire le monde, ils ont pris conscience de deux choses fondamentales : premièrement, un matériel bien entretenu est crucial pour la sécurité ; deuxièmement, préserver la planète passe aussi par arrêter d’accumuler compulsivement les gadgets flambants neufs. Tous deux ingénieurs, Sylvain et Ludovic ont alors activé leur fibre technique et logistique pour créer ce qui allait devenir Outdoor Fix, une plateforme en ligne pour l’entretien et la réparation du matériel outdoor. Mais leur aventure prend une tournure inattendue lorsque Ludovic, après avoir bravé à deux reprises un cancer, s’éteint brutalement à 38 ans. Pour Sylvain, poursuivre ce projet devient alors autant un défi entrepreneurial qu’un vibrant hommage à l’amitié et à la résilience humaine. Du pressing à la startup écoresponsable L’idée de départ ? Un pressing en ligne pour les sacs de couchage en plumes. Oui, oui, sérieusement. Parce qu’à force de geler dans des tentes à moitié trempées, Sylvain et Ludovic avaient réalisé que laver des plumes sans en perdre, ce n’était pas franchement une sinécure. Mais face à la complexité technique et économique d’un pressing dédié, les deux acolytes ont pivoté vers une solution bien plus maline : connecter les pratiquants à un réseau d’experts locaux déjà en place, pour toutes sortes de réparations allant du ressemelage de chaussons au réaffûtage de piolets en passant par la réparation de vestes techniques et même bientôt le néoprène. Bref, Outdoor Fix c’est l’anti-« fast fashion » version outdoor, un guichet unique qui promet de rendre la réparation aussi simple qu’une commande Uber Eats, l’indigestion écologique en moins. Et ça marche, au point que même des pointures de l’outdoor, comme Jeff Mercier, en vantent les mérites. Logistique maline, impact maximal La magie opère grâce à une logistique simplifiée au maximum : vous commandez en ligne, vous recevez un emballage éco-conçu, vous emballez, vous expédiez gratuitement depuis n’importe quel coin de France, et sous 2 à 3 semaines, votre matériel revient comme neuf. Le concept est d’autant plus pertinent que les nouvelles membranes Gore-Tex sans PFAS, certes meilleures pour l'environnement, nécessitent justement un entretien régulier pour conserver leurs performances imperméables. Désormais, réparer n’est plus seulement une option écologique, mais une obligation technique. L'économie du geste écologique Selon une étude menée récemment par Goodloop et Millet, "doubler la durée de vie d’un vêtement technique permettrait théoriquement de diviser par deux son empreinte environnementale". Une évidence ? Oui, surtout quand on sait que 96 % de l'impact écologique d'une veste provient de sa fabrication initiale. Alors, à moins d’être Crésus ou ambassadeur d’une marque outdoor, la réparation s’impose comme une solution à la fois logique et économique. C’est précisément la conviction de Sylvain Lamorte d’Outdoor Fix, qui ambitionne de doubler la durée de vie de tout matériel outdoor d’ici à 2026. Même en prenant en compte l’impact lié au transport vers les ateliers, le bilan environnemental reste largement favorable, tant que l’aller-retour ne dépasse pas les 1175 kilomètres—une limite plutôt généreuse. Prolonger la vie de nos équipements devient ainsi un geste qui va bien au-delà d'une simple bonne conscience. Réparer pour durer : un acte militant en douceur Au-delà des chiffres, Outdoor Fix suggère subtilement une petite révolution culturelle dans l’univers outdoor : considérer son équipement non plus comme un produit jetable, mais comme un compagnon durable, à entretenir et à préserver. Une approche discrètement militante qui n’a rien d’agressif ou de culpabilisant, mais qui vient rappeler simplement que performance et durabilité peuvent – et doivent – désormais marcher main dans la main. La réparation, nouveau geste de bon sens En 2025, plus besoin de se la jouer Mike Horn pour préserver la planète. Outdoor Fix propose la simplicité au service du bon sens : confiez vos textiles, vos chaussons, vos broches ou même vos piolets à une équipe qui redonnera à votre équipement un coup de jeune, sans vous ruiner ni vous faire perdre votre weekend. Alors, à la prochaine déchirure ou au premier zip capricieux, pensez réparation, pensez écoresponsable, bref : pensez Outdoor Fix. Vous pourrez ainsi continuer à affronter les éléments en toute sérénité, même si, soyons honnêtes, cela ne vous rendra probablement pas meilleur pour autant. Cet article a été réalisé avec le soutien d’Outdoor Fix, qui s'engage aux côtés de Vertige Media pour promouvoir un rapport plus durable et responsable à l’équipement outdoor.

  • Les 8 applis incontournables pour l’escalade en 2025 : pixels et pof dans les poches

