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  • Quatre nouvelles salles à Londres pour Climbing District

    Ils avaient conquis Paris, puis Milan. Désormais, Climbing District s’attaque à Londres avec l’acquisition de quatre nouvelles salles d’escalade . En l’espace d’un an, la jeune entreprise française a doublé de taille et affiche clairement ses ambitions : imposer son modèle de salles premium dans les grandes métropoles. © Climbing District Un coup d’accélérateur à l’international Fondée en 2020, Climbing District ne ralentit pas. Après une levée de fonds de 10 millions d’euros , l’entreprise a enchaîné les ouvertures dans la capitale française avant de s’implanter à Milan à l’automne dernier avec le rachat d’Urban Wall, un mastodonte de 2 500 m². Cette fois, c’est à Londres qu’elle pose ses crash pads avec l’acquisition de deux chaînes locales bien établies : Stronghold et The Arch , chacune propriétaire de deux salles. Avec cette opération estimée à 4 millions d’euros, Climbing District s’impose comme un acteur incontournable de la grimpe londonienne, juste derrière London Climbing Centers et ses huit salles. Une arrivée qui bouscule le marché local, encore largement dominé par des salles indépendantes. Plutôt que de construire ex nihilo, Climbing District mise sur des rachats stratégiques pour s’adapter aux particularités du marché local . Une phase d’apprentissage avant d’envisager d’autres ouvertures sur le sol britannique. Un marché londonien en retard… et plein d’opportunités Si Londres vibre au rythme de la grimpe, l’offre y est encore limitée par rapport à Paris. « La densité de salles par habitant y est deux fois moindre », soulignent les dirigeants de Climbing District. Une situation d’autant plus paradoxale que l’escalade a gagné en visibilité au Royaume-Uni, portée par les performances de Toby Roberts aux JO de Paris cet été et par l’engouement croissant pour la discipline. Climbing District n’est pas le premier acteur français à tenter l’aventure internationale, mais il le fait avec une approche ciblée. Contrairement à Climb Up et Arkose, qui se développent sur plusieurs territoires européens, Climbing District concentre ses forces sur des implantations urbaines stratégiques . Milan et Londres aujourd’hui, peut-être Rome demain. L’entreprise ne cache pas ses ambitions : l’internationalisation est en marche, et les regards se tournent déjà vers des destinations plus lointaines comme Dubaï ou la Chine. Paris toujours dans la ligne de mire Malgré cette expansion, Climbing District reste solidement ancré à Paris, où il s’apprête à ouvrir deux nouvelles salles . Mais la concurrence y est rude, entre Climb Up (31 salles en France) et Arkose (29 salles, dont Madrid et Bruxelles). Dans cette bataille pour le marché urbain, Climbing District mise sur son modèle premium : des salles spacieuses, design, pensées comme des lieux de vie avec espaces de coworking et une ambiance léchée. Un positionnement qui lui a permis de séduire une clientèle exigeante et de se tailler une place dans le paysage de la grimpe indoor. Avec désormais onze salles sous sa bannière, Climbing District ne cache plus ses ambitions. Londres, Milan… quelle sera la prochaine capitale à tomber sous l’assaut de cette success story made in France ? Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

  • Safe Sport : l’escalade autrichienne muscle sa prévention

    Si l’escalade a toujours été un sport où l'on grimpe haut, il est aussi temps de poser le pied sur terre. En Autriche, le Kletterverband Österreich (KVÖ), la Fédération Autrichienne d’Escalade, s’attaque de front à un sujet glissant : les abus, qu’ils soient physiques, psychologiques ou sexuels, dans le milieu du sport . Et oui, même dans un sport où tomber fait partie du jeu, certains coups sont plus durs que d’autres. Avec son concept Safe Sport , le KVÖ entend bien hisser l’éthique aussi haut que ses murs d’escalade. Alors, pionniers éclairés ou simples suiveurs d’un mouvement inévitable ? Spoiler : c’est un peu des deux. En haut de la voie, le vertige des responsabilités L’idée de protéger les jeunes et les athlètes contre les abus n’a rien de révolutionnaire sur le papier, mais la mise en pratique, elle, ressemble parfois à une grande voie en terrain d’aventure : incertaine, périlleuse, et exigeant beaucoup de coinceurs (de rigueur, ici). La Fédération Autrichienne d’Escalade a pourtant décidé de poser ses protections de manière méthodique. Son concept de prévention et de protection , développé avec l’aide d’experts comme la psychologue Simone Tscherntschitz, se veut exhaustif. Workshops, formations et codes de conduite sont au programme, avec un objectif clair : éradiquer toute forme d’abus dans un sport où la proximité physique – parage, assurage, séances individuelles – fait partie du quotidien . L’enjeu est de taille : comment maintenir la confiance entre entraîneurs, encadrants et athlètes dans un sport qui demande de la collaboration et une interaction physique fréquente ? La réponse du KVÖ : une charte claire, des formations continues, et un point de contact indépendant pour les signalements . À écouter le directeur sportif Heiko Wilhelm, il ne s’agit pas de poser un pansement sur une plaie ouverte, mais bien d’instaurer une nouvelle culture : celle de la sécurité, de l’inclusion et du respect. Protéger les enfants, protéger le sport Pourquoi maintenant, et pourquoi l’Autriche ? Le sujet du Safe Sport  s’invite depuis quelques années dans les débats sportifs à l’échelle internationale, porté par des affaires qui ont secoué le monde entier, de la gymnastique américaine à certaines disciplines plus confidentielles. Dans le cas de l’escalade, il était urgent de prendre la corde au bon bout. Car derrière l’image d’un sport libre et exaltant, les risques sont bien réels, et les zones grises nombreuses. Dans un sport où le contact physique est parfois inévitable et où la hiérarchie entre entraîneurs et grimpeurs est souvent tacite, les abus peuvent passer inaperçus – ou pire, être ignorés . La KVÖ n’a pas attendu un scandale majeur pour agir, mais a préféré jouer la carte de la prévention . Le sujet avait déjà été abordé en janvier 2024 lors du forum des entraîneurs de la fédération, et il semble que les discussions n’aient pas traîné en longueur. Quelques mois plus tard, un concept détaillé voyait le jour, avec des recommandations précises comme le « principe des 6 yeux » (toujours être en présence de plusieurs témoins lors des séances) ou l’interdiction de contacts physiques non nécessaires. Escalader l’éthique : un modèle à suivre ? Mais alors, le Safe Sport  autrichien est-il un modèle exportable ? Oui et non. Si l’intention est louable, sa mise en œuvre reste à surveiller. Ce n’est pas tant le concept qui pose question – personne ne contestera l’idée de protéger les enfants et les jeunes – mais bien la capacité à l’appliquer sur le terrain. Former les entraîneurs, sensibiliser les parents, et établir une ligne claire entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas : tout cela demande des moyens, humains comme financiers. Et puis, soyons francs : ce n’est pas parce qu’on imprime une charte et qu’on organise trois séminaires qu’on élimine les comportements problématiques . L’escalade, comme tout sport, a ses zones d’ombre, et il faudra plus qu’un vernis éthique pour les éclaircir. Le véritable test, ce sera la réaction de la fédération face aux premiers cas signalés. La promesse est claire : tolérance zéro. Mais entre la parole et les actes, il y a souvent un vide – celui-là même que le KVÖ espère combler. La France à la traîne, mais pas immobile Et chez nous alors  ? Si l’Autriche a pris de la hauteur avec son concept Safe Sport , la France semble encore hésiter sur la première prise . La Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME), bien que consciente des risques, avance à un rythme plus lent . Ces dernières années, des initiatives ont vu le jour, notamment après quelques affaires sensibles qui ont fait trembler les murs. On parle ici de formations pour les encadrants, de fiches réflexes issues du Ministère des Sports, et même d’une adresse dédiée pour signaler les abus ( signal-violence@ffme.fr ) . Mais soyons honnêtes : ça reste timide. Des ligues régionales comme celle d’Auvergne-Rhône-Alpes prennent le relais en diffusant des outils de prévention . Et il y a bien une volonté affichée de sensibiliser les clubs, de poser des règles, et d’éduquer les pratiquants. Pourtant, la France n’a pas encore cet outil global, complet et structuré qu’est le Safe Sport  autrichien. La FFME s’accroche à la paroi, mais sans topo clair. Une politique de prévention digne de ce nom reste à inventer, et pourquoi pas en s’inspirant des voisins alpins ? Une éthique à réinventer L’initiative du KVÖ n’est pas qu’un geste politique ou médiatique ; c’est un rappel que l’escalade n’est pas exempte des travers du sport en général . La proximité physique, les rapports hiérarchiques implicites, et la confiance presque aveugle qu’implique ce milieu peuvent être des forces comme des failles. Et si l’Autriche grimpe en tête, d’autres pays, France incluse, devront suivre pour garantir un espace sûr à tous les grimpeurs. Ce n’est pas une question d’image ou de marketing, mais de survie pour un sport qui se veut collectif, inclusif et respectueux . Alors que l’escalade continue son ascension en popularité – des salles bondées aux médailles olympiques – la question de l’éthique et de la sécurité doit rester au sommet des priorités. Un sommet que chacun atteindra à son rythme, mais avec un impératif : y arriver ensemble, et en sécurité.