    L’escalade, c’est simple : tu mets un pied, une main, tu tires et t’espères que ça passe. Mais en 2025, le caillou et la résine ont trouvé des alliés numériques pour te filer un coup de main (ou un coup de pied, selon ton style). Entre entraînement millimétré, topos dématérialisés et communautés interconnectées, ton smartphone peut devenir ton meilleur partenaire… ou ton pire distracteur. Voici 8 applications qui méritent leur place sur ton écran d’accueil. OneTopo – Le GPS du grimpeur 📍 Topos numériques, cartographie précise, mises à jour en temps réel Fini les topos froissés au fond du sac qui datent de l'époque où ton oncle grimpait en collants fluo. OneTopo t’offre des guides interactifs et régulièrement actualisés pour savoir où poser tes doigts et tes pieds sans te retrouver à errer trois longueurs trop loin. Une carto ultra-précise pour éviter de finir sur une arête maudite ou sous une ligne de spit douteuse. 🎯 Pour qui ? Les grimpeurs qui veulent aller droit au but et pas se perdre dans le topo. Lien App Store Lien Google Play Gastón – L’appli qui te met au défi 🏆 Défis communautaires, partage de perfs, actualités des salles T’as coché ton projet ? Gastón veut le savoir. L’appli t’aide à garder une trace de tes sessions, à comparer tes croix avec celles de tes potes et à suivre l’actu des salles partenaires. Le petit plus : une dose de challenge et de motivation via des défis à relever, pour booster ta progression sans tomber dans la routine. 🎯 Pour qui ? Ceux qui aiment grimper en salle avec l’esprit compet’ et la vibe communauté. Lien App Store Boolder – Fontainebleau au bout des doigts 🪵 Topo interactif, recensement des blocs, infos locales Si Bleau, c’est ton deuxième salon, alors Boolder est ton guide ultime. L’appli est entièrement dédiée à Fontainebleau et ses milliers de blocs, avec des descriptions détaillées, des cartes précises et des infos pratiques pour éviter de tourner en rond dans la forêt. Si tu veux savoir où poser ton crashpad et comment sortir ce satané jeté de toit, c’est là que ça se passe. 🎯 Pour qui ? Les amoureux de la forêt de Fontainebleau qui veulent optimiser leurs sessions. Lien App Store Lien Google Play Crimpd – L’entraîneur de tes tendons 📊 Programmes de force sur-mesure, focus poutre, suivi des progrès Si t’as déjà juré sur une arquée que t’allais bosser tes doigts, Crimpd va t’aider à tenir ta promesse. L’appli propose des entraînements calibrés pour booster ta force et ton endurance, avec des routines adaptées à ton niveau. Gainage, suspension, traction… c’est ton mur qui va pleurer. 🎯 Pour qui ? Ceux qui veulent transformer leurs mains en griffes d’acier. Lien App Store Lien Google Play Grippy – Quand la douleur devient une habitude 🔥 Routine sur poutre, niveaux progressifs, minuteries intégrées Tu veux savoir pourquoi Adam Ondra crie autant ? Essaye un programme Grippy et on en reparle. L’appli accompagne l’entraînement sur les célèbres poutres "Beastmaker" avec des routines paramétrées, des timers intégrés et des niveaux progressifs qui vont faire trembler tes phalanges. 🎯 Pour qui ? Ceux qui n’ont pas peur de voir leur peau partir en lambeaux au nom de la progression. Lien App Store Lien Google Play Retro Flash – L’appli ultime pour les spray walls 🎮 Création de blocs sur spray wall, partage communautaire, cotation personnalisable Si t’as un spray wall chez toi ou dans ta salle préférée, Retro Flash est ton nouveau jouet. L’appli permet de créer et partager des blocs en mode old-school, avec une interface qui sent bon la Game Boy et une communauté active. Tu peux même ajuster les cotations à ta sauce, histoire de donner un petit ego boost (ou de revoir tes ambitions à la baisse). 🎯 Pour qui ? Ceux qui passent plus de temps sur leur spray wall que dans leur salon. Lien App Store Lien Google Play Oblyk – L'annuaire interactif du grimpeur 📖 Base de données participative, suivi des perfs, infos pratiques sur les spots Tu cherches où grimper ce week-end ? Oblyk est l’outil parfait pour identifier des falaises, des blocs et des salles près de chez toi. Avec plus de 20 000 sites répertoriés, l’appli te permet de connaître le type de grimpe dispo, les styles de voies, l'accès et les restrictions éventuelles. Ce n’est pas un topo à proprement parler, mais un bon point de départ avant de mettre la main sur la version papier ou numérique. 🎯 Pour qui ? Ceux qui aiment explorer de nouveaux spots et veulent se renseigner avant d’acheter le topo du coin. Lien App Store Lien Google Play Kilter Board – Ton mur d'escalade interactif 🔹 Mur connecté, bibliothèque de blocs mondiale, personnalisation complète Si ta salle d'escalade est équipée d'une Kilter Board, cette appli devient ton tableau de bord. Elle te permet de choisir parmi des milliers de blocs créés par des grimpeurs du monde entier, d'ajuster l'inclinaison du mur selon tes envies et de voir les prises s'illuminer pour te guider dans tes mouvements. Tu peux également créer tes propres blocs, les partager avec la communauté et suivre tes performances au fil du temps. 🎯 Pour qui ? Ceux qui veulent transformer leur entraînement en salle en une expérience interactive et personnalisée. Lien App Store Lien Google Play Alors, laquelle est pour toi ? Que tu sois fan de stats, adepte du spray wall ou grimpeur old-school qui veut juste savoir où il met les chaussons, y’a une appli pour toi. Mais ne l’oublions pas : aucun algorithme ne remplacera une bonne lecture de voie, une chute bien assumée et un bon repas partagé après la séance. Alors, applis ou pas, l’important, ça reste la grimpe. Bonne session !