  • Seb Berthe sur le Dawn Wall : l’épopée du bout des doigts

    Grimper, c’est autant une affaire de trajectoire que de sommet. Certains se contentent de collectionner les croix, d’autres tissent une histoire avec chaque prise. Seb Berthe appartient à la catégorie des grimpeurs qui considèrent que le chemin compte autant que la ligne, et que la performance, aussi exceptionnelle soit-elle, ne suffit pas si elle n’a pas de sens . © Chris Natalie Le 31 janvier 2025, après quatorze jours suspendu sur la Dawn Wall, il s’est hissé au sommet d’El Capitan, achevant l’un des défis les plus exigeants de l’histoire de l’escalade. Un exploit d’autant plus remarquable qu’il ne se résume pas à ces deux semaines de lutte verticale. Il avait commencé bien avant, quelque part sur l’Atlantique, quand Seb et son équipe ont embarqué sur un voilier pour traverser l’océan, refusant de céder à la facilité du transport aérien . « L’intention reste inchangée : se rendre en Amérique et au Yosemite en boycottant le transport aérien pour des raisons claires d’écologie et de justice sociale. » Une manière de rester fidèle à ses convictions, quitte à allonger le voyage et à arriver au pied du mur avec une fatigue en héritage. Mais à quoi bon grimper si ce n’est pas pour aller jusqu’au bout de sa logique ? 900 mètres d’obsession Le Dawn Wall ne se laisse pas conquérir. 900 mètres de granite impassible, 32 longueurs, 19 au-delà du 7c+, deux crux en 9a. Un défi qui, en 2015, avait demandé à Tommy Caldwell et Kevin Jorgeson sept ans d’efforts acharnés avant qu’ils ne parviennent à en signer la première ascension. Depuis, peu s’y sont frottés, et encore moins l’ont domptée. Seb, lui, avait déjà tenté sa chance en 2022 . Mais la paroi n’était pas prête à lui céder quoi que ce soit. « La quête des solutions pour venir à bout de ces longueurs me hante jour et nuit : quels sont les chaussons à utiliser ? Comment se placer au mieux pour faire tel ou tel mouvement ? Comment gérer ma peau ? » Deux ans plus tard, il revient, mieux préparé, mais sans aucune garantie. Rien n’a changé sur cette paroi, et surtout pas son exigence. L’équilibre fragile entre ténacité et acharnement Dès les premiers jours, les signes sont mauvais. Le corps encaisse avant même que l’escalade ne commence. Hissant 130 kilos de matériel en solo jusqu’au camp portaledge, il se bloque le bas du dos. Impossible de grimper sans douleur. « J’ai une grosse douleur au niveau des lombaires dans n’importe quel mouvement... Il me faut 4 jours de repos. » Quatre jours suspendu entre frustration et résignation, alors que la météo dicte son tempo et que le créneau d’ascension commence déjà à se refermer. Il pourrait attendre, temporiser, mais la fenêtre est trop belle pour être ignorée. Le mur n’attendra pas. Dès les premières longueurs, le combat dépasse la simple grimpe. Il faut remonter sur des centaines de mètres de cordes, hisser des sacs dans un équilibre précaire, gérer la fatigue qui s’installe, le froid glaçant la nuit, le soleil brûlant le jour. La peau s’use plus vite que les forces ne se régénèrent. Les zipettes se succèdent. Arrive alors la longueur 14, un 9a vicieux et précaire, celui-là même qui lui avait coûté sa tentative précédente. Il tombe. Une fois, deux fois, dix fois. « Je m’élance dans le crux 3 avec envie, je n’ai rien à perdre. (...) Je fais le grand mouv, puis le suivant et encore le suivant. Mon pied reste en place. Je m’apprête à aller chercher le bac final... Ça y est ! J’ai enchaîné la 14 ! Sous la neige ! » Ce que la chaleur du jour lui avait refusé, la tempête de neige l’a laissé passer. Un basculement d’équilibre aussi arbitraire que l’escalade elle-même. Le tic-tac du compte à rebours Loin d’être un point final, cette victoire marque le début d’une autre urgence. La tempête approche, et si la pluie s’abat avant qu’il n’ait atteint le sommet, la voie deviendra impraticable pendant une semaine. « Il me reste 2 jours et une nuit de grimpe pour enchaîner les 5 dernières longueurs dures et les 11 longueurs finales un peu plus faciles. » La notion de difficulté devient relative quand chaque geste coûte plus qu’il ne rapporte. Six doigts en sang, des orteils sans circulation, un corps qui ne répond plus qu’à la force de l’habitude. Il grimpe, non plus pour enchaîner, mais pour tenir, pour avancer, pour ne pas céder. Une nuit blanche pour tout finir À 2h du matin, il atteint Ship Bow , dernier point de repos. Plus de force, plus de lucidité, mais pas d’autre option que d’avancer. « Je dois me battre à chaque relais, j’ai l’impression que je vais m’évanouir, ou vomir. » Le sommet est là, à une poignée de longueurs. À l’aube, il s’élève une dernière fois, dans un état second, le corps en miettes, la tête ailleurs. « Je grimpe la dernière longueur rapidement, dans un état second. Je me rétablis au sommet à 8h. Victoire ! » Il pourrait savourer. Il pourrait crier, laisser éclater la joie. Mais il n’y a plus d’énergie pour ça. Juste une lassitude immense et un mur enfin derrière lui. Un sommet ne suffit pas Ranger cette ascension dans la catégorie des performances sportives serait réducteur. Seb Berthe ne grimpe pas uniquement pour empiler des records. Sur le sommet, il déploie une bannière : "El Cap climbers against Fascism" Le message est clair. L’escalade ne vit pas hors du monde. « Le silence est complice, la résistance est un devoir. Le fascisme ne se résume pas à des discours haineux : il est aussi dans les violences policières, les discriminations racistes et systémiques, les attaques contre les droits des femmes et des minorités de genre. » L’escalade a longtemps voulu croire qu’elle était apolitique , qu’elle pouvait rester neutre. Elle ne l’est pas. Aucun espace ne l’est. Un mur, un combat, une trajectoire Seb Berthe a signé l’une des ascensions les plus dures de l’histoire. Il aurait pu s’arrêter là, savourer son exploit, se fondre dans la tradition du grimpeur discret. Mais grimper, pour lui, ce n’est pas qu’une affaire de lignes et de chiffres. C’est une trajectoire. Un mur à gravir, certes, mais aussi une position à prendre. Et quitte à laisser une trace, autant qu’elle compte.