  • À Bali, l’IFSC joue son va-tout

    Organiser une Coupe du Monde d’escalade sur l’île des surfeurs, après trois éditions urbaines à Jakarta, il fallait oser. Du 2 au 4 mai 2025, la grimpe mondiale installe son mur officiel sur la presqu’île de Nusa Dua. Derrière le décor paradisiaque, une question se pose : peut-on vraiment rester olympique sans perdre son âme ? © Lena Drapella/IFSC Après trois éditions bien huilées à Jakarta, entre gratte-ciels et gradins climatisés, l’IFSC tente le changement radical en déplaçant son étape indonésienne à Bali. Un décor idyllique, certes, mais cette délocalisation vers la petite péninsule touristique de Nusa Dua n’a rien d’une simple promenade. C’est un test grandeur nature pour une discipline olympique tiraillée entre ses racines outdoor et son statut de sport spectacle. Ce qui ressemble à une parenthèse cool pourrait bien définir l’avenir de l’escalade compétitive mondiale. Le mur de Jakarta au bord de l’océan Indien Ce mur de compétition planté face à l’océan n’est pas neuf. Il arrive tout droit de Jakarta, démonté pièce par pièce après les éditions précédentes, puis reconstruit sur place dans des conditions logistiques délicates. Pour assurer sa stabilité face aux vents marins capricieux, 82 tonnes de contrepoids sont nécessaires. Ce détail logistique dit tout de la situation : malgré les apparences d’une compétition improvisée sur une plage paradisiaque, l’IFSC reste obsédée par la précision millimétrique, l’ingénierie rigoureuse, loin de l’esprit bohème que pourrait laisser croire le décor balinais. Avec près de 420 000 euros investis par le gouvernement, l’événement est devenu une affaire d’État. L’installation face aux vagues semble être une répétition générale avant les JO de Los Angeles en 2028, où le mur olympique s’élèvera sur Palm Beach. À Bali, l’IFSC teste grandeur nature son modèle olympique « détendu », mais toujours millimétré. La localisation de l'évènement sur l'île de Bali Bali, ou l’art subtil du soft power sportif Ce choix balinais ne doit rien au hasard. L’Indonésie, galvanisée par la médaille d’or olympique décrochée à Paris par Veddriq Leonardo, affiche désormais clairement ses ambitions sur la scène internationale. Avec près de 7 milliards de rupiah (environ 420 000 euros) investis par le gouvernement, l’événement est devenu une affaire d’État. Le gouverneur de Bali, I Wayan Koster, mobilise les autorités locales, des centaines de bénévoles sont au travail, et Yenny Wahid, récemment nommée vice-présidente de l’IFSC pour l’Asie, orchestre subtilement ce tournant diplomatique et sportif. En choisissant Bali, île emblématique mais fragile, l’IFSC se met volontairement dans une position inconfortable : célébrer une discipline ancrée dans la nature, tout en contribuant potentiellement à sa dégradation. En clair, l’Indonésie entend prouver que le pays est désormais incontournable dans le monde de l’escalade, capable d’organiser aussi bien une compétition ultra-professionnelle qu’un événement international populaire dans un lieu iconique mondialement reconnu. Pour Desak Made Rita Kusuma Dewi, grimpeuse balinaise médaillée mondiale et qualifiée aux Jeux Olympiques de Paris, cette Coupe du Monde est bien plus qu’une étape dans le calendrier de cette saison. C’est la toute première fois que cette star locale va pouvoir grimper devant son public, chez elle, à Bali. Un moment fort attendu par les fans indonésiens, et une belle opportunité pour l'île de célébrer celle qui l’a fait rayonner sur la scène internationale. Les organisateurs ont fait le choix d’une entrée libre et d’un camping gratuit sur place. Objectif affiché : casser l’image élitiste des compétitions internationales. Derrière cette apparente générosité se cache une stratégie : prouver que l’escalade peut rester populaire, accessible et communautaire, même quand elle atteint les sommets olympiques. C’est aussi un message clair envoyé par l’IFSC avant Los Angeles 2028, où l’escalade se tiendra dans une atmosphère similaire, à quelques mètres des vagues de Palm Beach. Le plan de l'installation du mur de la Coupe du Monde à Bali © IFSC L’IFSC face à l’océan (et à elle-même) Difficile d’éviter le sujet : organiser une compétition mondiale dans un lieu déjà victime de tourisme de masse ne va pas sans poser problème. En choisissant Bali, île emblématique mais fragile, l’IFSC se met volontairement dans une position inconfortable : célébrer une discipline ancrée dans la nature, tout en contribuant potentiellement à sa dégradation. Ce paradoxe n’est ni innocent, ni accidentel. Il reflète parfaitement le dilemme actuel d’une escalade devenue olympique : comment poursuivre sa croissance internationale tout en respectant ses propres valeurs écologiques ? À Bali, l’écologie n’est pas un simple décor, c’est le révélateur des contradictions profondes auxquelles la fédération va devoir faire face. Du 2 au 4 mai 2025, à Bali, l’IFSC teste plus qu’un décor exotique pour sa Coupe du Monde. À l’image de Briançon, réputée pour son ambiance authentique au pied des montagnes, Nusa Dua propose une autre expérience d’escalade outdoor : face à l’océan, les pieds dans le sable, dans une atmosphère de festival sportif ouvert à toues et tous. Ce choix balinais ne marque pas une rupture totale, mais plutôt une nouvelle tentative pour conjuguer olympisme et authenticité, professionnalisme et convivialité. Un test grandeur nature qui pourrait bien influencer directement les prochaines destinations choisies par l’IFSC pour les saisons à venir, en privilégiant des cadres toujours plus spectaculaires.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Curitiba : programme, horaires et streaming