  • Anaïs Bricheux, la chirurgienne textile qui rafistole la montagne

    Dans la roulotte Worn Wear, ça sent le tissu usé et la colle à textile. La machine à coudre crache un claquement sec. Anaïs, assise derrière son établi improvisé, lève à peine les yeux. Concentrée. Une veste en souffrance entre les mains, elle tire le fil, suture le tissu. Au début, elle reste en retrait, cachée derrière son travail. On sent qu’elle préfère laisser parler ses mains plutôt que les mots. Puis, à force de tirer sur le fil des souvenirs, elle se détend. Et là, le tissu se relâche. L’histoire se déroule, les anecdotes sortent. Sa trajectoire, ses doutes, ses kilomètres avalés avec la roulotte Patagonia. Et on comprend vite qu’Anaïs ne se contente pas de réparer des vêtements . Elle rafistole des histoires, elle prolonge des vies textiles. © Vertige Media De la com’ aux aiguilles : recoudre sa propre trajectoire Anaïs n’a pas toujours été couturière. Avant, elle a tenté la communication. Un BTS, des concepts, des stratégies de marque bien ficelées. Et puis, rapidement, le textile l’a rattrapée. « J’avais besoin d’un métier qui se touche, qui se voit, qui se ressent. » Alors, elle part. Canada, Nouvelle-Zélande, quelques détours en quête de soi. L’itinérance lui colle à la peau, mais il faut bien rentrer . Là, elle se souvient des mains de sa mère et de sa grand-mère, celles qui cousaient avant elle. Pourquoi pas elle ? Elle passe un CAP Couture, monte son atelier. Six mois plus tard, elle croise la route de Patagonia . Un hasard cousu main. La marque cherche une couturière pour accompagner sa roulotte. Elle embarque. Neuf ans plus tard, elle est toujours sur la route. ICE Climbing Écrins : rafistoler plutôt que remplacer Cette semaine, c’est sur l’ICE Climbing Écrins qu’elle a posé ses bobines de fil. La roulotte Worn Wear est là, plantée sur le village du festival. Dedans, c’est une fourmilière textile : vestes éventrées, pantalons en fin de course, zips fatigués. 75 réparations en deux après-midis. Un marathon du fil et de l’aiguille. « Si j’atteins les 110 en trois jours, je suis contente. C’est mon petit record perso. » Nous, on s’installe à côté. On la regarde faire. Son travail est précis, rapide, mécanique. Mais au fil des échanges, on comprend qu’il y a bien plus que du tissu dans ce métier-là. © Vertige Media Doudounes tatouées et vestes pleines de cicatrices Le tissu, c’est un carnet de voyage. Chaque accroc, une histoire. Mais en France, on aime les souvenirs discrets. « Les gens veulent des réparations invisibles. Moi, j’aimerais qu’on assume les cicatrices des vêtements. Du jaune, du bleu turquoise, du orange… Un patchwork d’aventures ! » Parfois, il y en a qui osent. Comme ce type qui lui laisse une doudoune jaune en lui disant de s’amuser. Elle improvise. Des bandes multicolores sur les manches, un patchwork joyeux. Une réparation qui se voit, qui revendique l’accroc. Quatre ans plus tard, en Bretagne, la roulotte Worn Wear s’arrête sur un autre événement. Au milieu de la foule, un visage familier. Un homme s’approche, sourire en coin, et tend la même doudoune : « Anaïs, c’est toi qui as fait ça, non ? » Elle reconnaît son travail avant même de lever les yeux. Elle l’avait presque oubliée, cette veste. Lui, non. Il la porte toujours, rafistolée mais fière, avec ses couleurs vives et ses cicatrices assumées. « Ça, c’est un vrai kif. Voir que ce que tu fais dure et que ça compte pour quelqu’un. » Dans la roulotte, pendant qu’elle nous parle, ses mains continuent de travailler. Un pantalon suture après suture, une veste recousue sans même qu’elle y pense. Le dernier atelier technique du coin ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’Anaïs Bricheux en France. La réparation textile outdoor, surtout sur du Gore-Tex ou du duvet, est un savoir-faire en voie d’extinction . « On doit être cinq en France à bosser proprement sur du Gore-Tex. Et pourtant, la demande explose. » Elle le sait, elle est précieuse. Et elle bosse beaucoup. Entre son atelier à Chamonix et les tournées Worn Wear, elle gère 80 à 100 vêtements par mois . Patagonia l’a même recrutée pour gérer tout le SAV du magasin de Chamonix, l’un des plus gros centres de réparation textile outdoor en Europe. © Vertige Media Un rêve américain et une route encore longue Anaïs n’a pas prévu de raccrocher ses ciseaux. Son rêve ? Faire la tournée Patagonia aux États-Unis, là où tout a commencé. « Il faut que je me penche sur la question, mais ça trotte dans ma tête. » Elle sourit. Elle n’est plus la même que lorsqu’on est entrés dans la roulotte. Plus détendue, plus à l’aise. Comme si, en parlant d’elle, elle avait recousu son propre parcours sous nos yeux. On la laisse continuer. Il y a encore des vestes à sauver, des souvenirs à réparer. Parce qu’un bon vêtement, c’est comme une belle histoire : ça mérite toujours une deuxième chance.