    Du 16 au 18 mai 2025, après l'étape inédite de Bali, la Coupe du monde IFSC prend pour la première fois la direction de l’Amérique du Sud en s’installant à Curitiba, au Brésil. Exclusivement dédiée au bloc, cette quatrième étape de la saison réunira les meilleurs grimpeurs mondiaux dans le cadre spectaculaire du Parc Olympique de Cajuru, siège du Centre national d'entraînement brésilien. Voici tout ce qu’il faut savoir pour suivre la compétition depuis la France : horaires précis, liens utiles et détails sur le prize money. © Nakajima Kazushige/IFSC Où regarder Curitiba 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme à chaque étape, l’IFSC diffuse gratuitement les demi-finales et finales sur sa chaîne YouTube officielle. En France et en Europe, cependant, les finales seront bloquées à cause des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Un abonnement est donc nécessaire pour suivre en direct les demi-finales et finales. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront accessibles gratuitement sur Olympic Channel dès le lendemain de la compétition. Une bonne alternative sans contrainte d’abonnement ni restriction géographique. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne sont pas diffusées en vidéo, mais vous pourrez suivre en temps réel les résultats et classements actualisés sur le site officiel de l’IFSC. © Nakajima Kazushige/IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (Curitiba est à UTC-3, soit -5h par rapport à Paris) Vendredi 16 mai – Qualifications bloc (pas de streaming vidéo) 14h00 à 20h00 : Qualifications hommes et femmes Résultats en direct sur le site IFSC. Samedi 17 mai – Demi-finales et Finale bloc hommes 15h00 à 17h30 : Demi-finales bloc hommes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) 22h00 : Finale bloc hommes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) Dimanche 18 mai – Demi-finales et Finale bloc femmes 15h00 à 17h30 : Demi-finales bloc femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) 22h00 : Finale bloc femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) Prize money : répartition des gains Cette étape de Curitiba est classée « Basic » par l’IFSC. Voici les récompenses attribuées aux finalistes hommes et femmes : 🥇 1er : 3 690 € 🥈 2e : 2 460 € 🥉 3e : 1 722 € 4e : 1 230 € 5e : 984 € 6e : 861 € 7e : 738 € 8e : 615 € Suivre Curitiba 2025 sur les réseaux sociaux Retrouvez les coulisses, les résultats et les contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir pour suivre Curitiba 2025 Dates : du 16 au 18 mai 2025, à Curitiba (Brésil), discipline bloc uniquement. Première étape IFSC en Amérique du Sud, au Centre national d'entraînement du Parc Olympique de Cajuru. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France, disponibles en replay gratuit dès le lendemain sur Olympic Channel. Prize money de 3 690 € pour les vainqueurs. Résultats en temps réel sur https://ifsc.results.info. En mai, la Coupe du monde IFSC s'offre une première historique en terre sud-américaine, avec Curitiba comme nouvelle étape incontournable du calendrier mondial de l'escalade. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

  • Coupe du monde d’escalade IFSC 2025 à Bali : programme, horaires et streaming en direct

    Du 2 au 4 mai 2025, après les étapes chinoises de Keqiao et Wujiang, l’élite mondiale de l’escalade se donne rendez-vous pour la première fois à Bali (Indonésie). Pour cette troisième étape de la Coupe du monde IFSC, les athlètes se disputeront les podiums en bloc et en vitesse sur la structure utilisés lors des précédentes éditions organisées à Jakarta, le tout dans un cadre annoncé comme spectaculaire. Voici comment suivre cette compétition exceptionnelle en direct depuis la France, avec les horaires précis et tous les liens utiles © Lena Drapella/IFSC Où regarder Bali 2025 en direct ? YouTube IFSC : gratuit mais restreint en France Comme à chaque étape, l’IFSC diffuse gratuitement les demi-finales et finales sur sa chaîne YouTube officielle. En France et en Europe, cependant, les finales seront bloquées en raison des droits TV exclusifs détenus par Warner Bros Discovery. Discovery+ et Eurosport : diffusion officielle en France Discovery+ et Eurosport possèdent les droits exclusifs jusqu’en 2028 pour la France et l’Europe. Pour suivre en direct les moments clés (demi-finales et finales), un abonnement est nécessaire. Olympic Channel : replays gratuits dès le lendemain Les replays des finales seront accessibles gratuitement sur Olympic Channel dès le lendemain. Une bonne alternative sans contrainte d’abonnement ni restriction géographique. Résultats live sur le site officiel IFSC Les qualifications ne sont pas diffusées en vidéo, mais vous pourrez suivre en temps réel les résultats, classements actualisés et performances sur le site officiel de l’IFSC. © Lena Drapella/IFSC Programme complet (heure française UTC+2) (Bali est à UTC+8, soit +6h par rapport à Paris.) Vendredi 2 mai – Qualifications difficulté (pas de streaming vidéo) 08h00 à 15h30 : Qualifications difficulté hommes et femmes Résultats en direct sur le site IFSC Samedi 3 mai – Qualifications & Finales vitesse 05h00 : Qualifications vitesse femmes puis hommes (pas de streaming vidéo, résultats live sur IFSC) 09h00 : Finales vitesse femmes et hommes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) Cérémonies de podium immédiatement après. Dimanche 4 mai – Demi-finales & Finales difficulté 04h00 à 06h30 : Demi-finales difficulté hommes et femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) 14h30 : Finale difficulté hommes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) 15h25 : Finale difficulté femmes (en direct sur Discovery+, YouTube hors restrictions) Cérémonies de podium immédiatement après. Suivre Bali 2025 sur les réseaux sociaux Pour vivre pleinement l'événement, retrouvez les coulisses, résultats et contenus exclusifs sur les réseaux sociaux officiels de l’IFSC : Instagram IFSC Twitter/X IFSC Facebook IFSC En résumé : tout ce qu’il faut savoir pour suivre Bali 2025 Dates : du 2 au 4 mai 2025, à Bali (Indonésie), avec les disciplines bloc et vitesse. Première fois que Bali accueille une étape de Coupe du monde IFSC, dans un cadre spectaculaire. Mur utilisé précédemment lors des éditions de Jakarta. Diffusion officielle en France sur Discovery+ et Eurosport (abonnement requis). Finales bloquées sur YouTube en France à cause des droits exclusifs détenus par Discovery+. Replays gratuits disponibles sur Olympic Channel dès le lendemain des finales. Résultats en temps réel sur https://ifsc.results.info/. Début mai, l'escalade mondiale s’offre un décor de rêve à Bali pour une étape inédite, où spectacle sportif et cadre exceptionnel promettent une compétition mémorable. Retrouvez le calendrier complet IFSC 2025 ici.