  • Avalanches en cascade de glace : quand l’expérience trompe la vigilance

    En montagne, on aime croire que l’expérience protège. Qu’en analysant les conditions, en choisissant le bon spot, en suivant les autres, on limite les risques. Mais parfois, c’est précisément ce qui mène à l’accident. Deux avalanches en cascade de glace, analysées dans la base SERAC , racontent la même histoire : des grimpeurs expérimentés, persuadés d’être en sécurité, piégés par une coulée de neige lourde. Même erreur, même sidération face à une avalanche "improbable". Alors, qu’est-ce qui a mal tourné ? Pourquoi des grimpeurs aguerris ont-ils été surpris par un danger qu’ils pensaient maîtriser ? Décryptage. Crévoux : la confiance qui aveugle 📍 Les faits Cascade des Razis, Hautes-Alpes. Une trentaine de grimpeurs sur place. Le Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche (BERA) affiche un niveau 3 sur toutes les expositions, ce qui signifie qu’une avalanche peut se produire relativement facilement. Mais le topo ne signalait qu’un risque de coulée sur l’approche. La cascade, elle, semblait hors de danger. Résultat : personne ne s’inquiète. La glace est bonne, il y a du monde, l’ambiance est top. Quelques purges dans la matinée ? Rien d’alarmant. Une coulée un peu plus grosse vers 14h ? Pas de quoi plier bagage. À 15h, la réalité rattrape tout le monde. Une avalanche de neige lourde se détache des pentes surplombantes et ensevelit deux grimpeurs en quelques secondes. Ils seront dégagés rapidement, par chance, mais avec une leçon amère : "Bordel, on n’a pas pris de DVA, de pelle, ni de sonde. Quelle erreur de débutant." ❌ Les erreurs relevées Aucun DVA, ni pelle, ni sonde → tout le matériel est resté à la voiture, car le spot semblait sûr. L’effet de groupe a pris le dessus → certains ont eu un doute, mais la dynamique collective a poussé à rester. Un manque de recul sur le site → en creusant un peu, ils auraient découvert que ce secteur avait déjà connu des avalanches. Vallon du Diable : la vague qui emporte tout 📍 Les faits Cascade des Hémos à Godo, Isère. Un groupe de grimpeurs se lance sur une voie classique. Les conditions semblent bonnes, la cascade est bien formée, et rien d’alarmant n’a été signalé récemment. Ce qu’ils n’ont pas assez pris en compte ? Des vents violents deux jours plus tôt, qui ont accumulé de la neige instable. Un regel nocturne insuffisant, qui rend la couche fragile. En pleine ascension, le bruit arrive. Un grondement sourd. Une vague blanche s’abat sur eux. L’un des grimpeurs réagit au dernier moment et se plaque sur la paroi. Un autre est frappé de plein fouet, mais son relais tient miraculeusement. Silence. Puis cette question qui glace : "Les autres, ils sont où ?" ❌ Les erreurs relevées Mauvaise lecture du BERA → le vent et le faible regel n’ont pas été pris en compte. Excès de confiance → "Ça passera"… sauf que ça n’est pas passé. Absence de plan B → aucune réflexion sur comment évacuer en cas de purge. Pourquoi ces accidents se répètent ? Ce ne sont pas des cas isolés. L’analyse des récits SERAC et les recherches de la Fondation Petzl montrent que les accidents en montagne suivent souvent le même schéma. 1. L’effet de groupe 👉 9 % des récits SERAC relèvent un biais d’influence sociale. "Tout le monde est là, donc ça doit être safe." 2. La focalisation sur les signaux rassurants 👉 8 % des récits montrent une attention biaisée vers les éléments positifs. "Le soleil tape, la glace est bonne, ça déroule, tout va bien." 3. L’illusion de la sécurité des sites connus 👉 44 % des accidents analysés ont lieu sur des sites réputés "faciles". "Ce secteur est grimpé tous les hivers, il est réputé sûr." Les statistiques de secours en montagne le confirment : les accidents surviennent là où on ne les attend pas, souvent à la descente ou sur des sites sur-fréquentés. Comment éviter de se faire avoir ? Les pistes de prévention ne sont pas nouvelles. Mais elles méritent d’être répétées. 1. Intégrer que les cascades de glace sont des zones avalancheuses Lire et interpréter correctement le BERA, en prenant en compte l’impact du vent et du regel nocturne. Analyser les pentes dominantes : s’il y a des accumulations au-dessus, ça finira forcément par purger. 2. Toujours avoir DVA, pelle et sonde Pas de débat. Et savoir s’en servir : un DVA mal maîtrisé est aussi utile qu’un piolet sans lame. 3. Savoir dire stop, même quand tout semble bien se passer Le vent a soufflé fort il y a deux jours ? Remets en question la stabilité. Il y a eu une coulée plus grosse que les autres ? Ça peut être un dernier avertissement. L’effet de groupe pousse à rester ? Sois celui qui ose dire "on se barre". 4. Partager les retours d’expérience Écrire et lire les récits sur SERAC. Analyser les erreurs des autres pour éviter de les répéter. Conclusion : un apprentissage collectif Ces récits de la base SERAC ne sont pas des histoires isolées. Ils sont des schémas récurrents, qui se répètent année après année. L’expérience et le niveau ne protègent pas de l’accident. La remise en question et l’anticipation, si. Contribuez à la base SERAC , partagez vos récits et participez à la construction d’une intelligence collective sur l’accidentologie en montagne.

  • Marion Poitevin : Toujours plus haute, toujours plus forte

    Dans la grande cordée de l’alpinisme, il y a ceux qui suivent la trace et celles qui la font. Marion Poitevin, elle, a taillé son propre itinéraire. À coups de crampons bien placés et de barrières explosées, elle est devenue la première femme à poser ses piolets là où on ne l’attendait pas : Groupe militaire de haute montagne, École militaire de haute montagne, CRS Montagne… Autant dire des bastions où l’on serrait plus de mains que l’on n’ouvrait de portes aux femmes. © Vertige Media Mais Marion, plutôt que de demander l’autorisation, a fait comme en montagne : elle a regardé la ligne, trouvé l’itinéraire et mis un pied devant l’autre. Et son histoire, elle la raconte dans "Toujours plus haute" , un album jeunesse qui n’a pas froid aux yeux, parfait pour les gosses qui rêvent d’altitude et les parents qui en ont marre des contes de princesses qui attendent qu’on vienne les sauver. D’ailleurs, on sait que ça fonctionne : pour faire les photos de cet article, il a fallu fouiller dans les lits pour le retrouver, entre un pyjama et un doudou. Preuve que le livre a trouvé sa place. Une gamine qui voulait grimper plus haut que son plafond Tout commence comme un rêve de gosse : un Mont Blanc qui s’invite dans le cadre de la fenêtre, des parents qui l’emmènent crapahuter et une furieuse envie de se frotter à la verticalité. Premiers pas sur un glacier en 1999, premier sommet en 2001, un an aux États-Unis en 2002 avec l’Équipe nationale d’alpinisme féminin. À 17 ans, elle a déjà compris que l’altitude, ça se mérite. Puis tout s’emballe : Pakistan, Inde, Canada, Antarctique… Une expé' après l’autre, un CV qui sent la neige froide et les bivouacs improvisés . En 2008, elle décroche le jackpot : une place au Groupe militaire de haute montagne. Sauf que personne ne l’a attendue avec une médaille et un chocolat chaud. Une femme dans l’équipe ? Le genre de première qui fait grincer des dents. Mais Marion s’en fout. La montagne, c’est pas un club privé. Toujours plus haut, toujours en tête On pourrait croire qu’après ça, elle se repose. Mauvaise lecture du topo. En 2011, elle devient la première instructrice de l’École militaire de haute montagne. Deux ans plus tard, elle passe guide de haute montagne – métier où les femmes se comptent encore sur les doigts d’un gant trois saisons. Puis en 2014, elle signe pour les CRS Montagne, cette élite du secours en haute altitude. Parce que visiblement, l’air de l’ordinaire, ça l’étouffe. Et comme l’altitude n’empêche pas la maternité, elle ajoute deux enfants à l’équation, en 2019 et en 2023. Autant dire que certains auraient trouvé plus facile de grimper sans corde que de gérer un bébé en rentrant d’un secours à 4000 mètres. © Vertige Media Un bouquin qui grimpe dans la bibliothèque Mais "Toujours plus haute", ce n’est pas juste une belle histoire. C’est un pavé lancé dans la mare des clichés . Parce que des héroïnes en littérature jeunesse, il commence à y en avoir. Mais des guides de haute montagne qui dégomment les plafonds de glace, ça court pas les pages. Ce livre, illustré par Cosmo Danchin-Hamard , plonge dans un monde où les montagnes prennent des teintes inattendues, où le soleil peut être rose et les cailloux jaune vif. Un univers graphique aussi lumineux qu’onirique, qui réinvente l’alpinisme loin du noir et blanc des clichés . Ici, pas d’illustrations austères mais une explosion de couleurs qui fait vibrer la verticalité et donne à l’histoire de Marion une intensité visuelle aussi forte que son parcours. Et surtout, un bouquin qui glisse un modèle féminin là où on ne l’attendait pas. Parce que l’alpinisme, ça ne se résume pas à des barbus en collants fluo dans les années 80 . Parce que la montagne, ça n’a jamais été une affaire de genre, mais une question de volonté. Un livre pour celles et ceux qui regardent en l'air Alors si vous cherchez un livre qui change des classiques, qui parle de montagne, de cordée, d’engagement et de liberté, "Toujours plus haute" est fait pour vous. À lire aux enfants, à offrir à celles et ceux qui veulent voir plus grand, à garder sous l’oreiller pour se rappeler que les sommets appartiennent à celles et ceux qui osent les gravir. Editions Dessus Dessous, disponible ici à partir du 05/02/2025 .