  • Caroline Ciavaldini et James Pearson lâchent The North Face pour coacher chez La Sportiva

    Oubliez les communiqués de presse tièdes : chez James Pearson et Caroline Ciavaldini, la fidélité aux sponsors ne rime pas avec mariage à vie. Après près de 20 ans de collab’ avec The North Face, le duo franco-britannique tourne la page pour endosser une nouvelle casquette (à peine pompeuse) de « Coordinateurs du Climbing Team » chez La Sportiva, leur autre sponsor historique. Changement de décor, mais pas de convictions. © Vertige Media « De toute façon, on allait finir par se faire jarter » Pourquoi quitter l’un des plus gros sponsors de l’escalade mondiale ? Parce que parfois, l’histoire d’amour devient moins romantique quand les idéaux divergent. James assume : « C'était une décision très dure, mais à un moment c'était évident que ça ne marchait plus. On ne peut pas ramer à contre-courant de soi-même. » Caro tranche encore plus net : « Moi, j’étais bien au courant qu'à un moment, on allait se faire jarter. Le romantisme, ça va deux minutes ! » En cause : l’évolution des valeurs personnelles du couple, désormais parents, écolos assumés et adeptes de voyages sans kérosène. Caro n’y va pas par quatre chemins : « On a changé, on a vachement changé. Il y a huit ans, on prenait 50 avions par an pour nos aventures, aujourd’hui on essaie vraiment de ne plus en prendre. Mais les seules grosses expés qu’on propose désormais, c’est d’aller en train à l’autre bout du monde. Et ça, ça coûte vraiment cher. » Visiblement trop cher, ou trop contraignant, pour un géant comme The North Face. Caroline Ciavaldini © Vertige Media Chez La Sportiva, une aventure familiale (et à échelle humaine) La Sportiva, marque italienne née en 1928 au pied des Dolomites, leur a ouvert grand les bras pile au bon moment, avec une proposition sur-mesure : accompagner les athlètes de la marque au quotidien. Le timing idéal, le choix évident. « Ils nous ont proposé exactement ce qu'on voulait faire. On allait pas refuser, ils ne vont pas nous proposer ça tous les ans », souligne Caroline. Pour La Sportiva, l’arrivée du duo est stratégique : « James et Caroline vont apporter une contribution précieuse à la compréhension des besoins des athlètes », détaille Fabio Parisi, Sports Marketing Manager. Un rôle pensé pour accompagner les grimpeurs dans leur carrière, sur le rocher comme dans les coulisses médiatiques. Traduire la grimpe pro pour la nouvelle génération Leur mission ? Devenir un pont entre les grimpeurs et l’industrie. « On est presque des traducteurs entre les athlètes et la marque. Ce sont deux mondes un peu différents, qui veulent aller dans le même sens mais qui ne parlent pas toujours la même langue », explique James. Avec leur expérience accumulée depuis vingt ans de voyages, de compètes et de galères de sponsoring, le duo entend surtout éviter aux jeunes athlètes de trébucher là où eux-mêmes ont parfois ramé. « Notre objectif, c’est d'aider les jeunes, de leur donner une possibilité d'être grimpeurs professionnels. Pour nous, ça a été la meilleure chose dans nos vies. » James Pearson © Vertige Media « Athlète professionnel, ça sert à rien » ? Mais le plus intéressant est peut-être dans la manière dont James et Caroline envisagent désormais leur rôle. Ils le font sans illusions ni fausse modestie, questionnant ouvertement la pertinence même du métier d’athlète pro : « Finalement, un athlète professionnel, ça sert à rien », lâche Caroline, provocante mais lucide. « On vit dans une société qui encourage des individus à être extrêmement égoïstes. Je ne suis pas sûre d’avoir envie d’éduquer mes enfants avec ça comme valeur centrale. » En filigrane, une évolution vers plus de transmission, d’humilité et de prise de recul sur leur métier, même si James nuance : « Bien sûr, c'est génial d'inspirer les gens, mais tu dois te demander à quoi tu sers vraiment. » Fin d’un monde, début d’un autre Derrière l’annonce d’un simple changement de sponsor, c’est donc une petite révolution tranquille qui s’opère. Celle d’une grimpe pro capable de se remettre en question, d’un sponsoring moins obsédé par les croix extrêmes et davantage centré sur l’humain. Avec James et Caro comme « coordinateurs », La Sportiva fait le pari de miser autant sur la tête que sur les bras. Et si leur bilan carbone a drastiquement diminué, leur impact sur la grimpe pro, lui, pourrait bien augmenter. À condition que les jeunes athlètes écoutent attentivement leurs conseils… et prennent le train plutôt que l’avion.

  • L’escalade sous influence : la verticalité à l’heure du scroll

    Entre Adam Ondra qui vaut désormais autant pour ses 9b+ que pour son million d’abonnés, Magnus Midtbø qui cumule près d’un demi-milliard de vues sur YouTube, et des salles de bloc équipées en perches à selfie, l’escalade est passée de la marginalité au statut de « sport connecté ». Une verticalité en plein paradoxe, où la recherche du geste se mêle désormais à celle du scroll. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Sans doute un peu des deux. L’ère du spectacle : quand la grimpe joue la comédie humaine L’époque où grimper signifiait avant tout s’extraire de la société, chercher une forme de solitude assumée, parfois même une fuite volontaire loin du regard des autres, semble définitivement révolue. Aujourd’hui, grimper, c’est aussi – et peut-être surtout – se montrer. Non plus seulement aux yeux d’un compagnon de cordée complice ou d’un assureur patient, mais à une foule invisible de followers. L’escalade, elle aussi, semble avoir succombé à la tentation moderne du spectacle digital. Hannah Morris, grimpeuse et youtubeuse britannique (donc bien placée pour parler du sujet), soulève précisément cette ambiguïté dans une récente vidéo intitulée : « Is Social Media Ruining Rock Climbing? ». La grimpe, selon elle, vit un moment décisif où la verticalité authentique se voit doublée d’une verticalité numérique, celle du scroll infini. Une tendance qui promet autant qu’elle inquiète. Selon elle, cette tension entre la quête d'authenticité et l'appel du numérique trouve une illustration parfaite dans l’expérience vécue par Will Bosi sur un bloc dont la notoriété a été considérablement amplifiée par cette exposition digitale. Burden of Streams : Will Bosi et le bloc numérique Will Bosi, sur le mythique « Burden of Dreams » en Finlande, a attiré 80 000 spectateurs virtuels sur son livestream YouTube. Dans une scène à la fois amusante et troublante, Will Bosi, pourtant seul au milieu des bois, s’excuse auprès de son audience : « Désolé, la caméra est un peu loin aujourd’hui, mais je trouve que l’horizontal rend mieux. » Le grimpeur s’est fait réalisateur malgré lui, pris dans l’obsession d’une mise en scène parfaite. Signe révélateur que l’escalade moderne s’écrit autant sur la roche que dans le cadre numérique. Cette mutation n’est toutefois pas sans conséquence : à force de vivre sous l’œil permanent de la caméra, ne risque-t-on pas de perdre le contact direct avec la réalité même de la grimpe ? Derrière cette anecdote se cache alors une question plus intime, plus délicate peut-être : jusqu’à quel point notre rapport personnel à l’escalade s’en trouve-t-il modifié ? De la dopamine à la dopamime : grimper pour soi, ou pour ses followers ? Hannah Morris a l’honnêteté de pointer ce risque en le formulant ouvertement : « Pendant mes voyages d’escalade, ma satisfaction est souvent liée à la publication et aux réactions sur mon meilleur enchaînement, ce qui m’interroge sur mes vraies motivations. » Cette remarque fait mouche, car elle pointe un paradoxe bien contemporain : combien sommes-nous à consulter notre compteur de likes aussi instinctivement que la cotation d’un bloc qui nous résiste ? Selon l’auteur et grimpeur Dave Wetmore, les réseaux sociaux introduisent une pression nouvelle : même en grimpant seul, l’athlète peut désormais ressentir le poids d’une audience virtuelle permanente, poussant certains à prendre davantage de risques simplement pour « faire le spectacle ». Le risque, clairement identifié, est que le « soi numérique » finisse par prendre le dessus sur le « soi authentique ». Au-delà des motivations individuelles, l’impact des réseaux sociaux affecte également les lieux et les pratiques eux-mêmes, modifiant profondément notre manière d’explorer la grimpe. Quand Instagram dicte les spots : le diktat subtil du « cool » Dan Varian, fondateur de Beastmaker, résume parfaitement le piège du cool à l’ère du digital : « Quand quelqu’un de populaire grimpe un bloc, tout le monde va grimper ce même bloc. Résultat : des secteurs saturés, pendant que d’autres restent déserts simplement parce qu’ils ne sont pas assez cools. » Cette uniformisation invisible, insidieuse, pourrait transformer l’escalade en un gigantesque pan homogène où les prises seraient dictées non plus par l’inspiration, mais par l’imitation systématique. Au Colorado, le journaliste Matt Samet rapporte qu’à Eldorado Canyon, des blocs autrefois confidentiels connaissent désormais des afflux massifs après avoir été popularisés sur Instagram. Il raconte avoir vu des grimpeurs faire la queue sur le bloc « Resonated » (7c), simplement pour atteindre la prise emblématique le temps d’une photo avant de redescendre aussitôt, créant ainsi un phénomène inédit de « tourisme vertical de masse ». L’antidote serait sans doute de se rappeler que l’originalité se trouve rarement dans l’ombre d’une tendance virale. Pourtant, il serait injuste de réduire cette révolution numérique à ses seules dérives. Elle constitue aussi, pour les grimpeuses et grimpeurs eux-mêmes, une opportunité de se financer et de vivre de leur passion, quitte à endosser le rôle d’ambassadeurs. Grimpeurs ou ambassadeurs : quand la verticale fait vendre Aujourd’hui, les athlètes – même les plus authentiques – deviennent des relais publicitaires via Instagram ou YouTube, transformant leurs followers en monnaie d’échange. Voir Adam Ondra, incarnation par excellence du purisme sportif, promouvoir ponctuellement une boutique de costumes sur YouTube aurait semblé totalement surréaliste il y a seulement quelques années. Pourtant, c’est désormais chose courante. Plus largement, cette tendance modifie profondément la notion même de sponsoring : les athlètes ne sont plus sélectionnés uniquement pour leurs performances ou leur style de grimpe, mais aussi sur leur capacité à incarner les valeurs d’une marque – ou tout simplement sur la taille de leur communauté en ligne. Le nombre de followers devient alors un critère aussi déterminant qu’un palmarès de compétition. Ce nouveau modèle économique brouille subtilement les frontières entre sport, influence et marketing. Un signe de plus que l’escalade, elle aussi, se voit contrainte de composer avec les réalités d’une époque où même l’authenticité peut devenir un argument commercial. Du marginal au mainstream : une démocratisation bienvenue Mais les réseaux sociaux ne sont pas qu’un miroir aux alouettes numériques. Ils offrent aussi une voix à ceux que les médias traditionnels n’auraient jamais écoutés. Kathy Karlo, grimpeuse et animatrice du podcast For the Love of Climbing, souligne justement le rôle positif des réseaux sociaux : « Ils ont donné à chaque personne, quel que soit son parcours, la possibilité de s’exprimer sur des sujets d’inclusivité et d’accès équitable à la grimpe. » Cette démocratisation est précieuse : elle permet à l’escalade d’échapper aux vieux clichés, pour offrir une vision plus inclusive, plus diverse, plus accessible. L’escalade s’ouvre donc au monde, au risque parfois d’y perdre une partie de son intimité première, mais avec l’opportunité d’y gagner en humanité et en richesse culturelle. Face à ce panorama complexe, il reste une question essentielle à laquelle il faudra répondre collectivement : comment concilier ces deux versants du numérique pour que l’escalade en sorte grandie, et non appauvrie ? Vers une éthique numérique de la verticalité ? Avant l’ère numérique, les médias traditionnels constituaient des « garde-barrières médiatiques », sélectionnant soigneusement les exploits dignes d’être racontés. Aujourd’hui, comme le note Matt Samet, « Instagram est devenu la source principale des news d’escalade, livrant des histoires sans filtre directement par les grimpeurs eux-mêmes, contournant ainsi les gardiens médiatiques traditionnels. » Cette évolution a bouleversé la manière dont nous racontons et consommons l'escalade. Face à ces nouvelles dynamiques, l’enjeu consiste à préserver l’équilibre entre visibilité nécessaire et intimité préservée, entre dopamine numérique et plaisir authentique. À nous, grimpeuses et grimpeurs, de réinventer une éthique de la verticalité numérique. Une éthique qui accepterait sans naïveté les contraintes d’une époque connectée, tout en préservant ce qui fait de l’escalade une expérience unique : une relation intime à soi-même, aux autres, et surtout à ce caillou éternellement silencieux, mais paradoxalement plus vivant que jamais.