  • Un mur d’escalade en accès gratuit ? Pittsburgh prouve que c’est possible

    Pittsburgh, la ville de l’acier trempé et des Steelers. Là où les usines ont forgé l’Amérique et où le ciel hésite souvent entre le gris acier et le gris anthracite. Pas exactement l’endroit où l’on s’attend à voir un temple du bloc en plein air, libre d’accès et soigné comme une salle privée. Et pourtant, Boyce Bouldering Park est bien là. © Walltopia Sept structures imposantes, plus de 100 blocs du 4 au 7C+, des ouvertures dignes d’une salle privée et une ambition claire : faire grimper tout le monde, sans barrière . Un projet qui aurait dû secouer le petit monde de l’escalade commerciale. Parce qu’en général, une infrastructure publique qui fait du bon boulot, c’est un peu comme un ministre qui cite Bourdieu on sent que la fiche Wikipédia a bien tourné. Le mur qui a failli ne jamais voir le jour À l’origine, Boyce n’aurait pas dû être un parc de bloc. Non, le comté d’Allegheny avait dans ses cartons une tour d’escalade de neuf mètres avec des auto-enrouleurs . Un concept classique, mais qui aurait englouti un budget conséquent en maintenance, pour finir comme ces murs municipaux que personne n’utilise vraiment. Heureusement, Dean Privett, ouvreur et patron de salle, a vu venir le naufrage et a réussi à convaincre les décideurs : le bloc, c’était mieux. Plus accessible, plus économique, et surtout, plus intelligent. Exit la tour à mousquetonner, place aux blocs. Et pas du bloc bricolé au rabais : Walltopia pour la structure, Boulder Solutions pour la conception, et un casting d’ouvreurs solides, dont Chris LoCrasto, ouvreur en Coupe du monde IFSC . Un vrai terrain de jeu, pas un prétexte urbain Les parcs publics regorgent de ces "murs d’initiation" qui tiennent plus du mobilier urbain que d’un vrai spot de grimpe. Boyce n’est pas ça. Sept blocs distincts, plus de 100 lignes du 4 au 7C+, des profils variés, et une réouverture complète deux fois par an . Ici, on ne se contente pas de visser des prises au hasard sur un panneau. Il y a des dalles, du dévers, des volumes qui attirent autant l’œil que les doigts. Un terrain de jeu pour tous, du curieux au mutant. © Walltopia Grimper au cœur d’un hub du mouvement Boyce Bouldering Park n’est pas un îlot. Il s’intègre dans un écosystème où l’on roule, glisse et grimpe. Juste à côté, une piste pour les vélos, un skatepark, des sentiers. Un espace où l’on vient sans plan précis et d’où l’on repart rincé, mais content. Dean Privett voit bien l’effet produit : « Je vois des enfants assis sur les blocs, des familles jouer au football pendant que d’autres grimpent… Et souvent, les parents finissent par se hisser sur le mur eux aussi. » Le genre d’ambiance qu’on ne retrouve que dans les endroits qui respirent la vie. Sécurité et responsabilité : le faux débat Ah, la grande question : et la sécurité alors ? Laisser des gens grimper sans surveillance, c’est pas un coup à voir pleuvoir les entorses ? Non. D’abord, le sol est recouvert de 30 centimètres de copeaux de caoutchouc, les blocs sont limités à 4,5 mètres, et des panneaux rappellent que chacun grimpe sous sa propre responsabilité. Ensuite, soyons sérieux : dans une salle privée, personne ne vous surveille non plus. Pas de filet, pas d’arbitre. Les chutes font partie du jeu. Et surtout, Boyce est un parc public. Aux États-Unis, ce type d’infrastructure bénéficie d’une protection légale qui encadre les risques comme pour les skateparks : c’est " use at your own risk ". Joel Perkovich, architecte paysagiste du projet, assume l’approche : « Il existe déjà des skateparks dans plusieurs parcs de Pittsburgh, et pourtant le skateboard comporte des risques. Nous avons appliqué la même logique à l’escalade. » Dean Privett, lui, tranche avec son franc-parler habituel : « Juste à côté, des skateurs tombent sur du béton. Nous, on parle de chutes de quatre mètres sur du caoutchouc. Ça va aller. » © Walltopia Un problème pour les salles privées ? Ou un tremplin ? Dès qu’un mur gratuit pointe le bout de ses volumes, la question fuse : et les salles privées, elles en pensent quoi ? On pourrait s’attendre à un tollé. Un mur de qualité, en accès libre, à deux pas d’une salle privée ? C’est comme ouvrir un bar à cocktails gratuits devant une brasserie et dire aux patrons de rester cools. Et pourtant, aucune vague à Pittsburgh. Pourquoi ? Parce que Boyce ne vole pas des clients, il crée des grimpeurs. Dean Privett, qui possède lui-même une salle privée, le sait bien : « Quelqu’un découvre l’escalade ici, grimpe pendant un moment, puis vient l’hiver… et il commence à chercher un endroit où continuer. » L’équation est simple : plus il y a de grimpeurs, plus les salles en profitent . Un gamin qui se prend au jeu ici finira par pousser la porte d’une salle d'escalade. L’ennemi, ce n’est pas le mur gratuit. C’est l’absence de culture grimpe . Un débat qui rappelle celui autour de Karma La Villette , la future salle fédérale que la FFME est en train d’ouvrir à Paris. Ici, l’Union des Salles d’Escalade (UDSE) a dénoncé une concurrence déloyale, voyant d’un mauvais œil la fédération entrer sur le marché commercial avec un avantage structurel. Après tensions et négociations, la FFME a dû garantir que Karma fonctionnerait comme une salle privée, avec les mêmes obligations fiscales. Mais au fond, que ce soit à Pittsburgh ou à Paris, le vrai sujet n’est pas la concurrence. C’est la place qu’on veut donner à l’escalade dans l’espace public . Boyce, comme Karma, ne menace pas l’escalade privée. Il la nourrit. Et en France, on pourrait faire pareil ? Pas si simple. En théorie, depuis 2020, la loi protège mieux les gestionnaires d’espaces naturels d’escalade en limitant leur responsabilité. Mais dans les parcs publics, c’est une autre histoire. En France, c’est la collectivité qui est responsable des équipements publics . Le problème, c’est que cette responsabilité est souvent un frein. Là où les Américains appliquent un "grimpez à vos risques et périls", chez nous, les municipalités doivent anticiper, baliser, encadrer, et surtout… couvrir leurs arrières. Résultat ? Très peu de vrais murs en libre accès. Et quand ça existe, c’est souvent pensé comme un décor plus que comme un vrai spot de grimpe. Et pourtant, la demande est là, et elle ne fait qu’augmenter.