  • Outside s’éteint, et c’est toute une idée du dehors qui disparaît

    Le déclin d’Outside Magazine, disséqué par Rachel Monroe dans une enquête pour le New Yorker, dépasse largement le simple naufrage éditorial. Derrière la débâcle d’un magazine culte, c’est une certaine idée du récit outdoor qui disparaît sous les coups des entrepreneurs hors sol, des NFTs ratés, et d’une quête absurde de « scalabilité ». L’occasion de rappeler aussi que ce qu’on lit, on le fait vivre, et que le futur du dehors s’écrit encore aujourd’hui dans les médias indépendants. La chute d’un média, quand elle se produit, est rarement spectaculaire. Quelques licenciements pudiquement appelés « réorganisations », une dernière fête de départ vaguement sinistre, et voilà une rédaction qui disparaît discrètement dans le flux d’informations. Pourtant, certaines agonies racontent beaucoup plus qu’elles n’en disent. Celle d’Outside Magazine, racontée par Rachel Monroe dans un remarquable papier du New Yorker, est précisément de celles-là. Fondé en 1977 par Jann Wenner, également créateur de Rolling Stone, puis dirigé pendant près de quarante ans par Larry Burke, Outside était autre chose qu’un titre parmi d’autres. C’était un repère du journalisme littéraire outdoor, celui qui prenait le temps des détours, qui osait les récits longs, les enquêtes improbables et les histoires profondément humaines. Avec l’arrivée en 2021 de Robin Thurston, entrepreneur numérique adepte de « contenus scalables », l’histoire a pris une tournure absurde, entre promesses vides, management chaotique et une tentative ratée de « tokeniser l’aventure » à coups de NFTs. Mais derrière ce fiasco entrepreneurial, ce qui s’effondre lentement, c’est aussi toute une manière d’écrire et de penser le dehors, loin des logiques marketing, loin des métriques et des slogans creux. Une écriture dont la survie ne tient désormais qu’à un fil. Quand Outside incarnait l’opposé du « snack content » Dans les années fastes d’Outside Magazine, lorsque l’édition papier sentait encore l’encre et le grand reportage, le magazine cultivait volontairement une certaine lenteur. Il fallait bien ça pour laisser David Quammen s’interroger en longueur sur l’étrange existence des moustiques, ou Susan Orlean traîner dans les coulisses d’une corrida espagnole. La rédaction donnait carte blanche à Jon Krakauer pour livrer en 17 000 mots son récit tragique et magistral de l’Everest en 1996, publié sous le titre Into Thin Air. C’était audacieux, peut-être un peu fou, certainement moins rentable à court terme que des conseils « 5 façons d’optimiser votre sac à dos ». Mais justement : Outside n’avait que faire du court terme. Il était le magazine des récits sans filtre, où l’on osait dire l’inutile, le trivial, l’essentiel ou le douloureux avec le même talent littéraire. Un style assumé, à l’écart des injonctions commerciales. L’arrivée de Robin Thurston, ou l’irrésistible ascension du dehors numérique Cette époque révolue a trouvé son fossoyeur en la personne de Robin Thurston. Ancien CEO de MapMyFitness, cycliste semi-professionnel et surtout entrepreneur de génie lorsqu’il s’agit de séduire les fonds de capital-risque, Robin Thurston avait pour Outside une vision radicalement différente : en faire « l’Amazon Prime du lifestyle actif ». Rachel Monroe, dans son enquête, montre avec précision comment ce patron aussi énergique que déconnecté s’est progressivement coupé de l’âme même du magazine. Robin Thurston rêvait grand, très grand : un écosystème digital gigantesque, des podcasts à la pelle, des applications GPS, et surtout, cette fameuse idée du « Outerverse », une tentative de vendre des NFTs d’expériences outdoor. Évidemment, la montagne virtuelle n’a jamais trouvé preneur : quelques centaines de NFTs vendus sur dix mille attendus, et un échec aussi prévisible que retentissant. Face au fiasco, Robin Thurston n’a pas résisté à un grand classique des dirigeants en difficulté : l’excuse du timing, incontournable argument tout droit sorti du manuel du CEO moderne. Ce n’était donc « pas le bon moment ». Bien sûr. On pourrait presque en sourire, tant la pirouette est caricaturale, si elle ne révélait pas quelque chose de plus profond : un storytelling outdoor vidé de son sens au profit d’une expérience lisse, aseptisée, sans météo, sans sueur, sans réel. Et désormais, apparemment, sans responsabilité. Médias indépendants : comment écrire et être lu sans se trahir ? La chute d’Outside Magazine pourrait simplement prêter à sourire si elle ne venait pas rappeler douloureusement ce que vivent quotidiennement les médias indépendants. Au fond, le dilemme auquel Robin Thurston s’est confronté de manière caricaturale, tous les médias indépendants le connaissent : comment écrire ambitieux, fouillé, profond, sans disparaître aussitôt dans l’océan des contenus courts, viraux, instantanés ? Cette tension permanente entre exigence éditoriale et efficacité numérique est devenue un exercice délicat. Écrire bien demande du temps, de la réflexion, un luxe face aux algorithmes impitoyables des réseaux sociaux. Chez Vertige Media, on connaît parfaitement ce tiraillement : nous jonglons entre l’envie sincère de proposer des textes subtils, parfois complexes, et la nécessité de capter l’attention à coups de titres provocateurs ou de formats courts calibrés pour Instagram. Ce n’est jamais totalement confortable, mais c’est une réalité qu’on assume. Il serait toutefois injuste de juger trop sévèrement ces compromis. Après tout, une bonne accroche, même légèrement provocatrice, peut être une porte d’entrée vers un contenu riche. Le danger n’est pas dans l’accroche elle-même, mais dans le glissement vers une écriture entièrement calibrée pour l’algorithme. La responsabilité appartient aussi aux lectrices et lecteurs : à leur curiosité, leur patience, leur volonté de soutenir celles et ceux qui racontent encore autre chose que du prémâché. Car écrire et être lu sans se trahir relève d’une véritable co-responsabilité, où chacun doit accepter de jouer sa part, humblement mais sans hypocrisie. Ce qu’il reste à sauver : le dehors imparfait, le récit vivant Ce que le déclin d’Outside Magazine met aussi cruellement en évidence, c’est que l’écriture du dehors, celle que l’on aime lire et relire, est plus que jamais menacée par la standardisation digitale, par la start-upisation de l’outdoor, par la promesse de rendre tout « scalable », même l’aventure. Mais il reste encore des espaces où le récit peut respirer : ces médias indépendants, ces voix solitaires qui racontent les bivouacs ratés, les doutes et les moments ordinaires plutôt que les seules réussites photogéniques. Ils sont fragiles, parfois maladroits, jamais parfaits, mais toujours vivants. La responsabilité nous incombe désormais, lecteurs, grimpeurs, passionnés : ce qu’on lit, on le soutient. Et ce qu’on soutient, on le fait vivre. Il n’y aura jamais d’algorithme capable de saisir la peur sous un orage à 3 000 mètres, le frisson d’un sommet au petit matin, ou la beauté d’une phrase relue dix fois parce qu’elle touche juste. Il y aura seulement celles et ceux qui écrivent encore, et celles et ceux qui prennent le temps de lire. Ce contrat implicite est tout ce qui nous reste. Parce qu’à force de vouloir tout raconter en trois clics, on pourrait finir par oublier comment vivre ce qu’on prétend raconter.