  • EP Climbing : Nouveau boss, nouveaux enjeux

    L’escalade compétitive continue de se structurer, et ça bouge aussi en coulisses. EP Climbing, le mastodonte savoyard des murs et prises d’escalade, change de capitaine . Damien Tatangelo prend la barre et succède à Benoît Beylier à la tête de l’entreprise. Un passage de relais qui tombe à un moment charnière : l’après-Paris 2024 et la montée en puissance vers Los Angeles 2028, où l’escalade fera son retour olympique avec, pour la première fois, une épreuve paralympique . © David Pillet EP Climbing, l’architecte des compétitions internationales Si le grand public connaît les stars du circuit, peu se demandent qui construit leurs terrains de jeu. EP Climbing, fournisseur officiel des Jeux Olympiques de Tokyo et de Paris, vient de prolonger son partenariat avec l’IFSC jusqu’en 2028 . L’entreprise savoyarde, filiale du groupe ABEO, s’est imposée comme un incontournable des compétitions mondiales. Quand un mur de Coupe du Monde sort de terre, il y a de grandes chances qu’il soit siglé EP. Depuis sa création en 1985, EP Climbing a su imposer ses innovations, ses structures modulaires et ses surfaces d’escalade devenues des standards. L’entreprise fait désormais face à une concurrence de plus en plus affûtée, avec des acteurs comme Walltopia, qui lorgnent aussi sur ce marché en pleine expansion . Damien Tatangelo : un stratège à la barre Nouveau patron, mais pas un inconnu. Damien Tatangelo connaît la maison. Après un passage par la Chine au sein du groupe ABEO, il a ensuite pris en charge la politique RSE du groupe avant de prendre la tête d’EP Climbing . Un CV qui peut laisser supposer une accélération vers des structures plus durables et une approche plus responsable, un sujet sur lequel le monde de l’escalade – et du sport en général – est de plus en plus scruté. Son enjeu ? Garder EP Climbing en pole position sur un marché qui ne cesse de croître. D’après un rapport de janvier 2025 , le marché mondial des salles d’escalade, évalué à 3,28 milliards USD en 2024, devrait grimper à 6,68 milliards USD d’ici 2032, avec une croissance annuelle moyenne de 9,3 %. © EP Climbing L’avenir : entre innovation et responsabilité EP Climbing a déjà amorcé un virage écologique en développant des structures et des prises plus respectueuses de l’environnement. Damien Tatangelo devra sans doute accélérer la cadence, car les salles d’escalade et les organisateurs d’événements sont en quête de solutions pour réduire leur empreinte carbone. D’ici Los Angeles 2028, l’entreprise aura l’occasion de façonner l’image future de l’escalade de compétition. L’arrivée de l’épreuve paralympique est une étape clé dans l’inclusivité du sport, et EP Climbing pourrait bien jouer un rôle central dans la conception de ces infrastructures adaptées. Derrière cette nomination, c’est tout l’écosystème de l’escalade compétitive qui continue de se structurer. De discipline confidentielle à sport olympique en moins de vingt ans, la grimpe s’institutionnalise. Pour EP Climbing, le défi sera d’être à la hauteur, à la fois sur l’innovation, l’impact environnemental et la capacité à répondre aux nouvelles exigences du marché. Les murs sont là pour être grimpés, mais encore faut-il qu’ils tiennent la distance.` Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

  • Vertige Media sur France Inter : la grimpe urbaine, nouveau terrain de jeu des cadres sup ?

    Ce matin, Jean-Laurent Cassely, ancien journaliste et fondateur de Maison Cassely (bureau de tendances expert en modes de vie et territoires), a signé une chronique sur France Inter sur la montée en puissance des salles d’escalade en ville . Et, surprise, Vertige Media s’est retrouvé dans la conversation. « Le site spécialisé Vertige Media a jeté un pavé dans la mare en se demandant si l’escalade n’était pas en voie de gentrification. » On a donc officiellement notre place dans les débats de société du matin, entre le café, le croissant et la réforme des retraites. On prend. Les jeunes cadres sups en chaussons, vraiment ? La chronique de Cassely s’appuie sur une observation qui a de quoi faire sourire : la salle d’escalade serait devenue le nouveau marathon des cadres sup , l’alternative cool aux afterworks en costard-cravate. « Autour de moi, la plupart des grimpeurs avaient des tee-shirts avec des logos de grandes entreprises de la tech ou de grands cabinets de conseil. Ça marche dans les deux sens : quand je suis dans le quartier de La Défense, je vois de plus en plus de salariés habillés en tenue d’escalade et arborant des marques de ce qu’on appelle la culture Outdoor. » Certes, les salles de grimpe urbaines ont explosé, et avec elles une nouvelle population de néo-grimpeurs qui parlent plus OKR et KPI que crux et beta. On en a parlé dès l’année dernière avec notre article sur la gentrification des salles , et ce n’est pas une surprise : la grimpe en salle, c’est propre, urbain, Instagrammable, et ça coche toutes les cases d’un mode de vie qui vend du rêve, entre deux conf calls passifs-agressifs avec la RH. Gentrification ou démocratisation ? Là où ça devient intéressant, c’est que Jean-Laurent Cassely nous a appelés lors de la préparation de sa chronique. Et comme on n’est pas du genre à bouder une bonne discussion sur la grimpe, on lui a dévoilé en avant-première quelques chiffres clés de notre étude à paraître . « La moitié de ces néo-grimpeurs ne pratique jamais en extérieur. » C’est un fait : les grimpeurs qui pratiquent depuis 1 à 2 ans sont 50 % à ne jamais mettre les pieds dehors, un chiffre qui grimpe à 65 % pour ceux qui ont débuté il y a moins d’un an . Une évolution qui peut surprendre dans un sport historiquement ancré dans la nature. Bienvenue dans un monde où l’escalade s’affranchit des falaises, où les chaussons ne touchent jamais la terre, où le sac à pof ne sent plus que l’air conditionné. Sacrilège ? Ou simple adaptation à la vie urbaine et aux modes de consommation contemporains ? « L’escalade s’est massifiée grâce à la multiplication des salles, tout en devenant une pratique peu accessible sur le plan financier. » 18 euros l’entrée, même pour une session de 45 minutes. Ça fait cher le ticket pour jouer les grimpeurs vagabonds sous néons. On est loin du romantisme des bivouacs en paroi. Plus de monde grimpe, mais moins de monde le fait dehors. Escalade : sport de droite ou de gauche ? Parce qu’une chronique sur France Inter n’est jamais complète sans une touche de polarisation politique, Cassely se pose la question qui brûle les doigts : « L’escalade, sport de droite ou de gauche ? » Question qui, chez Vertige Media, nous a déjà traversé l’esprit (et la plume). À tel point qu’on en a carrément fait un sujet de table ronde lors du dernier Salon de l’Escalade, il y a quelques semaines. Parce qu’entre les valeurs libertaires des grimpeurs old school et le business florissant des salles privées, le grand écart est bien réel. Et ce n’est pas juste une question de vibes et de bières artisanales : c’est une mutation profonde du sport, qui redéfinit son accès, son image et son ADN . Cassely, lui, ne tranche pas (trop risqué à l’antenne). Il se contente d’un clin d’œil bien senti : « François Civil pratique l’escalade en salle alors que Cyril Hanouna, lui, fait du padel tennis. » On vous laisse méditer là-dessus. On en reparle bientôt Bref, quand France Inter parle d’escalade, il cite Vertige Media. Et on ne va pas se mentir, ça nous fait plaisir. Mais plutôt que de philosopher sur les IPA et les tee-shirts Karma8a, on vous prépare du concret : notre étude sur les néo-grimpeurs arrive très bientôt . Et autant dire qu’on a creusé la question plus loin que la moquette des salles de bloc. En attendant, si la gentrification de l’escalade vous intrigue autant que nous, (re)plongez dans  notre article qui a mis le sujet sur la table . Et pour (ré)écouter la chronique "Pourquoi les jeunes cadres sup adorent l’escalade urbaine ?" de Jean-Laurent Cassely, c’est par ici que ça se passe .