  • Para-escalade : la FFME ouvre officiellement la voie aux ouvreurs spécialisés

    Si, dans le petit monde de l’escalade, les ouvreurs sont les héros invisibles de chaque compétition, en para-escalade, leur rôle devient plus pointu encore : ouvrir, c’est anticiper précisément les mouvements selon des critères techniques mais aussi physiologiques précis. Face à la multiplication rapide des compétitions para, il devenait donc urgent que la FFME formalise enfin les choses. Voilà qui est fait : la fédération lance officiellement sa première formation nationale spécialement dédiée aux ouvreurs de compétitions para-escalade, programmée du 2 au 4 septembre 2025 à la CIME, à Troyes, en collaboration avec le club Dévers Troyes. © Lena Drapella/IFSC Pourquoi une formation spécifique ? Ouvrir en para-escalade ne s’improvise pas : chaque handicap présente des spécificités que l’ouvreur doit connaître parfaitement, en tenant compte des classifications internationales. Jusqu’ici, malgré la bonne volonté évidente, l’ouverture en para-escalade relevait souvent d’une démarche intuitive, parfois approximative. La fédération souhaite désormais offrir une approche structurée et homogène pour mieux accompagner les clubs organisateurs sur tout le territoire. En clair, l’objectif est d’améliorer la qualité générale des compétitions, et de garantir une équité sportive réelle pour tous les athlètes. Un métier exigeant et technique Cette première formation nationale sera encadrée par Christophe Cazin et Yoris Delahaye, deux ouvreurs de référence au niveau international. Durant trois journées intensives, ils transmettront leur expérience en se concentrant sur l’aspect technique spécifique à l’ouverture en para-escalade : positionnement précis des prises, adaptation aux différentes capacités physiques des athlètes, maîtrise des contraintes liées aux divers handicaps, mais aussi réflexion sur le caractère engageant et stimulant des voies proposées. Une formation qui anticipe l’avenir Même si l’objectif premier reste territorial et national, difficile de ne pas voir plus loin. Alors que la para-escalade va intégrer officiellement le programme des Jeux Paralympiques de Los Angeles en 2028, former dès aujourd’hui des ouvreurs spécialisés est une étape logique pour anticiper une éventuelle professionnalisation à plus large échelle. Sans afficher ouvertement cet horizon paralympique, la FFME place tout de même ses pions de manière pragmatique, préparant ainsi le terrain pour une reconnaissance internationale future de l’expertise française dans ce domaine précis. Maintenant que la voie est ouverte, reste à voir qui voudra s’y engager. Infos pratiques et inscription La formation est ouverte à 12 candidats répondant aux critères suivants : Être âgé de 18 ans minimum, Détenir une licence FFME en cours de validité, Être titulaire du Brevet Officiel d’Ouvreur niveau 1, avec formation continue à jour. Les inscriptions se font ici et se clôturent le 11 juillet 2025.

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