  • Accidentologie des sports de montagne : comprendre pour mieux prévenir

    On aime croire que l’expérience protège. Qu’avec les bons réflexes, les bons outils et un peu de jugeote, on maîtrise les risques. Mais les chiffres racontent une autre histoire : 67 651 interventions de secours en montagne analysées, des centaines de récits passés au crible, et toujours les mêmes erreurs, les mêmes pièges, les mêmes schémas qui se répètent . La chercheuse et guide de haute montagne Maud Vanpoulle, en collaboration avec le laboratoire L-ViS (Université Lyon 1) et la Fondation Petzl, s’est penchée sur la question. Pourquoi des alpinistes et skieurs aguerris se font-ils avoir sur des itinéraires qu’ils connaissent par cœur ? Pourquoi des accidents surviennent-ils là où personne ne les attend ? La réponse est rarement technique. Ce n’est pas le manque d’expérience qui tue, c’est l’excès de confiance . Trois axes d’analyse pour comprendre où ça coince 1. Ce que disent les chiffres des secours en montagne Les statistiques du Système National d’Observation de la Sécurité en Montagne (SNOSM) permettent d’analyser 67 651 interventions de secours. L’alpinisme et le ski de rando ressortent, sans surprise, comme les disciplines où le taux de mortalité est le plus élevé . Mais un détail interpelle : les accidents les plus graves surviennent dans des environnements sur-fréquentés. L’alpinisme estival dans le massif du Mont-Blanc, par exemple, présente une létalité plus élevée que d’autres zones. Trop de monde, trop d’engagement, trop d’habitudes qui rassurent et endorment la vigilance. 2. Ce que racontent les récits d’accidents La base SERAC , qui regroupe les retours d’expérience des pratiquants, révèle un constat édifiant : 44 % des accidents surviennent sur des itinéraires réputés faciles ou sécurisés . Le problème n’est pas tant la difficulté intrinsèque du terrain que la façon dont on le perçoit. Un site accessible, une sortie bien rodée, une classique qu’on fait tous les ans… Autant de raisons de baisser la garde. Les signaux d’alerte sont là, mais on ne les voit plus. 3. Trois façons d’appréhender le risque Une enquête menée auprès de 2 100 pratiquants met en lumière trois grands profils : Ceux qui valorisent le risque, qui cherchent l’engagement et acceptent la possibilité d’un accident comme un élément inhérent à la pratique. Ceux qui le subissent, qui doutent, se sentent vulnérables, s’interrogent sur leur capacité à gérer une situation de crise. Ceux qui veulent le contrôler, qui cherchent à neutraliser l’incertitude par la technique, la connaissance, l’expérience. Le problème ? Même les plus prudents se font avoir. Parce que la montagne, elle, se fiche pas mal des plans bien ficelés. Prévenir autrement : ce que ces recherches changent Cette étude pose une question essentielle : et si on formait autrement ? Les jeunes hommes expérimentés sont surreprésentés parmi les accidentés. Ce n’est pas une coïncidence. Trop de confiance tue la vigilance. Les itinéraires "classiques" sont de faux amis. Un site qu’on connaît bien, qu’on grimpe chaque saison, où “ça passe toujours”... Jusqu’au jour où ça ne passe plus. Les formations doivent intégrer autre chose que la technique. Savoir grimper ne suffit pas. Il faut apprendre à lire le terrain, interpréter les signaux faibles, remettre en question ses propres choix. Anticiper au lieu de subir Ces travaux n’ont pas pour but de créer une montagne sous cloche, aseptisée et encadrée par des protocoles rigides. Ils rappellent simplement que l’accident n’est pas une fatalité. L’expérience, l’équipement et la technique sont essentiels, mais ils ne suffisent pas. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à se poser les bonnes questions avant que la montagne ne les impose elle-même. 📄 Téléchargez la synthèse complète ici . 📢 Contribuez à la base SERAC : chaque récit partagé permet d’éviter que les mêmes erreurs ne se répètent. Pour découvrir des contenus dédiés aux professionnels de l’escalade, rendez-vous sur www.vertigemedia.fr/pro , votre espace exclusif pour tout savoir sur le marché de l’escalade.

  • Hydra Ice Tool de Black Diamond : Un piolet taillé pour l’exploration

    Black Diamond frappe fort avec son Hydra, un piolet qui promet polyvalence et modularité . Mais derrière les annonces marketing, les avis des grimpeurs et alpinistes sont-ils unanimes ? Après l’avoir testé lors de l’ ICE Ecrins cette année et en parcourant les retours de la communauté, voici ce qui ressort de l’expérience terrain. Un concept séduisant sur le papier L’Hydra n’est pas un piolet comme les autres. Avec ses trois positions de tête interchangeables et son manche pensé pour optimiser l’adhérence , il ambitionne d’être l’outil ultime en glace et mixte. Climbing Magazine salue son équilibre et son efficacité en traction, le qualifiant d’« outil révolutionnaire » qui s’adapte à toutes les conditions. De mon côté, sur les cascades des Écrins, j’ai trouvé son ancrage particulièrement précis, notamment grâce à sa lame bien affûtée et son swing naturel. Une prise en main qui divise Certains grimpeurs sur Reddit trouvent la poignée ergonomique de l’Hydra excellente, tandis que d’autres la jugent déroutante, notamment en raison de la courbure du manche qui demande un temps d’adaptation. Lors des tests, j’ai effectivement remarqué que si son grip assure une bonne tenue, il faut un peu de pratique pour s’habituer à la répartition du poids et à la forme du manche . Pas rédhibitoire, mais à noter si vous avez l’habitude d’un modèle plus classique. © Christian Adam Un piolet qui mise sur la robustesse, au détriment du poids ? L’un des points qui revient souvent dans les discussions, c’est son poids. À 610 g, l’Hydra est loin d’être le plus léger du marché. Black Diamond justifie cet aspect par un choix de matériaux résistants et une conception qui mise sur la durabilité . De fait, la sensation de solidité est bien présente, et il inspire confiance même sur des ancrages douteux. Mais si vous privilégiez un équipement ultra-léger pour de longues approches, d’autres modèles pourraient mieux convenir. Un piolet à la hauteur de son ambition ? En termes de polyvalence, Black Diamond a tenu sa promesse. Que ce soit en glace vive ou en terrain mixte, l’Hydra répond présent avec une bonne pénétration et une modularité qui lui permet de s’adapter aux besoins spécifiques de chacun. Mais cette flexibilité a un coût : il demande un temps d’adaptation et reste plus lourd que d’autres alternatives. Si vous cherchez un piolet robuste, efficace et innovant, l’Hydra est donc une excellente option. © Christian Adam Verdict L’Hydra est un piolet pensé pour ceux qui veulent du contrôle et de la polyvalence sans transiger sur la robustesse. Certains l’adorent pour son innovation et son efficacité en terrain technique, d’autres regrettent son poids et son maniement qui demande un peu de rodage. Une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent. Caractéristiques techniques Type : Piolet technique modulaire Poids : 610 g Matériaux : Aluminium & acier renforcé Poignée ergonomique : Oui Modularité : Lame, panne et marteau interchangeables Prix : 239,90 € Disponibilité : Hydra Ice Tool - Black Diamond - En vente sur le site de Snowleader . Toute notre sélection de matériel à retrouver ici .

  • Trump rebaptise Denali, les alpinistes s’en foutent

    Nouvelle présidence, nouvel édit présidentiel : le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé un décret ordonnant que le mont Denali, point culminant de l’Amérique du Nord, redevienne officiellement le mont McKinley . Un énième épisode d’une querelle toponymique qui dépasse largement le simple jeu de noms. Car derrière cette bataille se cache tout un pan de l’histoire de l’alpinisme, du rapport aux peuples autochtones et de la place de la montagne dans l’imaginaire collectif. Autant dire que ça grimpe haut sur l’échelle de l’absurde. © Elise Rabaey - @elise_et_ses_aquarelles De l’or, un président et un sommet qu’il n’a jamais vu Si on résume, l’histoire du mont Denali est un cas d’école de la manie occidentale à rebaptiser des montagnes qui existaient très bien avant nous . Pendant des milliers d’années, les peuples autochtones d’Alaska l’ont appelé Denali, "le grand"  en koyukon athapaskan. Et vu les 6 190 mètres de l’animal, difficile de leur donner tort. Mais en 1896, un chercheur d’or du nom de William Dickey, sûrement en pleine fièvre du Klondike et de l’auto-promotion, décide que cette montagne "anonyme" doit porter le nom de William McKinley, alors candidat à la présidence des États-Unis. McKinley remporte l’élection, est assassiné en 1901, mais reste sur la carte. Le Mont McKinley devient officiel en 1917. Pendant ce temps-là, les peuples autochtones continuent de l’appeler Denali, et les alpinistes finissent par faire pareil. Les décennies passent, l’Alaska devient un État américain (1959) et commence à demander à Washington de rendre à Denali son vrai nom. Une première requête officielle est lancée en 1975. Washington, où l’Ohio (État natal de McKinley) fait du lobbying pour garder son président en haut de l’affiche, enterre le dossier. Compromis en 1980 : le parc entourant la montagne devient le Denali National Park, mais le sommet reste McKinley. Il faudra attendre 2015 et Barack Obama pour enterrer définitivement McKinley et rendre officiellement son nom originel à la montagne. Enfin, définitivement ... jusqu’à ce que Trump décide en 2025 que McKinley devait revenir dans le paysage. Parce que rien ne symbolise mieux la grandeur américaine qu’un président qui n’a jamais foutu un pied en Alaska. Denali, un sommet à part Là où d’autres montagnes mythiques imposent leur prestige par la difficulté technique ou l’altitude, Denali, lui, joue la carte de l’engagement absolu. Il ne culmine "qu’à" 6 190 mètres, mais son froid est plus extrême que celui de l’ Himalaya , et son isolement total en fait une expédition bien plus autonome que l’Everest. D’abord gravi en 1913 par Walter Harper, Robert Tatum et Hudson Stuck, Denali reste une référence absolue pour les alpinistes. Pas de sherpas pour porter le matos, pas de yaks pour le ravitaillement, pas de lodges où récupérer . Seulement des traîneaux à tirer, des bivouacs sur le glacier et des températures qui gèlent les grimpeurs au premier faux pas. C’est ici que Bradford Washburn, Conrad Anker, Dave Hahn, Jack Kuenzle et d’autres légendes de l’alpinisme sont venus chercher l’épreuve ultime. Même Alex Honnold , habituellement adepte des solos en short et chaussons, a tenté l’expérience. En 2023, Jack Kuenzle établit le record de l’ascension la plus rapide du Denali, avec un aller-retour depuis le camp de base en 10 heures, 14 minutes et 57 secondes, battant ainsi le précédent record de Karl Egloff. Alors, quand Trump décide de gribouiller un décret pour rebaptiser la montagne, c’est tout un pan de l’histoire de l’alpinisme qui se braque. Un nom ne fait pas une montagne Chez les guides et les grimpeurs, l’annonce de Trump est une blague qui ne fait rire personne.Lisa Murkowski, sénatrice d’Alaska, a dénoncé immédiatement l’absurdité de ce retour en arrière : "Notre plus haute montagne doit continuer à être appelée par son vrai nom, celui qui est utilisé depuis des milliers d’années." Et sur les forums spécialisés, les alpinistes ne s’embarrassent même pas du débat. Pour eux, Trump peut bien signer tous les décrets qu’il veut : Denali restera Denali. L’auteur Jon Krakauer, connu pour Into the Wild  et Into Thin Air , a tranché la question d’un revers de plume : "Je continuerai à appeler cette montagne Denali aussi longtemps que je vivrai, et j'encourage tous les autres alpinistes à faire de même." Le grand retour du colonialisme cartographique ? Ce n’est pas la première fois qu’une montagne change de nom pour des raisons politiques. En 1865, le Chomolungma (nom tibétain de l’Everest) est rebaptisé en l’honneur du géographe George Everest, qui lui-même n’avait jamais mis les pieds dans l’Himalaya, et ce, malgré ses propres objections. En 1877, en Patagonie, le Chaltén devient Fitz Roy  en hommage à l'explorateur britannique. Plus récemment, en 1998, le pic du Communisme, situé au Tadjikistan, a été renommé pic Ismail Samani, du nom du fondateur de la dynastie samanide, afin de rompre avec l'héritage soviétique. Mais à la différence de ces exemples, Denali a résisté. Contrairement au Fitz Roy ou à l’ Everest , son nom autochtone a continué d’exister et d’être utilisé, même sous un statut officiel différent . Trump peut bien imprimer ce qu’il veut sur du papier glacé, il ne peut pas forcer les grimpeurs à l’appeler autrement. Denali restera Denali. Pas parce qu’un président l’a décidé. Mais parce qu’une montagne appartient à ceux qui la gravissent, pas à ceux qui la rebaptisent depuis Washington.

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